jeudi 24 mars 2022

Savants et croyants. Les Juifs d'Europe du nord au Moyen Age


Le Musée des Antiquités propose l’exposition « Savants et croyants. Les Juifs d'Europe du nord au Moyen Age ». Une exposition inédite par son thème et son ampleur consacrée au judaïsme médiéval en Europe septentrionale, les liens historiques entre la Normandie et l’Angleterre. En résonance avec la « Maison Sublime » de Rouen. En janvier 2019, les éditions Arnaud Franel ont publié "Le royaume juif de Rouen ressuscité", par Jacques-Sylvain Klein. France Télévision propose en replay « La maison sublime », documentaire  de Cécile Patingre. 

Trésors de la Peste noire : Erfurt et Colmar (Schätze des Schwarzen Todes aus Erfurt und Colmar)

« Le sort des juifs aux XIXe et XXe siècles est connu. Ce qui est largement ignoré, c’est l’importance de la présence juive en France au Moyen Âge. » 
Paul Salmona, Directeur du musée d’art et d’histoire du Judaïsme (mahJ), Paris. (Le Monde, 11 décembre 2017).

« Le monument juif de Rouen date d’environ 1100. C’est l’un des vestiges extrêmement rare du passé juif médiéval en Europe » 
Judith Olszowy-Schlanger, Directrice de recherches à l’École Pratique des hautes Études, La Croix, 20 février 2018 

« L’école de Rouen attire au Moyen Âge les meilleurs étudiants, les professeurs les plus réputés, ainsi que d’éminents savants étrangers, tel l’andalou Abraham ibn Ezra » 
Jacques Sylvain Klein, Délégué de l’Association La Maison Sublime de Rouen 

« Nous avons voulu organiser la première exposition consacrée en France au judaïsme médiéval, soulignant ainsi sa contribution à l’essor économique, culturel et spirituel de Rouen dans l’Europe du Moyen Âge » 
Sylvain Amic, Directeur de la Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie 

À l’occasion de la réouverture du monument juif dit « Maison Sublime » de Rouen, le musée des Antiquités dédie « une exposition exclusivement consacrée à la vie intellectuelle et à la culture matérielle juives du Moyen Âge, en Europe septentrionale principalement ».

L’exposition « Savants et croyants. Les Juifs d'Europe du nord au Moyen Age » « donne à voir et à comprendre les échanges culturels et artistiques, parfois fructueux, souvent placés sous le signe de l’incompréhension et de la polémique, entre les communautés juives et chrétiennes, relations qui furent tissées de façon étroite entre la Normandie et l’Angleterre, et ce en dépit des persécutions et des vicissitudes historiques ». 

« En préambule, l’exposition amène le visiteur à réfléchir sur les difficultés rencontrées pour comprendre le judaïsme médiéval, à savoir les préjugés anti-juifs des chrétiens conditionnant textes et iconographie, mais aussi les destructions matérielles causées par les persécutions, et finalement les difficultés d’interprétations des rares témoignages subsistants, notamment pour l’archéologie ».

« En effet, à partir de la fin du XIe siècle, l’appel à la croisade en Terre Sainte suscita de nombreuses violences anti-juives, notamment dans la vallée du Rhin. Dès les années 1140, à Norwich, les juifs furent accusés de meurtre rituel. En 1182, Philippe Auguste décida de l’expulsion des juifs du domaine royal français, auquel la Normandie fut bientôt intégrée, puis les rappela en 1198, néanmoins avec un statut limitant leur liberté. Le IVe concile du Latran (1215) imposa aux juifs l’obligation du port d’un signe distinctif et restreignit leur accès aux charges publiques. Les juifs furent à nouveau expulsés, en Angleterre par le roi Edouard Ier (1290) puis en France par Philippe le Bel (1306). Alors que la Peste noire sévissait en Europe (1347-1352), les juifs furent accusés d’avoir répandu l’épidémie, et à la fin du XIVe siècle, ils furent à nouveau expulsés de France et de l’Empire. Après cet épisode funeste, il faudra attendre une date assez avancée à l’époque moderne pour voir l’installation de juifs hispano-portugais en Normandie et Angleterre ». 

La « délimitation géographique du propos muséographique, en grande partie centré sur la France du Nord, l’Angleterre, et plus généralement l’Europe septentrionale, ne vise quant à elle pas à exclure complètement la culture juive d’Europe méridionale. Pour ne citer qu’un exemple, l’éminente autorité qu’est Abraham ibn Ezra (vers 1089-1167), originaire d’Espagne, contribua au développement de l’école rabbinique de Rouen ». 

L’exposition « s’attache finalement à mettre en évidence l’art des communautés juives et ses rapports avec les principaux courants artistiques du Moyen Âge ». 

« En France, aucune exposition ne fut consacrée spécifiquement au judaïsme médiéval. La rareté et la dispersion des témoignages de la culture matérielle et de la vie intellectuelle des juifs du Moyen Âge impliquent qu’il est complexe d’organiser une manifestation consacrée à ce sujet. De façon totalement inédite, le musée des Antiquités de Rouen réunit, en écho aux travaux de rénovation du monument juif la « Maison Sublime » de Rouen, une sélection d’œuvres phares, avec des manuscrits, des précieux objets d’art et témoignages archéologiques. La « Maison Sublime » de Rouen est un édifice roman construit au tout début du XIIe siècle, dans le quartier juif, dont l’actuelle rue aux Juifs formait l’artère principale. L’utilisation de ce bâtiment par la communauté juive de la ville ne laisse aucun doute, notamment en raison de la présence de graffitis hébraïques. Les chercheurs furent cependant très partagés quant à sa fonction plus spécifique : s’agit-il d’une yeshiva (école rabbinique), d’une synagogue ou de la maison d’un juif aisé ? Ce monument n’en est pas moins l’un des plus anciens monuments juifs d’Europe. Finalement, il ne reste actuellement pas grand-chose des grandioses édifices romans de Rouen (palais ducal, cathédrale dans l’état de la consécration de 1063, abbatiales romanes de Saint-Ouen et de Sainte-Catherine-du-Mont). Le monument juif restitue ainsi à l’histoire de l’architecture romane normande un jalon essentiel », a écrit Nicolas Hatot, Conservateur du patrimoine chargé des collections médiévales et Renaissance, musée des Antiquités, Rouen.

Et d’observer : « Quoique consacrée plus généralement au judaïsme médiéval d’Europe septentrionale, l’exposition souligne un aspect fondamental des rapports historiques entre la Normandie et l’Angleterre. Outre-Manche, il fallut attendre l’époque médiévale pour constater une réelle présence juive. L’histoire des communautés juives dans l’actuelle Grande-Bretagne est intimement liée à la Normandie, puisque le développement du judaïsme en contexte insulaire doit beaucoup aux communautés juives de la région, qui abrita jusqu’aux expulsions du début du XIVe siècle des centres rabbiniques d’importance. L’historiographie médiévale, au moins depuis le chroniqueur Guillaume de Malmesbury (XIIe siècle), considérait que les communautés juives normandes essaimèrent vers l’Angleterre en 1066, par la volonté de Guillaume le Conquérant ».

« Sous la direction scientifique de Nicolas Hatot, conservateur du patrimoine, et de Judith Olszowy-Schlanger, directeur de recherche à l’École Pratique des Hautes Études et chercheur associé à la section hébraïque de l’Institut de Recherche et d’Histoire des Textes, l’exposition réunit environ 80 objets venant partout d’Europe (France, Royaume-Uni, Allemagne et Italie) ». 

« En lien avec la réouverture du monument juif et l’exposition, un colloque constitué  d’une journée parisienne et d’une journée rouennaise a été conjointement organisé par la Réunion des Musées Métropolitains, le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme et l’Association La Maison Sublime de Rouen (4 et 5 septembre 2018). Ces deux journées d’études  se concentrèrent plus spécifiquement sur le judaïsme médiéval en Normandie et en Angleterre. »

« L’approche transdisciplinaire du propos, appuyé par des pièces de référence, permet de faire le point sur les connaissances actuellement disponibles en matière de judaïsme médiéval, et d’enrichir notre vision quant aux rapports entre l’Angleterre et la Normandie, rapports fondamentaux pour notre compréhension du Moyen Âge dans cette partie de l’Europe ». 

« De façon générale, la manifestation aura pour objectif de favoriser auprès du visiteur aux questions traitées la compréhension des thèmes suivants : 
— Les fondamentaux du judaïsme, notamment au Moyen Âge 
— Les points d’interpénétrations et de polémiques entre culture juive et culture chrétienne 
— Une œuvre de mémoire sur les persécutions anti-juives, notamment au Moyen Âge, c’est-à-dire à une période pour laquelle les persécutions sont beaucoup moins bien connues du public ». 

Les œuvres exposées ont été prêtées en particulier par les Médiathèque de l’abbaye Saint-Vaast d’Arras, Comunita Ebraica de Biella, University Library de Cambridge, Jüdisches Museum de Cologne, Thüringisches Landesamt für Denkmalpflege und Archäologie d’Erfurt, Staats und Universitäts Bibliothek de Hambourg, British Library, British Museum, Khalili Collection, Victoria and Albert Museum et Westminter Abbey et Muniment Collection de Londres, Bodleian Library d’Oxford, Archives Nationales, Bibliothèque nationale de France, musée d’art et d’histoire du Judaïsme (mahJ), musée du Louvre, musée national du Moyen Âge et Alliance Israélite Universelle (AIU) de Paris, Bibliothèque Municipale et Archives départementales de Seine Maritime de Rouen, Cité du Vitrail et Médiathèque du Grand Troyes à Troyes.

Cette exposition « est reconnue d’intérêt national par le ministère de la Culture/ Direction générale des patrimoines/ Service des musées de France. Elle bénéficie à ce titre d’un soutien financier exceptionnel de l’État. »

Intégré depuis janvier 2016 à la Réunion des Musées Métropolitains de Rouen Métropole, le musée des Antiquités fit, dès son ouverture en 1834, la part belle aux œuvres du Moyen Âge et de la Renaissance, et son intérêt précoce pour les œuvres de ces époques confirme cet établissement comme un lieu de première importance pour l’histoire des musées européens. 

Autour de l’exposition, sont proposées des visites commentées de l’exposition, Un Dimanche en famille, grand jeu de découverte et d’exploration pour parents et enfants, visite guidée « La communauté juive de Rouen, du Moyen Âge à nos jours » via un parcours menant de la cathédrale à la synagogue rue des Bons-Enfants, des ateliers pour les adultes – réalisation de bijoux avec des cabochons transparents –, enfants – fabrication d’une petite lampe de Hanouca – et familles : « découverte et initiation en famille à la calligraphie hébraïque, élaboration d’un marque-page agrémenté d’une initiale choisie et mise en couleur », « démonstration en réalité virtuelle immersive de la reconstitution de la Maison Sublime » lors des Journées nationales de l’archéologie, et, en partenariat avec les Musicales de Normandie / Coproduction Centre de Musique médiévale de Paris – Institut européen des musiques juives (IEMJ), dans le cadre du festival Les Musicales de Normandie, un concert de l’Ensemble Alla Francesca « Juifs et trouvères, chansons juives du XIIIe siècle en ancien français et hébreu » : « ce programme ressuscite tout un univers culturel, où la langue d’oïl et l’hébreu y sont intimement mêlés. Dans le nord de la France, à la fin du XIIIE siècle, des chansons des communautés juives nous ont été transmises en alphabet hébraïque et utilisent les mélodies de trouvères qui leur sont contemporaines. 

A noter : un midi-musées le 11 septembre.

Le 16 septembre à 16 h - rendez-vous au 55, rue des Bons Enfants, Rouen - en partenariat avec le Consistoire de France et l’association cultuelle israélite de Rouen : une visite de la synagogue de Rouen - histoire et architecture, objets liturgiques, sens des fêtes religieuses.

Lors des Journées européennes du patrimoine (15 et 16 septembre) sous le titre « L’art en partage », le musée propose une programmation  parfois curieuse. Ainsi, le public propose « Desserts en partage : les délices du monde s’offrent à vous ! Dégustation de pâtisseries orientales et normandes… » Pourquoi des gâteaux « orientaux » ? Ces séances se dérouleront pendant les fêtes de Tichri, quelques jours après Roch HaChana (nouvel an juif). Il aurait été plus logique de consacrer cette séance aux pâtisseries juives et normandes.
  
Les 4 septembre à Paris (mahJ) et 5 septembre 2018 à Rouen (RMM), un colloque international a été consacré à la question du judaïsme médiéval entre Normandie et Angleterre. Il était organisé par la Maison Sublime en partenariat avec la RMM, le mahJ et l’École Pratique des hautes Études (EPHE). 

L’exposition « Savants et Croyants » est organisée en partenariat avec l’Association Maison Sublime de Rouen, le mahj et l’ÉPHE. Elle bénéficie du mécénat financier exceptionnel de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et de la Fondation du Judaïsme Français, du soutien de l’association cultuelle israélite de Rouen. Elle reçoit le soutien de Yusit pour le multimédia et de MTCA pour le vernissage de l’exposition. Elle est reconnue d’intérêt national par le Ministère de la Culture et de la Communication / Direction générale des Patrimoines / Services des musées de France. Des partenariats ont été noués avec La Croix / Archéologia / Expo in the city / Télérama.

Deux millénaires de présence juive à Rouen et en Normandie
« UNE IMPLANTATION JUIVE TRÈS ANCIENNE
Des populations juives sont arrivées en Normandie aux premiers siècles de notre ère, amenées par le colonisateur romain. Au Moyen-Age, 180 lieux d’implantation juive ont été dénombrés, tant en ville qu’en pleine campagne, témoignant de la diversité des activités exercées, essentiellement agricoles, artisanales et commerciales.
A Rouen, le quartier juif se trouvait en plein coeur du castrum romain, à l’ouest du cardo (l’actuelle rue des Carmes) et au nord du decumanus (l’actuelle rue du Gros Horloge). La population juive représentait, au Moyen-Age, environ 15% de la population totale.
Le cimetière juif était situé à l’extérieur des remparts de la ville, à l’ouest de l’actuelle gare ferroviaire.
UNE LARGE AUTONOMIE DE STATUT ACCORDÉE AUX POPULATIONS JUIVES PAR LES ROIS DE FRANCE ET PAR LES DUCS DE NORMANDIE
Le pouvoir carolingien a créé trois « royaume juifs », s’administrant assez librement, notamment sur le plan judiciaire (tribunaux rabbiniques). Ils avaient pour capitale Rouen à l’ouest, Narbonne au sud et Mayence à l’est. A la tête de chacun, un « roi des Juifs » ou un « maître des Juifs ».
Débarquant en Normandie au IXe siècle, les Vikings ont conservé le statut protégé des Juifs de Normandie.
En 1066, lors de sa conquête de l’Angleterre, le duc Guillaume a emmené des Juifs de Rouen à Londres pour y créer une communauté soeur.
En 1190, le roi Richard Coeur de Lion a octroyé aux Juifs de son royaume une Charte, commune à l’Angleterre et à la Normandie.
UNE UNIVERSITÉ HÉBRAÏQUE PRESTIGIEUSE AU MOYEN-ÂGE
Au Xe ou XIe siècle, un synode rabbinique a édicté les «Anciennes Règles pour l’étude de la Torah», qui avait vocation à s’appliquer dans toutes les écoles juives. Obligation était faite de construire une école rabbinique dans chaque grande ville.
L’école rabbinique de Rouen (Scola Rothomagi) se trouvait, vraisemblablement, dans le Clos-aux- Juifs, à l’emplacement où fut découverte en 1976 la Maison Sublime. De l’autre côté de la rue aux Juifs (au n°55 actuel), se trouvait la synagogue, construite à la même époque (vers 1100) et dont les vestiges ont été conservés jusqu’à la fin du XIXe siècle.
L’Ecole de Rouen accueillait de 50 à 60 étudiants, venus de toute la Normandie. Elle était dirigée par des maîtres réputés, comme Rabbi Yossi, Rashbam (petit-fils de Rachi de Troyes) ou Menahem Vardimas. Elle attirait de grands savants étrangers, comme l’andalou Abraham Ibn Ezra, qui a rédigé à Rouen des oeuvres majeures et contribué à propager la culture arabe en Occident.
Grâce à Cresbia le Ponctuiste, qui dirigeait l’école, l’oeuvre de Maïmonide fut très tôt étudiée à Rouen et portée aux nues.
Grâce à l’imprimerie, les commentaires bibliques des « tossafistes » (rabbins médiévaux) rouennais, rassemblées à la fin du XIIIe siècle par Eliézer de Touques et Simson de Chinon, ont été étudiés dans toutes les écoles juives d’Europe.
L’EXPULSION DE 1306 A MIS FIN À CETTE PRÉSENCE MILLÉNAIRE ET PLONGÉ LE JUDAÏSME NORMAND MÉDIÉVAL DANS L’OUBLI
Pour les Juifs de Rouen, la montée des persécutions au XIIIe siècle s’est d’abord traduit par des interdits professionnels et par des surcroîts de taxes, puis par le port obligatoire de la « rouelle » (morceau d’étoffe en forme de disque cousue sur les vêtements, imposée aux Juifs comme signe distinctif), imposé par saint Louis en 1269, enfin par l’expulsion décidée par Philippe le Bel en 1306. Suite à cette expulsion, le quartier juif a été vendu à la ville et a disparu en tant que tel.
Au XVIe siècle, les bâtiments situés dans l’ancien Clos-aux-Juifs ont été détruits pour permettre la construction du Parlement de Normandie, devenu depuis lors Palais de justice. La Maison Sublime a été arasée au niveau du premier étage.
Il a fallu attendre la double découverte, historique et archéologique, faite en 1976 pour qu’après sept siècles d’oubli, la très ancienne présence juive en Normandie remonte à la lumière ».

Le judaïsme médiéval, entre Normandie et Angleterre 
« La première partie de l’exposition revient sur l’implantation et le développement du judaïsme en Normandie et en Angleterre médiévales ».

« L’une des plus anciennes mentions textuelles nous éclairant précisément sur la présence d’une communauté juive à Rouen pourrait être offerte par une lettre autographe de Reuben ben Isaac de Rouen, datée de la première moitié du XIe siècle, et retrouvée parmi les documents de la genizah du Caire (Londres, British Library, mS. Or. 5 544) ».

Les « archives encore disponibles laissent par ailleurs clairement entendre qu’une partie importante de l’élite juive anglaise était issue du milieu rouennais ».

Une « visite en réalité virtuelle du monument juif de Rouen, réalisée par YuSit, est présentée. À partir d’un relevé photoréaliste complet des lieux et d’un travail de recherche archéologique et historique, le site fut en effet modélisé dans son état actuel, ainsi que son évocation au XIIe siècle ». 

Enseignement, vie intellectuelle et controverses
La deuxième partie traite « de l’enseignement et de la vie intellectuelle. Exercices à destination de la jeunesse, textes bibliques, talmudiques, juridiques, astronomiques et littéraires, parfois enluminés et micrographiés, démontrent toute la richesse de la culture juive médiévale, et ses rapports avec la culture chrétienne ».

Le « Talmud, qui compile les discussions rabbiniques sur les divers sujets de la Loi juive telle qu’exposée dans la Bible hébraïque, constituait au Moyen Âge le texte d’études par excellence ».

« En France, en Normandie et en Angleterre, l’œuvre de Rabbi Salomon ben Isaac, dit Rashi de Troyes (1040-1105), auteur de commentaires sur la Bible et le Talmud, fut poursuivie par des continuateurs dits « tossafistes ».

« À Rouen où les études rabbiniques fleurirent principalement au XIIe siècle, Abraham ibn Ezra composa son œuvre la plus célèbre, un commentaire sur le Pentateuque (Sefer HaYashar). Son séjour dans l’aire Plantagenêt entre les années 1150 et 1157 environ initia une étroite collaboration entre juifs et chrétiens ». 

« Si l’astrologie eut évidemment des détracteurs importants au sein du judaïsme, à commencer par Maïmonide (1135-1204), astronomie et astrologie occupèrent une place de choix dans la production d’Ibn Ezra, notamment avec ses différents traités sur l’astrolabe. Les astrolabes quadrants, dont le musée des Antiquités possède un rare témoignage du XIVe siècle, furent quant à eux inventé à la fin du XIIIe siècle par un juif de Montpellier, Jacob Tibbon ben Makir ».

Les visiteurs peuvent aussi « découvrir dans cette section l’un des plus somptueux manuscrits hébraïques du Moyen Âge, le North French Hebrew Miscellany (France du Nord, fin du XIIIe siècle), une compilation de textes juifs, (prêt de la British Library (Add. Ms. 11 639)) et enluminé avec profusion par les meilleurs peintres chrétiens de l’époque ».

« La question des polémiques religieuses est également abordée, notamment à travers la Disputation de Paris, qui mena, en 1242 sous le règne de Louis IX, à la destruction de nombreux exemplaires du Talmud ». 

L’individu et la communauté 
« Au cours du Moyen Âge, la communauté juive locale se définissait par ségrégation progressive par rapport aux populations chrétiennes parmi lesquelles elle était établie ».

« Les membres de la communauté étaient soumis à une lourde fiscalité, et c’est bien cet aspect de la vie quotidienne qui ressort le plus de la documentation (notamment avec les bâtonnets de comptabilité prêtés par les archives nationales de Grande-Bretagne) ».

« En dépit des destructions nombreuses, de rares témoignages de la vie quotidienne donnent à voir la culture matérielle juive de l’époque : mobilier domestique, pièces de jeu (ivoire colonais du musée du Louvre, propriété probable d’un juif), bijoux, sceaux individuels ou de communauté (prêts du British Museum et des Archives nationales de France), objets à perspective matrimoniale ou funéraire ».

« Certains objets à inscriptions prophylactiques, en hébreu, purent être indifféremment utilisés par les juifs ou les chrétiens (bijoux prêtés par le British Museum et le North Devon Athenaeum de Barnstaple, ou encore anneau de Guillaume de Flouri prêté par le musée de Cluny) ».

« La cérémonie du mariage juif se compose des fiançailles (eroussin) et du mariage (nissou’in), initialement séparés par une année. À l’occasion des fiançailles, un contrat (kettoubah) était signé. L’anneau de mariage, généralement en or, était uniquement porté le jour de la cérémonie (anneaux des trésors de Colmar et de Weissenfels) ».

« La communauté avait finalement pour obligation d’acquérir un cimetière. Celui-ci se situait le plus souvent à l’extrémité du quartier juif. Les pierres tombales ashkénazes étaient dressées (à l’image des stèles parisiennes prêtées par le musée de Cluny et le musée d’art et d’histoire du Judaïsme), tandis que dans les cimetières séfarades les pierres étaient couchées ». 

Le culte et la synagogue 
« Manuscrits (dont des prêts de la Bibliothèque nationale de France et de l’Alliance Israélite Universelle de Paris) et éléments de mobilier permettent de comprendre en quoi la synagogue médiévale concentrait la vie juive ».

« Lieu de confrontation entre les juifs et leur Dieu dans la prière et la lecture de la Loi, la synagogue, était le centre de gravité de la communauté. Par leurs élévations extérieures, les synagogues pouvaient être plus proches des édifices civils que des édifices religieux chrétiens ».

« Le complexe synagogal allemand de Spire, édifié à partir du XIIe siècle, présente ainsi des parallèles stylistiques étroits avec les chantiers architecturaux chrétiens de la ville ».

« La sacralité de la synagogue était marquée par la présence de la lampe perpétuelle et par la Torah, conservée dans l’arche sainte. La Torah était lue selon un cycle annuel, et seul le format rouleau était admis pour l’usage liturgique ».

« La communauté hébraïque de Biella (Italie) a généreusement consenti au prêt de l’un des rares rouleaux de Torah ashkénaze réalisé en France du Nord, au milieu du XIIIe siècle ».

« L’année juive était rythmée par un certain nombre de fêtes, communautaires et ou domestiques, tout en étant émaillée par des jours bénis et sanctifiés, le shabbat ».

« De rares objets d’art juif du Moyen Âge émailleront cette section : lampe de Hanoukkah (fête célébrant l’inauguration du Temple purifié en 165 av. J.-C.) prêtée par le musée de Cluny et le musée d’art et d’histoire du Judaïsme, lampe d’Erfurt, gobelets d’orfèvrerie du trésor d’Erfurt (peut-être utilisés pour qiddoush, la prière de sanctification du shabbat) et brûle-parfum pédiculé probablement en lien avec la cérémonie de havdalah clôturant le shabbat, et respectivement prêtés par le Thüringisches Landesamt für Denkmalpflege und Archäologie et le Victoria and Albert Museum ».

La « Maison Sublime »
« En 1976, alors que des travaux de réfection du dallage sont entrepris dans la cour du Palais de justice de Rouen, un engin de chantier est brusquement déstabilisé par un affaissement du terrain… Le chef de chantier arrête immédiatement les travaux et alerte le service régional de l’archéologie… Celui-ci entreprend des fouilles, qui vont se révéler étonnantes. Peu à peu émergent des profondeurs du Palais les vestiges d’un important monument juif de style roman. Gravés dans les pierres, plusieurs graffitis hébraïques font référence à un verset du Livre des Rois : « Que cette maison soit sublime (pour l’éternité) ». Dans un livre paru quatre mois plus tôt, le professeur Norman Golb, de l’Université de Chicago, avait mis en évidence le rôle majeur de Rouen comme centre religieux et culturel juif au Moyen-Age et indiqué l’existence, à ce même emplacement, d’une école rabbinique  ».

« Cet édifice en pierre, composé à l’origine de trois ou quatre étages a été construit vers 1100, juste après la première croisade. Au cœur de l’ancien quartier juif, c’est le plus ancien monument juif de France sinon d’Europe, dont l’usage est encore débattu : résidence privée, synagogue ou école rabbinique (dans ce cas, ce serait l’unique école rabbinique médiévale conservée à ce jour au monde) - d’après Norman Golb, l’unique exemple d’une yeshiva (école rabbinique) médiévale conservée au monde -, ou bâtiment à usage mixte. L’école de Rouen attirait les meilleurs étudiants, venus de toute la Normandie, les professeurs les plus réputés, comme Rashbam, petit-fils de Rashi, ou Menahem Vardimas, ainsi que d’éminents savants étrangers, tel l’andalou Abraham ibn Ezra, qui a beaucoup contribué à propager la connaissance de la culture arabe dans l’Europe médiévale. »

« En 1977, Jean Lecanuet, alors maire de Rouen et garde des sceaux, a obtenu que l’édifice soit classé monument historique et qu’une crypte soit construite pour le rendre accessible au public. Un autre bâtiment juif a été découvert, en 1976, sous la cour du Palais de justice, à une vingtaine de mètres du premier. Cet édifice, qui n’a jamais été fouillé, pourrait être un bain rituel ».

« Enfin, en 1982, de l’autre côté de la rue aux Juifs (au n°33), une résidence privée a été découverte. Elle a été appelée « hôtel de Bonnevie », du nom d’un des plus influents personnages juifs de l’époque (XIIe siècle). Malheureusement, trois des quatre murs en ont été détruits pour construire un parking  ».

 « En Normandie, de nombreux toponymes, tant en ville qu’en pleine campagne, témoignent de cette forte implantation. Ce seront des juifs de Rouen que Guillaume le Conquérant emmènera avec lui à Londres en 1066 pour fonder une communauté sœur ».

« Jusqu’à cette découverte archéologique, seuls des manuscrits de la genizah (« lieu de dépôt permanent pour les écrits hors d’usage ») du Caire, conservé à l’université de Cambridge et déchiffré quelques mois auparavant par le professeur Norman Golb après dix ans de recherches, mentionnerait l’existence d’une communauté juive en Normandie ».

« La première implantation juive en Normandie remonterait à la colonisation romaine. Au Moyen- Age, Rouen devient la capitale de l’un des trois « royaumes juifs » de l’empire carolingien, avec Narbonne et Mayence. En Normandie, 180 toponymes, tant en ville qu’en pleine campagne, témoignent de cette forte implantation. Ce seront des juifs de Rouen que Guillaume le Conquérant emmènera avec lui à Londres en 1066 pour fonder une communauté sœur ».

« Ce monument, ouvert de manière ponctuelle au public depuis 2009 grâce à l’action de l’Association La Maison Sublime, souffre aujourd’hui de graves désordres. Des travaux de sauvegarde immédiats sont en cours pour éviter sa désagrégation ».

« La Maison Sublime a été fermée au public en 2001, en raison du plan Vigipirate. Faute de ventilation, les remontées de la nappe phréatique ont accru le taux d’humidité dans la crypte, qui dépasse aujourd’hui 99%. En 2004, l’escalier monumental de la Cour d’appel a été démonté pour réaliser d’importants travaux d’étanchéité et empêcher les ruissellements dans la crypte ».

« Cet édifice rectangulaire de 15 mètres sur 10, aux murs épais encore imposants en élévation, est conservé in situ dans une crypte archéologique aménagée en 1977, dont l’accès se situe sous l’escalier de la Cour d’appel du Palais de justice. Depuis plus de 30 ans, il subit des altérations dues à un manque de ventilation mais également à l’humidité entretenue par la nappe phréatique : remontées par le sol, puis par capillarité dans les murs. Aujourd’hui, les maçonneries sont dégradées et fragilisées par cet environnement. Il faut assainir l’édifice et l’étanchéifier afin de résoudre cinq problèmes majeurs : cristallisation des sels, désagrégation des parements rubéfiés, moiteur de l’atmosphère, développements microbiologiques et condensation ». 

« Un important chantier de restauration sera engagé pour un montant de 778 500 € TTC, financé en partie par l’Etat et les collectivités locales. Les travaux consisteront à assainir les vestiges par drainage, de façon à diminuer l’apport en eau et à abaisser progressivement l’hygrométrie de la crypte. L’arrêt des remontées capillaires supprimera les risques liés à la cristallisation des sels. La restauration des maçonneries sera réalisée par nettoyage et rejointoiement. Une consolidation et des collages seront réalisés sur les parties les plus précaires. La réalisation d’un sas d’entrée et l’isolation du plafond de la crypte permettront en outre de stabiliser l’atmosphère du monument. Les travaux, la scénographie et la mise en lumière envisagés favoriseront l’accessibilité de tous au monument, notamment par la réalisation d’un ascenseur pour les personnes à mobilité réduite.  Les travaux démarreront en octobre prochain et devraient durer huit à dix mois. Ils seront accompagnés d’une surveillance archéologique ». 

« Découverte essentielle pour l’Histoire, la préservation de cet édifice classé monument historique s’impose. La contribution de chacun est indispensable à la réalisation de ce projet afin de le rendre accessible tant aux visiteurs qu’aux chercheurs, et de l’ouvrir au dialogue entre les cultures et les religions. C’est pourquoi la Fondation du patrimoine, le ministère de la Justice et l’association La Maison Sublime de Rouen lancent une vaste campagne d’appel aux dons en faveur de la restauration de ce monument exceptionnel. Cet appel national s’adresse à tous, particuliers, associations et entreprises. Le lancement officiel de la souscription nationale a eu lieu le 14 juin 2018 à l’Office du Tourisme de Rouen ». "Pour faire un don en ligne, rendez-vous sur le site de la "Maison Sublime",  ou par chèque libellé à l’ordre de « Fondation du patrimoine – Maison Sublime » à l’adresse suivante : Fondation du patrimoine – Délégation Haute-Normandie 14 rue Georges Charpak - Parc de la Vatine B.P 332 - 76136 MONT-SAINT-AIGNAN Cedex. Un reçu fiscal permet de déduire une partie de son don au titre de l’impôt sur le revenu, de l’impôt sur la fortune, ou de l’impôt sur les sociétés."

« La maison sublime » de Cécile Patingre 
France Télévision propose en replay « La maison sublime », documentaire  de Cécile Patingre. "Eté 1976, un vestige archéologique est découvert lors de travaux dans la cour du palais de Justice de Rouen. Au cours de la fouille, une mystérieuse inscription en hébreu est retrouvée, gravée sur un mur : Que cette Maison soit sublime pour l’éternité. Quarante ans plus tard, l’énigme persiste toujours : Quelle est donc cette Maison ? Et quelle mémoire renferme-t-elle ? Une plongée dans l’histoire juive de la France et de la Normandie."

Le royaume juif de Rouen ressuscité
En janvier 2019, les éditions Arnaud Franel ont publié "Le royaume juif de Rouen ressuscité", par Jacques-Sylvain Klein. "Cet ouvrage raconte l’histoire foisonnante du judaïsme normand sur près de deux mille ans. Il nous éclaire sur le rôle considérable du « royaume juif de Rouen » au Moyen Âge, sur ses relations avec la chrétienté et avec les grands foyers du judaïsme européen et oriental."

"En 1976, des travaux de pavage dans la cour du Palais de Justice de Rouen mettent à jour les vestiges de deux monuments hébraïques des XIe-XIIe siècles. L’un, aujourd’hui connu comme « la Maison Sublime », aurait abrité une académie rabbinique, l’autre un bain rituel. Deux autres monuments sont découverts dans les années 80, dont l’hôtel particulier du chef de la communauté juive. Ces vestiges, auxquels il faut ajouter une synagogue médiévale détruite à la fin du XIXe siècle, font de Rouen l’un des hauts-lieux de l’archéologie juive en Europe."

"Ces découvertes sont venues confirmer l’existence d’une communauté médiévale puissante et influente, arrivée en Normandie avec le colonisateur romain et qui a vécu là, mais aussi en Angleterre, jusqu’à l’expulsion des Juifs de France par Philippe le Bel. A partir du XVIe siècle, une communauté se reforme, constituée de « nouveaux chrétiens » chassés d’Espagne et du Portugal, puis de rapatriés d’Alsace-Lorraine et du Maghreb, de persécutés fuyant les dictatures communistes et fascistes. Cette communauté a connu, durant la dernière guerre, le plus terrible des holocaustes."

"Jacques-Sylvain Klein nous raconte l’histoire foisonnante du judaïsme normand sur près de deux mille ans. Il nous éclaire sur le rôle considérable du « royaume juif de Rouen » au Moyen Âge, sur ses relations avec la chrétienté et avec les grands foyers du judaïsme européen et oriental. Il nous fait découvrir l’exceptionnel rayonnement de l’École de Rouen, dont les maîtres ont nourri les premières éditions imprimées du Talmud. L’auteur nous conte aussi la rude bataille menée, pendant dix ans, par l’association La Maison Sublime de Rouen, dont il est le délégué, pour sauvegarder ce monument historique, le plus ancien édifice hébraïque conservé en France. Une bataille qui se termine, en 2018, avec la restauration de l’édifice et sa réouverture au public."


« La maison sublime » de Cécile Patingre
Une coproduction Rosa Normandie Films, Temps Noir et France Télévisions 
Film soutenu à l’écriture et à la production par la Région Normandie en partenariat avec le CNC et en association avec Normandie Images, CNC, Procirep-Angoa, Fondation Rothschild et la participation d’Histoire TV.
Sur France 3 Normandie le 24 février 2022 à 23 h  
En Replay sur France Télévision jusqu'au 28 mars 2022

Du 25 mai 2018 au 16 septembre 2018
198, rue Beauvoisine - 76000 Rouen 
Tél. : 02 76 30 39 50
Ouvert du mardi au samedi de 13 h 30 à 17 h 30 et le dimanche de 14 h à 18 h

Visuels :
Pion de trictrac : Samson et les renards fin 12e siècle
Paris, musée du Louvre
© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

Stèle en trois parties de Jocabed, fille de Rabbi Isaac, épouse de Rabbi Ezra, Paris, 1280-1281,
Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme, Paris
© D.R

Traduction d’un ouvrage d’astronomie en présence d’Abraham Ibn Ezra, Psautier dit de Blanche de
Castille, après 1218
Paris Bibliothèque de l’Arsenal
© D.RAstro

Astrolabe de Bethencourt
© RMM Rouen Normandie / Yoann Deslandes

Bague de mariage juive provenant du trésor de Colmar, vers 1300
Ornement à forme architecturale de pyramide à six pans (une inscription : "Mazel Tov").
Collection Demangeot, 1923
Lieux de conservation : Paris, Musée National du Moyen-Âge
© RMN-Grand Palais (musée de Cluny - musée national du Moyen-Âge) / Jean-Gilles Berizzi

Stèle en trois parties de Jocabed, fille de Rabbi Isaac, épouse de Rabbi Ezra, Paris, 1280-1281,
Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme, Paris
© D.R

Mahzor copié dans les environs de Paris, vers 1288, à présenter au niveau d'une prière, ici début de
la prière pour Shabbat matin, bibliothèque nationale de France
© D.R

Lampe de Hanouca, XVIe siècle
Paris, Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme
©DR

Palais de justice de Rouen angle Nord-Est
Maison Sublime © D.R

Murs Nord et Ouest
Maison Sublime © D.R

Escalier vu de l’intérieur
Maison Sublime © D.R

Lion renversé
Maison Sublime © D.R

Escalier
Maison Sublime © D.R

Façade Nord
Maison Sublime © D.R

Mur Nord et Tourelle
Maison Sublime © D.R

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Les citations proviennent des dossiers de presse. Cet article a été publié le 9 septembre 2018.

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