jeudi 12 octobre 2023

« Pastiches de presse »

La BnF I François-Mitterrand présente l’exposition « Pastiches de presse ». Le pastiche se distingue du plagiat et de la fausse information en se présentant comme tel, et en visant à ridiculiser par l'humour un thème d'actualité ou un titre de journal. Si le pastiche de presse connait un âge d'or aux XIXe et XXe siècles avec l'essor des journaux satiriques, il s'est adapté aux réseaux sociaux (le Gorafi). 
    

« La Bibliothèque nationale de France consacre une exposition aux détournements comiques de journaux qui réunit pour la première fois une large sélection de pastiches et parodies de presse écrite. »

« Peu étudiée, cette pratique aujourd’hui très présente sur le web est régulière et ininterrompue depuis près de deux siècles. »

« Ces pastiches interrogent notre rapport à l’information, de façon décalée et inédite. Présentant principalement des documents issus des collections de la Bibliothèque, l’exposition décrypte ces faux journaux pour rire, en s’appuyant à la fois sur la continuité du genre, ses évolutions et ses formes actuelles. » 

« Pasticher la presse consiste à détourner des journaux connus ou à inventer des faux journaux à des fins parodiques. La Croix devient ainsi La Croax (1923), Le Figaro se transforme en Livaro (1974) et Libération en Laberration (1985), et Le Monde est surnommé L’Immonde en raison de sa partialité choquante anti-israélienne.

« Le Journal des refroidis (1877) feint de s’adresser aux morts, Le Cochon, journal des gens sales (1885) vise un lectorat très spécifique et Icônne (2015) caricature la presse féminine. »

« Apparue dès l’origine de la presse, cette pratique a bénéficié de l’essor des journaux satiriques pour devenir particulièrement florissante à partir du XIXe siècle. »

« Toujours d’actualité, elle s’est aujourd’hui déplacée sur le web avec des sites d’informations parodiques tels que Le Gorafi ou les fausses Unes de journaux postées sur les réseaux sociaux. » 

« Le pastiche de presse propose une version absurde et décalée d’un titre ou de l’actualité (Salut les malins, 1974 ; Flemme actuelle, 2020...). Il cible souvent les sphères médiatique et politique, rend ridicules les grands débats de société (Négationniste climatique, 2019) et peut parfois avoir un ton pamphlétaire (L’Épique, 1978). 

« Il se distingue cependant de la contrefaçon (plagiat) ou de la fausse information car cette caricature totale du journal ne dissimule jamais son statut de faux et assume pleinement ses visées humoristiques. » 

« Avec 16 panneaux et 250 reproductions, l’exposition propose un parcours chrono-thématique. La première partie donne des clés d’analyse de cet objet volontairement provocateur. Le découpage chronologique, de l’âge d’or de la presse aux réseaux sociaux, laisse ensuite apparaître certaines constantes, des influences et aussi des évolutions, notamment techniques. Enfin, sont mises en lumière la continuité et les différentes intentions de la presse pastichée, de l’exercice de style à la satire. »

« L’exposition invite ainsi à explorer autrement l’histoire de la presse et à découvrir une facette de l’histoire du rire en France. »

« Cette mise en perspective montre la permanence de certaines questions liées aux médias : Comment déceler l’intention comique ou satirique ? Comment le faux peut-il être un moyen d’expression ? Que dit le pastiche de notre rapport à l’information et à notre culture médiatique commune ? »
 
Le Commissariat de l’exposition est assuré par Sophie Robert et Aurélien Brossé chargés de collections presse, département Droit, économie, politique, BnF. 

Propos recueillis par Mélanie Leroy-Terquem
Entretien paru dans Chroniques n° 97, avril-juillet 2023

"Depuis l’essor des journaux satiriques au XIXe siècle jusqu’au Gorafi, en passant par Salut les malins, la presse française n’a cessé d’être parodiée et détournée. L’exposition Pastiches de presse, présentée sur le site François-Mitterrand du 4 avril au 29 octobre 2023, retrace l’évolution et les enjeux de cette pratique. Entretien avec ses commissaires, Sophie Robert et Aurélien Brossé."
 
"Chroniques : D’où vient votre intérêt pour les détournements de journaux et de magazines ?
Sophie Robert :
Cela fait quelques années qu’Aurélien et moi nous intéressons à cet aspect méconnu de l’histoire de la presse qui interroge notre rapport à l’information, mais aussi à la satire, au pamphlet. En 2018, j’avais présenté dans la salle de Presse et des médias des pastiches produits à partir des années 1980 par le groupe Jalons, réuni autour de Basile de Koch et Karl Zéro. On y montrait notamment les détournements du Monde (Le Monstre), de Voici (Voirie), de Paris-Match (Pourri-Moche).
Aurélien Brossé : Nous avions alors publié sur le blog Gallica des articles sur les pastiches du XIXe siècle disponibles en ligne, pour replacer les productions de Jalons dans une perspective historique. En explorant les collections, nous nous sommes rendu compte que ce type de détournement est régulier depuis l’invention de la presse : La Croax se moque de La Croix, Le Livaro du Figaro, Laberration de Libération, etc. Or comme ces documents sont le plus souvent inclus au sein même de titres de presse, ils sont difficiles à trouver : le 22 octobre 1865, par exemple, Le Tintamarre publie dans ses propres pages Le Sommeil, pastiche du Soleil dont le premier numéro est paru la veille. Les pastiches de presse sont rarement catalogués comme tels et il n’en existe pas encore d’inventaire exhaustif. C’est une des raisons pour lesquelles le phénomène a été peu étudié jusqu’ici. On a eu envie de donner à voir ces faux journaux pour rire et de les replacer dans le contexte historique de leur parution…
 
S. R. : …tout en tirant parti des grandes cimaises de l’allée Julien-Cain : elles permettent de montrer des reproductions de documents originaux qu’on peut difficilement présenter au public à cause de la fragilité de certains papiers utilisés.

Que disent les pastiches de la presse et de l’époque dans laquelle elle s’inscrit ?
S. R. : Jusqu’au milieu du XXe siècle, les pastiches de presse émanent de la presse elle-même : ce sont les journalistes qui les produisent. Comme si les rédactions, éprouvées par le rythme de travail et par les mauvaises nouvelles, avaient besoin de cette soupape pour soulager la pression !
A. B. : Le pastiche porte un regard critique sur l’actualité et les débats de société tout en se moquant de leur traitement dans la presse. Cette critique est aussi parfois une défense de la presse, de sa liberté et de sa déontologie. L’exposition montre par exemple un pastiche de L’Équipe, L’Épique, publié à l’occasion de la Coupe du monde de football de 1978 en Argentine. Son contenu dénonce le positionnement des médias de l’époque, qui couvrent l’événement sportif sans interroger son organisation par une dictature militaire.
S. R. : Le pastiche peut constituer une arme militante, comme on peut le voir avec certains détournements de la presse féminine. Icônne, publié par la Youtubeuse Natoo dans les années 2010, ou la série québécoise des Nunuches ne remettent pas en cause la légitimité de la presse féminine en tant que telle, mais en dénoncent plutôt certains travers.

En filigrane de l’exposition, c’est aussi une histoire du rire qui se dessine… 
A. B. : On ne rit plus des mêmes choses aujourd’hui qu’il y a 150 ans et on a parfois besoin de nombreux éclairages historiques pour comprendre ce qui faisait rire. Le rôle du rire évolue aussi en fonction du contexte : il permet de contourner la censure au XIXe siècle, il se met au service de la propagande d’État pendant la Première Guerre mondiale. En ce sens, les pastiches de presse permettent d’aborder différents pans de l’histoire culturelle.
S. R. : Et ce sont souvent des objets très drôles, même si leur contexte de production ne nous est pas toujours familier : un des objectifs de l’exposition est aussi de faire rire les visiteurs !"
 

Du 4 avril au 29 octobre 2023
Allée Julien Cain
Quai François-Mauriac - 75013 Paris
Tél. : 33 (0)1 53 79 59 59 
Lundi : 14 h - 20 h Mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi : 9 h - 20 h Dimanche : 13 h - 19 h 
Entrée gratuite
Visuel :
Une de «  L’Anti-Concierge, organe officiel de la défense des locataires », (rédacteur en chef Jules Jouy, dessins de Sapeck), n°1 de décembre 1881 - BnF, Sciences et techniques

Closum, Musée Saint-Raymond - 2017 © Création Musée Saint-Raymond, Toulouse / Photographies Jean-François Peiré et Rien Bongers

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