vendredi 31 juillet 2026

Lee Miller (1907-1977), photographe

Mannequin vedette, modèle, égérie des surréalistes, compagne et assistante de Man Ray qui l’initia à la photographie, l'Américaine Lee Miller (1907-1977) a symbolisé une photographe courageuse, femme nouvelle, libérée et active, à la silhouette longiligne et élégante. Correspondante de guerre dans l'US Army durant la Deuxième Guerre mondiale, elle est aussi célèbre pour ses photographies des déportés des camps de concentration de Buchenwald et de Dachau. Après 1945, marquée par les atrocités nazies découvertes, elle se fixe au Royaume-Uni et se consacre à l'écriture de livres de cuisine. Le Musée d’Art Moderne de Paris, puis l’Art Institute of Chicago, présentent la plus importante rétrospective consacrée à Lee Miller en France depuis vingt ans.

Née dans une famille bourgeoise américaine, Elizabeth « Lee » Miller pose enfant pour son père, ingénieur, homme d’affaires et photographe amateur. Des clichés étranges pris par un père sur sa fille.

A l’âge de huit ans, elle est violée, et soit subir un traitement médical douloureux contre la maladie sexuellement transmise.

Elle étudie à l’Ecole des Beaux-arts de Paris (1925), puis à New York (1927).

Repérée par Condé Nast à New York, Lee Miller devient mannequin pour le magazine Vogue dès mars 1927, modèle pour Edward Steichen et Arnold Genthe.

En 1929, elle s’installe à Paris, et se lie avec Man Ray, photographe surréaliste qui lui enseigne la photographie. Elle expérimente la solarisation co-découverte avec Man Ray.

En 1930, elle se lance comme photographe, puis incarne une statue, la bouche et le destin jouant aux cartes dans Le Sang d’un poète de Jean Cocteau.

En 1932, elle ouvre à New York, avec son frère Erik, son studio de photographie de portraits et de photographies commerciales. Parmi ses clients : sociétés de produits cosmétiques, entreprises de mode, agences de publicité, Vogue, etc.

Lee Miller participe à l’exposition collective sur la photographie européenne moderne à la galerie Julien Levy dans la Big Apple.

Un an plus tard, le galeriste et marchand d'arts américain Julien Levy organise à New York sa première exposition personnelle.

Après un intermède en Egypte où elle vit avec son premier mari l’entrepreneur Eloui Bey et photographie le désert et des sites historiques (Portrait of Space, 1937), Lee Miller renoue avec l’avant-garde parisienne - Man Ray, Dora Maar, Eileen Agar, Max Ernst, Picasso -, et rencontre en 1937 le poète et peintre surréaliste Roland Penrose qui deviendra en mai 1947 son second mari et le père de son fils Antony né en septembre 1947.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, elle se fixe à Londres et collabore à Brogue. Cette photojournaliste couvre à Londres le Blitz (éclair, en allemand) - bombardements allemands de septembre 1940 à mai 1941 de villes britanniques : Londres, Coventry, Plymouth, Birmingham, Liverpool, etc. lors de la bataille d'Angleterre.

Avec sa compatriote Margaret Bourke-White (1904-1971), Lee Miller est l’une des rares femmes correspondantes de l’armée américaine dès 1942. Constitués de textes et de photographies, ses reportages sont publiés par le magazine américain Vogue.

De 1944 à 1946, avec David E. Sherman, correspondant de Life, elle couvre les opérations de l’US Army, du débarquement en France jusqu’en Roumanie, la vie quotidienne des soldats et infirmiers américains, la découverte des camps de concentration de Buchenwald et Dachau.

Elle doit certifier l’authenticité de ses photographies de cadavres squelettiques des déportés pour que Vogue les publie en juin 1945 et informe ses lecteurs des atrocités commises par les Nazis.

David E. Sherman la photographie tandis qu’elle prend un bain dans la baignoire d’Hitler dans son appartement berlinois.

Après la guerre, elle souffre du syndrome de stress post-traumatique, et devient alcoolique.

En 1949, elle s’installe avec sa famille à Farley Farm House (Sussex). Là, s’y rendent Picasso, Man Ray, Henry Moore, Jean Dubuffet, Max Ernst… Ils seront photographiés par Lee Miller dans son dernier reportage Working Guests publié par Vogue.

De 1948 à 1973, Lee Miller continue sa collaboration, épisodique, pour Vogue pour des clichés sur la mode et les célébrités, et ses photographies illustrent les livres de son époux, de Pablo Picasso et d’Antoni Tàpies. Et devient une émérite cuisinière.

Elle décède d’un cancer en 1977.

Son fils accomplit un travail important pour répertorier et promouvoir l’œuvre de sa mère, et la réhabiliter comme photographe majeure du XXe siècle.

Hommages 
Dans le cadre du mois de la photo à Paris, et après Londres, le Jeu de Paume  a présenté en 2008-2009 la rétrospective L’art de Lee Miller. Cette exposition a regroupé pour la première fois 140 œuvres, dont certains des plus beaux tirages originaux de l’artiste. Etaient également montrés des exemplaires originaux de Vogue, des dessins et des collages, ainsi qu’un bref extrait du Sang d’un poète de Jean Cocteau. Etait aussi proposé le documentaire de Sylvain Roumette Lee Miller ou la traversée du miroir.

Au printemps 2014, L'Oeil de la photographie a publié une interview intéressante d'Antony Penrose, fils de Lee Miller et directeur des archives photographiques de sa mère.


La chaîne Histoire a diffusé en 2014 Lee Miller ou la traversée des apparences  de Sylvain Roumette.


Les 11 et 12 décembre 2014, Sotheby's proposa à New York la vente aux enchères d'un seul propriétaire privé et intitulée 175 Masterworks To Celebrate 175 Years Of Photography: Property from Joy of Giving Something FoundationCes 175 chefs d’œuvres de photographes sont issues de la collection du philanthrope et financier Howard Stein (1926-2011) qui l'avait donnée à sa fondation. Parmi les artistes choisis depuis les origines de cet art : Lee Miller. Cette photographie Untitled (Iron Work) est estimée entre 150 000 dollars et 250 000 dollars. Elle provenait de la collection de Maurice Verneuil (1869-1942), designer, artiste (céramique, papier peint, affiche, illustration, meubles) de l'Art nouveau et photographe parisien, constituée à la fin des années 1920 et dans les années 1930.

"With its precise composition and surprising luminosity, Untitled (Iron Work) incorporates Miller’s sophisticated sense of design and her ability to locate the Surreal in the real world.  It is a remarkably accomplished image for a photographer to have made so early in her career, from both an aesthetic and a technical point of view.  In Miller’s print, with its deep, charcoal-black ironwork and bright white sunlit wall, an architectural detail is transformed into a lyrical, abstract study of tonal values. Early prints of any of Miller’s photographs are scarce.  The present print is the only example of this image believed to have come to auction.  All of the above-listed literature reproduces the same print, the one owned by the Art Institute of Chicago.  That print was originally in the collection of pioneering gallerist Julien Levy, who gave Miller her first solo exhibition in 1932-33, and also included her work in Modern European Photography, Exhibition of Portrait Photography, and Exhibition of Anti-Graphic Photography" (Sotheby's).


Lee Miller est l'une des photographes mises à l'honneur dans l'exposition Qui a peur des femmes photographes ? 1839 à 1945 présentée en deux parties chronologiques au musée de l'Orangerie et au musée d'Orsay.


"Lee Miller: A Woman’s War"
L'Imperial War Museum (IWM) de Londres présenta l'exposition Lee Miller: A Woman’s War. Une exposition de 150 photographies sur l'expérience de femmes de la Deuxième Guerre mondiale saisies par Lee Miller.

"2015 marks 70 years since the end of the Second World War. When war broke out in 1939, women embarked on a continuous process of change and adaptation. For some, including Miller herself, the war brought a form of emancipation and personal fulfillment, but its many privations caused widespread suffering. Miller’s photography of women in Britain and Europe during this period reflects her unique insight as a woman and as a photographer capable of merging the worlds of art, fashion and photojournalism in a single image".


Lee Miller: A Woman’s War "will trace Miller’s remarkable career as a photographer for Vogue Magazine and for the first time will address her vision of gender. Miller was one of only four female professional photographers to be accredited as US official war correspondents during the Second World War. Recognised today as one of the most important female war photographers of the twentieth century, through her work Miller offers an intriguing insight into the impact of conflict on women’s lives, detailing their diverse experiences and her own world view".


"Comprising four parts, this exhibition will document Miller’s evolving vision of women and their lives as she travelled between countries before, during and in the immediate aftermath of the Second World War".


"Women before the Second World War considers the origins of Miller’s wartime vision of women and her evolution as a photographer in the years preceding the Second World War; drawing on early life experiences, such as childhood trauma, her brief career as a fashion model, her involvement in the Surrealist art movement, the influence of early mentors such as Man Ray, and her two marriages".


Women in Wartime Britain "explains how Miller, in her new role as photographer for British Vogue, documented the gradual but inexorable transformation of women’s lives in wartime Britain between 1939 and 1944. Illustrating how wartime privation and suffering was offset, in some cases, by enhanced opportunities outside the home".

Women in Wartime Europe "examines Miller’s coverage of the impact of war on women in Europe as a US official war correspondent for Vogue magazine, 1944 – 1945, highlighting the diverse and distinctive nature of women’s experience of liberation, defeat and military occupation. Here the exhibition considers the emotional and physical toll of war on women, including Miller herself, reflecting too on the capacity of war in the front line to temporarily dissolve established divisions between the sexes".

Women after the Second World War "focuses on Lee Miller’s coverage of women in Denmark, Austria, Hungary and Romania in the immediate aftermath of war, contemplating the lasting legacy of war, the difficult process of recovery from wartime experiences and the adjustment to post-war changes".

‘Miller’s most important legacy is without doubt her photography of the Second World War.’ Hilary Roberts, Research Curator of Photography, IWM.


"Alongside Miller’s striking photographs, many of which are on public display for the first time, artworks, costume, objects, documents and ephemera will contribute to this fascinating and rarely told story .

"The exhibition is accompanied by a major illustrated book, Lee Miller: A Woman's War by the exhibition's curator Hilary Roberts and features an introduction by Antony Penrose, Lee Miller's son. Miller's photographs, many previously unpublished, are accompanied by extended captions that place the images in the context of women's roles within the landscape of war. Lee Miller: A Woman's War was published by Thames & Hudson on 5 October 2015".


"Lee Miller et Man Ray"

Arte diffusa en 2019, dans le cadre de la série documentaire "L'amour à l'oeuvre" ("Liebe am Werk"), "Lee Miller et Man Ray" ("Lee Miller & Man Ray") réalisé par Delphine Deloget (2018). 

Né dans une famille d'immigrés juifs russes, "peintre et cinéaste, Man Ray reste d’abord la figure emblématique du surréalisme. Femme fatale à la beauté glacée, Lee Miller, icône des magazines de mode qui se rêve photographe, en fait son maître et son amant, avant de rivaliser à son tour d’invention et d’audace. Man Ray et Lee Miller, c’est l’histoire d’un amour qui va révéler une femme dont l’image de muse a longtemps éclipsé le talent d’artiste".

"Lee Miller - Mannequin et photographe de guerre"
Arte diffusa en 2022 "Lee Miller - Mannequin et photographe de guerre" (Lee Miller - Supermodel und Kriegsfotografin ; Lee Miller - A Life on the Front Line), documentaire réalisé par Teresa Griffiths. 

"À rebours des conventions sociales imposées aux femmes de son temps, Lee Miller (1907-1977) a vécu mille vies. Le portrait fouillé d’une artiste aussi à l’aise devant que derrière l’objectif."

"En 1927, Lee Miller (1907-1977) est une jeune et belle femme qui fait le bonheur des photographes. Arrivée à New York, elle est repérée par hasard par Condé Nast, le fondateur du magazine Vogue dont elle ne tardera pas à faire la couverture. Prise à son tour par le virus de la photographie, mais derrière l’objectif cette fois, elle s’installe à Paris en 1929 et choisit Man Ray pour professeur. Leur relation amoureuse sera fusionnelle, chacun étant tour à tour pour l’autre artiste et modèle, une gageure dans un mouvement surréaliste largement dominé par des figures masculines. Après une parenthèse maritale en Égypte avec un riche industriel, elle pratique l’amour libre dans le sud de la France, derniers instants d’une liberté rêveuse, avant que n’éclate la guerre". 

"À Londres, elle rend compte des bombardements, puis retrouve la France, où elle devient l’une des seules femmes photographes envoyées sur le front. Se remémorant la bataille pour la libération de Saint-Malo, elle écrit : "J’avais mon uniforme, une ou deux douzaines de pellicules et un duvet. J’étais la seule photographe à des kilomètres à la ronde et l’heureuse propriétaire, en quelque sorte, de ma propre guerre privée." Ayant suivi les troupes américaines en Allemagne, elle publie dans Vogue l’un de ses plus fameux reportages : Croyez-y, une immersion photographique dans les camps de concentration de Dachau et de Buchenwald, tout juste libérés". 

"Lorsqu’il retrouve les négatifs dans son grenier, le fils de Lee Miller n’en croit pas ses yeux. Quelle est cette femme, tour à tour modèle et photographe, capturant les dunes désertiques de l’Égypte, des vacances échangistes dans le sud de la France aux côtés des surréalistes, ou l’horreur de Dachau et de Buchenwald ? L’artiste avait à tiré un tel trait sur son passé que son propre fils n’en connaissait rien. Teresa Griffiths brosse le portrait d’une femme anticonformiste, indifférente au carcan du machisme mais également minée par un passé d’abus sexuel et un syndrome post-traumatique qui la précipitera, après la guerre, dans l’alcool et la dépression. Son ami, amant et collègue photographe de guerre David Sherman, avec qui elle a entretenu un ménage à trois au côté de l’artiste Roland Penrose, son deuxième mari, dit d’elle, face caméra : "Elle a mené six, huit, dix vies discrètes, absolument différentes les unes des autres." On reste coi face aux carrières et aux personnalités multiples de l’artiste, tout autant que muet d’admiration devant la puissance de ses clichés, auxquels le documentaire fait la part belle". 

Musée d'Art moderne 
« Du 10 avril au 2 août 2026, le Musée d’Art Moderne de Paris présente la plus importante rétrospective consacrée à Lee Miller en France depuis vingt ans. »

« Organisée à l’initiative de la Tate Britain et en collaboration avec l’Art Institute of Chicago, l’exposition réunit près de 250 tirages anciens et modernes, dont plusieurs inédits, et propose un nouveau regard sur l’œuvre de Lee Miller. »

« Figure essentielle de l’avant-garde internationale, Lee Miller (1907, Poughkeepsie, États-Unis – 1977, Chiddingly, Royaume-Uni) fut tour à tour mannequin, artiste surréaliste, portraitiste, photographe de mode et correspondante de guerre accréditée par l’armée américaine. Longtemps reléguée au rôle d’égérie, elle est aujourd’hui reconnue comme l’une des grandes photographes du XXᵉ siècle. »

« L’exposition retrace l’ensemble de son parcours, de ses débuts à New York aux années de guerre en Europe, en passant par son séjour en Égypte et sa vie à Londres. Elle démontre la richesse d’une œuvre où cohabitent expérimentations formelles, audace visuelle et engagement politique. »

« Dix-huit ans après la dernière rétrospective française au Jeu de Paume, le Musée d’Art Moderne de Paris propose un parcours en six parties, mêlant approche chronologique et thématique. »

L’exposition
« L’exposition s’ouvre sur un ensemble de portraits de Lee Miller réalisés par les plus grands photographes et cinéastes des années 1920 et 1930. Lee Miller s’impose comme une personnalité du New York de la fin des années 1920 à travers tout d’abord son activité de mannequin. Elle est l’un des modèles les plus recherchés par les magazines, figurant l’archétype de la femme moderne, émancipée et active. Lors de son séjour à Paris, ses liens avec les surréalistes la conduisent à jouer l’un des rôles principaux du premier film de Jean Cocteau, Le Sang d’un poète (1930-1932). »

« Le parcours se poursuit en examinant l’importance de son séjour parisien entre 1929 et 1932. Cette période est marquée par sa rencontre avec Man Ray, dont elle devient l’apprentie mais également la compagne. Leur intense collaboration explore la puissance érotique du médium photographique, et se matérialise notamment dans leur découverte conjointe de ce que Lee Miller appelait la « solarisation ». Également connue sous le nom d'effet Sabatier, la solarisation est une technique consistant à réexposer brièvement un tirage ou un négatif à la lumière pendant le traitement. Il en résulte une inversion partielle des tons de la photographie, créant un effet de halo onirique. Ce phénomène a été observé pour la première fois dans les années 1840, mais Man Ray et Lee Miller sont souvent considérés comme les premiers artistes à l'avoir utilisé de manière créative. »

« Lee Miller ouvre son propre studio et travaille comme photographe pour Vogue, affirmant ainsi son désir d’indépendance artistique. Ses photographies, singulières par leur goût pour les cadrages obliques et les rapprochements insolites, sont exposées dans les galeries parisiennes aux côtés des grands photographes de l'époque (Germaine Krull, Brassaï...). »

« Cette période très riche s’achève par son départ pour New York en 1932, où elle ouvre un nouveau studio. Sa première exposition personnelle est alors organisée par la galerie Julien Levy. Il n’y en aura pas d’autres de son vivant. Son activité de portraitiste, à laquelle deux sections sont dédiées, prend un véritable essor, et se poursuivra tout au long de sa vie. Elle reflète ses nombreux liens avec les milieux artistiques et littéraires. »

« En 1934, Lee Miller épouse l’homme d’affaire égyptien Aziz Eloui Bey et s’installe avec lui au Caire. Les photographies de cette période frappent par l’affirmation des motifs, des textures et des cadrages qui composent ses images. Loin de l’exploration de thèmes exotiques, Miller va davantage porter son attention vers les contrastes de matières et de formes, les changements de perceptions induits par les angles de prises de vues. »

« En 1937, la rencontre de Miller avec le peintre et poète surréaliste Roland Penrose l’éloigne progressivement de l’Égypte. Elle passe davantage de temps en Europe en compagnie de ses amis surréalistes. En 1939, au déclenchement de la guerre, elle choisit de rester à Londres et s’investit progressivement dans les publications du Vogue britannique en tant que photographe de mode. Cette section montre l’utilisation dans ses clichés des ruines et des bombardements de Londres. Elle participe par ailleurs à la publication en mai 1941 de l’ouvrage Grim Glory : Pictures of Britain Under Fire (Sombre Gloire, images de la Grande-Bretagne sous le feu), qui témoigne de la vie quotidienne pendant le Blitz en mêlant célébration patriotique et humour noir. »

« À l’hiver 1942, Miller est l’une des rares femmes photographes à obtenir une accréditation de correspondante de guerre par les États-Unis. Désormais, elle couvre directement le conflit et consacre de nombreux reportages aux femmes engagées dans la guerre : infirmières, membres de la défense anti-aérienne, aviatrices, qui paraissent aussi bien dans le Vogue britannique qu’américain. »

« Quelques semaines après le Débarquement de juin 1944, elle traverse la Manche pour suivre l’avancée des troupes alliées, et se trouve en première ligne sur le front, notamment lors de la libération de Saint-Malo. Ses photographies et ses articles dénoncent la violence du conflit. Le parcours montre la façon dont elle se distingue alors des reportages de guerre classiques, par le ton qu’elle emploie et son engagement très personnel. Son œil et sa sensibilité s’attachent davantage à des détails signifiants, qu’au théâtre des opérations militaires. »

« En avril 1945, aux côtés du photographe de Life David E. Scherman, Lee Miller se rend à Dachau et Buchenwald juste après la libération des camps. Accompagnés d’un article (Believe it – juin 1945), certains de ses clichés publiés dans Vogue font état de sa sidération. Les photographies de Lee Miller sont parmi les premières à révéler au grand public l’entreprise d’extermination de masse des nazis. »

« Le 30 avril 1945, juste après avoir photographié le camp de Dachau, Lee Miller se rend à Munich et entre dans l’appartement d’Adolf Hitler. Dans une photographie entièrement mise en scène et chargée de symboles, elle pose dans la baignoire du dictateur. Peu diffusée sur le moment, l’image est aujourd’hui considérée comme l’une des photographies les plus emblématiques de la fin du conflit mondial. Jusqu’en janvier 1946, Lee Miller photographie l’Europe et la Libération. Ces images reflètent la douleur et les privations mais également les laissés-pour-compte de la Libération, comme les femmes et les enfants. Miller confie ainsi à son éditrice : « Je préfère décrire les dégâts des villes détruites et des personnes blessées plutôt que de faire face au moral brisé et à la foi anéantie de ceux qui pensaient que “les choses allaient redevenir comme avant” ».

« Les années qui suivent, Miller peine à se relever de son expérience de la guerre. La dernière section de l’exposition est consacrée à son installation à Farleys Farm House (Sussex) avec Roland Penrose et leur fils Antony. Lee Miller poursuit tout d’abord ses reportages et photographies de mode pour Vogue, mais cesse peu à peu son travail commercial. Dans un cadre plus privé, elle continue à réaliser des portraits de ses proches, qui reflètent son engagement continu auprès de l'avant-garde internationale. Farleys House, reflet du couple Miller-Penrose, devient un lieu important de rencontres artistiques au cours desquelles Lee Miller s’adonne à de nombreuses expérimentations culinaires,  qui rendent souvent hommage à l’inventivité de ses amis. »

« Le catalogue d’exposition édité par la Tate Britain à l’occasion de l’exposition est repris, traduit et adapté par les éditions Paris Musées. Il est pensé comme un nouvel ouvrage de référence sur l’œuvre de l’artiste. Il rassemble trois essais prolongeant les thématiques abordées dans l’exposition, rédigés par Damarice  Amao, attachée de conservation au cabinet photo du musée national d’Art moderne, Hilary Floe, conservatrice en chef à la Tate Britain et commissaire de l’exposition Lee Miller et Fanny Schulmann, conservatrice en chef au Musée d’Art Moderne de Paris et co-commissaire de l’exposition Lee Miller. Il accueille également un texte de l’autrice britannique Deborah Levy. »

« L’exposition Lee Miller est organisée par le Musée d’Art Moderne de Paris du 10 avril au 2 août 2026, en collaboration avec la Tate Britain et l’Art Institute of Chicago. L’exposition à la Tate Britain s'est tenue du 2 octobre 2025 au 15 février 2026 et l’exposition à l’Art Institute of Chicago aura lieu du 29 août au 7 décembre 2026. »

« Avec la participation des Archives Lee Miller. »


Parcours de l'exposition

Introduction

« Lee Miller (1907 – 1977) fut tour à tour mannequin, artiste surréaliste, portraitiste, photographe de mode et correspondante de guerre. Longtemps reléguée au rôle d’égérie, elle est aujourd’hui reconnue comme l’une des plus importantes photographes du XXᵉ siècle. Intrépide, elle a traversé son époque dans une quête perpétuelle de nouvelles visions et émotions. »

« Cette exposition retrace l’ensemble de son parcours, de ses débuts à New York jusqu’à sa vie à Farleys Farm en Angleterre, en passant par son séjour en Égypte et ses reportages de guerre. Elle démontre la richesse d’une œuvre où cohabitent expérimentations formelles, audace visuelle et engagement politique. Présentée à l’automne 2025 à la Tate Britain à Londres, l’exposition est à présent accueillie à Paris, où quelques prêts supplémentaires témoignent de son lien privilégié avec la capitale française. »

« Dès son premier séjour en 1925, la jeune artiste est happée par l’effervescence parisienne. En 1929, décidée à s’affirmer comme artiste, c’est à Paris qu’elle s’installe, afin de se former auprès de Man Ray avant d’ouvrir son propre studio. Bien après son départ, cette ville demeure pour elle un emblème de la liberté artistique portée par les surréalistes. Aussi, son arrivée à Paris en août 1944 pour couvrir la Libération est l’occasion de retrouver cette ville en ébullition, tout autant que la communauté artistique qui l’a toujours considérée comme l’une des siennes. »

« À travers un parcours mêlant les approches chronologiques et thématiques, l'exposition propose de dépasser la légende de Lee Miller afin de révéler la puissance de sa vision artistique. »

« Nous avons privilégié les tirages d'époque lorsque leur disponibilité et leur état de conservation le permettaient. Des tirages modernes, argentiques ou numériques complètent cet ensemble et en enrichissent la lecture. »

1. FACE A L’OBJECTIF
« [Je suis] pour ainsi dire née dans une chambre noire et c’est là que j’ai grandi. »

« Lee Miller arrive à la photographie par le biais du mannequinat. Auparavant, son père, photographe amateur passionné, l’avait également familiarisée avec cette technique, en la faisant poser dès sa petite enfance. Sa carrière de mannequin débute à New York en 1926, alors qu’elle étudie la peinture à l’Art Students League. À cette époque, les magazines de mode, notamment ceux de Condé Nast, délaissent progressivement le dessin pour la photographie. En mars 1927, son portrait dessiné par George Lepape pour la couverture des éditions américaine et anglaise de Vogue condense les nouvelles aspirations d’une période où la féminité se réinvente. »

« La jeunesse et l’androgynie sont alors plébiscités, symboles d’émancipation et d’indépendance pour les femmes. Grande et mince, les cheveux courts, participant à la vie mondaine de New York, Miller choisit à cette époque de modifier son prénom, passant d’Elizabeth à Lee : vif, moderne et unisexe, cela convient mieux à sa personnalité. »

« Elle devient l’une des premières stars du mannequinat photographique, alors à ses balbutiements. Ses collaborations avec certains des plus grands photographes des années 1920 et 1930 l’incitent à s’initier à cet art, déclarant « préférer prendre une photo qu’en être une. » En 1929, elle part pour Paris, où elle entre simultanément en apprentissage chez deux des photographes les plus réputés de la capitale, Man Ray et George Hoyningen-Huene. Elle pose pour eux, tout en accomplissant des tâches d’assistante et participe ainsi à la création de certaines des images de mode les plus emblématiques de cette période. Après la création de son propre studio en 1930, elle n’hésite pas à se prendre comme modèle pour répondre à des commandes. »

2. RÊVES D’ÉROS
« Miller s’installe à Paris à l’été 1929, avec l’ambition de s’affirmer en tant qu’artiste. Sur les recommandations du photographe new-yorkais Edward Steichen, elle se tourne vers Man Ray, peintre et photographe américain installé dans la capitale française depuis 1921, acteur central de la scène artistique parisienne. Elle se présente à lui sans s’annoncer : « Je lui ai dit sans fard que j’étais sa nouvelle étudiante. Il répondit qu’il ne prenait pas d’élèves et que de toute façon il quittait Paris pour les vacances. Je lui ai rétorqué, je sais, je viens avec vous – ce que j’ai fait. » Il s’en suit une liaison explosive et une collaboration artistique intense, chacun étant tour à tour le sujet et l’inspiration de l’autre. »

« Miller s’émancipe vite du stade de l’apprentissage. Elle se met à son compte dès 1930, tout en poursuivant son étroite collaboration avec Man Ray jusqu’en 1932. Cette section, qui réunit des œuvres attribuées aux deux artistes, explore la fluidité et la richesse de leur dialogue artistique. »

« Chacun pose devant l’objectif de l’autre tout en testant de nouvelles techniques, comme la solarisation. Les deux artistes partagent leurs studios, leurs modèles, leurs accessoires et même leurs appareils. Fascinés par la tension érotique des corps, ils repoussent les frontières de la photographie pour explorer l’amour, le pouvoir et le désir. Une collaboration si étroite rend parfois les attributions difficiles. Par la suite, Miller remarqua que certains de ses travaux avaient été publiés sous le nom de Man Ray, mais ajouta : « “Cela n’aucune importance : je ne peux pas revendiquer quoi que ce soit : nous étions presque la même personne qui travaillait”. »

3. UN REGARD SURRÉEL
« Certaines de mes photographies, je les ai imaginées, comme pour une peinture, et j’ai réuni le matériau nécessaire à leur réalisation. »

« Les années 1929-1932 sont parmi les plus intenses dans la vie de Miller. Ayant aménagé son studio dans son appartement de Montparnasse, elle vit et travaille au cœur de l’avant-garde parisienne. Miller est bien introduite chez les surréalistes, dont les œuvres et les écrits récusent les conventions, accueillent l’aléatoire et exaltent le pouvoir de l’inattendu et de l’étrange. Elle s’imprègne de ces concepts tout en traçant sa voie d’artiste indépendante. »

« Tournant son objectif vers les rues de Paris, Miller joue sur la capacité de la photographie à libérer les images de leurs contextes familiers pour leur conférer un sens nouveau. Les recadrages, reflets, juxtapositions inhabituelles et points de vue déroutants révèlent un monde d’une étrange beauté. Les statues prennent vie et les formes semblent soumises à de perpétuelles transformations. Motif récurrent, des mains énigmatiques saisissent, se tendent, pénètrent, explosent. Le rythme est induit par des contrastes francs d’ombre et de lumière. »

« Au début des années 1930, seul un petit réseau international de galeries et de revues soutient la photographie, que le grand public ne considère pas encore comme un art. Les clichés de Miller et de ses homologues, aussi bien modernistes que surréalistes, sont publiés et exposés à Paris, Marseille, Bruxelles, Londres, Milan, New York ou San Francisco. À la fin de l’année 1932, à 25 ans, elle retourne à New York et inaugure sa première exposition personnelle à la galerie Julien Levy. Levy, l’un des principaux marchands d’art aux États-Unis, voit alors en elle « la nouvelle lumière à l’horizon de la photographie ».

4. NOUVELLES VISIONS
« Miller arrive au Caire en septembre 1934, prête à entamer un nouveau chapitre de sa vie. Elle vient de passer deux ans à la tête d’un studio commercial à New York, où la crise économique sévit toujours, et en sort épuisée par les exigences des marques et des clients prestigieux. »

« Dans les premiers temps, Miller renonce complètement à la photographie. Tout juste mariée à Aziz Eloui Bey, un homme d’affaires égyptien, elle souhaite s’investir dans ce nouveau rôle et n’a plus besoin de gagner sa vie. En 1935, toutefois, un voyage à Jérusalem ravive sa créativité et elle revient à ses expérimentations, motivées par ses explorations du Moyen-Orient. Au cours des quatre années suivantes, Miller part régulièrement en expédition dans les déserts égyptiens, mais aussi en Syrie, Palestine, Liban, puis à Chypre, en Roumanie et en Grèce, aiguisant son goût de l’aventure et sa pratique artistique. En parallèle, elle se lie aux milieux intellectuels radicaux du Caire et contribue à la formation du groupe surréaliste de gauche Art et Liberté. »

« Miller photographie la modernité industrielle de l’Égypte, ses paysages immenses et ses ruines antiques. Son œil détecte les images ambiguës, les silhouettes fantastiques et les allusions érotiques. Les toiles déchirées, les statues drapées et les rochers anthropomorphes évoquent un monde de mutations possibles. »

5. ARTISTES ET AMIS I
« Lee Miller se lie avec les artistes et intellectuels les plus éminents de son époque. Tout au long de sa vie, elle collabore avec les membres de ce milieu international pour réaliser des portraits révélant aussi bien la personnalité des modèles que leur relation avec l’artiste. Certains émanent de commandes, d’autres relèvent de son initiative personnelle. Grâce à son expérience face à l’objectif, elle sait d’autant mieux établir un lien de confiance. « Il faut du temps pour faire un bon portrait, explique-t-elle, [et] découvrir ce qu’il ou elle pense de sa personne. » Les expériences précédentes de Miller dans l’éclairage au théâtre, la peinture d’avant-garde et le cinéma lui donnent un large éventail de moyens techniques et créatifs pour ses compositions. »

« Cette section commence au début des années 1930, quand Miller se spécialise dans le portrait, d’abord dans son studio à Paris, puis à New York. Ces photographies sont produites dans des contextes très divers, et ne connaissent donc pas toutes le même sort. Les portraits de Charlie Chaplin, par exemple, paraissent dans une revue populaire de cinéma en France (Pour Vous) et sont présentés dans des expositions de photographie moderne des deux côtés de l’Atlantique. »

« Lorsque Miller reprend contact avec les milieux surréalistes à la fin des années 1930, à la faveur de sa relation amoureuse avec Roland Penrose, elle consacre une série de portraits à ses amis artistes, réalisés au cours de vacances en Cornouailles (Angleterre) et dans le Sud de la France. La silhouette d’Eileen Agar fusionne avec son propre appareil, tandis que Pablo Picasso croise notre regard à travers le plan sombre d’une visière. La dernière série de photographies présentées ici correspond au travail de Miller pour Vogue au cours de la Deuxième Guerre mondiale. À Londres, et ensuite dans l’Europe libérée, elle immortalise des artistes confrontés à une actualité bouleversante. »

6. VOICI VOGUE, MALGRÉ TOUT !
« Laissant derrière elle sa vie en Égypte, Miller rejoint, le surréaliste Roland Penrose, à Londres en septembre 1939, juste avant le début du conflit. De nationalité américaine et, de ce fait, ne pouvant participer à l’effort de guerre, elle offre ses services au Vogue anglais. En peu de temps, les personnalités plus établies étant engagées dans d’autres urgences, elle s’affirme comme l’une des photographes majeures de la revue. »

« Miller doit faire preuve d’imagination pour travailler avec des moyens de plus en plus réduits et un vestiaire rationné. Ses photographies de mode font appel à des techniques ou un imaginaire qui s’apparentent à ceux des surréalistes. Les ombres, la solarisation et la surimpression (en exposant plusieurs fois le même négatif) confèrent une excentricité à des vêtements et des décors anodins. Des accessoires inattendus – un poisson gonflable ou un anti-incendie – pimentent la mode de guerre la plus terne. Les chapeaux qui faisaient partie des quelques accessoires non rationnés font l’objet d’une attention particulière dans ses compositions. »

« Les autorités britanniques estiment alors que les magazines féminins sont essentiels pour le moral de la population et constituent un excellent outil de propagande. Sous l’égide d’Audrey Withers, sa rédactrice en chef, le Vogue anglais encourage les femmes à remplacer les hommes au travail et à accepter le rationnement dans le secteur de la mode, pour soutenir l’effort de guerre. Les photographies de Miller donnent une pointe d’élégance à ces restrictions. Elles contribuent à relancer la tendance des cheveux courts, soutenant la campagne du ministère du Travail pour lutter contre les poux dans les usines. »

« Suite au bombardement des bureaux de Vogue sur Bond Street à Londres en septembre 1940, le magazine titre sur un ton déterminé : « Voici Vogue, malgré tout ! », en surplomb de photographies de Lee Miller détaillant les ravages de l’incident. En privé, Miller faisait part de ses frustrations de ne pas être plus près du front. Ainsi qu’elle l’écrit à ses parents : « C’est un peu bête de continuer à travailler pour une revue aussi frivole que Vogue, c’est sans doute bon pour le moral du pays, mais c’est effroyable pour le mien. »

7. SOMBRE GLOIRE
« Il y a des années, je me suis battue pour vivre en Europe – j’ai choisi mes amis dans ces pays – et leur mode de vie –, alors je ne vais pas partir maintenant, juste parce qu’il n’y a pas assez de beurre. »

« Entre septembre 1940 et mai 1941, les Allemands pilonnent Londres, près de 30 000 personnes périssent et un londonien sur six se retrouve sans toit. Malgré la tragédie du Blitz, une atmosphère irréelle se dégage de la ville en ruine. Miller, qui avait refusé de partir se mettre à l’abri aux États-Unis, photographie ce monde qui subit une recomposition brutale. Pour ne pas démoraliser la population, la censure britannique rejette les images trop révélatrices des désastres dans le pays. Miller choisit d’explorer non sans poésie l’absurdité et l’incongruité des sites bombardés. L’humour noir des titres qu’elle choisit s’inscrit dans une attitude de défi face aux épreuves traversées par les Londoniens. L’ironie fonctionne ici comme un moteur puissant pour surmonter l’horreur. »

« Un grand nombre de ses photographies se trouvent réunies dans le livre Grim Glory: Pictures of Britain Under Fire (1941). S’il était destiné avant tout à un public américain afin de l’amener à s’impliquer dans le conflit, il remporte un vif succès dans les deux pays. Au moins dix de ses photographies figurent également dans « Britain at War », une exposition organisée en mai 1941 au Museum of Modern Art de New York qui circule ensuite sur le continent américain, afin de sensibiliser l’opinion internationale aux ravages du Blitz. »

« Un autre ensemble de photographies s’attache à la vie des femmes en ces temps de mutations rapides. Les Anglaises répondirent en masse à la première conscription, en 1941. Qu’elles soient mécaniciennes, pilotes, journalistes ou opératrices de projecteurs, elles contribuèrent de façon décisive à l’effort de guerre. Les portraits de Miller, d’une grande audace formelle, rendent hommage à leur force et leur expertise. »

8. SUR LE FRONT
« L’armée américaine donne à Miller son accréditation de correspondante de guerre fin 1942, mais lui refuse d’abord l’accès aux zones de guerre, comme aux autres femmes journalistes. Elle n’est autorisée à se rapprocher des combats qu’à partir de l’été 1944 – après le débarquement des Alliés dans la France occupée. »

« Une fois en Europe, elle a enfin la possibilité de se confronter à la réalité du terrain. Motivée par son opposition à l’idéologie nazie et animée d’une volonté de rapporter le déroulement de ces événements historiques et leurs conséquences, elle reste sur le continent jusqu’au début de l’année 1946. Elle réalise des reportages sur la France, la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne, le Danemark, l’Autriche, la Hongrie et la Roumanie. Selon David E. Scherman, le photojournaliste avec qui elle vécut et travailla pendant une bonne partie de cette période, Miller « était devenue un GI [un soldat américain]».

« Miller livre à Vogue un ensemble imposant d’articles où ses photographies saisissantes côtoient des textes profonds et cinglants, rédigés à la première personne. Sans véritable expérience du reportage, elle se mue tout naturellement en journaliste – s’arrangeant souvent pour arriver la première sur les lieux. Ses rédactrices en cheffe à Londres et à New York accueillent dans leurs pages ses propositions, bien que ses sujets outrepassent souvent la ligne éditoriale des magazines. Cependant, à mesure qu’elle suit les opérations des Alliés, les combats puis les libérations, son rôle de témoin lui apparaît comme une responsabilité lourde de conséquences. »

« Travaillant vite et avec intuition, elle dénonce les ravages d’un conflit violent à travers ses images. »

9. IL FAUT LE CROIRE
« D’habitude, je ne prends pas de photos des horreurs. Mais ne croyez pas qu’il existe des villes et des régions qui en soient exemptes. J’espère que Vogue estimera possible de publier ces photos. »

« Le 16 avril 1945, Lee Miller entre à Buchenwald, un camp de concentration nazi près de Weimar, peu de temps après sa libération. Deux semaines plus tard, le 30 avril, elle se rend à Dachau, un camp situé près de Munich et dont les survivants avaient été libérés la veille. Ces lieux portaient encore les marques du travail forcé, des persécutions systématiques et des meurtres de masse du système concentrationnaire. Les prisonniers de Buchenwald et de Dachau étaient des juifs, des opposants politiques, des homosexuels, des Sinti et des Roma, des témoins de Jéhovah et des prisonniers de guerre. À partir d’avril 1945, il est clair que ces camps peuvent être considérés comme des rouages de la Shoah – le génocide de six millions de juifs, hommes, femmes et enfants. »

« À ce stade de la guerre, Miller avait assisté à bien des scènes effroyables, mais ses expériences dans les camps de concentration la marquent pour toujours. Son Rolleiflex, qui n’avait pas de téléobjectif, la force à se rapprocher de ses sujets autant que nous de ses photos. Bouleversée par ce qu’elle voit, mais travaillant avec une extrême précision, Miller documente jusqu’aux aspects les plus dramatiques ce qu’elle découvre sur les deux sites. Le positionnement complexe de la photographe, qui montre l’horreur sans céder au sensationnalisme, est clairement abordé dans ces images. En photographiant les déportés, mais aussi les GI’s ou les Allemands regardant les atrocités commises, Miller prend à témoin l’époque dans son ensemble. »

« Des rumeurs mettant en doute les atrocités découvertes dans les camps circulent alors déjà. Miller est déterminée à faire éclater la vérité. Elle envoie un câble à la rédactrice en chef à Londres : « JE VOUS SUPPLIE DE CROIRE QUE C’EST VRAI. »

10. LES SÉQUELLES
« La Deuxième Guerre mondiale provoque d’effroyables destructions. Miller, qui suit les Alliés dans leur progression à travers l’Europe, raconte comment l’euphorie de la libération cède la place à la désillusion. Ses images et ses articles décrivent des populations devant faire face aux déplacements forcés, à la famine et à la mort. Beaucoup estiment que les atrocités de la guerre ont changé pour toujours leur perception de la nature humaine. Miller fait part de ses doutes à sa rédactrice en chef en octobre 1944 : « Pour ma part, j’aime mieux décrire les dégâts physiques, les villes détruites et les blessés, qu’affronter le moral en miettes et la confiance déçue de ceux qui pensaient : ‘Les choses redeviendront comme elles l’étaient’. » Elle fit en définitive les deux, avec curiosité et humanité. »

« Les photographies de Miller sur l’immédiat après-guerre nous interrogent sur les notions de complicité, de justice et de vengeance. Elles nous invitent aussi à réfléchir sur les rapports de force à l’œuvre dans la réalisation d’une image – la photographe détenant un pouvoir sur celles et ceux qu’elle immortalise, en les assignant à un rôle dans le récit qu’elle construit. L’artiste accorde une même attention aux individus des deux côtés du conflit, en particulier aux femmes et aux enfants. Consciente que les détresses endurées portent potentiellement en elles les germes d’une future guerre, elle écrit : « Je prends des tas de photos d’enfants, parce qu’ils sont les seuls pour qui il y a encore un espoir… Et puis il faut bien voir contre qui nous nous battrons dans vingt ans. »

11. ARTISTES ET AMIS II
« En février 1946, de retour à Londres, Lee Miller est une photographe mondialement reconnue mais en réalité, elle est atteinte, physiquement et moralement, par ce qu’elle a vécu. Elle continue à travailler pour Vogue jusqu’en 1953. Cependant, faire des photographies de mode ne la satisfait plus. Ses travaux les plus fouillés de ces années sont les portraits de ses amis artistes. D’Isamu Noguchi à New York à Dorothea Tanning en Arizona, ils reflètent sa constance en amitié et ses liens avec les milieux artistiques internationaux. »

« Miller épouse Roland Penrose en 1947 et donne naissance à un fils, Antony. Elle est très impliquée dans la création de l’Institute of Contemporary Arts à Londres, cofondé par Roland Penrose, qui devient rapidement l’un des centres d’art contemporain les plus importants du pays. La famille se partage entre Londres et Farleys House dans le Sussex, qui devint un lieu de sociabilité légendaire dans le monde de l’art. Les fêtes, organisées les week-ends, alimentées par la cuisine expérimentale de la maîtresse de maison, font de Farleys un décor idéal pour de nouveaux portraits. »

« Bien qu’elle ne l’évoque qu’à de rares reprises, elle est psychiquement ébranlée par son expérience de la guerre et ne s’en remettra jamais complètement. Avec le temps, son intérêt pour la photographie s’estompe, bien qu’elle donne jusque dans ses dernières années des entretiens sur ses activités en lien avec les surréalistes. Elle trouve dans la gastronomie une nouvelle passion, à laquelle elle s’adonne avec sa créativité habituelle. Il lui arrive parfois de prétendre que ses archives photographiques ont été détruites. Ce n’est qu’après sa mort, en 1977, que l’on redécouvrit toute l’étendue de son œuvre. Les quelques 60 000 négatifs, photos, journaux et accessoires mis au jour dans le grenier familial sont à l’origine des Lee Miller Archives, hébergées encore aujourd’hui à Farleys House. »


Biographie

« 1907
Naissance d’Elizabeth Miller le 23 avril à Poughkeepsie (New York). Elle est la deuxième enfant de Florence et Theodore Miller. Son père, ingénieur, travaille pour la DeLaval Separator Company, fabricant de machines agricoles et laitières.

1912
Theodore, photographe amateur, transforme une salle de bains en chambre noire et apprend à ses enfants à développer des photographies. Elizabeth est l’un de ses modèles favoris ; il la fera parfois poser nue de 1914 jusqu’à sa vingtaine.

1917
Elle reçoit son premier appareil photo, un Kodak Brownie n°2.

1924
Renvoyée de différentes écoles à cause de son esprit frondeur, Miller manifeste un intérêt pour le théâtre, la danse et le cinéma.

1925
Ses parents l’envoient pour six mois à Paris. Elle visite l’Exposition internationale des arts décoratifs et commence à l’automne des études de scénographie à l’école Medgyès pour la technique du théâtre.

1926
De retour à New York, elle suit des cours à l’Art Students League.

1927
Elle rencontre Condé Nast, fondateur de l’empire de presse homonyme, qui l’engage comme mannequin. Elle adopte à cette période le prénom androgyne « Lee ».

1928
Une photographie de Lee Miller prise par Edward Steichen est utilisée par la marque Kotex pour promouvoir ses produits d’hygiène intime, une première dans le monde de la publicité.

1929
Lee Miller retourne à Paris en juin, décidée à devenir photographe. Sur les conseils de Steichen, elle se présente chez Man Ray. Il l’accepte comme apprentie, et ils entament rapidement une relation plus intime. Elle poursuit son activité de mannequin pour Vogue, avec notamment le photographe George Hoyningen-Huene qui lui enseigne ses techniques.

1930
Lee Miller emménage au 12, rue Victor-Considérant dans le quartier de Montparnasse, où elle installe son propre studio photographique.
Elle joue l’un des rôles principaux dans Le Sang d’un poète, film de Jean Cocteau. Ses premières photographies créditées sont publiées dans Vogue.
En décembre, elle montre ses photographies dans le cadre d’une exposition organisée par les Amateurs photographes ouvriers (APO), à la Maison des syndicats, avenue Mathurin-Moreau, Paris.

1931
Le travail de Lee Miller est présenté dans plusieurs expositions collectives de photographie à Paris, dans des galeries et des librairies.
Elle assiste Man Ray pour la réalisation du portfolio Électricité, commande de la Compagnie parisienne d’électricité.
Elle rencontre le marchand d’art Julien Levy, qui met en avant cette même année ses clichés dans sa galerie à New York.
Lee Miller se rend à Saint-Moritz (Suisse), elle se rapproche d’Aziz Eloui Bey, homme d’affaires égyptien qu’elle a rencontré à Paris.
Lee Miller est accueillie comme une célébrité à New York. Elle ouvre son studio avec son frère Erik en tant qu’assistant. 
Le 30 décembre, l’exposition personnelle de Miller à la Julien Levy Gallery ouvre ses portes à New York.

1933
Dans un contexte de crise économique, Lee Miller parvient à se constituer une clientèle composée de célébrités et de marques de luxe. Elle est engagée pour photographier la distribution de l’opéra de Virgil Thomson et Gertrude Stein Four Saints in Three Acts, composée uniquement d’acteurs afro-américains.

1934
En mai, Lee Miller retrouve Aziz Eloui Bey. Le 19 juillet, ils se marient à New York.
Elle ferme son studio et part pour Le Caire. Le couple habite dans une luxueuse villa dans le quartier Dokki.

1935
Lee Miller suit des cours d’arabe et de chimie à l’université du Caire. 
En juillet, lors d’un voyage à Jérusalem, elle reprend la photographie après avoir arrêté tout travail pendant près d’une année.

1937
Lee Miller organise de nombreuses expéditions dans le désert.
Au cours de l’été, elle se rend à Paris et renoue avec les surréalistes. Elle rencontre lors d’un bal costumé l’artiste et collectionneur anglais Roland Penrose, qui devient son amant et lui propose de séjourner avec une partie du groupe surréaliste en Cornouailles (Angleterre), puis à Mougins aux côtés de Pablo Picasso.

1938
En juin, Lee Miller retrouve Penrose à Athènes. Ils passent l’été à explorer la Grèce, la Bulgarie et la Roumanie. À l’automne, elle voyage à travers la Syrie, le Liban, la Jordanie et la Turquie.

1939
La Seconde Guerre mondiale éclate alors que Miller et Penrose sont dans le sud de la France. Ils rentrent immédiatement en Angleterre. Elle ignore les conseils de l’ambassade américaine et décide de rester à Londres.
À partir de novembre, elle se porte volontaire pour travailler comme photographe pour le Vogue anglais.

1940
Londres subit huit mois de raids aériens massifs : le Blitz. Entre deux missions pour Vogue, Lee Miller prend des photographies des décombres et ruines de la ville. Nombre d’entre elles seront publiées l’année suivante dans l’ouvrage Grim Glory: Pictures of Britain under Fire, visant à sensibiliser les lecteurs américains aux ravages de la guerre.

1941
En avril, un des bureaux de Vogue est détruit par un bombardement.
En octobre, Lee Miller fait l’objet d’un rapport rédigé par les services secrets britanniques, qui enquêtent sur ses
« sympathies communistes ». En décembre, elle rencontre David E. Scherman, photojournaliste américain travaillant pour Life, qui s’installe chez Penrose et Miller.

1942
Encouragée par Scherman, Lee Miller demande à être accréditée en tant que correspondante de guerre des forces américaines pour Vogue, ce qu’elle obtient le 30 décembre.

1943
En mai, le Vogue anglais publie « American Army Nurses », le premier article de Lee Miller en tant que photojournaliste. Dans le magazine Illustrated, elle apparaît aux côtés de douze femmes journalistes louées pour leur courage.

1944
Lee Miller reçoit la commande d’un livre de photographies sur le Womens Royal Naval Service (connu sous le nom de Wrens).
En juillet, à la suite du débarquement des forces alliées, Lee Miller arrive en Normandie pour réaliser un reportage sur les hôpitaux d’évacuation. Elle est l’une des premières femmes correspondantes ayant accès à des zones de guerre.
En août, elle couvre la capitulation de Saint-Malo. Fin août, elle arrive à Paris deux jours après la libération de la ville.
Miller et Scherman rejoignent le front en Alsace.
À la mi-mars, Lee Miller suit la progression des Alliés en Allemagne.
16 avril : Lee Miller entre dans le camp de concentration de Buchenwald, quelques jours après sa libération.
30 avril : Miller et Scherman sont parmi les premiers photographes de presse à pénétrer dans le camp de concentration de Dachau après sa libération. Ils se rendent ensuite à Munich, où ils accèdent à l’appartement d’Adolf Hitler qui a été investi par l’armée américaine.
8 mai : Après la capitulation de l’Allemagne, les forces alliées proclament la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe.
En juin, Vogue publie ses reportages sur Buchenwald et Dachau. 
Pendant l’été, Lee Miller assiste à Paris au procès du maréchal Pétain.
Elle part ensuite pour Vienne puis la Hongrie.

1946
10 janvier : Lee Miller photographie l’exécution de l’ancien Premier ministre hongrois László Bárdossy, à Budapest. Après un long reportage en Roumanie, elle retourne finalement en février à Londres et retrouve Penrose.

1947
En septembre, Lee Miller donne naissance à son fils, Antony Penrose.
Elle s’implique dans la création de l’Institute of Contemporary Arts (ICA), lancé entre autres par Penrose à Londres.

1949
Miller et Penrose achètent Farleys Farm, une ferme de 80 hectares à Chiddingly, dans l’East Sussex. Marquée par sa traversée de la guerre, Lee Miller souffre de stress post-traumatique et d’addictions.

1953
Miller et Penrose sont les commissaires de l’exposition « Wonder and Horror of the Human Head » à l’ICA.

1955
La photographie de Lee Miller Antony Penrose and Mrs de Valera (1949) figure dans l’exposition « The Family of Man » au Museum of Modern Art à New York.

1956
Ses photographies de Picasso figurent dans l’exposition « Picasso Himself » à l’ICA.

1957
Lee Miller suit des cours au Cordon Bleu pendant six mois, une haute école de gastronomie parisienne. Elle est par la suite reconnue comme une cuisinière gastronomique de renom, dont l’inventivité est célébrée dans la presse, et gagne de nombreuses compétitions.

1972
L’une des photographies que Lee Miller a prises à Buchenwald apparaît dans l’édition révisée du catalogue The Painter and the Photograph, initialement publié en 1964.

1975
Penrose publie une biographie de Man Ray ; Lee Miller y est mentionnée comme « la belle assistante inévitablement provocatrice ».
La donation Julien Levy à l’Art Institute of Chicago comprend un ensemble important de photographies de Lee Miller.

21 juillet 1977
Lee Miller meurt d’un cancer du pancréas à Farleys Farm. Sa nécrologie paraît dans plusieurs journaux internationaux, dont le Times, le New York Times et le Los Angeles Times. »


Du 10 avril au 2 août 2026
Au Musée d’Art Moderne de Paris 
11 Avenue du Président Wilson. 75116 Paris
Tél. : 01 53 67 40 00
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu'à 21h30


"Lee Miller - Mannequin et photographe de guerre" de Teresa Griffiths
Royaume-Uni, BBC Arts, Erica Starling Productions, 2020, 58 minutes
Sur Arte les 30 août 2020 à 22 h 50 et 5 septembre 2020 à 5 h 25, 21 février 2022 à 0 h 15
Disponible du 29/08/2020 au 27/11/2020, du 19/02/2022 au 20/05/2022
Visuels : © Lee Miller Archives, England

"Lee Miller et Man Ray" par Delphine Deloget
France, Bonne compagnie, 2018, 26 min
Sur Arte le 28 avril 2019 à 19 h 15
Disponible du 30/08/2020 au 30/10/2020
Visuels :
Un baiser: exemple de la technique de solarisation utilisée par Man Ray et Lee Miller dans leurs photographies expérimentales
Credit : © Telimage
Man Ray (1890-1976) et Lee Miller (1907-1977)
Credit : © Lee Miller Archives, England 2
Portrait de Lee Miller, photographe et muse de Man Ray (1907-1977)
Credit : © Telimage

Visuels :
Untitled (Iron Work)
mounted on heavy paper, signed in pencil on the mount, the photographer’s ’12, rue Victor Considérant, Paris XIVe’ studio stamp on the reverse, 1931
8 7/8  by 6 3/4  in. (22.5 by 17.3 cm.)

Catalogue

Anna Leska, Air Transport Auxiliary, Polish pilot flying a spitfire, White Waltham, Berkshire, England 1942 by Lee Miller © Lee Miller Archives, England 2015. All rights reserved

Fire Masks, Downshire Hill, London, England 1941 by Lee Miller © Lee Miller Archives, England 2015. All rights reserved


Lee Miller in Hitler's bathtub, Hitler's apartment, Munich, Germany 1945 By Lee Miller with David E. Scherman © Lee Miller Archives, England 2015. All rights reserved.


Woman accused of collaborating with the Germans, Rennes, France 1944 by Lee Miller © Lee Miller Archives, England 2015. All rights reserved.


Two German women sitting on a park bench surrounded by destroyed buildings, Cologne, Germany 1945 by Lee Miller © Lee Miller Archives, England 2015. All rights reserved.


Du 15 octobre 2015 au 24 avril 2016
Imperial War Museums 

IWM London, Lambeth Road, London, SE1 6HZ.
T: 020 7416 5000 E:
Tous les jours de 10 h à 18 h

Lee Miller ou la traversée des apparences  de Sylvain Roumette (1995)
Terra Luna, 54 mn
Diffusions sur Histoire le 14 mai à 22 h 45, 1er octobre à 22 h 05, 3 octobre à 18 h 10 et 16 octobre 2013, 1er, 3 et 16 octobre 2013, les 23 janvier à 1 h 15, 24 février, 8 et 22 mars 2014.

A lire sur ce blog :
 
  Cet article a été publié en une version concise par L'Arche. Il a été publié sur ce blog en une version plus longue les 10 mai 2013, 20 janvier, 23 février, 20 mars, 21 mai et 8 décembre 2014, 26 novembre 2015, 21 avril 2016, 28 avril 2019, 28 août 2020, 20 février 2022.

1 commentaire:

  1. Le film Lee Miller d'Ellen Kuras mériterait une rallonge d'une 1/2h supplémentaire pour détailler sa vie, notamment sa période avec Man Ray.

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