jeudi 12 mai 2022

« L'histoire oubliée des femmes au foyer » de Michèle Dominici

Arte diffusera le 17 mai 2022 à 20 h 55 « L'histoire oubliée des femmes au foyer » ("Wir sind keine Puppen!" Die Geschichte der Hausfrau) de Michèle Dominici. « Au travers de films familiaux et de journaux intimes, Michèle Dominici fait entendre la voix de celles qui ont fait le choix, pendant les Trente Glorieuses, de se consacrer à leur famille. Un éclairage rare sur une thématique délaissée par les sciences sociales ».


« Se dédier aux tâches domestiques, de la préparation des repas au ménage, veiller au bonheur paisible des siens dans un chez-soi coquet… C’est au milieu du XIXe siècle, avec l’avènement d’une nouvelle classe moyenne, qu’apparaissent en France les premières femmes au foyer ». 

« Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, dopé par le consumérisme des Trente Glorieuses, ce statut s’impose comme une promesse d’accomplissement personnel pour des générations de jeunes filles, convaincues de la noble mission de se dévouer entièrement à la famille ».

« Mais sous le vernis de l’idéal valorisé par la pression sociale, au fil des années et de la quête d’autonomie des enfants qui grandissent, l’ennui engendré par la routine, le sentiment de mal-être et parfois la dépression rongent en silence beaucoup d’entre elles. »

« Aucune somme encyclopédique ni chaire universitaire ne leur a encore été consacrée. Pour retracer l’histoire de ces femmes au foyer qui, des décennies durant, se sont oubliées, voire sacrifiées, pour le bien-être de leur famille et l’ascension sociale de leur époux, Michèle Dominici ("Simone Signoret – Figure libre" ; "Nadar, le premier des photographes") a puisé dans les journaux intimes d’une dizaine de femmes – françaises, allemandes et anglaises –, qui se sont mariées entre 1945 et 1970 ». 

« Nourrissant son film d’archives télévisées et de films familiaux amateurs, elle fait entendre leur ressenti, leurs espoirs et leurs désillusions, leurs petites joies et leurs sourdes interrogations. Piégées dans la répétition de tâches sans fin, confrontées à un désir déclinant comme à l’ingratitude de leurs proches et, surtout, condamnées à l’invisibilité sociale, elles livrent des témoignages émouvants ». 

Certaines femmes ont aimé être "femmes au foyer" car elles se sont investies avec bonheur, avec satisfaction, malgré l'absence par exemple de machines à laver la vaisselle, dans une fonction parfois méprisée, en particulier par des femmes salariées en entreprises. Dans le cadre d'un Etat favorisant par sa politique nataliste des familles nombreuses, elles ont contribué, en surveillant l'éducation de leurs enfants, à la transmission de savoirs et de règles et à l'élévation du rang de la France dans le monde.

La presse, la radio, puis la télévision ont joué un rôle majeur dans leur ouverture au monde. Grâce au temps gagné par l'usage de l'électroménager, ces femmes au foyer bénévoles ont contribué à l'essor d'associations.

« En écho, les grandes conquêtes des femmes de la seconde partie du XXe siècle les verront, à force de mobilisations et de luttes, s’émanciper de la tutelle de leur mari, accéder à la contraception et à l’IVG et investir enfin des carrières jusqu’alors réservées aux hommes ». Et, dans ce cas, qui fait le ménage ? Une autre femme, souvent une immigrée non déclarée ?


« Avec le documentaire L'histoire oubliée des femmes au foyer, la réalisatrice Michèle Dominici explore l’histoire silencieuse de millions de femmes longtemps réputées n’avoir rien à raconter. Inédit et saisissant. Propos recueillis par Laetitia Moller ».

Pourquoi vous êtes-vous intéressée à une histoire apparemment si banale ?
Michèle Dominici : L’idée de ce film est née d’une phrase prononcée par ma mère. Elle a écrit ses mémoires mais son récit prenait fin l’année de son mariage. Lorsque je lui ai demandé pourquoi, elle m’a répondu : "Parce qu’après ce n’est plus intéressant." Diplômée de Sciences Po et licenciée en droit, elle a alors tout arrêté. Quelques années plus tard, en entamant des recherches pour ce film, j’ai découvert qu’il n’existait aucun véritable corpus sur ce sujet qui avait pourtant concerné des millions de femmes.

Comment avez-vous procédé pour leur donner une voix ? 
Je me suis d’abord concentrée sur la période d’après-guerre, pendant laquelle les femmes au foyer sont à leur acmé. Or le peu de fois où elles apparaissent, dans les fictions, les reportages ou les publicités, on parle toujours à leur place, les représentant comme de ravissantes idiotes censées incarner le bonheur familial absolu. Nulle part, on n'entend ce qu’elles ont à dire. Grâce à l’Association de l’autobiographie qui collecte des récits d’anonymes, j’ai trouvé une quinzaine de documents, dont des journaux intimes très riches, où ces femmes racontaient les mêmes désillusions, un sentiment de solitude, la déprime et l’absence de temps pour elles, loin de l’image véhiculée par le Salon des arts ménagers !

Pourquoi n’utilisez-vous pratiquement que des archives familiales ?
Pour leur rendre une vérité, il me fallait au préalable déconstruire les images existantes. Je voulais aussi prendre le contrepied des films d’histoire qui retracent de grands destins dans les capitales mondiales. Christine Loiseau, la documentaliste, a fait la tournée des cinémathèques régionales, à la recherche d’archives familiales qui offraient un autre point de vue. Récemment, à l’occasion d’un festival, une dame de 94 ans m’a confié en larmes : "Merci, j’ai enfin vu ma vie !"

La révolution féministe les remet en cause plus qu’elle ne les émancipe...
D’une part, les féministes se sont peu intéressées à elles car elles incarnaient de potentielles opposantes, le bord politique conservateur. D’autre part, les femmes au foyer ont elles-mêmes été ambivalentes. Car adhérer aux idées féministes signifiait renier cinquante ans de leur vie. Au moment même où elles devaient affronter le départ de leurs enfants, et souvent l’usure de leur couple, la société a fait volte-face pour leur dire : "Maintenant, vous êtes ringardes." Difficile à vivre pour ces femmes auxquelles on avait vendu, pendant des années, leur statut comme le gage ultime d’une vie réussie. »


« L'histoire oubliée des femmes au foyer » de Michèle Dominici
France, 2021, 52 mn
Coproduction : ARTE France, Squawk 
Avec le soutien de la PROCIREP & de l’ANGOA et du CNC
Avec la participation de la RTS & de Public Sénat
Sur Arte le 17 mai 2022 à 20 h 55
Sur arte.tv du 10/05/2022 au 12/12/2022
Visuels : 
C' est l' histoire générique d' une femme, puis d' une mère au foyer que Michèle Dominici, la réalisatrice, souhaite reconstituer ici dans ses détails les plus touchants, signifiants, étonnants, voire détonants. Reprendre le fil de la découverte de ce destin si particulier que des millions de jeunes femmes ont traversé ou subi selon les personnalités, les partenaires, les fatalités diverses et variées
© Squawk

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