mercredi 3 juin 2020

Le lait


Liquide biologique, le lait est la source majeure de nutriments pour de jeunes mammifères avant que leur organisme ait la capacité de digérer d'autres aliments. Il est riche en sels minéraux, vitamines et eau. Lait végétal, animal ou de jabot, pasteurisé, écrémé, éventuellement transformé en beurre, crème ou fromage, il est un des ingrédients essentiels de la pâtisserie. Les adeptes du veganisme prohibent la consommation du lait animal. Une interdiction qui inquiète des médecins et nutritionnistes. Le 2 juin 2020, Arte rediffusera La planète lait (Das System Milch) de Andreas Pichler.

« La loi de la banane » par Mathilde Damoisel

"Le lait et ses dérivés (les laits fermentés, yaourts, fromages…) ont des qualités nutritionnelles qui leur apportent une place privilégiée dans l’équilibre alimentaire. Ils sont la source principale de calcium, nutriment bien connu et essentiel dans la constitution du squelette et des dents. Ils sont aussi des fournisseurs importants de protéines contenant tous les acides aminés indispensables, de lipides, source énergétique et d’acides gras dont l’intérêt n’est plus à démontrer, de vitamines, et de lactose (le sucre du lait). Sans oublier que le lait est aussi composé à 89% d’eau, ce qui en fait un excellent moyen d’hydratation".

"Comme l’organisme ne sait pas fabriquer le calcium, il est impératif de l’apporter par voie alimentaire. C’est tout l’intérêt des produits laitiers, car ils offrent la meilleure absorption au niveau intestinal et assimilation par l’os (c’est la « biodisponibilité »). La spécificité de cette famille d’aliments fait que l’on parle du calcium des produits laitiers comme du calcium de « référence ». De plus, parmi les autres nutriments présents dans le lait, certains optimisent cette « biodisponibilité », comme les protéines, le lactose, la vitamine D et le phosphore... Du fait de ses qualités nutritionnelles, le calcium des produits laitiers devrait représenter 2/3 de nos apports quotidiens. Le tiers restant est complété par l’apport des autres aliments, essentiellement l’eau et les végétaux. Afin d’atteindre cet objectif, il est conseillé de consommer au moins un produit laitier par repas. Sans produits laitiers, difficile de couvrir ses besoins en calcium !"

Judaïsme
La Bible décrit la Terre de Canaan (Eretz Israël) comme le "pays où coule le lait et le miel".

Si le judaïsme autorise la consommation de lait de vache, il interdit de mélanger la viande et le lait animal, les produits lactés et carnés : « Tu ne cuiras pas le chevreau dans le lait de sa mère » (Exode XXIII, 19 et XXXIV, 26 et Deutéronome XIV, 21). Un verset qui apparaît à trois reprises dans la Torah.

Pour respecter la cacherout, les Juifs observent un délai de plusieurs heures entre la consommation de la viande et l'ingestion de lait, recourent à des laits végétaux, notamment de soja, d'amandes ou de noix de coco, utilisent des vaisselles distinctes.

"L’interdit de « cuire le chevreau dans le lait de sa mère » a été interprété de plusieurs manières par la tradition rabbinique et les anthropologues : volonté de rompre avec d’anciens rites de fertilité païens, distinction du groupe de fidèles des autres, besoin de spiritualité et d’élévation qui détache l’homme de son animalité, souci d’éviter toute cruauté envers les animaux, séparation de la vie et de la mort, métaphore du tabou de l’inceste…"


Les Juifs pratiquants substituent, dans certaines mets, le lait végétal, par exemple à base d'amandes ou de noix de coco, à celui animal.

Isaac Carasso
Isaac Carasso (1874-1939), né à Salonique dans une famille sépharade, vivait à Barcelone (Catalogne, Espagne).

Il déplorait  la malnutrition des enfants espagnols. 

Intéressé par les travaux du savant russe Élie Metchnikoff (1845-1916),Lauréat du Prix Nobel de physiologie ou médecine en 1908, concernant les vertus des ferments lactiques, il lance la fabrication de yaourts fermentés avec des bactéries lactiques sous sa marque, Danone, en 1919, à Barcelone. Des produits laitiers d'abord vendus en pharmacies, puis distribués par les crèmeries.

Pourquoi Danone ? Parce que son fils Daniel (1905-2009), qui venait de fêter sa bar-mitzva (cérémonie marquant la majorité religieuse des garçons juifs à treize ans) était surnommé Dannon (petit Dan, en catalan). Diplômé de l'Ecole supérieure de commerce de Paris, Daniel Carasso effectue un stage à l'Institut Pasteur. Il y complète sa formation en bactériologie et engrange des connaissances sur les ferments lactiques. Il envisage une consommation de masse des yaourts. En 1929, il lance la Société Parisienne du Yoghourt Danone. "Lors du lancement, je ne me suis même pas rendu compte de la crise qui sévissait. J'étais plutôt occupé à chercher des crèmeries pour vendre mes produits", racontait-il en avril 2009, lors d'une conférence de presse à Paris pour les 90 ans de Danone.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, la famille Carasso, qui a confié ses deux entreprises, l'une espagnole, l'autre française, à deux amis, fuit la France pour se réfugier aux Etats-Unis où elle lance la marque Dannon Milk Products en 1942. De retour à Paris, Daniel Carasso assure l'essor international de Danone, en multipliant l'offre : yaourts aux fruits, etc. 

En 1967, Danone fusionne avec Gervais, producteur de fromage frais, pour devenir Gervais Danone. Puis en 1973 Gervais Danone opère une fusion avec Boussois-Souchon-Neuvesel pour créer BSN-Gervais Danone, renommé BSN en 1983, puis Danone, première firme agroalimentaire de France, en 1994.

"Mon rêve était de faire de Danone une marque mondiale. J'en étais à ces réflexions lorsque j'ai rencontré Antoine (Riboud, à la tête du groupe BSN). Nos stratégies coïncidaient: lui voulait étoffer son offre alimentaire, nous voulions nous développer à l'international", expliquait Daniel Carasso. "Toujours élégamment vêtu en costume trois pièces et fou de technologie, il partageait sa vie entre Paris et Barcelone. Resté actif malgré son grand âge, il se rendait très régulièrement à son bureau au siège de Danone à Paris, pour s'informer des innovations et conseiller Franck Riboud, le PDG du groupe."

Danone est en 2009 "numéro un mondial des produits laitiers frais et numéro deux de l'eau en bouteille, avec un chiffre d'affaires annuel d'un peu plus de 15 milliards d'euros."

En 1969, la firme Danone achète 28% des parts de Strauss, important fabricant de produits laitiers en Israël. Les familles Strauss et Carasso sont liées depuis la jeunesse en Allemagne d'Hilda Strauss, fondatrice de la société, et Nina Carasso durant leurs études à l'Ecole de commerce de Berlin. En 1972, Daniel Carasso et Haïm Bar Lev, alors ministre de l'Industrie, inaugurent une usine Strauss à Nahariya. Face au boycott des produits israéliens, Danone autorise  la firme Strauss à utiliser ses marques uniquement sur ses produits en hébreu. Après la signature des accords d'Oslo, Danone renoue officiellement son association avec Strauss qui accède au premier range dans la production d'articles lactés. Fille de Daniel et Nino Carasso, Marina Nahmias préside la Fondation Daniel et Nina Carasso et maintient des relations étroites avec l'Etat Juif.

"Le lait, mensonges et vérités"
« Le lait : mensonges et vérités » (Milch - Ein Glaubenskrieg) est un documentaire de Winfried Oelsner. « Le lait, ami ou poison ? Indispensables à une alimentation équilibrée et source de nombreux nutriments pour les uns, associés au développement de maladies pour les autres, les produits laitiers suscitent aujourd’hui une vive controverse. Enquête sur le lait et ses dérivés, sujet qui déchaîne aujourd'hui les passions ».

Le « lait  est-il vraiment aussi sain que le prétendent ses défenseurs ? Depuis plusieurs années, le débat fait rage chez les nutritionnistes, les professionnels de la santé ou les industriels du secteur agroalimentaire ». 

« Indispensables à une alimentation équilibrée et source de nombreux nutriments pour les uns, associés au développement de maladies pour les autres, les produits laitiers suscitent aujourd’hui une vive controverse ». 

« L’industrie laitière, bien entendu, ne cesse de vanter leurs vertus et ils figurent au menu de tous les programmes de nutrition mais, parallèlement, ils sont de plus en plus critiqués ».

Dominique Chargé, dirigeant de la coopérative Laïta à Brest (Bretagne) souligne les contrôles dans la production, les niveaux de sécurité alimentaire et sanitaire, et les discours contradictoires en quelques décennies sur le beurre accusé de favoriser le cholestérol, puis vanté pour ses atouts.

« Certains scientifiques et médecins s’appuient sur les résultats d’études récentes et sur le cas de patients pour démontrer que le lait joue un rôle dans l’apparition de nombreuses pathologies, telles que les allergies ou le diabète ».

« Dans ce contexte, difficile pour le consommateur d’y voir clair. Le lait et ses dérivés peuvent-ils réellement rendre malade ou faut-il continuer de les consommer  régulièrement ? »

« En Allemagne, en France et dans d’autres pays européens, ce documentaire part à la rencontre de scientifiques, médecins, producteurs et représentants du secteur laitier pour tenter d’apporter des réponses ».

Martin Ott, agriculteur allemand bio, mise sur "un élevage respectueux des besoins des animaux" : nourriture à l'herbe, refus des antibiotiques à titre préventif ou curatif, etc. Au fil des décennies, l'homme carnivore développe une résistance aux antibiotiques.

Pourquoi les autorités continuent-elles alors à promouvoir le lait ? « Ce dogme émanant du lobbying industriel et relayé par les autorités sanitaires, est un leurre qui remonte à l'après-guerre. En 1954, Pierre Mendès France a par exemple instauré la distribution de lait (sucré !) dans les écoles », a déclaré à Arte le journaliste scientifique Thierry Souccar.
En 1954, Pierre Mendès France, alors Président du Conseil (Premier ministre),  voulait lutter contre la consommation élevée d'alcool et la dénutrition en France : des parents, notamment dans les milieux ruraux pauvres, veillaient à ce que leurs enfants partent à l'école le matin après avoir consommé un verre d'un vin fort.

Il a donc prôné la consommation de lait par les enfants, en lieu et place d'alcool. Et sa campagne en faveur du lait a suscité l'hostilité de ceux vivant de la vente du « gros rouge » : betteraviers, propriétaires de cafés, etc.

Malgré cette opposition teintée d'antisémitisme, Pierre Mendès France a persévéré en argumentant : « Quels sont les faits ? Aucune population ne consomme plus d'alcool que la population française. Nos hôpitaux psychiatriques ne peuvent abriter toutes les victimes de l'alcool, dont le nombre croît chaque année... Il s'agit de rendre des hommes libres, conscients des dangers qui les menacent, et de les aider à éviter ces dangers... Les sommes annuellement gaspillées, tant pour la production exagérée des boissons alcoolisées que pour le traitement des victimes de l'alcoolisme, atteignent un montant astronomique, des centaines et des centaines de milliards ». Le plan de Pierre Mendès France « est arrêté : les récoltes de betteraves seront prioritairement orientées vers la production de sucre, et non plus d'alcool ; les 3,5 millions de bouilleurs de cru amateurs et professionnels seront surveillés pour que la fraude sur les quantités distillées cesse. Enfin, le lait sera promu et distribué chaque jour aux écoliers de France et de Navarre ». Et aux jeunes effectuant leur service militaire.

Arte partiale
Les objectifs d'une agriculture permettant aux agriculteurs de vivre de leur métier, respectueuse des animaux, des consommateurs et de la Nature, de produits agricoles non nocifs pour la santé, etc. sont bien sûr louables.

Mais cette énième soirée alarmiste et partiale semble conçue par des bobos pessimistes qui voudraient transformer l’être humain carnivore, omnivore, en herbivore, inspirer des peurs infondées auprès des téléspectateurs afin qu’ils achètent des produits bio très coûteux, et mettre un terme à une aventure humaine marquée par la domestication animale. Au risque de fragiliser des filières agro-industrielles efficaces. Et ce, alors que la consommation de lait diminue en France : désaffection pour le petit-déjeuner, allergies au lactose, mode du véganisme, etc.

Il aurait été plus intéressant de proposer une enquête sur la responsabilité de ministres de l'Agriculture, de syndicats agricoles, de l'Union européenne, etc. dans la crise d'une partie du secteur agricole français, de préciser les tailles des échantillons des études citées dans le documentaire, d'évoquer la variété de labels "bio" en France et les critères variables des produits "écolos" dans les pays de l'Union européenne et hors de l'UE, les conditions de travail d'ouvriers agricoles dans des exploitations "bio"...

"La planète lait"
Le 2 juin 2020, Arte rediffusera La planète lait (Das System Milch) de Andreas Pichler. "Comment les vaches sont-elles devenues les fournisseurs d’une industrie hautement technologique ? Qui trouve-t-on derrière ce marché ? Existe-t-il des alternatives ? Quels sont les bienfaits du lait ? Enquête sur l’industrie laitière, incarnation de l’expansion mondiale d’une filière agroalimentaire devenue omniprésente".

"Dans notre société, sa belle couleur et son rôle incontesté d’aliment pour bébés confèrent au lait une valeur symbolique. Sur le marché agroalimentaire mondial, c’est un produit particulièrement attrayant. De l’image bucolique et idéalisée de l’économie du lait ne subsiste toutefois pas grand-chose aujourd’hui. Le commerce de cet aliment pèse désormais des milliards, et l’industrie veille à ce que sa consommation continue d’augmenter partout sur la planète. Ne serait-ce qu’en Europe, où près de deux cents millions de tonnes de lait et de poudre de lait sont produits et commercialisés chaque année. Et ce même si près des deux tiers des adultes dans le monde sont intolérants au lactose".

"En Europe, en Asie ou en Afrique, le lait s'impose comme le symbole de la croissance démesurée d’une production mondialisée. Comment les vaches sont-elles devenues les fournisseurs d’une industrie hautement technologique ? Qui trouve-t-on derrière ce marché ? Existe-t-il des alternatives ? Quels sont les bienfaits du lait ?"

"Récompensé en 2004 du prix Adolf-Grimme pour son documentaire "Call Me Babylon", diffusé par ARTE en 2005, Andreas Pichler s'est entretenu pour ce film avec des agriculteurs, des représentants de la filière laitière, des politiques, des lobbyistes et des scientifiques. Un voyage sur plusieurs continents (Chine, Afrique, Europe) qui fait table rase des idées reçues et propose des solutions d’avenir".


Arte diffusa La planète lait : entretien avec Thierry Souccar (System Milch: Gespräch mit Thierry Souccar). "Quelles sont les conséquences sur la santé de la surconsommation de lait et de produits laitiers dans les pays occidentaux ? Qui sont les bénéficiaires de la filière du lait ? En complément du documentaire "La planète lait", Andrea Fies s’entretient avec Thierry Souccar, auteur du livre "Lait, mensonges et propagande".

Le lait maternel
Arte diffusa "Le lait maternel - Un élixir de santé" (Wunder Muttermilch) réalisé par Marion Schmidt. "C’est le plus vieil aliment du monde et le plus fascinant. Naturellement conçu pour répondre à l’intégralité des besoins du nourrisson, le lait maternel est une petite merveille de l’évolution. La qualité des préparations infantiles à base de lait de vache a beau s'être améliorée pour imiter au mieux sa composition, aucun produit synthétique n’est encore aujourd'hui en mesure de rivaliser complètement avec l’allaitement maternel, dont les effets bénéfiques, notamment pour les grands prématurés, sont avérés. Donner le sein contribue en effet au développement du microbiote intestinal du bébé et pose les bases de son système immunitaire. Il joue également un rôle protecteur pour la mère."

"Malgré son intérêt nutritif, le lait maternel est encore loin d’avoir livré tous ses secrets. Si l'on soupçonne certaines des protéines qu'il renferme d'avoir le pouvoir d'éliminer des cellules cancéreuses, sa complexité est telle que l'ensemble de ses composants n’ont pas encore tous été identifiés. Au-delà de ses vertus nutritives, il intéresse de plus en plus la recherche, notamment pour ses possibles propriétés anticancéreuses. Depuis les lactariums – tombés en désuétude avant d’être réhabilités – jusqu’aux laboratoires où des chercheurs travaillent à percer ses mystères, ce captivant documentaire explore les bienfaits d'un incroyable élixir de vie."


"Le lait maternel - Un élixir de santé" par Marion Schmidt
Allemagne, 2018, 53 min
Sur Arte le 29 septembre 2018 à 22 h 25
Visuels :
Le lait maternel peut être vital pour les prématurés.
Si une mère ne peut pas allaiter son enfant, le lait d'une donneuse est le deuxième meilleur aliment pour un bébé.
© Kranstedt/Telekult

La planète lait (Das System Milch) de Andreas Pichler
Allemagne, 2017, 90 min.
Sur Arte les 21 novembre 2017 à 20 h 50 et 2 juin 2020 à 22 h 25
Disponible du 02/06/2020 au 30/08/2020

« Le lait : mensonges et vérités » (Milch - Ein Glaubenskrieg), de Winfried Oelsner
Allemagne, 2016, 60 min
Sur Arte le 10 janvier 2017 à 20 h 50, les 3 juillet 2018 à 20 h 50, 6 juillet 2018 à 9 h 25 et 24 juillet 2018

Visuels
Seules quelques rares vaches peuvent être encore élevées en liberté sur le pâturage, comme ici à Mals, dans le Tyrol du Sud.
Une foire aux bestiaux à Cremona, Italie
Elevage de vaches
Au Sénégal, les vaches sont souvent encore traites à la main
© EIKON Filmproduktion/rbb

Articles sur ce blog concernant :
Les citations sur le documentaire sont d'Arte. Cet article a été publié le 9 janvier 2017, puis le 21 novembre 2017 et le 4 juillet 2018.

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