jeudi 15 décembre 2022

Jul, dessinateur et auteur de BD


Julien Berjeaut, dit Jul, est un dessinateur de presse et auteur de bande dessinée (BD) français né en 1974, normalien et agrégé d'histoire. Parmi ses oeuvres, parfois adaptées en séries télévisées : Silex and the City et 50 nuances de Grecs. Le 30 janvier 2020, Jul a posé avec le Président de la République Emmanuel Macron tenant un T-Shirt dénonçant les tirs de LBD connus pour avoir blessé des Gilets jaunes. Arte diffuse la troisième saison de 50 nuances de Grecs.

« Ô vous, frères humains ». Luz dessine Albert Cohen
Traits d’esprit, des images pour ne pas se prosterner
« Walt Disney - L'enchanteur », par Sarah Colt
Will Eisner. Génie de la bande dessinée américaine
« Du Panthéon à Buenos Aires » de René Goscinny
« René Goscinny, notre oncle d'Armorique » par Guillaume Podrovnik
« La Planète sauvage » par René Laloux
« Lucky Luke - La fabrique du western européen » par Guillaume Podrovnik
« Au cœur de la nuit. Leïla Slimani et Kamel Daoud  », de Andreas Nickel et Matthias Schellenberg

Julien Berjeaut, dit Jul, est un dessinateur de presse et auteur de bande dessinée français né en 1974. 

Cet adolescent de douze ans est distingué par le troisième prix du concours jeunesse au festival d'Angoulême.

Normalien, agrégé d'histoire, il débute comme dessinateur de presse pour La Nouvelle République des Pyrénées. Puis, ses dessins sont publiés par Le Point, Lire, L'Humanité, Philosophie Magazine, L'Écho des savanes, Fluide glacial, Charlie Hebdo, Le Nouvel Observateur, Marianne Le Monde, Libération, etc. 

"Silex and the City"
Arte a rediffusé sur son site Internet « Silex and the City. #Je suis sapiens » par Jean-Paul Guigue. « Les pérégrinations d'une famille d'Homo sapiens au Paléolithique. Une vision hilarante de notre monde contemporain regardé depuis l'aube de l'humanité ! » par le dessinateur et scénariste Jul. Le numéro intitulé #Je suis sapiens évoque l’« attentat à Darwin-Hebdo ».

Créée en 2009, diffusée en dessins animés depuis septembre 2012 par Arte - un succès d'audience et critique -, la « saga paléolithique » de Jul « revient pour une » cinquième et dernière saison. C’est peut-être une heureuse décision, car la série semble manquer d’inspiration.

Par sa manière de croquer les bobos, la société contemporaine et nos travers, cette série fait penser à la bande dessinée de Claire Brétécher, Les Frustrés publiée par Le Nouvel observateur (1973-1981). Avec le talentueux Jul, le décalage dans le temps permet anachronismes, calembours et jeux de mots, références culturelles et politiques. En plus, les trois générations dans la famille – grand-père Julius, père de Blog, et son amie Olga Finkelstein, le couple marié Blog et Spam, et leurs enfants - multiplient les angles et sources de comique pour un public varié.

« Nous sommes en 40 000 avant JC… La planète semble obéir aux lois de la sélection naturelle. Toute ? Non : une vallée résiste encore et toujours à l’évolution ! ». Ainsi débute, sur un mode évoquant Astérix et son village gaulois résistant aux Romains, chaque épisode de la série parodique Silex and the City mettant en scène la famille Dotcom : les parents, Blog, professeur de chasse dans un collège de « Zone d’évolution Prioritaire », et son épouse Spam, professeur de préhistoire-géo, leur fille Web, une fashionista, et leur fils Url, militant dans une association Alterdarwiniste.

La « famille Dotcom se retire de la vie paléolithique avec panache, au cours d'une saison mouvementée de trente épisodes, qui verra la victoire du Front Néandertal et l'occupation de Notre-Iguane-des-Landes ».

Une « foule d'invités de marque prêtent leurs voix à leurs propres personnages : de Najat Vallaud-Belkacem à Anne Hidalgo, d'Arnaud Montebourg à Nathalie Kosciusko-Morizet, de Charline Vanhoenacker à Léa Salamé, de Hubert Reeves à Michel Fau, », de José Bové à Johnny Hallyday...

« Escortée de nombreux guests, la famille Dotcom boucle en beauté son cycle d’évolution. Aujourd'hui : attentat à Darwin-Hebdo. Toute la vallée, en émoi, converge vers la place de la Stalagmite. Mais force est de constater que tout le monde n'est pas « Sapiens ».

C'est une fresque pariétale humoristique qui a causé l'assassinat d'"homo sapiens de Darwin hebdo" par "des mecs, des polythéistes radicalisés allergiques à toute forme d'évolution" (42'') et lourdement armés. Sur la Place, certains tentent de découvrir le feu pour allumer des bougies, d'autres tentent "d'inventer l'écriture pour déposer des petits mots". Cela parait dérisoire, mais cela montre qu'on partage tous la même préhistoire". Un chasseur-cueilleur crée le hashtag "fédérateur "#Jesuissapiens", vite repris par "toutes les espèces". Parmi ces "Je suis sapiens" : un mammouth, une femme portant un foulard vert (2'20''). Dans la classe de Spam, Keven n'est pas sapiens. Dans un langage de "djeunesdesbanlieues" au débit saccadé, il reproche aux victimes d'avoir été provocateurs : "Ils ne respectent pas ceux qui ne sont pas sapiens".

Berlin a allumé la Porte de Brandebourg aux couleurs bleu et blanc après l'attentat à Jérusalem du 8 janvier 2017, au cours duquel un terroriste palestinien a tué et blessé des soldats israéliens en fonçant sur eux avec son immense camion. Qu'Anne Hidalgo, Maire de la capitale, affirme "Je suis sapiens", alors que la ville de Paris n'a pas éclairé la Tour Eiffel aux couleurs du drapeau israélien, c'est affligeant. Elle ne l'avait pas fait pour de précédents attentats islamistes en Israël.

Le 10 janvier 2017, Anne Hidalgo a twitté : "Ce soir à 19 h 30, l'Hôtel de Ville de #Paris s'illuminera aux couleurs d'Israël en hommage aux victimes de l'attentat de #Jérusalem". Or, la Tour Eiffel a été récemment illuminée aux couleurs de pays frappés par des attentats : Belgique, Etats-Unis (Orlando) ou Turquie.

Qu'Arnaud Montebourg affirme lui aussi "Je suis sapiens", et ne daigne pas twitter pour exprimer son empathie ou son soutien aux victimes de l'attentat, alors qu'il évoque souvent le conflit au Proche-Orient dans ses discours, s'avère ô combien révélateur.

Finalement, Silex and the City reflète le "politiquement correct", ses défenseurs et leurs postures morales et, à ce titre, outre ses qualités artistiques, justifie d'être analysé par les politologues, les sociologues, les historiens, etc.


Arte en diffusa les quatre premières saisons sur ARTE Creative. A voir La barbe-mitsvah, diffusée le 2 novembre 2015 : « Pour faire plaisir à Mme Finkelstein, Url accepte de mauvais gré de suivre des cours à la Néandertalmud-Torah, pour préparer sa Barbe-Mitsvah. Il va encore falloir faire semblant de découvrir l'écriture... »

Lucky Luke et "La Terre Promise"

En 2016, Jul et Achdé ont signé une nouvelle aventure de Lucky Luke : La Terre Promise

"Jul et Achdé ont assigné une mission rocambolesque à l'éternel justicier. Lucky Luke doit escorter toute une famille de juifs d'Europe de l'Est à peine débarqués du bateau à Saint Louis jusqu'aux confins de l'Ouest sauvage ! Jusqu'alors, l'homme qui tire plus vite que son ombre avait déjà côtoyé de sacrés originaux. Un prince russe dans Le Grand Duc, un aristocrate anglais dans Le Pied-Tendre, un psychanalyste viennois dans La Guérison des Dalton... Mais lorsque son copain Jack-la-Poisse le supplie de s'occuper de ses parents (à qui il n'a pas osé avouer qu'il était cow-boy et qui le croient avocat à New-York), Lucky Luke n'écoute que son cœur. Avec un grand-père religieux obsédé du shabbat, une mamma décidée à gaver Lucky Luke de carpe farcie, une jeune fille prude qui cherche le mari idéal (avocat ou médecin, mais bon, cow-boy ça va aussi), et un gamin turbulent plus intéressé par le Far-West que par sa Bar Mitsvah, le voyage promet d'être long. Desperados, joueurs de poker, attaques d'indiens féroces (la tribu des "Pieds Noirs" a mauvaise réputation), tout l'univers de Lucky Luke va être confronté à ce choc des cultures. Mais à la fin du voyage, c'est autant notre cow-boy solitaire que sa nouvelle famille d'adoption qui auront appris à surmonter les épreuves et les préjugés."

Jul a confié au Point  (13 octobre 2016) : « Lucky Luke et les Juifs, c'est un thème qui a tout de suite fait bondir tout le monde au plafond, mais qui, dès qu'on y réfléchit, apparaît comme une évidence. Oser s'attaquer à cette histoire, c'est ouvrir un chapitre important de l'histoire des États-Unis, qui avait très étrangement été entièrement occulté par Goscinny. Les Italiens, les Irlandais, les Chinois, toutes ces communautés emblématiques ont été mises en scène dans d'autres albums... mais jamais les Juifs ! Était-ce par peur de choquer, par pudeur alors que l'histoire de cette migration des Juifs d'Europe de l'Est vers le Nouveau Monde résonnait avec son histoire personnelle ? Aujourd'hui, justement parce que nous sommes en une période de crispation des identités, il m'a paru important de choisir une histoire qui racontait un choc des cultures, sans l'édulcorer, mais en pariant sur la gaieté, et sur l'intelligence du lecteur. »


Ce nouvel opus a été tiré à 500 000 exemplaires. Devant son succès immédiat, l'album de BD a fait l'objet d'une réimpression.

Rabbin Jacqueline
Danièle Thompson a préparé, avec Jul, auteur de BD, une suite aux Aventures de Rabbi Jacob, réalisé par Gérard Oury. Le film s'appellera Rabbi Jacqueline. Tous deux ont finalement abandonné ce projet.

« 50 nuances de Grecs »
En novembre 2017, est publié le premier tome de "50 nuances de Grecs" de "50 nuances de Grecs - Encyclopédie des mythes et des mythologies" sur un scénario de Charles Pépin. ""50 Nuances de Grecs" remet en scène les plus grands mythes de l'Antiquité grecque dans les situations les plus actuelles... Hercule à Acropôle-Emploi, Zeus chez son avocate pour négocier les pensions alimentaires, Icare lançant une compagnie aérienne low-cost ou le dieu Pan mis en examen pour ses liens avec un proxénète surnommé "Dionysos-la-Saumure"... : Retrouvez l'Olympe au grand complet, à travers notre héritage commun. Avec leur oeil malicieux et leur art du détournement, Jul et Pépin revisitent ce patrimoine mythologique, dans une encyclopédie drôle et savante, où défilent tous les travers de notre société !"

Arte diffusa dès le 3 septembre 2018 « 50 nuances de Grecs » (50 Shades of Greek), série animée de Jul et réalisée par Jean-Paul Guigue.

Adaptée de la BD à succès de Jul, cette nouvelle série courte d’animation revisite la mythologie grecque avec un art du décalage à la fois malicieux et grinçant, et un casting de voix du tonnerre (Stéphane Bern, Valérie Lemercier, Leïla Slimani…)

« Avec le même art du détournement humoristique que dans « Silex and the City », Jul propulse les héros et dieux de la mythologie grecque dans le monde d’aujourd’hui... Valérie Lemercier en Pénélope, Cécile de France en Artémis, Philippe Torreton en Zeus ». 

« Dans cette série : Hercule se fait recaler à Acropôle Emploi, Icare lance une compagnie aérienne low-cost… Aujourd’hui dans l'épisode  Moi, mioche et méchant (Nicht von schlechten Eltern: Zeus le séducteur réussira-t-il à échapper à ses 848 demandes de pension alimentaire ?

"Parler du monde d'aujourd'hui à travers un prisme déformant m’amuse. Quoi de mieux pour comprendre notre époque, parfois chaotique, que de revisiter nos bases gréco-latines ? Les récits de l'Antiquité ont permis de théoriser le désordre et la souffrance. Les intellectuels n'ont cessé de solliciter ces mythes pour éclairer notre société et ces références habitent la pop culture. Avec 50 nuances de Grecs, le déploiement de cet univers – un vivier infini – ne fait que commencer et un tome 2 est en préparation. Comme dans Silex and the City, je voulais aussi faire dialoguer plusieurs générations sur un canapé. Ces histoires parlent à tout âge. Les plus jeunes collectionnent les mythes grecs comme les Pokémon", a expliqué Jul à Hélène Porret pour Arte.

Et d'ajouter : "Ce qui m'a plu, c'est de mélanger des figures séparées dans les textes d'origine. Dans l'un des épisodes, j'imagine par exemple que les dieux de l'Olympe voyagent en avion Pégase A380 pour aller en vacances dans la mythologie égyptienne où des personnages parlent en hiéroglyphes comme s'il s'agissait d'émoticônes dans un SMS.'

L'adaptation de l'album en animation ? "Par rapport à la BD, l'univers s'élargit. L'audiovisuel offre également une plus grande liberté graphique. Les équipes du studio de production (Je Suis Bien Content), identiques à celles de Silex and the City, ont réalisé des décors spectaculaires, dignes d'un péplum. L'adaptation me semblait évidente car la mythologie est une telenovela. Coucheries, tromperies, jalousie, mensonges, folie : les ressorts dramatiques de la mythologie inondent les sitcoms et la télé-réalité.C'est un rêve d'enfant de diriger ces comédiens que j'admire. Ils ont réellement créé leur rôle. Sur ce projet, nous avons fait davantage appel à des acteurs professionnels, car les personnages sont récurrents. Le principe de "guests", avec par exemple des politiques qui viendraient pour deux répliques comme dans Silex and the City, ne correspondait pas au côté feuilletonnant de la série. Malgré cette contrainte, nous avons aussi convié des personnalités qui ont accepté de se parodier, comme Nikos Aliagas en Éros Aliagas, l'animateur de The Voice-Olympe".


Et de conclure : "Je dirais plutôt que les passions individuelles et collectives ont une dimension intemporelle. Quand je me suis replongé dans les exploits des dieux et héros grecs, j'ai immédiatement fait le lien avec l'actualité. Dionysos, Pan, Poséidon sont des harceleurs en puissance. Le "Balance ton porc" marcherait pour tous les personnages, y compris les figures féminines. De même, les meurtres et les pulsions morbides qui défraient la chronique s'enracinent dans la mythologie grecque. Le tueur en série présumé Xavier Dupont de Ligonnès devient ici Agamemnon de Ligonnès, le héros grec des Atrides qui tue sa fille Iphigénie. Cet effet de miroir s'est accentué en cours de production quand la comédienne Océanerosemarie – la voix de Déméter – a changé de sexe pour devenir Océan. Sa transformation m'a renvoyé aux voyages à travers l'identité sexuelle des Métamorphoses d'Ovide".

Avec le mouvement des « toisons jaunes » les Argonautes bloquent les ronds-points à la sortie de Corinthe; le cheval de Troie est remplacé par un Uber, et les déesses excédées par le harcèlement sexuel des Dieux de l'Olympe lancent le hashtag «#MythToo »...

Dieux, déesses, héros et monstres : retrouvez tous les mythes au chevet de notre époque troublée, pour une indispensable leçon de sagesse éternelle.


En novembre 2019, est paru le tome 2 de "50 nuances de Grecs - Encyclopédie des mythes et des mythologies" sur un scénario de Charles Pépin. "La plongée savante et subversive dans les classiques de la mythologie gréco-latine, la rencontre hilarante entre les mythes fondateurs et notre société contemporaine est toujours aussi passionnante ! Avec le mouvement des « toisons jaunes » les Argonautes bloquent les ronds-points à la sortie de Corinthe; le cheval de Troie est remplacé par un Uber, et les déesses excédées par le harcèlement sexuel des Dieux de l'Olympe lancent le hashtag «#MythToo »... Dieux, déesses, héros et monstres : retrouvez tous les mythes au chevet de notre époque troublée, pour une indispensable leçon de sagesse éternelle."

Le tome 2 de la plongée savante et subversive dans les classiques de la mythologie gréco-latine, la rencontre hilarante entre les mythes fondateurs et notre société contemporaine est toujours aussi passionnante !

En décembre 2023, Arte diffuse la Saison 3 de 50 nuances de Grecs, série d'animation. "La série d’animation de Jul, qui revisite notre patrimoine mythologique en surfant sur l’actualité, revient avec une troisième saison toujours aussi désopilante."

"Subversive Olympe"
"Dessinateur de BD à succès, scénariste et romancier, Jul (Silex and the City) revient à la barre de 50 nuances de Grecs pour une hilarante saison 3. Rencontre avec un showrunner qui ne cesse de détourner avec enthousiasme la mythologie pour mieux parler du monde contemporain.  Propos recueillis par Augustin Faure.

Comment renouvelle-t-on une formule aussi rodée que 50 nuances de Grecs ?
Jul :
D’abord, ses deux sources sont absolument inépuisables. La première, la mythologie gréco-latine, cette extraordinaire saga, aligne un nombre ahurissant de coucheries, de métamorphoses, de sous-histoires… L’autre, tous les grands thèmes de société qui traversent cette saison 3, nous est servie sur un plateau par l’actualité. C’est une tapisserie que je tisse et détisse en permanence, à la façon de Pénélope, pour en proposer des variations. La galerie de personnages récurrents, avec leurs interprètes – artistes du one-man-show et du théâtre, intellos, historiens, youtubeurs –, et le bestiaire autour forment une sorte de troupe. Par ailleurs, selon moi, cette saison 3 a gagné graphiquement en intensité et en maturité…

La mythologie comporte toujours une pointe d’immoralité et de perversité. La détourner par le biais de l’humour et de la politique n’est-il pas doublement subversif ?
Notre esprit de transgression se traduit par le fait d’aborder des sujets douloureux en les poussant dans des retranchements. Par exemple, "La familia grande", un épisode sur l’inceste, thématique grecque par excellence avec Œdipe, doit son titre au livre de Camille Kouchner. En le lisant, je me suis dit : mais en fait, c’est l’Olympe ! Dans un contexte post-#MeToo, on peut aujourd’hui l’aborder par ce truchement-là, en étant très direct.

Après la BD et la série, 50 nuances de Grecs vient aussi d’être décliné en roman*. Qu’apporte cette nouvelle adaptation ?
J’y travaille un rapport à la musicalité du langage, au lyrisme et à la poésie qu’on peut parfois oublier dans la BD et la série. Et puis c’est une métamorphose de plus, comme dans la mythologie. Finalement, ce qui manque à cette série, c’est le long métrage, comme ce qui se produit avec Silex and the City." 

* 50 nuances de Grecs – Épopée, Éditions du Seuil

LBD

Le 30 janvier 2020,  lors d'un déjeuner au Festival international de bande dessinée d'Angoulême, Jul a posé avec le Président de la République Emmanuel Macron tenant un T-Shirt montrant un fauve éborgné, taché de rouge, avec l'inscription "LBD 2020". Une déclinaison politisée du logo du festival BD, initiales de Bande dessinée ; le chat est l'emblème du festival. Des tirs de LBD ont blessé, parfois mutilé, des Gilets jaunes, mouvement politique et social, polymorphe et polyphonique, méfiant à l'égard des instances représentatives, des pouvoirs, dont celui politique, opposés à une taxe sur le carburant ainsi qu'à une vitesse réduite sur les routes et réclamant un pouvoir d'achat leur permettant de vivre,  ou des passants. Le Président et Jul souriaient.

"Sur franceinfo, Jul est revenu sur les coulisses de cette photo. "C'est un petit peu lunaire", raconte-t-il. "En arrivant, les policiers m'ont confisqué le tee-shirt en disant que c'était du matériel séditieux, et qu'il était hors de question de rencontrer le président avec ce genre de choses dans sa poche. En fin de compte, je l'ai récupéré. Au déjeuner, j'ai dit que ces violences [policières] étaient insupportables, quel que soit le contexte. Emmanuel Macron a répliqué que c'était justifié sur un certain nombre de choses. Et je lui ai dit 'j'ai un tee-shirt pour vous'. Quand je lui ai donné, il l'a essayé en disant 'il est trop grand pour moi'. J'ai dit 'si vous voulez on prend une photo', il a dit 'oui oui d'accord'. J'ai dit 'vous êtes sûr, sûr ?' Je voyais les gens autour de lui tirer des têtes de trois kilomètres. Il a dit 'oui oui oui, sûr, sûr', et quelqu'un a pris une photo avec un portable, et voilà la genèse de cette photo insolite. D'intégrer la critique à ce point, c'est assez inédit", reconnaît Jul. "Ca montre aussi la place que peut avoir la satire, la critique, dans un moment où on parle aussi du droit au blasphème. Je pense que c'était important que ce genre de disruption ait lieu dans la communication institutionnelle bien huilée", a relaté Jul. "Qu’il pose avec le t-shirt, ça a surpris tout le monde. J’ai proposé une photo sur le ton d’une boutade, il a dit 'oui pas de problème' et quelqu’un a immortalisé le moment, à la stupéfaction de l‘assemblée", a raconté le 31 janvier 2020 sur RMC le dessinateur Jul.

"Nous sommes un pays libre, démocratique, qui aime l'insolence. J'ai eu une discussion avec Jul. Je suis en désaccord complet avec son approche. Je récuse le terme de violences policières. Je considère que la violence elle est d'abord dans la société. Donc je ne mets pas ces violences sur le même niveau. Néanmoins, de là où je suis, je dois défendre la créativité, la liberté d'expression, y compris l'insolence, y compris la création d'artistes qui disent des choses pour lesquelles je ne suis pas en accord", a expliqué Emmanuel Macron. Et de préciser devant le buzz créé : « Je suis en désaccord avec son approche, la violence est d'abord dans la société. En France, il y a un ordre républicain […] On est dans un pays où on a le droit de critiquer, de railler les dirigeants, c'est un trésor ! Mais il y a une contrepartie : on n'a pas le droit à la violence. Le problème vient de nos concitoyens qui ont décidé d'entrer dans la violence ». "Je dois défendre la liberté d’expression, la créativité et l’insolence y compris la création d’artistes qui disent ou font des choses avec lesquelles je ne suis pas en accord. Je récuse le terme de violences policières, la violence est d’abord dans la société", a commenté le Président de la République.

Cette photographie a indigné des policiers. « Il y a beaucoup de colère et d'incompréhension. Ça ne passe pas du tout dans les rangs », a notamment réagi dans la soirée Yves Lefebvre, secrétaire général de l'Unité-SGP-FO. Pour lui, « le selfie » (qui n'en est pas un) du chef de l'Etat est « une marque de défiance et de mépris à l'égard de ceux qui lui ont permis d'être encore président » grâce à leurs actions de maintien de l'ordre « du 1er décembre 2018 et de mars 2019, au moment où la République vacillait » pendant la crise des Gilets jaunes, a-t-il ajouté. « On attend autre chose d'un président. C'est scandaleux. On se demande s'il y a des conseillers en communication à l'Elysée », a-t-il poursuivi. Conseillers qui ont toutefois pris le temps de préciser que le président désapprouvait le message du tee-shirt".


Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d'Alliance, a fait part de la colère des policiers ce jeudi soir : « On attend autre chose d'un président de la République qu'il pose avec un t-shirt insinuant que les forces de l'ordre éborgnent les gens. (...) Le problème, ce n'est pas le t-shirt, mais le fait que le chef de l'Etat pose avec », a-t-il encore précisé, en soulignant que « ce signal » était « ce qu'il y (avait) de pire dans le contexte actuel de chaos et au moment où la police et la gendarmerie sont les derniers remparts de la République ». Cette photo « pose question », a également réagi Philippe Capon, secrétaire général de l'Unsa Police, qui a « regretté que le président en rajoute dans un positionnement polémique sur un sujet important où l'ironie et la dérision n'ont pas leur place ». Et de rappeler « que les manifestations n'ont jamais été aussi nombreuses depuis mai 2017, date de l'élection du président Emmanuel Macron à la tête du pays (...) Les forces de l'ordre ont malheureusement passé plus de temps à faire du maintien de l'ordre qu'à se consacrer à la sécurité des Français. »


Linda Kebbab déléguée nationale du syndicat Unité SGP-Police a demandé des excuses au président de la République, l'accusant de jeter les policiers "à la vindicte populaire". "Il se permet d’arborer un t-shirt qui nous jette à la vindicte populaire". Si certaines victimes ont dénoncé "un déni de réalité", le cliché a aussi irrité du côté des forces de l'ordre: "Quand on est président de la République, on prend de la hauteur, on prend du recul, on réfléchit à ce qu’on fait!", a dénoncé le 31 janvier 2020 sur RMC Linda Kebbab déléguée nationale du syndicat Unité SGP-Police.

Elle a assuré qu'Emmanuel Macron cautionnait le discours "à la mode" dénonçant l'utilisation du LBD en s'affichant ainsi avec le t-shirt tenu sur le cliché. "Moi j’aimerai proposer un autre t-shirt au président de la République", a-t-elle ensuite lancé avant de montrer à l’antenne un t-shirt ou l’on pouvait lire "59 suicides en 2019". "Cinquante-neuf policiers se sont suicidés l’année dernière dans l’indifférence totale de nos politiques et de notre administration. On a eu des centaines et des milliers de messages de collègues sur l’ensemble du territoire qui disent 'il y a quelques semaines on l’a sorti d’un pétrin au théâtre', on a permis à la République de tenir debout quand sa politique la faisait chanceler. Et aujourd’hui il se permet d’arborer un t-shirt qui nous jette à la vindicte populaire!", a lâché Linda Kebbab avant d'interpeller Emmanuel Macron. "Monsieur le président de la République nous demandons que vous fassiez des excuses aux forces de l’ordre et en même temps si vous pouviez arborer ce t-shirt ce serait bien. Mais ce serait surtout bien que vous luttiez contre les suicides", a-t-elle conclu.

"Coloc of Duty"
En janvier 2020, a été publié "Coloc of Duty" de Jul. "Une bande dessinée d'actualité criante, destinée au 12-25 ans et plus largement au public intéressé par le concept de partage et la conservation des ressources naturelles. Une association vertueuse entre Jul, un dessinateur expert sur l'actualité, et un organisme d'état, l'AFD" (Agence française du développement) "expert sur le développement durable." Au premier plan de la couverture de l'album, une enfant aux traits de visage identiques à ceux de Greta Thunberg. L'AFD a présenté à Citéco "Nés quelque part" véhiculant cette idéologie.



« 50 nuances de Grecs. Moi, mioche et méchant » réalisée par Jean-Paul Guigue
France, 2018
Sur Arte le 3 septembre 2018 à 20 h 46
Visuels © Jul/Haut et Court
MOI, MIOCHES ET MECHANT : Zeus le séducteur va-t-il réussir à échapper à ses 848 demandes de pension alimentaire ?
© Jul/Haut et Court

GREXIT : Ulysse saura-t-il résister aux appels des sirènes de la Bundesbank ?
© Jul/ Haut et Court

LES AILES DU DÉLIRE : Pour profiter de la dérégulation du transport aérien gréco-latin, Icare lance sa compagnie low-cost
© Jul/ Haut et Court

PAN-PAN CUL-CUL : Le Dieu Pan va avoir du mal à justifier devant le juge ses relations avec "Dionysos-la-Saumure".
© Jul_Haut et Court

« Silex and the City. #Je suis sapiens » par Jean-Paul Guigue
2016, 3 min
Sur Arte le 10 janvier 2017 à 20 h 45


Articles sur ce blog concernant :
Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 10 janvier 2017, puis les 4 septembre 2018, 22 février 2020.

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