lundi 31 mai 2021

Maavar. Une association juive pour la réinsertion sociale


Maavar  est une association française Juive intervenant dans le domaine social. Sous la direction de son fondateur Joseph Marceau, Maavar a développé une action multiforme - hébergement et restaurant sociaux, aide par des psys, sortie de personnes de la prostitution, etc. - à Paris, à Sarcelles et à Marseille, et en jouant un rôle pionnier dans la prise en charge des malades atteints du SIDA. Son identité juive déniée par certains fonctionnaires, elle ne peut plus apporter son aide à des Juifs en difficultés et qui n'iront pas vers des associations non communautaires. Maavar  propose aux personnes aux faibles revenus un repas cacher au prix modique de 5 euros du lundi au jeudi, de 12 h à 13 h 30 au restaurant de l'association, dans le XIe arrondissement de Paris, près de la place de la Nation. L'association a été particulièrement active avant et après la pandémie de coronavirus.

Le FSJU assiste des Juifs originaires du Maroc et de Tunisie pour leur indemnisation par la Claims Conference (3/5)
Maavar est un vocable hébreu qui signifie « chemin, transition, hébergement ».

C’est le nom de l’association fondée par Joseph Marceau voici près de 25 ans afin de prendre en charge, par un accompagnement adapté, les priorités primaires - hébergement, nourriture, hygiène -, puis sociales des individus et familles en grande difficulté et précarité.

Son slogan ? « Aider toute personne en situation de rupture sociale, psychologique ou familiale, quelles que soient son origine, sa provenance ou sa pathologie ».

« Vers 1982-1983, certains problèmes graves de la société française n’étaient pas pris en compte dans la communauté juive », se souvient Joseph Marceau.

Maavar  lance « Transition », une émission hebdomadaire sur Radio J, « SOS Ecoute juive » - 4 000 à 5 000 appels téléphoniques révèlent des détresses liées aux violences contre femmes et enfants, aux maladies (mentales, SIDA, toxicomanie) - et vers 1986-1987, dans le métro, la campagne de prévention sur le SIDA par des affiches comportant le mot « juif ».

A Paris, Maavar, qui compte alors cinq salariés, ouvre un centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) doté de 25 places, dont 6 lits spécialisés SIDA, en chambres d’hôtels pour un séjour d’un à trois mois, et un restaurant social.

Il noue aussi des liens avec les institutions juives – FSJU (Fonds social juif unifié), OPEJ (Œuvre de protection des enfants juifs), OSE (Œuvre de secours aux enfants) -, laïques et chrétiennes, des rabbins, etc.

En 1992, Maavar a pris en charge 96 des 450 Maliens expulsés de l'esplanade du château de Vincennes. "On est la première organisation à les avoir reçus... Personne n'en voulait. Finalement on a trouvé trois hôtels dont les propriétaires sont des Juifs", a déclaré Joseph Marceau à Actualité juive (n° 315, 19 novembre 1992). Aux termes d'un contrat avec l'Etat, l'association avance les frais, et se fait rembourser par le ministère du Logement. Et Joseph Marceau d'expliquer : "J'ai 25 malades du SIDA juifs, je m'occupe du social depuis des années dans l'indifférence générale. Pour cette fois, il s'agit d'une action d'aide humanitaire, d'un acte de solidarité inter-communautaire. La plupart des Maliens sont des musulmans. Il y a même deux musulmans qui ne sont pas maliens et qui ont profité du lot".

Ouverture, respect et tolérance
A Paris, Sarcelles, Montreuil et Marseille, Maavar  emploie 80 personnes en 2006. Ses effectifs devaient atteindre 120 salariés vers 2008. Maavar mène alors 18 projets et espère le financement de trois autres.

Son budget de 4,5 millions d’euros en 2006 provient essentiellement d’autorités publiques – ministère de la Santé et des Affaires sociales, collectivités locales -, et de manière moindre du FSJU et de dons de particuliers. Admis au FSJU (Fonds social juif unifié) en 1986, Maavar travaille avec le CASIM dans la cité phocéenne.

Ses services ? Des centres d’hébergement de durée variable - CHRS (logement, suivis social et psychologique avec « Ezra précarité & VIH »), appartements de coordination thérapeutique (ACT) pour stabiliser l’état de malades atteints de cancer, SIDA ou d’hépatite dans l’attente d’une maison de repos ou d’un accès au logement, services d’accueil d’urgence (SAU) tel « Eranne précarité & psychiatrie », restaurants sociaux Noga respectant la cacherout à Paris et Marseille.

« Tous les jours sauf le week-end, nous offrons 100 repas à 70 pauvres hébergés, envoyés par le CASIP-COJASOR ou voisins âgés : des repas chauds à midi, des barquettes ou sandwiches pour le soir. Le jeudi, nous distribuons des colis alimentaires », indique Zvetlana Roudakoba, responsable du restaurant Noga parisien.

« En 2005, nous avons donné 57 000 repas. Pour 2006, ce nombre est estimé à 87 000, soit 300 repas chaque jour », précise Jean-Luc Cuxac, responsable de Maavar à Marseille. Et le nombre de repas distribués quotidiennement s’élève à 350 en 2013.

"Maavar  propose aux faibles moyens la faculté un repas cacher au prix modique de 5 euros du lundi au jeudi, de 12 h à 13 h 30, au restaurant de l'association, dans le XIe arrondissement de Paris, près de la place de la Nation, à proximité du métro Boulet Montreuil. Ce repas comprend des hors d’œuvres, un plat chaud, viande ou poisson, un dessert, un café ou du thé à volonté. Ceux qui sont intéressés peuvent me contacter au 0632603848 ou par email à joseph.marceau@free.fr. La responsable du restaurant parle russe", précise Joseph Marceau, le 9 juin 2014.

A Paris, « nous œuvrons en partenariat avec des associations ou centres pour trouver des relais », note Sarah Teboul, éducatrice pour le CHRS. Vanessa Sabbah, psychologue, assure « un travail psychosocial ».

« A Sarcelles, nous nous occupons de plus de 130 personnes par jour. Nous avons sept services. Sur le Val-de-Marne, la résidence sociale Mayol a le meilleur résultat de sortie (53%) des logés, souvent vers un HLM. Pendant six mois renouvelables une fois, nous y hébergeons des titulaires de contrats précaires. Nous leur apprenons à gérer leur budget et les aidons pour un emploi à plein temps. Dans le cadre du service Ezra, nous plaçons quatre personnes dans un logement, chacune a sa chambre particulière et bénéficie d’une auxiliaire de vie. Au CHRS Meggido à Piscop, le séjour dure jusqu’à trois ans et nous utilisons une thérapie avec les animaux particulièrement bénéfique aux dépressifs », déclare Madeleine Bitton, directrice de Maavar à Sarcelles.

« Nous avons été les premiers à accepter des pathologies lourdes par une prise en charge particulière. Nous avons participé à une modification de l’image du travail social juif dans et hors de la communauté. Nous sommes cités en exemple par diverses instances publiques », relève le fondateur de cette association qui œuvre pour la tolérance.

D’abord réticente à l’égard d’une aide juive, une famille musulmane reconnaissante a perdu ses préjugés.
L’urgence perdure, mais a changé
Quelle population s’adresse ou est envoyée à Maavar ? « Ce sont des juifs et des non juifs. Des demandeurs d’asile, des SDF, d’anciens prisonniers, des femmes battues, des sidéens, des personnes seules ou des familles ayant des problèmes sociaux et des pathologies graves. Ils sont âgés de 25 à 70 ans, mais depuis 15 ans l’âge moyen est passé de 31 ans à 37 ans et la part des femmes de 25% à 40%. Nous accueillons de plus en plus de personnes qui travaillent. Nous avons plusieurs niveaux d’urgence : trouver un lieu pour dormir le soir même, accueillir les personnes expulsées, celles qui travaillent mais n’ont pas de maison, et de plus en plus de SDF qui ont des problèmes psychiatriques », observe M. Marceau.

Il constate aussi un « éclatement de la famille juive après son installation à Paris et une baisse de la solidarité interfamiliale telle qu’elle existait en Afrique du nord ».

Soulignant les besoins aigus de la communauté juive sarcelloise – absence de communication dans les familles, jeunes chômeurs dépendants de leurs parents -, Mme Bitton souhaite la « constitution d’un fonds d’urgence et créer un service adapté aux personnes âgées souffrant de leur solitude et d’ennui : réunions, aides pour les courses… »

Les difficultés de Maavar ? Ce sont les demandes non satisfaites, les dangers du travail avec des personnes souffrant de troubles psychiatriques, parfois des difficultés de recruter dans une banlieue un peu éloignée et une manne publique qui croît peu.
Actions sans frontières
A Sao Tomé, île africaine, Maavar a érigé un monument à la mémoire des 2 000 enfants juifs expulsés jadis du Portugal et a mis en place un centre sur le SIDA.

Maavar a aussi approfondi ses relations avec l’Etat d’Israël : avec le ministre de la Santé, le Dr Glazer, par un voyage de solidarité en août 2006, par deux congrès franco-israéliens, par la participation au festival des Etoiles du Néguev à Eilat et l’invitation d’artistes israéliens à la soirée du 10 décembre au Zénith de Toulouse, par l’accueil en décembre 2006 de jeunes issus de familles défavorisées d’Ashkelon.

Ses projets en 2006 : ouvrir un centre de jour pour enfants autistes à Piscop, ajouter 17 chambres au CHRS de Marseille, obtenir 15 appartements à Paris pour des malades mentaux, créer un restaurant social à Ashkelon, un centre d’information sur le Sida à Eilat et, avec l’association Beit Ham, des Beit Maavar afin de prendre en charge des toxicomanes. Certains projets ont été réalisés : Maavar a acheté à Paris des appartements qu'il loue, à des loyers faibles, à des personnes handicapées.

En 2007, le Xe congrès annuel de Maavar au Parlement a porté sur les « grandeurs et misères du travail social ».

Hostilité d'administrations
Un budget de six millions d'euros - dont 99% proviennent de l'Etat et 1% émane de la Tsédaka annuelle collectée par la communauté Juive française institutionnalisée -, 120 salariés, 350 repas distribués chaque jour, 40 appartements à Marseille... Maavar s'impose comme association incontournable, œuvrant de manière efficace dans des domaines ignorés d'autres associations, mais elle demeure méconnue du grand public, Juif ou non.

"Depuis plusieurs années, les SIAO (Services Intégrés d'accueil et d'orientation), commissions de travailleurs sociaux centralisent des demandes d'hébergement pour les SDF (Sans domicile fixe) - anciens détenus après leur détention en prisons, malades sortant d'une hospitalisation ou personnes expulsées de leur domicile -, Juifs et non Juifs, et attribuent des hébergements dans les institutions  non Juives ayant des places libres ou/et des appartements. Auparavant, les personnes Juives qui se trouvaient dans ces conditions précaires se présentaient directement auprès des institutions Juives françaises pour être aidées, hébergées, suivies et soignées par le réseau social communautaire. Depuis la mise en place de ces SIAO, le réseau communautaire Juif  financé par l'Etat n'apporte plus ces prestations, car, sous prétexte de laïcité, le suivi de ces personnes est effectué par des institutions non Juives. L'identité Juive  n'est donc plus prise en compte, et ne constitue plus un critère permettant un accueil spécifique par ces institutions sociales communautaires", déclare Joseph Marceau, le 10 mars 2014.

Et de déplorer : "Le désengagement public s'est traduit par l'arrêt du versement de 300 000 € à Maavar, dont le restaurant social manque désormais de financement".

Maavar recherche des bénévoles comme secrétaires, visiteurs de prisons, etc.

A lire sur ce blog :
Articles in English

Cet article a été publié par L'Arche. Il a été publié sur ce blog le 20 décembre 2013, puis les 14 mars  et 10 juin 2014, 11 décembre 2015, 30 mai 2018. Il a été modifié le 10 juin 2014.

« Les œuvres volées par Hitler ou l'incroyable sauvetage » de Petra Dorrmann et Gerhard J. Rekel


Arte rediffusa « Les œuvres volées par Hitler ou l'incroyable sauvetage » (Hitlers Madonna Und Die Retter Der Raubkunst, Hitler’s Mona Lisa) de Petra Dorrmann  et Gerhard J. Rekel (2013). La quête d’œuvres artistiques volées à des collectionneurs privées, souvent juifs, et à des musées par les Nazis et leurs collaborateurs. CINE + PREMIER diffusera le 2 juin 2021 "Monuments Men" de George Clooney, avec George Clooney, Matt Damon, Bill Murray, Cate Blanchett, John Goodman, Jean Dujardin, Hugh Bonneville.


Qui a sauvé le patrimoine artistique volé à des musées, galeristes, marchands d’art et collectionneurs par Hitler et ses sbires, dont Goering, et stocké dans la mine de sel d’Altaussee (Autriche), dans la région du camp de Mauthausen ?

Le Train, de John Frankenheimer (1964) et The Monuments Men de George Clooney (2013) soulignent et louent la stratégie des Alliés et de la résistance française pour empêcher tant d’œuvres d’arts volées par les Nazis dans les collections de musées, de collectionneurs et de galeristes d’être transportées en Allemagne.

La mine de sel d’Altaussee
Hitler et Göring partageaient un amour de l’art. Pas de n’importe quel art. Haïssant et bannissant “l’art dégénéré”, ils prisaient un art classique, conforme à la vision aryenne de l’art.

« Tout au long de la Seconde Guerre mondiale, Hitler et Göring ont envoyé leurs sbires pour piller les musées de pays occupés ou spolier les grands collectionneurs d'art d'origine juive ». Et ce, afin d’y choisir les chefs d’œuvres susceptibles d’enrichir le futur musée que le hrer rêvait d’édifier à Linz (Autriche), ville où il a été scolarisé, et la collection personnelle de Göring.

D’où l’énergie déployée par leurs sbires à piller des œuvres, parfois de façon concurrente, dans tous les musées des pays occupés ou à spolier les grands collectionneurs d’origine juive comme la famille Rothschild". La collection de Louis et Alphonse de Rothschild est célèbre.

"Dès le printemps 1944, Hitler ordonne de mettre à l’abri les œuvres d'art pillées les plus précieuses”. Où ? Dans plusieurs caches et mines, dont celle de sel d’Altaussee (Autriche) - le sel sert à fabriquer des explosifs. Un lac dominé de montagnes majestueuses.

Sur 42 000 m², ces chefs d'œuvres visaient à  "magnifier l'identité allemande" et présenter Hitler en "citoyen épris de culture".

De 1943 à 1945, plus de 6 500 pièces sont entreposées dans cette mine autrichienne : peintures (L'Astronome de  Vermeer), sculptures, bijoux, etc.

Parmi ce patrimoine artistique européen à la valeur inestimable regroupé dans la mine de sel d’Altaussee : la statue de la Madone de Bruges de Michel-Ange, L'Art de la peinture (De Schilderkonst) de Vermeer acheté en 1940 par Hitler à un collectionneur viennois, et le retable de Gand des frères Van Eyck, illustres représentants de l'école des primitifs flamands du XVe siècle. « Le musée d’Hitler », documentaire de Jan Lorenzen et Hannes Schuler (2005) s’intéresse particulièrement à l’enquête visant L’Adoration de l'Agneau mystique, célèbre et convoité retable des frères Hubert (Hubrecht ou Hubertus) Van Eyck (v.1366-1426), et Jan Van Eyck (v.1390-1441).

Après le suicide du Führer (30 avril 1945), et alors que les Alliés s’approchent de la mine de sel d’Altaussee, les nazis responsables de cet endroit, dont le Gauleiter August Eigruber, « se préparent à tout faire sauter”, et ce, au moyen de huit bombes de 500 kg chaque acheminées dans cette mine. « Des opposants à ce projet s'en mêlent. 

Quelques personnes ont connaissance de ce risque.

L'Armée rouge s'empare de Vienne. Sur le front ouest, l'armée américaine progresse, et découvre une cache de tableaux dissimulés par les Nazis.

3 mai 1945. Les travailleurs de la saline sont volontaires pour s'emparer des bombes. Ils vont obstruer les galeries.

A Altaussee, convergent des dirigeants nazis - Kaltenbrunner, Eichmann, Stangl - après le suicide d'Hitler.

"C’est le combat méconnu d’ouvriers et d’experts au service des nazis, de résistants anglais et locaux que relate ce documentaire”.

Issue de cette lutte : le 12 mai 1945, à l’arrivée des Monuments Men, dont Harry Ettlinger, Juif allemand réfugié aux Etats-Unis avant le conflit - son père tenait un magasin de mode féminine à Karlsruhe et choisissait ses modèles à Paris -, ce patrimoine culturel exceptionnel et précieux - environ 140 milliards d'euros - de plus de 22 000 œuvres d’art, notamment des tableaux de Vermeer, Rubens, Brueghel, Rembrandt, Tintoret et autres génies, demeure intact. Des nazis imposteurs se présentent aux Alliés comme des résistants, et parviennent à de hauts postes après guerre, notamment à la direction d'un musée viennois.

Ces chefs d’œuvres sont alors transportés dans un dépôt central à Munich (Allemagne).

Une partie est restituée à ses propriétaires.

La restitution des œuvres d’art s’avère difficile, parfois impossible pour d'autres propriétaires spoliés. Pour différentes raisons : délais de prescription, décès des propriétaires lors de la Shoah, recherches longues et coûteuses pour les propriétaires spoliés ou/et leurs ayants-droit qui parfois ne disposent pas de preuve, réticences et refus de musées de perdre des œuvres complétant avantageusement et enrichissant leurs collections, circonstances complexes de la spoliation, propriétaires contraints de vendre à bas prix leurs œuvres d’art, "vraies-fausses donations" telle celle de la famille Rothschild, etc.

« L’affaire Klimt » (Stealing Klimt) documentaire passionnant de Jane Chablani et Martin Smith (2006) évoque le rôle trouble de l’État autrichien et le combat difficile, long - 50 ans - et victorieux de Maria Altmann, octogénaire Juive américaine d'origine viennoise, pour récupérer des biens familiaux, dont cinq tableaux de Gustav Klimt (1862-1918) - deux portraits de sa tante Adèle Bloch-Bauer et trois paysages (1900-1907) - ayant appartenu à son oncle, Ferdinand Bloch-Bauer, spolié en 1938 par les Nazis.

Ce documentaire bénéficie de la contribution notamment de "l’écrivain autrichien Konrad Kramar, auteur d’un polar historique à succès sur cet épisode rocambolesque".

Harry Ettlinger a été l'invité de Vivement dimanche de Michel Drucker sur France 2 qui évoqua ces Monuments men et Rose Valland.

Histoire diffusa les 19 et 21 juillet 2014 Les vrais monuments men, réalisé par Werner Boote (55 minutes). "En pleine Seconde Guerre mondiale, les nazis dérobent  plus de 7000 oeuvres d’art qu’ils cachent dans les mines de sel autrichiennes d’Altaussee. Un immense trésor artistique composé de tableaux de Rembrandt, Vermeer, Brueghel, Raphaël, Titien, Michel-Ange... L’armée américaine crée alors une section spéciale : les monuments men, des professionnels de l’art chargés de sauver et récupérer ces oeuvres d’art. Mais l’endroit où elles se trouvent est le secret le mieux gardé des nazis. Soixante-dix ans après les faits, ce film raconte l’histoire de la plus grande chasse aux trésors du XXème siècle. Début mai 1945, dans le chaos des derniers jours de la guerre, deux mineurs vont jouer un rôle décisif en faisant pression sur un haut dignitaire nazi".

Le 14 mars 2016, à 15 h 50, Histoire diffusa A la recherche de l'art perdu. Les Monuments Men, documentaire de Cal Saville : "Dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir, les spoliations se sont multipliées en Allemagne. Pendant toute la guerre, les nazis se sont servis dans les collections des pays européens qu'ils soumettaient. Hitler et Goebbels ont littéralement pillé l'histoire de l'art. Aussi, dès 1943, les Monuments Men, experts d'art, se donnèrent pour mission de parcourir l'Europe à la recherche des œuvres manquantes pour les recenser et les rendre à leurs propriétaires. Des mines souterraines aux châteaux isolés qui les abritaient, ils ont tout fait pour sauver les oeuvres. Les recherches continuent encore aujourd'hui, l'ensemble du trésor volé des nazis n'ayant pas été intégralement localisé".

CINE + PREMIER diffusera le 2 juin 2021 "Monuments Men" (The Monuments Men) de George Clooney (2014), avec George Clooney, Matt Damon, Bill Murray, Cate Blanchett, John Goodman, Jean Dujardin, Hugh Bonneville. Film adapté du livre éponyme de Robert M. Edsel (2009).

"1943, la guerre bat son plein. Militaires et civils paient un lourd tribut. Et plus symboliquement les arts et la culture sont, eux aussi, visés. À Amsterdam, Varsovie, Paris, Milan et dans d'autres grandes villes du Vieux Continent, les nazis font main basse sur des centaines d'œuvres classées au patrimoine mondial de l'humanité. Le but d'Hitler : construire son Führer Museum, qui sera, selon ses vœux, le plus grand du monde. Grand amateur d'art, le lieutenant américain Frank Stokes alerte le président Roosevelt. Il reçoit rapidement le feu vert pour mettre sur pied un commando de spécialistes qui se chargera du sauvetage de ces œuvres" : le Monuments, Fine Arts, and Archives program.

"Venus de 13 pays différents les Monuments Men se lancent dans la plus grande chasse au trésor du XXème siècle : retrouver les œuvres d'art volées par les nazis durant la seconde guerre mondiale. La plus grande chasse au trésor du XXe siècle est une histoire vraie. Monuments Men est inspiré de ce qui s'est réellement passé."
  
"En pleine Seconde Guerre mondiale, sept hommes qui sont tout sauf des soldats – des directeurs et des conservateurs de musées, des artistes, des architectes, et des historiens d'art – se jettent au cœur du conflit pour aller sauver des œuvres d'art volées par les nazis et les restituer à leurs propriétaires légitimes. Mais ces trésors sont cachés en plein territoire ennemi, et leurs chances de réussir sont infimes".

"Pour tenter d'empêcher la destruction de mille ans d'art et de culture, ces Monuments Men vont se lancer dans une incroyable course contre la montre, en risquant leur vie pour protéger et défendre les plus précieux trésors artistiques de l'humanité…" Parmi eux : le célèbre Retable de Gand et la Madone de Bruges.




"Monuments Men" de George Clooney
Etats-Unis, 2014, 115 minutes
Scénario : George Clooney, Grant Heslov, Bret Witter
Musique : Alexandre Desplat
Avec George Clooney, Matt Damon, Bill Murray, Cate Blanchett, John Goodman, Jean Dujardin, Hugh Bonneville, Bob Balaban, Dimitri Leonidas, Justus Von Dohnanyi, Holger Handtke, Michael Hofland, Zachary Baharov, Michael Brandner, Sam Hazeldine
Sur TF1 le 29 mai 2016
Sur CINE + PREMIER le 2 juin 2021 à 23 h 05 

« Les œuvres volées par Hitler ou l'incroyable sauvetage  » de Petra Dorrmann et Gerhard J. Rekel
Florian Film  et Arte, Allemagne, Autriche, 2013, 52 min
Sur Arte le 26 février à 22 h 10 et le 16 mars 2014 à 16 h, le 2 mai 2017 à 23 h 15
© DR

A lire sur ce site concernant :
Articles in English
Les citations sont extraites du communiqué de presse et du documentaire.
Cet article a été publié les 26 février, 2 mars et 17 juillet 2014, 14 mars et 29 mai 2016, 3 mai 2017, 31 mai 2021.

jeudi 27 mai 2021

Régine Stépha Skurnik (1917-2014), résistante


Née en 1917, résistante juive française d'origine polonaise, sioniste, Stepha Skurnik est décédée le 18 juillet 2014, à l'âge de 97 ans. Elle a été inhumée le 22 juillet 2014 au cimetière parisien de Bagneux. Article republié en cette Journée nationale de la Résistance.

Hélène Berr (1921-1945)
« Oriana Fallaci », par Marco Turco
Yvette Lévy, rescapée de la Shoah
Régine Stépha Skurnik, ancienne combattante volontaire de la Résistance
Rose Valland (1898-1980)
Femmes et résistance
Femmes en résistance
Résistance en région parisienne
Destinations Auschwitz. Convois des déportés tatoués
« Les Juifs ont résisté en France 1940-1945 »
« Des « terroristes » à la retraite », de Mosco Boucault


« C’est toute une histoire ! », s’exclame souvent Régine Stépha (prénom de résistante communiste en Pologne, puis en France) Skurnik, avant de précéder le récit d’un épisode de sa vie d’un « Tenez-vous bien ! » ou « Imaginez-vous… »

Cette dame nonagénaire appuie sur chaque mot, avec détermination. Tout en ayant gardé son intonation polonaise. Et en émaillant ses propos de savoureuses expressions en yiddish.

Une prime jeunesse en Pologne
Régine Skurnik est née en 1917, à Skierniewice, dans une famille juive communiste dont le père, David Lemberger, boulanger, est édile municipal. Elle est l’aînée d’une fratrie : Norbert, né en 1920, Serge né en 1922 et Jean né en 1924. « On parlait yiddish à la maison ».

Cette enfant curieuse aimait les récits bibliques que lui contait sa grand-mère paternelle, et est « très bonne élève pour plaire à son père ».

Stépha Lemberger fonde une section juive communiste dans un pays dont le régime autoritaire a interdit le Parti communiste. Repérée en 1936 par la police lors d’une manifestation, elle rejoint le Paris du Front populaire.

La vie laborieuse à Paris
« J’avais quitté une Pologne à l’hiver rigoureux. A Paris, il faisait beau. J’étais enchantée d’y vivre », se souvient Stépha Skurnik. Et de louer la gentillesse des Français.

Stépha Lemberger est accueillie par Adolf, un oncle brocanteur communiste, son épouse Layele et leurs deux filles, Anna et Jacqueline, dans leur modeste appartement rue de Flandres.

Elle entre au Parti communiste français (PCF), gagne sa vie comme aide-finisseuse et loue un petit logement.

David Lemberger est arrêté, interné au camp Bereza Kartuska, puis libéré. Par prudence, il quitte en famille la Pologne pour la France.

En 1937, tous habitent et travaillent dans le logement-atelier de Stépha : « J’ai acheté une machine à coudre. Norbert confectionnait les pantalons à la machine, mon père repassait, et, avec ma mère, je faisais les finitions. On a appris à bien travailler » pour des maisons de couture.

La famille Lemberger régularise sa situation et emménage dans un appartement plus grand rue des Immeubles-industriels, dans le XIe arr., près de la place de la Nation. Dans ce quartier d’artisans, elle se lie d’amitié en particulier avec Marcel Rayman, qui sera fusillé comme FTP-MOI membre du groupe Manouchian le 21 février 1944, au Mont Valérien.

« Nous fréquentions des organisations juives sous l’influence du Parti communiste. Nous manifestions, collections des habits, de l’argent [pour les Espagnols] », se souvient Stépha Skurnik, dont le frère Norbert tente vainement de s’engager au côté des Républicains.

Dans ce milieu militant, elle rencontre Marcel Skurnik qu’elle épouse au début de la guerre.

Engagés volontaires dans la « drôle de guerre »
1939. Sur le pacte-germano-soviétique, Stépha Skurnik ne partage pas l’opinion de son « père [qui] trouvait une excuse » à sa signature. Marcel Skurnik et Norbert Lemberger sont acceptés comme volontaires. En 1940, Marcel Skurnic, jeune père de Dora Paulette, est blessé lors de l’offensive allemande.

A Paris, tous sont très occupés par leur action politique. Après hésitations, les Lemberger et les Skurnic suivent la consigne d’un journal juif : « Il faut se déclarer juifs auprès des autorités françaises et être fiers de l’être ».

Le temps des rafles et des luttes héroïques
Lors de la rafle du 14 mai 1941, Marcel, Serge et Norbert sont arrêtés au gymnase Japy (XIe arr.) et internés au camp de Beaune-la-Rolande, dans le Loiret. Norbert, puis Marcel s’en évadent.

Arrêté lors de la 2e grande rafle du XIe arr., le 20 août 1941, Jean est mené au camp de Drancy. Libéré avec 400 internés en novembre 1941, Jean squelettique prescient : « Ce n'est qu'un début. Les Allemands veulent notre perte. Il va falloir se défendre. Non, nous n'irons pas à la mort comme des moutons à l'abattoir ».

Le 16 juillet 1942, interpellée par des policiers, Stépha Skurnik leur échappe en empoignant une corde dans la cage d’escalier. Glisse jusqu’au rez-de-chaussée, les mains en sang. S’engouffre dans un café proche et file dans un appartement. Peu après, elle retrouve Norbert, lui confie sa peur que Paulette soit arrêtée et éclate en sanglots. Après un instant, Norbert la repousse et s’éloigne en courant. « Je me suis dit : j’ai un frère, et quand j’ai un problème, il part. Mais il est revenu une demi-heure plus tard avec ma fille », placée ensuite par sécurité en nourrice et qui deviendra psychologue.

Stépha est agent de liaison de la MOI (Main d’œuvre immigrée). Elle a « plusieurs sections à servir. La section juive est la plus active, [Jean et Norbert en sont membres et sont les auteurs d’actions armées. Elle] transmettait des ordres, apportait des armes… » Son mari fonde le 2e détachement de résistance composé de FTP juifs valeureux.

L’extermination des Juifs ? « On savait à peu près. Quand on prévenait les gens, ils ne nous croyaient pas ».

Dans cette époque tragique, émergent les figures de ceux qui l’ont aidée, en particulier Monsieur Le Guellec, « chef de préfecture » résistant, son épouse et Madame Poulin, sa concierge. Stépha Skurnic souhaite leur faire attribuer le titre de Justes parmi les Nations.

Les parents Lemberger se cachent de 1942 à 1944 à La Varenne.

Norbert est arrêté par la police fin 1942. Sa famille obtient de la justice des prorogations de son maintien en prison et reports de la date de son procès, et ce, afin d’éviter sa libération prélude à son transfert à Drancy, puis à sa déportation. Malheureusement, Norbert est finalement envoyé à Drancy, et de là, déporté le 2 septembre 1943. Il s’évade avec trois prisonniers, mais tous sont rattrapés et fusillés par les gardes SS du train. Leurs cadavres sont mis dans un wagon. Direction : Auschwitz.

Après s’être évadé du camp de Beaune-la-Rolande, et quelques pérégrinations, Serge est déporté en juin 1942 à Auschwitz. Il est affecté « au nettoyage des ruines du ghetto de Varsovie après l’insurrection ».

Malgré l’ordre de la Résistance de cesser tout contact avec sa famille, Jean se rend dans la cachette de sa sœur. Il fait « des attentats, en respectant les ordres de la Résistance d’éviter de blesser les civils. La résistance manquait terriblement d’armes ». Arrêté le 22 avril 1943, « torturé, Jean n’a pas parlé. Il est laissé pour mort à la prison de Fresnes ». Il est envoyé le 12 juillet 1943 au camp de Struthof, en Alsace annexée, puis dans une dizaine de prisons en Allemagne, et arrive le 17 janvier 1944 à Auschwitz ».

Arrêté en 1939, l’oncle Adolf est interné au camp de Gurs. « A la Libération, on a appris qu’il avait été à Buchenwald. Mais il n’en est pas revenu ».

Des parcours retracés dans Heureux comme Dieu en France de Gérard Israël (Robert Laffont, 1975) et Des terroristes à la retraite du réalisateur Mosco Boucault (1983).

Quelques retours
Un matin de mai 1945, « on frappe à la porte de notre logement. Mon mari va ouvrir. Silence. Intriguée, je m’avance, et je vois un squelette, Jean. Nous nous rendons chez nos parents, et j’entre la première pour les prévenir, mais Jean était si impatient qu’il arrive brusquement. Comme mon père ne le reconnaît pas, ma mère lui dit : « C’est Jean ! », et elle s’évanouit, terrassée par sa première crise cardiaque ». Serge reviendra plus tard…

En 1947, le couple Skurnik a un fils, Norbert, qui devient psychiatre. Il dirige son atelier de confection, puis Serge et Jean Lemberger ouvrent le leur.

Avec son épouse Guitele peu enthousiaste, David Lemberger s’installe en Pologne pour contribuer à l’édification du communisme. Au bout d’un à deux ans, et au terme d’un délicat conseil de famille, celle-ci le convainc de retourner en France. Pour Stépha Skurnik, le procès stalinien « des blouses blanches », suscite une « déception terrible ».

Marcel Skurnik disparaît en 1986, Jean en 1993 et Serge en 1994. Le 27 janvier 2005, lors de l’inauguration du pavillon français rénové à Auschwitz, le Président de la République Jacques Chirac évoque la figure de Jean Lemberger honoré par l’exposition du pavillon.

Solidarités
Marcel Skurnik fonde la Société de Varsovie ; son épouse est longtemps membre du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) et présidente de l’association des sociétés juives de France. Motivé par la solidarité, son activisme est récompensé par de nombreuses distinctions. Stépha Skurnik assiste souvent aux cérémonies à la mémoire des victimes des rafles, des combattants du ghetto de Varsovie, etc.

Pour Stépha Skurnik, « le sionisme, c’est libérer l’être humain… S’il y avait eu Israël, il n’y aurait pas eu six millions de Juifs tués. J’admire Shimon Peres car il a donné l’arme atomique à Israël ». Ce soutien à l’Etat juif se manifeste notamment par des collectes pour sa renaissance, des dons et par le départ de Marcel Skurnik et de son fils combattre en Israël lors de la guerre des Six-jours (1967).

Stépha Skurnik a déposé un dossier auprès de Yad Vashem France pour que soient honorés ceux qui l'ont aidée, notamment Alfred Le Guellec, commissaire de police et à son épouse, Augustine Le Guellec, décédés sans enfant, et une concierge d'immeuble. Elle recherche des informations sur ces trois personnes. Le 16 janvier 2012, Yad Vashem m'a informée qu'il allait décerner la médaille et le diplôme de Justes parmi les Nations à ce couple dont il cherchait à se procurer des photos, de préférence à l'époque de l'Occupation.

Elle souhaite aussi faire éditer ses émouvants, passionnants et dactylographiés  Mémoires d’occupation, témoignage d’une militante juive d’origine polonaise (1936-1945). Un livre dédié à ses chers disparus : Salek, son premier amour, son oncle Adolf, sa tante Layele, leur « fille lumineuse et joyeuse Jacqueline » et son frère Norbert.

Stepha Skurnik est décédée le 18 juillet 2014. 
Elle a été inhumée le 22 juillet 2014 au cimetière parisien de Bagneux. 

A lire sur ce blog :

Cet article a été publié dans le n° 158 d'octobre 2008 de Communauté nouvelle et les 8 mars 2011, 4 août 2014 et 1er août 2016 sur ce blog. Il a été modifié le 27 mai 2021.

L’âge d’or des cartes marines. Quand l’Europe découvrait le monde


La Bibliothèque nationale de France (BnF) a présenté l’exposition éponyme. Elle montre des « portulans », cartes marines enluminées sur parchemin, provenant de sa collection d’environ 500 de ces chefs d’œuvre réalisés entre le XIVe et le XVIIIe siècles. Des chefs d’œuvre révélant la « représentation européenne du monde ». Une « invitation à redécouvrir la mythologie des Grandes découvertes et des voyages au long cours ». Un dossier de presse qui oublie... les cartographes Juifs. Les 31 mai 2021 à 21 h 40, 7 juin 2021 à 23 h 20, 12 juin 2021 à 16 h, 18 juin 2021 à 17 h 50, Histoire diffusera, dans la série Les Cartographes (2004), "Carte de Waldseemüller, 1507". 


Parmi les trésors des collections de la BnF se trouvent des cartes marines enluminées sur parchemin dénommées « portulans », de l’italien « portolano ». Elaborés entre le XIVe et le XVIIIe siècles, ces « documents scientifiques sont de véritables œuvres d’art, témoignage de cinq cents ans de représentation européenne du monde. Pièces phares de l’exposition, ces cartes d’exception sont une invitation à redécouvrir la mythologie des Grandes découvertes et des voyages au long cours ».

Les « cartes portulans » présentent la succession des ports et des havres le long des côtes, tandis que « l’espace maritime est sillonné par des lignes géométriques (lignes de rhumbs) qui correspondent aux directions de la boussole ». Grâce à ce système graphique, les marins pouvaient « s’orienter en reportant sur la carte la distance qu’ils estimaient avoir parcourue ».

« La Bibliothèque possède la plus grande collection de portulans au monde. Nous nous réjouissons de dévoiler au public une partie de ce fonds précieux, qui compte près de cinq cents de ces chefs-d’œuvre de la science des navigateurs », déclare Bruno Racine, président de la BnF. Conservée au département des Cartes et plans de la Bibliothèque, la « carte pisane » est le plus ancien portulan occidental connu et aurait été réalisé à la fin du XIIIe siècle.

Cette exposition questionne « la manière dont les Européens ont découvert, conquis, dominé, mais aussi étudié et représenté territoires et peuples entre le XIVe et le XVIIIe siècle. La construction de l’image de notre planète a pris corps au gré des expéditions maritimes et de la rencontre avec d’autres civilisations. Chaque avancée était alors une aventure humaine. Chaque innovation technique permettait d’aller plus loin. Chaque découverte complétait le vide de la carte. Dès le XIVe siècle, les « cartes portulans » ont joué un rôle fondamental pour la maîtrise des espaces marins de la Méditerranée, comme dans la diffusion d’une iconographie des Nouveaux Mondes avec leurs peuples, leur faune, leur flore, leurs mœurs et leurs paysages. Innovation technique, en même temps qu’objet de science et miroir de la quête d’un ailleurs, réel ou fantasmé, les « cartes portulans » s’imposent au regard contemporain comme de véritables œuvres d’art. Leur caractère spectaculaire tient autant à leur taille imposante qu’à leur polychromie – elles sont souvent rehaussées d’or – et à leur univers exotique ».

Quatre-vingts cartes portulans, des globes, des instruments astronomiques, des objets d’art et d’ethnographie, des animaux naturalisés, des dessins, des estampes et des manuscrits… Environ deux cents pièces majeures sont montrés dans les quatre parties de l’exposition. Elles proviennent des collections de la BnF ou prêtées exceptionnellement par le musée du Quai Branly, le musée Guimet, le musée du Louvre, les Arts et métiers, le Service historique de la Défense, la British Library, le Mobilier national ou le musée de la Marine.

La première partie est focalisée sur l’apparition des portulans, leurs techniques de fabrication, leurs usages et leurs utilisateurs. La deuxième « analyse le sens politique des cartes, manifestation de la concurrence des grandes puissances européenne ». La troisième est dédiée à l’océan Indien et aux transferts de savoirs entre la Méditerranée et l’Asie. Enfin, la quatrième « met en valeur cinq trésors cartographiques rarement présentés au public ».

Curieusement, le dossier de presse ne mentionne pas les cartographes Juifs qui, notamment dans la cour du roi du Portugal, ont participé à cette aventure. Citons deux illustres représentants de l'école de cartographie de Majorque : Abraham Cresques (vers 1325-1387),  maître des cartes du monarque d'Aragon et auteur vraisemblable de l'Atlas catalan et Mecia de Villadestes du début du XVe siècle.

Un oubli surprenant venant de la Bnf, sur laquelle Alain Resnais avait réalisé voici environ 60 ans Toute la mémoire du monde (1956).


Le 6 octobre 2016, les Rendez-vous de Blois ont proposé la conférence Dans l'atelier du cartographeavec  Annick PÉGEON, responsable du service éducatif aux Archives nationales.

Les 
31 mai 2021 à 21 h 40, 7 juin 2021 à 23 h 20, 12 juin 2021 à 16 h, 18 juin 2021 à 17 h 50, Histoire diffusera, dans la série Les Cartographes (The Map Makers, 2004), "Carte de Waldseemüller, 1507" réalisé par Stuart Clarke et Ali McGrath. "Avec l'âge de la découverte, une nouvelle carte apparaît et change à tout jamais notre façon de voir le monde. Les auteurs de cette carte forment une équipe jeune et dynamique. Leur mission consiste à créer une nouvelle vision du monde en s'appuyant sur les anciennes connaissances géographiques et les informations tirées des récentes grandes découvertes. Leur résultat est une carte, un globe et un texte qui bouleversent l'Europe du XVIe siècle. La carte de Waldseemüller devient la plus précieuse au monde..."

Les 20e Rendez-vous de l'Histoire à Blois (4-8 octobre 2017) ont eu pour  thème EURÊKA Inventer, Découvrir, Innover. Le 5 octobre 2017, de 16 h à 17 h, ils proposaient la Carte blanche à l'université d'Orléans assurée par Juliette DUMASY, Maître de conférences, Université d'Orléans, et intitulée L'invention de la carte (XIVe-XVIe siècles) : "Au XIVe siècle apparaissent les premières cartes locales et nationales, faites par des peintres. Au XVIe siècle, progressivement, sont introduites des techniques plus «modernes» : échelle, triangulation... Les cartes d’État-major ou aujourd’hui de l’IGN ou de Michelin en sont les héritières".

Ils organisaient le 6 octobre 2017 de 11 h 15 à 12 h 45, la conférence La Fabrique de l'Océan Indien: l'invention cartographique d'un espace maritime (Orient-Occident, Antiquité-XVIe siècle), avec Eric VALLET, Maître de conférences à l'université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Didier MARCOTTE, Professeur à l'Université de Reims, Dejanirah COUTO, Maître de conférences- HDR à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, Emmanuelle VAGNON-CHUREAU, Chargée de recherches au CNRS, Pierre SINGARAVÉLOU, Professeur à l’Université Paris 1

"Carte blanche aux éditions de la Sorbonne. A l’occasion de la parution de La Fabrique de l’océan Indien. Cartes d’Orient et d’Occident (Antiquité-XVIe siècle), ouvrage collectif dirigé par Emmanuelle Vagnon et Eric Vallet (Publications de la Sorbonne, 2017), cette table ronde proposait une réflexion sur la manière dont vingt siècles de cartographie, grecque, latine, arabe, européenne, chinoise ont « inventé », c'est-à-dire à la fois construit et structuré par l'image, la représentation de l’espace maritime de l’océan Indien. Contrairement à d’autres espaces maritimes, golfes ou mers fermées, l’océan Indien n’est pas un espace défini naturellement. Il s’étend sur une très vaste surface (75 millions de km2), communiquant largement avec les autres océans, Atlantique et Pacifique. Le concept même d’océan Indien est une construction historique, par une définition de ses limites, par les noms qui lui ont été donnés successivement, et par la prise en compte des réseaux humains, politiques et commerciaux, qui s’y jouèrent. La cartographie du monde et des régions du monde, en tant que processus d’identification et de sélection des informations géographiques, procède toujours par choix, en découpant la surface représentée, et en mettant en valeur les repères de géographie physique et humaine utiles à la définition de cet espace. Les planisphères du XVIe siècle n’ont donc pas été simplement des images "enregistrant" des "découvertes", comme un dévoilement du monde, mais bien une mise en scène, révélatrice des ambitions et des aspirations des auteurs et commanditaires de ces cartes. L’évidence d’une représentation du monde qui nous est familière aujourd’hui ne doit pas faire oublier le processus de fabrication de cette image du monde et les conceptions antérieures au XVIe siècle, concernant la pertinence de cette mise en forme". "Richement illustré, cet ouvrage invite à un voyage à travers plus de vingt siècles de cartographie, où l'on découvre comment l’océan Indien a été imaginé et représenté, en Orient et en Occident, depuis les premières cartes babyloniennes jusqu’aux planisphères de la fin du XVIe siècle. Il ne se contente pas de décrire l’émergence d’une cartographie moderne à partir des navigations européennes du XVIe siècle ; il considère aussi les savoirs issus des grandes aires de l’Ancien monde, de l’Extrême-Orient à l’Europe, en passant par les mondes de l’Islam, pour croiser les regards et explorer les approches communes qui, au-delà des distances géographiques et culturelles, ont façonné une image progressivement unifiée de cet espace. Par l’observation des tracés, des noms et des illustrations figurant sur de nombreux documents – mappemondes, schémas, cartes régionales, globes et planisphères – construits à plusieurs échelles, le lecteur est ainsi convié à parcourir et découvrir les multiples représentations d’un vaste espace maritime commun à plusieurs cultures".

Arte diffusa le 17 septembre 2018, dans le cadre de "Xenius", "L'art de la cartographie" (Wie Landkarten entstehen) présenté par Emilie Langlade et  Adrian Pflug. "Qu’elles soient numériques, virtuelles ou de papier, les cartes sont une aide précieuse à l’orientation. C’est sur elles que reposent les systèmes de navigation, grâce à elles que le monde entier se repère dans l’espace. À Karlsruhe, les présentateurs de "Xenius" rencontrent Franziska Wild, ingénieure géomètre, qui leur fait découvrir le monde merveilleux des cartes et de leur réalisation."


"Carte de Waldseemüller, 1507
par Stuart Clarke et Ali McGrath
Grande-Bretagne, 2004
Produit par Wild Dream Films Production
Avec : Stephen Rashbrook
Sur Histoire les 14, 25 et 31 août et 6 septembre 201731 mai 2021 à 21 h 40, 7 juin 2021 à 23 h 20, 12 juin 2021 à 16 h, 18 juin 2021 à 17 h 50


"L'art de la cartographie" présenté par Emilie Langlade et  Adrian Pflug 
Allemagne, 2018
Sur Arte le 17 septembre 2018 à 17 h 10

A lire sur ce blog :

Cet article a été publié le 25 janvier 2013. Il a été republié les 28 octobre 2013, 5 mars et 21 juillet 2014 et 13 janvier 2016 : Histoire a diffusé le numéro de la série Les cartographes intitulé La carte de Waldseemüller, 1507, les 29 et 31 octobre 2013, 7, 13, 20, 26 et 30 mars 201422 et 24 juillet 201413, 16, 20, 25, 30 janvier et 2 février 2016. "Avec l'âge de découverte apparaît une carte qui a changé à tout jamais notre façon de voir le monde. Les auteurs de cette carte forment une équipe jeune et dynamique. Leur mission consiste à créer une nouvelle vision du monde en s'appuyant sur les anciennes connaissances géographiques et les informations tirées des récentes grandes découvertes. Leur résultat est une carte, un globe et un texte qui bouleversent l'Europe du XVIème siècle. La carte de Waldseemüller devient la plus précieuse au monde"L'atlas de Mercator, 1572 - "cet épisode conte les intrigues et les manœuvres qui ont entouré la naissance d'une carte publiée par un cartographe de renommée mondiale : Gérard Mercator. Nous apprenons comment ce mathématicien et géographe de génie a frayé avec un cartographe corrompu du nom de John Elder. Une histoire de duplicité et de trahison qui tient dans les pages d'un atlas unique et vieux de quatre siècles" -, et Les cartes du débarquement du jour J - "Les cartes ont toujours leur importance en temps de conflit et elles ont été cruciales lors d'une période de l'histoire particulière : la Seconde Guerre mondiale. Une quantité de cartes du littoral français sont alors dessinées grâce à des trésors d'ingéniosité et de bravoure. Elles sont conçues pendant les quatre années qui précèdent le Débarquement et vont contribuer à la conclusion de la guerre. La réalisation des cartes du jour J est l'une des aventures les plus passionnantes qui soit..." 
- 6 octobre 2016, 15 août et 3 octobre 2017, 17 septembre 2018.

Salman Rushdie


Salman Rushdie est un écrivain américain né en Inde en 1947. Cible d’une fatwa de l’ayatollah Rouhollah Khomeini en 1989 après la publication des Versets sataniques, il vit sous haute protection policière tout en poursuivant une œuvre relevant d’un réalisme magique et rédigée souvent en anglais, et tout en luttant pour la liberté d’expression et contre l’islamisme. Arte rediffusera le 30 mai 2021, dans la collection « Les grands romans du scandale », « Salman Rushdie. La mort aux trousses », documentaire de William Karel.

Ahmed Salman Rushdie est né en 1947, dans une famille bourgeoise, à Bombay (Mumbaï) en Inde.

Agé de treize ans, il part pour vivre en Grande-Bretagne. Il étudie notamment au King’s College de Cambridge.

Il travaille dans le secteur de la publicité, et entame une carrière d’écrivain par Grimus.

Les Enfants de minuit (Midnight's Children) le rendent célèbre en 1981 et lui valent d’être distingué par le James Tait Black Memorial Prize et le Booker Prize. 

Deux années plus tard, le magazine littéraire Granta le classe parmi les « meilleurs jeunes romanciers britanniques ».

La Honte (Shame) suscite une controverse en raison de similarités entre des personnages et Zulfikar Ali Bhutto ainsi que le général Muhammad Zia-ul-Haq.

Mais Les Versets sataniques (1988), qui lui valent le Prix Whitbread, suscitent l’ire de nombreux musulmans, et une fatwa iranienne. La Grande-Bretagne de Margaret Thatcher protège son citoyen menacé de mort. 

Lors de la cérémonie des César, la comédienne Isabelle Adjani, dont le père est un Kabyle musulman d’Algérie, lit courageusement un extrait du livre. Elle est chaleureusement applaudie.

1993. Après des meurtres d’hommes de lettres en Algérie, est fondé, notamment par Salman Rushdie, le Parlement international des écrivains (International Parliament of Writers), chargé de protéger la liberté d'expression des écrivains, en particulier contre les offensives visant à introduite le délit de blasphème dans les droits de pays européens. En 2003, l'International Cities of Refuge (ICORN) lui succède.

Daniel Pipes, expert en géopolitique et auteur de "The Rushdie Affair. The Novel, the Ayatollah, and the West", a écrit dans "La fatwa de Rushdie 25 ans plus tard" (14 février 2014) :
"Si Rushdie, âgé [aujourd'hui] de 66 ans, est bel et bien vivant (même si il n'est pas ce qu'on appelle prospère ; ses écrits ont connu une baisse de qualité après Les Versets sataniques) , beaucoup de personnes ont perdu la vie dans les troubles qui ont surgi autour de son livre. Pire encore, l'impact à long terme de l'édit a été de limiter la capacité des Occidentaux de librement discuter de Islam et des sujets qui s'y rapportent, ce qui a fini par être connu sous l'expression la Réglementation Rushdie. Une longue analyse sur ce sujet (y compris un livre écrit en 1989) , m'amène à conclure que deux processus sont en cours :
Tout d'abord, que le droit des Occidentaux pour discuter, critiquer et même ridiculiser l'islam et les musulmans s'est érodé au fil des ans.
Deuxièmement, que la liberté d'expression est une partie mineure du problème ; l'enjeu est quelque chose de beaucoup plus profond - en fait, c'est une question clé de notre époque : les Occidentaux vont-ils maintenir leur propre civilisation historique face à l' agression émanant des islamistes , ou vont-ils céder à la culture et à la loi islamiques et se soumettre à une forme de citoyenneté de seconde classe ?
La plupart des analyses de la Réglementation Rushdie se concentrent exclusivement sur la croissance de l'islamisme. Mais deux autres facteurs sont encore plus importants : le multiculturalisme tel qu'il est pratiqué casse la volonté de maintenir la civilisation occidentale contre les déprédations islamistes tandis que le fait que la gauche fasse cause commune politiquement avec les islamistes donne à ces derniers une entrée. En d'autres termes, le cœur du problème ne réside pas dans l'Islam, mais en Occident."

« Je suis en désaccord fondamental avec ces gens de gauche qui font tout pour dissocier le fondamentalisme de l'islam. Depuis cinquante ans, l'islam s'est radicalisé. Côté chiite, il y a eu l'imam Khomeini et sa révolution islamique. Dans le monde sunnite, il y a eu l'Arabie saoudite, qui a utilisé ses immenses ressources pour financer la diffusion de ce fanatisme qu'est le wahhabisme. Mais cette évolution historique a eu lieu au sein de l'islam et non à l'extérieur. Quand les gens de Daech se font sauter, ils le font en disant "Allahou Akbar", alors comment peut-on dès lors dire que cela n'a rien à voir avec l'islam ? Il faut arrêter cet aveuglement stupide. Bien entendu, je comprends que la raison de ce déni est d'éviter la stigmatisation de l'islam. Mais, précisément, pour éviter cette stigmatisation, il est bien plus efficace de reconnaître la nature du problème et de le traiter... Le présupposé constant de la gauche, c'est que le monde occidental est mauvais. Et donc tout est passé au crible de cette analyse », a déclaré Salman Rushdie à L’Obs (8 juin 2017).

"Un bon conseil est plus rare que des rubis"
La revue La Règle du Jeu fondée par Bernard-Henri Lévy  propose en podcast "Un bon conseil est plus rare que des rubis", nouvelle de Salman Rushdie. 

"Salman Rushdie est l’un des grands écrivains de notre temps. Cette nouvelle, publiée dans le N°2 de notre revue, inaugurait sa collaboration à La Règle du jeu. L’auteur s’y montre aussi à l’aise dans la « forme brève » (art de l’anecdote condensée, de la profondeur cachée) que dans les grandes constructions proliférantes du type des Versets sataniques.

« De L'amant de lady Chatterley aux Versets sataniques, la nouvelle collection documentaire d'ARTE « La plume dans la plaie » revisite l'histoire des romans majeurs et de leurs auteurs, dont les écrits engagés résonnent encore aujourd'hui ». 

Une « collection d'ARTE consacrée aux grands romans, en écho avec notre époque. S'appuyant sur des archives et des interviews, elle décrypte cet automne cinq œuvres engagées abordant des thèmes brûlants d'actualité ». 

« Salman Rushdie - La mort aux trousses » 
Arte rediffusera le 30 mai 2021 « Salman Rushdie - La mort aux trousses » (Salman Rushdie - Den Tod im Nacken), documentaire de William Karel (France, 2019, 52 minutes). 

« En dix ans, Salman Rushdie aura changé cinquante-six fois de domicile et fait l'objet d'une vingtaine de tentatives d'assassinat. »

« Face à William Karel, l'auteur des Versets sataniques, condamné à mort par une fatwa de Khomeyni il y a trente ans, évoque avec humour et profondeur sa décennie de clandestinité, comme son amour des livres et de la vie ».

« Après la parution des Versets sataniques, en 1988, l’écrivain indo-britannique Salman Rushdie a vécu plus de dix ans traqué, reclus et sous protection policière ».  

En 1989, « l'ayatollah Khomeyni, le guide de la jeune révolution islamique iranienne, l'a condamné à mort dans une fatwa pour ce roman décrété blasphématoire ». 

« Trente ans plus tard, citoyen américain installé à New York, sir Salman – il a été anobli par la reine en 2007 – retrace et commente pour William Karel cette longue épreuve au cours de laquelle, sous le pseudonyme de Joseph Anton, forgé à partir des prénoms de deux grands aînés tutélaires, Conrad et Tchekhov, il aura changé cinquante-six fois de domicile et fait l'objet d'une vingtaine de tentatives d'assassinat ». 

« Le romancier britannique d'origine indienne revient sur ces douloureuses années de clandestinité ». 

« Il déplore également la montée du fondamentalisme religieux et ses répercussions sur la liberté d'expression. "Toute critique de l'islam est devenue une attaque contre les musulmans", confie-t-il, évoquant l'attentat contre Charlie hebdo ». 

« S'il a été marqué par le déferlement de haine qui a suivi la publication de son roman, l'écrivain se réjouit que, trente ans plus tard, le public voit son livre comme une œuvre littéraire "et pas seulement comme un texte qui a fait scandale". (Hélène Porret)

« Plus de soixante personnes, dont deux de ses traducteurs, au Japon et en Turquie, périront en raison de la fatwa, jusqu'à la levée de celle-ci, en 1998, aux termes d'un accord négocié entre Londres et Téhéran ».

"J'ai ressenti une énorme vague de soutien. Beaucoup moins de gens me défendraient si c'était arrivé aujourd'hui." Salman Rushdie profère des vérités désagréables avec une placidité teintée d'humour qui ressemble à de la sagesse ». 

« Dans cet entretien émaillé d'archives, l'auteur des Enfants de minuit et de La maison Golden évoque avec force sa longue cavale en même temps que le fondamentalisme islamique, cible première de ce gros roman qu'il avait mis cinq ans à écrire, et cataclysme alors insoupçonné qui ouvrirait le XXIe siècle, un certain 11 septembre ». 

"Le racisme est au cœur de tout cela", résume celui qui, à 13 ans, dans un pensionnat chic de la froide Angleterre, découvrit qu'on pouvait être haï pour son accent et sa couleur de peau ». 

« Mais de son enfance heureuse à Bombay, où il est né quelques semaines avant la partition de l'Inde, en 1947, au règne étrange de Donald Trump, qu'il combat avec vigueur, en passant par sa cinéphilie et son rapport à l'écriture, l'ancien fugitif évoque aussi avec une gourmandise communicative son grand amour de la vie ».


« Salman Rushdie - L'Inde imaginaire »
« Salman Rushdie - L'Inde imaginaire » (Salman Rushdie - Imagining India) est un documentaire réalisé par Elisa Mantin.

 « Le 14 février 1989, suite à la parution de ses Versets sataniques, Salman Rushdie est condamné à mort par une fatwa de l'ayatollah Khomeiny. Vingt ans après, l'écrivain a accepté d'évoquer l'Inde de son enfance, la source de son inspiration, le pays qui a nourri son imaginaire et son œuvre ».

« En 1999, il décide de partir vivre aux Etats-Unis même si la fatwa court toujours. Depuis, le monde a changé. Il y a eu le 11 septembre 2001, la guerre en Irak… Quel regard porte-t-il sur lui-même et sur le monde qui l’entoure ? Salman Rushdie, l’Inde imaginaire évoque la terre de son enfance, source de son inspiration littéraire, le pays qui a nourri son imaginaire et son œuvre. Il évoque également ses dix dernières années d’homme libre. Une invitation au voyage dans l’univers intime d’un homme dont l’œuvre littéraire est devenue symbole de la lutte contre l’obscurantisme religieux. Une rencontre inédite avec Salman Rushdie, essayiste et romancier britannique né en Inde, qui est considéré comme l’un des plus grands auteurs du XXe siècle. Ses romans ont été traduits dans le monde entier ».

« Salman Rushdie - Imagining India », is a movie directed by Elisa Mantin. « In 1999, Rushdie decided to go and live in the US, even though the fatwa still remains in effect. Since then, the world has changed, with 9/11 and the war in Iraq... How does Rushdie now see himself and the world around him? Salman Rushdie, Imagining India looks at the land of his childhood, a source of literary inspiration for him that fed his imagination and his œuvre. It also looks at his last ten years as a free man. The film is an invitation to travel through the personal world of a man whose literary work has become the symbol of the struggle against religious obscurantism.An original meeting with Salman Rushdie, the Indian-born British essayist and novelist, who is now considered to be one of the greatest authors of the 20th century. His novels have been translated all over the world ».
  

« En 1989, condamné à mort par une fatwa de l'ayatollah Khomeyni pour son roman Les versets sataniques, l'écrivain Salman Rushdie plongeait dans la clandestinité. Avec sa complicité, William Karel consacre un documentaire, trente ans après, à ce livre "prophétique". 
Propos recueillis par Irène Berelowitch ».


« Aviez-vous lu Les versets sataniques lors de la parution du roman ? »
William Karel : « J'avais commencé à l'époque ce récit de plus de 500 pages, et puis je l'avoue, j'avais abandonné, parce que je n’avais pas su voir qu’il annonçait le monde dans lequel nous allions vivre. Complexe, foisonnant, il était plus ardu que Les enfants de minuit, le roman qui l'a rendu célèbre et lui a valu le Booker Prize *. Ce qui est frappant, quand on le lit aujourd'hui, c'est le caractère visionnaire, prophétique des Versets sataniques : à un moment où l'Occident n'a aucune conscience du danger, Rushdie y annonce l'emprise que le fondamentalisme islamique va exercer sur nos existences. Il y a trente ans, personne n'imagine qu'en Europe on puisse être condamné à mort pour avoir écrit un roman. D'ailleurs, malgré son intuition et sa lucidité, Rushdie non plus. Il compare son histoire à cette séquence des Oiseaux d'Hitchcock, dans laquelle à l'image banale de quelques corbeaux posés devant une école succède celle d'un portique littéralement recouvert d'oiseaux noirs. La fatwa a été le premier "corbeau". Au total, il y aura plus de soixante morts, et lui-même échappera à une vingtaine de tentatives d'assassinat ».

« Cette condamnation à mort a fait de lui un symbole, et donc une figure mondiale, depuis sa clandestinité… »
« Plaider publiquement sa cause, rappeler son calvaire d'homme proscrit a été pour lui une question de survie pendant ces dix années de clandestinité. On voit bien, dans le film, combien les manifestations de solidarité ont constitué une résistance certes symbolique, mais aussi vitale. Stephen King, par exemple, a empêché une chaîne de librairies de retirer de la vente Les versets sataniques en mettant ses propres livres dans la balance. Inversement, le discours de figures comme John Le Carré, Roald Dahl ou le prince Charles, qui ont critiqué le livre pour avoir offensé l'islam, et même la manière dont François Mitterrand a refusé de rencontrer Rushdie, tout cela relève pour moi d'une forme de renoncement face à la terreur. Après l'affaire des caricatures de Mahomet, et bien sûr le massacre à Charlie hebdo, nul ne peut plus ignorer la réalité de la menace. Mais comme le souligne Rushdie, l'Occident a abandonné une part de sa liberté de parole et de dénonciation face au fanatisme. L'affaire des Versets sataniques est fascinante parce qu'elle résume à elle seule tous les aspects d'une crise dans laquelle nous restons englués ».

« En interviewant Rushdie à New York, où il vit aujourd'hui, qu'avez-vous découvert que vous ne saviez pas ? »
« J'ai d'abord rencontré un bon vivant, plein d'humour, toujours prêt à s'amuser, étonnamment dénué de ressentiment et d'inquiétude, ce qui chez lui semble aussi une forme de résistance. J'ai été surpris par son optimisme, alors qu’il reste menacé malgré la levée de la fatwa iranienne. Il s'est même dit convaincu que l'islamisme radical serait balayé d'un coup, sans qu'on s'y attende, comme la superpuissance soviétique il y a trente ans. Aujourd'hui, s'il prend la parole en public – il déteste le concept d'"écrivain engagé" et réserve la politique à sa vie de citoyen –, c'est pour dénoncer, par exemple, le traitement que l'administration Trump inflige aux migrants à la frontière mexicaine ».

* L'équivalent britannique du Goncourt, pour lequel Salman Rushdie était à nouveau en lice cette année, avec son dernier roman en date, Quichotte.


« Salman Rushdie. La mort aux trousses » de William Karel
France, ARTE France, Flach Film Production, 2019, 55 minutes
Sur Arte les 13 novembre 2019 à 22 h 50, 1er décembre 2019 à 5 h 10, 30 mai 2021 à 1 h 40 
Visuels :
Salman Rushdie enfant
Couverture de " Les Versets sataniques" de Salman Rushdie
Couverture de " Joseph Anton" de Salman Rushdie
Couverture de " Joseph Anton" de Salman Rushdie
Couverture de " La maison Golden" de Salman Rushdie
© Flach Film Production / ARTE F


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Les citations sur les films proviennent du site d'Arte. Cet article a été publié le 12 novembre 2019.