vendredi 3 septembre 2021

Napoléon aux 1001 visages

Pour le bicentenaire de la mort de l'empereur Napoléon Ier, le musée national du château de Malmaison présente « Napoléon aux 1001 visages ». Bonaparte et Napoléon Ier ont forgé et popularisé leur image ainsi que leur légende auprès de leurs contemporains et pour l'éternité. L'exposition vise à « découvrir le visage de Napoléon Bonaparte à travers œuvres dessinées, peintes, sculptées et déceler derrière la diversité de ces expressions, l’évolution de ses traits dans le temps et au-delà le message politique voulu par le héros et retenu par l’artiste ». Ces œuvres présentent des allégories rappelant parfois Moïse et les Tables de la Loi.

Napoléon et Paris : rêves d’une capitale

« Le Service à Compétence Nationale des musées nationaux des châteaux de Malmaison et Bois-Préau, de l’île d’Aix et de la Maison Bonaparte à Ajaccio s’est engagé avec enthousiasme dans la commémoration du bicentenaire de la mort de Napoléon en prêtant un grand nombre d’œuvres phares aux expositions du musée de l’Armée, de La Villette, du Mobilier national, du musée Fesch… : au total, pas moins de soixante-six œuvres aussi emblématiques que le char funèbre, l’habit et le glaive du Premier Consul, la grande fresque des âges de Napoléon qu’offrent les portraits sculptés de Jean-Baptiste Eugène Guillaume, ou encore des tableaux aussi poignants que celui de Napoléon sur son lit de mort par Charles Mauzaisse. Mais parallèlement, il a aussi établi une programmation riche et variée dans chacun de ses sites, le château de Malmaison, la maison Bonaparte à Ajaccio et le musée Napoléon de l’île d’Aix grâce à la très grande richesse de ses collections », a précisé Élisabeth Caude, directrice du Service à Compétence Nationale des musées nationaux des châteaux de Malmaison et Bois-Préau, de l’île d’Aix et de la Maison Bonaparte à Ajaccio.

Et Élisabeth Caude de souligner : « À Malmaison, c’est une exposition ambitieuse qu’il est donné de voir grâce aux abondantes recherches et à l’analyse précise menées par Isabelle Tamisier-Vétois, conservateur en chef au château de Malmaison et commissaire de l’exposition : découvrir le visage de Napoléon Bonaparte à travers œuvres dessinées, peintes, sculptées et déceler derrière la diversité de ces expressions, l’évolution de ses traits dans le temps et au-delà le message politique voulu par le héros et retenu par l’artiste. C’est à ce décryptage du sujet représenté et du regard porté sur lui que l’exposition invite dans un parcours thématique qui conduit à travers le château et passe d’un Bonaparte fougueux, sûr de son étoile militaire, à l’organisateur réfléchi du temps du Consulat, de l’Empereur auréolé de lauriers, d’or et de gloire au proscrit malade de Sainte-Hélène. La reconstitution de ce visage grâce un masque mortuaire relève d’une enquête policière, la confrontation des images de films projette dans l’appropriation moderne du héros. »

« S’il est une silhouette reconnaissable entre toutes où se devine une longue redingote surmontée d’un large bicorne, c’est bien celle de Napoléon 1er. Mais derrière ces accessoires intimement liés dans la mémoire collective à la personnalité de l’Empereur, au-delà de ces images si souvent reproduites, quels étaient les véritables traits de Napoléon Bonaparte ? Est-ce le jeune homme fougueux aux traits émaciés du vainqueur de Marengo, le héros antiquisant à la plastique classique apparue sous le ciseau de Canova ? Une seule image, réaliste s’il en est, celle donnée par le masque mortuaire, qui fige pour l’éternité, selon les mots de Malraux « la permanence du Néant » et qui exerce sur nous une « séduction glacée et sérénité fascinante », a indiqué Isabelle Tamisier-Vétois, conservatrice en chef du patrimoine au musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau, commissaire de l’exposition.

Et Isabelle Tamisier-Vétois poursuit : « Comment faire aujourd’hui la part des choses, quels sont les dénominateurs communs à toutes ces images, dont les meilleurs artistes du temps ont immortalisé les traits d’un homme qui ne voulait pas poser ? Plusieurs pistes peuvent être explorées pour démêler réel et idéal : confronter les témoignages de contemporains aux représentations de sa famille, de sa descendance et suivre, telle une énigme policière, grâce aux recherches scientifiques d’un médecin légiste, les péripéties de la confection du masque mortuaire. »

« L’image impériale est aussi un outil de communication politique unique qu’elle soit un tableau de grand format de l’Empereur en costume de sacre ou une version miniature peinte par les meilleurs artistes sur une boîte en or, que l’on distribuait comme présent. Ainsi que l’a souligné Jean Tulard, Napoléon a forgé lui-même sa légende. Tous les moyens de reproduction sont utilisés, de la série de biscuits de Sèvres, à la gravure, jusqu’à l’image d’Épinal, qui popularise le héros. Cette démultiplication de l’image du pouvoir va participer activement à la légende napoléonienne, tout comme le fait, depuis son invention, le cinéma »,  a observé Isabelle Tamisier-Vétois.

« À cette représentation héroïque répond celle de la légende noire véhiculée par la caricature, déformant les traits à loisir, et celle de l’image interdite, où le visage de l’usurpateur doit être dissimulé à la Restauration pour circuler chez les Bonapartistes. Mais ce visage devenu iconique a parfois donné lieu à des interprétations tout à fait fantaisistes, comme celles des portraits de jeunesse, alors qu’aucune documentation n’existait », a analysé Isabelle Tamisier-Vétois.

« À travers une telle profusion d’images et pour répondre au souhait de Bonaparte, rapporté par le peintre Delécluze, le visiteur devra rechercher dans cette présentation « l’âme plutôt que les traits ». Malmaison, qui d’entre toutes les résidences impériales a vu les plus longs séjours de Napoléon, s’impose pour un tel sujet. Malmaison, dont les murs l’ont connu dès son retour d’Égypte en 1799, alors jeune général. L’exposition propose un cheminement pour suivre l’évolution des traits de son Napoléon Bonaparte en parcourant ces vingt-deux années de son évolution physique, jusqu’au dernier séjour en juin 1815, où il trouve refuge avant l’exil, tel un Empereur déchu de 46 ans. « Près d’une centaine d’œuvres sont réunies pour cette manifestation et ponctuent les salles du parcours permanent du musée. L’abondant fonds du musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau est enrichi de prêts des musées nationaux des châteaux de Versailles et de Fontainebleau, de la Fondation Napoléon, de la Fondation Dosne-Thiers auxquels viennent s’ajouter les prêts généreux de collectionneurs privés », a conclu Isabelle Tamisier-Vétois.

« Le monumental buste de Canova accueille le visiteur dans le vestibule. Le parcours évoque les différents aspects que les artistes donnèrent au visage de Napoléon selon le message qu’ils souhaitaient leur conférer : héros contemporain, héros à l’antique, chef dynastique… La profusion de ces images, oscillant entre idéal et réalité, entretint au cours des deux siècles écoulés la légende napoléonienne. »

Certains peintures insèrent des allégories rappelant la Bible, notamment Moïse et les Dix Commandements ou Tables de la Loi, dans leurs tableaux. Une manière d'ancrer l'œuvre de l'empereur Napoléon Ier, en particulier le Code Civil, dans le Temps, en la rattachant à d'illustres ères et en suggérant qu'elle sera éternelle.

La Fondation Napoléon propose l'analyse par Irène Delage du tableau « Napoléon couronné par le temps écrit le Code civil », par Jean-Baptiste Mauzaisse (1833). 
Douze ans après la mort de l'empereur, alors que "certains Français sont même nostalgiques de l’époque impériale", Mauzaisse peint ce tableau où il place, à gauche, l'aigle doré. "L’aigle est associé depuis la plus haute antiquité aux victoires militaires et c’est un emblème de la Rome impériale". C'est aussi "un des surnoms de l’Empereur". 
"Le nuage et les cieux, le Temps personnifié par le vieillard, et la Mort vaincue, sous la forme de la faux déposée  : Napoléon Ier et son œuvre, le Code civil, ne seront pas oubliés et entreront dans l’Histoire".
Le peintre Mauzaisse "s’est inspiré de la tradition : depuis des siècles, les peintres, les sculpteurs et les graveurs représentent le prophète juif Moïse tenant deux tablettes sur lesquelles sont inscrits les Dix Commandements à respecter. On appelle d’ailleurs ces tablettes les Tables de la Loi. Ces commandements, transmis par Dieu, posent quelques règles de vie essentielles en société : ils imposent l’égalité et le respect de la propriété d’autrui, des liens du mariage, des parents et de la famille (notamment  : honorer son père et sa mère ; ne pas commettre de meurtre ; ne pas commettre de vol ; ne pas porter de faux témoignage ; ne pas convoiter les biens d’autrui). Les lois humaines, citoyennes, sont représentées comme cette loi divine, sur deux (parfois une) tablettes, par exemple la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen."
Dans son tableau "Moïse représentant les tables de la Loi" (1645-1663", « le peintre français d’origine brabanconne Philippe de Champaigne (Bruxelles, 1602 – Paris, 1674) représente Moise en tant que législateur, somptueusement habille de bleu et d’or, derrière un parapet en marbre. A l’arrière-plan, la silhouette du mont Sinaï se profile sous un ciel charge de nuages et de fumée. Le prophète exhibe les tables de la Loi en indiquant du pouce et de l’index le texte sculpte dans la pierre. Le geste appelle le regard du spectateur, qui est ainsi sollicite par le Décalogue grave », a analysé le musée d'art et d'histoire du Judaïsme (mahJ) dans son dossier pédagogique sur son exposition "Moïse. Histoire d'un prophète". 
Le mahJ analyse ainsi "Napoléon le Grand rétablit le culte des israélites, le 30 mai 1806". « De la Loi de Moise à la loi universelle : la fortune du motif des tables de la Loi, de la Révolution française à Napoléon Ier.
Les tables de la Loi apparaissent des 1789 comme cadre décoratif et symbolique de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : cette référence permet de souligner la portée universelle des articles de cette déclaration, en référence explicite aux Dix Commandements. Le motif des tables de la Loi se retrouve tout au long des années révolutionnaires, en particulier dans les allégories de la Liberté et de la Justice incarnées par des femmes a l’allure de déesses antiques.
Le Premier Empire (1804-1815) reste fidèle à ce thème iconographique.
Lorsque Napoléon Ier envisage, a partir de 1806, de réorganiser le culte israélite en France et en Italie, la symbolique des tables de la Loi se révèle particulièrement riche : cette image permet en effet d’évoquer l’idée d’une insertion des juifs, fidèles à la Loi de Moise, dans la nation française qui, elle-même, s’est placée depuis près de vingt ans sous le signe des tables de la Loi. Cette symbolique rappelle en outre que l’ancien statut impose aux juifs cède ainsi le pas à celui des israélites, c’est-à-dire à des citoyens fidèles aux principes communs de la Nation. Elle fait enfin de Napoléon un nouveau Moise.
Une gravure de François Louis Couche (1782-1849) présentée dans l’exposition et datée de 1806 évoque directement cette allégorie de Napoléon comme nouveau Moise. L’empereur des Français fait face à une autre allégorie sous les traits d’une femme couchée a terre qui tend la main droite vers lui. Cette allégorie représente les juifs de France. Les deux figures portent chacune dans leurs mains des tables de Loi, mais de forme différente : celles tenues par Napoléon sont rectangulaires, tandis que celles qui se trouvent dans les mains de la femme à terre sont arrondies au sommet.
Si l’on suit l’interprétation de l’historienne R. Bernheim-Neher, ces deux formes renverraient à deux modèles iconographiques distincts : celui des tables de la Loi arrondies, délaissées à terre, rappellerait l’image des tables de la Loi que l’on trouve traditionnellement dans les représentations médiévales de la Synagogue aux yeux bandés pour signifier l’Ancienne Loi déchue, par opposition à l’Eglise triomphante ; celui des tables de la Loi rectangulaires rappellerait au contraire les représentations du Moise législateur célébrées au XVIIe  siècle, à l’image du portrait de Moise par Philippe de Champaigne, exécute au XVIIe  siècle (cf. fiche d’œuvre n°2).
Tout en affirmant le caractère inédit de la décision politique de Napoléon de reconnaitre officiellement le judaïsme français – auquel il donne en 1808 une organisation pérenne, le Consistoire –, l’iconographie à sa gloire ne se démarque pas des anciennes représentations négatives du judaïsme comme Ancienne Loi déchue. »



« La reconstitution du visage de Napoléon peu avant sa mort »
par Philippe Froesch, studio Visualforensic

« Grâce à la numérisation en trois dimensions du masque mortuaire Antommarchi-Azémar (cat. 78) et la mise en forme par une application informatique spécifique, Philippe Froesch a pu obtenir, un visage reconstitué de l’Empereur. L’empreinte originale avait été, selon le témoignage du Premier valet de chambre Louis Joseph Narcisse Marchand (1791-1876) prise en position semi-couchée, la tête soutenue par Achille Archambault (1792-1858), cocher de l’Empereur et compagnon d’infortune. »

« Cette position combinée à la déformation cadavérique a modifié les traits. Une correction a été apportée selon les données apportées par la médecine légale au niveau des commissures des lèvres, des coins externes des paupières et de la position du menton. Les paupières ont été rouvertes en suivant les plis palpébraux présents sur le plâtre. La position des yeux a été guidée par la forme convexe des paupières. En revanche, l’arrière du crâne n’est qu’une projection faite en accord avec la forme du front, en l’absence du moulage de cette partie.
Numérisation 3D du masque mortuaire ».

EXTRAITS DU CATALOGUE

« Une image unique, le Premier consul à Malmaison »
Par Élisabeth CAUDE, directrice du Service à Compétence Nationale des musées nationaux des châteaux de Malmaison et Bois-Préau, de l’île d’Aix et de la Maison Bonaparte à Ajaccio

« Quand bien même Napoléon Bonaparte aura beaucoup séjourné à Malmaison en ces premières années du Consulat, avant qu’il ne marque, du fait des circonstances, une préférence pour Saint-Cloud à partir de l’automne 1802, la représentation de son image dans ces lieux aimés est, il faut bien le reconnaître, tout à fait limitée. 
Aussi le portrait que Jean-Baptiste Isabey donne de lui dans les jardins de Malmaison, à cette époque, est-il iconique. Non seulement par la puissance qui se dégage de sa silhouette, image flatteuse d’un homme jeune, en pleine force de l’âge. Mais bien plus par le fait que le Premier consul, si avare de séance de pose, ait accepté et apprécié ce portrait en pied de lui, dans un décor qui est le sien et qu’il aime, cette maison de plaisance achetée en 1799 et que des campagnes de travaux confiés à Percier et Fontaine embellissent. Le portrait se situe entre avril 1801, puisqu’à cette date les deux bronzes d’Apollon et de Diane ont été installés devant la façade arrière du château (1) et septembre 1802, date de la présentation de l’œuvre au Salon sous le n° 913. Si le temps de la rue de la Victoire est celui des cheveux longs, emblématiques de la fougue du jeune officier et de son romantisme républicain, c’est bien ce portrait du Premier consul, en cheveux courts, qui illustre pleinement le temps de Malmaison entre 1799 et 1802, avant la marche vers l’Empire. Et pour preuve du caractère emblématique de cette œuvre, son appartenance aux collections de Joséphine. »

(1) B. Chevallier, Malmaison, château et domaine des origines à 1904, 1989, p. 75

« Le visage qu’ils ont vu : Napoléon sous le regard de ses contemporains »
Par Isabelle Tamisier-Vétois, conservatrice en chef du patrimoine au musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau
« Ce n’était pas Thémistocle banni d’Athènes. Ce n’était pas Marius à Minturnes. L’Empereur ne ressemblait à personne. Sa physionomie ne pouvait appartenir qu’à lui (2). » (André Pons de l’Hérault)

« Si les peintres et les sculpteurs nous présentent un visage impassible, aux traits codifiés, les récits nous offrent la description d’un visage en mouvement avec ses expressions qui le transforment et lui donnent vie.
Aucune époque de l’Histoire de France n’aura suscité autant de vocations de mémorialistes que ce premier quart du XIXe siècle. Cette envie irrépressible de coucher sur le papier ce que compagnons, proches collaborateurs et ministres ont vécu aux côtés de l’Empereur est unique comme l’est cette période si riche d’évènements politiques et militaires. Jean Tulard, dans son étude critique des mémorialistes de l’époque napoléonienne, apporte un éclairage indispensable à la lecture de tous ces récits (3). Il faut attendre 1815 et la chute de l’Empire pour que ces témoins, pour la plupart retirés de la vie publique, choisissent de se tourner vers le passé en publiant leurs souvenirs. Mettre en lumière le quotidien de l’Empereur, ses faits et gestes politiques, pour ceux qui furent si souvent dans son ombre, s’avéra être aussi une occasion unique pour eux d’entrer dans le sillage de sa postérité. Le premier des récits fut celui publié par le comte de Las Cases, deux ans après la mort de l’Empereur, Le Mémorial de Sainte-Hélène. À partir de cette date et grâce à un certain assouplissement de la censure vont paraître à un rythme soutenu nombre d’ouvrages à succès. Que l’on ne s’y trompe pas, tout comme le peintre ou le sculpteur, le mémorialiste peut également idéaliser, par sa plume, les traits du héros. D’autant que plusieurs d’entre eux remirent leurs notes éparses aux éditeurs afin qu’ils les transcrivent. »

(2) Pons de l’Hérault, 1897, p. 14.
(3) Tulard, 1991.

« La quête impossible d’un idéal moderne. L’image de Napoléon au prisme des bustes.
In memoriam Gérard Hubert
Stéphanie Deschamps-Tan, conservatrice en chef au musée du Louvre
Valérie Carpentier-Vanhaverbeke, conservatrice au musée du Louvre

« L’abondance des bustes de Napoléon, leur hétérogénéité, leur rapport ambigu avec l’héritage de la tradition du portrait français depuis le XVIIe siècle, leur distance aussi, pour nombre d’entre eux, avec les traits du personnage tels qu’ils nous sont connus par d’autres sources iconographiques, frappe, peut-être davantage encore que s’agissant des portraits peints, dessinés ou gravés. Le choix de l’effigie sculptée à diffuser et l’organisation de cette diffusion, étaient des éléments importants de l’exercice du pouvoir, dont Napoléon ne sous-estima pas les enjeux, et pourtant la typologie complexe des bustes conservés, bien connue depuis les travaux de Gérard Hubert (4), soulève ce paradoxe : Napoléon, l’homme aux mille visages, partout reproduits, semble avoir eu un vrai problème avec sa propre image en trois dimensions.
Le choix d’un type de buste, en costume militaire, arborant les insignes du pouvoir, lauré, à l’antique, drapés intemporels ou nudité héroïque, coupé au torse, aux épaules, ou en hermès, fait en effet écho, inévitablement, à de multiples références, à la toute fin du XVIIIe siècle. Certaines sont assumées, d’autres moins, s’agissant d’un genre renvoyant autant à l’image de la royauté et du pouvoir, qu’aux modes traversant la société d’Ancien Régime, qu’à l’histoire des élites, et qu’à un héritage réel ou fantasmé de l’Antique. En outre, plus que toute autre représentation, le portrait en buste, par sa matérialité, le rapport particulier qu’il entretient avec la réalité volumétrique du corps, du visage, engage intimement l’individu par la figuration, outre des traits, de l’expression et du regard, et à travers ce dernier, de l’esprit. Napoléon, dont le visage était notoirement mobile, et dont la corpulence et l’apparence évolua à un rythme rapide, répugna, le fait est bien connu, à l’exercice de la pose, très nécessaire pour l’art des sculpteurs portraitistes. »

(4) Hubert et Ledoux-Lebard, 1999. Voir aussi Bories, 1998.


Du 5 mai au 6 septembre 2021
Le musée est ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10 h à 12 h 30 et de 13 h 30 à 17 h 45 (18 h 15 le week-end)
Visuels :
Le Premier Consul franchissant les Alpes au col du Grand Saint-Bernard
David Jacques Louis (1748-1825)
Musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau
© RMN-Grand Palais (musée des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau) / Franck Raux

Boîte avec une miniature sur ivoire au portrait de Napoléon
Musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau
© RMN-Grand Palais (musée des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau) / Franck Raux

Portrait du général Bonaparte
Louis Albert Guislain. Bacler d’Albe (1761-1824)
An V (1797)
Musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau
© RMN-Grand Palais (musée des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau) / André Martin

Napoléon Ier couronné par le Temps, écrit le Code Civil
Jean-Baptiste Mauzaisse
© RMN-Grand Palais (musée des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau) / Daniel Arnaudet

Masque mortuaire de Napoléon
François Antommarchi (1780-1838)
1821
Musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau
© RMN-Grand Palais (musée des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau) / André Martin

Bonaparte, Premier consul, à Malmaison
Isabey Jean-Baptiste (1767-1855)
Musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau
© RMN-Grand Palais (musée des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau) / Gérard Blot

Buste du général Bonaparte
Charles Louis Corbet (1758-1808)
An VII (1799)
Musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau
© RMN-Grand Palais (musée des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau) / Daniel Arnaudet

Buste du Premier consul pacificateur et protecteur de Lyon
Joseph Chinard (1756-1813)
An X (1802)
Musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau
© RMN-Grand Palais (musée des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau) / Gérard Blot

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Les citations sur l'exposition proviennent du dossier de presse.

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