Le 28 janvier 2026, sortira en France et en Belgique « Nuremberg », film américain réalisé par James Vanderbilt (2025), avec Russell Crowe (Hermann Göring), Rami Malek (Douglas Kelley), Leo Woodall (sergent Howie Triest). Durant le « procès historique intenté par les Alliés après la chute du régime nazi en 1945, le psychiatre américain Douglas Kelley est chargé d’évaluer la santé mentale des hauts dignitaires nazis, dont Hermann Göring, afin de déterminer s’ils sont aptes à être jugés pour leurs crimes de guerre... »
« Luther, la Réforme et le Pape », par Thomas Furch
La fabrique des saintes images. Rome-Paris, 1580-1660
La fabrique des saintes images. Rome-Paris, 1580-1660
René Dumont (1904-2001)
« Les dessous des accords de Munich » de Christine Rütten
« Le pacte Hitler-Staline » par Cédric Tourbe
« Le pacte Hitler-Staline » par Cédric Tourbe
« Été 39 » par Mathias Haentjes et Nina Koshofer
« Drôle de guerre » par Cédric Gruat
« Pologne 1939 - La métamorphose des soldats en criminels de guerre » par Alexander Hogh et Jean-Christoph Caron
« Drôle de guerre » par Cédric Gruat
« Pologne 1939 - La métamorphose des soldats en criminels de guerre » par Alexander Hogh et Jean-Christoph Caron
« War Story, 1995-1996 » de Mikael Levin
« 1945. L'ouverture des camps en Allemagne », par Serge Viallet
« Images de la libération des camps. Chronique d’un film inachevé », par André Singer
Filmer la guerre : les Soviétiques face à la Shoah (1941-1946)
« Shoah, les oubliés de l’histoire », par Véronique Lagoarde-Ségot
Cinéma et Shoah, de l’affiche au dossier de presse
« 1945. L'ouverture des camps en Allemagne », par Serge Viallet
« Images de la libération des camps. Chronique d’un film inachevé », par André Singer
Filmer la guerre : les Soviétiques face à la Shoah (1941-1946)
« Shoah, les oubliés de l’histoire », par Véronique Lagoarde-Ségot
Cinéma et Shoah, de l’affiche au dossier de presse
« La Fabrique du Mensonge » de Joachim Lang
« Magda Goebbels, la première dame du IIIe Reich » d’Antoine Vitkine
« Magda Goebbels, la première dame du IIIe Reich » d’Antoine Vitkine
« Descendants de nazis. L’héritage infernal » de Marie-Pierre Raimbault et Michael Grynszpan
« Les studios Babelsberg ou le Hollywood allemand » de Alexander Lück et Daniel Finkernage
Tournages Paris-Berlin-Hollywood 1910-1939
« Les studios Babelsberg ou le Hollywood allemand » de Alexander Lück et Daniel Finkernage
Tournages Paris-Berlin-Hollywood 1910-1939
« L’affaire Klimt » de Jane Chablani et Martin Smith
« Leeuwarden - Georges-Arthur Goldschmidt – Enquête sur un tableau »
« Leeuwarden - Georges-Arthur Goldschmidt – Enquête sur un tableau »
Jewishrefugees.blogspot published WW2: 40 Tunisian Jews never returned
« Les Juifs d'Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale » de Claude Santiago et Antoine Casubolo
« Les Juifs d'Afrique du nord face à l'Allemagne nazie » par Dan Michman et Haim Saadoun
« Tunisie, une mémoire juive », par Fatma Cherif et Saïd Kasmi
« Les Juifs d'Afrique du nord face à l'Allemagne nazie » par Dan Michman et Haim Saadoun
« Tunisie, une mémoire juive », par Fatma Cherif et Saïd Kasmi
« Croissant fertile et croix gammée. Le IIIe Reich, les Arabes et la Palestine », de Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann
« Exil nazi : la promesse de l'Orient » par Géraldine Schwarz
« Exil nazi : la promesse de l'Orient » par Géraldine Schwarz
« Nuremberg nous plonge au cœur du procès historique intenté par les Alliés après la chute du régime nazi en 1945. Le psychiatre américain Douglas Kelley est chargé d’évaluer la santé mentale des hauts dignitaires nazis afin de déterminer s’ils sont aptes à être jugés pour leurs crimes de guerre. Mais face à Hermann Göring, bras droit d’Hitler et manipulateur hors pair, Kelley se retrouve pris dans une bataille psychologique aussi fascinante que terrifiante. »
Et parallèlement, des débats juridiques surgissent : quel droit appliquer aux dirigeants nazis arrêtés ? Quels crimes juger ?
Le film élude des complices de dirigeants nazis, tel le grand mufti de Jérusalem Amin al-Husseini, ou certaines facettes du Reichsmarschall Hermann Göring : collectionneur d’œuvres d’art, actif dans la spoliation des juifs, enrichi par diverses malversations.
Il se concentre sur la prise en charge psychiatrique des prévenus jugés par le Tribunal de Nuremberg, détenus dans une prison dont le directeur veut éviter qu’ils se suicident pour ne pas comparaître en justice ou pour éviter leur exécution. Dans ce huis-clos, le traducteur américain, le sergent Howie Triest, joue un rôle essentiel.
On ignore les raisons du choix du Dr Douglas Kelley, interprété par l'acteur américain copte d'origine égyptienne Rami Malek, chargé de veiller à la santé psychiatrique des détenus nazis, dont le plus important, au centre de l’intrigue, est Hermann Göring, contraint de se sevrer de son addiction à la drogue. Interprété par Russell Crowe, Hermann Göring impose sa stature physique, l’expérience accumulée au sommet d’un régime nazi, et utilise les failles psychologiques qu’il perçoit chez le jeune Dr Douglas Kelley. Il obtient que celui-ci lui permette de communiquer avec son épouse et sa fille vivant dans un îlot de vie bourgeoise dans un Nuremberg dévasté par les bombardements des Alliés. Vaniteux, interrogé par le Procureur britannique devant le Tribunal, il ne peut/veut pas contester ou condamner les actions du führer Adolf Hitler.
Auteur d’un récit sur son expérience à Nuremberg, le Dr Douglas Kelley veut alerter ses concitoyens sur sa découverte sur la présence du Mal - nulle différence entre nazis, qui n'étaient pas fous, et non nazis – et la possibilité que ce Mal puisse se reproduire en raison d’incitations répétées à la haine.
En voyant les images de villes allemandes en partie détruites en 1945 par les Alliés, on ne peut s’empêcher de songer à l'absence de dénazification du monde Arabe et aux bâtiments gazaouis en ruines ciblés par des frappes chirurgicales de l’armée israélienne. On constate la différence de traitement : nul en 1945-1946 ne fustige les Alliés pour leurs bombardements et les sentences de mort du Tribunal international, mais en 2024-2025, Israël a été accablé pour sa guerre d’auto-défense. Nul doute que le rétablissement de la peine de mort pour des terroristes sera fustigé.
Présenté en avant-première au Festival international du film de Toronto, Sélection officielle – 2025
INTRODUCTION À NUREMBERG
Par CHRISTIAN DELAGE, historien, auteur de Filmer, Juger. De la Seconde Guerre Mondiale à l’invasion de l’Ukraine (Gallimard, 2023) et réalisateur de « Nuremberg – Les Nazis face à leurs crimes » (Arte et Lionsgate, 2006)
« Au printemps 1945, le président Truman confie à Robert H. Jackson, juge à la Cour suprême, la tâche de mettre en place un tribunal militaire international pour traduire les principaux dirigeants nazis en justice. En juin, Jackson propose deux initiatives qui vont s’avérer pionnières dans le domaine juridique. La première vise à filmer les sessions du procès afin de constituer une trace historique qui viendra compléter la transcription des débats et le recueil des documents de l’accusation. La seconde consiste à introduire à l’audience des images animées et des photographies à titre de preuves.
La constitution, la juridiction et les fonctions du tribunal sont fixées par un accord signé le 8 août 1945 à Londres, entre la France, le Royaume-Uni, L’URSS et les États-Unis d’Amérique.
Le procès des responsables nazis s’ouvre le 18 octobre 1945 à Berlin et se poursuit à Nuremberg jusqu’au prononcé des verdicts le 1er octobre 1946.
Pendant le procès, des segments filmés des audiences sont diffusés dans les actualités cinématographiques et servent de base à des documentaires rapidement produits par les gouvernements alliés, notamment l’Union soviétique (Sud Narodov / Le Tribunal des peuples, 1946) et les États-Unis (Nuremberg. Its Lesson for Today, 1948).
L’année 2025, qui marque le quatre-vingtième anniversaire du procès de Nuremberg, a vu la sortie aux États-Unis en novembre du Nuremberg de James Vanderbilt, inspiré de l’essai Le Nazi et le Psychiatre de Jack El-Hai.
Ce récit est centré sur la relation entre Hermann Göring, le dignitaire nazi de premier rang présent parmi les accusés, et Douglas Kelley, l’un des deux psychiatres américains chargés de s’assurer que Göring, comme les autres nazis arrêtés en 1945, était mentalement apte à comparaître.
Les motivations de Kelley pour participer au procès n’étaient pas entièrement nobles. Il reconnaîtra après-coup volontiers l’occasion qui s’était présentée à lui d’obtenir un scoop journalistique et d’écrire un livre grâce à son accès privilégié à Göring et aux vingt-et-un autres co-accusés.
Kelley cherchait à comprendre la mentalité de Göring, à découvrir si les nazis étaient psychologiquement différents du reste de l’humanité, en manifestant à son égard une forme d’empathie, qui évolua rapidement en une franche sympathie pour le prisonnier. Au point que Kelley enfreignit les règles militaires et servit de messager dans les communications entre Göring, sa femme et sa jeune fille, allant même, dans une certaine mesure, jusqu’à les protéger.
La relation de proximité entre Göring et Kelley se brisa lorsque furent projetées le 29 novembre 1945 sur le grand écran du tribunal des images américaines montrant l’état des détenus des camps de concentration au moment de leur libération, ainsi que l’ampleur et la violence de la politique criminelle nazie. Avec cette séquence, celle où Göring déstabilise Jackson en se défendant d’avoir évoqué « la solution finale du peuple juif », et celle où l’interprète de Kelley, Howard Triest dialogue avec lui sur son origine juive allemande et le destin tragique de ses deux parents, déportés le 19 août 1942 à Auschwitz-Birkenau et gazés, le film valorise la manière dont la politique de destruction des Juifs d’Europe a commencé à être construite et analysée lors du procès de Nuremberg.
En s’adressant au grand public par son mode hollywoodien de narration et son circuit international de distribution, le film contribue à la défense d’une justice pénale internationale forte et respectée, et à la lutte contre l’impunité de ceux qui organisent et / ou commettent des crimes de guerre et crimes contre l’humanité dont l’échelle les rend imprescriptibles. »
ENTRETIEN AVEC JAMES VANDERBILT
MENÉ PAR CHRISTIAN DELAGE
Entretien tiré de Cinéaste Magazine (Vol. LI, NR. 1 , Winter 2025) .
En 2012, je suis tombé sur un article intitulé « Le nazi et le psychiatre » que Jack El-Hai venait de publier. Il souhaitait obtenir un contrat d’édition pour l’écrire sous forme de livre (publié en France en 2015 aux éditions Les Arènes). Je connaissais Jack parce qu’à un moment donné, j’essayais de produire une série télévisée basée sur un autre de ses livres, The Lobotomist. Je connaissais donc son travail, et grâce à cela, nous avons pu le découvrir avant sa publication. J’ai trouvé que c’était une histoire formidable et un excellent point de départ pour un film. J’étais très intéressé par ces deux personnages qui se retrouvent face à face.
Avez-vous commencé à travailler sur le scénario dès 2012 ?
Oui. Jack avait commencé à écrire le livre et, de mon côté, j’ai commencé à faire des recherches pour le scénario, car je voulais non seulement adapter son ouvrage, mais aussi comprendre l’époque et l’histoire des procès. Je crois que c’est à ce moment-là que j’ai découvert votre documentaire, Nuremberg: The Nazis Facing Their Crimes, que j’ai trouvé très intéressant. Nous ne sommes pas nombreux à avoir réalisé des films sur Nuremberg, donc c’est agréable de pouvoir parler avec quelqu’un qui l’a fait.
Je savais que l’histoire que je voulais raconter portait sur ces deux hommes, Hermann Göring et Douglas Kelley. Mais au fur et à mesure de mes recherches et de mes lectures sur le procureur Robert Jackson, et sur tout le travail accompli pour convaincre les gens d’organiser le procès, j’ai compris que mon film devait raconter à la fois la cellule de prison et la salle d’audience. Trouver la structure de ce récit a été le plus grand défi.
Il a fallu du temps pour écrire la première version du scénario.
A-t-il été facile de convaincre des producteurs de faire un film sur le procès de Nuremberg ?
Ça a été difficile à monter à cause de la gravité des évènements historiques sur lesquels le film repose. Ce sont des gens qui parlent dans des espaces clos. Batman n’apparaît pas au milieu du film et les Avengers ne viennent pas sauver la situation.
Nous avons toujours voulu que ce soit une expérience de cinéma, c’est pourquoi nous avons engagé Dariusz Wolski, l’un des plus grands directeurs de la photographie vivants. Obtenir le financement a été très difficile et a pris beaucoup de temps.
Nous avons entièrement réalisé le film de manière indépendante. Nous n’avions pas de distributeur lorsque le financement a été obtenu. Vous savez, c’est comme se tenir par la main et sauter d’une falaise ensemble. C’est pourquoi il y a autant de coproducteurs au générique. Mais la production du film elle-même, même si c’était un travail difficile, fut merveilleuse.
Vous avez réussi à réunir un casting de premier ordre avec deux acteurs renommés.
Russell Crowe a été le premier à être engagé. Je voulais quelqu’un dans ce rôle qui soit vraiment magnétique, qui puisse vous attirer, vous séduire. On décrivait Göring comme incroyablement séducteur et charismatique, donc je savais qu’il fallait quelqu’un avec ces qualités.
Quand nous avons commencé à chercher un acteur pour interpréter Douglas Kelley, j’ai pensé à Rami Malek, dont j’ai toujours été fan. J’aime le fait que son énergie, qui a quelque chose d’électrique, soit très différente de celle de Russell.
Je pensais que Kelley constituait une porte d’entrée fascinante dans cette histoire en raison de ce qui lui est arrivé et des conclusions auxquelles il est parvenu. Nous avons beaucoup échangé sur d’autres films de cette époque, mais aussi sur Le Silence des agneaux [1991] et l’idée de confrontations dans une cellule entre deux personnages qui explorent la nature du mal. Comment le définir ? Comment l’aborder ? Je revenais toujours à cela, thématiquement parlant, que ce soit pendant l’écriture ou le tournage.
Quand avez-vous fait appel à votre conseiller historique, Michael Berenbaum ?
J’ai rencontré Michael grâce à mon partenaire de production, William Sherrick, qui l’a connu par son travail au Musée Mémorial de l’Holocauste à Washington. Michael a notamment été le conseiller technique de La Liste de Schindler [1993] de Steven Spielberg, donc il comprenait à la fois le monde du cinéma et celui de l’histoire. Il était très important pour moi que tout cela soit juste. Nous voulions représenter le procès aussi fidèlement que possible dans le cadre d’un film. Il s’agit de condenser en deux heures un procès qui a duré un an. Michael a lu les différentes versions du scénario, visionné les montages du film… Nous discutions longuement des points qui lui paraissaient justes mais aussi de ce qui nécessitait, selon lui, des ajustements. Son regard était très précieux.
Dans le film, vous insérez un long extrait du documentaire Nazi Concentration Camps présenté par l’accusation américaine le 29 novembre 1945.
Oui, cet extrait dure environ six minutes. Comme vous le savez, le film projeté à l’époque durait presque une heure. Nous n’en montrons qu’une petite partie. Mais j’étais catégorique dès le début : ces images devaient faire partie du film. Je les ai incluses dès l’écriture du scénario, en indiquant précisément les plans que nous allions utiliser, car j’ai évidemment visionné ces documents, y compris The Nazi Plan, réalisé par Budd Schulberg.
Il était pour moi essentiel de montrer cela. Lorsque j’ai terminé le casting, j’ai dit aux acteurs : « Faites-moi une faveur : n’allez pas regarder ces images. » Je voulais qu’ils les découvrent le jour du tournage. Nous avons filmé cette scène dans notre décor de tribunal – construit à l’échelle par Eve Stewart – dans lequel nous avions trois cents figurants. Au début de la journée, je leur ai dit : « Voici ce que nous allons faire aujourd’hui. » J’ai prononcé quelques mots pour les préparer à ce que nous allions voir, puis nous avons observé un moment de silence.
J’avais installé quatre caméras pour cette journée et placé les quatre acteurs principaux dans le champ dès la première diffusion des images. Bien sûr, nous avons dû les repasser plusieurs fois au cours de la journée pour obtenir différents angles. Mais toutes les réactions que vous voyez dans le film sont celles de la toute première projection.
Comme vous le savez, Budd Schulberg et Ray Kellogg avaient eu l’idée de placer des projecteurs braqués sur les deux rangées d’accusés afin d’observer leurs réactions après la projection. Vous montrez les accusés, en particulier Göring, mais vous choisissez de le confronter à Kelley, dont la réaction de colère permet au public de s’identifier à lui. Cette forme d’incarnation caractérise votre film..
C’est aussi un tournant pour Kelley, car il avait passé beaucoup de temps avec cet homme magnétique, intrigant et célèbre – probablement la personne la plus célèbre qu’il a rencontrée ou rencontrera jamais – et il obtenait de lui une matière intéressante pour son livre. Puis, soudain, il se retrouve confronté à ces images des camps.
C’est une chose d’entendre parler d’atrocités, c’en est une autre de les voir, de les éprouver.
C’était, je crois, un moment de l’histoire où le cinéma était pour la première fois utilisé comme un élément de preuve permettant de faire condamner des criminels.
Le film avait en effet été présenté comme preuve, précédé de déclarations sous serment pour confirmer son authenticité. Pensez-vous que Kelley ignorait ce qui s’était passé dans les camps ?
Ce n’est pas qu’il ne savait pas ou n’en avait pas entendu parler – je pense qu’à ce stade, ils avaient tous entendu des histoires et des rumeurs – mais être confronté à la réalité de ce que montre ce film est imparable. Cela cristallise la compréhension de ce qui s’est passé. On ne peut plus ignorer après cela.
Même si certains essaient, on ne peut pas effacer ces images de sa mémoire, on ne peut pas « désentendre » la vérité.
Donc, à ce moment-là, Kelley est furieux. Furieux contre Göring, contre lui-même, mais aussi contre un monde qui a pu laisser se produire de telles horreurs. Moi aussi, ces images me mettent en colère, ici en 2025, quatre-vingts ans après les faits.
Dans le film, Göring parle beaucoup moins que Kelley, ce qui est compréhensible puisqu’il ne veut évidemment rien lui avouer. Il commence par relativiser les crimes nazis en évoquant ceux commis par l’armée américaine contre les Japonais.
Kelley rétorque alors : « Il y a une différence entre le fait que nous bombardions des usines d’armement et que des civils meurent comme dommages collatéraux, et le fait que vous ayez construit 1 200 abattoirs humains destinés à exterminer une race entière. » dans leur dernière conversation, göring choisit finalement de mépriser Kelley en lui disant : « Je suis le livre. Vous n’êtes qu’une note de bas de page », ce à quoi Kelley répond : « Vous serez pendu haut et court. »
Il faut se rappeler que leur relation impliquait, pour chacun, un effort de raconter un peu sa propre histoire, de s’expliquer et d’espérer que l’Histoire les jugerait avec indulgence. Cette scène est l’une des dernières que nous ayons tournée avec Russel Crowe, alors qu’il nous restait encore quelques semaines de tournage. Nous savions qu’elle constituerait l’aboutissement de leur relation. Nous y avons consacré du temps. Et ils se sont déchirés. C’était une véritable éviscération des deux côtés.
Göring tente – et réussit en partie – de provoquer le procureur en chef, Robert H. Jackson, au sujet de la question juive. Vous montrez dans cette scène que le procès prend une direction différente du travail du psychiatre. Selon vous, quelle était l’opinion de Kelley à ce sujet ? Pensez-vous qu’il a finalement compris que Göring avait joué un rôle central dans la « Solution finale » ?
Je pense qu’il en est arrivé à cette conclusion. Il commence son parcours en essayant de comprendre ce qui distingue les nazis de nous. C’est quelque chose que nous faisons souvent en tant qu’êtres humains. Si nous ne sommes pas d’accord avec quelqu’un, nous le traitons de monstre, nous considérons qu’il n’est pas comme nous, et nous avons tendance à le déshumaniser. Je pense qu’il est bien plus effrayant de contempler l’idée que des personnes capables de crimes comme ceux de Göring sont très humaines et, à bien des égards, très semblables à nous. Une partie du parcours de Kelley repose sur cette prise de conscience, qui n’a été adoptée ni par ses collègues ni par le reste du monde. Personne ne voulait entendre cela de sa part. Ce n’est pas une question d’uniformes menaçants ; ce n’est pas ainsi que le mal se manifeste. C’est vraiment ce qui m’a attiré dans l’histoire de Kelley. Les conclusions auxquelles il parvient étaient pertinentes il y a treize ans, elles le sont aujourd’hui, et je pense qu’elles le seront encore demain.
Les deux domaines – l’exploration psychiatrique et l’affrontement juridique – sont traités sur un pied d’égalité, et c’est ce que montre le film dans une séquence particulièrement forte où Kelley, sur un quai de gare, découvre l’identité et l’histoire du sergent Howard Triest [Leo Woodall], le traducteur qui lui est assigné.
Oui, l’histoire de Howie était tellement incroyable, tellement extraordinaire.
Sans gâcher le film pour ceux qui ne l’ont pas encore vu, il a eu une vie exceptionnelle. Et je voulais pouvoir raconter cette histoire de la manière la plus simple possible, sans recourir à des flashbacks. Pour le rôle, je savais que j’avais besoin de quelqu’un capable de porter cette histoire et de jouer cette longue scène dans la continuité, car la caméra reste simplement sur son visage. Leo Woodall est venu auditionner, et je lui ai fait jouer cette scène encore et encore. Il a été rappelé plusieurs fois et n’a cessé d’améliorer sa performance à chaque passage. Le jour du tournage, il était tout simplement formidable, merveilleux. Leo est un acteur très intériorisé. Il n’en fait jamais trop. Il me rappelle Paul Newman dans le sens où il n’est pas du tout démonstratif. Il est très intérieur et mesuré. Le voir atteindre cet état émotionnel, je pense, touchera profondément les spectateurs. »
Etats-Unis, 2025, 148 min
Production : Walden Media, Bluestone Entertainment, Titan Media
Producteurs : Richard Saperstein, Bradley J. Fischer, James Vanderbilt, Frank Smith, William Sherak, Benjamin Tappan, Cherilyn Hawrysh, Istvan Major, George Freeman
Scénario : James Vanderbilt, d'après The Nazi and the Psychiatrist de Jack El-Hai
Musique : Brian Tyler
Direction artistique : Tibor Lázár
Décors : Eve Stewart
Costumes : Bartholomew Cariss
Photographie : Dariusz Wolski
Montage : Tom Eagles
Casting : Michael Shannon, Richard E. Grant
Avec Russell Crowe (Hermann Göring), Rami Malek (Douglas Kelley), Leo Woodall (sergent Howie Triest), John Slattery (Burton C. Andrus), Mark O'Brien (John Amen), Richard E. Grant (David Maxwell Fyfe), Michael Shannon (Robert H. Jackson), Colin Hanks (Gustave Gilbert)
Visuels :
Russell Crowe dans le rôle de Hermann Göring
Russell Crowe dans le rôle de Hermann Göring
Rami Malek dans le rôle du Lieutenant Col. Douglas Kelley et Russell Crowe dans le rôle de Hermann Göring
Crédit : Scott Garfield. Propriété de Sony Pictures Classics
Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent du dossier de presse.
















%20Centre%20Pompidou,%20MNAM,%20Dist.%20GrandPalaisRmn%20_%20image%20Centre%20Pompidou,%20MNAM.jpg)



