samedi 28 septembre 2019

Stéphanie Zouari a été condamnée le 1er octobre 2019 pour "outrages et menaces de mort" par le Tribunal correctionnel de Bobigny


Âgée de 14 ans, Shana Tubiana avait fait une fugue à l'automne 2016 de la maison d’enfants d’Aulnay-sous-bois où elle avait été placée. Hospitalisée pendant deux semaines, sa mère Stéphanie Zouari l’a appris fortuitement. Elle a alerté diverses autorités, mais elle demeurait sans nouvelle de sa fille. En 2017, désespérée de constater tant d'inaction alors qu'elle a communiqué des informations précieuses aux enquêteurs, elle s'est emportée dans un commissariat de police. Le 1er octobre 2019, soit le 2e jour de Roch HaChana (Nouvel an juif), cette mère handicapée qui survit, avec ses enfants, avec 840 €/mois, a été condamnée par le Tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour "outrages à personnes dépositaires de l'autorité publique et menaces de morts" à verser 300 € à deux policières et à une amende. Des griefs démentis formellement  par Stéphanie Zouari qui a déploré des inactions étatiques persistantes. 

C’est en téléphonant à la maison d’enfants d’Aulnay-sous-bois que Stéphanie Zouari, Française juive handicapée par une grave maladie pulmonaire, a appris que sa fille Shana Tubiana « ne faisait plus partie des effectifs » et que la direction de cette maison avait déposé une déclaration de fugue le 31 octobre 2016, cinq jours avant cet appel téléphonique.

Alerte, disparition
Stéphanie Zouari s’est étonnée : « Depuis cinq jours, ma fille avait disparu, et nul ne m’avait prévenue. Ni la maison d’enfants, ni l’ASE (Aide sociale à l’enfance) !? »

La direction de cette maison lui a demandé de venir prendre les affaires de sa fille, car la maison devait quitter Aulnay-sous-bois pour s’installer à Villepinte.

"Laissez tomber !"
Depuis, Stéphanie Zouari a alerté le commissariat de police d’Aulnay-sous-bois et le Procureur de la République.

« Pourquoi la photo de Shana n’a-t-elle pas été diffusée ? Shana a 14 ans. Elle a été placée dans une maison de l'OSE (Oeuvre de secours aux enfants) à Saint-Maximin. Mais pourquoi n'y a-t-elle pas vu de psychologue ? Le directeur de cette maison m'avait dit : "On a dix psychologues. Mais on ne peut pas forcer un enfant à voir un psychologue". Shana a été renvoyée de cette maison, car elle faisait des bêtises. Depuis, la situation est devenue plus difficile. Où est Shana ? Elle est partie sans son téléphone portable, sans vêtements. Elle est influençable... J’ai alerté la semaine dernière Sammy Ghozlan, mais je n’ai pas de nouvelle », m'a confié Stéphanie Zouari, hospitalisée depuis deux semaines à l'automne 2016.

« On ne peut pas forcer une adolescente à revenir voir sa mère », « Laissez tomber », « On a tout essayé »... C'est ce qu'ont dit entre autres horreurs des dirigeants d'associations juives françaises sûrs du silence de médias juifs français. Une indifférence pour masquer leur faillite à s'occuper de tous les Juifs, et leur refus de les aider, a fortiori sans porter de jugement ? Le déni d'une vérité qui détonne dans leur tableau idyllique d'une "communauté juive française parfaite" ? Quid des (pédo)psy, éducateurs sociaux, assistantes sociales, etc. que ces organisations mettent en avant pour solliciter des dons ?

Le soir où j'ai publié cet article avait lieu, dans le cadre de l'Appel pour la Tsedaka, le Dîner des donateurs organisé par l'AUJF (Appel unifié juif de France) en présence de dirigeants des principales organisations juives françaises, de people... Tout un symbole.

Ce sont ces adolescents, et plus généralement ces jeunes Juifs qui risquent de mauvaises rencontres avec des prédateurs.

Un groupe humain qui se désintéresse de certains de ses jeunes n'a guère d'avenir.

Quelques jours après la publication de cet article, le compte Facebook de Shana Tubiana a été supprimé. On pouvait voir des photos d'une adolescente joyeuse.

Le 15 décembre 2016, Stéphanie Zouari a publié ce message sur son compte Facebook :
"Ce message et pour shana écoute shana sa suffit. Il faut rentrer maintenant depuis le 31 octobre je suis sans nouvelles de toi que ce passe t il.j espère que tu va bien que tu mange.à ta faim.je suis inquiète pour toi qui t heberge. Je veux s avoir apel moi.shana tous le monde t aime alors reviens tu ne va plus à l école depuis des mois .allez sa suffit shana rentre.maman qui t aime.repond moi..."
Vous pouvez appeler le 17 pour donner des informations sur Shana Tubiana.

Stéphanie Zouari a aussi écrit au Président de la République Emmanuel Macron. En vain.

Condamnation judiciaire
Le 22 juin 2017, Stéphanie Zouari s'est rendue au commissariat de police pour avoir des nouvelles de l'enquête qui piétinait alors qu'elle avait fourni des indices à la police : noms et numéros de téléphones portables de connaissances de sa fille, etc.

"J'avais téléphoné pendant un an et demi pour avoir des informations auprès des policiers. Parfois, on me raccrochait au nez", m'at-elle précisé lors d'un entretien téléphonique le 28 septembre 2019 au soir.

Selon Stéphanie Zouari, elle aurait reproché à la "police de n'avoir pas fait leur travail. Une policière m'a insultée et a critiqué ma fille. Elle m'a dit que ma "fille n'était pas prioritaire... On ne va pas mettre un GPS dans le cul de votre fille... Au lieu de vous raser la chatte, allez chercher votre fille". Elle m'a mise en garde à vue... La première convocation que j'ai reçue ne parlait pas de poursuites pour menaces", m'a confié Stéphanie Zouari les 9 janvier 2018 et 28 septembre 2019. Et elle a souligné qu'un témoin a assisté à cette scène.

Le 28 septembre 2019 au soir, elle a ajouté : "J'ai du dormir dans la cellule du commissariat de police des Lilas. J'en suis sortie le lendemain matin. Mon père, qui ne comprenait pas pourquoi j'étais retenue au commissariat, avait été mis en garde à vue pendant une heure"

En janvier 2018, Stéphanie Zouari a été convoquée devant le Tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour "injures et menaces de morts" envers des policiers.

Pour outrages à personnes dépositaires de l'autorité publique, elle encourait une peine de 6 mois d'emprisonnement ferme et de 7 500 euros d'amende (article 433-5 du Code pénal) et, pour menace de mort, trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende (article 433-3 du Code pénal).

Le mardi 1er octobre 2019, soit le 2e jour de Roch HaChana (Nouvel an juif), Stéphanie Zouari a comparu devant le Tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour "outrages à personnes dépositaires de l'autorité publique et menaces de morts". Elle était assistée par son avocat, Me Zenou, et devait bénéficier du témoignage d'une personne ayant assisté à la scène litigieuse. Mais son témoin n'a pas pu être entendu par le juge.

Les deux policières étaient absentes de l'audience. Elles étaient représentées par leur avocate.

Après avoir attendu tout l'après-midi, Stéphanie Zouari s'est défendue en soulignant son angoisse de mère, ses efforts pendant plus de deux ans pour rechercher sa fille - ses affiches qu'elle a placardées dans les cités, ses lettres au Procureur, etc. -, son étonnement qu'aucune des informations utiles communiquées à la police n'ait été exploitée, ses faibles ressources, sa maladie du poumon - sortant de sa dernière hospitalisation, elle a découvert que son domicile avait été cambriolé... Elle a reconnu s'être emportée, mais a nié avoir proféré la moindre insulte ou menace envers des policiers, et a réitéré les propos blessants des policières sur sa fille.

Le juge lui a déclaré que les policiers étaient "débordés de dossiers. Cela leur arrive de parler mal".

Il a condamné Stéphanie Zouari à verser 150 € à chacune des deux policières, à payer une amende et "les frais de dossier" !?

Stéphanie Zouari survit difficilement avec une indemnité pour handicapée d'un montant de 840 €/mois et élève ses quatre enfants mineurs. "Je tiens à ma fille. Je souhaite donner une éducation à mes quatre enfants avant de mourir, afin qu'ils soient autonomes... Je me suis défendue de mon mieux au Tribunal. Je ne comprends pas comment fonctionne la police. Je n'ai insulté et menacé personne. Je ne trouve pas normale cette condamnation. Mon compte bancaire est dans le rouge tous les mois. Comment vais-je payer ces 300 € et le reste ? Je suis déçue et révoltée par la France", a soupiré Stéphanie Zouari, le 1er octobre 2019, après la fin de la fête de Roch HaChana.

Quant au père de Stéphanie Zouari, absent de l'audience, il a été condamné à verser 200 € aux policières ?! Il perçoit une faible retraite.

Michaël Harpon, Antillais converti à l'islam depuis une dizaine d'années, âgé de 45 ans, travaillait depuis seize ans comme informaticien à la Direction du renseignement (DR) de la Préfecture de police de Paris. Sa supérieure hiérarchique était surprise qu'il ne salue plus ses collègues féminines. Le 3 octobre 2019, Michaël Harpon a assassiné avec un couteau en céramique quatre collègues a blessé grièvement une autre, puis a été tué par un policier-stagiaire. Qui menace qui ?

Le 26 septembre 2019, Le Parisien a publié l'article "Détention de cannabis : des sanctions très inégales en Ile-de-France" :
"Chaque parquet, ou presque, a son propre barème. C’est en Seine-Saint-Denis, département où plus de 8000 usagers de drogue ont été interpellés l’an dernier, que la justice est la plus tolérante... L'éventail de réponses pénales, qui va du simple rappel à la loi à une comparution au tribunal en passant par l'injonction thérapeutique ou l'amende, n'est pas appliqué partout de la même manière. Allons d'abord en Seine-Saint-Denis. Si le policier contrôle une personne avec 50 grammes de résine (l'équivalent d'une centaine de joints tout de même) et qu'il estime que c'est pour une consommation personnelle, que l'intéressé n'est pas un maillon actif du trafic, il pourra décider d'un rappel à la loi sans en aviser le parquet de Bobigny, au terme d'une procédure simplifiée. Et cela, même si l'acheteur s'est déjà fait arrêter deux fois auparavant pour la même chose. Rendons-nous ensuite 80 km plus au nord. A Compiègne, dans l'Oise, c'est le grand écart. Pour la même quantité et le même passif, c'est un déferrement au tribunal, avec une possible condamnation à la clé... A Paris, si vous vous faites contrôler pour la première fois, avec moins de dix grammes de cannabis, la police vous laissera repartir avec une convocation devant le délégué du procureur, pour un rappel à la loi. En prime, vous bénéficierez d'un stage d'une journée de sensibilisation aux dangers du cannabis, à vos frais, soit 120 euros. S'il est effectué dans le mois, l'affaire sera classée sans suite. Sinon, ce sera un nouveau rendez-vous au tribunal, cette fois pour une ordonnance pénale avec possiblement une amende plus onéreuse, qui figurera sur le casier judiciaire.
Juges et policiers seraient-ils plus ou moins bienveillants sur le cannabis ? « C'est une appréciation très empirique, le fruit d'un échange avec les membres du parquet, du département, sur la réalité du trafic », résume Jean-Baptiste Bladier, procureur de la République à Senlis. Les directives de politique pénale, élaborées par les procureurs, comme il en existe pour les délits routiers, par exemple, ont pour ambition d'assurer la cohérence de la réponse pénale au sein d'un territoire. A l'échelle régionale, les réalités sont trop différentes pour envisager une ligne directrice générale.
« Moi, j'ai la masse ! » justifie Fabienne Klein-Donati, procureure de la République à Bobigny (Seine-Saint-Denis), pas réputée pour sa langue de bois. « On poursuit rarement pour un usage simple, sauf si le délit est connexe à une autre infraction (participation au trafic, accident de la route, violences…) » ajoute-t-elle. Selon le parquet, où ces directives sont en place depuis 2015, 8000 à 9000 usagers de drogue, en grande majorité des fumeurs de cannabis, ont été interpellés l'an passé dans le département. La « masse » se constate aussi aux audiences de la 13e chambre correctionnelle du Tribunal de Bobigny, spécialisée dans les affaires de trafic de stupéfiants. Lorsque les affaires sont renvoyées, il faut parfois attendre près d'un an pour trouver une date dans l'agenda. Alors s'il fallait juger tous les usagers… Ces deux poids, deux mesures, ne sont pas – encore ? – un argument de vente pour les dealers qui font parfois leur publicité à même les murs, sur des tarifs préférentiels ou des ristournes selon les heures".
En janvier 2019, "sept hommes et une femme ont comparu devant la Cour d’assises de Bobigny pour une séquestration ultra-violente en lien avec un trafic de drogue international. La plupart ont été acquittés et étrangement, le verdict avait fuité dans la salle [avant d'avoir été énoncé publiquement]. Le président de cette Cour d’assises s’inquiète de la « difficulté de juger les criminels en Seine-Saint-Denis ».

"Cette affaire de corruption de jurés" a été révélée par Le Parisien qui le 9 septembre 2019 a publié des extraits de la "note interne qui accuse". Dans cette note du 13 février 2013, le Président de cette Cour d'assises Philippe Jean-Draeher, "près de trente ans de magistrature, alerte sur « une situation particulièrement inquiétante mettant en cause le fonctionnement de la justice ».

Le 18 janvier 2014, FranceInfo a publié l'article/vidéo "L'indemnisation des policiers pour "outrage à agents" coûte trop cher". "L'Inspection générale de l'administration (IGA) dénonce des abus dans un rapport remis au ministère de l'Intérieur. L'IGA s'inquiète dans un rapport que certains policiers victimes d'injures saisissent systématiquement et de manière répétée la justice afin d'obtenir, avec succès, des dommages et intérêts. Des sources judiciaires confirment un phénomène marginal, mais "parfois récurrent", avec "toujours les mêmes fonctionnaires et avocats", dans certaines juridictions. Le document mis en ligne en décembre 2013 sur le site du ministère de l'Intérieur traite de "l'évolution et la maîtrise des dépenses de contentieux à la charge" de l'Intérieur. Il évoque des "habitués de la protection fonctionnelle", à savoir des policiers, qui utilisent, comme ils en ont le droit mais de manière abusive, un avocat, afin de réclamer des dommages et intérêts pour les outrages et les injures dont ils s'estiment victimes. La mission de l'IGA recommande une "enquête exhaustive et fiable" sur ces "habitués", demandant par ailleurs que la hiérarchie veille au grain, comme le fait la gendarmerie où ce phénomène n'existe pas."

Le 2 avril 2019, FranceInfo a publié l'article illustré d'une vidéo "Police : le "business" de l'outrage à agents". "Certains policiers viennent arrondir leur fin de mois en demandant des dommages et intérêts", assure Émilie Berengier, avocate pénaliste. Un rapport de l'Inspection générale rendu fin 2013 dénonçait déjà cette pratique. "Le rapport parle d'habitués. Un policier avait déposé 28 dossiers. Avec a minima 300 euros de dommages et intérêts, ça commence à faire beaucoup", souligne-t-elle. Des frais de procédure coûteux pour l'État. Les frais d'avocats des agents sont pris en charge par l'administration. Un coût pour l'État de plus de 13 millions d'euros en 2012. Selon un représentant du syndicat Alliance Police, c'est "un procès d'intentions. Ce rapport est ancien et a été émis parce que ça coûtait trop cher à l'administration, pas parce que les faits n'existaient pas." Il y aurait à Paris cinq cabinets d'avocats spécialisés qui ne traitent que de ces délits d'outrage et de rébellion à agents. Selon les chiffres du ministère de la Justice, le nombre de plaintes pour outrages déposées par des agents de police est en baisse depuis deux ans. Mais le business des outrages existerait toujours."

Le 8 janvier 2018, le Journal télévisé (JT) de 20 h de France 2 a diffusé l'interview de Eric Mouzin, père d'Estelle Mouzin, disparue en 2003. "Quinze ans après, Eric Mouzin en a "ras-le-bol d'avoir été pris pour un con." Il "pense qu’on ne recherche plus" sa fille disparue. "Je n'ai plus aucune confiance", a confié Eric Mouzin qui attaque l'Etat pour "faute lourde".

"Quinze ans que sa fille Estelle a disparu en Seine-et-Marne. Quinze ans qu'il attend une réponse de la justice. En vain. Aujourd'hui, Eric Mouzin perd patience. "Je pense qu'on ne recherche plus vraiment Estelle, et qu'on ne fait que la gestion de dossier, lâche-t-il en exclusivité à France 2, lundi 8 janvier. Aujourd'hui, il n'y a ni schéma d'organisation de l'enquête, ni méthode, ni chronologie, ni liste de suspects, ni action engagée, ni échéancier. Il n'y a rien." Le père de famille a donc pris la décision "d'attaquer l'Etat pour faute lourde, pour mauvaise gestion" du dossier.

"J'en ai ras-le-bol d'avoir été promené, parfois instrumentalisé. Et c'est plus que de la colère. C'est de la rage. Et c'est aussi d'avoir été baladé, d'avoir été pris pour un con pendant toutes ces années", a déploré Eric Mouzin. Son "combat", explique-t-il, c'est celui "d'un père", "je n'imagine pas un père faire autre chose que ça." Eric Mouzin est très clair : "Je n'ai plus aucune confiance."  Avant d'ajouter : "Malheureusement, depuis quinze ans, je commence à être obligé de me faire à l'idée de ne jamais savoir. Surtout quand je vois les dysfonctionnements de l'enquête." Comme chaque année depuis quinze ans, Eric Mouzin organise une marche silencieuse, samedi 13 janvier, là où sa fille a été vue pour la dernière fois".


Eric Mouzin a le droit de critiquer, en ces termes, les dysfonctionnements de l'enquête sans être poursuivi en justice, mais pas Stéphanie Zouari. Pourquoi ?

Pourquoi les plaintes pour antisémitisme du Dr Lionel Krief ont-elles été classées sans suite ? Pourquoi les propos d'Eva Tanger se plaignant d'antisémitisme dans son immeuble auprès de policiers du commissariats du IVe arrondissement de Paris n'ont-ils reçu qu'indifférence de la part de ces agents ? Pourquoi aucun fonctionnaire n'a-t-il alerté le Procureur des documents suspectés d'être des faux et ayant servi de fondement à la condamnation inique des copropriétaires juifs français M. B. ?

J'ai interrogé le service de presse de Nicole Belloubet, garde des Sceaux, ministre de la Justice. Je publierai sa réponse dès réception.

Retours et départs de Shana
Le 13 novembre 2018, Stéphanie Zouari m'a informée que sa fille Shana revient souvent à leur domicile.


Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Cet article a été publié le 27 novembre 2016, puis le 10 janvier 2018. Il est resté plusieurs années en page d'accueil du blog.

vendredi 27 septembre 2019

Die Brücke. Aux origines de l'expressionnisme


Le musée des Beaux-arts de Quimper a présenté l’exposition éponyme sur un courant artistique avant-gardiste préfigurant l’expressionnisme. Plus de 120 œuvres Brücke-Museum (Le Pont) de Berlin au noir profond, aux couleurs pures, sensuelles, fortes, violentes d’artistes jugés « dégénérés » par les nazis. Le Palais Lumière d'Evian présente l'exposition "L’Expressionnisme allemand. Chefs-d’oeuvre de l’Aargauer Kunsthaus et du Osthaus Museum Hagen". 

Au temps de Klimt - La Sécession à Vienne
« Expressionismus & Expressionismi » - Berlin-Munich 1905-1920. Der Blaue Reiter vs Brüche 
Die Brücke. Aux origines de l'expressionnisme 
« Max Liebermann et les Impressionnistes français » de Grit Lederer

« Animés par la foi dans le progrès, la foi dans une nouvelle génération de créateurs et d’amateurs d’art, nous appelons toute la jeunesse à se regrouper et, en tant que représentants de cette jeunesse porteuse de l’avenir, nous voulons conquérir notre liberté d’action et de vie face aux forces établies du passé. Sont de notre côté tous ceux qui expriment directement et sincèrement leur élan créateur ». (Manifeste du groupe Die Brücke, 1906)

Vingt ans après la dernière exposition consacrée à Die Brücke (Le Pont), le musée de Grenoble se focalise sur ce mouvement artistique d’avant-garde.

Voici quelques mois, la Pinacothèque de Paris a présenté l’exposition « Expressionismus & Expressionismi - Berlin-Munich 1905-1920. Der Blaue Reiter vs Brüche » sur « deux courants fondateurs de l’expressionnisme allemand, Der Blaue Reiter (« Le Cavalier Bleu ») et Brücke (« Pont »), de leurs points de convergence, de leurs oppositions fondamentales – références intellectuelles ou sensibles - et de leurs rapports avec notamment, le fauvisme, la sculpture ou la musique ».

Un art libre et spontané
Dans l’empire allemand de Guillaume II, l’art officiel s’affiche conventionnel, académique. L’impressionnisme français y est introduit en 1898 par l’association Sécession berlinoise qui regroupe 65 artistes.

Die Brücke est fondé à Dresde en juin 1905 par Ernst Ludwig Kirchner et Fritz Bleyl, diplômés d’architecture, ainsi que Karl Schmidt-Rottluff et Erick Heckel.

Le rejoignent notamment Max Pechstein, Emil Nolde, Cuno Amiet et Otto Mueller.

En 1910, près de 70 membres – amis, collectionneurs, directeurs de musées, galeristes, etc. – adhèrent à ce groupe. La dissolution a lieu en 1913.


Contemporain du fauvisme, ce groupe rejette de l'art académique. Est influencé par Van Gogh, Munch et les arts primitifs. Traduit « dans un style aux couleurs éclatantes et au graphisme résolument outré le rythme trépidant de la vie, celui du monde des origines en communion avec la nature comme celui des grandes villes et de leur atmosphère enfiévrée ». Affectionne la gravure sur bois, liée à une tradition nationale médiévale, et les œuvres sur papier. « S'enthousiasment pour les objets africains et océaniens dont les qualités esthétiques et l'évocation d'une vie primitive en harmonie avec la nature les fascinent ». Cherchent à transcrire « l’être humain, son corps, ses relations avec l’environnement, urbain ou naturel ». Parcourent les rives des étangs de Moritzburg, au nord de Dresde, puis s’installent à l’automne 1911 à Berlin.


Die Brücke fonde « un art où l'expression directe des émotions prime sur le métier et l'esthétique. Couleurs pures et formes tourmentées sont au service de sensibilités exacerbées qui vont donner naissance à un style que l'on nommera par la suite l'expressionnisme ».


Choisie pour l’affiche et la couverture du catalogue : L’artiste Marcella (1910) d’Ernst Ludwig Kirchner. Fille d’un employé de la poste, Marcella Sprentzel est « assise sur un canapé, installée dans une attitude empreinte de nonchalance et d'ennui, qui traduit bien l'ambiance de liberté qui régnait dans l'atelier. Un chat blanc placé à ses côtés paraît comme un écho à sa position. L'apparente simplicité du tableau est trompeuse : le cadrage et la vue plongeante sont d'une grande audace. Rigoureusement construite à partir d'un ensemble de rayures et de lignes courbes et obliques qui dynamisent l'espace, l'œuvre acquiert une incroyable présence. L'harmonie de verts intenses, uniquement ponctuée par le rouge vif des pantoufles, le blanc du chat et le bleu d'une porte, domine la composition. L'originalité de cette toile, son audace et sa forte monumentalité en font un véritable chef-d'œuvre ».

Gravure sur bois, Fränzi allongée (1910) d’Erich Heckel aborde le nu en des couleurs pures– blanc, rouge, noir - et en un style mêlant l’art occidental à l’influence des masques primitifs (visage).

De Kirchner, le musée présente aussi A la terrasse du café (1914) inspirées des observations du peintre lors de ses promenades dans le Berlin à la vie nocturne animée. Un tableau opposant les tons beiges et rosés des vêtements élégants et des chairs au fond sombre et au style nerveux.


Nature morte aux fleurs (1908) de Cuno Amiet est offerte à Kisling, homme d’affaire et collectionneur qui, sur ses conseils, a acheté Deux fillettes peinte par Van Gogh en 1890 à Auvers-sur-Oise. Cette toile est le premier Van Gogh montrée en Suisse, pays d’origine d’Amiet. On aperçoit un fragment de ce tableau dans la partie supérieure de cette œuvre d’Amiet qui cerne de noir le bouquet de fleurs à la manière du cloisonnisme de Gauguin.


Maisons frissonnes I (1910) d’Emil Nolde représente sa campagne natale, au nord de l’Allemagne : « paysans dans leur quotidien, maisons pittoresques, écluses, moulins, fermes isolées, jardins rustiques ou encore plaines inondées ». Emil Nolde a peint ce tableau après son départ du groupe. « Collées les unes aux autres sous un ciel lourd, les Maisons frisonnes, brique rouge et toits de chaume, bordent une rue et probablement un canal. La barrière sur la gauche rappelle en effet les ponts de bois blanc qui enjambent les marais, peints à plusieurs reprises par l'artiste la même année. Les accords flamboyants de jaune et de rouge-orangé associés aux quelques notes de vert vif produisent une atmosphère quasi printanière, malgré la présence menaçante des nuages. La touche épaisse couvre toute la toile, posée en gestes dynamiques et vibrants. Par sa densité, elle traduit la rudesse du climat. et exprime les sentiments intimes de l'artiste, profondément attaché à cette région qu'il appelait » sa « patrie ».


Les nazis s’opposent à cet art : en 1934, ils saisissent 16 500 tableaux, sculptures, dessins et gravures dans les musées allemands. « Classés artistes dégénérés par le régime en 1937 », ces artistes sont « pour la plupart frappés d'interdiction de peindre, leurs œuvres confisquées, certaines détruites ».

Le 27 novembre 2016, Arte diffusa Les grands duels de l'art. Liebermann vs Nolde.


"L’Expressionnisme allemand. Chefs-d’oeuvre de l’Aargauer Kunsthaus et du Osthaus Museum Hagen"
Le Palais Lumière d'Evian présente l'exposition "L’Expressionnisme allemand. Chefs-d’oeuvre de l’Aargauer Kunsthaus et du Osthaus Museum Hagen". Cette "exposition réunit pour la première fois deux collections regroupant chacune des oeuvres d’une grande valeur issues de toutes les phases de l’oeuvre expressionniste en Allemagne de 1905 à 1937."

"Constituée d’environ 140 oeuvres parmi les plus importantes d’August Macke, Christian Rohlfs, Conrad Felixmüller, Cuno Amiet, Emil Nolde, Ernst Ludwig Kirchner, Erich Heckel, Franz Marc, Gabriele Münter, Karl Schmidt-Rottluff, Ludwig Meidner, Lyonel Feininger, Max Liebermann, Max Pechstein, Otto Mueller, Walther Bötticher et Wassily Kandinsky etc., l’exposition a pour ambition de faire découvrir les héritages et surtout les influences multiples de ces artistes, mais également celle de s’interroger sur l’histoire des avant-gardes artistiques."

"Le courant de l’Expressionnisme s’est développé au début du XXe siècle dans les régions germanophones. Dans la juxtaposition des couleurs, les formes abstraites et un éloignement par rapport aux formules imagées traditionnelles, la réalité est représentée en tant qu’expérience individuelle. En quête du paradis, les expressionnistes cherchent de nouveaux modèles de vie et d’identité et annoncent le retour vers une vie en harmonie avec la nature."


"Tiraillés entre le conservatisme de la société de l’époque, l’industrialisation galopante et le changement social qui en découle, ils remettent en question les systèmes existants et trouvent souvent leurs nouveaux modèles de vie au contact avec d’autres cultures."


Du 11 juillet au 8 octobre 2012
40, place Saint-Corentin. 29000 Quimper
Tél. : 02 98 95 45 20
Juillet, août, tous les jours de 10 h à 19 h. Septembre-octobre, ouvert tous les jours sauf le mardi de 9 h 30 à 12 h et de 14 h à 18 h.

Jusqu’au 17 juin 2012
5, place de Lavalette. 38000 Grenoble
Tel : 04 76 63 44 44
Du mercredi au lundi de 10 h à 18 h 30

Visuels :
Ernst Ludwig Kirchner
L’artiste Marcella, 1910
Huile sur toile
101 x 76 cm
Brücke-Museum, Berlin

Emil Nolde
Maisons frisonnes I, 1910
Huile sur toile
64 x 84 cm
Brücke-Museum, Berlin
(Stiftung Seebüll Ada Und Emil Nolde)

Erich Heckel
Fränzi allongée, 1910
Gravure sur bois en noir et rouge
23/20,7 x 40,5 x 41,6 cm
Brücke-Museum, Berlin
(Nachlass Erich Heckel, Hemmenhofen/ADAGP, Paris, 2012.)

Articles sur ce blog concernant :

Les citations sont extraites du dossier de présentation de l’exposition. Cet article a été publié le 16 juin, puis les 5 octobre 2012 et 25 novembre 2016. 

jeudi 26 septembre 2019

Chefs-d'oeuvre du Guggenheim. De Manet à Picasso, la Collection Thannhauser


L’Hôtel de Caumont-Centre d’art propose l’exposition « Chefs-d'oeuvre du Guggenheim. De Manet à Picasso, la Collection Thannhauser ». constituée par des galeristes juifs allemands épris d’art nouveau : Van Gogh, Manet, Degas, Cézanne, Braque, Matisse, Picasso... « Pour la première fois, des œuvres majeures issues de cette prestigieuse collection, ou ayant fait partie de son histoire, sort aujourd’hui du musée new-yorkais pour une exposition extraordinaire en Europe ».

« En collaboration avec The Solomon R. Guggenheim Foundation, New York, l’Hôtel de Caumont-Centre d’art présente un ensemble de chefs-d’œuvre impressionnistes, postimpressionnistes et d’avant-gardes du début du XXe siècle de la Fondation Solomon R. Guggenheim de New York ». L'exposition avait été présentée aux Etats-Unis sous le titre "Thannhauser Collection: French Modernism At The Guggenheim".

« Pour la première fois, près de 50 œuvres majeures issues de la collection Thannhauser, ou liées à son histoire, sont présentées en Europe dans une exposition itinérante commencée au Guggenheim de Bilbao. De Manet à Picasso en passant par Degas, Gauguin, Cézanne, Van Gogh, Braque et Matisse, ces chefs-d’œuvre retracent plus d’un demi-siècle d’activité en faveur de l’art moderne de la part de ces marchands d’art et collectionneurs parmi les plus influents et renommés d’Europe ».

« Depuis les années 1900, Heinrich Thannauser (1859–1935) et son fils Justin (1892–1976) ont été les mécènes, les amis et les promoteurs des artistes novateurs qui, entre la fin du XIXe et la première moitié du XXe siècle, ont bouleversé le panorama artistique occidental. Tout en constituant une collection prestigieuse, père et fils conçoivent un programme d’expositions remarquables dans leurs galeries de Munich, Berlin, Lucerne et Paris, mais aussi à New York, où Justin s’installe dans les années 1940 ». 

« Installé à New York, Justin Thannhauser s’affirme rapidement comme marchand d’art aux États-Unis. Sans successeur, dans les années 1960 Justin et sa deuxième épouse, Hilde, décident de léguer les œuvres principales de leur collection à l’institution fondée en 1937 par Solomon R. Guggenheim, dont ils partagent la philanthropie et l’esprit moderne. Depuis, elles constituent l’un des noyaux forts de cet important musée, où elles sont montrées dans une galerie qui porte le nom de leur légataire. Ce legs a enrichi considérablement le corpus d’oeuvres de Cézanne du musée new-yorkais, qui ne possédait auparavant qu'un seul tableau de l’artiste (L'Homme aux bras croisés, vers 1899) ». 

L'exposition « regroupe des œuvres emblématiques : des toiles majeures de Picasso telle que Le Moulin de la Galette (1900), prêt exceptionnel du Guggenheim, ainsi que des chefs-d’œuvre de Van Gogh et de Manet qui viennent de retrouver tout leur éclat, grâce à une campagne de restauration récente, mise en œuvre à l’occasion de cette exposition. Bibémus revient pour la première fois à Aix-en-Provence où il a été peint vers 1894-1895 ».

« Ces œuvres majeures de cette prestigieuse collection sont accompagnées par d’autres tableaux du Guggenheim qui, sans être issus du legs Thannhauser, ont fait partie de l’histoire de la galerie ou de la collection, dont ils permettent ainsi de compléter l’aperçu ».

L'exposition « est aussi l’occasion de retracer l’histoire des galeries et de la Collection Thannhauser y compris à travers des photographies, des livres d’inventaire et d’autres documents d’archives issus du fonds de la galerie, qui mettent en lumière les relations de la famille Thannhauser avec les artistes d’avant-garde, les collectionneurs et les marchands de l'époque ».

Commissaire de l’exposition, Megan Fontanella, diplômée en histoire de l’art de Dartmouth College et au Courtauld Institute of Art de Londres, est spécialisée dans l’art français de la fin du XIXe siècle et conservatrice au Solomon R. Guggenheim Museum de New York.

La collectin Thannhauser, joyau du Guggenheim
« Le legs Thannhauser constitue un moment essentiel dans l’histoire du Musée Guggenheim de New York. Première acquisition d’un fonds privé, il élargit considérablement l’étendue de ses collections. Axé notamment sur l’art abstrait, le musée ne comptait au début des années 1960 que quelques exemples d’oeuvres de la fin du XIXe siècle, comme les tableaux de Georges Seurat présentés dans cette salle ».

« En 1954, le premier Cézanne du musée, Homme aux bras croisés, avait fait sensation dans la presse lors de son acquisition menée par James Johnson Sweeney, alors directeur du Musée, pour la somme considérable pour l’époque de 97 000 dollars. Dix ans plus tard, la collection Thannhauser apporte en une seule fois quarante oeuvres impressionnistes, postimpressionnistes et modernes, soigneusement sélectionnées par leur qualité, dont quatre tableaux de Cézanne ».

« Je suis convaincu que ces soixante-quinze tableaux ont une unité que l’on ne trouve dans aucun autre musée, dira Justin Thannhauser à propos de l’ensemble légué au musée. Ils couvrent soixante-quinze à cent ans, et, pour moi, il y a continuité entre les uns et les autres ».

Moderne par vocation. La Galerie Thannhauser à Munich
« Lorsqu’en novembre 1909, Heinrich Thannhauser inaugure sa Moderne Galerie dans l’Arco-Palais au centre de Munich, il annonce qu’elle « s’intéressera à tout ce qui est frais, puissant, original : moderne dans le meilleur sens du terme ».

« L’exposition inaugurale présente environ deux cents oeuvres de peintres français et allemands, dont cinquante-cinq oeuvres impressionnistes, qui, rassemblées avec l’aide de Rudolf Meyer-Riefstahl à Paris, constituent le panorama le plus complet du mouvement jusqu’alors présenté à Munich ».

« L’art français de la fin du XIXe siècle aura toujours une place de premier plan dans les choix de la galerie, exposé à la fois dans les pièces intimes de l’appartement du dernier étage et dans l’atrium majestueux du rez-de chaussée, éclairé par la lumière zénithale. Les figures de femme d’Édouard Manet et de Pierre-Auguste Renoir, peintes avec fraîcheur et immédiateté, témoignent de l’attention que prêtent ces artistes à l’évolution des mœurs et des structures sociales de la culture française au tournant du siècle ».

« Cézanne, pour sa part, dépasse toute représentation conventionnelle de l’espace dans ses natures mortes et ses paysages peints aux environs d’Aix-en-Provence ».

« La sculpture n’est pas absente de ce panorama et, à côté d’Aristide Maillol, la galerie expose notamment les bronzes de Degas, qui n’avait jusqu’alors exposé qu’une seule sculpture de son vivant. En 1929, les Thannhauser acquièrent au marchand norvégien Walther Halvorsen plus de soixante sculptures de cet artiste ».

Bibémus, Cézanne
« Cézanne réalise de nombreux paysages représentant les carrières abandonnées de Bibémus, près de la Montagne Sainte-Victoire. L’artiste y loue un cabanon de 1895 à 1899 et se plaît à travailler dans la solitude isolée des carrières. Les couleurs vives de la région, surtout le grès rouge et le terrain rocailleux des carrières pleines de broussailles sauvages, influencent le style de plus en plus géométrique de l ’artiste. Pour la première fois, cette oeuvre si emblématique de la région, peinte aux alentours d’Aix-en-Provence, revient dans sa ville natale après plus d’un siècle et demi ».

Devant la glace, Manet
« Édouard Manet peint cette femme de dos en 1876. Le modèle est une célèbre courtisane, la maîtresse de l’héritier du trône hollandais. Cette peinture très intime, la représente dans un corset et le regard du spectateur est attiré sur cet habit. À l’instar de ses contemporains, les impressionnistes, Manet souhaite dépeindre toutes les facettes de la vie moderne, y compris le monde privé des plaisirs sensuels. Le peintre déclare : « le corset de satin est peut-être le nu de notre époque ». Peint dans un style très moderne, le tableau révèle les coups de pinceau libres et lâches, qui créent l’impression d’une image fugace ».

Femme en robe à rayures, Manet
« Une jeune femme pose pour Édouard Manet. À la mode, vêtue d’une robe à rayures et tenant un éventail japonais, elle dirige son regard vers l’extérieur du tableau. À la mort de Manet en 1883, cette peinture est restée inachevée dans son atelier. À partir de photographies et d’analyses scientifiques, l’oeuvre révèle que des touches de finition ont été par la suite appliquées et que la peinture a été coupée sur les côtés et rognée au sommet. On discerne également une épaisse couche de vernis, probablement appliquée sur sa surface afin de faciliter la vente de celle-ci à l’époque.  L’enlèvement progressif de ce vernis a permis de retrouver les coups de pinceau rapides d’origine si caractéristiques de l’oeuvre de Manet. Par ailleurs, les inventaires d’époque qualifiaient la robe de violette mais avant restauration, les rayures de la robe paraissaient presque vertes. Désormais, le tableau nettoyé révèle un profond bleu-violet. L’oeuvre est exposée pour la première fois en France depuis sa restauration achevée en 2018 ».

De père en fils. Les passions des Thannhauser 
« Capitale de la République libérale de Weimar, Berlin est dans les années 1920, une plaque tournante de la culture, ouverte sur les audaces artistiques et les modes de vie anti-conventionnels. Les Thannhauser y trouvent des conditions idéales pour développer leurs affaires. Justin Thannhauser commence par organiser une « exposition spéciale » (Sonderausstellung), en 1927, qui reçoit un accueil enthousiaste du public et de la critique ».

« Parmi les 263 oeuvres, l’exposition présente Montagnes à Saint-Rémy (1889), de Vincent van Gogh. Peint pendant la convalescence de l’artiste, il restitue sa vision subjective du paysage provençal par des touches épaisses et vibrantes. L’oeuvre est exposée aux côtés de Paysage enneigé (1888) de Van Gogh, montrée pour la dernière fois en France lors l’exposition de la galerie Thannhauser dans les années 1937-1940 ».

« En 1928, la galerie Thannhauser de Berlin accueille une grande rétrospective de Gauguin, avec pas moins de 230 oeuvres de l’artiste, empruntées dans des importantes collections publiques et privées ».

« Les choix de Justin pour la galerie de Berlin rappellent les premières passions de son père à Munich. C’est Heinrich qui avait organisé la première rétrospective de Van Gogh en Allemagne, en 1908, en collaboration avec le neveu de l’artiste avec qui il se lie d’amitié ».

« En 1910, la galerie de Munich avait aussi présenté une importante exposition de Gauguin, avec 26 oeuvres de l’artiste, dont Haere Mai (1891). Peint dans la lointaine Tahiti en 1891, ce tableau reflète l’idéalisation romantique d’un paradis pur et sans médiation qui séduit de nombreux européens au tournant du siècle ».

« Le Viaduc de Van Gogh montre un tunnel à côté du quai d’Asnières (aujourd’hui Asnières-sur-Seine), faubourg parisien où il rend souvent visite à son ami, l’artiste Émile Bernard. Une femme se promène dans l’ombre sous le viaduc, attirée vers l’autre côté par une lueur à peine visible. Des cheminées se voient au-dessus du pont ferroviaire, entouré d’une végétation luxuriante. Pendant cette période, la technique de Van Gogh est profondément influencée par des expositions d’artistes français liés à l’impressionnisme et au postimpressionnisme. En 2018, la Fondation Solomon R.Guggenheim entreprend un travail de restauration de l’oeuvre qui retrouve ses teintes colorées d’origine. L’oeuvre a été exposée en France dans la galerie Thannhauser de Paris à la fin des années 1930 ».

« Lorsque la galerie de Munich ferme en 1929, Justin poursuit ses activités à Berlin. La galerie de Lucerne, qu’il avait ouverte en 1920 avec son cousin Siegfried Rosengart, est désormais entièrement gérée par ce dernier ».

À l’affût de l'art moderne. JustinThannauser et ses amis
« En 1913, alors que les Thannauser prêtent des oeuvres à l’importante exposition new-yorkaise d’art moderne mieux connue comme Armory Show, la galerie de Munich organise l’une des premières grandes rétrospectives Picasso en Allemagne. Cette exposition, présentant des oeuvres de 1901 à 1912, marque le début d’une amitié durable entre l’artiste et Justin Thannhauser, auteur de la préface du catalogue. Ainsi, tandis que Heinrich Thannhauser consolide sa réputation à Munich, Justin affine son goût pour l’art moderne et s’intéresse aux artistes de la nouvelle génération ».

« Impliqué avec son père dans la Moderne Galerie dès ses dix-sept ans, Justin poursuit ses études à Berlin, Florence et Paris. Ses professeurs de philosophie et d’histoire de l’art sont des personnalités aussi éminentes qu’Henri Bergson, Adolph Goldschmidt et Heinrich  ».

« Son compagnon, le peintre allemand Rudolf Levy, est un proche d’Henri Matisse et des expatriés fréquentant le café du Dôme, à Montparnasse. C’est probablement par le biais de cette association dite des « Dômiers » que Justin se lie d’amitié avec des marchands importants de la scène parisienne, favorisant son positionnement au sein du réseau de galeries d’art moderne américaines et européennes ».

« À ces rencontres parisiennes on doit notamment l’exposition Matisse que Justin organise à Berlin en 1930. Préparée en collaboration avec l’artiste et comprenant 265 tableaux, sculptures, dessins et gravures, elle constitue la rétrospective la plus complète de Matisse réalisée jusqu’alors en Allemagne ».

Le Moulin de la Galette, Picasso
« Picasso a 19 ans lorsqu’il peint Le Moulin de la Galette (1900). Il s’agit de l’oeuvre la plus importante qu’il exécute au cours de son premier séjour à Paris, épicentre artistique de l’époque, où il est venu visiter l’exposition universelle. L’oeuvre reflète la fascination du jeune Picasso pour l’atmosphère bohème de la nuit parisienne. On remarque l’influence majeure de Henri Toulouse-Lautrec à la fois par le choix du sujet et par la composition. Les figures à gauche et à droite sont cadrées hors champ ce qui renforce l’impression d’instantanéité, à l’instar d’une photographie. Par la suite, le style de Picasso évolue rapidement d’une période plus naturaliste à sa mélancolique période bleue, suivie de la période rose, avant qu’il ne développe, avec Georges Braque, les lignes géométriques et les décompositions en aplats propres au cubisme ».

Du côté de l'avant-garde. Les jeunes artistes munichois et le Cavalier bleu 
« Au cours des années qui précèdent la Grande Guerre, le soutien que les Thannhauser apportent aux artistes émergents, tant munichois qu’étrangers, a joué un rôle essentiel dans l’éclosion des styles d’avant-garde. En 1909 et 1910, deux expositions lancent la Nouvelle Association des artistes munichois (NKVM), s’opposant ouvertement au conservatisme de la société et du marché de l’art allemand de l’époque. Les Thannauser prouvent ainsi leur ouverture d’esprit, alors que la critique la plus conservatrice qualifie les oeuvres exposées de Kandinsky, Münter et von Jawlensky d’« absurdités de fous incurables ».

« En 1911-12, la première exposition du Cavalier Bleu (Der Blaue Reiter) confirme la clairvoyance de la galerie. Chapoté par Kandinsky et Marc, ce groupe puise dans des sources aussi diverses que le fauvisme français, l’art nouveau, la culture populaire bavaroise et le folklore russe, encourageant un art libre de toute contrainte figurative, à la recherche de valeurs lyriques, symboliques et spirituelles. À côté des membres fondateurs du mouvement et dans l’esprit cosmopolite qui le caractérise, l’exposition fait aussi découvrir au public allemand des oeuvres d’artistes français comme Robert Delaunay et Henri Rousseau (ce dernier étant à l’époque déjà décédé) ainsi que d’autres artistes modernes européens. En 1914, les Thannhauser montent aussi la première grande exposition en Allemagne de Paul Klee, artiste suisse également associé au Cavalier bleu ».

« Kandinsky est un artiste central pour l’histoire du Guggenheim qui possède plus de 150 oeuvres de l’artiste. Kandinsky quitte la Russie, son pays natal, à l’âge de trente ans pour étudier la peinture à Munich, un des centres culturels de l’Europe à l’époque. Solomon Guggenheim s’est attaché à recueillir les oeuvres de l’artiste illustrant toutes les périodes de sa production. L’oeuvre La montagne bleue (1908-1909) de la collection Guggenheim a été exposée à la Galerie Thannhauser à Munich lors de la première exposition du Cavalier Bleu ».

« Le motif du cavalier dans ce tableau symbolise la croisade de l’artiste contre les valeurs esthétiques conventionnelles et son désir de créer un meilleur futur utopique par le pouvoir de transformation de l’art ».

« En 1911, la Moderne Galerie de Thannhauser à Munich organise la première exposition allemande de Klee. Dans Parterre de fleurs (1913), anciennement en dépôt dans les galeries Thannhauser, Klee dissimule le sujet naturaliste en utilisant des formes fragmentées et des juxtapositions de couleurs dissonantes – selon une tendance des avant-gardes qui prolifèrent en Europe dans les années précédant la Première guerre mondiale. Néanmoins, Klee finit par composer une oeuvre qui échappe aux catégories, renouvelant son style, sa technique et son sujet tout au long de sa carrière ».

De Paris à New York, les salons des Thannhauser 
« Dans les années 1930, la montée du nazisme et la crise économique affectent les affaires de nombreux marchands d’art. La galerie Thannhauser de Berlin ferme ses portes en 1937 et Justin s’installe avec sa famille à Paris, dans une charmante résidence, rue Miromesnil, décorée par les oeuvres de Monet, Degas et Braque. Après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, les Thannhauser s’installent finalement à New York en 1941 ».

« Bien que les tableaux restés en Allemagne sont détruits lors d’un raid aérien et le domicile parisien pillé pendant l’Occupation, d’autres oeuvres de la collection sont épargnées. C’est le cas de quatre-vingt-dix oeuvres mises en dépôt au Stedelijk Museum d’Amsterdam, ainsi que neuf tableaux en prêt depuis 1938 pour une exposition itinérante en Amérique latine et du nord ».

« Sans ouvrir de nouvelle galerie à New York, Justin Thannhauser continue à travailler en privé, conseille les acquisitions de musées et galeries et les assiste dans l’organisation d’importantes expositions. La maison où les Thannhauser s’installent en 1946, sur la 67e rue, devient un lieu de rencontre incontournable pour les cercles culturels cosmopolites de la ville. Parmi ses invités : des noms du monde de l’art, de la musique, du théâtre, du cinéma et de la photographie, tels que Leonard Bernstein, Louise Bourgeois, Henri Cartier-Bresson, Marcel Duchamp, Jean Renoir ou Arturo Toscanini. Le président et le directeur de la Solomon R. Guggenheim Foundation ainsi que Peggy Guggenheim font aussi partie de ce proche entourage ».

« Depuis New York, Justin voyage souvent en Europe et maintient ses contacts avec ses vieux amis. Il est notamment en lien avec Picasso, qu’il invite à séjourner à New York dans celle qu’il appelle sa « petite maison ».

Le Homard et le chat, Picasso
Après la mort de sa première femme, Käthe, en 1960, Justin Thannhauser se marie avec Hilde Breitwisch. À cette occasion, Pablo Picasso offre au couple Le Homard et le chat, de 1965. Une dédicace en rouge et en français est visible sur la toile : « Pour Justin Thannhauser, votre ami, Picasso. » L’oeuvre, réalisée avec humour, fait référence aux natures mortes du XVIIIe siècle tout en jouant avec le thème du tableau qui représente une confrontation réelle. Un chat à la fourrure brun foncé, à droite, fait face à une confrontation tendue avec un homard bleu brillant, à gauche. La palette, la composition et la peinture appliquée de manière vigoureuse créent un tableau animé : le chat est représenté le dos voûté, la queue relevée, la fourrure dressée et les yeux grands ouverts tandis que le homard, vu de haut, semble chanceler sur ses nombreuses pattes grêles ».

Thannhauser et Picasso, histoire d'une amitié
« Grâce au legs Thannhauser, plus de trente oeuvres de Picasso entrent dans les collections du Guggenheim. Couvrant une période de soixante-cinq ans, elles témoignent de l’amitié entre les deux hommes, de l’admiration que Justin Thannhauser a pour l’oeuvre de cet artiste mais aussi de son audace de collectionneur et de sa capacité de renouveler toujours son goût, au fil des époques ».

« Dans cette salle, trois majestueux portraits de femme correspondent à trois périodes et phases stylistiques très différentes dans l’oeuvre de Picasso. Inspirées par trois des muses et compagnes qui ont jalonné l’évolution de sa peinture (Fernande Olivier, Olga Khokhlova et Marie-Thérèse Walter), ces oeuvres montrent la variété de son style, qui puise avec liberté et maîtrise dans des références aussi diverses que l’art ancien, moderne et des avant-gardes ».

« Ainsi, tandis que l’aspect sculptural de la Femme dans un fauteuil (1922) est inspiré par la statuaire antique, Fernande dans une mantille noire (vers 1905), peinte plus de quinze ans plus tôt, montre l’apprentissage du fauvisme : malgré sa palette presque monochrome, la couleur est libérée de toute contrainte du dessin. La Femme aux cheveux jaunes, en 1931, dévoile encore un nouveau traitement de la surface et de la couleur. Dans ce portrait de Marie-Thérèse Walter, les contours curvilignes et les aplats aux couleurs vives marquent un renouveau radical dans la peinture de Picasso ».

Quand la collection devient musée. 60 ans au service de l'avant-garde
« À la fin de sa vie, Justin Thannhauser aura enduré la mort prématurée de ses deux fils, Heinz et Michel, ainsi que de sa première femme Käthe, en plus des pertes matérielles considérables que sa famille juive allemande avait connues en Europe pendant la guerre ».

« Après avoir vécu cinq cents ans en Allemagne, ma famille est maintenant éteinte – dit-il
- C’est pourquoi je souhaite faire don de ma collection ». En 1963, c’est par ce geste philanthropique, dit-il, que l’oeuvre de sa vie « trouve enfin son sens ».

« Après vingt-cinq années passées à New York, Justin et Hilde Thannhauser se retirent à Berne en 1971. Justin meurt à Gstaad, en Suisse, le 26 décembre 1976, à l’âge de 84 ans. La collection Thannhauser entre officiellement dans le fonds du Guggenheim en 1978. Hilde Thannhauser fera encore don de deux tableaux en 1984 et léguera dix autres oeuvres à la mémoire de son mari en 1991. Exposées dans une galerie du musée qui porte le nom de ses donateurs, elles continuent à rendre hommage au rôle joué par cette famille dans la défense et la promotion des artistes d’avant-garde pendant plus d’un demi-siècle ».

REPÈRES CHRONOLOGIQUES

1905 : Heinrich Thannhauser quitte son activité de tailleur et ouvre une galerie à Munich, la Moderne Kunsthandlung avec son ami Franz Josef Brakl, ancien chanteur d’opéra.

1908 : La Moderne Kunsthandlung présente la première rétrospective de Vincent van Gogh en Allemagne, en collaboration avec le marchand Paul Cassirer, la galerie Bernheim-Jeune et la succession de l’artiste.

1909 : Heinrich met fin à son association avec Brakl et ouvre la Moderne Galerie à Munich.
Son fils Justin, âgé de 17 ans, l’assiste dans ses affaires.
L’exposition inaugurale présente quelque 200 oeuvres d’artistes allemands et français.
La Galerie accueille la première exposition de la Nouvelle Association des artistes munichois (NKVM). Deux autres expositions du groupe suivent en 1910 et 1911.

1911 - 1913 : La galerie présente la première exposition du Blaue Reiter (Le Cavalier bleu), en 1911 et l’une des premières grandes expositions consacrée à Pablo Picasso en Allemagne en 1913. La même année, Heinrich Thannhauser prête des oeuvres à l’importante Exposition internationale d’art moderne de New York, mieux connue comme Armory Show.

1914 - 1917 : Lors du déclenchement de la première guerre mondiale, Justin est mobilisé.

Blessé, il rentre à Munich en 1916, décoré de la croix de Fer. En 1917, il épouse Käthe (ou Kate). Ils auront deux fils, Heinz (ou Henry), né la même année, et Michel, né en 1920.

1920 : À cause de la difficile situation politique et économique en Allemagne, Justin installe sa famille en zone neutre, en Suisse. Il ouvre une nouvelle galerie à Lucerne avec son cousin Siegfried Rosengart, ancien collaborateur de la galerie de Munich.

1921 : Justin retourne à Munich pour se rapprocher de son père atteint d’une grave maladie de la gorge. Il prend entièrement en charge la gestion de l’entreprise, tandis que Rosengart gère la filiale de Lucerne.

1926 : La galerie de Munich accueille une importante exposition Edgar Degas, présentant notamment des bronzes de l’artiste.

1927 : Avec l’ouverture d’un nouvel espace à Berlin, l’entreprise groupant les différentes galeries est rebaptisée Galerien Thannhauser.

1928-1930 : La galerie de Lucerne, complètement gérée par Rosengart prend désormais le nom de ce dernier. La galerie de Munich ferme en 1929 et Justin poursuit ses activités à Berlin.

En 1930, il organise l’exposition Matisse la plus complète réalisée jusqu’alors en Allemagne.

1933-1934 : Au printemps 1933, Justin loue un petit appartement à Paris, au 2, place des Pyramides. Un an plus tard, il participe au montage de deux expositions à la Galerie Müller à Buenos Aires, respectivement sur Degas et sur Picasso.

1935 : Heinrich Thannhauser meurt à Lucerne le 24 novembre.

1937 : En avril, les Thannhauser, d’origine juive, quittent l’Allemagne et emménagent dans leur nouvelle résidence-galerie au 35, rue de Miromesnil à Paris. La galerie de Berlin ferme ses portes à la fin de l’année. Un certain nombre d’oeuvres, restées en Allemagne dans l’entrepôt de Robert Haberling, seront détruites lors d’un raid aérien pendant la Seconde Guerre mondiale.

1938 : Justin transfère 90 oeuvres à Amsterdam en juin, pour les mettre en dépôt au Stedelijk Museum au cours de l’année suivante.

1939 : Neuf tableaux de Thannhauser sont expédiés de Paris pour une exposition itinérante en Amérique du sud, organisée par René Huyghe, conservateur des peintures au musée du Louvre (« La peinture française de David à nos jours »).

1940 : Le 14 juin, les troupes allemandes occupent Paris et les Thannhauser, en voyage en Suisse, sont contraints d’y rester. À la fin de l’année, ils embarquent à Lisbonne sur la Serpa Pinto à destination de New York, où ils arrivent 16 jours plus tard.
Leur domicile parisien est pillé, leurs biens sont emportés en Allemagne et les archives de la galerie munichoise perdues. Les oeuvres exposées en Amérique du sud, ne pouvant pas rentrer en Europe pendant la guerre, circuleront aux États-Unis jusqu’en 1946 et seront récupérées par les Thannhauser après la guerre.

1944 : Heinz Thannhauser, pressenti pour reprendre l’activité de son père, est enrôlé dans l’American Air Force. Il est tué lors d’une expédition pour la libération de la France.

1945-1960 : Frappé par ce deuil et inquiet pour la santé précaire de son cadet, Michel, Justin décide de ne pas ouvrir de galerie à New York. Il met aux enchères un grand nombre d’oeuvres de sa collection et continue d’effectuer des transactions d’oeuvres d’art depuis son domicile.

1962 : Après avoir perdu aussi son fils Michel, qui se suicide en 1952, et sa femme Käthe, décédée en 1960, Justin épouse Hilde Breitwisch.

1963 : Sans héritiers, il prend des dispositions pour léguer à la Fondation Guggenheim 75 oeuvres de sa collection privée, plus deux panneaux d’Édouard Vuillard. Dès 1965, ces oeuvres entrent en dépôt au Solomon R. Guggenheim Museum, présentées dans une salle du bâtiment new yorkais qui porte le nom de son légataire.

1976 : Justin K. Thannhauser meurt à Gstaad à l’âge de 84 ans. Sa collection entre officiellement au Guggenheim deux ans plus tard.

1984 : Hilde Thannhauser fait don au Guggenheim d’un Picasso et d’un Van Gogh et accepte de léguer 10 oeuvres supplémentaires. Elles entreront dans la collection du Guggenheim à sa mort, en 1991.


Du 1er mai au 29 septembre 2019
A l’Hôtel de Caumont-Centre d’art
3, rue Joseph Cabassol. 13100 Aix-en-Provence
Tél. : +33 (0)4 42 20 70 01
Ouvert 7 jours sur 7 de 10 h à 19 h (mai-septembre)
Visuels :
Georges Braque (1882-1963), Guitare, verre et compotier sur un buffet, début de 1919, huile et tempera (?), sable et fusain avec
graphite sur toile, 80,8 x 99,5 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, don Justin K. Thannhauser Foundation, par échange, 81.2821
© Adagp, Paris, 2019

Pablo Picasso (1881-1973), Nature morte : Fruits et pot, 22 janvier 1939, huile et peinture laque sur toile, 27,2 x 41 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, don Hilde Thannhauser, 84.3231
© Succession Picasso 2019

Paul Cézanne (1839-1906), Environs du Jas de Bouffan, vers 1885-1887, huile sur toile, 65,1 x 81 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, legs Hilde Thannhauser, 91.3907

Pablo Picasso (1881-1973), Jardin à Vallauris, Vallauris, 10 juin 1953, huile et peinture laque sur toile, 19,1 x 26,9 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, don Justin K. Thannhauser, 78.2514.64
© Succession Picasso 2019

Francis Picabia (1879-1953), Portrait de Mistinguett, vers 1908-1911, huile sur toile, 60 x 49,2 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, 66.1801 © Adagp, Paris, 2019

Georges Seurat (1859-1891), Paysannes au travail, 1882-1883, huile sur toile, 38,5 x 46,2 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Solomon R. Guggenheim Founding Collection, don, 41.713

Paul Cézanne, Homme aux bras croisés, vers 1899, Huile sur toile, 92 x 72,7 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, 54.1387

Robert Delaunay (1885-1941), La Ville, 1911, huile sur toile, 145 x 112 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Solomon R. Guggenheim Founding Collection, don, 38.464
Exposé à la Moderne Galerie Heinrich Thannhauser, Munich, lors de la première exposition du Blaue Reiter, 1911-1912

Paul Cézanne (1839-1906), Fiasque, verre et poterie, vers 1877, huile sur toile, 46,2 x 55,2 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, don Justin K. Thannhauser, 78.2514.3

Edgar Degas (1834-1917), Danse espagnole, vers 1896-1911 (fondu vers 1919-1926), Bronze, 40,3 x 16,5 x 17,8 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, don Justin K. Thannhauser, 78.2514.9 © David Heald

Paul Cézanne (1839-1906), Bibémus, vers 1894-1895, huile sur toile, 71,4 x 90,1 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, don Justin K. Thannhauser, 78.2514.6

Édouard Manet (1832-1883), Devant la glace, 1876, huile sur toile, 93 x 71,6 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, don Justin K. Thannhauser, 78.2514.27

Édouard Manet, Femme en robe à rayures, vers 1877-1880, Huile sur toile, 175,5 x 84,3 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, don Justin K. Thannhauser, 78.2514.28

Vincent van Gogh (1853-1890), Montagnes à Saint-Rémy, Saint-Rémy-de-Provence, juillet 1889, huile sur toile, 72,8 x 92 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, don Justin K. Thannhauser, 78.2514.24

Vincent van Gogh (1853-1890), Paysage enneigé, Arles, février 1888, huile sur toile, 38,3 x 46,2 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, don Hilde Thannhauser, 84.3239

Paul Gauguin (1848-1903), Haere Mai, 1891, huile sur toile de jute, 72,5 x 92 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, don Justin K. Thannhauser, 78.2514.16

Vincent van Gogh (1853-1890), Le Viaduc, Asnières, 1887, huile sur carton 32,7 x 41 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, don Justin K. Thannhauser, 78.2514.17

Pablo Picasso (1881-1973), Le Moulin de la Galette, Paris, vers novembre 1900, huile sur toile, 89,7 x 116,8 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, don Justin K. Thannhauser, 78.2514.34
© Succession Picasso 2019

Franz Marc (1880-1916), Vache jaune (Gelbe Kuh), 1911, huile sur toile, 140,7 x 189,2 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Solomon R. Guggenheim Founding Collection, 49.1210
Exposé à la Moderne Galerie Heinrich Thannhauser, Munich, lors de la première exposition du Blaue Reiter, 1911-1912

Henri Rousseau (1844-1910), Les Joueurs de football, 1908, huile sur toile, 100,3 x 80,3 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, 60.1583
Anciennement collection Justin K. Thannhauser

Vassily Kandinsky (1866-1944), La Montagne bleue (Der blaue Berg), 1908-1909, huile sur toile, 106 x 96,6 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Solomon R. Guggenheim Founding Collection, don, 41.505
Exposé à la Moderne Galerie Heinrich Thannhauser, Munich, 1914

Paul Klee (1879-1940), Parterre de fleurs (Blumenbeet), 1913, huile sur carton, 28,2 x 33,7 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, succession de Karl Nierendorf, acquisition, 48.1172.109
Anciennement en consignation dans les galeries Thannhauser

Georges Braque (1882-1963), Paysage près d’Anvers, 1906, huile sur toile, 60,3 x 81,3 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, don Justin K. Thannhauser, 78.2514.1 © Adagp, Paris, 2019

Claude Monet (1834-1917), Le Palais ducal vu de Saint-Georges-Majeur, 1908, huile sur toile, 65,4 x 100,6 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, legs Hilde Thannhauser, 91.3910

Pablo Picasso (1881-1973), Le Homard et le chat, Mougins, 11 janvier 1965, huile et peinture laque (?) sur toile, 73 x 92,1 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, legs Hilde Thannhauser, 91.3916
© Succession Picasso 2019

Pablo Picasso (1881-1973), Deux pigeons aux ailes déployées, Cannes, 16-19 mars 1960, huile sur toile, 59,8 x 73,1 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, don Justin K. Thannhauser, 78.2514.66
© Succession Picasso 2019

Pablo Picasso (1881-1973), Fernande à la mantille noire, Paris, vers 1905, huile sur toile, 100 x 81 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, legs Hilde Thannhauser, 91.3914
© Succession Picasso 2019

Justin et Hilde Thannhauser avec Harry Guggenheim, président de la Solomon R. Guggenheim Foundation, et une maquette montrant le projet d’aile Thannhauser au Guggenheim Museum, 1963 © Solomon R. Guggenheim Foundation, New York

Pablo Picasso (1881-1973), Nature morte : Compotier et cruche, 21-22 janvier 1937, huile et peinture laque (?) sur toile, 49,9 x 60,9 cm
Solomon R. Guggenheim Museum, New York, Thannhauser Collection, don Justin K. Thannhauser, 78.2514.61
© Succession Picasso 2019

Exposition «Masterpieces of Modern Art by courtesy of the Thannhauser Foundation», aile Thannhauser, Solomon R. Guggenheim Museum, New York, 30 avril - 3 octobre 1965 © Solomon R. Guggenheim Foundation, New York

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