dimanche 31 mai 2020

William Friedkin


William Friedkin est un réalisateur, producteur et scénariste juif américain né en 1935. Un des représentants du Nouvel Hollywood. Arte diffusera le 31 mai 2020 « Friedkin Uncut - William Friedkin, cinéaste sans filtre » (William Friedkin - Hollywoods Enfant terrible) de Francesco Zippel, et le 1er juin 2020 "French Connection" de William Friedkin.



Comme  certains cinéastes de sa génération, William Friedkin débute à la télévision. « Entré au service courrier d'une chaîne, il  gravit les échelons pour devenir réalisateur ». 

En huit ans, il assure la réalisation de « plus de 2 000 émissions dont de nombreux documentaires. En 1962, il réalise The people versus Paul Crump et est nommé à la direction du département documentaire. Présenté au Festival du film de San Francisco, ce documentaire obtient un Golden Gate Award. Le film relate l'histoire d'un homme qui a passé huit ans dans le quartier des condamnés à mort d'un pénitencier ».

Parmi les documentaires signés par William Friedkin  : Beginnings : The Ulveling Interview (1960), Home Again: 77-Grange Of Illinois (1963), The Thin Blue Line (1966).

Il réalise « de nombreux téléfilms comme Off Season (1965) ou The Pickle Brothers (1967). Il revient à ses premières amours avec The C.A.T squad (1986) ou On A Dead Man's Chest (1992) », ainsi qu'avec le documentaire Conversation With Fritz Lang.

Après avoir réalisé un épisode de la série The Alfred Hitchcock hour, William Friedkin tourne, à 27 ans, son premier long métrage Good Times (1967).

« Après son premier long métrage, il adapte des succès de la scène : L'anniversaire, The night they raided Minsky's, Les garçons de la bande. En 1971, il n'est pas exagéré de parler de triomphe international pour un film d'action et de suspense sur la lutte contre la drogue : French connection. Autre grand succès avec un budget de taille : L'exorciste (1973). En 1976, il produit et réalise un remake du film Le salaire de la peur : Le convoi de la peur. Le film ne convainc pas, et l'échec financier est cuisant. Il enchaîne avec cinq autres films, mais aucun ne lui permet de renouer avec le succès de L'exorciste. Dans Têtes vides cherchent coffre plein (1978), Friedkin revient à la comédie policière. Cruising (1979) raconte la descente aux enfers d'un policier qui enquête sur le milieu gay tandis que Police fédérale, Los Angeles (1985) est une lutte à mort entre un policier suicidaire et un faussaire assassin. Le sang du châtiment décrit le parcours moral d'un procureur confronté à un psychopathe. Dans les années 1990, Friedkin signe La nurse (1990), Blue chips (1993) et Jade (1994). »

Parmi les distinctions remises à ce réalisateur, citons le Prix du public, 1986 au Festival International du Film Policier (Cognac) pour le film To live and die in L.A., celui du Meilleur réalisateur, 1972 au AMPAS - Academy of Motion Picture Arts and Sciences pour le film French connection (The), celui de Meilleur réalisateur, 1971 au The Hollywood Foreign Press Association "Golden Globe Awards" pour le film : The French connection.

« Friedkin Uncut - William Friedkin, cinéaste sans filtre  »
Arte diffusera le 31 mai 2020 « Friedkin Uncut - William Friedkin, cinéaste sans filtre » (William Friedkin - Hollywoods Enfant terrible) de Francesco Zippel. De « L’exorciste » à « Bug » en passant par « French Connection » et « Police fédérale, Los Angeles », le réalisateur de légende du Nouvel Hollywood revisite sa filmographie controversée. Un passionnant portrait de William Friedkin, entre triomphes et déboires. »
  
« Fasciné par le mal, William Friedkin lui a donné le visage pivotant à 360 degrés d’une préado possédée dans ce qui reste son plus grand succès : « L’exorciste » (1973), film d’horreur à l’approche réaliste inédite, fruit des premières amours documentaires de son auteur ». 

« Gamin des quartiers nord de Chicago, ce fils d’émigrés ukrainiens, élevé dans l’amour, la misère et le judaïsme, fait ses débuts au service courrier d’une chaîne de télévision (où il gravira peu à peu les échelons), quand Orson Welles et son « Citizen Kane » lui transmettent la soif du grand écran ». 

« En 1962, l’aspirant cinéaste, alors âgé de 27 ans, frappe fort : le documentaire « The People vs. Paul Crump » conduit à la réhabilitation d’un détenu africain-américain condamné à mort ».

« Une décennie plus tard, William Friedkin rafle cinq Oscars avec « French Connection » et son ahurissante course-poursuite tournée sans autorisation ». 

« Du naufrage commercial du « Convoi de la peur (« Le succès a bien des pères, mais l’échec est orphelin », résumera-t-il) aux manifestations contre « La chasse », thriller en apnée dans le milieu gay SM, du petit manuel du faux-monnayeur de « Police fédérale, Los Angeles » au retour en folie de « Bug » et « Killer Joe » (2011), William Friedkin tord les codes et collectionne les controverses avec avidité. »

« Dans ce portrait de Francesco Zippel présenté à la Mostra de Venise en 2018, le cinéaste risque-tout, grand amateur d’art et d’opéra – qu’il met en scène –, passe en revue sa clivante filmographie avec une verve pleine d’humour et le renfort d’une foule d’admirateurs : Quentin Tarantino, Wes Anderson, Francis Ford Coppola, Willem Dafoe, Matthew McConaughey, Juno Temple... »

« De son minutieux travail d’immersion à ses dévotions (pour Fellini, Buster Keaton, Clouzot ou encore Fritz Lang, auquel il a consacré un documentaire) en passant par sa direction d’acteur fondée sur la spontanéité, une plongée fascinante dans une œuvre habitée par l’excès et l’ambiguïté ».

"À la faveur d’un portrait de Francesco Zippel, retour sur la carrière du plus individualiste des réalisateurs du Nouvel Hollywood, prêt à tous les risques et toutes les outrances pour dynamiter de l’intérieur un cinéma américain trop corseté."

Augustin Faure note pour Arte : "Il est une habitude solidement ancrée chez les plus grands artistes : refuser de se voir comme tels et préférer se présenter comme des artisans. William Friedkin en constitue le parfait exemple, lui qui n’aime rien tant que balayer cette étiquette envahissante, s’appliquant de la sorte à brouiller les pistes avec une fausse modestie truculente. S’enorgueillant de ne pas être issu d’une prestigieuse école de cinéma, mais, au contraire, de s’être hissé du bas de l’échelle, comme réalisateur de directs au sein d’une petite chaîne de télévision locale, jusqu’au sommet de la pyramide hollywoodienne, Friedkin représente le franc-tireur par excellence de la décennie dorée des années 1970. De fait, s’il refuse depuis toujours le statut de membre honoraire du Nouvel Hollywood, il ne reste pas moins l’une des incarnations les plus flamboyantes de cette école esthétique, ayant fait perdurer l’esprit de cette génération rebelle longtemps après sa dissolution. Moins immédiatement reconnaissable que certains de ses contemporains, tels Coppola, Scorsese ou Spielberg, Friedkin est pourtant admiré par ces derniers et considéré comme le cinéaste qui a le plus influencé l’évolution de l’industrie hollywoodienne à cette époque."

Et de conclure : "De ses débuts télévisuels dans sa ville natale de Chicago – qui l’ont tenu éloigné du cinéma et de son pouvoir d’attraction, auquel il affirme n’avoir cédé qu’à 21 ans en découvrant Citizen Kane –, William Friedkin a conservé une sensibilité documentaire dont il irriguera par la suite tous ses films. En s’obligeant à un respect scrupuleux des univers qu’il explore, le cinéaste parvient ainsi à immerger le spectateur dans des contextes crédibles. Cette approche lui a permis de dynamiter les codes des genres traversés. Le film policier ne fut plus jamais le même après French Connection et son tournage au plus près des dealers et des prostituées new-yorkais, ni l’horreur après L’exorciste. Si William Friedkin a été oscarisé pour ces chefs-d’œuvre, en se faisant un devoir de brutaliser le public via leur mise en scène frontale et sans pincettes, deux autres réussites majeures, Le convoi de la peur et La chasse, un polar moite et pervers dans le milieu gay SM, lui vaudront l’opprobre de la critique et des spectateurs, et le ramèneront peu à peu à une position marginale – mais fertile pour son inspiration – dans le cinéma américain, comme en témoignent Police fédérale, Los Angeles ou son dernier film de fiction à ce jour, Killer Joe, sorti en 2011. Le cinéaste, alors septuagénaire, y déployait une causticité rageuse, que l’on retrouve intacte dans le passionnant portrait réalisé par Francesco Zippel".

"French Connection"
"French Connection" est un film réalisé par William Friedkin (1971) avec Gene Hackman (Jimmy Doyle), Fernando Rey (Alain Charnier), Roy Scheider (Buddy Russo), Tony Lo Bianco (Sal Boca), Marcel Bozzuffi (Pierre Nicoli) . "Deux flics des stups new-yorkais enquêtent sur un trafic de drogue mené depuis le sud de la France. Signé William Friedkin, un polar au rythme effréné, récompensé par cinq Oscars".

"À Marseille, Alain Charnier, un parrain du trafic d’héroïne, prépare une livraison aux États-Unis et se débarrasse du policier qui le suit en le faisant abattre par Pierre Nicoli, l'un de ses hommes de main. Dans le même temps, à Brooklyn, deux enquêteurs des "stups", Jimmy Doyle, dit "Popeye", et Buddy Russo, arrêtent un revendeur qui leur livre le nom d'un grossiste. Une filature les mène à un petit restaurant tenu par Sal Boca, déjà arrêté pour cambriolage. Ils apprennent l’arrivée imminente à New York d’une importante cargaison d'héroïne, tandis qu'un complice d'Alain Charnier, qui vient d'effectuer la traversée de Marseille à New York en paquebot, surveille le débarquement de sa voiture..."

"Dans les années 1960 et jusqu'au début des années 1970, la majeure partie de l'héroïne arrivant illégalement sur la côte Est des États-Unis provenait du sud de la France. Cette "French Connection" donna lieu à une enquête dont William Friedkin (L'exorciste, Killer Joe) s'inspire pour mettre en scène un polar au rythme effréné et au réalisme quasi documentaire".

"Le New York des années 1970 y est filmé comme une zone de guerre avec ses terrains vagues, ses immeubles en ruine, ses trottoirs éventrés et ses carcasses de voiture. Pour son rôle de flic revanchard et violent, Gene Hackman décrochera l'Oscar du meilleur acteur en 1972. Un film policier, profondément novateur à l'époque, devenu un classique du genre, grâce, entre autres, à une incroyable course-poursuite sous le métro aérien de Brooklyn."

"Dans le prolongement de French Connection, diffusé le lundi 1er juin à 22 h 15, ARTE propose de voir ou de revoir sa suite mercredi 3 juin à 22 h 35. Réalisé en 1975 par John Frankenheimer, French Connection 2 n’a pas grand-chose à envier au film original. L’inspecteur Doyle débarque à Marseille pour traquer un parrain de la "French Connection"... La suite du film de Friedkin séduit par l’authenticité du décor et le casting trois étoiles : Gene Hackman, Fernando Rey, Philippe Léotard, Bernard Fresson".

"Popeye" Boyle débarque à Marseille un 1er avril pour poursuivre son enquête sur la French Connection. L’inspecteur Barthélémy, avec qui il doit faire équipe, est occupé avec sa brigade à éviscérer une cargaison de poissons pour y trouver de l’héroïne, sous les hauts cris des pêcheurs du Vieux-Port et de leur clientèle. Personne n’a pensé à se méfier du tuyau reçu le matin même... Entamée sous ces folkloriques auspices, la délocalisation de l'expéditif flic new-yorkais va le voir transformé en appât pour le parrain Alain Charnier, avant que son instinct vengeur ne prenne le dessus..."

"Plongé dans la bouillabaisse marseillaise, affublé d’un chapeau et de chemises de touriste en goguette, le formidable Gene Hackman, oscarisé trois ans plus tôt pour la première "French Connection", perd un peu de la superbe que lui conférait William Friedkin. Mais le plaisir d’arpenter dans son sillage les ruelles populeuses du Marseille des années 1970, et d’y croiser, entre autres, Fernando Rey et Philippe Léotard, compense en partie cette légère baisse de régime. L’authenticité du décor, qui semble fasciner Frankenheimer, inspire à son œil dépaysé de fort belles séquences. Le mélange des genres et des langues (mention spéciale à l’anglais franchouillard de Bernard Fresson) contribue aussi à faire de cette suite mineure une plaisante escale".

Pour Arte, Olivier Père le présente ainsi : "On doit cette réussite à John Frankenheimer, embauché par la Fox pour succéder à William Friedkin. Au milieu des années 70, la mise en production d’une suite pour capitaliser sur le succès d’un film au box-office n’est pas encore une pratique courante dans les studios hollywoodiens. French Connection 2 sera d’ailleurs la première suite où le chiffre deux est ajouté au titre. C’est aussi une période où Frankenheimer a renoncé aux ambitions personnelles de ses débuts pour mettre ses talents de cinéaste au service de commande commerciales, avec des résultats variables. Cela donnera pour le pire Refroidi à 99% ou Prophecy, et pour le meilleur Black Sunday ou French Connection 2. Le scénario s’éloigne des faits réels relatés dans le film de Friedkin et imagine une situation originale. Le flic new yorkais Popeye Doyle débarque à Marseille où il doit retrouver le trafiquant de drogue qui lui a échappé lors de sa précédente enquête, avec l’aide de ses homologues français. Il est préférable de voir le film en version originale car de nombreuses scènes reposent sur les problèmes de communication de Popeye Doyle isolé dans un pays étranger dont il ne parle pas la langue. Le passage où il doit subir un sevrage après avoir été intoxiqué à l’héroïne par des membres de la pègre est inoubliable, de même que la poursuite finale, à pieds, dans le vieux port de la cité phocéenne. Cet excellent polar urbain est porté par la performance de Gene Hackman, seul rescapé du premier film avec Fernando Rey, entouré d’une pléiade de visages familiers du cinéma français de l’époque : Bernard Fresson, Philippe Léotard, les débutants Roland Blanche et Patrick Bouchitey dans des petits rôles, sans oublier Jean-Pierre Castaldi."

« Apprenti sorcier à Hollywood »
« William Friedkin est-il un auteur ? Qu’est-ce qui s’opposerait à cette labellisation ? Un certain nombre de « défauts » aux yeux des sectateurs de cette notion, peut-être. D’abord, celui, paradoxal, d’avoir été le réalisateur de deux énormes succès commerciaux du cinéma américain des années soixante-dix, deux films couverts d’Oscars, immédiatement reconnus à la fois par le public et par l’establishment hollywoodien alors en pleine mutation, deux œuvres qui furent aussi considérées comme de miraculeux prototypes industriels paraissant donner à un système en proie au doute un certain nombre de recettes pour perdurer. De surcroît, les sinuosités apparentes de sa carrière ont ensuite pu donner, un moment, l’illusion à tout observateur superficiel qu’on ne pouvait y trouver une véritable et convaincante unité. Le pari qui consiste à proposer une rétrospective intégrale de son œuvre devrait pourtant paraître aujourd’hui peu risqué tant ses meilleurs films se révèlent désormais, à chaque vision, riches de nouvelles qualités tout en démontrant, (les derniers titres en date qu’il a réalisés ne font que le confirmer), que l’auteur de L’Exorciste est un véritable apprenti-sorcier lâché au cœur d’un système qui ne lui a pas toujours facilité la tâche après l’avoir couronné », a analysé Jean-François Rauger lors de la rétrospective que la Cinémathèque française a consacré à cet auteur..

Et de poursuivre : « William Friedkin est né à Chicago le 29 août 1935. C’est à la fois un aîné pour la génération des jeunes prodiges, fous de cinéma (les movie brats), qui allaient dans les années soixante-dix refonder l’idée de spectacle cinématographique. C’est aussi le plus jeune d’une génération, la précédente, qui aura fait ses premières armes à la télévision, francs-tireurs d’une avant-garde ouvrant la voie à un nouvel âge d’or hollywoodien. Il débute comme coursier à dix-huit ans dans une chaîne de télévision locale de Chicago et participe à la réalisation de plusieurs centaines d’émissions et de dramatiques télévisées en direct entre 1954 et 1964. Il réalise son premier documentaire pour WGN en 1961. Le second, The People Versus Paul Crump, s’intéresse à un condamné à mort et évitera à celui-ci d’être exécuté. C’est ensuite pour le producteur David J. Wolper qu’il réalise des documentaires grand public comme Pro Footbal : Mayhem on a Sunday Afternoon en 1965 et The Thin Blue Line en 1966, toujours pour la télévision ».

Et Jean-François Rauger d’observer : « Son premier long-métrage pour le cinéma, en 1966, sera Good Times, un projet un peu opportuniste destiné à profiter du succès des films des Beatles (Help ! de Richard Lester) et à plonger le couple Sonny et Cher dans un certain nombre de situations à l’humour parodique, une tendance dominante de ces temps un peu ternes. Good Times sera suivi de la comédie The Night They Raided Minsky’s. Les titres suivants se voudront plus personnels, plus conformes en tous cas à la notion d’auteur entendue au sens « européen » du terme qui guidait alors le réalisateur de The Birthday Party (une adaptation d’Harold Pinter) et The Boys of the Band/Les Garçons de la bande, la peinture, d’après une pièce de Mart Crowley, d’une communauté homosexuelle ».

Et Jean-François Rauger de relater : « C’est, aux dires de Friedkin lui-même, une rencontre avec Howard Hawks qui va lui ouvrir les yeux sur la voie à prendre. « Les gens ne veulent pas de films qui traitent des problèmes personnels, rien de toute cette merde psychologique. Il veulent des histoires avec de l’action » lui aurait dit l’auteur de Rio Bravo. Mais si Friedkin décide d’entendre cette profession de foi, il y mêle ce que lui même avait en tête lorsqu’il a déclaré au moment de réaliser ces premiers films « le public est jeune et il a envie de faire des expériences abstraites ». C’est en tournant un film policier, en reprenant pied au cœur de l’entertainment, que Friedkin s’emparera du système, le transformera, lui imposera de nouvelles règles. Adapté des récits de deux policiers de la brigade des stups de New-York, French Connection mêle, à un souci vériste de la description qui se souvenait des leçons du documentaire, une relative ambiguïté morale et un tour de force cinétique (une spectaculaire poursuite en voiture), obtient le succès au box office et remporte cinq Oscars. Désormais, le système, toujours en quête de solutions pour sortir de la crise dans laquelle il est enfermé, lui ouvre ses portes ».

Et Jean-François Rauger de retracer : « C’est donc à William Friedkin que la Warner s’adresse pour adapter le best-seller de William Peter Blatty, L’Exorciste. Un tournage chaotique pour un succès annoncé. L’horreur est au cœur de la famille américaine qui découvre la sexualité de ses enfants. Mais le succès de L’Exorciste ne réside-t-il pas aussi dans la manière dont Friedkin et son scénariste ont testé la capacité d’Hollywood à avaler ce qui aurait été impensable peu de temps auparavant ? C’était le bon moment. Celui où le cinéma américain, pour se perpétuer comme spectacle universel, devait aussi faire sauter quelques interdits de représentation, dont certains, malheureusement, ont depuis été remis en place. Porté par le succès, Friedkin obtient (relativement) toute licence pour réaliser un projet un peu fou, le remake du Salaire de la peur d’Henri-Georges Clouzot. Le Convoi de la peur/Sorcerer, en atteignant au plus près sans doute, presque idéalement, un monde abstrait, un univers mental, épuré, touchera sans doute à la vérité-même du projet artistique du cinéaste. Ni les critiques, ni le public n’ont alors aimé cette plongée pourtant fascinante dans une autre dimension. Ce qui obligera son auteur à recommencer à zéro dans un système qui n’aime pas les catastrophes financières. Mais, succès ou échecs, Friedkin aura en trois films érigé les fondements d’une œuvre authentique et unique où s’est construit un système dont l’autonomie est souvent superbement illustrée par le travail des chefs-opérateurs employés par le cinéaste, Owen Roizman, Robby Muller, Caleb Deschanel, par exemple ».

Et Jean-François Rauger d’écrire : « Rien de tel que les critiques émises à l’encontre des films pour en saisir la vérité profonde. Ce qui fut évidement reproché en son temps, à French Connection, (l’époque voulait cela), c’est l’ambiguïté des personnages principaux. Les deux policiers du film sont brutaux, dédaigneux des règles de procédure, semblent se situer au-delà de toute morale. Rien de ce qui pourrait justifier éthiquement l’action de ces personnages (même d’un point de vue conservateur qui fustigerait la contrainte que ferait peser la Loi sur l’efficacité) n’est véritablement énoncé. A partir de ce film, ce qui sera constamment questionné chez le cinéaste, c’est bien sûr l’identité même de ses personnages. Sont-ils bons, sont-ils mauvais ? Sont-ils compétents ? Sont-ils au service de la justice ou d’une pure gratification personnelle ? Sont-ils coupables ou innocents, responsables ou irresponsables ? Sont-ils sûrs de leur propre sexualité ? Les policiers de French Connection ou ceux de Police Fédérale Los Angeles/To Live and Die in L.A. (1984) sont éloignés de toute notion de professionnalisme et multiplient les maladresses parfois mortelles. Dans le premier film, Popeye Doyle (Gene Hackman) tue par erreur un autre policier. Dans le second, les agents du Trésor Chance et Vukovich multiplient les initiatives désastreuses, s’endorment pendant une planque en laissant tuer l’homme qu’ils surveillent, laissent échapper un prisonnier, prennent un agent du FBI pour un trafiquant et provoquent sa mort. L’ambiguïté sexuelle est, elle aussi, au cœur de films comme Cruising ou Police Fédérale Los Angeles. Le policier de Cruising, soumis à la tentation de basculer dans un nouvel univers sexuel passe-t-il aussi du coté des criminels ? Friedkin réalisera un film sur l’impossibilité de définir la notion de culpabilité avec Le Sang du châtiment/Rampage en 1987, une œuvre dont il refera le montage pour en changer le sens, ce qui prouve bien que la réponse à ce genre de question n’a sans doute pas énormément d’importance dans sa logique. Froideur et détermination du meurtrier y sont-elles les preuves de la culpabilité du meurtrier ou l’expression de sa folie, tout pouvant être contradictoirement interprété ».

Et Jean-François Rauger d’approfondir : « Enfin, si les deux derniers titres en date du cinéaste forment un diptyque si parfait et si parfaitement étranger à tout manichéisme, c’est sans doute parce que ce qui sépare la nature profonde des deux personnages principaux, deux bêtes de guerre incarnées par Samuel Jackson dans L’Enfer du devoir/Rules of engagement et Benicio Del Toro dans Traqué/The Hunted, semble être d’une extrême minceur. L’un sera doté d’un statut de héros positif, pourtant victime de son incapacité à vivre dans la société des hommes, l’autre, de dangereux psychopathe auquel il est néanmoins loisible de s’identifier, alternativement avec son poursuivant incarné par Tommy Lee Jones. En prenant comme personnages principaux de Têtes vides cherchent coffres pleins/The Brink’s Job, réalisé en 1978, des petits voleurs particulièrement désolants et en filmant la possibilité du succès de leur entreprise a priori impossible (vider le coffre-fort d’une entreprise spécialisée dans la sécurité) Friedkin fait la preuve par l’absurde d’un fonctionnement ou plutôt d’un dysfonctionnement des choses indépendamment de toute volonté ou de toute capacité humaine. Ou plus exactement, cette mécanique n’est pas son problème et les visions eschatologiques du cinéma hollywoodien classique sont désormais loin ».

Et Jean-François Rauger de continuer : « L’action connaît, en effet, chez Friedkin une situation particulière. C’est sans doute moins son aboutissement, le résultat auquel elle aboutit forcément, la transformation qu’elle engendre, que sa transsubstantiation en une pure expérience, qui compte. Le saut dans le vide devient une figure centrale chez Friedkin car ce n’est plus seulement une péripétie particulière et contingente (échapper à des poursuivants par exemple), c’est l’épreuve de vérité toute entière et sa représentation plastique, confondue avec l’intensité d’une expérience intransmissible. Se jeter dans le vide, c’est à la fois éprouver une jouissance singulière, celle de ne plus pouvoir revenir en arrière et de ne plus pouvoir maîtriser les conséquences potentiellement extrêmes de sa décision (mourir ou survivre). Le saut dans le vide est littéralement effectué par certains personnages dans de nombreux films (le policier Chance, tête brûlée qui fait du saut à l’élastique depuis un pont de Los Angeles dans Police Federale Los Angeles, le couple de fuyards incarnés par Shannon Doherty et Antonio Sabato Jr dans Jailbrakers réalisé pour la télévision en 1994, le tueur et son mentor dans Traqué). Mais on peut transposer une telle attitude dans la façon dont de nombreux personnages se jettent dans une action violente qui prend la forme de poursuites étirées et spectaculaires ».

Et de constater : « Cette perception du comportement n’est pas sans conséquence sur la narration. Les récits chez Friedkin sont volontiers elliptiques, faits de longues plages de pures chorégraphies. Filatures (French Connection), poursuites (Police Fédérale Los Angeles), chasses à l’homme (Traqué) ne sont pas seulement des péripéties obligées du scénario mais contiennent la vérité même de sa vision. Ils relèvent soudain d’une nécessité esthétique et donc éthique. De ce point de vue, les personnages les plus accomplis sont bien sûr ceux qui savent qu’ils jouissent de leur expérience, ceux qui se situent immédiatement et en toute conscience du côté de la séduction et de la dépense, du coté du Mal pour une vision puritaine. C’est le trafiquant Charnier incarné par Fernando Rey dans French Connection, c’est surtout, dans Police Fédérale Los Angeles, le charismatique artiste faux-monnayeur Rick Masters, incarné par Willem Dafoe, qui brûle œuvres d’art et billets de banque, entre autres entreprises d’une existence toute entière consacrée au plaisir. C’est aussi comme la conséquence d’une incroyable tension ainsi que sa capacité à relâcher celle-ci que l’action fascine le cinéaste. Le passage le plus spectaculaire du Convoi de la peur* peut être vu comme une représentation allégorique de cela. Le camion chargé de nitroglycérine conduit par Amidou et Bruno Cremer est bloqué sur un fragile pont de bois et de corde. Les deux hommes tentent de le faire avancer en fixant une corde à un arbre et en utilisant un treuil mécanique fixé sous le véhicule. Tout le suspense de la séquence est construit sur l’attente de ce qui, dans un état d’extrême contraction, rompra le premier : la corde, l’arbre, le pont, les nerfs de deux hommes ».

Et Jean-François Rauger d’étudier : « Le cinéma de Friedkin est un cinéma de la rupture, du « pétage de plombs », du geste incontrôlé et inconséquent. Il serait facile de classer Friedkin du coté des nihilistes fascinés par le chaos, un sentiment qui a pu marquer le cinéma américain dans les années soixante-dix, mais ce serait encore donner une signification, un sens, une direction à une conception qui semble rejeter ce genre de catégorisation, se situer au-delà ou à côté. Cette altération de la logique rationnelle du comportement accompagne une transformation figurative consciente des personnages. Le visage humain est régulièrement abîmé (le policier marseillais qui prend une balle en plein visage au début de French Connection, le sort que connaît Chance dans Police Federale Los Angeles). Le masque s’impose comme la figuration d’irruptions monstrueuses, pré-humaines, toujours susceptible d’émerger (la statue primitive du démon Pazuzu de L’Exorciste ou celle qui apparaît dans Sorcerer, le masque camerounais découvert chez l’avocat de Masters dans Police Fédérale Los Angeles, ou celui sur lequel s’arrête la caméra pendant le meurtre qui ouvre Jade (1994), le cache qui recouvre le visage du meurtrier dans Le Sang du châtiment lorsque celui-ci passe un scanner) ou le maquillage-camouflage du tueur de Traqué. S’il n’y a pas de politique « friedkinienne », il y a en tout cas une métaphysique, une dimension obscure, mythologique, souterraine qui émerge itérativement et inflige le règne de lois archaïques ».

Et Jean-François Rauger de conclure son analyse de l'oeuvre du réalisateur et producteur : « Le cinéma de Friedkin ne parle finalement que de lui-même, d’un artiste qui a éprouvé, jusqu’à son point de tension extrême, (c’est peut-être en cela qu’il ressemble à ses personnages), la résistance d’un monde qui, par exemple, peu de temps encore avant L’Exorciste, aurait jugé impensable la vision d’une adolescente se masturbant avec un crucifix ».


Italie, 2018, 103 min
Sur Arte le 31 mai 2020 à 23 h 25
Disponible du 24/05/2020 au 06/06/2020
Visuels :
Villiam Dafoe
Francis Ford Coppola
Ellen Burstyn
© Friedkin Uncut - Francesco Zip

"The French Connection" de William Friedkin 
États-Unis, 1971, 1 h 39 mn
Scénario : Ernest Tidyman, d'après le livre éponyme de Robin Moore
Avec Gene Hackman (Jimmy Doyle), Fernando Rey (Alain Charnier), Roy Scheider (Buddy Russo), Tony Lo Bianco (Sal Boca), Marcel Bozzuffi (Pierre Nicoli)
Production : D’Antoni Productions, Shine-Moore Productions
Meilleurs film, acteur (Gene Hackman), réalisateur, adaptation, montage, Oscars 1972 – Meilleurs film, réalisateur, acteur (Gene Hackman), Golden Globes 1972 –Meilleur film étranger, David di Donatello 1972 – Meilleurs film, acteur (Gene Hackman), Bafta 1972
Sur Arte le 1er juin 2020 à 22 h 10
Visuels : © 1971 Twentieth Century Fox Film Corporation/renewed 1999/All rights reserved

French Connection 2 par John Frankenheimer
Etats-Unis, 1975
Scénario : Robert Dillon, Laurie Dillon, Alexander Jacobs
Production : 20th Century Fox
Producteur : Robert L. Rosen
Image : Claude Renoir
Montage :Tom Rolf
Musique : Don Ellis
Avec Gene Hackman (Doyle), Fernando Rey (Alain Charnier), Bernard Fresson (Commissaire Heni Barthélémy), Philippe Léotard (Jacques), Ed Lauter (Général William Brian), Charles Millot (Inspecteur Miletto), Jean-Pierre Castaldi (Raoul), Cathleen Nesbitt (vieille dame)
Visuels :
Gene Hackman (" Popeye" Doyle)
© Twentieth century Fox Film Corporation

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Les citations sur le film sont d'Arte.

samedi 30 mai 2020

Paul Rosenberg (1881-1959)


Paul Rosenberg (1881-1959) était un marchand d’art français juif d’envergure internationale, doté d’une méthode efficace pour promouvoir ses artistes - peintres impressionnistes et de l'avant-garde artistique des années 1910-1920 (cubisme) - et conserver la trace du parcours des œuvres vendues. Conseiller de musées américains dans leur politique d'acquisitions picturales, spolié lors de la Deuxième Guerre mondiale par les Nazis, exilé, il est parvenu à la Libération à récupérer une partie de ses œuvres d'art. Le 29 mai 2020, Toute l'Histoire diffusera 21 rue La Boétie et réalisé par Virginie Linhart.

L’avant-garde hongroise à la galerie Der Sturm (1913-1932)
C’est rare : une exposition directement inspirée d’un livre dont elle emprunte le titre.

Au musée Maillol, l’exposition 21 rue La Boétie. Picasso, Matisse, Braque, Léger...  « retrace le parcours singulier de Paul Rosenberg (1881-1959), qui fut l’un des plus grands marchands d’art de la première moitié du XXe siècle. Conçue par Tempora et réalisée par Culturespaces, cette exposition bénéficie du soutien actif de la petite-fille de Paul Rosenberg, Anne Sinclair, auteur du livre éponyme 21 rue La Boétie (paru aux Editions Grasset & Fasquelle, 2012) » et dont le portrait enfant, peint en 1952 par Marie Laurencin, illustre l’affiche.

« Marchand d’art passionné, homme d’affaires avisé et amateur éclairé, Paul Rosenberg fut l’ami et l’agent des plus grands artistes de son temps, qui allaient devenir des maîtres incontestés de l’art moderne. Sa galerie mythique a servi de pivot à la peinture moderne en France, et plus largement en Europe et aux Etats-Unis ».

La « carrière de Paul Rosenberg permet d’appréhender sous un prisme nouveau le double tournant, dans l’histoire de l’art, que représentent l’émergence de l’art moderne, puis, dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale, le déplacement du centre mondial de l’histoire de l’art de Paris vers New York, en pleine crise de la Seconde Guerre mondiale. Mêlant histoire de l’art, histoire sociale et politique, l’exposition met en lumière un moment crucial du XXe siècle, dont Paul Rosenberg a été un témoin emblématique, à la fois acteur et victime ».

L’exposition 21 rue La Boétie au Musée Maillol « s’inscrit dans la nouvelle programmation du musée, mise en œuvre par Culturespaces, et recentrée sur l’art moderne et contemporain. Elle fait résonner les liens que Paul Rosenberg entretenait avec Aristide Maillol, que le marchand défendait dans sa galerie ».

Elle « rassemble une soixantaine de chefs-d’œuvre de l’art moderne (Pablo Picasso, Fernand Léger, Georges Braque, Henri Matisse, Marie Laurencin...), pour certains inédits en France et provenant de collections publiques majeures telles le Centre Pompidou, le Musée d’Orsay, le Musée Picasso à Paris, ou encore le Deutsches Historisches Museum de Berlin, ou d’importantes collections particulières comme celle de David Nahmad ».

De « nombreuses œuvres sont directement liées au marchand, pour avoir transité par ses galeries, à Paris ou à New York, alors que d’autres renvoient au contexte historique et artistique de l’époque ».

L’exposition décrit clairement le contexte socio-économique du marché de l’art au XXe siècle – une vidéo souligne sa centralisation à Paris avec une prédominance de galeries localisées dans la rive droite de la Seine -, ainsi que les atouts de Paul Rosenberg : aménagement de sa galerie en salons afin d’illustrer in concreto l’harmonie entre le mobilier de style Ancien Régime d’acheteurs (potentiels) et les œuvres d’artistes du XXe siècle qu’il promeut, propositions d’une offre variées mêlant des peintres célèbres – Delacroix, Ingres, Manet, Corot - et contemporains afin d’attirer des clients et d’influer sur leurs sensibilités artistiques, formation du goût des publics – français et étrangers, élites bourgeoises et visiteurs d’institutions culturelles -, conseils aux musées américains dans leurs acquisitions d’artistes d’avant-garde, constitution de fichiers précis détaillant l’œuvre, son auteur, son acheteur et la date de la vente, rythme élevé d’expositions, généralement individuelles – Cézanne en 1939, à l’occasion du centenaire de sa naissance et organisée au profit de l »Œuvre de l’allaitement maternel, Renoir -, durant environ un mois, assorties de catalogues – « Cent dessins de Picasso » en 1926, « Le Grand Siècle » organisée au profit des Amis du Louvre (1936) -, la prescience que les Etats-Unis accéderont à un rang privilégié dans le marché mondialisé de l’art, la conviction de devoir se hâter dans l’immédiat après-guerre pour récupérer, directement, en évitant de longues procédures judiciaires, les œuvres dont il avait été spoliées sous l’Occupation, etc.

On peut regretter l’absence d’informations sur les origines slovaques de la famille Rosenberg, ses conception et pratique du judaïsme, sa formation artistique, le destin de ses proches demeurés en Slovaquie, ses liens avec d’autres galeristes dont Daniel-Henry Kahnweiler, marchand d’art notamment de Picasso, et les Wildenstein, ses critères dans le choix d’artistes, la liste exhaustive de tous ses artistes, etc.

C’est d’autant plus curieux que l’exposition itinérante avait été inaugurée au Musée de La Boverie de Liège (Belgique) et a comme commissaire l’historien Elie Barnavi. 

Le commissariat de l’exposition est assuré aussi « par Benoît Remiche, Isabelle Benoit, Vincent Delvaux et François Henrard, de l’équipe Tempora, spécialiste belge de la conception, réalisation, promotion et gestion d’expositions (culturelles, historiques ou scientifiques) et d’équipements culturels fondé en 1998 par Benoît Remiche et Elie Barnavi. Tempora est liée par un contrat-cadre au Musée de l’Europe », dont Elie Barnavi est un des membres du Comité scientifique, « pour la réalisation de ses expositions et leur circulation en Europe et dans le reste du monde ». 

« Elaine Rosenberg, belle-fille de Paul Rosenberg, à New York, a permis la mise à disposition de ses archives, et Anne Sinclair est la marraine de l’exposition ». 

Ont collaboré au montage de l’exposition Sophie Hovanessian, directrice de la programmation culturelle et des expositions de Culturespaces, Agnès Wolff, responsable du service expositions, Sixtine de Saint-Léger, responsable des expositions pour le musée Maillol, et Camila Souyri, régisseur des expositions. La scénographie est signée Hubert Le Gall.  

La naissance d’une galerie
« J’ouvre prochainement de nouvelles galeries d’Art moderne, 21, rue La Boétie, où je compte faire des expositions périodiques des Maîtres du XIXe et des peintres de notre époque. J’estime toutefois que le défaut des expositions actuelles est de montrer isolément l’œuvre d’un artiste. Aussi ai-je l’intention d’organiser chez moi des expositions d’ensemble d’Art décoratif. Bien des personnes, qui ne sont pas assez sûres de leur goût ou du goût des Artistes, pris séparément, verraient leur tâche facilitée en jouissant d’un coup d’œil d’ensemble de l’étroite réunion de tous les Arts dans l’atmosphère d’une habitation privée. »
Paul Rosenberg, environ 1914 (archives de la famille)

Les « premiers pas de Paul Rosenberg sur le marché de l’art au début du XXe siècle à Paris sont évoqués. Fils du marchand Alexandre Rosenberg, Paul Rosenberg partage aussi l’amour de l’art avec son frère Léonce Rosenberg qui deviendra l’un des plus grands défenseurs des peintres cubistes à travers sa galerie de L’Effort Moderne ».

« Ouvert à la création de son siècle adossée à celle du XIXe siècle » (?), Paul Rosenberg «  ouvre sa propre galerie, en 1910, au 21 rue La Boétie à Paris. À cette même époque s’esquissent les prémices de sa collaboration avec Pablo Picasso qui donnera lieu à une vraie relation d’amitié ».

« Nous voici introduits dans une pièce immense, haute de plafond, les murs désertiques, la lumière nue, une pièce où les rideaux d’un brun grave pèsent sur le recueillement, où deux fauteuils solitaires tendus de velours foncé, comme deux Juges de l’Inquisition vous tendent leurs bras ; non, ils ne vous tendent pas les bras, ils vous prennent à la gorge. Approche des chefs-d’œuvre. Des ouragans de solitude, d’austérité traversent cette pièce. Le goût de l’Inexistence vous prend, l’inexistence de tout hors la surface peinte. (…)
Paul Rosenberg : il est vêtu de noir. Il a un visage nerveux d’ascète ou d’homme d’affaires passionné. » (Extrait de Cahiers d’Art, n°10, 1927, cité dans Anne Sinclair, 21 rue La Boétie, Paris, Bernard Grasset, 2012, p. 34)

Passeur de modernité
Les « grandes étapes de l’évolution de la peinture dans les années précédant la fondation de la galerie de Paul Rosenberg sont ici rapidement esquissées, des impressionnistes de la seconde moitié du XIXe siècle, aux Modernes, qui firent leur irruption sur la scène artistique avec le « scandale des Fauves » au Salon de 1905 ».

Paul Rosenberg « s’inscrit résolument dans le modernisme, dont il devient un acteur de premier plan. Il fait le choix de « l’avant-garde » - ce choix ayant les limites de ses propres goûts ; ainsi, il ne s’intéressera guère aux Surréalistes. En soutenant les artistes qu’il définit comme des « créateurs », Paul Rosenberg se considérera toute sa vie comme « un passeur » de cette modernité ».

Une « double stratégie se met en place, marchande et esthétique. Paul Rosenberg vend ce qu’il aime moins pour acheter et défendre ce qu’il aime vraiment – une méthode qui se lit dans l’espace de sa galerie, disposée sur deux étages où le visiteur et acheteur potentiel est invité à aller du plus familier au plus osé. Et, loin de tuer l’ancien pour faire place nette au nouveau, il inscrit celui-ci dans les pas de celui-là. La trajectoire de Picasso est à cet égard révélatrice : Picasso et le cubisme, Picasso et Ingres, Picasso et Renoir… »

« À travers le choix d’une vingtaine d’œuvres de premier plan (Picasso, Léger, Braque, Masson, Sisley, Cézanne), le visiteur est amené à mieux comprendre dans cet espace les choix esthétiques et commerciaux opérés par Paul Rosenberg au sein de sa galerie et par là même, à appréhender un moment clé de l’histoire de l’art ».

« Pour son numéro de décembre 1941-janvier 1942, la revue Art in Australia avait demandé – on l’a vu – à Paul Rosenberg de livrer sa vision de la peinture et évoquer les peintres demeurés en France.
Paul Rosenberg, arrivé depuis un peu plus d’un an aux Etats-Unis, est présenté par la revue comme un homme qui, plus que quiconque, connaissait les artistes du monde d’avant. Et Paul écrivait : « Les peintures en avance sur leur époque n’existent pas. C’est le public qui est parfois à la traîne de l’évolution de la peinture. Combien d’erreurs ont été commises, combien de jeunes futurs grands peintres ont connu la misère à cause de l’ignorance des marchands et leur refus de les soutenir, tout simplement parce qu’ils n’aimaient pas cet aspect de leur art ou parce qu’ils ne les comprenaient pas ! (…) Trop souvent, le spectateur cherche en lui-même des arguments contre leur art plutôt que de tenter de s’affranchir des conventions qui sont les siennes. »
Anne Sinclair, 21 rue La Boétie, Paris, Bernard Grasset, 2012, p. 106-107.

Le système Rosenberg
Paul Rosenberg « a été l’un des marchands les plus influents de son temps. Il le doit autant au choix de ses peintres qu’à une grande rigueur dans la gestion de ses affaires ».

Ici, la « méthode Rosenberg » mise en évidence dans cette section reflète, par effet miroir, ce qui constitue les fondements du métier de marchand d’art ».

Il « s’agit d’abord pour Paul Rosenberg de miser sur les « valeurs sûres » de l’art moderne, tout en rassurant la clientèle qui a besoin de l’être par un choix d’œuvres de maîtres du XIXe siècle. Paul Rosenberg parvient ensuite à tisser un réseau de clients fortunés, tant européens qu’américains : il est parmi les premiers à avoir compris l’importance du marché américain, se rend régulièrement aux États-Unis, où il fonde en 1923 une société commerciale avec Georges Wildenstein. Il parcourt le pays pour conseiller les nouveaux musées dont se dotent les villes de province. Il utilise alors tous les moyens modernes pour assurer la promotion de ses artistes : édition de catalogues, accrochages monographiques, publicité dans les journaux, participations à des salons et organisation d’expositions de bienfaisance… Enfin, la gestion de son stock obéit à une organisation stricte : un livre de stock précis note les allers et venues des œuvres ; chaque toile est répertoriée, indexée et photographiée ». 
« À travers un grand nombre de documents inédits (contrats avec ses artistes, fiches indexées, catalogues d’exposition, plaques en verre…) et une sélection d’œuvres de tout premier plan, le visiteur se figure la manière dont Paul Rosenberg dirigeait ses affaires et ce qui a contribué à faire de lui l’un des marchands les plus importants de son époque. Produit spécialement pour l’occasion, un film, intitulé 21 rue La Boétie et réalisé par Virginie Linhart, présente le parcours remarquable de cet homme d’exception et le contexte du marché de l’art dans lequel il émerge ».
« Comme l’a souligné de nombreuses fois la presse américaine, Paul fut, jusqu’à la guerre, le plus grand marchand en Europe, de Delacroix à Picasso. « Imaginez, racontait un grand journal californien dans les années quarante, être capable d’entrer dans le studio de Matisse ou de Picasso deux fois par an, de regarder quarante de leurs meilleures toiles et dire “je les prends toutes” ! Jusqu’à la guerre, c’est ce que faisait Paul Rosenberg. »
Anne Sinclair, 21 rue La Boétie, Paris, Bernard Grasset, 2012, p. 105.

L’assaut sur l’« art dégénéré »
L’exposition évoque « l’irruption brutale de la politique dans l’art ».

« Si Paris est encore préservée, la menace pèse sur l’Allemagne nazifiée des années 1930 ».

« Deux visions du monde s’affrontent et prennent le terrain artistique comme champ de bataille : celle des idéologues nazis défendant la pureté arienne à travers un retour et une glorification de la tradition germanique et celle des artistes modernes, porteurs d’idées nouvelles et émancipatrices ».

La notion d’« art dégénéré » (Entartete Kunst) est « illustrée notamment dans la double exposition de juillet 1937 à Munich, où l’on voit, à des fins de propagande, « l’art allemand » opposé à un art dit « dégénéré ».

« Conséquence de la politique menée par les nazis contre l’art moderne dit « dégénéré » : la vente de Lucerne de 1939, et cette question lancinante - faut-il acheter aux nazis ? La position intransigeante de Paul Rosenberg se confronte à celle, bien plus accommodante, de nombre de ses confrères, ou encore de certaines institutions muséales (Liège, Bâle…). Entre le goût du profit des uns, avides d’acheter des chefs-d’œuvre à vil prix, et le projet véritable de sauver les œuvres, les motivations des acquéreurs sont variées. Cependant, nombres d’acheteurs potentiels s’entendent pour ne pas surenchérir ».

« Sur des thématiques similaires, les tableaux modernes, « dégénérés », acquis par la Ville de Liège lors de la vente de Lucerne, sont confrontés à des œuvres de peintres allemands qui s’inscrivent dans l’esprit de ce retour à la tradition germanique porté par les nazis. Une confrontation esthétique, historique et culturelle qui donne à voir deux visions du monde diamétralement opposées ».

L’Occupation et l’exil, 1940-1945
Fuyant la France occupée par les Nazis, Paul Rosenberg suit la voie de l’exil, de Paris à New York via Bordeaux, « d’où il parvient à s’échapper avec sa famille grâce aux visas délivrés par le consul général portugais Aristides de Sousa Mendes ».
« Avant d’embarquer pour l’Amérique, Paul Rosenberg pense avoir mis en sécurité une partie de ses tableaux (dont la Nature morte à la cruche et Baigneur et baigneuses de Picasso) en lieu sûr dans un coffre-fort à Libourne mais celui-ci sera pillé par les soldats allemands ».

« En parallèle au parcours singulier de Paul Rosenberg est ainsi évoquée la spoliation des œuvres d’art par les nazis, leur regroupement dans la salle des « Martyrs » au Jeu de Paume puis le travail de pistage et de sauvetage des œuvres d’art par Rose Valland, alors attachée de conservation de cette institution ».

« Si l’on regarde de l’autre côté de l’Atlantique, le triptyque d’Arthur Kaufmann (Etude pour l’émigration spirituelle) représente les exilés de l’intelligentsia allemande. Il témoigne en filigrane de la montée en puissance des Etats-Unis et du basculement du centre de gravité du marché de l’art de Paris vers New York où Paul Rosenberg ouvre sa galerie au 79 East 57th Street à New York en 1941 ».

« À la même époque, cruelle ironie de l’histoire, la galerie de la rue La Boétie est réquisitionnée par les Allemands et devient l’Institut d’Etudes des Questions juives ».

« A l’issue du conflit, Paul Rosenberg reprend possession de sa galerie parisienne. Ne pouvant se résoudre à rouvrir son commerce, il met le lieu en vente mais prend soin, au préalable, de faire desceller les mosaïques de marbre commandées à Georges Braque en 1929, témoignage de leur lien d’amitié ».

« Le 4 juillet 1940, Otto Abetz, l’ambassadeur du Reich à Paris, adressa donc à la Gestapo la liste des collectionneurs et marchands juifs les plus connus de la place : Rothschild, Rosenberg, Bernheim-Jeune, Seligmann, Alphonse Kann, etc.
C’est dès ce jour-là que l’hôtel du 21 rue La Boétie aura été perquisitionné, avec saisie des œuvres d’art que Paul avait laissées, d’une bibliothèque de plus de mille deux cents ouvrages, de l’équipement de toute une maison (des meubles anciens aux accessoires de cuisine), de plusieurs centaines de plaques photographiques et de toutes les archives professionnelles de la galerie depuis 1906.
Figuraient aussi des sculptures, restées à Paris car difficilement transportables – dont un grand Maillol, et les deux statues célèbres de Rodin, Eve et L’Age d’airain, qui ornaient le hall de la rue La Boétie
Anne Sinclair, 21 rue la Boétie, Paris, Bernard Grasset, 2012, p. 266
    
La Libération et le combat pour la récupération
« L’histoire rocambolesque de la découverte par le lieutenant Alexandre Rosenberg, fils et futur successeur de Paul, de plusieurs dizaines d’œuvres de la collection de son père dans un train allemand saisi par son unité au nord de Paris, ouvre cette section. Un extrait du film de fiction de John Frankenheimer, Le Train, illustre à sa manière cet épisode ».

« Au cœur de cet espace est présenté le périple en France et en Suisse de Paul Rosenberg, accouru dès 1946 des Etats-Unis pour récupérer ses œuvres volées ».

« L’accent est plus particulièrement mis sur les vicissitudes d’une toile depuis sa sortie des mains de l’artiste jusqu’à sa situation actuelle. Robe bleue dans un fauteuil ocre de Henri Matisse sert d’exemple du trajet parfois sinueux que peut emprunter une œuvre. La toile fut achetée par Paul Rosenberg au peintre en 1937, volée par les nazis quatre ans plus tard dans le coffre-fort de Libourne et destinée à la collection particulière de Göring, achetée dans l’après-guerre par l’armateur norvégien Niels Onstad au marchand parisien Henri Bénézit et installée enfin au Centre d’Art Henie-Onstad (HOK) dans la banlieue d’Oslo avant d’être finalement restituée à la famille Rosenberg en 2012 ».

« De par leur destinée, ces tableaux portent en eux l’histoire du siècle ».


Les 8 février à 7 h 05, 10 février à 22 h 34, 11 février à 5 h 25, 16 février à 18 h 49, 18 février 2017 à 15 h 56, Toute l'Histoire diffusa "21, rue La Boétie". "Ce documentaire raconte la vie du marchand d’art Paul Rosenberg. Cet intime de Picasso, Braque, Matisse, Laurencin, Léger contribua à former le goût des Américains pour la peinture moderne. Grâce à son œil et son flair légendaires, sa galerie parisienne située au 21 rue la Boétie devint l’une de plus importantes d’Europe dans l’entre-deux-guerres. Elle fut réquisitionnée par les nazis qui y installèrent l’Institut d’étude des questions juives, haut lieu de la propagande antisémite. Après la guerre, le marchand exilé à New York consacrera le reste de sa vie à rechercher ses 400 tableaux disparus. C’est à partir d’un long entretien sonore inédit avec sa petite fille Anne Sinclair, que le film retrace en images d’archives la trajectoire de cet homme d’exception".


Le musée des Beaux - Arts de Libourne proposa du 27 octobre 2018 au 2 février 2019 l'exposition "21 Rue la Boétie, Libourne" d'après le livre d'Anne Sinclair en hommage à son grand-père Paul Rosenberg. Vernissage le 26 octobre 2018 à 18 h 30. Il a été précédé du dévoilement d'une plaque sur la façade de la BNP Paribas (rue Waldeck-Rousseau) à 16 h 30 et à 18 h par l'inauguration du square Paul-Rosenberg (devant la chapelle du Carmel).


BIOGRAPHIE DE PAUL ROSENBERG

« Immigré de Slovaquie  en 1878, Alexandre Rosenberg, le père de Paul et de Léonce, se lance dans le commerce d’art et d’antiquités à Paris.

Paul (1881-1959) et son frère aîné Léonce (1878-1947) commencent leurs carrières au service de leur père dans sa galerie de l’avenue de l’Opéra et en assument ensemble la succession de 1906 à 1910. Léonce deviendra le marchand des peintres cubistes. Sa galerie L’Effort Moderne, au 19 rue de La Baume, fait figure de précurseur et réunit l’avant-garde des artistes de son temps.

En 1910, Paul ouvre en son nom propre une galerie au 21, rue La Boétie à Paris.

En 1936, fort de ses succès, Paul Rosenberg ouvre une nouvelle succursale à Londres, au 31, Bruton Street, avec son beau-frère Jacques Helft, célèbre antiquaire parisien.

En 1941, Paul ouvre une galerie à New-York au 16 East 57th Street.

Paul Rosenberg décède en 1959.

Déjà associé à la gestion de la galerie, son fils Alexandre en prend les rênes au 20 East 79th Street, New-York où Paul avait déménagé sa galerie en 1953 ».


Du 27 octobre 2018 au 2 février 2019

Au musée des Beaux - Arts de Libourne 
Chapelle du Carmel
45, allée Robert Boulin - 33500 Libourne
Entrée libre  & gratuite du mardi au samedi de 10 h à 13 h & de 14 h à 18 h.

Du 2 mars au 23 juillet 2017
Au musée Maillol 
61, rue de Grenelle. 75007 Paris
Tél : +33(0) 1 42 22 57 25
Tous les jours de 10 h 30 à 18 h 30. Nocturne le vendredi jusqu’à 21 h 30.

Visuels
Marie Laurencin (1883-1956), La répétition (Groupe de femmes), 1936, Huile sur toile, 120,5 x 120,5 cm, 1936
Centre Pompidou, Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle (Don de Paul Rosenberg, 1947).
© Fondation Foujita / ADAGP 2016 / © Photo : Centre Pompidou, MNAM-CCI,
Dist. RMN-Grand Palais / Droits réservés

Pablo Picasso (1881-1973), Portrait de Mme Rosenberg et sa fille, 1918, Huile sur toile, 130 x 97 cm
Musée Picasso Paris (Dation Micheline Rosenberg, 2008). © Succession Picasso 2016 © RMN - Grand Palais musée Picasso de Paris) - © Thierry Le Mage


Marie Laurencin (1883-1956), Anne Sinclair à l’âge de quatre ans, 1952, Huile sur toile, 27 x 22 cm, Collection particulière.
© Fondation Foujita / ADAGP, Paris, 2016

Henri de Toulouse-Lautrec, Justine Dieulh, 1891, Huile sur carton, 74 x 58 cm, Musée d’Orsay, Paris. - Photo © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Pablo Picasso, Nature morte à la tête antique, 1925, huile sur toile, 97 x 130 cm.
Centre Pompidou, Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle (Don de Paul Rosenberg, 1946).
© Succession Picasso 2017 © Photo : Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN- Grand Palais - © Jacques Quecq d’Henripret

Jean Metzinger, Portait de Léonce Rosenberg en uniforme de soldat colonial,1924, mine graphite sur papier, 50 x 36,5 cm.
Centre Pompidou, Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle (Legs de Mme Lucienne Rosenberg, 1995).
© ADAGP, Paris, 2016 © Photo : Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais -
© Philippe Migeat

Alfred Sisley, La route de Versailles, 1875, Huile sur toile, 47 x 38 cm, Musée d‘Orsay, Paris.
- Photo © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

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Les citations sont extraites du dossier de presse. Cet article a été publié le 18 juillet 2017, puis les 10 février et 26 octobre 2018, 2 février 2019.