jeudi 4 février 2021

Les Tudors


La Maison Tudor (1485-1603) est une dynastie royale britannique dont les cinq illustres membres sont : Henri VII, fondateur, Henri VIII, Edouard VI (l’enfant roi), Marie Ire (la Reine Sanglante), Elisabeth Ire (la Reine Vierge). Dans ce royaume, dont les Juifs avaient été bannis en 1290 et tolérés individuellement par des souverains, Shakespeare créa The Merchant of Venice (1596-1598). Dès le 6 février 2021, Arte diffuse une série documentaire sur Henri VIII.

La dynastie royale britannique des Tudors a régné de 1485 à 1603. 

"Les Tudors"
Le Musée du Luxembourg a présenté les portraits de cinq Tudors - Henri VII, fondateur, Henri VIII, Edouard VI (l’enfant roi), Marie Ire (la Reine Sanglante), Elisabeth Ire (la Reine Vierge) -, dynastie les Tudors, leurs relations avec la France et les mythes forgés sur eux.

De 1485 et 1603, a régné sur le trône d’Angleterre la dynastie populaire des Tudors. Cinq monarques - Henri VII (le fondateur de la dynastie), Henri VIII, Edouard VI (l’enfant roi), Marie Ire (la Reine Sanglante), Elisabeth Ire (la Reine Vierge) - qui ont « profondément marqué l’histoire de leur royaume: d’un point de vue politique, en lui conférant une position stratégique en Europe ; d’un point de vue religieux, en rompant avec l’Eglise catholique ; d’un point de vue culturel, en y accueillant la Renaissance » - venant d’Italie, de Flandres et de « contrées germaniques », des artistes ont rejoint la cour des Tudors et contribué à la représentation royale -, et dont la vie privée a contribué à leur légende. "C’est aux confins de toutes ces influences, dans un pays en pleine mutation, que se sont élaborées les formes originales de la Renaissance anglaise. Cette exposition est la première en France à être consacrée à ce sujet".

« Tout au long du XVIe siècle, les Tudors ont régné sur l’Angleterre et marqué profondément l’histoire de leur royaume. Le fondateur de la dynastie Henri VII met fin à trente ans de guerre civile. Son fils Henri VIII rompt avec l’Église catholique pour épouser Anne Boleyn. Avec Édouard VI et Marie Ire, le pays se déchire entre protestantisme et catholicisme. La dynastie connaît enfin son âge d’or avec Élisabeth et s’éteint avec cette « Reine vierge ». 

Cette exposition s’attache à leur histoire et à leur légende. Elle « dévoile l’image que ces cinq souverains ont voulu laisser à la postérité et dont se sont emparés après eux artistes, écrivains, compositeurs, au-delà même de leur propre royaume. Les portraits des Tudors, réunis pour la première fois en France, révèlent leur force symbolique et les formes originales de la Renaissance anglaise ». L’exposition réunit les portraits les plus emblématiques des cinq Tudors, ainsi que ceux de leurs conjoints ou de leurs prétendants, révélant « le faste de leur cour », ainsi que des objets intimes.

L’exposition "est l’occasion d’évoquer les rapports entretenus par la France et l’Angleterre tout au long du XVIe siècle. Souvent tendus, entre conflits ouverts et recherche d’alliances, ces liens sont à l’origine d’incessants échanges artistiques dans lesquels le portrait, la miniature en particulier, joue un rôle essentiel. Des oeuvres viennent ainsi rappeler quelques épisodes clefs dans l’histoire des relations diplomatiques entre ces deux pays : la rivalité d’Henri VIII et de François Ier ; leur rencontre au Camp du Drap d’Or ; les projets de mariage, non aboutis, d’Elisabeth avec l’un ou l’autre des fils de Catherine de Médicis ; sans oublier la menace que fait planer sur le règne d’Elisabeth la reine d’Ecosse, Marie Stuart, qui fut un temps reine de France…"

« L’exposition permet également d’explorer le mythe qui s’est construit autour de la dynastie en se nourrissant des excès qu’on leur a attribués et du contraste entre les multiples mariages d’Henri VIII et le célibat d’Elisabeth. Cette légende, toujours vivace au cinéma et à la télévision, prend racine dans la France du XIXe siècle qui découvre l’histoire de l’Angleterre, Shakespeare et Walter Scott. A la grande époque du genre historique, les Tudors font leur entrée parmi les oeuvres présentées au Salon. Mais c’est surtout sur la scène des grands théâtres parisiens que de fameux interprètes font revivre Henri VIII et ses épouses, Elisabeth et Marie Stuart, le temps d’une représentation, avec les pièces de Victor Hugo ou d’Alexandre Dumas, les opéras de Gaetano Donizetti ou de Camille Saint-Saëns. De la scène à l’écran, il n’y a qu’un pas que franchit Sarah Bernhardt en 1912, la première à incarner Elisabeth dans l’histoire du cinéma. »

« Tout au long du XVIe siècle, les Tudors ont régné sur l’Angleterre et marqué profondément l’histoire de leur royaume. Le fondateur de la dynastie Henri VII met fin à trente ans de guerre civile. Son fils Henri VIII rompt avec l’Église catholique pour épouser Anne Boleyn. Avec Édouard VI et Marie Ire, le pays se déchire entre protestantisme et catholicisme. La dynastie connaît enfin son âge d’or avec Élisabeth et s’éteint avec cette «Reine vierge». Cette exposition revient sur leur histoire et sur la légende qui leur est associée. Elle dévoile l’image que ces cinq souverains ont voulu laisser à la postérité et dont se sont emparés après eux artistes, écrivains, compositeurs, au-delà même de leur propre royaume. Les portraits des Tudors, réunis pour la première fois en France, révèlent leur force symbolique et les formes originales de la Renaissance anglaise ».

Une dynastie, une légende
« Aujourd’hui le nom des Tudors évoque dans l’imaginaire un grand sujet cinématographique. Récemment, les films de Shekhar Kapur avec Cate Blanchett sont venus enrichir et renouveler le mythe qui entoure Élisabeth. »
« Le succès international de la dynastie sur les écrans remonte au début du XXe siècle et doit beaucoup aux arts de la scène. Pour preuve, le premier long métrage sur Élisabeth, avec Sarah Bernhardt dans le rôle-titre, est fondé sur une pièce de théâtre, montée à Paris en 1912. Ce film, pionnier à plus d’un titre, raconte les amours contrariées d’une reine vieillissante pour le turbulent Robert Devereux, le jeune comte d’Essex. »
« L’intérêt des Français pour le thème des Tudors date du XIXe siècle et des années romantiques. Il participe d’un engouement général pour l’histoire et pour l’Angleterre. Hors norme dans des extrêmes opposés, les vies privées d’Henri VIII et d’Élisabeth, excitent la curiosité. Les victimes innocentes de leur politique ou de leur sentiment deviennent dès lors les protagonistes d’un véritable drame historique. Le désespoir d’Anne Boleyn emprisonnée dans la Tour de Londres est ainsi représenté par le peintre Édouard Cibot avec autant d’importance qu’un grand évènement historique. Mais, dans cette légende, toujours vivace, quelle est la part du vrai ? »

Henri VII (vie : 1457-1509 ; règne : 1485-1509)
« … Dieu en ce jour l’appointa, 
Car ce fut fait miraculeusement ».
Les Douze Triomphes de Henri VII,
Bernard André, poète officiel de la cour d’Henri VII

« Henri Tudor, le premier monarque de la dynastie, s’empare du trône en 1485 à l’âge de vingt-huit ans à l’issue de la bataille de Bosworth. Sa victoire met fin à la guerre des Deux-Roses : avec lui, les Lancaster l’emportent sur le roi Richard III et sur les York. »
« Le règne d’Henri VII apporte enfin au royaume l’ordre et la stabilité, mis à mal par trente ans de guerre civile. Quoique prudent et économe, Henri VII n’hésite pas à financer des édifices prestigieux et des tournois qui glorifient sa cour et légitiment son autorité. En 1486, tout le pays fête la naissance de son premier fils, Arthur. Mais la mort soudaine du prince en 1502 reporte tous les espoirs de la dynastie sur ses enfants plus jeunes : Margaret, Henri et Marie ».

Henri VIII (vie : 1491-1547 ; règne : 1509-1547)
« … toutes les richesses du monde ne seraient suffisantes pour satisfaire et
contenter son ambition »
L’ambassadeur de France, Charles de Marillac

« Le jour de son avènement en 1509, Henri VIII a dix-sept ans. C’est un jeune homme de stature athlétique qui incarne pour ses contemporains, le type idéal du prince chevalier. Henri VIII affiche à l’étranger ses ambitions et dans son royaume son caractère impitoyable. Ses proches sont conscients de sa nature capricieuse. Thomas More, exécuté en 1535 pour avoir refusé de reconnaître le roi comme chef de l’Église d’Angleterre, avertit un courtisan en ces termes : « C’est comme de jouer avec un lion domestiqué, c’est souvent sans dommage, mais tout aussi souvent le dommage est à craindre. Il rugit souvent de rage sans raison apparente et soudain le jeu devient mortel. »
L’Angleterre et la France sous Henri VIII
Au XIVe siècle, les prétentions des rois d’Angleterre au trône de France ont déclenché la guerre de Cent Ans. Henri VIII est tenté de réactiver ces anciennes querelles. Il lance même plusieurs campagnes militaires sur le continent. Mais dans l’ensemble, sous son règne, les deux royaumes s’efforcent de maintenir une paix durable. Les relations entre la France et l’Angleterre sont toutefois marquées par la rivalité, presque personnelle, qui s’affirme entre Henri VIII et François Ier. L’âge les rapproche et l’ambition les oppose. Chacun cherche à impressionner l’autre par sa splendeur. Cette compétition atteint son paroxysme en 1520, lorsqu’ils se rencontrent au Camp du Drap d’or pour célébrer le traité de paix universelle signé à Londres deux ans plus tôt. A plusieurs occasions, les deux rois s’allient pour faire front contre un ennemi commun, l’empereur Charles Quint.
Henri VIII et Catherine d’Aragon
Henri rencontre Catherine d’Aragon pour la première fois en 1501 lorsqu’elle épouse son frère aîné, Arthur. La mort soudaine du jeune prince, l’année suivante, plonge Catherine dans des années d’incertitude à la cour d’Angleterre. Mais Henri prend la décision d’épouser sa belle-sœur lorsqu’il monte sur le trône en 1509. Ils règnent ensemble sur l’Angleterre plus de vingt ans. Ils ont de nombreux enfants, mais seule leur fille Marie survit. Henri a désespérément besoin d’un fils. Impatient, il en vient à douter de la légitimité de son mariage avec la veuve de son frère. Dieu le punirait en le privant de descendance masculine. Le pape refuse d’annuler leur union. Henri rompt alors avec l’Église catholique et investit les évêques d’Angleterre du pouvoir d’invalider le mariage. Henri peut enfin épouser Anne Boleyn en 1533. Catherine est bannie de la cour et séparée de sa fille. Mais jusqu’à sa mort, en 1536, elle se considère reine.
Henri et ses femmes, entre l’histoire et la légende
La renommée d’Henri VIII est indissociable de sa vie matrimoniale. Au-delà de leur nombre, ses mariages restent dans les mémoires pour le drame et le fracas qui entourent leur rupture. Catherine d’Aragon, répudiée. Anne Boleyn, exécutée. Jeanne Seymour, morte en couches. Anne de Clèves, éconduite à peine épousée. Catherine Howard, décapitée. Seule Catherine Parr tire son épingle du jeu en apportant à Henri un peu de stabilité.
Il ne subsiste pas pour toutes les femmes d’Henri VIII des portraits effectués de leur vivant et identifiés avec certitude. Mais la fascination qu’exerce sur l’imaginaire ce « tableau de chasse » pousse les artistes des siècles suivants à combler cette lacune. Au XIXe siècle, l’illustrateur français Achille Devéria les réunit ainsi dans une série d’estampes. Seule la représentation d’Anne de Clèves correspond à une réalité historique. Pour celle-ci, Devéria pouvait prendre pour modèle le portrait de la jeune femme peint par Hans Holbein le Jeune, aujourd’hui conservé au musée du Louvre.

Édouard VI
(vie : 1537-1553 ; règne : 1547-1553)
« Quel roi aurait eu l’Angleterre s’il avait plu à Dieu de lui accorder l’âge de son père ? »
Richard Morison à la mort d’Édouard VI
« Fils d’Henri VIII et de sa troisième épouse Jeanne Seymour, Édouard n’a que neuf ans lorsqu’il devient roi en 1547. Guidé par son oncle Edward Seymour, duc de Somerset, puis par John Dudley, duc de Northumberland, Édouard VI s’efforce durant son règne d’asseoir le protestantisme en Angleterre. Pour éviter l’accession au trône de sa demi-sœur la très catholique Marie, il l’écarte de la succession, en même temps qu’Élisabeth, au profit de Jane Grey, sa cousine protestante. Il meurt au début de l’année 1553, à l’âge de quinze ans. Après lui, Jane Grey ne règnera que neuf jours. »
L’Angleterre entre Réforme et catholicisme
Le XVIe siècle est une époque de profondes mutations religieuses à travers l’Europe. Au début de son règne, Henri VIII est un souverain catholique auquel le pape Léon X décerne le titre de « Défenseur de la foi ». Il n’empêche qu’Henri finit par s’octroyer celui de chef suprême de l’Église d’Angleterre. Sous Édouard VI, la Réforme s’affirme comme religion officielle. La catholique Marie Ire ramène par la suite le royaume sous l’autorité du pape. Mais la restauration ne dure que les quelques années de son règne. Après sa mort, son intransigeance est opposée au compromis prôné par la protestante Élisabeth en matière de religion. Sous le règne d’Élisabeth, la réputation des deux demi-sœurs se construit l’une contre l’autre, non sans une certaine partialité. Marie devient « la sanglante », et Élisabeth, celle qui ne cherche pas à « ouvrir des fenêtres dans le coeur des hommes » et laisse à chacun le choix de ses propres croyances. »

Marie Ire
(vie : 1516-1558 ; règne : 1553-1558)
« Elle était reine, et au même titre roi. »
L’évêque John White aux funérailles de Marie Ire
« Fille d’Henri VIII et de Catherine d’Aragon, Marie est dès son plus jeune âge un pion dans le jeu diplomatique, car son futur mariage est en mesure sceller une alliance avec une autre puissance. Mais la séparation de ses parents ruine son avenir et la plonge dans l’isolement pour plusieurs années durant lesquelles elle ne cesse de revendiquer sa foi catholique. Après la mort d’Édouard VI, elle reçoit le soutien d’une grande partie de la noblesse anglaise. Elle est proclamée reine, le 19 juillet 1553, treize jours après le décès de son demi-frère. Sa devise « Vérité, fille du temps » témoigne de la lutte, âpre et longue, qu’elle a menée pour faire valoir ses droits légitimes à la couronne.
Marie a trente-sept ans lorsqu’elle est couronnée reine d’Angleterre : c’est la première femme à gouverner le royaume. Elle restaure le catholicisme. Mais c’est surtout son mariage avec Philippe II d’Espagne qui déclenche une forte hostilité à son égard, l’ingérence d’un prince étranger étant redoutée. »

Élisabeth Ire
(vie : 1533-1603 ; règne : 1558-1603)
« Cela me suffira qu’une plaque de marbre déclare qu’une reine, ayant régné tant de temps, vécut et mourut vierge. »
Élisabeth Ire au Parlement
« Fille d’Henri VIII et d’Anne Boleyn, Élisabeth monte sur le trône à l’âge de vingt-cinq ans, après la mort de sa demi-soeur Marie en 1558. La jeune reine sait s’entourer de conseillers habiles, tels que William Cecil, qui l’aident à rétablir l’Église d’Angleterre. Au cours de ses longues années de règne, le royaume devient une grande puissance maritime et connaît en littérature un essor qui marque pour toujours la culture anglaise. Elle meurt sans nommer de successeur. Son cousin le roi d’Écosse, Jacques Ier, fils de Marie Stuart, monte alors sur le trône d’Angleterre et devient le premier « roi de Grande-Bretagne ».
Élisabeth et ses prétendants
« Restée célibataire, Élisabeth est célébrée comme « la Reine vierge ». Elle apprécie pourtant la compagnie des hommes. Sa cour favorise l’ascension d’hommes de valeur, souvent séduisants. Robert Dudley qu’elle fera comte de Leicester, est le seul Anglais qu’elle envisage de prendre pour époux. Mais ses conseillers, craignant que l’union de la reine à un simple sujet ne la discrédite, l’en dissuadent. Ils défendent en revanche l’idée d’un mariage avec un prince étranger, profitable au royaume. Des pourparlers s’engagent en vue d’une alliance avec Éric XIV de Suède, avec les archiducs Ferdinand et Charles d’Autriche, avec les fils de Catherine de Médicis, Henri duc d’Anjou et Hercule-François duc d’Alençon. Les portraits jouent un rôle clef dans toutes ces tractations, mais Élisabeth tergiverse et finalement n’en choisira aucun. »
Élisabeth, la France et Marie Stuart
« La politique étrangère d’Élisabeth est dominée par les relations avec la France. À plus d’un titre, seule Catherine de Médicis, épouse d’Henri II, reine mère et régente, peut soutenir en Europe la comparaison avec elle. Les deux femmes entretiennent des relations cordiales dans l’intérêt de leur royaume. Leur entente n’est qu’en partie entachée en 1572 par l’indignation que soulève en Angleterre le massacre de la Saint-Barthélemy.
Une troisième reine vient pourtant s’immiscer dans les rapports diplomatiques entre la France et l’Angleterre : Marie Stuart, reine d’Écosse. Apparentée à la famille ultra-catholique de Guise, elle est la bru de Catherine de Médicis par son mariage avec François II qui règne brièvement sur la France entre 1559 et 1560. Petite-fille de Margaret Tudor, elle est surtout la cousine d’Élisabeth. En tant que parente la plus proche, elle représente un véritable danger dans une Europe catholique qui ne reconnait pas de manière unanime la légitimité d’Élisabeth sur le trône d’Angleterre. »

Sous les feux de la rampe
« La vie des Tudors réunit tous les ingrédients d’une bonne intrigue. Dès le début du XVIIe siècle, les écrivains, dont Shakespeare, en perçoivent la dimension dramatique. Au XIXe siècle, elle devient l’objet de mélodrames à grand spectacle où se mêlent sur fond d’histoire désir et devoir, justice et trahison. Les femmes d’Henri VIII et les favoris d’Élisabeth se retrouvent sous les projecteurs en position de victime. À ceux-là, s’ajoutent Lady Jane Grey, reine de neuf jours, et Marie Stuart, reine d’Écosse, toutes deux arrière-petites-filles d’Henri VII, décapitées sur l’échafaud.
Le thème inspire les meilleurs représentants de la littérature française et de l’opéra italien : Hugo et Dumas, Rossini et Donizetti… En consacrant quatre opus à l’Angleterre des Tudors, dont le célèbre Anna Bolena, Donizetti peut même être considéré comme le premier inventeur d’une « série » sur les Tudors. À Paris, au XIXe siècle, autour des Tudors, un dialogue se noue entre la peinture et la scène, avec des artistes attentifs à l’actualité théâtrale comme Paul Delaroche et Eugène Devéria. Parfois ce sont eux qui donnent le ton au spectacle. Ainsi les oeuvres de Delaroche se transforment-elles sur les planches à plusieurs reprises en véritables tableaux vivants.
De Walter Scott à Victor Hugo
Au début du XIXe siècle, les Français découvrent avec passion les romans de Walter Scott qui les plongent au cœur de l’histoire et de l’Angleterre. Deux d’entre eux se déroulent sous le règne d’Élisabeth : L’Abbé (1820) qui raconte l’évasion de Marie Stuart du château de Loch Leven et Kenilworth (1821). L’intrigue de ce dernier, inventée de toutes pièces, a pour objet le mariage secret du comte de Leicester avec Amy Robsart et se dénoue sur la fin tragique de la jeune femme, victime d’un piège qui la précipite sans vie au pied d’un escalier. À peine traduites en français, les oeuvres de Scott sont adaptées pour les scènes parisiennes. Victor Hugo s’en empare pour livrer l’une de ses premières créations théâtrales, Amy Robsart, en 1828. Cette pièce, pour laquelle Eugène Delacroix dessine les costumes, est un fiasco et ne sera publiée qu’après la mort d’Hugo. Les Tudors demeurent néanmoins pour l’écrivain une source d’inspiration de drame romantique, comme en témoigne quelques années plus tard sa célèbre Marie Tudor.
L’héritage de Shakespeare
Shakespeare apparaît comme l’un des principaux acteurs de l’âge d’or élisabéthain et participe à la construction du mythe des Tudors. De toutes ses pièces historiques, une seule se déroule sous leur règne, Henri VIII, écrite en 1613, dix ans seulement après l’extinction de la dynastie. Également baptisée All Is True (« Tout est vrai »), c’est une oeuvre éminemment politique centrée sur les rapports complexes d’Henri VIII avec ses conseillers, bien plus que sur ses épouses. À la fin du XIXe siècle, elle inspire en partie le livret de l’opéra Henry VIII de Camille Saint-Saëns. À sa création à Paris en 1883, la mise en scène se distingue par une recherche de fidélité historique, un véritable retour aux sources, perceptible dans le décor et les études préparatoires pour les costumes. »

"La tenture de David et Bethsabée"
Le musée national de la Renaissance a mis en regard la somptueuse tenture de David et Bethsabée, venant des collections d'Henri VIII d’Angleterre, « avec deux costumes de cour anglais des années 1520 reconstitués sur la base des inventaires d’Henri VIII et d’Anne Boleyn ».  "L'exceptionnelle suite des dix tapisseries illustrant l'adultère de David, roi d'Israël, et de Bethsabée, leur châtiment et leur contrition est l'un des fleurons du Musée national de la Renaissance au Château d'Ecouen. Sans doute acquis en 1528 par le roi Henry VIII d'Angleterre, ce chef-d'œuvre des lissiers flamands du début du XVIe siècle fut tissé dans les ateliers bruxellois de Pierre van Aelst, fournisseur de l'empereur Charles Quint et du pape Léon X. Elle est l'une des rares tentures de cette période dont toutes les pièces soient parvenues jusqu'à nous".

"Exécutée par des ateliers bruxellois dans les années 1525, la tenture de David et Bethsabée est reconnue comme l’un des chefs-d’oeuvre de l’art de la tapisserie au XVIe siècle. Elle égale par la préciosité des matériaux employés, sa qualité d’exécution et son admirable état de conservation L’Apocalypse d’Angers (XIVe siècle), La Dame à la Licorne (XVe siècle) ou encore Les Chasses de Maximilien (XVIe siècle)."

"Avec ses dix pièces rassemblant près de six cents personnages sur soixante-quinze mètres de long, cette tenture illustre le récit biblique du Second Livre de Samuel. En pleine guerre contre les Ammonites, le roi David s’éprend de Bethsabée alors que sa femme Michol est frappée de stérilité  ; de cette relation adultère s'annonce une descendance. David envoie alors Urie, l'époux de Bethsabée, en première ligne du front, où il trouve la mort. La colère divine s'abat sur le couple et l'enfant décède. Après une période de repentance, le souverain pardonné remporte la victoire et épouse Bethsabée. De son union avec Bethsabée légitimée par Dieu naîtra Salomon, grand roi d’Israël."

"L’histoire est transposée dans le cadre de vie du XVIe siècle, offrant une multitude de détails sur la vie de la cour à la Renaissance (costumes, apparat et cérémonial royal, art de la guerre). Le nom de l’artiste qui en a élaboré les cartons demeure inconnu. Il pourrait toutefois s’agir du peintre flamand Jan van Roome, dit Jean de Bruxelles, artiste en vogue à la cour de Marguerite d’Autriche, soeur de Charles Quint. Jan van Roome dessine en 1513 le tombeau de son époux Philibert de Savoie à Brou, dont les statuettes s’apparentent de très près aux figures de la tapisserie. D’ailleurs, le nom le plus fréquemment suggéré lorsqu’on tente de considérer le commanditaire de cette oeuvre qui ne porte aucune armoirie est celui de Marguerite d’Autriche. Deux indices viennent conforter cette hypothèse : le motif héraldique du « A » sur le cheval porte-étendard de la troisième pièce, pouvant évoquer Austria, et l’architecture du palais de la quatrième pièce, qui est à rapprocher de la cour du palais ducal de Bruxelles, dont il avait dessiné la clôture."

"Si Marguerite d’Autriche a commandité cette oeuvre, il semblerait qu’elle l’ait revendue avant sa mort, survenue en 1530. En effet, l’inventaire de 1547 du roi Henri VIII d’Angleterre signale l’achat en 1528 à un marchand flamand d’une tenture en dix pièces représentant « la riche histoire du roi David », aux dimensions similaires à celles de la tenture du musée national de la Renaissance."

"Cette tenture met en scène l’orgueil et l’affront du roi David envers le pouvoir divin autant que le pardon et le consentement de Dieu. Il est donc aisé de comprendre la valeur qu’Henri VIII pouvait accorder à ce récit, dans un contexte où il cherchait à faire accepter par le pape son divorce avec Catherine d’Aragon - qui ne lui donnait pas d’enfant - et l’effet que pouvaient produire ces tapisseries sur les princes et ambassadeurs italiens lorsqu’elles étaient déployées durant les cérémonies du glorieux souverain."

"La ferme Tudor"
Histoire diffusa le 4 janvier 2016 le premier épisode de la série La ferme Tudor, documentaire de Stuart Elliott. "A travers cette série, revenons 500 ans en arrière au temps des Tudor, dans la ferme d’un monastère... Après des années de guerre, de peste et de famine, l'Angleterre profite d'une période de paix sous le règne du roi Henri VII, le premier des Tudor. Cette époque fait émerger une nouvelle classe de fermiers doués en affaires. La laine de leurs montons génère une grande richesse pour la nation. La plupart des fermes du pays sont sous le contrôle des monastères, leur influence est partout dans l'éducation, l'agriculture... L'historienne Ruth Goodman et les archéologues Peter Ginn et Tom Pinfold remontent dans le temps pour travailler comme de simples fermiers. Pour cela, ils vont devoir faire une véritable immersion dans la culture pour s'imprégner des traditions du temps des Tudor et ainsi reprendre le train de vie des fermes monastiques d'antan..."

"Henri VIII - Complots à la cour"
Le 6 février 2021, Arte rediffusera Henri VIII - Complots à la cour (Heinrich VIII. - Tödliche Intrigen), documentaire de Peter Chinn. "Henri VIII Tudor (1491-1547), le plus célèbre des souverains anglais, a incarné la fin du Moyen Âge et jeté les bases de l'Angleterre moderne. Mais à quel prix ?" 

"Après un brillant début de règne, Henri VIII Tudor (1491-1547) dévoie considérablement la fonction royale. Peu d'actions d'ordre privé auront eu autant de conséquences sur la vie d'un pays et de ses habitants que son divorce d'avec Catherine d'Aragon. Fou de rage après le refus du pape d'annuler son mariage, Henri VIII initie le schisme entre l'Église d'Angleterre et celle de Rome, avec pour aboutissement la création de l’Église anglicane. Obsédé par l’idée d’avoir un héritier mâle, il se remarie cinq fois et fait exécuter deux de ses épouses."

"Son pouvoir est absolu : il élimine tous ses opposants, affaiblit la noblesse, suscite la discorde et alimente les complots. Avide de fastes et de rituels guerriers, le monarque vide les caisses du royaume. Pourtant, Henri VIII n'en reste pas moins un souverain moderne, permettant à des hommes du peuple comme Cromwell et Wolsey d’accéder aux plus hautes responsabilités – quitte à les condamner à mort plus tard. Un sort funeste également réservé au très éclairé Thomas More. Fastes de la cour, frasques conjugales, intrigues politiques, conflits religieux, opportunisme diplomatique, scandales financiers, trahisons… : l'évocation documentaire d'un règne à rebondissements qui continue de passionner experts et profanes, près de cinq cents ans après son terme".

"Henri VIII"
Dès le 6 février 2021, Arte diffuse la série documentaire "Henri VIII" (Heinrich VIII) de Henry Scott. "La vie tumultueuse du roi d’Angleterre et d’Irlande Henri VIII, dont le règne fut marqué par le schisme avec Rome. Portrait d’un monarque qui inspira à Charles Perrault le personnage de Barbe-Bleue."

"Cette saga documentaire retrace de façon pittoresque la vie du roi Henri VIII, éclairant la personnalité complexe d’un souverain connu pour avoir été marié à six reprises (et avoir fait exécuter deux de ses épouses), mais également pour avoir provoqué un schisme avec l’Église catholique romaine. Raconté par l’historienne britannique Tracy Borman, auteure d’une biographie du monarque ("Henry VIII And the Men Who Made Him", éd. Hodder Paperbacks, 2019), et illustré par des reconstitutions, ce récit nous plonge au cœur d’un règne qui a marqué un tournant dans l’histoire de l’Angleterre."

"Deuxième fils du roi Henri VII, fondateur de la maison Tudor, le futur Henri VIII (1491-1547) grandit loin de la cour dans l’ombre de son frère Arthur. Lorsque ce dernier meurt en 1502, à 15 ans, peu après son mariage avec Catherine d'Aragon, Henri se voit destiné à ce qui était promis à son aîné : le trône, les titres, et même l’épouse. Habitué à une vie dépourvue de responsabilités, le nouveau prince de Galles peine à s’accoutumer à ces bouleversements."

"Deuxième volet : alors que son père mettait un point d’honneur à ne rien laisser au hasard, le jeune Henri VIII préfère se divertir. Il délègue le plus possible à ses ministres, ne réalisant pas qu’il leur octroie un pouvoir considérable. Pour compliquer les choses, sa femme Catherine d’Aragon ne lui donne pas l’héritier masculin qui assurerait la continuité de la dynastie Tudor. Amoureux d’Anne Boleyn, une suivante de son épouse, il tente de faire annuler son mariage. Face au refus du pape, il rompt avec Rome et obtient le statut de chef suprême de l'Église d'Angleterre, provoquant un schisme."

"Thomas Cromwell, l’un des ministres d’Henri VIII les plus influents, avait joué un rôle conséquent dans son remariage et la rupture avec Rome. Il va participer à la chute et à l’exécution de la nouvelle reine, Anne Boleyn, tout en poussant toujours plus loin la réforme religieuse. Il confisque nombre de biens à l’Église, soutenu par le roi qui voit ses caisses se remplir. Cromwell compte néanmoins de plus en plus d’ennemis..."

CHRONOLOGIE

1453 Bataille de Castillon. La France remporte une victoire décisive sur l’Angleterre qui met fin à la Guerre de Cent Ans.
1455 La bataille de St Albans marque le début de la Guerre des Deux Roses.
1457 Naissance d’Henri Tudor au château de Pembroke.
1461 Henri VI est déposé par Edouard IV qui devient roi d’Angleterre.
Louis XI succède à Charles VII sur le trône de France.
1470 Henri VI reprend le trône pour une courte période. Edouard IV est exilé aux Pays-Bas.
1471 Edouard IV reprend le trône. Henri Tudor trouve refuge en France.
1483 Richard, duc de Gloucester, s’empare du trône et est couronné roi sous le nom de Richard III après la mort d’Edouard IV et celle présumée de ses deux fils à la Tour de Londres.
Charles VIII succède à Louis XI sur le trône de France.
1485-1509 : règne d’Henri VII
1485 Affrontement des troupes de Richard III et de celles d’Henri Tudor à la bataille de Bosworth. Richard est tué et Henri est proclamé roi.
1486 Henri VII épouse Elisabeth d’York.
1498 Louis XII succède à son cousin Charles VIII sur le trône de France.
1509-1547 : règne d’Henri VIII
1509 A la mort de son père, le prince Henri monte sur le trône sous le nom d’Henri VIII. Il épouse Catherine d’Aragon.
1514 La princesse Marie Tudor épouse le roi de France Louis XII pour sceller une alliance entre la France et l’Angleterre.
1515 François Ier succède à Louis XII sur le trône de France.
1517 Martin Luther publie ses 95 thèses dénonçant les dérives de l’Eglise catholique.
1518 Traité de Paix Universelle, signée à Londres : le pape Léon X et les rois d’Angleterre, de France et d’Espagne s’engagent à garantir la paix en Europe.
1520 Rencontre d’Henri VIII et de François Ier au Camp du Drap d’Or pour célébrer la paix. Couronnement de l’empereur Charles Quint à Aix La Chapelle.
1522 Alliance de l’Angleterre avec l’empereur Charles Quint dans le conflit contre la France.
1533 Annulation du mariage entre Henri VIII et Catherine d’Aragon. Le roi épouse Anne Boleyn. Henri VIII est excommunié par le pape Clément VII. Naissance de la princesse Elisabeth.
1536 Mort de Catherine d’Aragon. Exécution d’Anne Boleyn. Henri VIII épouse Jeanne Seymour. Les princesses Marie et Elisabeth sont déclarées illégitimes.
1537 Naissance du prince Edouard. Sa mère Jeanne Seymour meurt quelques jours plus tard.
1540 Henri VIII épouse Anne de Clèves mais le mariage est annulé six mois plus tard. Henri VIII épouse Catherine Howard.
1542 Catherine Howard est exécutée à la Tour de Londres. Jacques V d’Ecosse meurt et sa fille Marie, encore enfant, lui succède.
1543 Henri VIII épouse Catherine Parr.
1547-1553 : règne d’Édouard VI
1547 Henri VIII meurt au palais de Whitehall. Edouard lui succède, sous l’autorité d’un conseil nommé par Henri. Edouard Seymour, comte d’Hertford est nommé Lord Protecteur du royaume et gouverneur du roi.
Henri II succède à François Ier sur le trône de France.
1550 L’Angleterre abandonne Boulogne et la France retire ses troupes d’Ecosse après la signature du traité de Boulogne.
1552 Edouard Seymour, duc de Somerset est exécuté pour trahison.
1553-1558 : règne de Marie Ière
1553 Edouard VI meurt à Greenwich et sa cousine, Lady Jane Grey, est proclamée reine. Peu après, Marie, fille d’Henri VIII, est également proclamée reine par un certain nombre de conseillers et de personnalités importantes. Toutes les lois religieuses votées sous le règne d’Edouard VI sont abrogées par le First Statute of Repeal.
1554 Thomas Wyatt le Jeune mène une révolte contre Marie Ire après l’annonce d’un possible mariage avec Philippe d’Espagne. Soupçonnée de complicité avec Thomas Wyatt, instigateur de la révolte, la princesse Elisabeth est enfermée à la Tour de Londres. Marie Ire épouse Philipe d’Espagne.
1556 L’archevêque Thomas Cranmer est brûlé à Oxford.
Charles Quint abdique et son fils Philippe devient roi d’Espagne sous le nom de Philippe II.
1557 Philippe II se rend en Angleterre pour convaincre Marie Ire d’entrer en guerre contre la France.
1558-1603 : règne d’Élisabeth Ière
1558 Les Français reprennent Calais aux Anglais. Marie Ire meurt. Elisabeth Ire lui succède sur le trône et nomme William Cecil au poste de premier secrétaire d’Etat. Marie Stuart, reine d’Ecosse, épouse François, dauphin de France.
1559 Elisabeth Ière est couronnée à l’abbaye de Westminster.
François II succède à Henri II sur le trône de France, sous la régence de Catherine de Médicis.
1560 Charles IX succède à François II sur le trône de France.
1563 L’Eglise d’Angleterre définit les Trente Neuf Articles ; l’Acte de Suprématie est renforcé.
L’hérésie protestante est condamnée par le Concile de Trente.
1564 Robert Dudley devient comte de Leicester.
1565 Devenue veuve, Marie Stuart, reine d’Ecosse, épouse Henry Stuart, Lord Darnley.
1566 Marie Stuart donne naissance à un fils, Jacques.
1567 Marie Stuart abdique en faveur de son jeune fils Jacques âgé d’un an.
1568 Marie, reine d’Ecosse, fuit vers l’Angleterre et y est emprisonnée sur ordre d’Elisabeth Ire.
1569 L’Église catholique instigue la « Révolte des comtes du Nord ». Thomas Howard, duc de Norfolk, est arrêté pour trahison.
1570 Elisabeth est excommuniée par une bulle du pape Pie V. Elisabeth envisage un mariage avec Henri, duc d’Anjou.
1571 Découverte du « complot de Ridolfi » visant à détrôner Elisabeth pour la remplacer par Marie Stuart.
Sir William Cecil devient Lord Burghley.
1572 Elisabeth et Catherine de Médicis constituent une alliance franco-anglaise contre l’Espagne par la signature du traité de Blois.
Massacre de la Saint-Barthélémy à Paris dirigé contre les Huguenots.
1574 Henri III succède à Charles IX sur le trône de France.
1579 L’Angleterre conclut un traité d’alliance avec les Hollandais, sous l’autorité de Guillaume d’Orange.
Elisabeth envisage une union avec François, duc d’Alençon.
1583 Découverte du « complot de Throckmorton » visant à placer Marie Stuart sur le trône d’Angleterre.
1584 Mort de François, duc d’Alençon. Guillaume d’Orange est assassiné à Delft.
1586 Découverte du « complot de Babington » visant à assassiner Elisabeth.
1587 Marie Stuart est exécutée à l’issue de son procès pour trahison. Robert Devereux, comte d’Essex, est nommé Grand Ecuyer (Master of the Horse).
1588 Philippe II lance l’Invincible Armada contre l’Angleterre. Craignant une invasion, Elisabeth rassemble ses troupes à Tilbury ; déroute de l’Invincible Armada repoussée vers le Nord par la marine anglaise et les vents contraires.
Assassinat du duc de Guise.
1589 Mort de Catherine de Médicis et assassinat d’Henri III. Le protestant Henri de Navarre fait valoir ses prétentions au trône de France.
1593 Robert Devereux, comte d’Essex devient conseiller privé. Henri de Navarre abjure solennellement sa foi protestante.
1594 Henri de Navarre est couronné roi de France sous le nom d’Henri IV.
1597 Robert Devereux, comte d’ Essex, devient Grand Maréchal d’Angleterre.
Une seconde Armada est défaite et sombre dans le golfe de Gascogne.
1598 L’Edit de Nantes définit les droits des protestants de France.
Mort de Philippe II d’Espagne, Philippe III lui succède.
1601 Robert Devereux, comte d’Essex, est exécuté après une révolte avortée à Londres.
1603 Elisabeth meurt au palais de Richmond. Jacques VI d’Ecosse lui succède sous le titre de Jacques Ier « Roi de Grande Bretagne, de France et d’Irlande ».

EXTRAITS DU CATALOGUE DE L'EXPOSITION SUR LES TUDORS

L’Art du portrait en Angleterre
Par Tarnya Cooper et Charlotte Bolland

« En 1553, Marie de Hongrie expédia un portrait de Philippe d’Espagne à la reine Marie Ire d’Angleterre, premier pas des négociations visant à unir les Tudors à la puissante dynastie Habsbourg. Mais elle devait craindre que ce portrait, pourtant dû à Titien, un des artistes les plus réputés de son temps, ne soit pas compris par le public anglais. [...] 
L’inquiétude de la duchesse est compréhensible puisque l’effet rendu par le coup de pinceau si spontané du maître était à l’opposé de celui que la cour d’Angleterre avait coutume de voir, notamment dans les oeuvres de l’artiste allemand Hans Holbein le Jeune. Holbein privilégiait une richesse de couleurs et un raffinement des détails mieux faits pour être admirés de très près, comme en témoigne son petit portrait d’Henri VIII. Les commanditaires anglais appréciaient particulièrement les peintres qui savaient restituer dans le moindre détail le luxe des vêtements et des bijoux, ce qui mettait en valeur le pouvoir, la richesse et le prestige du sujet. À la fin du XVIe siècle, cet engouement pour les ornements prenait le pas sur la ressemblance du visage, au point qu’on peut y voir l’émergence d’une esthétique proprement anglaise où la description minutieuse des atours était bien plus importante qu’une représentation illusionniste de la réalité physique.
Emblèmes de royauté
Le portrait n’est qu’un des moyens employés pour marquer visuellement la présence de la monarchie Tudor.
L’héraldique a aussi une part importante, essentielle même, car elle affirme l’emprise de la dynastie partout dans le royaume aussi bien dans les lieux laïques que religieux. Les armes et emblèmes royaux fleurissent sur tous les supports possibles et dans toutes sortes de matériaux, de la peinture à la pierre sculptée en passant par la faïence, les vitraux et les broderies d’or et d’argent finement ouvragées. [...]
La fonction des emblèmes héraldiques était d’asseoir la dynastie en en montrant la filiation. Henri VII choisit donc les motifs de la herse et de la rose rouge qui affirmaient non seulement sa dévotion à la Vierge, mais aussi son appartenance aux maisons Beaufort et Lancaster, signe de son droit légitime au trône. [...] Cette image simple unissant la rose rouge des Lancaster avec celle, blanche, des York racontait à elle seule la fondation de la dynastie au sortir de la guerre des Deux-Roses. [...]
Images des Tudors en majesté
Les portraits des Tudors pourraient, pour beaucoup, être interprétés comme des symboles royaux, plus que comme des images ressemblantes. L’essentiel était que le roi et la reine soient représentés à leur avantage, parés d’habits et de bijoux dignes de leur rang [...]. Maintes fois recopiés, ces portraits, s’ils gardaient la forme générale du modèle, ne tardaient pas à perdre leur ressemblance avec le personnage portraituré.
Même les vêtements et accessoires pouvaient être revisités, créant ainsi une tout autre image du sujet. On chercha donc à endiguer cette prolifération de reproductions, comme en 1563, lorsque le conseiller le plus proche d’Élisabeth, sir William Cecil, baron Burghley, prépara un arrêté destiné à restreindre la circulation de portraits médiocres de la jeune reine. Le texte indiquait qu’aucune nouvelle image d’elle ne devait être mise en circulation avant qu’un modèle convenable n’en soit réalisé par « un artiste avisé » [...].
L’édit ne fut jamais proclamé mais son existence à l’état d’ébauche montre que les conseillers de la reine étaient soucieux de représenter au mieux l’autorité naturelle de la jeune Élisabeth – une femme non mariée – afin que le peuple lui garde sa dévotion et sa loyauté. [...] Ce n’est qu’une dizaine d’années après l’avènement au trône d’Élisabeth qu’apparurent les « modèles autorisés », réalisés d’après les portraits officiels où la reine avait posé pour des artistes confirmés, comme l’Anglais Nicholas Hilliard [...].
Comme le suggère le projet de loi sur les portraits d’Élisabeth Ire, les représentations des monarques Tudors n’étaient pas seulement acquises par de riches courtisans, elles étaient aussi recherchées d’un plus large public. Que le portrait du roi ou de la reine décore l’intérieur d’une maison ou d’une administration témoignait de la loyauté à la couronne, ou éventuellement d’une faveur royale. Les inventaires après décès parvenus jusqu’à nous montrent que le portrait d’Henri VII, comme celui d’Henri VIII, ornait parfois les murs des notables. [...]
À cette époque de revirements religieux incessants, exposer un portrait du souverain signifie aussi l’allégeance à la foi soutenue par le régime. C’est particulièrement vrai sous les règnes protestants d’Édouard VI et d’Élisabeth Ire où le souverain est aussi le chef de l’Église anglicane. [...]
Vie artistique, une Renaissance anglaise
Parmi les meilleurs artistes travaillant à la cour d’Angleterre se trouvaient des émigrés venant des Pays-Bas, de France et d’Italie. Sous Élisabeth Ire, à la suite des persécutions contre les protestants en France et dans les Pays-Bas, leur nombre s’accrut encore. [...]
Si la documentation atteste que des peintres affluèrent de toute l’Europe pour travailler en Angleterre, leur attribuer les oeuvres qui subsistent s’avère souvent difficile. Leur influence sur la peinture anglaise est cependant évidente. Les premiers portraits d’Henri VIII, par exemple, quoique d’auteurs inconnus, s’inscrivent manifestement dans un contexte d’échanges artistiques entre l’Angleterre et les Pays-Bas [...].
Au milieu du règne d’Élisabeth Ire, il est clair qu’une esthétique proprement anglaise apparaît. Le portrait de la reine dit au Phénix en révèle les caractéristiques : un rendu méticuleux des tissus brodés, des transparences de la dentelle, du lustre des joyaux et des boucles de cheveux de la souveraine, qui contraste avec le visage austère et assez sommaire dans ses formes. S’il n’est pas de la main de Nicholas Hilliard, celui-ci a dû au moins y participer, car le tableau rappelle fortement une miniature de lui datant de 1572. Reconnu et apprécié, le style de Hilliard, fondé sur une maîtrise du dessin et une exquise minutie d’exécution, est caractéristique de la peinture anglaise de cette période [...].
Comme le montrent les nombreux exemples présentés dans cette exposition, l’art du portrait a considérablement évolué au cours de la longue période qui va de 1485 à 1603, notamment en ce qui concerne le sens et la fonction donnés à l’image. À l’aube du XVIe siècle, les portraits étaient souvent présentés dans un format similaire à celui des icônes religieuses [...], mais vers la fin du siècle on trouve des portraits d’Élisabeth Ire de tous formats, depuis ceux en pied commandés à des maîtres réputés jusqu’aux estampes destinées au grand public, sans oublier les miniatures serties de joyaux qu’on offrait pour signifier allégeance ou faveur.
[...]
Toutefois, à force de reproductions successives d’une même image, pour en assurer une large diffusion, la ressemblance finissait souvent par se perdre, l’oeuvre se transformant alors en symbole royal. [...] »

Culture et diplomatie entre la France et l’Angleterre au XVIe siècle
Par Glenn Richardson

« Les relations qu’eurent, au cours du XVIe siècle, les monarchies anglaise et française figurent parmi les plus intenses que l’Europe ait alors connues. Hautes en couleur, marquées par une évidente rivalité, elles furent aussi parmi les plus spectaculaires, tant chacun des monarques en présence avait pour préoccupation première d’impressionner l’autre par un éblouissant étalage de richesse, affirmation tangible de son pouvoir et de son statut. L’accession au trône, en l’espace de dix années, de trois princes jeunes et ambitieux – François Ier en France, Henri VIII en Angleterre et Charles Quint de la famille des Habsbourg pour le Saint Empire romain germanique – en est sans doute la raison majeure. [...]
En 1500, la France et l’Angleterre émergeaient à peine de l’un des plus longs conflits intermittents qu’ait connus l’Europe, la guerre de Cent Ans, engagé en 1337. [...]
La défaite anglaise ébranla l’autorité royale pour toute une génération et la noblesse du pays était entraînée dans la tourmente fratricide de la guerre des Deux-Roses. Une fois la France libérée de l’occupation anglaise, les Valois s’employèrent à reconstruire leur royaume et à faire de leur dynastie, au début du XVIe siècle, la plus puissante d’Europe.
Henri VIII accéda au trône d’Angleterre en avril 1509 [...].
Pendant la majeure partie de son règne – comme cela avait été le cas pour son père – Henri VIII entretint avec la France des relations pacifiques. [...]
L’homme clé dans la mise en oeuvre de cette politique fut le cardinal Thomas Wolsey, premier serviteur du roi et ministre à partir de 1513. Wolsey fut le premier à savoir convaincre son souverain que la paix, pourvu qu’elle se présentât sous des dehors séduisants et avantageux, lui vaudrait la reconnaissance internationale lorsque les circonstances lui interdisaient d’engager le royaume dans la guerre. Signé au cours de l’été 1514, le traité de Londres, premier d’une série d’accords franco-anglais, mit fin au conflit opposant les deux pays, scellant la paix par le mariage qui unit le roi de France Louis XII et Marie, soeur d’Henri VIII.
Marie s’embarqua pour la France au matin du 2 octobre, avec une suite de cent vingt personnes de qualité qu’accompagnaient serviteurs et chevaux. Elle fut accueillie à Paris un mois plus tard, par d’éblouissantes festivités dont le maître d’oeuvre était Pierre Gringore, le plus grand organisateur de spectacles publics dans la France du début du XVIe siècle. [...]
La mort de Louis en janvier 1515, deux mois à peine après son mariage, laissa le trône au jeune et séduisant François Ier. [...] En 1518, sur le conseil de Wolsey, une fois encore, Henri accepta donc un traité de paix et d’alliance avec François Ier [...].
Le traité de 1518 fut aussi le pivot d’un pacte de non-agression plus ambitieux, conclu par les chefs d’État européens sous l’égide du pape, mais que Wolsey plaça habilement sous le patronage d’Henri VIII, cherchant à remettre ainsi François Ier à sa juste place. Connu sous le nom de traité de la Paix universelle, ce pacte fut signé à Londres en octobre 1518.
L’accord franco-anglais sur lequel reposait la Paix universelle prit forme tangible en 1520, lorsque les deux souverains, Henri et François, se rencontrèrent au Camp du Drap d’or [...]
Jusqu’à leur mort, en 1547, les deux monarques eurent des relations marquées par un désir d’émulation très net, usant d’un langage, de rites et d’une étiquette fortement personnalisés pour exprimer la rivalité, voire l’hostilité, qui les opposait, tout en sauvegardant leur alliance. Il ne pouvait en être autrement afin que chacun pût s’assurer la plus grande liberté d’action dans les affaires européennes, devant la menace que représentait le pouvoir croissant de l’empereur germanique, Charles Quint. [...]
Les deux successeurs immédiats d’Henri VIII, Édouard VI et Marie Ire, étaient parfaitement au fait des prétentions ancestrales de l’Angleterre en terre française mais ni l’un ni l’autre ne maîtrisaient pleinement leurs relations avec la France. Henri VIII s’immisça de manière souvent pompeuse dans les conflits et dans la diplomatie du continent et ses interventions, quoique couronnées de succès sous un certain angle, s’avérèrent ruineuses.[...] S’ensuivit, pendant les vingt années qui suivirent sa mort en 1547, un retour en force de l’ancestrale antipathie anglaise à l’égard de la France, combinée à la crainte que suscitait la puissance espagnole. Édouard n’eut pas vraiment le loisir d’égaler son père sur le plan international en se confrontant à Henri II, qui avait succédé à François Ier sur le trône de France en 1547 et s’avérait être un monarque de même stature. [...] Les relations internationales furent très similaires sous le règne de Marie Ire.
Son union avec Philippe II d’Espagne visait à renouer une alliance dont l’Angleterre s’était servie au début du siècle pour contrecarrer les menées françaises, mais son gouvernement s’avéra incapable de faire valoir la puissance anglaise comme les deux premiers rois de la dynastie avaient su le faire. Son statut de prince consort ne donnait à Philippe aucun pouvoir constitutionnel mais il pouvait néanmoins exercer une certaine influence. Il entraîna ainsi l’Angleterre dans la deuxième phase du conflit opposant les Valois aux Habsbourg. Les conséquences en furent désastreuses. [...]
Lors de son accession au trône, Élisabeth Ire était pleinement consciente de ce passé conflictuel entre les deux pays. Le nom d’Élisabeth est, aujourd’hui, inextricablement lié à la guerre contre l’Espagne et à la défaite de l’Invincible Armada en 1588. Toutefois, tout au long de son règne, elle se soucia d’abord des relations avec la France qui touchaient aussi bien des affaires d’ordre personnel, comme son éventuel mariage avec un prince français, que des litiges sur le commerce et la piraterie en Manche. [...]
Les relations cordiales qu’entretenaient Élisabeth et Catherine de Médicis permirent aux deux gouvernements de rester en bons termes, en dépit du choc suscité en Angleterre par le massacre de la Saint-Barthélemy en août 1572 et de l’arrivée massive de Huguenots exilés qui s’ensuivit. [...]
Dès 1572, les négociations commencèrent en vue d’un éventuel mariage entre Élisabeth et François, duc d’Alençon, futur duc d’Anjou, lorsque Henri, son frère, deviendra roi en 1574. Les deux cours avaient en fait maintenu le dialogue pour cette unique raison. [...] Mais les négociations n’aboutirent pas, en raison de l’opposition que rencontrait le projet en Angleterre, et de l’incertitude qui demeurait sur le soutien d’Henri III. En l’absence de solution matrimoniale pour unir les deux États contre la menace espagnole, il convenait dès lors de trouver, ou de redécouvrir d’autres voies.
C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la décision d’élire Henri III, membre de l’ordre de la Jarretière en 1575 et de lui en remettre l’insigne. Ce geste spectaculaire de la part du gouvernement d’Élisabeth visait à flatter le souverain français, mais cherchait aussi à fonder l’alliance franco-anglaise non plus sur un mariage royal, mais sur une coopération chevaleresque contre un ennemi commun, conformément à une tradition qu’avaient initiée Henri VIII et François Ier. [...]
La rhétorique de paix et de coopération franco-anglaise pour faire front commun devant la menace des Habsbourg accompagnait également les échanges d’Élisabeth avec le premier des Bourbons. Ils étaient personnellement entrés en contact au milieu des années 1570, lorsque Henri, alors roi de Navarre, était virtuellement prisonnier à la cour de France. Élisabeth l’avait secrètement assuré de son soutien.[...]
L’abjuration qui, en juillet 1593, assurait à Henri le trône de France, compliqua ses rapports avec Élisabeth, sans toutefois y mettre un terme.[...]
Les relations avec la France au cours des années 1590 revêtirent donc des aspects très divers et furent profondément individualisées. Le souverain anglais en faisait usage pour affirmer un prestige et une puissance, sans commune mesure avec les ressources relativement faibles du royaume. Ce n’était pas la première fois, ce ne devait pas être la dernière qu’il en était ainsi dans l’histoire de la diplomatie anglaise ou britannique. Tant sur le plan diplomatique que sur le plan culturel, les deux royaumes et les deux dynasties étaient, par la force des choses, à égalité. Leurs rapports furent rarement simples et directs et l’esprit de compétition qui les avait animés depuis le début du siècle perdura jusqu’à la disparition du dernier Tudor.
Cette même rivalité donna pourtant lieu à de fructueux échanges culturels. La France exerça sur l’Angleterre, dans tout un ensemble de domaines – la cour, la noblesse, les activités commerciales – une influence significative, mais qui ne fut jamais reçue passivement. Les monarques anglais, les aristocrates, les artisans, s’emparaient des exemples et modèles français, retenaient certaines idées ou certaines modes, adaptaient les unes, rejetaient les autres. Mais l’ambivalence persistante des relations unissant la France et l’Angleterre sous les Tudors, et la rivalité qui les sous-tendait, ne furent pas préjudiciables et les deux pays en tirèrent davantage profit que préjudice. »

Les Tudors et leurs atours. Vêtements du XVIe et costumes du XIXe siècle.
Par Maria Hayward

[...] Paris connut, au XIXe siècle, un engouement [...] pour le déguisement. Ainsi, lors d’un quadrille organisé aux Tuileries en janvier 1829, la duchesse de Berri apparut en Marie Stuart. Le costume qu’elle portait trouvait vraisemblablement ses sources aussi bien dans les portraits des Tudors ou dans ceux des Valois visibles sur les cimaises du Louvre, que dans les peintures du Salon ou dans les pièces à l’affiche des théâtres parisiens, mettant en scène les monarques anglais. [...]
Les cinq souverains de la dynastie Tudor utilisèrent habilement vêtements, bijoux et accessoires pour façonner l’image qu’ils souhaitaient donner de la royauté. Le vêtement était un marqueur fondamental de la magnificence royale. Des matières spécifiques, certaines couleurs étaient exclusivement réservées au souverain : soie pourpre, zibeline, ainsi que des draps d’or obtenus par adjonction de fils métalliques dans l’armature du tissu. [...]
Les sommes très importantes – qui n’étaient toutefois pas extravagantes – consacrées à l’habillement contribuaient à afficher de manière ostentatoire la richesse royale et d’impressionnantes garde-robes se constituaient, permettant au souverain d’arborer de nouveaux atours lors des grandes occasions et de changer de tenue plusieurs fois dans la journée en fonction des circonstances. [...]
Les souverains Tudors portaient occasionnellement des vêtements que les inventaires décrivent comme étant de style espagnol ou turc. Les dames de la cour étaient, en revanche, bien davantage influencées par les modes originaires de France. Qui introduisit la coiffe à la française en Angleterre et à quelle date ? On l’ignore encore, mais il est vraisemblable que cette mode soit davantage liée au mariage de Marie, sœur d’Henri VIII avec le roi de France Louis XII qu’à l’influence d’Anne Boleyn. Mariée à un monarque espagnol, Marie Ire n’en portait pas moins des tenues d’inspiration française pour les occasions officielles. [...]
Le choix de se vêtir à la française donnait parfois forme tangible à l’amitié entre les deux pays. [...]
Les bijoux portés par les épouses successives d’Henri VIII provenaient d’une même cassette et ils passèrent ensuite aux filles du roi, Marie Ire et Élisabeth. Signe de richesse et marqueur de statut social, le bijou constituait aussi un gage d’amitié ou le témoignage tangible d’une inclination sentimentale naissante. [...]
D’autres pièces d’orfèvrerie, comme le pendentif sifflet offert par Henri VIII à Anne Boleyn, témoignent également du rôle que jouait le bijou dans les échanges amoureux, et se teintent parfois d’une puissante charge émotionnelle dès lors qu’on les associe aux lettres d’amour qu’Anne recevait du souverain. Les échanges de présents revêtaient une importance toute particulière sous le règne d’Élisabeth. En 1584, vêtements et accessoires représentaient ainsi 51,8 % de ses cadeaux de nouvel an. Les bijoux y entraient à hauteur de 7,4 %. [...] Les bijoux pouvaient aussi trahir les difficultés que rencontrait une monarchie, ou les
revers de fortune d’une reine évincée par une autre. Élisabeth fit ainsi l’acquisition, en 1568, de vingt-cinq perles et de six rangs de perles offerts par Catherine de Médicis à Marie Stuart qui avait été contrainte de s’en séparer à la suite de sa destitution en 1567.
Les bijoux des Tudors ont aujourd’hui disparu dans leur quasi-totalité. Ils ont été démontés et vendus ou réemployés sur de tout autres modèles à des époques ultérieures. [...]
Les sources relatives aux vêtements d’Henri VIII et de ses épouses mettent en lumière l’importance accordée aux couleurs fauve, noire ainsi qu’à une teinte « feuille morte ». L’écarlate et le pourpre étaient réservés à des occasions particulièrement solennelles, au cours desquelles les souverains apparaissaient portant couronne.
Sous le règne des Tudors, l’ensemble du personnel de la maison du roi se voyait remettre la livrée rouge lors de chaque couronnement. Le coût très élevé des teintures rouges le justifiait, de même qu’il expliquait le choix d’une laine rouge pour les tenues de service accordées à certains membres de la chambre ainsi qu’aux principaux artisans attachés au service du roi. [...]
Dès le milieu du XVIe siècle, le blanc fut privilégié pour les noces royales . [...] Le blanc jouissait toutefois d’une grande popularité à la cour d’Élisabeth. [...]
Si la reine et ses dames privilégiaient les tenues de couleur blanche, les hommes, en revanche, accordaient une importance essentielle aux robes de soie écarlate et bleu sombre caractéristiques de l’ordre de la Jarretière auquel ils appartenaient. [...]
Essentiel, sous les Tudors, pour toute cérémonie royale, le vêtement revêtait une importance capitale à l’occasion des couronnements. Elizabeth, le film de Shekhar Kapur, sorti sur les écrans en 1998, pèche souvent par manque de rigueur historique. Il n’en est pas moins révélateur que la robe et le manteau que porte Cate Blanchett pour la scène du couronnement aient été conçus en prenant pour modèle le portrait de la reine Élisabeth en costume de sacre. [...] 
Les Amours de la reine Élisabeth, film muet de 1912 qui avait pour vedettes Sarah Bernhardt dans le rôle titre et Lou Tellegen dans celui de Robert Devereux, comte d’Essex, faisait également grand usage de superbes costumes. Le souci d’opulence et un style marqués par l’esprit du XXe siècle l’emportaient toutefois largement sur la rigueur historique dans cette tentative de faire revivre à l’écran celle que l’on appelait aussi Gloriana. [...]
Les minutieuses recherches auxquelles se livraient peintres d’histoire et créateurs de costumes de scène pour aboutir à une reconstitution fidèle du passé s’étendaient aussi aux habitudes vestimentaires. [...] Il était possible en effet, de se fonder sur un portrait précis, mais on pouvait tout autant consulter des ouvrages spécialisés et plusieurs études fondamentales sur le costume historique furent précisément publiées à cette époque : Complete View of the Dress and Habits of the People of England (1796-1799) de Joseph Sturt, History of British Costume (1834) de James Planché ou encore Costume in England (1846) de Frederick Fairholt, pour n’en citer que quelques exemples.
En dépit d’un intérêt croissant pour le costume Tudor, les artistes faisaient tout à la fois bon et mauvais usage des descriptions détaillées dont ils disposaient, prenant parfois des libertés très poussées pour les adapter à leurs besoins. [...] La peinture d’Édouard Cibot, Anne de Boleyn à la Tour de Londres, dans les premiers moments de son arrestation offre une reproduction très exacte des tenues portées par Anne Boleyn et sa dame d’honneur, avec un soin particulier apporté aux manches, aux décolletés et aux coiffes en gable.
Le contraste avec les arts de la scène est flagrant, le souci d’authenticité n’étant alors pas la qualité première des costumes conçus pour les théâtres français au début du XIXe siècle. [...] Il en fut de même pour les productions théâtrales anglaises jusqu’à la création à Londres, en 1824, d’une version du Roi Jean de Shakespeare, dont Planché conçut les costumes : pour la première fois dans les annales, on porta en scène, pour une pièce de Shakespeare, d’authentiques costumes du XVIe siècle. Les dessins réalisés par Eugène Delacroix lorsqu’il fut contacté pour concevoir le décor et les costumes d’Amy Robsart de Victor Hugo (1828) illustrent cependant parfaitement, par les drapés et le rendu des couleurs, la splendeur de la cour élisabéthaine. [...]
Qu’une dynastie qui vit se succéder sur le trône un usurpateur, un homme qui n’eut pas moins de six épouses, un enfant-roi, une femme qui reprit le pouvoir à un autre usurpateur et une femme qui fit, elle, le choix de ne pas prendre époux, ait exercé un puissant attrait sur l’imaginaire romantique n’a rien de très surprenant.
Toutefois, cette fascination qu’avaient pour les Tudors les publics du XIXe siècle avait aussi une autre cause, que révèlent les recherches entreprises par les artistes et créateurs de costumes sur les portraits d’époque : la somptuosité des vêtements portés à leur cour. Étoffes de prix, fourrures aux couleurs chatoyantes… c’était l’expression matérielle de la richesse, de l’étendue du pouvoir de la dynastie et de la position occupée par le pays en matière de mode et de culture sous son règne. »

Les Tudors sous les feux de la rampe, Paris, 1820-1912
Par Cécile Maisonneuve
« Que l’histoire des Tudors réunisse tous les ingrédients d’un bon scénario, nul ne saurait en douter au regard du succès qu’elle rencontre encore aujourd’hui au cinéma et à la télévision. Leur nom sonne définitivement comme la promesse d’un grand spectacle en costumes où, sur fond d’Histoire, se mêlent désir et devoir, justice et trahison, champs de bataille et échafauds : une sorte de « biopic épique », en somme, riche en émotions et en rebondissements. Le caractère bien trempé de monarques tels qu’Henri VIII ou Élisabeth Ire fait de leur personnage des rôles taillés à la mesure des acteurs de grande envergure qui peuvent à travers eux s’illustrer par une interprétation mémorable. [...]
Dans l’histoire du cinéma, le premier long-métrage à porter les Tudors à l’écran est une création française de 1912, par Henri Desfontaine, Louis Mercanton et Gaston Roudès : La Reine Élisabeth (ou Les Amours de la reine Élisabeth) avec Sarah Bernhardt qui voyait là, de son propre aveu, une chance unique de passer à la postérité. [...]
Un inventaire des spectacles parisiens sur le thème de l’Angleterre des Tudors au XIXe siècle forme une liste d’une vingtaine de créations. Des noms emblématiques de la littérature française et de l’opéra italien y apparaissent : Victor Hugo avec Amy Robsart en 1828 et Marie Tudor en 1833, Alexandre Dumas avec Catherine Howard en 1834, Gioacchino Rossini avec Elisabetta, regina d’Inghilterra en 1822, mais surtout Gaetano Donizetti, le premier inventeur d’une série sur les Tudors avec quatre opus, dont deux furent montés à Paris à peine un an après leur création à Milan et à Naples : Anna Bolena, en 1831 avec Giuditta Pasta, en 1832 avec Giulia Grisi, et Roberto Devereux en 1838. [...]
Il serait vain de chercher à quantifier l’« exactitude historique » de toutes ces oeuvres qui brodent une intrigue, plus ou moins plausible, autour d’un fait avéré. [...] Face à la critique qui guette les erreurs et les invraisemblances, certains publient leur source, comme Victor Hugo. D’autres préfèrent assumer pleinement leurs écarts, comme Alexandre Dumas qui, avec sa rocambolesque Catherine Howard, proclame la création d’un genre nouveau, « le drame extra-historique », où la fantaisie de l’auteur prime sur l’Histoire. Qu’ils prônent sur le modèle de Shakespeare « tout est vrai » ou qu’ils s’en défendent, tous ces auteurs s’inscrivent dans un processus général de mythification de l’histoire, caractéristique du XIXe siècle, qui renseigne tout autant sur le temps présent que sur le temps passé.
De 1820 à 1834, pratiquement pas une année ne s’écoule sans qu’un spectacle ne fasse revivre Henri VIII ou Élisabeth sur la scène. Cet engouement pour le sujet coïncide avec la Restauration et le temps des cénacles romantiques où artistes et écrivains se réunissent. Le thème des Tudors, en littérature comme en peinture, s’inscrit parfaitement dans cette époque qui se passionne à la fois pour l’Histoire et pour l’Angleterre, et découvre parallèlement sur la scène la forme du mélodrame qui répond à une soif de sensationnel et d’émotions. [...] 
Le succès de ce thème royal semble suivre les fluctuations des régimes et les rapports complexes que les Français entretiennent avec la monarchie. Mais l’idée que le tableau historique participe pleinement d’un phénomène de « projection dans le passé des désirs du temps présent » invite souvent à des lectures plus fines en rapport avec la vie politique de l’époque. [...]
Henri VIII est aujourd’hui le personnage le plus populaire de la famille. Dans l’imaginaire collectif, il incarne le Barbe-Bleue du conte de Perrault dont les origines sont pourtant bien plus anciennes. Cette assimilation tenace à ce serial killer de légende, tueur de dames, s’est particulièrement ancrée dans les esprits au XIXe siècle, à l’heure où se développe une iconographie propre aux épouses d’Henri VIII et où se multiplient à Paris les oeuvres lyriques ou dramatiques centrées sur elles. Dans ce répertoire, se dégage une fascination pour celles qui en perdirent la tête : Anne de Boulen (1821), Les Trois Catherine (1830), Anna Bolena (1831 et 1832), Catherine Howard (1834), Les Six Femmes d’Henri VIII (1854). [...]
Cette arrivée d’Henri VIII sur les planches à Paris au XIXe siècle doit être mise en relation avec l’intérêt plus général de l’époque pour Shakespeare, auteur d’un Henri VIII auquel il avait aussi donné le titre fameux de All is True. [...]
Si la renommée d’Henri VIII l’emporte aujourd’hui, c’est le personnage d’Élisabeth qui connaît dans la littérature française la fortune la plus ancienne et la plus durable, justifiant très tôt qu’une thèse ait été écrite sur le sujet. [...]
La mode de Walter Scott en France au XIXe siècle est venue enrichir le mythe d’Élisabeth d’un nouvel épisode avec Robert Dudley. Kenilworth publié en 1821 raconte comment, alors qu’il vient d’épouser en secret Amy Robsart, le jeune comte de Leicester ambitionne toujours de devenir prince consort par la faveur dont il jouit. Mais la rencontre d’Élisabeth et d’Amy ruine tous ses espoirs. À Paris, le roman de Scott connut un succès immédiat. Dès 1822, il faisait l’objet d’une adaptation de la part d’Eugène Cantiran de Boirie et Henri Lemaire pour le Théâtre de la Porte-Saint-Martin. [...] Cinq ans plus tard, ce fut au tour de Victor Hugo, fervent admirateur de Scott, de se laisser séduire par l’argument. Le jeune auteur s’essayait au théâtre et sa pièce Amy Robsart fut un fiasco. La production, tout éphémère qu’elle fut, est passée à la postérité grâce aux projets de costumes d’Eugène Delacroix. Le sujet ne sera par la suite plus traité en France [...]. Parallèlement au théâtre, dans le cercle des artistes qui gravitent autour de Hugo, le thème est amplement illustré pour le livre ou pour l’estampe : les Johannot, Eugène Lami, Achille Devéria. La scène introductive entre Leicester et Amy retient plus particulièrement l’attention. [...]
Incapables de se départir complètement du sentiment national et d’une misogynie alors de rigueur, les auteurs français du XIXe siècle portent sur Élisabeth un regard peu amène. Ils tendent à réduire son caractère à celui d’une reine indécise et cruelle, d’une femme jalouse éperdument amoureuse. Ils rechignent à voir sa grandeur et à reconnaître en elle la mère de l’Empire britannique. Cette vision reste pour le moins orientée par le contexte politique et les intérêts alors contraires des nations britanniques et françaises.
D’un autre côté, le XIXe siècle français ne cesse de reprocher à Élisabeth l’exécution de Marie Stuart. [...]
Dans certaines pièces sur Élisabeth, Marie Stuart apparaît souvent sous la forme d’un souvenir amer, un spectre qui vient hanter la conscience d’une souveraine au seuil de la mort [...].
Entre les arts plastiques et les arts du spectacle, une coïncidence attire l’attention : en même temps, Hugo, Delaroche et Dumas introduisaient dans leurs oeuvres un acteur essentiel de l’histoire des Tudors, le bourreau. Dans une critique acerbe de Jules Janin sur Catherine Howard, les trois sont même réunis : « Le bourreau de Marie Tudor est muet comme le bourreau de M. Paul Delaroche. Celui [de Dumas] se livre à l’emportement d’un misérable. » Ce personnage sordide et trivial dont la mission est de répandre le sang choque sur les planches en présence d’une reine. Dans Marie Tudor, son apparition avait déclenché, avant même que la pièce ne soit jouée, une cabale visant à faire supprimer la scène. Hugo avait tenu bon : « La reine parlera au bourreau, la tête parlera à la main. » Dans le théâtre sur les Tudors à Paris au XIXe siècle, la mort horrifique est au centre de tout. Elle s’allie à la romance et au pouvoir dans un curieux contraste qui fait toujours recette aujourd’hui à la télévision. Cette mort horrifique vue du côté de l’histoire britannique, est-elle une façon d’absoudre l’histoire nationale de ses propres violences, encore toutes fraîches ? »


ZDF, 2015, 56 min
Visuel : © Ideas Room TV
Sur Arte les 4 mars 2017 à 20 h 50, 6 février 2021 à 13 h 45
Disponible du 06/02/2021 au 07/03/2021

"Henri VIII" de Henry Scott
Royaume-Uni, Like A Shot Entertainment, 2020, 3 x 52 mn
"Le jeune prince" (Der junge Prinz) : le 6 février 2021 à 20 h 50
"La rupture avec Rome"  (Bruch mit Rom) : le 6 février 2021 à 21 h 45
"Pouvoir et intrigues" (Macht und Intrigen) : le 6 février 2021 à 22 h 35
Disponible du 05/02/2021 au 06/05/2021

Jusqu’au 19 juillet 2015
19, rue de Vaugirard. 75006 Paris
Tous les jours de 10 h à 19 h, nocturne le lundi jusqu’à 22 h.
Visuels :
Affiche
d’après Hans Holbein le Jeune
Henri VIII
1540-1550
238,3 x 122,1 cm
huile sur bois
West Sussex, Petworth House, National Trust
© West Sussex, Petworth House, National Trust
© Affiche de la Réunion des musées nationaux-Grand Palais, Paris 2015

Artiste des Pays-Bas
Henri VII
1505
42,5 x 30,5 cm
huile sur bois
Londres, National Portrait Gallery
© National Portrait Gallery, London, England

Joos van Cleve
Henri VIII
vers 1530-1535
72,4 x 58,6 cm
huile sur bois
Londres, The Royal Collection
© Royal Collection Trust/© Her Majesty Queen
Elizabeth II 2014

Atelier associé au maître dit «Master John»
Edouard VI
vers 1547
155,6 x 81,3 cm
huile sur bois
Londres, National Portrait Gallery
© National Portrait Gallery, London, England

Artiste des Pays-Bas
Elisabeth Ire, dit The Darnley Portrait
vers 1575
113 x 78,7 cm
huile sur bois
Londres, National Portrait Gallery
© National Portrait Gallery, London, England

Artiste inconnu
Catherine d’Aragon
vers 1520
52 x 42 cm
huile sur bois
Church Commissioners for England, en dépôt à la National Portrait Gallery de Londres
© National Portrait Gallery, London, England

Eugène Delacroix
Projets de costume pour Amy Robsart de Victor Hugo : Amy Robsart
1828
26,2 x 11,5 cm
aquarelle et encre sur papier
Maison Victor Hugo, Paris

Henry Andrews
Le Procès de la reine Catherine dans Henry VIII de Shakespeare, acte II, scène 4
1831
92,7 x 85,7 cm
huile sur toile
Royal Shakespeare Company Collection, Stratford-upon-Avon
© Royal Shakespeare Company Collection,
Stratford-upon-Avon, Warwickshire / Bridgeman Images

Jusqu’au 21 septembre 2015
Château d'Écouen. 95440 Écouen
Tél. : : 01 34 38 38 50
Du mercredi au lundi de 9 h 30 à 12 h 45 et de 14 h à 17 h 45

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Les citations proviennent du dossier de presse. L'article a été publié le 17 juillet 2015, puis les 31 décembre 2015 et 4 mars 2017.

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