dimanche 4 janvier 2026

Orson Welles (1915-1985)

Enfant prodige devenu réalisateur novateur influençant des générations d’artistes mais aux films parfois inachevés (Don Quichotte, 1957), acteur, scénariste, dessinateur et magicien amateur, Orson Welles (1915-1985) s'est passionné pour le théâtre de Shakespeare. Devenu célèbre par son adaptation radiophonique de La Guerre des mondes, Orson Welles impose son génie dès son premier film, Citizen Kane (1941), un chef d'œuvre suivi notamment par La Splendeur des Amberson (The Magnificent Ambersons, 1942), La Dame de Shanghai (The Lady from Shanghaï, 1947) avec son épouse la star Rita Hayworth, Macbeth (1948), Dossier secret (Mr. Arkadin/Confidentiel Report, 1955), La Soif du mal (The Touch of Evil, 1958), Le Procès (The Trial, 1962)... Il était particulièrement intéressé par le judaïsme. La Cinémathèque française propose l’exposition « My Name Is Orson Welles ».
« J’aime me cacher. C’est un camouflage. Je me cache de ma propre image que je n’ai aucun plaisir  à voir », aimait à dire Orson Welles

Citizen Kane, Macbeth, Othello, Un homme pour l’éternitéOrson Welles aimait se métamorphoser, en usant de toute la palette des techniques du maquillage et des possibilités des costumes.

« Très injuste, très généreux, très tendre, très violent, il est très tout ». C’est ainsi que la comédienne et réalisatrice Jeanne Moreau décrivait son ami, Orson Welles.

Arte lui a consacré  un mini site, a diffusé plusieurs des films qu’il a réalisés - La dame de ShanghaiLa soif du mal -,  War of the Worlds. La guerre des mondes selon Orson Welles, documentaire de Catherine O’Connell. 

Orphelin
Orson Welles est né dans une famille bourgeoise : père industriel, mère pianiste concertiste.

Enfant précoce et doué pour les arts, il débute à trois ans dans Samson et Dalila à l’opéra de Chicago.

Après la séparation de ses parents en 1919, Orson Welles est élevé par sa mère. Il aime se métamorphoser et l’illusionnisme...


Orphelin de mère à 9 ans et de père à 15 ans, Orson Welles est élevé par un ami de ses parents, le Dr Maurice Bernstein, pédiatre.

En 1930, cet étudiant à la Todd School est distingué par le Prix de la meilleure mise en scène de l’Association dramatique de Chicago, pour son Jules César.

Cet adolescent entame un séjour en Europe. A Paris, il rencontre le magicien Harry Houdini, et débute au Gate Theatre de Dublin. A Séville, il se passionne pour la tauromachie.

En 1932, il réalise un film court.

De retour aux Etats-Unis, il travaille pour le off-Broadway, organise un festival théâtral au cours duquel il rencontre Virginia Nicholson, sa première femme dont il divorce en 1939, et réalise un court métrage.

En 1935, dans le cadre du Federal Theatre Project issu du New Deal et à la demande du directeur de théâtre John Houseman, Orson Welles prépare une adaptation de Macbeth de Shakespeare pour un théâtre de Harlem. Sa voix au timbre grave lui vaut de débuter à la radio, à laquelle il collabore dans le cadre de March of Time.

Le succès vient en 1937 avec The Craddle will rock, opéra de Marc Blitzstein. Un spectacle satirique moquant la vie politique américaine qui suscite une forte opposition politique et contraint Houseman et Welles à démissionner.

« La Guerre des mondes »
En 1937, Orson Welles et John Houseman, producteur, fondent à New York le Mercury Theatre, compagnie indépendante de théâtre de répertoire, principalement shakespearien, qui présente des pièces de théâtre – Jules Caesar (1937–1938), The Shoemaker's Holiday (1938), comédie élisabéthaine de Thomas Dekker, Native Son (1941), adapté du roman de Richard Wright -, des programmes radiophoniques et des films, enregistre sur disques des œuvres de Shakespeare pour un public scolaire.

Cette compagnie compte dans ses rangs Joseph Cotten, Everett Sloane, Agnes Moorehead, Paul Stewart, Dolores del Rio… Des comédiens auxquels Orson Welles demeurera fidèle lorsqu’il dirigera à Hollywood Citizen Kane ou The Magnificent Ambersons.

Aux succès à Broadway de cette compagnie, le Mercury Theatre on the Air dès l’été 1938 et jusqu’en 1940, puis brièvement en 1946, ajoute sur CBS des séries radiophoniques populaires, et des adaptations de grands classiques de la littérature britannique – Jane Eyre, Oliver Twist – et française : Les Misérables, Le Comte de Monte Cristo.

“30 octobre 1938. À la veille d'Halloween, des millions d'auditeurs américains sont rivés à leur poste de T.S.F. Média de masse, la radio convoque alors le monde et la fiction dans le salon et s'écoute en famille. Dans une Amérique tout juste sortie de la Grande Dépression, tandis que la guerre menace en Europe, l'Amérique s'inquiète de l’avenir”.

“L’audacieux Orson Welles, jeune et génial réalisateur âgé de 23 ans, a adapté pour CBS, dans le cadre du Mercury Theatre on the Air, "The War of the Worlds” (La guerre des mondes), célèbre roman de H. G. Wells. Il “invente une attaque de martiens. Un moyen prodigieux pour faire la promotion de son adaptation du célèbre livre de H. G. Wells, “la guerre des mondes. Orchestrant une interruption exceptionnelle des programmes, il met en scène sa fiction sonore comme un bulletin d'alerte, et annonce à l'antenne, à 20.15, que les Martiens ont débarqué dans le New Jersey !”

La “panique s'empare du pays, la nouvelle faisant resurgir les angoisses profondes de la nation. Les réservistes de la région inondent même les casernes d’appels pour proposer de se battre... Ce prodigieux scénario catastrophe a réussi au-delà de toute espérance”.

Illustrée par d’abondantes archives, La guerre des mondes selon Orson Welles “retrace et explore cet événement, à l’origine d'une hystérie collective sans équivalent dans l'histoire. “Immortalisées par des milliers de lettres, les réactions du public, entre fascination pour la vie sur Mars et sidération devant sa propre crédulité, sont restituées de façon originale”.

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Jamais une pièce radiophonique n'avait soulevé un tel tollé ni semé une telle confusion. Plus d'1 million de personnes furent convaincues, un bref instant, que les Etats-Unis étaient mis à sac par des envahisseurs extra-terrestres. Et un pays tout entier fût sidéré par sa propre crédulité. Dans une Amérique tout juste sortie de la Grande Dépression, l'audacieux Orson Welles, âgé de 23 ans, simule à la radio l'annonce d'une attaque de martiens. Un moyen prodigieux pour faire la promotion de son adaptation du célèbre livre de H. G. Wells, La guerre des mondes."

Une “hystérie collective sans équivalent dans l’Histoire” exagérée par la légende entourant le “jeune prodige Orson Welles, qui a d'emblée compris combien l'avènement du direct recèle de pouvoir de suggestion, dirige le spectacle avec maestria. Celui qu'un juge traitera de "furoncle sur le postérieur des théâtreux dégénérés" recourra ensuite à ses talents d'acteur pour feindre des regrets lors d'une conférence de presse non moins spectaculaire”.

"Les réactions du public, immortalisées à jamais dans les milliers de lettres envoyées à CBS, la Federal Communications Commission et Orson Welles lui-même, sont mises en parallèle pour donner vie aux personnes qui écoutèrent CBS ce soir-là."

Cette émission élargit la célébrité d’Orson Welles qui signe en 1939 un contrat avec le studio de cinéma hollywoodien RKO.

"Citizen Kane"
Couronné par Life comme le “nouveau Max Reinhardt”, Orson Welles amène sur la côte Ouest l’essentiel des membres de sa troupe, dont le compositeur Bernard Herrmann (1911-1975).

Après plusieurs projets refusés par la RKO, Orson Welles et John Houseman se séparent professionnellement.

Orson Welles co-écrit avec Herman Mankiewicz le scénario de Citizen Kane. Pour nombre de spectateurs, le personnage principal est inspiré du magnat de la presse William Randolph Hearst. Ce que nie Welles.

Premier film réalisé en 1940 par Orson Welles pour la RKO et sa maison de production Mercury Production, Citizen Kane révolutionne le cinéma par ses techniques narratives et son utilisation systématique de procédés : flashbacks, voix off, etc. Un film loué par la presse unanime en 1941 et oscarisé.

Les 18e Rendez-vous de l'Histoire à Blois ont présenté les 11, 12 et 13 octobre 2015, au  Cinéma Les Lobis, Citizen Kane d'Orson WELLES (fiction, Etats-Unis, 1941, 1h59, VOSTF, Théâtre du Temple). "A la mort du milliardaire Charles Foster Kane, un « empereur » de la presse, disparu en prononçant un mot mystérieux, «Rosebud », Thompson, un reporter, enquête sur sa vie. Les contacts qu’il prend avec ses proches lui font découvrir un personnage gigantesque, mégalomane, égoïste et solitaire. Un chef d’œuvre du cinéma, réalisé par le génial Welles alors âgé de 25 ans, sous la forme d’un récit morcelé en flash-backs".


Artiste engagé
« Être au service de la cause de la liberté contre ce qui est réactionnaire et rétrograde est le travail le plus sérieux que je puisse faire aujourd’hui. Le reste attendra quelques mois, jusqu’à ce que je vois quel rôle je dois jouer dans ce drame plus grand, peu importe si ce rôle est petit », déclare  Orson Welles.

En raison de diverses pathologies l’affligeant, il ne peut s’engager dans l’armée américaine lors de la Deuxième Guerre mondiale.

Aussi, il participe à l’effort de guerre en tant qu’artiste engagé, proche du président Franklin D. Roosevelt et du parti démocrate, en donnant des conférences et en retrouvant le chemin des studios de radios : il conçoit, produit et anime des émissions patriotiques – Ceiling Unlimited (1942-1943) - en retrouvant sa troupe du Mercury Theatre, son compositeur de musique Bernard Hermann.

Sans bénéficier de la même liberté, Orson Welles réalise à Hollywood La Splendeur des Amberson (1942), et poursuit plusieurs projets parallèlement, dont It’s All True, film inachevé.

"La dame de Shanghai"
En 1943, Orson Welles épouse Rita Hayworth. Le couple a une fille, Rebecca (1944-2004).

Orson Welles joue dans Jane Eyre, Hollywood Parade, et réalise Le Criminel (1946) montrant des images de camps de concentration.

Tourné en 1946, La Dame de Shanghai (The Lady from Shanghai) est adapté librement d’un roman policier de Sherwood King.

Le “marin Michael O'Hara vole au secours d'Elsa Bannister, aux prises avec des malfaiteurs. Le lendemain, le mari de celle-ci embauche le matelot sur son yacht pour une croisière... Une idylle naît entre Michael et Elsa, bientôt découverte par Grisby, l'associé de Bannister. Celui-ci veut conclure un étrange marché avec le jeune marin…”

Orson Welles surprend “par sa liberté créatrice, l'originalité de ses cadrages et de ses angles de vue. À savourer pour son charme vénéneux et ses scènes cultes. Un style baroque, une mise en scène exceptionnelle. “Au-delà des règlements de comptes avec l'industrie du cinéma et avec sa femme, Rita Hayworth - le couple est alors en plein divorce -, le cinéaste excelle une fois encore à sonder l'âme humaine et la tentation de la chute, en défiant avec une classieuse désinvolture les règles classiques de la narration".

"Le public goûta peu à l'époque qu'on joue avec l'image d'une de ses stars favorites (qui avait insisté pour que son mari dirige le film) et bouda La dame de Shanghai” lors de sa sortie en 1948".

"Endossant le rôle d'une femme peu fiable au charme vénéneux, sacrifiant pour la première fois sa chevelure rousse au profit d'une coupe courte et blonde, l'actrice, fragilisée, n'en est pas moins belle, et le célèbre final aux miroirs, maintes fois parodié, au cours duquel son image vole littéralement en éclats, sonne aussi comme un narcissique et fascinant cri de dépit amoureux.

Après des tentatives de réconciliations, le couple divorce en 1948.


"Le Troisième homme"
Ses ennuis financiers – fisc, échec commercial de Macbeth – et la méfiance née de sa supposée sympathie pour le communisme, incitent Orson Welles à accepter des propositions en Europe.

Arte diffusera le 26 mars 2023 à 23 h 35 "Le troisième homme" (The Third Man, 1949), film britannique de Carol Reed avec Orson Welles, Trevor Howard, Alida Valli.

"Dans la Vienne ruinée de l’après-guerre, la quête désespérée d’un homme sur les traces d’un ami disparu... Sur un scénario tordu de Graham Greene, un film noir mythique de Carol Reed, habité par les fulgurances d’Orson Welles."

"Holly Martins, écrivaillon américain sans le sou, débarque dans la Vienne dévastée et occupée de l’après-guerre pour retrouver son vieil ami Harry Lime, qui lui a promis un job. Mais ce dernier vient de passer l’arme à gauche, écrasé par une camionnette. Désœuvré, Holly Martins assiste à son enterrement, avant de tenter d’éclaircir les circonstances troubles de l’accident, en partant à la recherche d’un troisième homme…"

"Film noir mythique de Carol Reed, Le troisième homme met en scène avec brio la quête désespérée d’un loser dans les ruines et les poussières d’empire de Vienne, en proie à la misère et à des trafiquants sans foi ni loi, qui profitent de la division de la cité imposée par la guerre froide. Cadrages obliques vertigineux, puissance expressionniste des images tournées en décors réels et cithare entêtante de la bande originale racontent, un monde urbain angoissant où le mal fascine et prospère."

A Vienne, Orson Welles incarne Harry Lime dans Le Troisième homme de Carol Reed (1949), et en France Benjamin Franklin dans Si Versailles m’était conté, film historique de Sacha Guitry (1954).

Réalisé par Carol Reed, Le Troisième homme (1949) est interprété par Orson Welles, Joseph Cotten, Alida Valli, Trevor Howard. "Holly Martins, écrivaillon américain sans le sou, débarque dans la Vienne dévastée et occupée de l’après-guerre, pour retrouver son vieil ami Harry Lime, qui lui a promis un job." 

"Mais ce dernier vient de passer l’arme à gauche, écrasé par une camionnette. Désœuvré, Holly Martins assiste à son enterrement, avant de tenter d’éclaircir les circonstances troubles de l’accident, en partant à la recherche d’un troisième homme… Dans la Vienne ruinée de l’après-guerre, la quête désespérée d’un homme sur les traces d’un ami disparu".
"À l’instar du "troisième homme", splendidement incarné par Welles, qui surgit en milieu de film, un sourire cynique aux lèvres, dans le halo de lumière d’une porte cochère. Sans cesse pris de court, désenchanté et hésitant, l’antihéros (Joseph Cotten) se heurte à l’indifférence, au mépris et à la trahison. Jusqu’à la scène légendaire des égouts, course noire haletante d’un "Aime le Maudit" traqué, qui précipite le film vers la dislocation confuse du bien et du mal, sans gloire ni vainqueur.

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La présence de Welles dans le rôle bref mais inoubliable de Harry Lime a tellement marqué les esprits qu’on a souvent attribué au génial acteur réalisateur une responsabilité artistique dépassant sa simple participation devant la caméra dans la réussite du classique de Carol Reed. Le fait que Joseph Cotten, membre de la troupe du Mercury Theater et acteur dans plusieurs films de Welles y interprète le rôle principal entretint cette confusion. On sait aujourd’hui que Welles s’est seulement contenté de réécrire certains de ses dialogues. Il est vrai que Harry Lime, criminel à la fois séduisant et maléfique, manipulateur et fabulateur est totalement wellesien et s’inscrit dans une galerie de personnages tels que Kane, Arkadin, ou Quinlan dans La Soif du mal", a analysé Olivier Père pour Arte.

Et Olivier Père de poursuivre : "Le style inspiré de l’expressionnisme dans certaines des scènes les plus fameuses du Troisième Homme comme la poursuite finale dans les égouts avec ses cadrages obliques et ses effets d’ombre et de lumière rejoint celui de La Dame de Shanghai tourné par Welles en 1946, mais aussi de dizaines d’autres films noirs hollywoodiens et européens marqués par l’influence des grands cinéastes allemands, quand ce n’était pas ces cinéastes qui les signaient eux-mêmes après avoir fui l’Europe sous le joug nazi."

"La grande valeur du Troisième Homme revient donc essentiellement à ses vrais auteurs, Carol Reed et Graham Greene – qui tirera un roman de son scénario original – sans oublier le puissant duo formé par le producteur anglais (Alexander Korda) et américain (David O. Selznick)", a observé Olivier Père.

"Au-delà de son enquête policière typique du film noir – la recherche de la vérité autour d’une mort suspecte – et de son ambiance viennoise, de sa légendaire musique à la cithare Le Troisième Homme est un film de son époque qui témoigne du climat de corruption et de déliquescence morale qui accompagna la douloureuse reconstruction de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale, avec ces histoires de marché noir et de trafics en tous genres que l’on retrouve dans d’autres films de la fin des années 40", a conclu Olivier Père.

Meilleure image, Oscars 1951 - Grand prix, Cannes 1949.

Le 2 décembre 2019, le Farband a projeté "Le Troisième homme" de Carol Reed avec Orson Welles.


Orson Welles réalise aussi des émissions radiophoniques policières au succès mondial.

"Othello"
Tourné de 1948 à 1951, son film Othello, d'après la tragédie de Shakespeare Othello, The Moor of Venice, nécessite quatre ans de tournage, reçoit le Grand Prix à Cannes en 1952. Alexandre Trauner est crédité comme l'un des deux auteurs des décors du film. Le rôle de Desdémone est finalement incarné par Suzanne Cloutier.

"Sur l'île de Chypre, deux processions mortuaires simultanées. Deux corps portés dans leur linceul, ceux du général vénitien Othello et de sa jeune épouse Desdémone. Que s'est-il passé ? Il y a peu, le couple nageait dans le bonheur. Guerrier couvert d'honneurs, le Maure a épousé en secret la fille du sénateur Brabantio. Mais leur union a déclenché les jalousies de deux sinistres conspirateurs : Roderigo, amoureux de Desdémone, et Iago, le lieutenant d'Othello, dévoré par l'ambition..."

Après "Macbeth", Orson Welles "s'empare fiévreusement et librement d'une autre tragédie shakespearienne, dont il tient aussi le premier rôle.  Le tournage de la deuxième adaptation shakespearienne d'Orson Welles (après Macbeth, en 1948) s'est avéré aussi tourmenté que son héros rongé par les affres de la jalousie et du doute. Persona non grata à Hollywood, Welles tourne cahin-caha au Maroc et en Italie pendant quatre ans, avant de se plonger durant de longs mois dans un montage frénétique".

"Comportant quelque 2 000 plans (il y en a 500 dans Citizen Kane), ce monument shakespearien porte les stigmates de sa genèse (raccords difficiles entre les différents lieux, absence de moyens....). Mais l'ex-enfant prodige du cinéma sublime ces contraintes dans un expressionnisme visuel, esthétiquement assez proche de ses plus grands films. Dans un noir et blanc contrasté (plus économique que la couleur), contre-plongées majestueuses, décadrages osés et perspectives tronquées dessinent l'écrin baroque de ces destins qui basculent. Dans ce monde qui se resserre autour de lui, et ne semble plus offrir la moindre échappatoire, Othello/Welles se recroqueville sur lui-même, passant de la plus virile des gloires militaires à une déchéance intime d'autant plus tragique qu'elle n'a aucun fondement".

En 1978, Welles "tirera de son film un documentaire sur ce tournage et montage homériques, Filming Othello".


Orson Welles enchaîne des réalisations pour la télévision et des spectacles pour le théâtre.

"La Soif du mal"
En 1953-1954, Orson Welles dirige Confidential Report (Dossier secret, Mr Arkadin) avec sa deuxième épouse et mère de leur fille Béatrice, Paola Mori,

Puis Orson Welles réalise pour Universal La soif du mal, avec Charlton Heston, Janet Leigh, Akim Tamiroff et Marlene Dietrich.

 “Un notable meurt dans un attentat à la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Pour l'enquête, deux policiers s'opposent : le Mexicain Mike Vargas et l'Américain Hank Quinlan, qui veut faire porter le chapeau à un innocent pour assurer sa gloire personnelle. Vargas et son épouse se retrouvent bientôt pris au piège d'une ville gangrenée par le mal…”

Adapté “d'un roman de Whit Masterson, ce film noir transfiguré par une mise en scène magistrale, illustre le génie technique d'Orson Welles, à l'image du plan-séquence d' ouverture devenu anthologique. Alors qu'Orson Welles est d'abord pressenti comme acteur, c'est Charlton Heston qui suggère aux studios de confier la mise en scène de ce film noir basique au réalisateur de Citizen Kane. Lequel s'empresse de réécrire le scénario, en situant l'action dans la moiteur d'une ville-frontière entre le Mexique et les États-Unis et en le dotant d'une profondeur métaphysique inédite. Filmé en noir et blanc au grand angle, dans un jeu d'ombres et de lumières, reflets du mal et du bien, le dernier opus hollywoodien d'Orson Welles avant son nouvel exil cinématographique en Europe a, comme la plupart des autres, souffert de coupes imposées par ses producteurs”, supprimant notamment son humour inhabituel à l’époque. Orson Welles “avait protesté en adressant à Universal une note passionnée de cinquante-huit pages pour demander le remontage de son film. Il fallut attendre 1998 pour que Walter Murch – connu notamment comme le monteur de Francis Ford Coppola (Conversation secrète, Apocalypse now) – exauce son souhait. Avec cette version fidèle à sa vision esthétique, justice est rendue au génie d'Orson Welles, qui éclate dès la scène d'ouverture, culte, tournée en un vertigineux plan-séquence”.

Orson Welles poursuit sa carrière sur plusieurs continents, en travaillant pour le cinéma et la télévision (Une histoire immortelle). 

A sa mort en 1985 à Los Angeles, des problèmes juridiques – titularité des droits d’auteurs sur ses films inachevés pour sa dernière compagne Oja Kodar niée par Béatrice Welles – ou pour déterminer où se trouvent ses archives, etc. ont surgi.

Œuvre prolifique
Welles est aussi un homme de théâtre et de radio. Parmi sa vingtaine de spectacles théâtraux, nous ne connaissons qu’une captation de quatre minutes de son Macbeth de 1936, mais quelles minutes fracassantes ! Le Macbeth filmé de 1948 est le prolongement de celui que Welles venait de monter pour un festival de théâtre à Salt Lake City afin de mettre à l’épreuve son scénario, ses décors et sa troupe. Et quantité de traces visuelles ou sonores nous font rêver. Welles est le metteur en scène et la vedette de cent cinquante dramatiques radiophoniques, dont beaucoup sont inventives et flamboyantes. On peut aujourd’hui en écouter la plupart sur Internet, avec souvent une musique de Bernard Herrmann et une distribution où règnent Agnes Moorehead, Joseph Cotten, Everett Sloane et d’autres de ses acteurs cinématographiques. Il faut encore compter avec l’auteur d’enregistrements discographiques de pièces de Shakespeare, de textes patriotiques de Lincoln ou de poèmes de Whitman, avec un prestidigitateur professionnel reconnu par ses pairs, avec un éditorialiste politique, champion de la création de l’ONU".

"De toutes ces activités, ses émissions télévisées se font souvent l’écho. Car Welles a perçu très vite l’intérêt du petit écran. Les causeries d’Orson Welles’ Sketch Book (1955), les documentaires à la première personne sur des villes européennes pour Around the World with Orson Welles (1955), affirment l’image publique d’un globe-trotter charmeur et préparent les feux d’artifice de montage du film-essai Vérités et Mensonges (1973). La dramatique The Fountain of Youth (1956) est encore plus fondée sur l’illusionnisme. Avec Filming Othello pour la télévision allemande (1977), Welles nous offre le précurseur prestigieux des documentaires d’aujourd’hui sur la fabrication des films. Même ses prestations dans des talk shows sont parfois des sketches savoureux. Et n’oublions pas l’acteur ! Une soixantaine de rôles dans les films réalisés par d’autres, des interprétations télévisées, des commentaires off de films de fiction, de documentaires ou de publicités…"

Œuvres inachevées
Pour le centenaire de la naissance et les trente ans du décès d’Orson Welles (1915-1985), la Cinémathèque française rend hommage à cet artiste, notamment par une programmation incluant de "nombreuses raretés, aussi bien courts métrages, films de télévision, fragments d’œuvres inachevées, curiosités ou incunables". Orson Welles (1915-1985) "a connu à Hollywood le destin paradoxal que l’on sait : doté des pleins pouvoirs pour réaliser à vingt-cinq ans Citizen Kane, il accède en quelques années au statut peu enviable du « cinéaste dont les producteurs se méfient ». S’ouvre alors pour lui, de façon presque ininterrompue de 1947 à 1970, un long temps d’exil, ce que Youssef Ishaghpour a appelé sa « période nomade ». Puis quelques années encore à alterner entre le Nouveau et le Vieux Continent avant la réinstallation définitive aux États-Unis en 1975. Trois décennies d’une folle créativité aux quatre coins du monde". Et une oeuvre aussi éparpillée que traversée par une stupéfiante faculté d’adaptation".

"Entré à Hollywood par la grande porte en 1939, à l’âge de 24 ans, grâce à sa réputation de chef de troupe théâtrale et à l’émission radiophonique La Guerre des mondes, Welles cumule les fonctions de producteur, réalisateur, scénariste et vedette ; il obtient le final cut auquel tant de ses aînés aspirent. Rarement un premier film aura reçu une critique aussi enthousiaste et aussi clairvoyante que Citizen Kane (1941) : la quasi-totalité de ses grandes innovations stylistiques sont vantées dès le premier jour. Puis Welles abandonne le final cut sur La Splendeur des Amberson (1942), faute de pouvoir rester plusieurs mois sans salaire. Il garde le contrôle de Macbeth (1948), et dans une moindre mesure de Voyage au pays de la peur (1942), film qu’il supervise comme producteur sans le réaliser. Mais il perd la partie sur It’s All True (1942), que RKO préfère même ne pas monter, et Le Criminel (1946).

Quant à La Dame de Shanghai (1947), ce film ne comporte aucun nom de réalisateur au générique et Welles, inconscient de son aura future, le juge impitoyablement à sa sortie : « C’est une démonstration… de ce qu’il ne faut pas faire. » En 1947, Welles gagne l’Europe pour y passer l’essentiel des deux décennies suivantes avant d’alterner entre le Nouveau et le Vieux Continent dans les années 70. L’Europe représente la liberté, mais au prix de difficultés extrêmes pour financer ses films. Welles étend sa quête de producteurs à la Yougoslavie ou la Hongrie".

"Certains films sont tournés en plusieurs fois, le temps de compléter un budget, ou abandonnés en route. Plutôt que de laisser envenimer sa discorde avec son ami et producteur Louis Dolivet, Welles renonce au montage final de Mr. Arkadin (1955) et de plusieurs émissions de télévision. Les méthodes de travail et le style changent : petites équipes, décor naturel, montage morcelé, postsynchronisation, doublage par Welles lui-même de certains personnages secondaires, jusqu’à douze dans un même film. Après avoir été le roi du découpage technique prémédité, au point de rêver d’un film qui ne serait que l’exécution d’un plan préconçu, Welles repense de fond en comble le film au montage. Après Citizen Kane, Welles a donc connu bien des revers. Il les surmonte souvent grâce à une puissance de travail hors pair, qui lui vaut le surnom d’« énergie publique n° 1 », à sa vitesse de conception et d’exécution, à une faculté d’adaptation qui lui permet de se jouer des contraintes en arrivant au même but par des voies opposées. Obligé par Columbia de retourner un sixième de La Dame de Shanghai dans un style plus sage, il encourage les interprètes des deux avocats, Everett Sloane et Glenn Anders, à retrouver dans un jeu survolté la dimension grotesque qu’il avait initialement confiée aux angles de prises de vues et aux déformations des courtes focales".

Dans Othello (1952), "l’allure labyrinthique de la forteresse de Chypre aurait dû être inventée en studio, comme pour le château de Macbeth, mais, forcé de tourner en décors naturels, Welles crée la même impression de labyrinthe grâce à la multiplication des lieux de tournage disparates réunis au montage. Et, comme il ne croit pas à la distinction entre art noble et art populaire, Welles transforme en œuvre personnelle les commandes les plus diverses, d’un film criminel initialement routinier comme La Soif du mal (1958) à une adaptation du Procès de Kafka (1962). Treize longs métrages achevés seulement ? Certes, mais, depuis sa mort, nous sommes mieux informés du versant non cinématographique de l’oeuvre de Welles, et nous avons vu surgir tout un pan oublié ou inconnu de sa filmographie".

Welles "a laissé derrière lui quantité de films inachevés, au sort parfois rocambolesque. L’unique copie de son émission sur l’Italie et Gina Lollobrigida (1958), qu’il a oubliée dans un grand hôtel parisien, a refait surface en 1986. Des bobines de sa version condensée du Marchand de Venise de Shakespeare (1970) ont été volées. Après la mort du cinéaste en 1985, Oja Kodar, sa dernière compagne, légataire des œuvres inachevées, a confié les éléments dont elle disposait à la Cinémathèque de Munich, qui en a entrepris la restauration et leur a parfois donné une forme achevée. Dans ces myriades de bobines, les œuvres au sens fort (telles que The Deep ou The Other Side of the Wind) voisinent avec ce qui n’est qu’un matériau brut non destiné à être diffusé tel quel, par exemple cette conversation avec le vieux mentor Roger Hill (1978) ou ce débat filmé avec le public d’une projection du Procès (1981). On exhume encore et toujours d’autres morceaux, comme il y a deux ans les fragments filmés en 16 mm dont Welles n’avait pas bouclé le montage à temps pour les intégrer aux représentations de la pièce Too Much Johnson en 1938. Nous connaissons aussi de mieux en mieux les versions multiples de ses films. Sur l’insistance de ses producteurs ou distributeurs, Welles a signé deux montages de Macbeth, d’Othello et d’Une histoire immortelle (1968), film tourné en français pour l’ORTF, en anglais pour les salles de cinéma. Et certains films ont circulé dans plusieurs moutures, telle la version montrée en projection test de La Soif du mal retrouvée dans les années 70. Les mauvais traitements que Welles a subis de son vivant ont comme encouragé une tendance à considérer son œuvre comme remontable à volonté après sa mort. Plusieurs tentatives de créer des versions « améliorées» ont été menées. Walter Murch, le monteur et concepteur son de Conversation secrète et d’Apocalypse Now, a ainsi appliqué une partie des recommandations que Welles avait rédigées en sortant de la projection d’une mouture de La Soif du mal remontée par les producteurs. Mais une erreur de lecture du mémo a conduit Murch à penser que Welles s’opposait à la partition de Henry Mancini sur le plan d’ouverture, et le marketing de cette « version inédite telle qu’Orson Welles l’a imaginée » a voulu faire croire qu’on monte un film en vingt-quatre heures. Les responsables de la seule version d’Othello à circuler aujourd’hui sur les écrans commerciaux, ont jeté à la poubelle la musique et les bruitages de Welles et déformé électroniquement ses dialogues".

Orson Welles et les Juifs
Orson Welles était-il Juif ? Orson Welles aimait répondre : « Fifty-fifty ».

Selon son ami, l’acteur et réalisateur Juif américain né en 1941 à Londres Henry Jaglom, Orson Welles éprouvait  une affection particulière pour les Juifs.

Dans son livre My Lunches with Orson, Henry Jaglom relate leurs déjeuners réguliers, de 1978 à 1985, parfois dans des restaurants de nourriture juive : Bloom à Londre et Goldenberg à Paris. Orson Welles soupçonnait sa mère, Béatrice, une pianiste concertiste, d’avoir entretenur des liaisons durant son mariage. Il pensait que son père biologique était le Dr Bernstein, tuteur dont il se sentait très proche. Ses parents étant morts alors qu’il était enfant, Orson Welles n’a jamais pu lever les doutes qu’il éprouvait.

« Orson Welles était un grand fan du théâtre yiddish », a souligné le réalisateur américain Peter Bogdanovich.

En 1937, Welles a mis en scène Jules César de Shakespeare dans un décor contemporain, celui de l’Europe fasciste, en rendant particulièrement poignante la scène dans laquelle le poète Cinna est attaqué par une foule en colère. Après la première, Orson Welles a déclaré au New York Times : « C’est la même foule qui pend et brûle les Noirs dans le Sud, la même foule qui maltraite les Juifs en Allemagne. C’est la foule nazie partout ».

Hasard ? Le personnage le plus sympathique de Citizen Kane, a un patronyme Juif, Bernstein, interprété par Everett Sloane, comédien Juif américain : loyal à l’égard du magnat, philosophe, il prononce les meilleures répliques, co-écrites par Herman Mankiewicz, du film novateur. Un « acte politique » à Hollywood selon Harold Heft.

Après la Deuxième Guerre mondiale, Orson Welles était invité d’honneur dans un diner à Vienne (Autriche). A l’un des convives constatant « Vienne n’est plus ce qu’elle était ! Quelque chose a disparu de Vienne », il répliqua : « Oui. Les Juifs ». Une réplique mise à la Une des journaux le lendemain matin.

Parmi les films qu’Orson Welles a réalisés sans en être crédité : David et Goliath  (1960), film italien de Ferdinando Baldi et Richard Pottier, dont certaines séquences ont été tournées en Israël. Orson Welles y incarne le roi Saul.

Orson Welles a aussi réalisé Le Procès, d’après Franz Kafka, a tenté pendant des années d’achever la version cinématographique du Marchand de Venise de Shakespeare…

En 1981, Génocide, film du Centre Simon Wiesenthal  sur la Shoah, a reçu l’Oscar du meilleur documentaire. Son texte est dit par Elizabeth Taylor  et Orson Welles.

Cinémathèque française
Pour le centenaire de la naissance et les trente ans du décès d’Orson Welles (1915-1985), la Cinémathèque française a rendu hommage à cet artiste, notamment par une programmation incluant de "nombreuses raretés, aussi bien courts métrages, films de télévision, fragments d’œuvres inachevées, curiosités ou incunables". 

En 2025-2026, la Cinémathèque française propose l’exposition « My Name Is Orson Welles ».

« Regardez les films d’Orson Welles, parce qu’il définit à lui seul le cinéma. »
Martin Scorsese, Cahiers du cinéma, 1996

« Orson Welles « est mort le 10 octobre 1985, à 70 ans. Il laisse derrière lui douze longs métrages achevés, dont le plus célèbre premier film de l’histoire du cinéma : Citizen Kane (1941), réalisé à 25 ans. »

« Immense créateur de formes cinématographiques, renouvelant brillamment l’usage du plan-séquence, de la profondeur de champ ou du montage rapide, Welles n’a cessé de surprendre à travers l’aspect protéiforme de son travail. »

« Cinéaste et intellectuel, d’une culture particulièrement riche et ouverte sur le monde, Orson Welles est aussi un homme de spectacle et une figure familière et populaire. »

« Cette exposition se veut une introduction à cette œuvre hors normes. Elle rend hommage à la carrière mouvementée d’Orson Welles à travers un parcours scénographique qui mêle chronologie et exploration des grands thèmes de ses films. »

« Au fil des 5 sections de l’exposition, 400 œuvres aideront le public à mieux comprendre la singularité et le processus de création d’Orson Welles : photographies (de Xavier Lambours, Alexandre Trauner, Nicolas Tikhomiroff, Roger Corbeau, Irving Penn ou encore Cecil Beaton), archives, dessins, boucles audiovisuelles et installations. Outre des extraits généreux de ses films, l’exposition rassemble une quarantaine d’œuvres de la création d’Orson Welles en tant que dessinateur et sculpteur. »

Le commissaire de l’exposition est Frédéric Bonnaud, Directeur général de la Cinémathèque française, avec l’assistance de Hannah Froideveaux, Responsable de productions d’expositions, en partenariat avec Béatrice Welles. Les conseillers scientifiques sont Esteve Riambau et François Thomas.

Autour de l’exposition, la Cinémathèque française propose une rétrospective, des séances avec dialogues, des ateliers pour les jeunes, etc.
« Le gigantisme de Welles ne pouvait s'accommoder d'une rétrospective ordinaire : pantagruélique, celle qui accompagne notre exposition est la plus exhaustive jamais organisée à ce jour, avec ses longs métrages, mais aussi tous les morceaux épars qui jalonnent sa carrière éclatée et proliférante. Essais, films inachevés ou mutilés, bandes annonces ou spectacles de magie, mais aussi une ample sélection de films où Orson Welles officie en tant qu'acteur. Toute la folle exubérance du démiurge rassemblée sur écran géant, deux mois durant ! »
« L'Agence nationale pour le développement du cinéma en régions (ADRC) propose également une sélection de films d'Orson Welles en régions. »
« En raison de la fermeture temporaire des salles de projection, les séances jusqu'au 1er janvier inclus ont été annulées. »

Présentation d'It's All True: Based on an Unfinished Film by Orson Welles (1993)
Par Catherine Benamou
Welles : montage et remontages
Une conférence de François Thomas
Dialogue avec Simon Callow
Animé par Frédéric Bonnaud
Shakespeare vu par Orson welles : l'obsession magnifique.
Table ronde avec Simon Callow, Julie Vatain-Corfdir et François Thomas, animée par Frédéric Bonnaud

SÉANCES AVEC DIALOGUES
Citizen Kane, avec Frédéric Bonnaud
Falstaff, avec Simon Callow
La Splendeur des Amberson, avec Frédéric Bonnaud 
Don Quichotte, avec Estève Riambau 
Le Procès, avec Jean-Philippe Trias 
Le Troisième Homme (Ciné-club de Murielle Joudet) 

CONFÉRENCE
« Welles : montages et remontages » par François Thomas 

CONSERVATOIRE DES TECHNIQUES
« Gregg Toland, directeur de la photographie de Citizen Kane » par Marc Salomon
« Orson Welles magicien » par Stefan Drössler 

TABLE RONDE
Table ronde « Shakespeare vu par Orson Welles », avec Simon Callow, Julie Vatain- Corfdir, François Thomas et, sous réserve, Arthur Nauzyciel, animée par Frédéric Bonnaud 
SÉANCES PRÉSENTÉES
Une histoire immortelle, par François Thomas 
Macbeth, par François Thomas 
La Décade prodigieuse, par Jean-François Rauger 
RoGoPaG, par Élias Hérody
Programme 6*, par Stefan Drössler 
Voyage au pays de la peur, par Stefan Drössler 

Programme 7*, par Stefan Drössler

Programmes conçus par Stefan Drössler, directeur des archives du Filmmuseum München, qui conserve l’un des fonds Orson Welles les plus importants, déposé par Oja Kodar

POUR LE JEUNE PUBLIC ET LES 18/25 ANS
POUR LE JEUNE PUBLIC
LES STUDIOS : STAGE DE 3 JOURS
« La guerre des mondes »
Des Martiens envahissent le monde... c'est ce qu'Orson Welles fait croire aux Américains qui écoutent la radio en direct, le soir d'Halloween 1938. Un stage pour réaliser, avec de nombreux trucages, un film d'animation qui mêle les archives radiophoniques aux voix des participants.
Pour les 13-15 ans. Début de l'activité à 10h, fin à 17h

POUR LES 18/25 ANS
LES JEUDIS JEUNES
« Le rendez-vous des 18-25 ans et des étudiants. Chaque deuxième jeudi du mois, de 18h à 21h, la Cinémathèque rien que pour vous !
À l’heure où les musées ferment normalement leurs portes, profitez d’un accès, gratuit et réservé à l’exposition Orson Welles.
Le 8 janvier 2026, des étudiants de l’université Sorbonne Nouvelle assureront des temps de médiation culturelle au sein de l’exposition.
Programme complet sur cinematheque.fr »

1915 – 1939 : Wonder boy
1.1 : Voyage en Irlande
1.2 : La conquête de New York
1.3 : La Guerre des mondes
« La légende d'Orson Welles commence dès son plus jeune âge. »
« Excellent comédien, il perce en tant que metteur en scène lorsqu'il monte Macbeth à Harlem. »
« En 1938, son interprétation de La Guerre des mondes à la CBS met en émois les auditeurs américains. »
« Outre des archives et des photographies, dont certaines inédites, le visiteur peut découvrir les extraits des premiers essais de Welles acteur, Ainsi qu'une installation immersive rappelant l'évènement à la CBS, accompagnée des hommages d'autres artistes à cet évènement médiatique. »

2/ 1941 : Citizen Kane
2.1 : Au Cœur des ténèbres
2.2 : Citizen Kane, Citizen Hearst, Citizen Welles
2.3 : Film de légende
2.4 : Le train électrique de la RKO
« Souvent considéré comme le plus grand film de l'histoire du Cinéma, l'exposition revient sur le chef-d'œuvre Citizen Kane (1941), de sa genèse à son héritage. »
« L'exposition propose, au-delà d'un espace dédié à la production du film, un focus sur les critiques contemporaines au film et son héritage dans la pop-culture et, plus largement, au sein de l'histoire du Cinéma. »

3/ 1942-1958 : Le début des ennuis
3.1 : Avant-première à Pomona
3.2 : Une provocation iconoclaste
3.3 : Vain espoir de retour à Hollywood
« Cette séquence de l'exposition revient sur la période difficile du cinéaste lorsqu'il se voit attribuer le statut de "cinéaste empêché". Il a notamment perdu le contrôle créatif du film La Splendeur des Amberson (1942), après un visionnage désastreux en son absence. Il a par la suite provoqué Hollywood par la transformation audacieuse de Rita Hayworth, en blonde aux cheveux courts, dans la film La Dame de Shanghai (1948). »
« Dix ans plus tard, La Soif du Mal (1958), réalisé dans des circonstances improbables, devient son dernier film hollywoodien. »

4/ 1948 - 1968 : Star en Europe
4.1 : Shakespeare et moi
4.2 : Un air de triomphe
4.3 : Arkadin
« En parallèle de ses ennuis américains, la réception du travail d'Orson Welles est très différente en Europe où il jouit d'une grande popularité. Ce moment de l'exposition permet de découvrir ses différentes adaptations de Shakespeare (Macbeth, Othello, Falstaff), pour lesquels il conçoit costumes, décors et écritures. En 1948, il brille dans le Troisième Homme de Carol Reed, où son rôle iconique, accompagné du célèbre air de cithare, marque durablement son image publique. »

5 / 1969 - 1985 : Un souverain sans royaume
5.1 : Film essai, amour et magie
5.2 : La danse de l'ours
« Cette dernière partie de l'exposition se concentre sur les deux dernières décennies de la carrière d'Orson Welles, rythmées par ses innombrables apparitions à la télévision et ses interventions d'acteur dans des films. »
« Le visiteur pourra découvrir le caractère transformiste d'Orson Welles à travers une installation d'envergure présentant ses nombreux visages d'acteurs, parfois remodelés par le maquillage. En opposition à cette façon de se vendre sans jamais se donner, un écran interactif présentera une partie des films inachevés et des fragments d'une oeuvre arrachée aux lois du marché. En référence à son amour pour la magie, la sélection de chaque extrait se fait par l'interaction du public avec un rayon de lumière. »

par Frederic Bonnaud

« Exposer Orson Welles revient à déployer dans l’espace les méandres d’une vie placée tout de suite sous le signe de l’exception : un garçon doué de tous les talents, un jeune rebelle qui préfère l’aventure européenne (Irlande et Espagne) à une bourse pour Harvard, comète de Broadway et prince de la radio – comme interprète et adaptateur/metteur en ondes de génie –, jeune premier pressenti par Hollywood, avant que la RKO ne rafle la mise après le scandale de La Guerre des mondes et déroule le tapis rouge au débutant absolu. Acteurs (lui et sa troupe, le Mercury) et sujet de son choix, budget confortable, obtention du fameux final cut : Welles avait fait monter les enchères et finalement obtenu les pleins pouvoirs, soit l’impensable pour une industrie cinématographique qui appliquait la division du travail et avait la manie du contrôle à toutes les étapes de la fabrication.
Premier film d’un tout jeune homme déjà célèbre, comme le soulignait François Truffaut, film le plus attendu de son temps, menacé d’interdiction par son modèle principal (William Randolph Hearst, redoutable tycoon des médias et protecteur de l’adorable Marion Davies), immédiatement proclamé génial par certains et vilipendé par d’autres, souvent à la solde de Hearst, Citizen Kane réussit un prodige éternel, renouvelé à chaque vision et devant chaque nouveau public : le film ne déçoit jamais, alors qu’il n’a rien perdu de sa capacité à déconcerter. Le cinéma, le plus souvent, préfère sidérer et ne recule devant rien pour y parvenir, alors que Kane paraît se contenter de troubler pour mieux accomplir sa révolution et toucher aux fondements mêmes d’un art du spectaculaire partagé. Comment s’étonner alors que sa ressortie mondiale, en grandes pompes, de 1959, précéda de peu l’éclosion de la Nouvelle Vague ? Il y a des signes qui ne trompent pas : quand on remet Kane en route, ce sont soudain cent fleurs qui s’épanouissent.
Exposer Welles, c’est donc montrer, preuves à l’appui, qu’il avait déjà fait beaucoup de choses avant Citizen Kane, et que non, son œuvre ne s’est pas arrêtée là, même si, pour une fois, c’est le film qui finit par faire obstacle au nom, au lieu de l’inverse.
Citizen Kane reste au centre de tout, et se taille la part du lion dans une exposition qui se veut la plus complète et la moins inexacte possible. Pièce centrale du puzzle Welles, place forte du labyrinthe que constitue une filmographie de bric et de broc, presque insaisissable à force de versions différentes, de fragments et d’inachevés, Kane tient son rang de parfaite œuvre d’art, née sous les plus favorables auspices, mais qui contient aussi sa part maudite : autoportrait dépréciateur d’un visionnaire tyrannique, prophétie maléfique et autoréalisatrice, accomplie avec un tel alignement d’astres, si idéal, qu’il ne pourra jamais plus se reproduire. Et effectivement…
Exposer Welles revient alors à raconter comment il lui a fallu se réinventer, lui et son cinéma, après Citizen Kane, en prêtant sa marque et son prestige d’ange déjà déchu au gracieux Troisième Homme. Ou en inventant littéralement de toutes pièces un cinéma européen et indépendant d’après-guerre avec Othello, film aussi audacieux que Kane, absolument étranger au cinéma de son temps, avec pour seul viatique le plus grand écrivain du monde, ce Shakespeare que Welles comprenait mieux que personne, l’ami des comédiens et des ivrognes, qui a écrit définitivement les affres de la souveraineté et la cruauté de la trahison, et comment les Rois et les génies, surtout eux, sont appelés à côtoyer les gouffres de la défaite et du déshonneur.

Exposer Welles, c’est essayer de montrer comment un intellectuel américain gavé de Shakespeare et de Cervantès, qui cite Montaigne à tout propos et n’en finit pas de s’imprégner de Conrad, quand il n’adapte pas Blixen avant tout le monde et démontre que Kafka est l’un de ses intimes, ce qui n’allait pas de soi, est aussi un homme de spectacle jusqu’au bout des ongles. Un metteur en scène de théâtre qui va chercher Jules César pour parler du fascisme qui monte, et un magicien professionnel qui n’hésitera pas à couper en deux Rita Hayworth, alors son épouse, ou Marlene Dietrich, son amie pour la vie, pour distraire les soldats en permission à Los Angeles. Orson Welles est une multitude, one-man-band pour reprendre le titre du beau film d’Oja Kodar et Vassili Silovic, et quand il s’adonnait au dessin, à la peinture ou même à la sculpture (l’une des découvertes de cette exposition), ce n’était pas tout à fait en amateur, même s’il ne lui est jamais venu à l’esprit de monnayer ces talents- là, question de lucidité et aussi d’exigence. Les donner à voir permet de démontrer que ce littéraire, qui fut l’un des plus grands inventeurs de formes du XX e siècle, et l’un des monteurs les plus décisifs de toute l’histoire du cinéma, savait aussi penser avec ses mains d’artiste.
Exposer Welles permet aussi de raconter le roman d’une vie en même temps que tout un pan de l’histoire politique du siècle passé, en particulier américaine, ou comment les forces progressistes que Welles incarnait ont été combattues et chassées, avec le résultat final que l’on sait, le retour à une ploutocratie qui s’exhibe et se repaît d’elle-même.
Éditorialiste politique très marqué à gauche, homme des missions délicates pour Roosevelt, Welles sera finalement mort en plein reaganisme triomphant et on n’ose à peine écrire que Kane pourrait aujourd’hui s’intituler Trump. Ce serait trop simple, et surtout injuste pour Charles Forster Kane, infiniment plus séduisant et respectable que son lointain et monstrueux successeur – mais successeur quand même.
Exposer Welles, enfin, c’est tenter de faire la part des choses, entre la légende noire colportée par le conformisme déchaîné des contempteurs (« Pourquoi est-il devenu si gros ? Pourquoi n’a-t-il plus rien fait après Kane ? ») et la spirale négative des dernières années, quand Welles est devenu un avatar de lui- même, disséminé à travers la planète publicitaire, une présence massive et bienveillante, certes, mais réduite à la « danse de l’ours » sur les plateaux de télévision comme ultime existence publique, alors que les gammes filmées et les monologues face caméra s’accumulaient dans des garages à Los Angeles, où certaines bobines sont sûrement encore. Aux géniales paraboles des films, aux subtiles digressions qui en faisaient aussi le sel, succèdent les slogans publicitaires imbéciles et prétentieux. Heureusement que ce qu’on appelle la « pop culture » viendra le magnifier à nouveau, des Peanuts aux Sopranos, en passant par Theodore Roszak et son merveilleux thriller, La Conspiration des ténèbres, le meilleur livre jamais écrit sur le cinéma, avec « Orson » en guest star.
Exposer Orson Welles revient finalement à présenter tous les aspects d’une vie d’artiste en cinéma. En rendant hommage à celui qui est allé jusqu’à inventer un concept qui connaîtra un certain succès, celui d’Auteur de films. »

« Orson Welles, celui qui a tout changé »
Par Frédéric Bonnaud

« Citizen Kane (1941) n’est plus « le meilleur film de tous les temps », détrôné au classement de Sight and Sound depuis 2012, d’abord par Vertigo (Alfred Hitchcock, 1958), puis par une autre expérience cinématographique radicale qui révolutionna l’art de son temps et n’en finit plus de susciter la fascination : Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles de Chantal Akerman (1975).
Welles, Hitchcock, Akerman : le premier méprisait le second, et prétendait n’aimer que sa période anglaise, en particulier Les 39 Marches, le second s’en fichait comme d’une guigne, tandis que la troisième est née sous le signe de Godard et d’Antonioni avant d’inventer sa propre écriture filmique, faite de durées étirées et de savants dispositifs plastiques. Mais, comme tous les cinéastes modernes, et comme l’écrivit Jean- Luc Godard, elle aussi doit tout à Orson Welles, le premier à avoir affirmé – et de quelle façon ! –, la subjectivité souveraine de l’auteur de films, l’absolu primat de sa vision d’artiste, sur les recettes éprouvées de l’industrie du spectacle comme sur les habitudes paresseuses de ses clients.
Aujourd’hui encore, alors qu’on a plutôt tendance à prétendre que toutes les audaces et innovations de Kane ont été mille fois digérées et malaxées, jusqu’à faire partie imperceptiblement de la syntaxe dominante la plus banale, il suffit de montrer le film à de nouveaux spectateurs pour qu’un intact gouffre de sens s’ouvre sous leurs yeux ébahis : de quoi s’agit-il, au juste ? Qu’est-ce que je viens de voir et quelle est la signification de tout ça ?
Kane
n’a rien perdu de sa force subversive et profondément dérangeante, avec sa manière d’ordonner ses arabesques narratives autour d’un centre absent, introuvable, qui s’évide à mesure qu’on croit le remplir d’informations, de témoignages ou de faits avérés. Ce n’est pas seulement « Rosebud » qui restera mystérieux, vestige dérisoire au milieu d’un misérable bûcher de secrets ; c’est notre vie de spectateur, comme celles du grand homme et de ses comparses, qui file entre nos doigts sans qu’on parvienne à la sculpter à notre guise, malgré l’argent qui ruisselle, les plâtres académiques qui s’accumulent, les gens qu’on achète pour vous tenir compagnie et la fille du bateau qu’on n’oubliera jamais.
Au terme de l’enquête, rien que le vide, le néant, tout qui part en fumée, et le mouvement perpétuel du lavabo qui n’en finira jamais de se vider, puisque la mise en scène de la marche du monde (« News on the March ») ne saurait connaître le moindre répit. Le flux prime sur tout le reste. « Modernité » devient alors un mot vague et creux pour rendre compte d’une telle entreprise de mise en doute. De toutes les bornes milliaires de l’histoire du cinéma, Citizen Kane reste l’une des moins domesticables, sans doute parce que le film s’agite et se pavane, s’exhibe comme mouvementé et trépidant, alors qu’il revient sans cesse à son point de butée, son état de stase : tout ça n’a aucun sens, même si cette fois, ce n’est pas raconté par un idiot mais par toute la panoplie des puissances du faux. Le film réfléchit plus qu’il ne raconte, ne délivre aucune leçon, et tient finalement plus de la vanité picturale que de la grande fresque américaine à la gloire de l’esprit d’entreprise. « It’s Terrific! », promettaient les affiches de la RKO ; c’était surtout terrifiant d’accoucher d’un tel objet de pensée à propos d’un protagoniste bien réel et fort dangereux, membre éminent de la ploutocratie que le film mettait en pièces, William Randolph Hearst.
Embauché par Hollywood comme créateur d’événements après ses exploits martiens, Welles tint parole et la montagne n’accoucha pas d’une souris, c’est le moins qu’on puisse dire : un éléphant dans la pièce, que même Hearst et ses alliés durent renoncer à détruire. Mais il n’était pas censé remettre en cause aussi ouvertement le médium lui- même : faire du cinéma un instrument de pensée, enfin, et un moyen d’expression aussi libre et subjectif que les autres, rien que cela, pour la première fois de façon aussi ouverte et délibérée, flamboyante, en un mot. Si Citizen Kane est encore capable de déstabiliser le spectateur d’aujourd’hui, avec sa manie de poser des questions pour y répondre à côté ou pas du tout, Welles, lui, n’a vite plus supporté qu’on lui ressasse son coup d’essai/coup de maître, tant cela revenait à déconsidérer ses films suivants et finalement à l’accuser de déchéance. Comment s’étonner qu’un artiste aussi fêté, puis vite soupçonné de faillite, finisse par s’emparer du Procès (1962) pour en faire un autoportrait paranoïaque de l’artiste comme suspect idéal ?
Beaucoup de monde avait beaucoup de choses à lui reprocher, sans que l’accusation soit très claire, et la commande tombait bien, somme toute. Adaptateur de génie, Welles n’allait certes pas rendre Kafka séduisant et le film ne plut à personne, ou presque. Mais il put faire enfin ce qu’il voulait, à condition de jongler avec les contraintes, un art dans lequel il excellait, dans cette Europe pauvre mais foisonnante d’une véritable Renaissance cinématographique depuis la fin des années 50, avant de parvenir à l’accomplissement définitif. Ce fut Falstaff (1966), ultime chef-d'œuvre d’un cinéaste de 50 ans qui vécut mille vies, souffrit mille morts mais fit ses films malgré tout, rejetant avec dédain l’étiquette de cinéaste maudit ou empêché, lui qui avait été d’abord choyé comme personne, pour demeurer ce qu’il était devenu depuis Kane : un humble serviteur de son art préféré, au milieu de ses multiples talents et pratiques, qu’il lui fallait toujours pousser dans ses ultimes retranchements, afin de lui trouver des possibilités toujours nouvelles.
Comme s’il lui devait bien ça. Welles lui-même s’étonnait d’avoir duré aussi longtemps, tout compte fait. Cinéaste de la tension permanente et de l’extension des possibles, baroque-né tenu par une solide clé de sol classique, cet intellectuel en cinéma aura proposé rien de moins qu’une complète réinvention du spectacle cinématographique, moins fait du couple traditionnel action/identification au profit de la participation accrue d’un spectateur plus émancipé que jamais mais plus sûr de grand-chose. »

"This Is Orson Welles"
Le 4 juin 2017, Toute l'Histoire diffusa This Is Orson Welles"Génie incompris, ange déchu d'Hollywood, Orson Welles a marqué d'une pierre blanche le 20ème siècle. Mais comment parler de Welles sans tomber dans la surenchère ou la démesure ? Découvrez l'homme derrière le mythe à travers une interview rare de Welles et les témoignages exclusifs de ses admirateurs et ses proches. Martin Scorsese, Henry Jaglom, sa fille ainée Chris Welles ou encore ses amis de longue date, Peter Bogdanovich et le critique Joseph Mc Bride nous livrent un portrait intime de celui qui fit voler en éclat toutes les règles du cinéma américain. Du scandale de La Guerre des Mondes, aux années RKO jusqu'à son exil en Europe, Orson Welles revient avec humour et émotion sur ses erreurs, ses réussites, ses débuts sur scène ou son apprentissage du cinéma".

"Orson Welles à Essaouira"
Arte diffusa le 1er mai 2018 à 16 h 30, dans le cadre d'"Invitation au voyage" (Stadt Land Kunst), "Orson Welles à Essaouira / White Cliffs / Soho" (Orson Welles und Essaouira / White Cliffs / Soho), réalisé par Fabrice Michelin (39 min.) Linda Lorin "nous emmène à la découverte de trois lieux de notre patrimoine artistique, culturel et naturel. Dans ce numéro : Essaouira, la bonne fée d’Orson Welles - En Australie, White Cliffs surgit des sables - L’incontournable : à Londres, le quartier de Soho." "Au sud du Maroc, face à l’océan Atlantique, se dressent les remparts d’Essaouira. En 1949, dans un pays sous protectorat français, la ville s’appelle encore Mogador. Orson Welles vient y tourner son adaptation de l’Othello de Shakespeare. Le port, sa lumière et ses habitants vont nourrir l’âme du film de l’auteur de Citizen Kane."

"L'Andalousie d'Orson Welles"
Arte diffusa le 13 juin 2018 à 16 h 30, dans le cadre d'"Invitation au voyage" (Stadt Land Kunst), "L’Andalousie d’Orson Welles / Chili / Tel-Aviv" (Das Andalusien des Orson Welles / Chile / Tel Aviv). "Linda Lorin nous emmène à la découverte de trois lieux de notre patrimoine artistique, culturel et naturel. Dans ce numéro : L’Andalousie d’Orson Welles - Aux origines du Chili, les Indiens mapuches - L’incontournable : la plage de Tel-Aviv." "À la vie, à la mort : l’Andalousie d’Orson Welles. Tombé amoureux, à 17 ans, de l’Andalousie, région hédoniste et bouillonnante du sud de l’Espagne où il n’a cessé de revenir, le réalisateur de Citizen Kane a élu cette terre pour dernière demeure".

"Orson Welles, autopsie d'une légende"
Les 19 janvier 2019 à 21 h 30, 25 janvier 2019 à 0 h 15 et 31 janvier 2019 à 19 h 40, Histoire diffusa "Orson Welles, autopsie d'une légende" réalisé par Elisabeth Kapnist (France, 2015). "Personnage légendaire, le mythe personnifié du créateur, l’homme qui réinventa le langage théâtral et cinématographique à 24 ans. Cet homme aux mille visages se dérobe continuellement et se décline à l’infini : le moraliste, l’humaniste, le Don Juan, le bon vivant, l’Américain mais aussi l’apatride, le magicien, l’acteur, le cinéaste, l’homme de théâtre, le poète, et toujours l’enfant prodige en quête de lui-même. Mais qui se cache réellement derrière tous ces multiples visages ?"


Du 8 octobre 2025 au 11 janvier 2026
51 rue de Bercy. 75012 Paris
Tél. : 01 71 19 33 33
Lundi, Mercredi, Jeudi et Vendredi  : 12h-19h
Week-ends : 11h-20h
Fermeture les mardis
Visuels :
Affiche officielle 
Conception graphique : La Cinémathèque française / Mélanie Roero
Photo : Orson Welles, ¬1937, George Platt Lynes - Bernard Perlin Papers. Yale Coll. of American Literature, Beinecke Rare Book and Manuscript Library

Photogramme du Procès
1962
©1963-1984 Cantharus Productions N.V. – All rights reserved

Photogramme de Vérités et mensonges (F for Fake, 1973)
1973
Orson Welles © Les Films de l’Astrophore

Peinture à l’aquarelle du Dublin Gate Theatre, telle que montrée dans l’épisode 1 de l’émission télévisée « Orson Welles’ Sketch Book » de la BBC
Orson Welles
Avril 1955

Autoportrait au cigare
Orson Welles
Issu des collections personnelles d’Orson Welles et Oja Kodar
Collection des Archives d'État à Šibenik, Croatie

Orson Welles et Rita Hayworth dans La dame de Shanghai (1947) 
© 1948, renewed 1975 Columbia Pictures Industries, Inc.
All Rights Reserved. Courtesy of Columbia Pictures

Photo du tournage d’Othello
Alexandre Trauner
1950
Collection Didier Naert
© ADAGP, Paris, 2025

Portrait d’Orson Welles au cigare
Oja Kodar
Issu des collections personnelles d’Orson Welles et Oja Kodar
Collection des Archives d'État à Šibenik, Croatie

Carte de vœux de Noël à l’attention de sa fille
Orson Welles
© Estate of Orson Welles

Orson Welles et Rita Hayworth pendant la préparation de La Dame de Shanghai (1947)
1946
© Archive Photos via Getty Images


"La guerre des mondes selon Orson Welles" de Cathleen O'Connell
War of the Worlds, de Catherine O’Connell
Etats-Unis, 2013, 53 min
Produit par Cathleen O'Connell, Mark Samuels et WGBH EDUCATIONAL FONDATION
Sur Histoire TV les 25 juin 2021 à 00 h 00, 1er juillet 2021 à 10 h 55, 6 juillet 2021 à 11 h 05 et 16 juillet 2021 à 10 h 20
Sur Arte les 12 mai 2015 à 23 h 50, 25 mai 2015 à 3 h 10, 9 août 2016 à 1 h 15

"Orson Welles, autopsie d'une légende" réalisé par Elisabeth Kapnist

France, Compagnie des Phares et Balises, 2015
Sur Histoire les 19 janvier 2019 à 21 h 30, 25 janvier 2019 à 0 h 15 et 31 janvier 2019 à 19 h 40

"L’Andalousie d’Orson Welles / Chili / Tel-Aviv" par Fabrice Michelin
France, 2018
Sur Arte le 13 juin 2018 à 16 h 30

"Orson Welles à Essaouira / White Cliffs / Soho" réalisé par Fabrice Michelin
France, 2018, 39 min

"Le troisième homme" de Carol Reed

Grande-Bretagne, 1949, 101 min
Auteur  : Graham Greene
Scénario : Graham Greene
Image : Robert Krasker
Montage :  Oswald Hafenrichter
Musique :  Anton Karas
Producteur : Carol Reed
Production : London Film Productions
Réalisation : Carol Reed
Scénario : Graham Greene
Avec : Joseph Cotten (Holly Martins), Orson Welles (Harry Lime), Trevor Howard (Calloway), Alida Valli (Anna Schmidt), Ernst Deutsch (
le « baron » Kurtz), Bernard Lee (le sergent Paine)
Sur Arte les 28 septembre à 20 h 55, 30 septembre 2015 à 13 h 35, 26 mars 2023 à 23 h 35, 28 mars 2023 à 13 h 35
Sur arte.tv du 26/03/2023 au 01/04/2023
Le 2 décembre 2019, à 19 h 30, le Farband projeta "Le Troisième homme" de Carol Reed avec Orson Welles.
Visuels : © Studiocanal

1947, 54 min
Sur Arte les 10 mai à 20 h 45 et 15 mai 2015 à 2 h 50, 4 mars 2019 à 22 h 40 
Auteur : Sherwood King
Image : Charles Lawton Jr., Rudolph Maté, Joseph Walker
Réalisation : Orson Welles
Production : Columbia Pictures Corporation, Mercury Productions
Montage : Viola Lawrence
Scénario : Orson Welles, William Castle, Charles Lederer, Fletcher Markle
Producteurs : Orson Welles, Harry Cohn
Musique :  Heinz Roemheld
Avec Rita Hayworth, Orson Welles, Everett Sloane, Glenn Anders et Ted de Corsia

Othello, d'Orson Welles
Auteur : William Shakespeare
Image : Anchise Brizzi, G.R. Aldo, George Fanto, Oberdan Troiani, Alberto Fusi
Montage : John Shepridge, Jean Sacha, Renzo Lucidi, William Morton
Musique : Angelo Francesco Lavagnino, Alberto Barberis
Production : Mercury Productions, Les Films Marceau
Producteur/-trice : Walter Bedone, Patrice Dali, Rocco Facchini, Giorgio Papi, Orson Welles, Julien Derode
Réalisation : Orson Welles
Scénario : Orson Welles
Avec Orson Welles, Suzanne Cloutier, Micheal MacLiammoir, Robert Coote, Michael Laurence, Hilton Edwards, Fay Compton, Nicholas Bruce, Doris Dowling, Joseph Cotten, Joan Fontaine

Visuels : © Anchise Brizzi

107 min
Sur Arte le 11 mai à 20 h 50 et le 22 mai à 0 h 40 
Auteur : Whit Masterson
Image : Russell Metty
Montage : Walter Murch, Virgil Vogel, Aaron Stell
Scénario : Orson Welles
Réalisation : Orson Welles
Production : Universal-International
Producteur/-trice : Albert Zugsmith, Rick Schmidlin
Musique : Henry Mancini
Avec : Charlton Heston, Janet Leigh, Orson Welles, Victor Millan, Akim Tamiroff, Joseph Calleia, Marlene Dietrich et Zsa Zsa Gabor


Visuels :
Mr Arkadin de Orson Welles, 1954© Carlotta Films

© CBS Radio/Photofest, Inc., National Archives et Corbis pour War of the Worlds

Citizen Kane de Orson Welles, 1940 © Warner Classics

Orson Welles à la radio © DR

La Dame de Shanghaï : © Columbia Pictures et © Park Circus 

La Soif du mal. © Sherman Clark

Une histoire immortelle de Orson Welles, 1966 © Gaumont

Othello de Orson Welles, 1949 © Carlotta Films

Vérités et Mensonges de Orson Welles, 1973 © Documentaire sur Grand Ecran

Le Salaire du diable de Jack Arnold, 1957 © Universal

La Splendeur des Amberson de Orson Welles, 1941 © Théâtre du Temple

Le Troisième Homme de Carol Reed, 1949 © Studio Canal

Mr Arkadin de Orson Welles, 1954© Carlotta Films

Le Procès de Orson Welles, 1962 © Tamasa Distribution


Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié le 10 mai 2015, puis les 30 juillet et 24 septembre 2015, les 26 avril et 8 août 2016, 4 juin 2017, 2 mai 2018, 19 janvier et 2 décembre 2019, 23 juin 2021, 22 mars 2023.

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