vendredi 31 mars 2017

Avoir vingt ans à Jérusalem et à Tel Aviv


La Galerie Samuel (Paris) a présenté en 2005 l’exposition de trois photographes israéliens : Shaï Halevi, Dinu Mendrea et Ricki Rosen. Ces clichés offrent une image nouvelle, originale et variée de jeunes Israéliens, éprouvés par les attentats terroristes palestiniens, priant ou heureux de vivre, de s’amuser et de se détendre. Le 31 mars 2017 de 9 h 30 à 12 h 30, l'Institut français de Jérusalem Romain Gary à Jérusalem (Israël) proposera la conférence Beit Ham, une maison chaleureuse. "Les psychanalystes français Alain Didier-Weill et Paolo Lollo, invités par le Collège doctoral Paris-Jérusalem, se penchent, avec Alexandre Aiss, Henri Cohen Solal et Dominique Rividi, sur l’espace relationnel et les phénomènes transférentiels dans les lieux d’accueil pour les personnes en difficulté. Ce séminaire est consacré à la sortie du numéro 11 de la revue Insistance qui réunit des articles et des témoignages cliniques et humains liés à la pratique des lieux accueillant des jeunes : les maisons chaleureuses, Beit Ham. Celles-ci, influencées par la psychothérapie institutionnelle, témoignent de la confiance dans la capacité des humains à "devenir".


« Nous sommes las de voir qu’Israël est perçu sous un jour négatif dans de nombreux milieux. Pour nous, c’est une injustice, une faute due à l’ignorance et une entrave à la paix », déclare le 3 février 2005 Marc Lumbroso, alors membre du B’nai B’rith France, lors de l’inauguration de cette exposition.

« Faire découvrir différentes facettes d’Israël »
En 2005, le B’nai B’rith Paris-Ile-de-France et l’association CMJI (Connaissance du monde juif et d’Israël) organisent « Israël, un autre regard », « une série d’événements culturels et artistiques qui ont pour vocation de mettre en lumière des aspects méconnus de la société israélienne, d’en présenter la jeunesse, la gastronomie, la science ou encore l’histoire. Ce projet, qui s’inscrit au-delà des considérations politiques et religieuses, souhaite avant tout faire partager une émotion et des sentiments. Cette émotion, c’est celle d’hommes et de femmes qui voudraient faire découvrir Israël à ceux qui ne le connaissent pas ».

Les organisateurs veulent évoquer « la vie en Israël à travers les yeux de ceux qui la vivent au quotidien. C'est Israël à travers sa diversité, sa culture, ses modes de vie, son apport à la science ».

Voici donc la première manifestation, cette exposition de trois jeunes photographes israéliens - Shaï Halevi, Dinu Mendrea et Ricki Rosen – sur « deux villes que tout sépare, Jérusalem et Tel-Aviv, une description du quotidien de la jeunesse israélienne née dans la guerre, mais résolument tournée vers l'avenir ».

Shai Halevi est né en 1976 à Jérusalem. Cet adolescent se passionne pour la photographie. et intègre l’Ecole des hautes études en photographie de Jérusalem (Ecole Musrara). « L’Assocation des Amis de Beit Ham (« La maison chaleureuse »), qui assiste “les jeunes en difficulté sur la voie de leur vie d’adultes et de citoyens”, lui a donné les moyens de poursuivre sa démarche artistique ». Fondée par le psychanalyste Henri Cohen-Solal, l’association Beit Ham « met à disposition de ces jeunes des « lieux de vie », notamment un « centre de créativité » qui propose des activités » artistiques. En novembre 2003, Shai Halevi avait exposé au Passage de Retz (Paris) dix portraits de « citoyens anonymes de Jérusalem – Minyan (groupe de dix hommes adultes de la communauté d’Israël réunis pour la prière, Nda) – et cinq clichés de pierres et de béton”. En 2005, « ses clichés montrent le travail de ces jeunes en phase de réinsertion, dans les “maisons” de Beit Ham ». Dans ses dix clubs, éducateurs et moniteurs accueillent un millier d’enfants et d’adolescents en difficultés et de toutes religions. Là, ces jeunes dialoguent et travaillent (loisirs, métiers, arts). Un exemple intéressant pour les sociétés urbaines…

C’est Jérusalem que Dinu Mendrea a choisi de photographier. Né en 1970 en Roumanie, il a émigré en Israël à l’âge de seize ans. « Photographe pour l’armée pendant son service militaire, il a ensuite étudié la photographie pendant quatre ans à l’Académie d’Art Betzalel de Jérusalem. A 34 ans, ses clichés ont été présentés et publiés dans de nombreux titres de la presse française et internationale ». C’est dans la « ville d’or » qu’il a eu vingt ans. Il offre un « reportage photographique sur « l’ombre constante » que les attentats terroristes projettent au-dessus des Hiérosolymitains » et « une atmosphère partagée, une certaine lassitude de la situation ». Ces photos ont été présentées pour la première fois en France, après avoir été diffusés dans d’autres pays.

Ricki Rosen s’intéresse à Tel Aviv, l’occidentale, la ville réputée « ne jamais dormir ». Née aux Etats-Unis en 1956, Ricki Rosen vit en Israël depuis seize ans. Elle a couvert les principaux événements au Moyen-Orient ces dernières années. Ses clichés ont été publiés par les journaux français et internationaux et ont fait l’objet de nombreuses expositions. « Avoir vingt ans à Tel Aviv est un défi de tous les jours. Confrontée à la violence du terrorisme, la jeunesse libérale et laïque y poursuit envers et contre tout un idéal de vie hédoniste et cosmopolite ». Colorées, dynamiques et contrastées, ces photos ont illustré le reportage de Olivier Michel paru dans « Le Figaro Magazine » du 24 janvier 2004 et intitulé « Avoir 20 ans à Tel Aviv, La rage de vivre ».

Visuels : 
Copyright : Ricki Rosen/Corbis

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Cet article a été publié sur Guysen, et sur ce blog le :
- 25 juin 2014 et 2 janvier 2015. France 2 a diffusé Avoir 20 ans à Tel-Aviv de Michel Honorin les 26 juin 2014, à 4 h 05 et 2 janvier 2015, à 4 h 45 : "Pour plusieurs religieux israéliens, Tel Aviv fait figure de ville libertaire. Certains de ces "hommes en noir" n'hésitent pas à fustiger cette jeunesse qui déserte les synagogues les soirs de shabbat pour s'entasser dans les discothèques. Il est vrai que le service militaire obligatoire de trois ans pour les garçons, deux ans pour les filles, pousse certains jeunes à espérer la paix plutôt que l'avènement du Grand Israël. Certains d'entre eux témoignent de leur volonté de vivre libres, tout en craignant un conflit qui opposerait les laïcs et les religieux". 
- 14 juin 2015. Le 14 juin 2015, Les Nouveaux explorateurs sur Canal + ont évoqué notamment Tel Aviv.

jeudi 30 mars 2017

Le Marais en héritage(s) : 50 ans de sauvegarde, depuis la loi Malraux



Le Musée Carnavalet a présenté l’exposition éponyme. Plus de 330 œuvres – photographies, livres, dessins, plans et cartes, films, affiches, maquettes, gravures et médailles rappellent les problématiques soulevées par le « tracé du premier secteur sauvegardé parisien » à l’initiative des ministres André Malraux et Pierre Sudreau, des passionnés et des amateurs éclairés. Le 30 mars 2017, France 5 diffusera Le Marais, un trésor à Paris, documentaire de Laurent Lefebvre. "Quartier le plus visité de Paris, le Marais est à la fois aristocratique, populaire, bohème et bourgeois. Il abrite artisans et commerçants, une population qui se bat chaque jour pour préserver l'âme de cet espace. Il s'enracine dans une capitale capricieuse qui l'a tantôt choyé, tantôt délaissé. Aujourd'hui, de l'Hôtel de Ville à la Bastille, le Marais s'est constitué comme le poumon artistique et branché de la ville. Musée à ciel ouvert, ses jardins secrets et ses multiples hôtels particuliers de la Renaissance permettent de remonter le temps".


Le nom « Marais », pour désigner ce quartier, semble être apparu dans les années 1560.

Au XVIIe siècle, il « devient le quartier le plus élégant et le plus à la mode de la capitale ».

Pour évoquer cette période, le Musée Carnavalet présente une « matériauthèque » du Marais formée « de lambris, portes, solives, balustres de rampes, sculptures, céramiques, boucles, monnaies, enseignes, documents, photographies, films, plans, maquettes… »

Au fil des siècles, le Marais est demeuré pour partie bourgeois, et pour partie populaire avec ses artisans, petits commerçants et ouvriers, et juif principalement par son Pletzl.

« Sur la plupart de ces quais au-delà de Notre-Dame ne figure aucun monument illustre […]. Ils sont les décors privilégiés d'un rêve que Paris dispensa au monde, et nous voulons protéger ces décors à l'égal de nos monuments. » (André Malraux. Intervention à l’Assemblée Nationale, 23 juillet 1962).

Quarante ans après le décès d’André Malraux et pour le 50e anniversaire « du tracé du premier secteur sauvegardé parisien », le musée Carnavalet montre « une exposition dédiée au Marais, quartier qui occupe une place singulière dans le cœur des Parisiens » et dans l’histoire des Juifs de la capitale (Pletzl).

Plus de 300 œuvres mettent « en perspective 50 ans de l’évolution d’un quartier exceptionnel par l’abondance de ses hôtels particuliers érigés aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles qui côtoient des architectures contemporaines et au cœur duquel se trouve le musée Carnavalet ».

La loi du 4 août 1962 a instauré « les secteurs sauvegardés dont le caractère historique justifie » la « conservation, la restauration et la mise en valeur ». Elle confère au quartier du Marais « un dispositif de protection patrimoniale spécifique, à l’instar des centres historiques des villes comme Lyon, Chartres, Clermont-Ferrand ou Aix-en-Provence ».

La « sauvegarde du Marais a suscité d’exceptionnelles aventures humaines, individuelles et collectives associant des « décideurs, des aménageurs, des élus, des architectes, des urbanistes et des résidents, et induisant « de multiples visions et controverses ».

« Quels ont été les défis, les succès et les revers de la valorisation ? Que révèlent-ils ? Vers quel renouveau tendent-ils ? » L’exposition, dont la commissaire est Valérie Guillaume, Directrice du musée Carnavalet – Histoire de Paris, « évoque les questions patrimoniales et esthétiques » suscitées par ce plan de sauvegarde ainsi que « ses dimensions sociologiques, économiques et humaines ». 

Témoignages, photographies, films, cartes, maquettes, instruments, échantillons, affiches, dessins in situ, prélèvements, éléments d’architecture soulignent l’évolution permanente de ce quartier. Le visiteur est invité à une véritable « immersion sensorielle » à travers les couleurs et les matériaux du Marais.

De « nombreuses pièces inédites issues d’hôtels particuliers, de maisons de rapport ou de lieux de culte sauvés de la destruction », et découvertes aussi lors de fouilles archéologiques récentes, laissent apparaître « un Marais secret » au savoir-faire, à l’art de vivre, l’architecture urbaine, et l’esthétique si particuliers.

Un « dispositif numérique interactif propose ainsi aux visiteurs de se plonger dans deux rues familières du quartier, la rue des Rosiers dans le 4e arrondissement et la rue du Temple, dans le 3e arrondissement. A partir de témoignages, de photos et d’extraits de presse, un portrait vivant est esquissé ».

En 50 ans d’application de la loi Malraux, le secteur sauvegardé du Marais a subi des métamorphoses architecturales, démographiques, sociales.

Avant sa fermeture provisoire (2015-2019) pour assurer une rénovation visant à « repenser en profondeur la présentation de ses collections ainsi que sa médiation afin de devenir le musée incontournable pour comprendre Paris, son espace urbain, ses habitants, sa mémoire et son histoire, cette exposition propose de « nouvelles clés de compréhension d’un territoire » par une scénographie annonçant partiellement une « des salles d’introduction du futur musée après sa rénovation ».

La loi Malraux à l’origine des secteurs sauvegardés
La sauvegarde du Marais « inaugure un mouvement international de préservation et de mise en valeur des quartiers anciens qui émerge dans les années 1960 ». Parallèlement à un mouvement visant à moderniser les villes pour les adapter aux voitures.

Un secteur sauvegardé est « une zone urbaine soumise à des règles particulières en raison de son « caractère historique, esthétique ou de nature à justifier la conservation, la restauration et la mise en valeur de tout ou partie d'un ensemble d'immeubles, bâtis ou non » (loi du 4 août 1962 dite « loi Malraux ») ».

On en compte 105 secteurs sauvegardés en France. Alors ministre des Affaires culturelles, André Malraux souhaitait en créer 400.

« D’une extraordinaire richesse patrimoniale, le Marais est le premier quartier parisien déclaré « secteur sauvegardé » en décembre 1964. Son territoire de 126 hectares, environ 1,2% de la surface de Paris, recouvre partiellement les 3e et 4e arrondissements. Nous célébrons en 2015 le 50e anniversaire de sa délimitation ».

« L’autre secteur sauvegardé à Paris est la partie Est du 7e arrondissement, il est délimité par un Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV) établi en 1972 et approuvé en 1991 ».

La « sauvegarde du patrimoine n’exclut pas les projets architecturaux contemporains.

Bien au contraire, même dans un secteur sauvegardé, la ville se construit par strates temporelles successives. Trois propositions architecturales des années 2010, présentées en début d’exposition, témoignent de cet harmonieux dialogue entre le patrimoine et la création :
- les logements sociaux construits par les architectes Chartier-Corbasson à l’angle des rues de Turenne et Saint-Antoine (4e), avec leur audacieuse façade évolutive et mobile, en alignement de rue,
- la réhabilitation de l’ancienne Société des Cendres par l’architecte Pierre Audat au 39 rue des Francs-Bourgeois (4e),
- la future fondation des Galeries Lafayette conçue par Rem Koolhaas situé entre la rue du Plâtre et la rue Sainte-Croix de la Bretonnerie (4e), actuellement en cours d’aménagement ».

Les acteurs de la sauvegarde du Marais
« Depuis l’établissement de son périmètre le 16 avril 1965, le secteur sauvegardé du Marais fait l’objet d’une politique de mise en valeur active qui mobilise politiques, architectes, urbanistes, historiens, archéologues mais aussi les bénévoles et les amoureux du Marais ».

« Dès 1959, le ministre des affaires culturelles André Malraux partage avec son collègue Pierre Sudreau, ministre de la Construction, la volonté de sauvegarder le patrimoine historique et esthétique. Ensemble, ils engagent le ravalement des monuments parisiens ainsi décrits par Malraux : « Paris noir était une ville triste. C’est la saleté qui l’avait rendue triste. Le noir supprimait les ombres, donc le décor ». André Malraux « considère la sauvegarde comme une ressource imaginaire féconde » : « Dans notre civilisation, l’avenir ne s’oppose pas au passé, il le ressuscite ». Son « grand génie a été de réussir à personnifier la loi votée le 4 août 1962 et depuis communément appelée « loi Malraux ».

C’est « exceptionnellement au Sénat que cette loi est d’abord présentée, en décembre 1961, par Pierre Sudreau. La loi a un double but, dit-il, « de protéger et d'essayer de restaurer des quartiers anciens ou historiques qui font partie de l'âme de notre pays ».

Le 23 juillet 1962, André Malraux « prononce devant l’Assemblée nationale un discours dont cet extrait demeure particulièrement fameux » : « Les nations ne sont plus seulement sensibles aux chefs-d’œuvre, elles le sont devenues à la seule présence de leur passé. Ici est le point décisif : elles ont découvert que l'âme de ce passé n'est pas faite que de chefs-d’œuvre, qu'en architecture un chef-d’œuvre isolé risque d'être un chef-d’œuvre mort ».

En 1970, la FNAC « lance un concours à destination des photographes amateurs pour immortaliser Paris. Prêtées généreusement par la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP), ces images témoignent de la vie populaire du Marais à cette époque : les amateurs entrent dans les cours et dans les ateliers, accèdent aux chantiers de construction et témoignent ainsi des transformations du quartier ».

 « Animés par la passion du quartier, des amateurs s’engagent bénévolement dans sa préservation et arpentent méthodiquement ses rues pour capturer ses singularités et ses trésors afin d’en dresser un plan exhaustif ».

De 1962 à 1968, « Michel Raude met en place le Festival du Marais. Inspiré par le Festival d’Avignon, il propose des spectacles vivants dans les hôtels particuliers du quartier afin de faire connaitre ce patrimoine ».

Roland Liot, » photographe professionnel, est aussi spectateur de cette époque : il explore le Marais pour figer sur la pellicule les modifications qui l’affectent ».

Le Marais « a été également un territoire d’intense mobilisation militante contre l’expulsion de ses habitants et la rénovation par le privé de son patrimoine historique. Créé en 1975, l’inter-comité du Marais alerte l’opinion et les médias et contribue activement à modifier la réflexion en matière d’architecture et d’urbanisme ».

L’exposition s'achève par deux promenades, à travers le musée et le quartier. Au sein du musée Carnavalet - Histoire de Paris « le visiteur découvre les nombreuses œuvres et décors intérieurs du Marais qui n’ont pas pu être déplacés dans les salles d’exposition temporaire : la maquette de l’ensemble décoratif provenant de l’hôtel Colbert de Villacerf, datant du XVIIe siècle évoque ces nombreux ensembles décoratifs des XVIIe et XVIIIe siècles remontés dans l’hôtel Carnavalet ».

Enfin, l’exposition « engage chacun à inventer sa promenade dans le quartier, sur les pas des artistes Kojiro Agaki, Françoise Schein, Michel Longuet ou encore de la communauté des Urban Sketchers Paris, réseau de dessinateurs qui a organisé spécialement pour l’exposition deux « marathons de dessins » (ou SketchCrawl) en février et mars 2015 ».

Le 6 octobre 2016, à 19 h 30, le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) proposa Habiter le Marais 1900-1980,conférence d’Isabelle Backouche à l’occasion de la parution de son ouvrage Paris transformé. Le Marais 1900-1980 : de l’îlot insalubre au secteur sauvegardé (Créaphis éditions, 2016). "Le Marais a suscité de nombreux projets, débats et combats avant et après la décision de sa sauvegarde par la loi Malraux en 1962. Sa partie sud, au bord de la Seine, est l’un des dix-sept îlots insalubres délimités en 1920. Dénommé « îlot 16 », il a la réputation d’être un ghetto et son aménagement est lancé à partir de 1941. L’historienne Isabelle Backouche, directrice d’études à l’EHESS au Centre de recherches historiques, aborde les liens entre urbanisme et antisémitisme, observant à la loupe cette transformation urbaine qui frappe l’inscription de la communauté juive dans ce quartier. Elle pratique l’histoire urbaine et a notamment publié La cathédrale Notre-Dame et l'Hôtel de Ville. Incarner Paris du Moyen Age à nos jours (Paris, Publications de la Sorbonne, 2015), Aménager la ville. Les centres urbains français entre conservation et rénovation (de 1943 à nos jours) (Paris, A. Colin, 2013), Maison de l’histoire de France : enquête critique (Paris, Fondation Jean Jaurès, 2012).

Le 30 mars 2017, France 5 diffusera Le Marais, un trésor à Paris, documentaire de Laurent Lefebvre (55 min). "Quartier le plus visité de Paris, le Marais est à la fois aristocratique, populaire, bohème et bourgeois. Il abrite artisans et commerçants, une population qui se bat chaque jour pour préserver l'âme de cet espace. Il s'enracine dans une capitale capricieuse qui l'a tantôt choyé, tantôt délaissé. Aujourd'hui, de l'Hôtel de Ville à la Bastille, le Marais s'est constitué comme le poumon artistique et branché de la ville. Musée à ciel ouvert, ses jardins secrets et ses multiples hôtels particuliers de la Renaissance permettent de remonter le temps".

"Maigret tend un piège"
Arte diffusa les 26 février, 3 et 9 mars 2016 Maigret tend un piègede Jean Delannoy '1958) d'après l'oeuvre de Simenon, avec Jean Gabin, Annie Girardot, Jean Desailly, Olivier Hussenot, Jeanne Boitel, Lucienne Bogaert, Lino Ventura, Jean Debucourt, Guy Decomble, Maurice Sarfati et Daniel Emilfork.

"Trois femmes sont retrouvées mortes, vêtements lacérés, dans le quartier du Marais à Paris. Au quatrième meurtre, le commissaire Maigret comprend qu'il a affaire à un tueur en série et décide de lui tendre un piège. Il organise une reconstitution du dernier meurtre, choisissant pour appât des femmes ressemblant à celles que le tueur prend pour cible, et dissimule des policiers en civil parmi la foule. Le leurre fonctionne. Dans le même temps, l'inspecteur Lagrume, tête de turc de Maigret, prend en filature une certaine Yvonne Maurin, dont le comportement étrange pendant la reconstitution a éveillé ses soupçons. Une série de coïncidences et le génie du commissaire Maigret conduiront vite au criminel..."

Un film noir éclairé par les dialogues de Michel Audiard, qui offre un costume sur mesure à Jean Gabin.  Maigret le débonnaire, Gabin le magnifique. C'est la première fois que Jean Delannoy réalise un Maigret. Associé pour les dialogues à Michel Audiard, il parvient à transposer d'une remarquable façon l'atmosphère créée par Georges Simenon. Jean Gabin est sans doute celui qui a le mieux incarné le commissaire à la pipe et à la force tranquille, se moquant des déductions savantes et préférant humer les lieux et les êtres, à la recherche du "pourquoi" plutôt que du "comment".

Premier des trois films avec Gabin dans le rôle du célèbre commissaire, Maigret tend un piège impose une atmosphère noire et lourde, digne des plus grands polars. Un film savoureux, porté par le jeu de ses acteurs, dont deux "débutants" qui feront leur chemin, Annie Girardot et Lino Ventura".
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Témoignage du sociologue Edgar Morin qui habitait au 35, rue des Blancs Manteaux au début des années 1960

« La population est merveilleusement cosmopolite. Il y a des Juifs que le trop plein de la rue des Rosiers a exilé vers l’est, des Arabes travaillant aux Halles et qui logent dans une même pièce ; il y a une colonie chinoise déportée pendant la guerre de 1914 de la concession française de Shanghai et dont les descendants se sont consacrés à la maroquinerie. »

« Le Marais […] a disparu depuis le début du XIXe siècle sous les appentis ; les excroissances en matériaux divers apportés là par une population des plus denses à Paris, sous la crasse et la lèpre d’un vieillissement accéléré. »


L’îlot 16, au croisement de l’histoire urbaine, architecturale, politique et sociale

« Pluridisciplinaire, l’exposition resitue les questions architecturales dans leur contexte politique, historique et sociétal. Le cas particulier de l’îlot 16 est emblématique de l’inscription de ces problématiques dans le territoire. C’est en 1921 que dix-sept îlots dits « insalubres », parce que la mortalité par tuberculose y est supérieure à la moyenne, sont délimités sur l’ensemble du territoire parisien. Ces quartiers sont destinés à être rasés et reconstruits. Le 16e îlot, d’une superficie de 14 hectares, est situé au sud du 4e arrondissement. Il est délimité à l’ouest par l’église Saint-Gervais, à l’est par la rue de Foucry, au nord par la rue François Miron et au sud par le quai de l’Hôtel de Ville Plusieurs visions d’aménagement de cet îlot se sont succédé dans les années 1930. L’urbanisme de mouvance moderniste voulait détruire le quartier et édifier un centre administratif et culturel doté d’un vaste espace vert. L’administration du régime de Vichy (1940-1944) préfère à ce plan un processus de conservation et de sauvegarde. Elle privilégie le curetage des cours intérieures, l’aménagement d’espaces verts, la destruction de bâtiments vétustes et la reconstruction d’édifices, de style historique. L’ancien tracé des rues est modifié. Ces différentes interventions préfigurent les méthodes en vigueur à partir de la loi Malraux ».

« L’expulsion des habitants, à majorité locataires, des 350 immeubles classés insalubres, dans cet îlot 16, a eu lieu pendant les persécutions des Juifs, notamment entre 1941 et 1944. 20% des foyers qui avaient fait l’objet de la procédure d’expulsion s’étaient déclarés juifs ».


Jusqu’au 28 février 2016
Au Musée Carnavalet 
Histoire de Paris
16, rue des Francs-Bourgeois. 75003 Paris
Tél. : +33 (0)1 44 59 58 58
Du mardi au dimanche de 10 h à 18 h

Visuels 
Cour d'honneur de l'hôtel Carnavalet - 2015 © Jean-Baptiste Woloch / Musée Carnavalet

Mascaron : tête masculine de Faune Vers 1648-1650 Calcaire de Saint-Leu 66 x 75 x 34, 5 cm, Paris, Association pour la sauvegarde et la mise en valeur du Paris historique © Paris Musées/Lyliane Degrâces-Khoshpanjeh

Place des Vosges, acardes SketchCrawl 14 Février/8 Mars 2015, Aquarelle. Marion Rivolier. Paris, Marion Rivolier/ Urban Sketcher Paris © Marion Rivolier

Anonyme. Panneau du grand hôtel d'Aumont. Chêne sculpté et peint en blanc, décor rapporté doré. 1774-1791. Paris, musée Carnavalet. © Musée Carnavalet / Roger-Viollet

 « Non aux expulsions en août, Solidarité avec l’intercomité du Marais, 25 rue Saint Paul exposition, film, permanence » Intercomité du Marais - © Atelier F.A.P. (Front des Artistes Plasticiens)

La Place des Vosges © Roland Liot

Saint François enlevé dans un char de feu, partie supérieure"".
Paris, musée Carnavalet. © Musée Carnavalet / Roger-Viollet

Delphine Priollaud-Stoclet,  Rue des Rosiers. Gouache . 29,7 x 42cm Paris, coll. Delphine Priollaud-Stoclet / Urban Sketchers Paris © Delphine Priollaud-Stoclet

Plan de Sauvegarde et de mise en valeur du Marais 2013

Vue aérienne de la place de l'Hôtel-de-Ville piétonne en 1983 - © Droit Réservé Ville de Paris, collection Direction de l’Urbanisme

Bâtiment existant et tour d'exposition de la Fondation d’entreprise Galeries Lafayette, Maquette 1-100e du projet de l’agence OMA © OMA

1977 La place de l'Hôtel-de-Ville - Esplanade de la Libération, ancienne place de Grève jusqu'en 1803 © Droit Réservé Ville de Paris, collection Direction de l’Urbanisme

Portrait d'André Malraux, ministre de la Culture, dans son bureau de la rue de Valois,  Paris (Ier arr.). 1967.
Photographie de Jean Mounicq.
Paris, musée Carnavalet. © Musée Carnavalet / Roger-Viollet

Roman Cieslewicz (1930-1996). Affiche pour le festival du marais du 6 juin au 14 juillet 1972, Sérigraphie, 1972. Paris, musée Carnavalet.© Musée Carnavalet / Roger-Viollet

Décor du cabinet provenant de l'Hôtel Colbert de Villacerf. Anonyme. Paris, musée Carnavalet.  © Daniel Lifermann / Musée Carnavalet / Roger-Viollet

Françoise Schein, Rue du Roi de Sicile, anciennement 48 rue des droits de l’homme, 2014. Installation lumineuse. Paris, collection particulière. Courtesy V Contemporary Art Gallery www.5contemporary.com/ © Françoise Schein, ADAGP 2015.

Paris transformé. Le Marais 1900-1980 : de l’îlot insalubre au secteur sauvegardé d'Isabelle-Backouche © DR

Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent du dossier de presse. Cet article a été publié le 26 février 2016, puis le 5 octobre 2016.

mercredi 29 mars 2017

Claude Lévi-Strauss (1908-2009)



 Claude Lévi-Strauss (1908-2009) est né à Bruxelles dans une famille Juive de rabbins et d’artistes alsaciens depuis deux siècles et demi, Cet anthropologue mélomane a révolutionné l’ethnologie et les sciences sociales, et a co-fondé le structuralisme. Dans le cadre du Mois de la photo du Grand Paris, la galerie HEGOA présentera l'exposition du photographe Pierre de Vallombreuse "Hommage à Claude Lévi-Strauss". Vernissage le 30 mars 2017 dès 18 h 30 en présence de l'artiste et de Madame Lévi-Strauss. 



« Je hais les voyages et les explorateurs ». Ainsi débute Tristes Tropiques - l'auteur avait songé à ce titre dans sa jeunesse  - , le livre le plus connu de Claude Lévi-Strauss publié en 1955. Dans ce livre rédigé en quatre mois, il écrit aussi : « ll m’a fallu rencontrer l’Islam pour mesurer le péril qui menace aujourd’hui la pensée française. Je pardonne mal au premier de me présenter notre image, de m’obliger à constater combien la France est en train de devenir musulmane. Chez les musulmans comme chez nous, j’observe la même attitude livresque, le même esprit utopique, et cette conviction obstinée qu’il suffit de trancher les problèmes sur le papier pour en être débarrassé aussitôt ».

Arte avait diffusé « Claude Lévi-Strauss, pensée de notre temps  » par Pierre Beuchot. Le portrait « d'un des plus grands penseurs du XXe siècle » à partir d’extraits de l’interview réalisée par Jean-José Marchand en 1972.

Puisant dans un entretien dirigé en 1972 par Jean José Marchand dans le grand jardin de la propriété de l’ethnologue en Côte d'or, Pierre Beuchot a présenté l’itinéraire et la pensée de Claude Lévi-Strauss.


Entouré de cette Nature qui lui était si chère – dès 1976, il prône les droits de la nature et des espèces vivantes -, Claude Lévi-Strauss se plonge dans sa jeunesse à Paris – pendant la Première Guerre mondiale, son père est mobilisé, et la famille s’installe chez le grand-père maternel, rabbin de Versailles et arrière-petit-fils d'Isaac Strauss, chef d'orchestre à la cour sous Louis-Philippe, puis sous Napoléon III -, sa curiosité intellectuelle, ses études au lycée Janson-de-Sailly, puis celles de droit et de philosophie - marquées par un « certain goût pour les idées » et très influencées par le socialisme – couronnées par l’agrégation de philosophie (1931). Le Dr Nathan l'introduit à l'oeuvre de Freud. Parmi une centaine de tableaux exposés en 2010 dans l'exposition éponyme Les enfants modèles de Claude Renoir à Pierre Arditi. Tableaux et sculptures sont confrontés, citons le portrait de Claude Lévi-Strauss sur un cheval mécanique (1912) par son père Raymond Lévi-Strauss.
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La politique passionne Claude Lévi-Strauss. Un accident de voiture avec Pierre Dreyfus, futur PDG de Renault, met fin à sa candidature socialiste aux élections cantonales en 1932. Année où il épouse Dina Dreyfus qui l’accompagne dans ses missions auprès des Amérindiens. Le couple se sépare en 1939.

En 1933, Claude Lévi-Strauss découvre l’ethnologie par ses lectures de Robert Lowie. Par l’entremise de Paul Nizan, il fait la connaissance de Marcel Mauss, expert en ethnographie, "porte de sortie possible pour un agrégé de philosophie".


Lors d’une mission universitaire en 1934-1935, cet intellectuel sportif se rend au Brésil pour enseigner dans les universités de Rio de Janeiro et de Sao Paulo, où il rencontre Fernand Braudel. De 1936 à 1938, il fait « son apprentissage en autodidacte de l'ethnologie au Brésil », où il analyse les sociétés primitives et complexes d'Amazonie et le Mato Grosso : les peuples Caduveo (1935), Bororo, Nambikwara et Tupi-Kawahib (1938). Il recherche des "peuples encore plus intrinsèquement sauvages". Il cherche à comprendre et déterminer une "société humaine minimale". Puis à New York. A Paris, est organisée une exposition de ses premières études. Puis ce sont « ses premières intuitions structuralistes", ses recherches sur l'inceste -  "Ce qui est important, est qu'il existe une contrainte... Les familles biologiques s'unissent entre elles et constituent une société" - et les mythes… "Comme la science, les mythes cherchent à expliquer, mais ils cherchent à expliquer tout à la fois... Une histoire devient un mythe à force d'être entendue, répétée". L'occasion de "saisir la pensée inconsciente".

Le couple se sépare en 1939, année de la mobilisation de Claude Lévi-Strauss. Celui-ci est envoyé à la ligne Maginot. Il pense alors aux "lois d'organisation" d'où naitra son structuralisme.

Sous l’Occupation, les lois antisémites portant statut des Juifs induisent la révocation de Claude Lévi-Strauss de l’Education nationale.

Claude Lévi-Strauss se réfugie en 1941 aux Etats-Unis, où il enseigne l’ethnologie à la New School for Social Research de New York, rencontre des surréalistes – André Breton, Max Ernst, Marcel Duchamp - et le linguiste russo-américain et maître de linguistique structurale Roman Jakobson. En 1942, il rejoint les rangs de la France Libre, comme speaker à l’Office of War Information.

Une pensée fascinante à l'œuvre
Nommé conseiller culturel à l’ambassade de France, Claude Lévi-Strauss retourne à Paris en 1947. Sous-directeur du musée de l’Homme, il se lie avec Georges Dumézil, Michel Leiris, Jacques Lacan.

Suivent ses premières publications - Les Structures élémentaires de la parenté, sa thèse soutenue à la Sorbonne (1949).

Dès 1949, Claude Lévi-Strauss est chargé de missions en Inde et au Pakistan par l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’Education, la Science et la Culture). Il participe aux travaux de la commission internationale de savants chargés de rédiger la première déclaration de l’UNESCO sur la race, publiée en 1950.


Nommé en 1950 à l’Ecole pratique des hautes études, élu au Collège de France en 1959, auteur de Anthropologie structurale (1958), Le Totémisme aujourd'hui et La Pensée sauvage (1962) et des quatre volumes des Mythologiques (1964-1971), Claude Lévi-Strauss a révolutionné l'ethnologie.


Face à des modèles sociaux si variés, il s’attèle à « dégager une unité de structure anthropologique afin de mieux comprendre les mécanismes – souvent inconscients – qui sont en jeu dans les relations humaines. Une méthode inspirée de la linguistique, appelée "structuralisme", qui rayonnera ensuite dans tous les domaines de la connaissance ». Un structuralisme inspiré des mathématiques et dont il fut pionnier avec le linguiste Emile Benveniste et le comparatiste Georges Dumézil. Un mouvement intellectuel visant à dégager des constantes parmi les diverses tribus amérindiennes observées. La question de leur universalité dans le temps et l’espace semble irrésolue par ce structuraliste.


Lévi-Strauss « en a eu l'intuition durant la Seconde Guerre mondiale quand, mobilisé sur la ligne Maginot, il contemplait les lois d'organisation des fleurs… »

Puis, il s’intéresse à des tribus d'Amérique dont il analyse les modes de vie. Il dédie « dix ans de sa vie à l'étude de leurs mythes, dont il a dégagé les grands principes. Son objectif : la quête de vérité, bien sûr, mais aussi le secret espoir de définir le sentiment du beau que lui inspiraient leurs récits… »


Son « cheval de bataille : défendre la méthode structuraliste, accusée d'abolir la personne humaine. Une critique qui l'inquiète beaucoup moins que la destruction progressive de la nature et le développement intensif des moyens de communication qui, selon lui, empêche la maturation de la pensée ».

Ses travaux lui valent une célébrité mondiale, l’élection en 1973 à l’Académie française et en 1995 la présidence d'honneur de la commission chargée d’élaborer le projet d'un musée des arts primitifs inauguré en 2006.

Opposé au marxisme, il est critiqué par Emmanuel Levinas, Paul Ricoeur, Umberto Eco, Alberto Moravia, Claude Lévi-Strauss. 

Le 1er octobre 2015, le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) une rencontre sur Claude Lévi-Strauss, "à l’occasion de la publication de la biographie Claude Lévi-Strauss (Flammarion, collection « Grandes biographies », 2015) et du volume de lettres inédites de l’anthropologue à ses parents, Chers tous deux (Seuil, collection « La Librairie du XXIe siècle », 2015). Y participent Emmanuelle Loyer, auteur de la biographie,Monique Lévi-Strauss, épouse de Claude Lévi-Strauss, auteur d’Une enfance dans la gueule du loup (Seuil, 2014), Daniel Fabre, anthropologue, directeur d’études à l’EHESS. La table-ronde est modérée par Emmanuel Laurentin, producteur de La Fabrique de l’Histoire sur France Culture. "Claude Lévi-Strauss (1908-2009) a exercé une influence décisive sur les sciences humaines, devenant notamment l’une des figures fondatrices du structuralisme. Il a occupé la chaire d’anthropologie sociale au Collège de France de 1959 à 1982. Membre de l’Académie française à partir de 1973, il est l’auteur d’une œuvre scientifique majeure, avec notamment Tristes tropiques, Le Totémisme aujourd’hui, La Pensée sauvage ou Mythologiques. Cette rencontre mettra en lumière les grandes périodes de sa vie, traversant l’histoire intellectuelle du XXe siècle. Elle interrogera aussi son identité juive et sa relation à l’art : son père était l’artiste peintre Raymond Lévi ; son grand-père maternel, le rabbin de la synagogue de Versailles. Claude Lévi-Strauss est aussi l’arrière-petit-fils d’Isaac Strauss, compositeur et chef d’orchestre, collectionneur, entre autres, d’objets liturgiques et de manuscrits hébraïques. Sa collection constitue l’un des fonds majeurs du Musée d’art et d’histoire du Judaïsme".

Le 6 juillet 2016 à 22 h 45, Arte diffusa Le siècle de Lévi-Strauss, documentaire de Pierre Assouline (2015, 53 min). "Claude Lévi-Strauss raconté par lui-même : au fil d'un montage éclairant d'entretiens avec l'anthropologue et d'archives des grands événements du XXe siècle, Pierre Assouline dessine le portrait du père du structuralisme en homme libre".

" Je suis devenu ethnologue pour des raisons impures. C'était une voie de traverse qui permettait de courir le monde, de s'aérer", raconte Claude Lévi-Strauss (1908-2009), évoquant, en ouverture du film, ses débuts comme professeur invité à l'université de  São Paulo, en 1935, alors que la discipline est encore balbutiante. Mû par le désir de s'évader d'Europe et de l'enseignement de la philosophie, il repousse les frontières intellectuelles au contact des peuples indigènes qu'il visite 13 dès ses premières vacances, dans l'État amazonien du Mato Grosso. Il y structure une pensée nouvelle, s'appuyant sur des connaissances élargies, "où rien d'humain ne reste étranger [...] même les sociétés les plus lointaines et qui nous paraissent les plus humbles et les plus misérables".

Se rêvant compositeur, Claude Lévi-Strauss conçoit son oeuvre maîtresse Tristes Tropiques (1955) à la manière d'un opéra dans lequel il retisse ensemble ce que les sociétés occidentales ont dispersé : "cette alliance primitive entre le poétique et le rationnel". Au fil d'un montage éclairant d'entretiens avec Claude Lévi-Strauss, de films et de photographies issus de sa collection privée, d'archives des grands événements du XXe siècle, Pierre Assouline dessine le portrait du père du structuralisme en homme libre, sans appartenance à une université, un parti politique 13 à l'exception d'une brève incursion à la SFIO 13 ou une religion. À la fin de sa vie, face à la disparition des sociétés primitives, il s'inquiète : "Tout ce que j'aime est en train d'être détruit." Le grand penseur donnera un nom à ce mal : "la monoculture universelle".

Galerie HEGOA
Dans le cadre du Mois de la photo du Grand Paris, la galerie HEGOA présentera l'exposition du photographe Pierre de Vallombreuse  "Hommage à Claude Lévi-Strauss".

"A travers une sélection d’images rassemblées spécialement à l’occasion du Mois de la Photo du Grand Paris, Pierre de Vallombreuse défend la fragile diversité des peuples autochtones. Un hommage à Claude Lévi-Strauss dont la lecture du livre « Tristes Tropiques » éclaire depuis toujours la trajectoire du photographe".


"Depuis trente ans Pierre de Vallombreuse témoigne inlassablement de la vie des Peuples autochtones dans le monde. Il a constitué un fonds photographique unique sur 42 peuples rendant ainsi hommage à la précieuse diversité du monde. Chaque peuple souligne la multiplicité des réponses aux conditions de vie imposées par la nature et l’histoire".  

"A travers ses photographies, Pierre de Vallombreuse nous fait découvrir les réalités complexes et alarmantes de ces peuples. Loin des rêves d’exotisme surannés, il se bat pour le respect et la juste représentation de ces populations fragilisées, dont l’héritage nous est vital". 

Ces peuples "sont trop souvent les premières victimes de génocides, guerres, idéologies, prédations économiques, pénurie alimentaire, désastres écologiques, autant de questions cruciales qui, loin d’être locales, concernent notre humanité".

Cette "exposition sera sa première qui au travers de 25 œuvres tentera de symboliser leurs situations. De peuple vivant plus ou moins en paix, en passant par « l’intégration désintégrante » dont parle Edgar Morin, jusqu’aux guerres et génocides". Elle sera l’occasion de rendre hommage à Claude Lévi-Strauss, dont la lecture du livre « Tristes Tropiques » éclaire depuis longtemps la trajectoire de Pierre de Vallombreuse. Cette exposition est un cri d’alarme pour défendre ces humanités en danger, qui loin d’être « autres » sont aussi la nôtre". 

Le 22 avril 2017 à 16 h, André Delpuech, conservateur général du Patrimoine au Musée du Quai Branly, donnera une conférence au Bistrot de Paris, 333 rue de Lille Paris 75007. Il convient de confirmer impérativement sa présence aux événements à contact@galeriehegoa.com


Du 31 mars au 29 avril 2017. Vernissage le 30 mars 2017 dès 18 h 30 en présence de l'artiste et de Madame Lévi-Strauss
16, rue de Beaune - 75007 PARIS
Tél : +33 1 42 61 11 33
Du mardi au samedi de 11 h à 13 h et de 14 h à 19 h  ou sur RV

France, 2004, 59 minutes
Diffusion le 29 août 2012 à 23 h 15

Visuels
   Affiche
Pierre de Vallombreuse
Peuple Palawan. Jeux d'enfants dans le torrent. 2014
Peuple Palawan Enfants se réchauffant sur un rocher - 2014
Peuple Palawan. Philippines. Retour dans la caverne. 1994
Peuple Papou. Un Dani dans un restaurant tenu par des colons indonésiens.1997
Peuple Yi. Sechuan. Chine. jeune berger. 1995
© Pierre de Vallombreuse 

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Cet article a été publié le 27 août 2012, puis les 29 septembre 2015 et 6 juillet 2016.

mardi 28 mars 2017

« Grandeur et misère de l'antiracisme », par Philippe Truffault


Arte rediffusera le 29 mars 2017, dans la série Philosophie animée par Raphaël Enthoven, « Grandeur et misère de l'antiracisme » (Glanz und Elend des Antirassismus), réalisé par Philippe Truffault.  Une émission gênante, décevante, et occultant des problèmes graves.

« Comment lutter contre le racisme sans lui emprunter ses armes ? »

« Pour lutter contre les diverses formes de racisme, certains courants de l’antiracisme contemporain versent dans les mêmes travers que ce qu’ils dénoncent : la discrimination positive ne reste-t-elle pas une discrimination ? »

« L’interdiction faite aux « Blancs » d’accéder à un « camp d'été décolonial », ou aux hommes d'assister aux réunions « non mixtes », ne représente-t-elle pas un apartheid à l’envers ? »

Raphaël Enthoven dialogue avec Magali Bessone, philosophe, auteure notamment de Race, racisme, discriminations – Anthologie de textes fondamentaux (Hermann, 2015), et Nacira Guénif-Souilamas, sociologue et anthropologue, membre du Parti des indigènes de la République. On peut regretter que Magali Bessone s'explique d'une manière si compliquée, et convainc rarement de sa pertinence : elle trouve la loi de 2004 "sexiste" car elle "a contribué à la racialisation accrue du groupe arabe ou musulman".

"On n'est pas dans un Etat raciste, mais il y a un racisme d'Etat : il y a un présent colonial français. Il y a ce que l'Etat laisse faire - prolifération de discours racistes -, il y a ce que l'Etat prétend ignorer et ce que l'Etat fait. La loi de 2004 interdisant des signes religieux à l'école publique est une loi raciste et sexiste. Des trajectoires scolaires ont été ruinées. C'est une loi liberticide, prohibitionniste", allègue Nacira Guénif-Souilamas, professeur.

Des extraits de reportages émaillent ces dialogues.

Quid de la discrimination positive en faveur des "minorités visibles" ? Comment ont été choisies les deux invitées aux positions très proches : condamnation du café d'Identitaires et défense du « camp d'été décolonial » ? Pourquoi ce ressentiment, voire ce qui semble une haine de la France, chez Nacira Guénif-Souilamas dont la carrière professionnelle dément ses accusations ?  Comment peut-on traiter de sujets si graves en les engonçant dans une philosophie décontextualisée par exemple sur la loi de 2004 ?

« Poursuivi en justice pour avoir dénoncé l'antisémitisme arabo-musulman, l'historien Georges Bensoussan vient d'être relaxé. Une victoire, certes, mais cet épisode reflète l'évolution d'un antiracisme militant, de plus en plus identitaire, communautariste et liberticide » a écrit Alexandre Devecchio dans Le Figaro (20 mars 2017).

« Grandeur et misère de l'antiracisme », par Philippe Truffault
Arte F, Prime Group, 2016, 27 min
Sur Arte 29 mars 2017 à 1 h 40

Visuels : © A Prime Group/Gérard Figuérola

A lire sur ce blog :
Les citations proviennent d'Arte.

« La guerre d’Oslo » de Joël Fishman et Ephraïm Karsh


Ce livre excellent au titre provocateur et lapidaire est écrit par deux historiens : Joël Fishman, chercheur au Jerusalem Center for Public Affairs (JCPA), et Ephraïm Karsh, professeur au King’s College de Londres, directeur du Middle East Forum et auteur d'un livre récent remarquable Palestine Betrayed (Yale, 2010). La Villa méditerranée à Marseille accueille le 27 mars 2017 à 19 h 30 la conférence « Shimon Peres, le combattant de la paix » en présence de sa fille Tsvia Walden.


Essai passionnant, « La guerre d’Oslo » de Joël Fishman et Ephraïm Karsh est composé de deux parties - « Anatomie d’une illusion » (Ephraïm Karsh ) et « L’étrange mésaventure d’Oslo » (Joël Fishman) - nourries de citations indiscutables et dont la première partie est lisible sur Internet.

Dans sa préface, Shmuel Trigano souligne l’exception diplomatique israélienne dans l’histoire des relations internationales :
« Où a-t-on vu un Etat vainqueur d’une guerre d’agression (la guerre des Six jours), décrétée contre lui, remettre les gages de sa victoire (au demeurant des territoires ridiculement exigus) à son ennemi le plus invétéré, alors dans une position de grande faiblesse stratégique, lui donner des armes pour qu’il lève une « police », avec pour seule demande la « prière » que cet ennemi daigne le reconnaître ? »
Un leurre stratégique
Le 13 septembre 1993, la Déclaration de principe est signée à Washington, en présence de Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien, de Yasser Arafat, Président du comité exécutif de l'OLP (Organisation de libération de la Palestine), et de Bill Clinton, Président des États-Unis.  Elle fixe des modalités de négociations pour mettre un terme au conflit et prévoit une autonomie palestinienne temporaire de cinq ans. 

Non ratifiés par l'OLP, les accords d’Oslo appliquent la « stratégie par étapes » adoptée en 1974 par l’OLP :
« Les Palestiniens recevront tout territoire qu’Israël leur remettra, puis l’utiliseront comme tremplin pour procéder à d’autres gains territoriaux jusqu’à ce qu’ils obtiennent la « libération totale de la Palestine », la liquidation de l’Etat juif ».
Ce qu’énonce Yasser Arafat dès le 13 septembre 1993 – jour de la signature de la Déclaration de principes à Washington entre Yitzhak Rabin, Premier ministre israélien, Bill Clinton, président des Etats-Unis, et Yasser Arafat, président de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) – dans un discours préenregistré et diffusé par la télévision jordanienne, et ce qu’il répète malgré les réactions de colère des dirigeants israéliens.

Arafat réitère ses propos le 10 mai 1994, une semaine après la signature de l’accord de Jéricho-Gaza, lors d’une rencontre avec des dirigeants musulmans en Afrique du Sud : il compare les accords d’Oslo « au traité d’Hudaybia signé par le prophète Mahomet avec les habitants de La Mecque en 628 et violés au bout de deux ans seulement lorsque Mahomet se retrouva en position de force ».

Cette tactique du « cheval de Troie » est aussi révélée ouvertement par d’autres dirigeants palestiniens : Fayçal Husseini, Yasser Abed Rabo, Mahmoud Abbas (Abou Mazen), Ahmed Qorei (Abou Ala).

Le « droit au retour » des réfugiés de 1948 et de leurs descendants en Israël et des indemnités pour leurs "préjudices" sont des éléments constitutifs de cette « stratégie par étapes ».

La visite d’Ariel Sharon sur le mont du Temple le 28 septembre 2000 ? Ce n’était pas une provocation : elle avait a été coordonnée par les Israéliens et les Palestiniens. Et ce n’est que le lendemain que surviennent des « troubles violents qui n’avaient rien de spontané » et étaient attisés par le prêcheur de la mosquée al-Aqsa appelant les fidèles musulmans « à déraciner les Juifs de Palestine ».


Se déroulent une « guerre ouverte sous les yeux des médias du monde entier » déclinant le cliché du prétendu soulèvement populaire palestinien contre un « occupant militaire cruel », et une guerre « secrète » visant, par des attentats, les civils et les militaires en Israël. Et un étrange processus historique dont les deux protagonistes n'ont jamais évoqué lors de leurs dialogues l’objectif final, et dont les Israéliens n'ont jamais défini le but ultime, à la différence des Palestiniens. Ceux-ci visent l'éradication de l'Etat d'Israël et le massacre de ses habitants juifs.

Méfiant à l’égard du processus d’Oslo et d’Arafat, le Premier ministre Yitzhak Rabin nourrit une « profonde suspicion » à l’égard des deux principaux architectes de ce processus : Shimon Peres, qui rêve de construire un « nouveau Moyen-Orient », et Yossi Beilin.

Le reste est duperie des Israéliens et des Américains par Arafat, rejet de la légitimité de l’Etat d’Israël -  négation de « la sainteté de Jérusalem pour le judaïsme », etc. - par  l’OLP et l’Autorité palestinienne (AP), reconstitution d’une infrastructure terroriste dès l’arrivée d’Arafat à Gaza en juillet 1994, concessions israéliennes face à l’intransigeance palestinienne, détournement de la considérable manne financière internationale, enseignement de la haine des Juifs et des Croisés,  diffamation d’Israël, recours au terrorisme comme moyen de pression sur l’Etat Juif (plus de 1 200 personnes assassinées en Israël par les terroristes palestiniens - Fatah, FPLP, Hamas, etc. - depuis septembre 2000), violations systématiques par les dirigeants Palestiniens des accords conclus, préparation de l’Intifada II dès le retour de Camp David, « pouvoir tyrannique et corrompu de l’AP, refus des promoteurs israéliens des accords d’Oslo de reconnaître leurs erreurs ou fautes stratégiques majeures et l’absence de « partenaire pour la paix ».

Joël Fishman constate un « manque de courage » de l’élite Juive, en Israël et en diaspora, et avance que la volonté de Rabin, à la prestigieuse carrière militaire, a été brisée lors de la guerre du Golfe. Cette faiblesse morale expliquerait son absence de réaction aux actes de guerre des Arabes palestiniens.

Quant à Ephraïm Karsh, il souligne le « défaut de perception et l’aveuglement », un « état d’esprit idéologique, mélange d’immaturité politique et d’arrogance » des dirigeants israéliens : le problème serait tactique et susceptible d’être résolu par la diplomatie, et non une « menace stratégique ». Ce professeur évoque des similitudes entre le réarmement allemand de l’entre-deux guerres et celui de l’OLP sous les accords d’Oslo - utilisation de la propagande pour mobiliser toute la société, etc. – et analyse la confusion mentale dans les opinions publiques résultant d’un détournement du sens des mots et l’imposition de slogans clivants - « camp de la paix » - et d’une terminologie accusatrice à l’égard de l’Etat Juif : « occupation », « génocide », etc.

« Les déboires d’Israël proviennent de son incapacité à comprendre les buts stratégiques de l’ennemi, ses moyens et ses méthodes… Dans le cadre de la stratégie palestinienne, la guerre et la négociation vont de pair et s’inscrivent dans le « djihad permanent » ». Une phrase à méditer tant elle reste d’actualité plus de six ans après la publication du livre et alors que s’intensifie, notamment en Europe, la campagne pour la reconnaissance d’un Etat palestinien.

Affairisme et corruption
Dans un entretien à Amnon Lord et Gilad Katz publié par l’hebdomadaire israélien Makor Rishon (3 octobre 2008) et repris dans Controverses, Moshé Yaalon raconte son dernier entretien avec le Premier ministre Rabin « en août 1995, deux mois après [sa] prise de fonction aux renseignements militaires ». Moshé Yaalon lui fait part de l’écart entre l’image d’un Arafat prêt à arriver à un compromis territorial dans les frontières de 1967 et le discours d’Arafat aux Palestiniens, la dénégation de l’Etat d’Israël dans les médias et le système éducatif de l’Autorité palestinienne (AP). Moshé Yaalon conseille alors à Rabin de geler le processus d’Oslo. Et Rabin conclut : « L’Autorité palestinienne est à la veille d’élire son président. Je lui présenterai cet ultimatum juste après leurs élections ». Rabin est assassiné le 4 novembre 1995. Une lettre d'Eitan Habar, alors chef du cabinet du Premier ministre Rabin, à Shmuel Fisher du 25 décembre 1994 affirme l'opposition de Rabin à un Etat palestinien.

Moshé Yaalon éclaire aussi certaines décisions politiques ou économiques israéliennes majeures – par exemple, l’abandon par le gouvernement israélien de réserve de gaz naturel au large de la Bande de Gaza au profit de l’AP, dès le gouvernement Barak – par les relations d’affaires entre des dirigeants, fonctionnaires ou conseillers, palestiniens et israéliens, et Martin Schlaff, milliardaire autrichien Juif.

Le 30 décembre 2012, le président Shimon Peres sortant du devoir de réserve auquel l'oblige sa fonction, a qualifié, devant des diplomates israéliens, Mahmoud Abbas (Abou Mazen) de "partenaire pour la paix". Le 15 avril 2013, dans une interview au Jerusalem Post,  Shimon Peres a affirmé ne pas regretter la signature des accords d'Oslo. Ceux-ci ont pourtant induit des vagues d'attentats terroristes approuvés par l'Autorité palestinienne.

Le 17 juin 2013, Naftali Bennett, ministre israélien de l'Economie, a rejeté l'idée d'un Etat palestinien. Ce qui a suscité l'ire de l'American Jewish Committee (AJC). Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a maintenu son adhésion à la solution des deux Etats.

Les célébrations quasi-officielles de l'anniversaire du président Shimon Peres contribuent-elles à renforcer les liens de VIP avec l'Etat d'Israël ou à entretenir le culte d'un "acteur de paix" ?

Dans son article Virus de la polio et contamination des aquifères d'Israël (31 juillet 2013),  Mark Langfan alerte sur la violation par l'Autorité palestinienne (AP) des accords d'Oslo - non traitement des eaux usées, etc. -, le refus de l'AP de construire avec l'aide financière internationale des stations d'épuration, et la contamination délibérée par l'AP de l'eau dans les parties centrale et méridionale d'Israël. L'OMS (Organisation mondiale de la santé) a indiqué qu'"un poliovirus sauvage de type 1 (PVS1) a été isolé dans des échantillons d’eaux usées prélevés le 9 avril 2013 à Rahat, dans le sud d’Israël. Le séquençage génétique et les investigations épidémiologiques se poursuivent pour en déterminer l’origine. Les analyses préliminaires indiquent que la souche n’est pas liée au virus touchant actuellement la Corne de l’Afrique".

Pierre Besnainou, président du FSJU (Fonds social juif unifié) a déclaré, ce 25 mars 2014, sur RCJ, radio francilienne financée par cette organisation : "Shimon Peres est un ami, mentor, père spirituel. Je l'ai rencontré il y a une vingtaine d'années après la signature des accords d'Oslo. J'étais assez proche du gouvernement tunisien sou la présidence de Ben Ali. Arafat était à Tunis. La Tunisie a joué un rôle que peu connaissent dans ces accords. J'ai été un passeur de messages de paix entre la Tunisie et l'Etat d'Israël. J'ai fait partie de la première délégation tunisienne à se rendre en Israël... Shimon Peres, ce sera les accords de paix. Shimon Peres, c'est le passé, le présent, ce sera certainement l'avenir... Le processus est malheureusement ralenti. Certainement des problèmes d'hommes... L'Etat palestinien est fondamental. S'il n'y a pas d'Etat palestinien, l'Etat d'Israël n'est pas Juif. Demander aux Palestiniens de reconnaitre un Etat Juif, on peut en débattre. Depuis Oslo, le principe d'un Etat Juif et d'un Etat musulman qui vivent côte à côte, on l'espère en paix, est un élément sur lequel plus personne ne peut remettre en cause... Qu'est-ce qu'un Etat Juif ? "Aucune des trois journalistes - Paule-Henriette Lévy, Annette Lévy-Willard et Jacqueline Rémy -  n'a contesté la pertinence de ces propos. Pourtant c'est la reconnaissance d'Israël comme Etat Juif qui est à l'origine du refus par les Etats arabes et les Arabes de la Palestine mandataire du plan de partage onusien en 1947, des guerres successives contre Israël, des trois Non de Khartoum, etc.

La Villa méditerranée à Marseille accueille le 27 mars 2017 à 19 h 30 la conférence « Shimon Peres, le combattant de la paix » en présence de sa fille Tsvia Walden. "Présentation de la vie et de l’action de Shimon Peres et témoignage de Tsvia Walden, professeur de psycholinguistique à l’Université Ben Gourion et à l’École Normale Beth Berl. Auteur de nombreux travaux dans le domaine de l’acquisition du langage, elle est cofondatrice de Beth Esther, institution qui s’adresse à la jeunesse en détresse, israélienne et palestinienne. Elle a été, en 2003, l’une des signataires de l’Initiative de Genève pour la recherche d’un accord global et final entre Israël et les Palestiniens. Elle est l’auteure d’une autobiographie intitulée « Parole d’Israélienne. Langue promise sur une terre maternelle » (Paris, Plon, 2001). En plus de son travail professionnel, elle s’emploie à promouvoir l’écoute et le dialogue actifs à travers des questions sociales comme la promotion des droits de l’homme, le processus de paix au Moyen-Orient et l’action féministe. « Mon père a été marqué par la Shoah, même s’il est arrivé en Israël à l’âge de treize ans, en 1934. Il ne lui est pas facile de prendre en compte la version que les Palestiniens donnent des événements qui ont marqué l’avènement de l’État. Mon père est un homme d’État, il cherche toujours la voie royale, le juste milieu entre les extrêmes. Cette attitude modérée était aussi requise par sa fonction de président de l’État d’Israël. Il appartient à la génération de ceux qui ont créé l’État d’Israël, qui l’ont vu naître et qui savent que notre État aurait très bien pu ne jamais voir le jour. En tant que président de l’État, mon père représentait Israël aux yeux de l’étranger, il devait donc adopter une perspective mondiale », a écrit Tsvia Walden.


Joël Fishman et Ephraïm Karsh, La Guerre d’Oslo. Préface de Shmuel Trigano, traduction par Claire Darmon et Jean-Pierre Bensimon. Les Editions de Passy, collection L’Observatoire, 2005. 257 pages. ISBN : 978-2351460009. 23 €

Articles sur ce blog concernant :
Affaire al-Dura/Israël
Chrétiens
Culture
Il ou elle a dit...
Judaïsme/Juifs
Monde arabe/Islam
Shoah (Holocaust)


Cet article a été publié, en une version plus concise, par L'Arche, sur ce blog une première fois le 18 avril 2011 et republié mis à jour le :
- 9 novembre 2011 pour le 16e anniversaire de l'assassinat d'Yitzhak Rabin (1922-1995) ;
- 12 décembre 2011 après l'interview de Newt Gingrich, candidat à l'investiture du Parti républicain pour l'élection du prochain président des Etats-Unis en 2012, à The Jewish Channel. Newt Gingrich y a déclaré que le « peuple palestinien » avait été inventé et qu'il était trompeur de qualifier les accords d'Oslo de « processus de paix ». Il a ainsi énoncé des vérités historiques ;
- 5 novembre 2012 en raison des cérémonies en hommage à Yitzhak Rabin assassiné le 4 novembre 1995 ;
- le 6 janvier 2013 après les déclarations du 30 décembre 2012 président Shimon Peres sortant du devoir de réserve auquel l'oblige sa fonction et qualifiant, devant des diplomates israéliens, Mahmoud Abbas (Abou Mazen) de "partenaire pour la paix" ;
- le 15 avril 2013 après la publication par The Jerusalem Post de l'interview du Président Shimon Peres qui affirme ne pas regretter la signature des accords d'Oslo" ;
- 18 juin 2013 après la publication d'interviews par des médias israéliens du Président Shimon Peres affirmant ne pas regretter la signature des accords d'Oslo. Le 17 juin 2013, Naftali Bennett, ministre israélien de l'Economie, a rejeté l'idée d'un Etat palestinien. Ce qui a suscité l'ire de l'American Jewish Committee (AJC). Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a maintenu son adhésion à la solution des deux Etats. Les célébrations quasi-officielles de l'anniversaire du président Shimon Peres contribuent-elles à renforcer les liens de VIP avec l'Etat d'Israël ou le culte de Shimon Peres comme "acteur de paix" ?
- 30 juillet 2013 alors que le "processus de paix" né des accords d'Oslo devrait être relancé sous la condition de la libération de 104 prisonniers terroristes palestiniens. Une décision amorale, cynique, inutile et dangereuse ;
- 4 août, 13 septembre et 5 novembre 2013. La Maison Itshak Rabin a organisé un hommage à ce politicien et militaire, le 5 novembre 2013, à 19 h 30, à la mairie du XIXe arrondissement de Paris ;
- 25 mars 2014 et 4 novembre 2014, 23 juin 2015. Les 23 à 16 h 40 et 25 juin 2015 à 23 h,  le 25 juin 2015 à 23 h, la chaîne Histoire diffusa dans le cadre des Grands assassinats de l'histoire le documentaire Yitzhak Rabin : "Retour sur l'assassinat du premier ministre israélien. Le 4 novembre 1995, Yitzhak Rabin, âgé de soixante treize ans, est touché par deux balles tirées à bout portant dans son dos. Ce crime intervient après qu'il a prononcé un discours lors d'une manifestation pour la paix sur la place des rois de Tel Aviv" ;
- 26 octobre 2015. Le 26 octobre 2015, l'Etat d'Israël organisait des cérémonies en hommage à Yitzhak Rabin, assassiné le 4 novembre 1995.