dimanche 12 mars 2023

Jean-Pierre Mocky (1929-2019)


Jean-Pierre Mocky (1929-2019), né Jean-Paul Adam Mokiejewski, est un acteur, prolifique réalisateur (Un Drôle de paroissien, 1963), scénariste (La Tête contre les murs de Franju, 1959), producteur et exploitant d’une salle de cinéma (Paris) français né d’un père juif d'origine polonaise. Dès le 13 mars 2023, Arte lui rend hommage en diffusant sept de ses films :  "Un drôle de paroissien", "Les dragueurs", "La cité de l'indicible peur", « Solo », "Le témoin", "Noir comme le souvenir" et "La tête contre les murs" (réalisé par Georges Franju). Plus un documentaire, "Jean-Pierre Mocky. Libre et sentimental".
  
Henri Alekan (1909-2001), directeur de la photographie

Enfant caché durant l’Occupation - son père était un juif d'origine polonaise né dans l'empire russe -, Jean-Pierre Mocky a, durant une carrière de plus de soixante-dix ans, été comédien, scénariste, réalisateur ayant dirigé généralement les stars du cinéma français - Bourvil, Fernandel, Michel Serrault, Jeanne Moreau - et soignant les seconds rôles, producteur pour asseoir son indépendance, écrivain, exploitant de la salle de cinéma Le Brady (Paris) de 1994 à 2010.

Victime de contrefaçon, il a défendu victorieusement ses droits d’auteur judiciairement. Mais ce procès l’a isolé dans une profession prisant peu les procédures judiciaires.

Sous le titre « Le cinéma de Jean-Pierre Mocky », Arte propose un « cycle consacré à Jean-Pierre Mocky, cinéaste exubérant et incorrigible à travers six films : "Les dragueurs ", "La cité de l'indicible peur ", "Solo", "Le témoin ", "Noir comme le souvenir" et "La tête contre les murs" (réalisé par Georges Franju). Plus un documentaire à l'esprit libre ! »

« Forban du cinéma »
« Décédé en 2019, Jean-Pierre Mocky aura annexé tous les genres cinématographiques. Entre coups d’éclat et coups de gueule, retour sur une carrière unique, à l’occasion du cycle que lui consacre ARTE. »

« À quoi aurait ressemblé le cinéma français s’il avait ouvert ses bras au jeune acteur Jean-Pierre Mocky, au début des années 1950, dans la foulée de sa formation au Conservatoire auprès de Louis Jouvet, et de ses premières apparitions sous la direction d’illustres aînés tels que Jean Cocteau ou Michelangelo Antonioni ? La voie royale aboutit à un cul-de-sac pour l'aspirant comédien, le "cinéma de papa" ne voulant ou ne sachant comment exploiter cette version canaille de Gérard Philipe. Qu’à cela ne tienne : le jeune impétrant à la gueule de corsaire romantique va se faire pirate, et naviguer à son compte dans les eaux contrebandières de la marge et de la provocation. Passé derrière la caméra en 1959 avec Les dragueurs, Mocky utilise les codes de la Nouvelle Vague avec un certain opportunisme pour s’infiltrer dans la réalisation. Il déserte aussitôt cette chapelle esthétique, pour dézinguer à son aise tous les conservatismes, qu’ils soient religieux, politiques ou artistiques, et se réinventer en caricaturiste sans pitié des mornes années pompidoliennes et giscardiennes. En véritable forban, il retourne les armes de l’industrie contre elle-même, capturant ses stars et détournant ses budgets pour mieux subvertir les genres de la comédie et du polar. Bourvil (Un drôle de paroissien), Noiret (Le témoin), Birkin (Noir comme le souvenir), Deneuve (Agent trouble)… : ses prises de guerre s’accumulent au fil du temps, les vedettes semblant trouver chez ce flamboyant capitaine un espace de respiration salutaire », a écrit Emmanuel Raspiengeas pour Arte.

Et Emmanuel Raspiengeas a poursuivi : « Alors que les années 1990 voient ses succès et ses moyens se réduire à peau de chagrin, Mocky poursuit sa trajectoire en devenant exploitant, faisant de deux petites salles parisiennes ses îles désertes où entasser son butin. C’est au Brady, de 1994 à 2011, puis au bien nommé Desperado, de 2011 à 2017, que le cinéaste va projeter ses films, ceux d’autrefois et ceux qu’il continue de tourner à un rythme trop intense pour en garantir toujours la qualité. Depuis ses bases, il se plaît à fignoler son image de vieil ours grognard et d’artiste commerçant notoirement dur en affaires. Infatigable, il trouve le temps de publier près d’une dizaine de livres de 2001 à 2019, dont trois autobiographies (M le Mocky, Mocky soit qui mal y pense et Cette fois je flingue), tout en ne refusant jamais un passage sur les plateaux télé. À quoi aurait ressemblé le cinéma français si Jean-Paul Adam Mokiejewski ne s’était pas rebaptisé Jean-Pierre Mocky et n’était pas parti à l’assaut du mauvais goût ? Sûrement un peu à la même chose, mais on s’y serait moins amusé ».

« Jean-Pierre Mocky. Libre et sentimental »
Arte diffuse sur son site Internet « Jean-Pierre Mocky. Libre et sentimental » de Virginie Apiou.

Découvrir ou redécouvrir l’œuvre de Jean-Pierre Mocky, c’est plonger dans un monde inclassable et inégalé. La camaraderie côtoie la politique la plus aventureuse. L’amour des autres balance entre moquerie franche jamais cynique et tendresse sans mièvrerie. Le cinéma de Mocky est un voyage inédit entre juste colère et abandon désarmant.

« Les dragueurs »
Arte.tv propose « Les dragueurs » de Jean-Pierre Mocky.

« Deux apprentis tombeurs ratissent la nuit parisienne en quête de filles... Nimbé du charme de la Nouvelle Vague mais déjà grinçant, le premier film réalisé par Jean-Pierre Mocky, qui popularisa le terme "dragueur".

« Décorateur un peu fauché, Freddy poursuit son idéal féminin, qu’il croque à longueur d’esquisses… et de conquêtes d’un soir. Un samedi, il croise Joseph, modeste employé de banque qui avoue ne pas savoir s’y prendre avec les femmes. Se posant en expert de la séduction, Freddy l’embarque pour une virée nocturne à bord de sa petite décapotable. Les voilà partis pour une nuit de rencontres et de déconvenues à travers le gai Paris, au cours de laquelle ils sèmeront deux Suédoises à Montmartre et s’égareront dans une soirée de débauche à Passy. »

« Contemporain de la Nouvelle Vague, ce premier film de Jean-Pierre Mocky (si l’on excepte La tête contre les murs, qu’il ne put réaliser mais dont il revendiqua la paternité) s’y rattache par ses tournages sur le vif, en extérieur, et une veine autobiographique ».

« Mais il s’en démarque par un ton mordant, provocateur, voire dérangeant (comme la scène avec l’adolescente dessalée risquant l’agression pédophile dans les galeries du Lido, haut lieu de drague de l’époque). »

"Une femme, quand il y en a des millions !", se désole un dragueur gratiné, croisé en cours de route. La diversité des milieux sociaux entrevus et des personnages féminins alpagués par ses deux séducteurs de pacotille – Aznavour jouant le cœur à prendre, Charrier le don Juan juvénile – permet à Mocky de ne pas sombrer dans la misogynie ». 

« La femme mariée, qui se prostitue occasionnellement, jugée avec une sévérité hors de propos par Freddy, la bécasse qui s’esclaffe quand on lui tâte les seins, côtoient la môme à qui on ne la fait pas ou la passante lasse, ripostant un "fatiguée d’entendre des âneries !" à une tentative d’approche poussive.

« À travers cette nuée d’oiseaux de nuit écumant les rues de Paris, Mocky capte aussi la vitalité d’une jeunesse d’après-guerre épicurienne, qui s’amuse à vive allure et découche allègrement, dans ce film qui popularisa le terme "dragueur".

« La tête contre les murs  » 
Arte.tv diffusa « La tête contre les murs » de Georges Franju.

« François, placé par son père dans un asile alors qu’il n’est pas fou, ne songe qu’à s’évader… Aussi magnifique sur le plan esthétique que violent dans la dénonciation de la psychiatrie répressive, le premier long métrage de Georges Franju, futur auteur des "Yeux sans visage". Avec Jean-Pierre Mocky, Anouk Aimée, Charles Aznavour, Paul Meurisse et Pierre Brasseur. »

« François Gérane est le fils révolté et mal aimé d’un célèbre avocat. Craignant pour sa réputation et lassé des incartades de son fils, Me Gérane décide de le faire interner. Bientôt sous l’emprise du docteur Varmont, directeur de l’asile et adepte de la psychiatrie classique, François tente, malgré les traitements de choc et l’ambiance déprimante, de raison garder afin de recouvrer sa liberté. Par deux fois, avec Heurtevent, un doux épileptique devenu son ami, il cherche à s’évader. Repris dans des conditions dramatiques, Heurtevent attend en vain que le docteur Emery, rival de Varmont et adepte de méthodes plus modernes, puisse s’occuper de lui. François, quant à lui, finit par s’enfuir et passe la première nuit chez son amie Stéphanie. Le lendemain, celle-ci boucle sa valise pour partir avec lui. Mais leur temps est compté... »

« À l’origine, Jean-Pierre Mocky devait réaliser ce film : "Les distributeurs se sont refusés à me donner ma chance. N’ayant pas de parents dans la haute finance ou dans la confiserie, je n’ai pas pu m’imposer comme réalisateur à ce moment-là. Alors j’ai dû abandonner tout le travail que j’avais fait et choisir un réalisateur que j’aimais bien, qui avait fait des courts métrages et qui s’appelle Georges Franju", a-t-il expliqué. »

« Premier long métrage de l’auteur des Yeux sans visage, qui s’est à l’époque déjà distingué par ses documentaires comme Hôtel des Invalides, La tête contre les murs rappelle la carrière première du cinéaste dans l’exploration de l’univers oppressant et inquiétant d’un asile, où s’opposent deux conceptions de la médecine, autoritaire ou libérale ». 

« Mais l’artiste Franju transcende cette triste réalité pour en faire une œuvre violente dans ses scènes de révolte et, en même temps, poétique ». 

« Le jeu des acteurs, avec la beauté d’Anouk Aimée, la véhémence de Jean-Pierre Mocky et la présence bouleversante de Charles Aznavour dans son premier grand rôle, y contribue beaucoup ». 

« La musique de Maurice Jarre rythme admirablement le film en passant du polar au mélodrame. »

Étoile de Cristal et Grand prix de l’Académie du cinéma 1960

« Un drôle de paroissien »
Arte diffusera les 13 mars 2023 à 20 h 50, 29 mars 2023 à 13 h 35 « Un drôle de paroissien », comédie de Jean-Pierre Mocky.

« Fils d’une famille d’aristocrate ruinée, Georges met au point un plan audacieux afin d’assurer le train de vie des siens... Signée Mocky, une savoureuse comédie satirique religieusement incorrecte avec Bourvil, Jean Poiret et Francis Blanche. »

« La situation financière des Lachaunaye est en passe de devenir dramatique : des splendeurs passées, il ne leur reste qu'une solide tradition d'oisiveté à laquelle Georges, le fils aîné, aimable irresponsable et faux mystique, reste très attaché. Alors que sa famille est sur le point d'être expulsée, il se rend à l'église dans l’espoir d’un signe de son saint patron sur la marche à suivre. Lequel semble répondre à sa requête par le tintement séduisant des pièces de monnaie que les fidèles déposent dans le tronc. Georges va alors s'organiser pour accomplir sa vocation de pilleur. Son affaire prospère d'autant plus qu'il s'adjoint d’efficaces collaborateurs pour de rentables tournées hebdomadaires des clochers de la capitale. Mais la brigade des églises veille dans l'ombre… »

« L’incorrigible anarchiste Jean-Pierre Mocky jubile dans cette farce religieusement incorrecte, ponctuée par des Deo Gratias d’autant plus savoureux qu’ils sont indignes. »

« Campant le dévot Georges, dont la candeur, réelle, se mêle à une duplicité qui frôle l’inconscience ("Vous m’avez fait paresseux et voilà que vous m’abandonnez…", ose-t-il en s’adressant à Dieu), Bourvil endosse un rôle sur mesure, qui contraste avec l’"esprit malin" de Raoul, incarné par un Jean Poiret énergique tout aussi inspiré. »

« Film de troupe dont le casting décline le meilleur des comédies de l’époque, de Francis Blanche, en brigadier des églises plus niais que nature, à Bernard Lavalette en préfet impérieux, Un drôle de paroissien navigue entre polar et burlesque dans une France des années 1960 que n’a pas encore secoué Mai 68. »

« Maître en malices, Mocky y regarde sa petite communauté s’agiter avec un plaisir contagieux d’enfant terrible, même si ces quatre cents coups de préretraités ne ressemblent en rien à ceux de Truffaut quatre ans plus tôt. »

« Une satire tendre aux dialogues ciselés, devenue un classique du cinéma. »


« La cité de l'indicible peur »
Arte.tv propose « La cité de l'indicible peur  », film de Jean-Pierre Mocky (1964) avec Bourvil, Francis Blanche, Jean-Louis Barrault, Jean Poiret, Victor Francen, Raymond Rouleau, Jacques Dufilho, René-Louis Lafforgue, Véronique Nordey, Marcel Peres.

« Une promenade fantastico-burlesque dans la France des années 60 selon Mocky : une brochette d'inquiétants névrosés, de noirs secrets plein les caves, l'ombre de la guillotine... Et Bourvil en inspecteur au coeur tendre. »

« Les inspecteurs Triquet et Virgus sont lancés à la poursuite de “Mickey-le-Bénédictin”, un dangereux faussaire évadé et condamné à mort. L’enquête conduit Triquet à Barges, sinistre et glaciale cité auvergnate peuplée d’individus tous plus bizarres les uns que les autres, du maire à l’agent de police en passant par le boucher. Ils prétendent qu’un animal fantastique, “la bête”, ou “la bargeasque”, hante les environs. Triquet n’entend pas se laisser intimider… »

« Lointainement inspiré du maître du grand-guignol fantastique, Jean Ray, le film décolle dès la chanson du générique vers une grosse farce rigolarde (“Son père était dans la police, son oncle aussi, même sa nourrice, hélas hélas, fatalitas !”) mâtinée d’inquiétante, mais poétique, étrangeté (trois cavaliers, capes au vent, lancés au galop dans un paysage urbain contemporain). »

« La cité de l’indicible peur présente toutes les caractéristiques d’un excellent Mocky : une galerie de tortueux névrosés, affligés de tics divers et campés par des rois du comique qui s’en donnent à cœur joie. »

« Avec une mention spéciale au tout jeune Jean Poiret, gendarme à képi obsédé par la crainte de perdre ses cheveux, et à Raymond Rouleau, jovial édile collectionnant les huissiers, au discours parsemé de “quoi ?” intempestifs. »

« Bourvil, qui a joué les jeunes premiers à quatre reprises chez Jean-Pierre Mocky (voir aussi Un drôle de paroissien, La grande lessive et L’étalon), illumine de sa présence d’innocent au cœur tendre, horrifié par la peine de mort, ce sombre portrait de la France éternelle. »

« Une France que le cinéaste n’a jamais cessé de conspuer : celle d’une populace apeurée et prompte au lynchage, de notables assassins ou corrompus et de flics abrutis courant à “la rafle” comme à une fête… »

"Solo"
En 1970, Jean-Pierre Mocky réalise « Solo » (Eine Stadt zittert vor Solo). « Vincent Cabral, violoniste et trafiquant de bijoux, tente de retrouver avant la police son frère Virgil, chef d'un groupuscule d'extrême-gauche responsable de plusieurs attentats sanglants commis contre la haute bourgeoisie. "Solo" est le premier titre d'une série de films "noirs" qui traverse l'oeuvre de Mocky qui signe l'un de ses films les plus romantiques et les plus personnels, dont il tient le premier rôle»

« Trafiquant de diamants de haut vol, Vincent Cabral, qui dissimule ses activités derrière une profession de violoniste, revient de voyage à Paris, où dix-huit personnes viennent d'être massacrées lors d'une soirée mondaine par un commando de jeunes tueurs d'extrême gauche. Cabral comprend que son frère cadet, Virgile, dont il finance les études, est impliqué. Alors que la police est sur la piste du jeune homme, il tente de le retrouver avant elle et d'empêcher un nouveau carnage ».

« Le Mocky de la grande époque a sans doute réalisé certains des meilleurs films politiques français, maquillés en polars de série B. Chez lui, l’humour et la fantaisie n’excluent pas la mélancolie, la violence et même le tragique. Solo, analyse à chaud par le cinéaste des désillusions de Mai-68, est le premier d’une série de canevas immuables, confrontant un homme seul à la corruption, à la violence et à la connerie ordinaires. Une course-poursuite dans la nuit menée tambour battant, truffée d’action et d’idées de mise en scène, où l’on sent l’influence du film noir américain. Le réalisateur endosse avec panache la défroque d’un antihéros au cynisme de façade, nimbant son film, tout autant que le thème musical signé Georges Moustaki, d’un romantisme ténébreux ».

"La palette de Jean-Pierre Mocky, estampillé auteur comique, est beaucoup plus variée qu’on le pense. Chez lui l’humour et la fantaisie n’excluent pas la mélancolie, la violence et même le tragique. Ainsi, le Mocky de la grande époque a sans doute réalisé certains des meilleurs films politiques français, maquillés en polars de série B. Solo est le premier titre d’une série de films qui traverse l’œuvre de Mocky à partir des années 70. Le cinéaste s’y attribue souvent le rôle principal. Ces films répondent à un canevas immuable : un homme seul est confronté à la corruption, à la violence et à la connerie ordinaires. Il y perdra la vie", a considéré Olivier Père. 

"Ces thrillers pamphlétaires tranchent avec ses comédies excentriques et entendent dresser un état de lieux de la France et de ses institutions au moment du tournage. Réfractaire à toute forme d’esprit de sérieux ou de discours pontifiants, Mocky préfère alors puiser son inspiration dans les rubriques de faits-divers, les scandales locaux ou dans des romans américains de série noire, dont il adapte l’intrigue dans un contexte tricolore",  a analysé Olivier Père.

"Le point de départ de Solo est l’analyse à chaud des conséquences immédiates de mai 68 par le cinéaste. Les idéaux révolutionnaires de jeunes gauchistes se sont mués en nihilisme anti-bourgeois, qui les conduit au passage à l’acte terroriste. Le frère aîné d’un des membres du groupe, un escroc individualiste, va tenter de devancer la police et d’empêcher un nouveau carnage. Solo est une course-poursuite dans la nuit menée tambour battant, truffée d’action et d’idées de mise en scène, où l’on sent l’influence du film noir américain. Mocky endosse avec panache la défroque d’un antihéros au cynisme de façade. Son interprétation, ainsi que le thème musical signé Georges Moustaki, nimbent Solo d’un romantisme ténébreux", a écrit Olivier Père.

« Le témoin »
Arte.tv présente « Le témoin » de Jean-Pierre Mocky.

« Quand l’enquête sur l’assassinat d’une jeune fille à Reims fait remonter les noirs penchants de la bourgeoisie locale... Une vision sans pitié de la France giscardienne par Jean-Pierre Mocky, son plus farouche caricaturiste, avec Philippe Noiret et Alberto Sordi. »

« Un peinte italien, Antonio Berti, rend visite à Reims à son ami Robert Maurisson, un banquier ayant des vues politiques sur la mairie, qui cache, sous un air affable et une dignité irréprochable, un tempérament libertin et cynique. Chargé par le notable de la restauration de tableaux exposés dans la cathédrale, l’artiste fait appel à Cathy, une jeune fille de la chorale, pour lui servir de modèle. Lorsque cette dernière est retrouvée morte, le commissaire Guérin et son adjoint portent leurs soupçons sur Maurisson avant que celui-ci ne bénéficie d’un alibi grâce à un faux témoignage... »

« En portraiturant la bourgeoisie décadente et malsaine d’une ville de province, tout en chairs molles, en rides mal maquillées et en regards traqués par peur de voir découverts les vilains secrets que cachent les faces hypocrites, Jean-Pierre Mocky s’adonne à sa spécialité, le jeu de massacre sociologique. » 

« On retrouve dans Le témoin toute la rage anarchiste du franc-tireur du cinéma français, qui ne s’embarrasse d’aucune finesse dans la caractérisation de ses personnages pour mieux s’assurer de l’efficacité de sa satire. » 

« Pour y parvenir, le réalisateur inocule l’inquiétante étrangeté de son style de bric et de broc, où le sordide fait jeu égal avec un humour grotesque et dérangeant. » 

« Au milieu de ce marigot mondain à l’atmosphère viciée, Philippe Noiret se délecte de jouer avec son image pour composer un salaud d’anthologie, un notable immoral, à la fois méprisable et terrifiant de cynisme, contrebalancé par la bonhommie innocente d’Alberto Sordi. »

"Y a-t-il un Français dans la salle ?"
En 1982, sort « Y a-t-il un Français dans la salle » réalisé par Jean-Pierre Mocky avec Victor Lanoux, Jacques Dutronc, Marion Peterson, Jacqueline Maillan, Jean-François Stévenin, Dominique Lavanant, Michel Galabru et Andréa Ferréol. 

Une vision corrosive de politiciens.

« Noir comme le souvenir »
Arte.tv montre « Noir comme le souvenir » de Jean-Pierre Mocky.

« La quête obsessionnelle de vérité d’une mère, alors qu’elle croit voir revenir d’outre-tombe sa petite fille assassinée... Un polar glaçant de Jean-Pierre Mocky, sous la forme d’un cauchemar morbide. Avec Jane Birkin, Sabine Azéma, Jean-François Stévenin et Benoît Régent. »

« À la fin des années 1970, la petite Garance est enlevée et assassinée dans des circonstances atroces. Dix-sept ans plus tard, sa mère, Caroline, qui a refait sa vie en se remariant et en donnant naissance à deux autres enfants, commence à recevoir des lettres, des coups de fil, puis à voir des apparitions qui lui font croire au retour de sa fille. Une idée folle, qui tourne à l’obsession, qu’elle tente de tirer au clair avec son amie Lucie et le compagnon policier de cette dernière, alors que les signes se font de plus en plus menaçants. Bientôt, de nouveaux meurtres sont commis, tous en lien avec ce passé tragique. » 

« Si le nom de Jean-Pierre Mocky est le plus souvent associé à la comédie caustique et bouffonne, son autre genre de prédilection fut sans conteste le polar. »

« Un type de récit obéissant à des codes et des règles différents, mais permettant au réalisateur d’approfondir ses thèmes récurrents. Ainsi de la vision en coupe d’une microsociété renfermée sur elle-même, à la parole étouffée par des secrets inavouables, ou encore son obsession pour l’enfance violentée. »

« Noir comme le souvenir lui donne également l’occasion d’un exercice de style qui semble renouveler sa mise en scène, en s’essayant à une ébauche de giallo, transplanté dans la froideur d’une petite ville suisse. »

« À ce sous-genre italien du film policier, il emprunte le recours à des couleurs vives, à des meurtres graphiques et un certain sadisme teinté d’horreur, voire de fantastique. »

« Bien que réalisé à une époque où sa carrière et ses budgets commencent à décliner, Mocky parvient encore à s’attacher les services de stars inattendues dans son univers, à l’instar de Jane Birkin, habitée en mère traumatisée, et Sabine Azéma, en bonne copine comme échappée d’un film d’Alain Resnais, mais aussi des regrettés Jean-François Stévenin et Benoît Régent, dont ce fut le dernier film. »


Production : ARTE G.E.I.E
Montage : Frank Leplat
France, 2023, 22 min
Disponible du 19/02/2023 au 29/04/2024

« La tête contre les murs » de Georges Franju
France, 1958, 1 h 32 mn, noir et blanc
Scénario : Georges Franju, Jean-Pierre Mocky, d’après le roman d’Hervé Bazin
Avec Jean-Pierre Mocky, Anouk Aimée, Charles Aznavour, Paul Meurisse, Pierre Brasseur
Disponible du 01/03/2023 au 31/08/2023
Visuels : © DR

« Les dragueurs » de Jean-Pierre Mocky 
Avec Jean-Pierre Mocky, Anouk Aimée, Jacques Charrier, Charles Aznavour
France, 1958, 76 min
Disponible du 01/03/2023 au 31/08/2023
Visuels : © DR
« Un drôle de paroissien » de Jean-Pierre Mocky
France, 1963, 1 h 20
Production : Le Film d'Art, Atica, Corflor
Producteurs : Henri Diamant-Berger, Jérôme Goulven
Auteur : Michel Servin
Scénario : Jean-Pierre Mocky, Michel Servin, Alain Moury
Image : Léonce-Henri Burel
Montage : Marguerite Renoir
Musique : Joseph Kosma
Avec Bourvil (Georges Lachaunaye), Jean Poiret (Raoul), Francis Blanche (Inspecteur Cucherat), Jean Tissier (Inspecteur Bridoux), Véronique Nordey (Françoise Lachaunaye)
Sur Arte les 13 mars 2023 à 20 h 50, 29 mars 2023 à 13 h 35
Visuels : © DR

« La cité de l'indicible peur » de Jean-Pierre Mocky
France, 1964, 89 min
Scénario : Gérard Klein, Jean-Pierre Mocky
Production : A.T.I.C.A., Société Nouvelle de Cinématographie, Raimbourg
Producteur : Paul Laffargue
Image : Eugen Schuftan, Edmond Séchan
Montage : Marguerite Renoir
Musique : Gérard Calvi
Avec Bourvil, Jean-Louis Barrault, Francis Blanche, Victor Francen, Jean Poiret, Marcel Pérès, Joé Davray, Raymond Rouleau, Jacques Dufilho, René-Louis Lafforgue, Roger Legris, Fred Pasquali, Véronique Nordey
Sur arte.tv du 01/03/2023 au 30/08/2023
Visuels : © DR

« Solo » par Jean-Pierre Mocky
France, 1970
Scénario : Jean-Pierre Mocky, Alain Moury
Production : Balzac Films, Cine Eclair, Showking Films, Société Nouvelle Cinévog
Producteur/-trice : Jean-Pierre Mocky
Image : Marcel Weiss
Montage : Marguerite Renoir
Musique : Georges Moustaki
Avec Jean-Pierre Mocky, Anne Deleuze, Sylvie Bréal, Denis Le Guillou, René-Jean Chauffard, Marcel Pérès
Sur Arte le 12 août 2019 à 22 h 30
Sur arte.tv du 01/03/2023 au 30/08/2023
Visuels : © Jean-Pierre Mocky

« Le témoin » de Jean-Pierre Mocky
France, Italie, 1978, 90 min
Production : Belstar Productions, M. Films, Produzioni Atlas Consorziate, Rewind Film
Scénario : Rodolfo Sonego, Augusto Caminoto, Sergio Amidei, Jean-Pierre Mocky, Alberto Sorti et Jacques Dreux, d’après le roman de Harrison Judd 
Avec Philippe Noiret, Alberto Sordi, Gisèle Preville, Roland Dubillard
Disponible du 01/03/2023 au 31/08/2023
Visuels : © DR

« Y a-t-il un Français dans la salle ? »
1982
Scénario : Jean-Pierre Mocky, Frédéric Dard, d'après son roman
Dialogues : Frédéric Dard, Jean-Pierre Mocky
Avec Victor Lanoux, Jacques Dutronc, Marion Peterson, Jacqueline Maillan, Jean-François Stévenin, Dominique Lavanant, Michel Galabru et Andréa Ferréol
Sur France 5 le 12 août 2019 à 20 h 45

« Noir comme le souvenir » de Jean-Pierre Mocky 
1994, 89 min
Avec Sabine Azema, Jane Birkin, Benoit Regent
France, Allemagne, Suisse
Disponible du 01/03/2023 au 31/08/2023
Visuels : © DR

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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 12 août 2019.

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