Citations

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« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

samedi 26 novembre 2016

« Expressionismus & Expressionismi » - Berlin-Munich 1905-1920. Der Blaue Reiter vs Brüche


La Pinacothèque de Paris a présenté l’exposition éponyme sur « deux courants fondateurs de l’expressionnisme allemand, Der Blaue Reiter (« Le Cavalier Bleu ») et Brücke (« Pont »), de leurs points de convergence, de leurs oppositions fondamentales – références intellectuelles ou sensibles - et de leurs rapports avec notamment, le fauvisme, la sculpture ou la musique ». Environ 300 œuvres - Kirchner, Nolde, Schmitt-Rottluff et de Kandinsky, Franz Marc et Jawlensky -, des biographies et des citations éclairantes sur ces deux mouvements à l’origine de l’abstraction. Le 27 novembre 2016, Arte diffusera Les grands duels de l'art. Liebermann vs Nolde.


Ce titre en forme de néologisme un peu ésotérique se réfère à l’exposition sur le Futurisme au Palazzo Grassi à Venise en 1986 Futurismo & Futurismi.

Il souligne la diversité des origines de l’expressionnisme allemand généralement « perçu comme monolithique ».

L’expressionnisme « s’est principalement structuré autour de deux courants – deux Écoles –, opposés en tout point mais qui ne sont jamais entrés en conflit » : d’une part, Der Blaue Reiter (« Le Cavalier Bleu ») et, d’autre part, Brücke (« Pont »).

Intellectuel/Emotionnel
Der Blaue Reiter, « Le Cavalier Bleu », « était un mouvement intellectuel, composé principalement de penseurs et de philosophes ». Ceux-ci ont développé « une approche extrêmement théorisée de ce que devait être leur œuvre. Héritier de la culture germanique et romantique du Gesamtkunstwerk, « oeuvre d’art totale », – où littérature, musique, poésie et dessin devaient s’harmoniser de manière équilibrée » –, ce mouvement compta parmi ses fondateurs des artistes étrangers, comme Kandinsky, qui « apportèrent une vision non germanique à ce que devait être la création artistique idéale ». Cette « association déboucha rapidement sur l’un des plus importants bouleversements de l’histoire de l’art du XXe siècle : la naissance de l’abstraction », explique Marc Restellini.

« Parallèlement à ce mouvement purement intellectuel », Brücke, « Pont », prit son essor grâce à des artistes qui « privilégièrent une création sensible, sensitive et émotionnelle, où n’avaient pas place les références purement intellectuelles » de Der Blaue Reiter. Ces artistes ont exprimé « de façon instinctive leur rapport à un climat, une époque, un contexte et une période de décadence pangermanique. Les artistes considérés comme « dégénérés » par le régime national-socialiste allaient en être les témoins impuissants et malheureux ».

« Brücke, c’est Dresde, Moritzburg et Berlin ; Der Blaue Reiter, c’est Munich et ses environs bavarois ; l’expressionnisme Rhénan, ce sont Heinrich Nauen, Heinrich Campendonk et August Macke (pour la partie rhénane de sa biographie) ; le Bauhaus, c’est Dessau, Weimar, Stuttgart et Berlin », estime Raimund Stecker qui souligne le « poids du « régional » dans l’histoire de l’art de l’Allemagne ». Et d’ajouter : « La critique d’art – avant tout dans les années soixante-dix et quatre-vingts du XXe  siècle – décerna à cette vision un label national-étatique. L’Expressionnisme, l’expressif, devint pour l’art originaire d’Allemagne un label stylistique national ».

Ces « deux mouvements opposés sont si éloignés dans leur vision qu’ils devraient n’avoir aucun point en commun. Pourtant, ils vont se répondre et s’imbriquer au point, parfois, de fusionner pour ne plus être perçus que comme un seul et unique mouvement, appelé par la suite l’expressionnisme allemand ».

Parmi les grandes convergences : ces deux courants reprennent l’esthétique du « bestiaire », disparue depuis le Moyen Âge… Cela peut être considéré comme une caractéristique de l’expressionnisme, au même titre que leur palette, référence au fauvisme et au primitivisme, qui est omniprésente dans les deux courants esthétiques, quelles que soient leurs oppositions ». Des gammes chromatiques chaudes.

Vers le constructivisme ou vers le lyrisme
« Les travaux des artistes de Brücke, qui tout au cours de l’oeuvre complet de chacun d’eux restent constamment figuratifs, révèlent, au-delà de l’inflation coloriste et de l’appropriation des formes, la problématique classique du rapport formel entre ligne et couleur… Dans le travail de Brücke, reste clairement perceptible, jusque dans les oeuvres tardives de ses membres, un élément narratif, tandis que les artistes de Der Blaue Reiter évoluent d’entrée vers une totale « absence d’histoire », vers la « chosification ». Ainsi se dessinent d’un côté un chemin vers le constructivisme et l’abstraction, de l’autre vers le lyrisme et une sensibilité figuraliste. Cette différence est reconnaissable dès les oeuvres encore purement figuratives de Der Blaue Reiter, celles-ci étant très tôt élaborées, consciemment ou non, selon des principes constructifs de toujours étrangers à Brücke », analyse Ralph Melcher.

Et d’ajouter : « C’est ce que l’on perçoit dès les premières oeuvres, entre 1909 et 1911, à l’époque donc où les peintres de Brücke créaient par exemple leurs nus et leurs paysages sur Fehmarn, sur Hiddensee, sur les étangs de Moritzburg ou à Nidden, si l’on se concentre sur celles des toiles que les artistes eux-mêmes insérèrent à titre d’exemple dans l’Almanach du Blaue Reiter. Ce traitement de la couleur comme amplificateur du mouvement et de la dynamique – et tout d’abord, sous l’aspect de la composition, quasiment comme touches de peinture – dont la référence à la tonalité, c’est-à-dire à la couleur inhérente à tel objet, telle silhouette ou simplement telle forme, non seulement se perd, mais est totalement abandonnée, est une caractéristique de la peinture de ces années-là chez tous les artistes de Der Blaue Reiter et ouvre la voie à l’abstraction sans objet, un pas que Kandinsky et Marc allaient accomplir peu après. Une telle évolution, en dépit de toute composition coloriste, ne vit jamais le jour chez les peintres de Brücke, la tendance n’en étant même pas décernable dans les toiles du tout début du siècle, inspirées de Van Gogh, et dont la touche épaisse rappelle la peinture gestuelle. Les artistes de Der Blaue Reiter s’inspirent ici tout à fait des mouvements artistiques parallèles parisiens, particulièrement du fauvisme, et se retrouvent ainsi proches des sources d’inspiration, entre autres, de Brücke. Leur élan moteur va néanmoins manifestement au-delà du traitement du figuralisme et s’attache directement à la force d’expression de la couleur, non comme outil, mais comme objet de la représentation... Tandis que les artistes de Brücke puisèrent leur inspiration dans les représentations et thèmes artistiques polynésiens ou africains, tout comme si cette iconographie pouvait en quelque sorte témoigner de l’authenticité de mentalités et de modes de vie primitifs, il n’entra pratiquement jamais dans les intentions de Der Blaue Reiter de se rapprocher de la piété véhiculée par l’imagerie populaire de l’Allemagne méridionale. Ce sentiment, réel ou supposé, d’une proximité immédiate avec des forces et énergies que n’étouffaient pas la vie moderne et une culture sophistiquée semble avoir été la motivation principale de ces artistes. Tandis donc que Brücke s’attachait à accéder directement à la vie même, à la saisir intuitivement, Der Blaue Reiter s’intéressait plutôt à la question du sens de la vie et du ressenti en soi ».

Ces deux courants vont générer d’autres mouvements, « tous intégrés dans l’expressionnisme, bien que parfois fondés sur des philosophies très différentes ».

« Entre 1905 et 1914, artistes fauves travaillant en France et peintres expressionnistes allemands propagent dans toute l’Europe une vague de remise en cause et de rénovation du système de représentation et des conventions hérités tout à la fois du symbolisme, de l’impressionnisme et de leurs suite », écrit Jacqueline Munck.

De manière originale, cette exposition présente côte à côte, et non regroupées par artiste, des œuvres de ces deux courants pour en « souligner les convergences et clarifier les différences ». Tous les textes des œuvres sont affectés de l’une des deux couleurs, bleu et jaune-oranger, afin de permettre au visiteur de lier rapidement chaque tableau à l’un des deux courants.


Vassily Kandinsky (Der Blaue Reiter)
Moscou 1866 – Neuilly-sur-Seine 1944
Après la séparation de ses parents, le Russe Vassily Kandinsky est confié à sa tante Elizabeth Ticheeva. A Moscou, dès 1886, il étudie le droit, l’économie nationale et l’ethnologie, il peint et fréquente les expositions d’art. En 1896, il choisit la peinture et s’installe à Munich pour suivre l’enseignement d’Anton Azbé, puis de Franz von Stuck à l’Académie des arts de Munich. Il crée le groupe d’artistes Phalanx en y associant la Schule für Malerei und Aktzeichnen, « école de peinture et de dessin de nu ». Pendant plusieurs années, ses tableaux sont montrés à la Berliner Secession, « Sécession de Berlin ». Dès 1909, il participe au Salon d’Automne à Paris. Il collabore avec des artistes amis tels Marianne von Werefkin et Alexej von Jawlensky, ce qui influe sur son style. Membre, puis président de la Neue Künstlervereinigung München, « nouvelle association des artistes munichois », il évolue vers la peinture abstraite. Cette tendance suscite une opposition croissante parmi le groupe. Kandinsky s’en éloigne pour emprunter d’autres voies. Avec Franz Marc, il écrit l’Almanach du Blaue Reiter, publié en 1912, après une exposition à la galerie munichoise Tannhauser. Parmi les tableaux, est présenté son écrit théorique Du spirituel dans l’art. Ces idées exerceront une influence notable dans l’évolution de la peinture abstraite. Au début de la Première Guerre mondiale, Kandinsky rejoint la Russie. Il se marie une deuxième fois et crée une académie des arts. Sur la proposition en 1922 de Walter Gropius, il occupe une chaire au Bauhaus, en Allemagne, jusqu’à la fermeture de l’école. Il émigre ensuite en France. Il décède le 13 décembre 1944.

Ernst Ludwig Kirchner (Brücke)
Aschaffenburg 1880 – Frauenkirch-Wildboden 1938
Après son baccalauréat (1901), Ernst Ludwig Kirchner étudie l’architecture à l’Université Technique de Dresde. En 1903-1904, il étudie à Munich et suit les cours de l’« Atelier pédagogique et expérimental pour les arts libres et appliqués » de Wilhelm von Debschitz et Hermann Obrist. A Dresde en 1904, il rencontre Erich Heckel. Tous deux créent le 7 juin 1905, avec Karl Schmidt-Rottluff et de Fritz Bleyl, l’union artistique Brücke. En juillet 1905, Kirchner obtient son diplôme de fin d’étude. En novembre 1905, la galerie P.H. Beyer & Sohn de Leipzig présente la première exposition de Brücke. À Dresde, en 1906, Brücke montre ses oeuvres dans le salon d’exposition de la fabrique de luminaires de K. M. Seifert. De 1906 à 1911 est publié l’almanach de Brücke. La première exposition autonome de Kirchner, en collaboration avec Schmidt-Rottluff, se déroule en 1908 au salon artistique de A. Dörbandt à Braunschweig. En 1910, Kirchner devient membre du Deutsches Künstlerbund. Il s’établit en 1911 à Berlin et fonde avec Hermann Max Pechstein le MUIM-Institut (Institut d’enseignement moderne de la peinture). Dix de ses sculptures sur bois sont publiées dans Der Sturm de Herwarth Walden. En 1912, Kirchner participe à l’exposition du Sonderbund à Cologne et fait la connaissance d’Erna Schilling qui devient son modèle et sa compagne jusqu’à la fin de sa vie. En 1913, les artistes de Brücke lui demandent d’écrire une chronique du groupe, ce qui, à la suite d’un conflit, mène à sa dissolution. En 1914, Kirchner s’engage dans l’armée, mais est mis en congé en septembre 1915. Il est exempté en novembre. Malade, il se rend dans des sanatoriums. En 1917, Kirchner s’installe à Davos et participe à des expositions, individuelles ou collectives. Sous le pseudonyme Louis de Marsalle, il rédige des critiques de ses oeuvres. Il entre en 1931 à l’Académie Prussienne des Arts. En 1937, 639 œuvres de Kirchner jugées « dégénérées » sont écartées et Kirchner est contriant de démissioner de l’Académie. Il se suicide le 15 juin 1938.

Ralph Melcher, Andrei Nakov, Jacqueline Munck, Marc Restellini (éd), « Expressionismus & Expressionismi » Berlin-Munich 1905-1920. Der Blaue Reiter vs Brücke. Pinacothèque de Paris, Paris, 2011. Format 24,5 x 28,5 cm. Relié. 376 pages. Reproductions couleur. ISBN 978-2-358670-24-1. 55 €


Jusqu’au 11 mars 2012
A la Pinacothèque deParis
28, place de la Madeleine. 75008 Paris
Tél. : 01 42 68 02 01
Tous les jours de 10 h 30 à 18 h 30. Nocturnes tous les mercredis et vendredis jusqu’à 21h.

Visuels de haut en bas :
Affiche et couverture du catalogue
Erich Heckel
Baigneuses dans la baie (L’Été à la mer Baltique)

c. 1912
Huile sur toile
95 x 119 cm
signé : E H 12
Kunstmuseen, Krefeld
© Adagp, Paris 2011 © photo : Achim Kukulies, Düsseldorf


Franz Marc (il représente Der Blaue Reiter)
Petite Composition III

c. 1913/1914
Huile sur toile
46,5 x 58,5 cm
Osthaus Museum, Hagen
Photo : Archives Nakov, Paris


Karl Schmidt-Rottluff (il représente Brücke)
Bateaux à flot (Bateaux dans le port)
c. 1913
Huile sur toile
77 x 90,5 cm
Osthaus Museum, Hagen
© Adagp, Paris, 2011


Articles sur ce blog concernant :
Chrétiens
Culture
France
Il ou elle a dit...
Judaïsme/Juifs

Les citations proviennent du catalogue et du dossier de presse. Cet article a été publié le 26 février 2012.

vendredi 25 novembre 2016

Imanuel Yerday


Imanuel Yerday est un musicien et chanteur juif israélien d'origine éthiopienne. Ce "citoyen du monde" vit entre Israël, la France et d'autres pays. Après plusieurs aventures musicales dans divers groupes évoluant dans la World Music, il prépare l'album DBlacklion aux sonorités de World Reggae, Roots & Culture. Ce premier double album comprend 26 titres : 13 titres chantés, dont certains en hébreu, et ces 13 titres en "version instrumentale (ou Dub)". Pour compléter le financement de ce projet musical, il fait appel au crowdfunding et propose certains titres sur son site Internet. Un beau cadeau à offrir pour Hanoucca ou le nouvel an civil.


Né à Ashkelon en 1975 dans une famille pionnière d’origine éthiopienne, Imanuel Yerday grandit à Ashdod. 

Citoyen du monde
Il reçoit une éducation dans une yechiva de Bnei Akiva, une communauté dont les fidèles « portent la kippa sruga (Nda : tricotée à la main), et effectuent leur service militaire tout en étudiant à la yeshiva ».

La France ? « Au début, c’était une escapade », pour tenter sa chance artistiquement en apprenant « la langue française, terreau fertile pour [sa] musique qui diffuse des idées positives relevant du judaïsme, de [sa] culture qu’il chérit ». L’une des chansons récentes de cet auteur-compositeur-chanteur exhorte à « lutter pour son droit à la justice ».

Imanuel Yerday prépare l'album DBlacklion dont on peut entendre certains airs sur son site Internet qui propose de le co-financer par le crowdfunding.

Ce "nouveau projet musical apparaît comme une suite logique dans sa carrière".

En effet, "cela fait de nombreuses années qu'il s'est frayé un chemin dans le monde de la musique".

"Chanteur, compositeur et jouant de plusieurs instruments, il écrit et compose depuis son plus jeune âge. Sa quête musicale l'a emmené en Afrique, entre autres en Ethiopie, le pays de ses ancêtres et également en Europe, et aux Etats-Unis".

Imanuel Yerday "a d'abord fondé le groupe Jah Tribes dans lequel il portait la double casquette de chanteur et de compositeur. De 1992 à 1998, il fut le chanteur du groupe Roots Africa pour lequel il composa la musique et les textes de chansons. Ce groupe se produisit sur des scènes internationales et dans des Festivals, notamment le Achziv Reggae Festival.

C'est "en mars 1997 qu'il enregistra l'album de ses débuts Rise Oh Israel, au Sparkside Studios à Londres, Brixton. Des milliers de copies du CD ont été distribuées par NMC Music".

En France, Imanuel Yerday "a dirigé un groupe de musiciens aux origines africaines et françaises, reflétant le milieu cosmopolite et multiculturel particulier dans lequel sa musique évolue depuis près de vingt ans".

Résultat: ses textes sont socialement engagés, sa musique et ses arrangements, au confluent de plusieurs influences reflètent aussi bien le style world, jazz, reggae, soul, rock n'roll que la musique éthiopienne traditionnelle.

Ce premier double album dBlack Lion comprend 26 titres : 13 titres chantés, dont certains en hébreu, et ces 13 titres en "version instrumentale (ou Dub)" sur lesquels l'auditeur pourra chanter.

Imanuel Yerday "a su s'entourer d’une quarantaine des meilleurs musiciens de la scène internationale à Paris. Venant de Paris, de la Nouvelle Orléans et de Brooklin, ils lui ont dit oui et ont participé à ce merveilleux projet: Sam Koné, Abongy “Richacha” Balengola, et Carlos Gbaguidi à la batterie; Raymond Doumbé, David “Ras Jumbo” Jno-Baptiste, Yovo M’Boueke, Philippe Gnangny, et Emanuel Yerday à la basse; Muctaru Wurie au clavier; Fabio Deldongo et Vincent Théard au piano; Nelson Ferreira, Thierry “AEB” Elbaz, Alex Legrand, Florian de Junnemann, and Shahar Mintz à la guitare; Breno Brown saxophone ténor; Boney Fields à la trompette; Pierre Chabrele au trombone; Izia Wallerich Mirabelle Gilis et Léo Dedieu au violon; Olive Perrusson à l'Alto; Julien Roussel au violoncelle; Vincent Bucher à l'harmonica; Romain Maquet à la flute traversière; et Philippe Nalry, Emanuel Yerday, Carlos Gbaguidi, Armando “Rumba” Assouline aux percussions".

"L'ensemble donne aux titres une sonorité exceptionnelle, des accents très éclectiques et en 4 langues. Loin de vivre dans sa tour d'ivoire, Imanuel Yerday a écrit des textes bien ancrés dans notre époque, qu'il s'agisse de Arise, Sitting in Darkness, Darfur, Entaï Coinca, Shlomit, You Cant't sleep forever, Sport International, Citoyen du monde ou Ma seule liberté".

Enfin, une campagne de projet participatif (ou crowfunding) a été lancée afin de finaliser ce double album.

Vous "aimez cette formidable musique du monde? Vous pouvez rejoindre ce projet en likant, en partageant et en invitant vos ami(e)s à liker la page Facebook dBlack Lion". Déjà, la page Facebook a 9115 Like...

Judaïsme
« Le judaïsme constitue la seule religion où l’on peut trouver une éducation par rapport aux altérités. Ce qui contribue à rendre le judaïsme universel. Il faut aimer l’autre comme tu t’aimes », estime Imanuel Yerday qui n’a « jamais apprécié l’arrogance de certains Juifs. Le judaïsme n’est pas un cadeau, mais une mission. Il faut dégager une énergie exemplaire ».

Ce fidèle trouve à la synagogue consistoriale parisienne Montmartre, rue Saint-Isaure (75018) la « chaleur juive, un des points fondamentaux du judaïsme et désormais souvent méconnue en France ».

Imanuel Yerday déplore « l’incompréhension par des Juifs de diaspora des enjeux en Israël ». En effet, il regrette « l’ère actuelle de déclin de l’esprit juif en Israël et que la communauté judéo-éthiopienne soit placée en bas de l’échelle socio-économique en Israël, bien au-dessous des Arabes. Les Judéo-éthiopiens subissent une politique de ségrégation : des écoles, voire des quartiers, sont peuplés uniquement de personnes d’origine éthiopienne de façon à ce que la pauvreté ainsi que l’écart culturel se perpétuent ».

Sur la prétendue « malédiction de Cham », cet artiste présente plusieurs explications : « Nos exégèses avancent que Cham, par souci d'héritage, procéda à la stérilisation de son père, afin d'éviter la naissance d'un quatrième frère. Subséquemment, la malédiction porte sur le 4e fils de Cham, Canaan ». 

Imanuel Yerday précise : « Le mot Kouch signifiait autrefois l’Ethiopie, et plus précisément l’Afrique. Aucune précision n'est fournie par le texte biblique sur sa couleur de peau. Plus loin dans le texte, cette personne se territorialise en Afrique. D'après l'explication historique, Canaan, fils de Cham, a été maudit, et est devenu un peuple en Israël parmi les Jebussin, Hivi, Hittites, etc. Tous ces peuples ont été éliminés par les Hébreux lors de la conquête de la terre de Canaan, Israël. Environ 2000 ans à peu près plus tard, on a fait le lien entre le territoire et la couleur de la peau. Le caractère négatif de la couleur noire n'existe donc pas dans le texte biblique. Au contraire, le texte se réfère à la couleur noire de façon plutôt positive. Ainsi, dans le livre du roi Salomon, Le Cantique des Cantiques, le narrateur dit : « Je suis noire et belle, ô fille de Jérusalem », métaphore mettant en relief la couleur noire comme une sorte de critère de beauté. Dans ce cas, on peut constater la modification apportée par la traduction latine qui nous suggère la traduction suivante : « Je suis noire mais belle... », opposant la couleur noire et la beauté. Or, ces tendances raciales, qui ne feront que s'amplifier au fil des ans, trouvent leur source peu avant l'arrivée du christianisme, à la suite de la substitution des esclaves africains aux esclaves slaves ».

Visuels :
Imanuel Yerday jouant de la guitare
© Noam Chojnowski

Autres photos
© Rob Sitbon

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Cet article avait été commandé par L'Arche, publication du FSJU (Fonds social juif unifié), pour s'insérer dans un dossier sur les Juifs noirs. Mais ce dossier n'a jamais été publié par ce magazine.

Die Brücke. Aux origines de l'expressionnisme


Le musée des Beaux-arts de Quimper a présenté l’exposition éponyme sur un courant artistique avant-gardiste préfigurant l’expressionnisme. Plus de 120 œuvres Brücke-Museum (Le Pont) de Berlin au noir profond, aux couleurs pures, sensuelles, fortes, violentes d’artistes jugés « dégénérés » par les nazis. Le 27 novembre 2016, Arte diffusera Les grands duels de l'art. Liebermann vs Nolde.

« Animés par la foi dans le progrès, la foi dans une nouvelle génération de créateurs et d’amateurs d’art, nous appelons toute la jeunesse à se regrouper et, en tant que représentants de cette jeunesse porteuse de l’avenir, nous voulons conquérir notre liberté d’action et de vie face aux forces établies du passé. Sont de notre côté tous ceux qui expriment directement et sincèrement leur élan créateur ». (Manifeste du groupe Die Brücke, 1906)

Vingt ans après la dernière exposition consacrée à Die Brücke (Le Pont), le musée de Grenoble se focalise sur ce mouvement artistique d’avant-garde.

Voici quelques mois, la Pinacothèque de Paris a présenté l’exposition « Expressionismus & Expressionismi - Berlin-Munich 1905-1920. Der Blaue Reiter vs Brüche » sur « deux courants fondateurs de l’expressionnisme allemand, Der Blaue Reiter (« Le Cavalier Bleu ») et Brücke (« Pont »), de leurs points de convergence, de leurs oppositions fondamentales – références intellectuelles ou sensibles - et de leurs rapports avec notamment, le fauvisme, la sculpture ou la musique ».


Un art libre et spontané
Dans l’empire allemand de Guillaume II, l’art officiel s’affiche conventionnel, académique. L’impressionnisme français y est introduit en 1898 par l’association Sécession berlinoise qui regroupe 65 artistes.

Die Brücke est fondé à Dresde en juin 1905 par Ernst Ludwig Kirchner et Fritz Bleyl, diplômés d’architecture, ainsi que Karl Schmidt-Rottluff et Erick Heckel.

Le rejoignent notamment Max Pechstein, Emil Nolde, Cuno Amiet et Otto Mueller.

En 1910, près de 70 membres – amis, collectionneurs, directeurs de musées, galeristes, etc. – adhèrent à ce groupe. La dissolution a lieu en 1913.

Contemporain du fauvisme, ce groupe rejette de l'art académique. Est influencé par Van Gogh, Munch et les arts primitifs. Traduit « dans un style aux couleurs éclatantes et au graphisme résolument outré le rythme trépidant de la vie, celui du monde des origines en communion avec la nature comme celui des grandes villes et de leur atmosphère enfiévrée ». Affectionne la gravure sur bois, liée à une tradition nationale médiévale, et les œuvres sur papier. « S'enthousiasment pour les objets africains et océaniens dont les qualités esthétiques et l'évocation d'une vie primitive en harmonie avec la nature les fascinent ». Cherchent à transcrire « l’être humain, son corps, ses relations avec l’environnement, urbain ou naturel ». Parcourent les rives des étangs de Moritzburg, au nord de Dresde, puis s’installent à l’automne 1911 à Berlin.

Die Brücke fonde « un art où l'expression directe des émotions prime sur le métier et l'esthétique. Couleurs pures et formes tourmentées sont au service de sensibilités exacerbées qui vont donner naissance à un style que l'on nommera par la suite l'expressionnisme ».

Choisie pour l’affiche et la couverture du catalogue : L’artiste Marcella (1910) d’Ernst Ludwig Kirchner. Fille d’un employé de la poste, Marcella Sprentzel est « assise sur un canapé, installée dans une attitude empreinte de nonchalance et d'ennui, qui traduit bien l'ambiance de liberté qui régnait dans l'atelier. Un chat blanc placé à ses côtés paraît comme un écho à sa position. L'apparente simplicité du tableau est trompeuse : le cadrage et la vue plongeante sont d'une grande audace. Rigoureusement construite à partir d'un ensemble de rayures et de lignes courbes et obliques qui dynamisent l'espace, l'œuvre acquiert une incroyable présence. L'harmonie de verts intenses, uniquement ponctuée par le rouge vif des pantoufles, le blanc du chat et le bleu d'une porte, domine la composition. L'originalité de cette toile, son audace et sa forte monumentalité en font un véritable chef-d'œuvre ».


Gravure sur bois, Fränzi allongée (1910) d’Erich Heckel aborde le nu en des couleurs pures– blanc, rouge, noir - et en un style mêlant l’art occidental à l’influence des masques primitifs (visage).
De Kirchner, le musée présente aussi A la terrasse du café (1914) inspirées des observations du peintre lors de ses promenades dans le Berlin à la vie nocturne animée. Un tableau opposant les tons beiges et rosés des vêtements élégants et des chairs au fond sombre et au style nerveux.

Nature morte aux fleurs (1908) de Cuno Amiet est offerte à Kisling, homme d’affaire et collectionneur qui, sur ses conseils, a acheté Deux fillettes peinte par Van Gogh en 1890 à Auvers-sur-Oise. Cette toile est le premier Van Gogh montrée en Suisse, pays d’origine d’Amiet. On aperçoit un fragment de ce tableau dans la partie supérieure de cette œuvre d’Amiet qui cerne de noir le bouquet de fleurs à la manière du cloisonnisme de Gauguin.

Maisons frissonnes I (1910) d’Emil Nolde représente sa campagne natale, au nord de l’Allemagne : « paysans dans leur quotidien, maisons pittoresques, écluses, moulins, fermes isolées, jardins rustiques ou encore plaines inondées ». Emil Nolde a peint ce tableau après son départ du groupe. « Collées les unes aux autres sous un ciel lourd, les Maisons frisonnes, brique rouge et toits de chaume, bordent une rue et probablement un canal. La barrière sur la gauche rappelle en effet les ponts de bois blanc qui enjambent les marais, peints à plusieurs reprises par l'artiste la même année. Les accords flamboyants de jaune et de rouge-orangé associés aux quelques notes de vert vif produisent une atmosphère quasi printanière, malgré la présence menaçante des nuages. La touche épaisse couvre toute la toile, posée en gestes dynamiques et vibrants. Par sa densité, elle traduit la rudesse du climat. et exprime les sentiments intimes de l'artiste, profondément attaché à cette région qu'il appelait » sa « patrie ».

Les nazis s’opposent à cet art : en 1934, ils saisissent 16 500 tableaux, sculptures, dessins et gravures dans les musées allemands. « Classés artistes dégénérés par le régime en 1937 », ces artistes sont « pour la plupart frappés d'interdiction de peindre, leurs œuvres confisquées, certaines détruites ».


Du 11 juillet au 8 octobre 2012
40, place Saint-Corentin. 29000 Quimper
Tél. : 02 98 95 45 20
Juillet, août, tous les jours de 10 h à 19 h. Septembre-octobre, ouvert tous les jours sauf le mardi de 9 h 30 à 12 h et de 14 h à 18 h.

Jusqu’au 17 juin 2012
5, place de Lavalette. 38000 Grenoble
Tel : 04 76 63 44 44
Du mercredi au lundi de 10 h à 18 h 30

Visuels :
Ernst Ludwig Kirchner
L’artiste Marcella, 1910
Huile sur toile
101 x 76 cm
Brücke-Museum, Berlin

Emil Nolde
Maisons frisonnes I, 1910
Huile sur toile
64 x 84 cm
Brücke-Museum, Berlin
(Stiftung Seebüll Ada Und Emil Nolde)

Erich Heckel
Fränzi allongée, 1910
Gravure sur bois en noir et rouge
23/20,7 x 40,5 x 41,6 cm
Brücke-Museum, Berlin
(Nachlass Erich Heckel, Hemmenhofen/ADAGP, Paris, 2012.)

Articles sur ce blog concernant :

Les citations sont extraites du dossier de présentation de l’exposition. Cet article a été publié le 16 juin, puis le 5 octobre 2012. 

mardi 22 novembre 2016

« La fin des Ottomans », par Mathilde Damoisel


Arte rediffusera les 22 novembre et 6 décembre 2016 les deux volets de la série « La fin des Ottomans » (Das Ende Des Erhabenen Staates), par Mathilde Damoisel. Le survol partial, non didactique, du dernier siècle ayant précédé la dislocation de l’Empire ottoman (1299-1923), après 624 ans de domination en Europe, Afrique du Nord, au Moyen-Orient.

« Eugène de Savoie et l’empire Ottoman » de Heinz Leger 
L’Empire du sultan. Le monde ottoman dans l’art de la Renaissance 
« Sainte-Sophie dévoilée », documentaire de Olivier Julien et Gary Glassman 
Les Orientales 
« Cent ans de guerre au Moyen-Orient. L'accord secret Sykes-Picot et ses fatales conséquences  » par Alexander Stenzel
Soirée Erdogan sur Arte

Coïncidence ? C’est après l’annonce d’un accord controversé entre l’Union européenne et la Turquie président Recep Tayyip Erdogan sur les migrants que sera diffusée cette série documentaire en deux volets.

« L’articulation entre les réfugiés et le djihadisme se fait dans l’esprit de l’opinion puisqu’un certain nombre de djihadistes sont passés par la route des réfugiés… Cette route est une sorte de route néo-ottomane. Cette route de l’invasion, c’est la route qui a abouti en 1683 au siège de Vienne, qui est la fin de l’expansion du djihad ottoman en Occident auquel vous devez le croissante et le cappuccino », a déclaré Gilles Kepel, spécialiste de l’islam et du monde arabe contemporain, sur France Culture  le 19 mars 2016. Sans oublier l’échec du précédent siège de Vienne en 1529. 

Empire ottoman
Pendant six siècles, « l'immense Empire ottoman a imposé sa puissance sur trois continents et sept mers. Terre des Lieux saints des trois monothéismes, mosaïque de langues, de cultures et de religions sans équivalent dans l'histoire, cette puissance exceptionnelle s'est pourtant effondrée en moins d'un siècle, de l'indépendance de la Grèce, premier État-nation à s'émanciper de l'Empire en 1830, jusqu'à l'avènement de la République de Turquie en 1923, sous l'égide de Mustafa Kemal Atatürk ».

« Comment, de l'indépendance grecque (1830) à l'avènement de la République turque (1923), le démantèlement de l'Empire ottoman a porté en germe les conflits contemporains. La passionnante traversée d'une page d'histoire aussi cruciale que méconnue ».

Des guerres contre l’Etat d’Israël nées du refus islamique d’un Etat juif à « l'éclatement de la Yougoslavie, de l’invasion de l'Irak au chaos syrien, ses ruines et ses lignes de faille, autant ethniques que religieuses, ont façonné un monde moderne dont les fractures multiples apparaissent désormais au grand jour ».

« Passionnant et dense, ce documentaire en deux parties retrace avec fluidité la mécanique politique, économique et sociale qui a conduit l'Empire ottoman à sa fin. Grâce à des images d'archives rares et aux contributions éclairantes d'historiens américains, européens et proche-orientaux, il fait revivre une page d'histoire largement méconnue, mais essentielle pour comprendre les bouleversements contemporains ».

Comment peut-on analyser le déclin de l’Empire ottoman, son retrait sur un siècle du continent européen, sans évoquer son avènement en 1299 à l’initiative des Kayi, un clan turcique oghouze, originaire de la région de la mer Caspienne, et ayant conquis au XIe siècle l’Anatolie qui faisait alors partie de l’Empire byzantin (Empire romain d'Orient) ?

Comment éluder l’expansion territoriale de la Sublime Porte ottomane – victoire en 1389 à la bataille du champ des Merles en Serbie, actuellement dans le Kosovo - et les diplomaties parfois erratiques de monarques européens à son égard - alliance en 1536 du roi François 1er avec le sultan ottoman Soliman le Magnifique pour contrer la Maison de Habsbourg - ?

Comment ne pas évoquer le tribut annuel longtemps payé au sultan par le Saint-Empire romain germanique, le rôle des Janissaires, à l’origine des esclaves chrétiens islamisés, constituant un ordre militaire qui occupait un nombre croissant de hautes fonctions dans l’administration ottomane et jouait un rôle politique parfois déterminant : opposition aux réformes souhaitées par Sélim III qu’ils assassinèrent en 1808 ?

La dimension de l’islam comme force politique - les souverains successifs de l’Empire ottoman prennent le titre de sultans, de khan, de padishah puis de calife  au XVIe siècle - ne semble pas avoir été clairement perçue par la documentariste.

La chronologie malmenée, non respectée par Mathilde Damoisel afflige aussi ce documentaire qui n'a pas bénéficié de l'éclairage de certains spécialistes plus compétents que ceux interrogés.

Et cette manie d'évoquer la "Palestine" avant le mandat britannique sur la "Palestine". Cependant, le documentaire évoque le Traité de San Remo parmi ceux signés après la fin de la Première Guerre mondiale. Il est dommage qu'il n'en ait pas résumé la teneur.

Les nations contre l'Empire
Dès 1821, année « du soulèvement grec, jusqu'aux guerres balkaniques de 1912-1913, l'Empire ottoman se retire définitivement d'Europe, mettant un terme à près de cinq siècles de présence dans les Balkans ».  La Grèce possède des atouts stratégiques, intéressants pour les puissances européennes : les empires britannique et russe. En 1829, les négociations sur l'indépendance de la Grèce ont lieu à Londres. C'est le début des insurrections de Slaves - la Russie se veut la protectrice des Slaves, et un accès aux mers chaudes -, un traumatisme pour l'empire Ottoman qui lance des réformes.

Le "nouveau monde politique" conteste le joug ottoman.

Cette « histoire commune fut celle d'une coexistence complexe entre peuples chrétiens, musulmans et juifs, organisés par millet, ou communautés confessionnelles. Mais les appartenances religieuses vont progressivement cristalliser des identités nationales rigides et exclusives - serbes, grecques, bulgares... - aujourd'hui encore en conflit, plus de quinze ans après la fin des guerres de Yougoslavie ».

L'Orient-Express nourrit l'imaginaire des Européens curieux d'un Empire qui se modernise, se soumet au régime des capitulations. Le kaiser, empereur allemand, et le sultan-calife imaginent une voie de chemin de fer reliant Berlin à Bagdad. En 1900, le sultan-calife inaugure la ligne ferroviaire allant d'Istanbul à La Mecque

Un documentaire partial : les Serbes sont nationalistes, mais pas les Bosniaques. Le "nettoyage ethnico-religieux" est lié à la Serbie, mais non aux Bosniaques. Les violences commises par les Ottomans contre les Serbes révoltés sont mis en parallèle avec celles de ces Serbes luttant pour leur indépendance. Le film donne l'impression erronée que le démembrement de l'empire ottoman a induit des guerres. Comme si l'empire ottoman n'avait pas été djihadiste dès sa création.

Quid de la dhimmitude ? Le mot n'est pas prononcé, mais le documentaire décrit "un ordre imparfait, mais accepté" et la coexistence interreligieuse. Les dhimmis avaient-ils le choix ? Les réformes dans l'Empire ottoman sont présentées comme une réponse aux insurrections de minorités, en occultant les pressions des puissances européennes. Les développements d'écoles sont soulignées, mais sans citer le rôle de l'Alliance israélite universelle et des ordres chrétiens. La volonté d'émancipation des Arméniens est dénommée "nationaliste".

Le rôle économique - quid des Camondo ? -, politique, social, scientifique et culturel des minorités n’apparaît pas. Tout comme les massacres récurrents les ayant visés.

L’essayiste Bat Ye’or  a défini ainsi ce statut infligé aux dhimmis : « La dhimmitude est corrélée au jihad. C’est le statut de soumission des indigènes non-musulmans – juifs, chrétiens, sabéens, zoroastriens, hindous, etc. - régis dans leur pays par la loi islamique. Il est inhérent au fiqh (jurisprudence) et à la charîa (loi islamique). Les éléments constitutifs sont d’ordre territorial, religieux, politique et social. Le pays conquis s’intègre au dar al-islam sur lequel s’applique la charîa. Celle-ci détermine en fonction des modalités de la conquête les droits et les devoirs des peuples conquis qui gardent leur religion à condition de payer une capitation mentionnée dans le Coran et donc obligatoire. Le Coran précise que cet impôt dénommé la jizya doit être perçu avec humiliation (Coran, 9, 29). Les éléments caractéristiques de ces infidèles conquis (dhimmis) sont leur infériorité dans tous les domaines par rapport aux musulmans, un statut d’humiliation et d’insécurité obligatoires et leur exploitation économique. Les dhimmis ne pouvaient construire de nouveaux lieux de culte et la restauration de ces lieux obéissait à des règles très sévères. Ils subissaient un apartheid social qui les obligeait à vivre dans des quartiers séparés, à se différencier des musulmans par des vêtements de couleur et de forme particulière, par leur coiffure, leurs selles en bois, leurs étriers et leurs ânes, seule monture autorisée. Ils étaient astreints à des corvées humiliantes, même les jours de fête, et à des rançons ruineuses extorquées souvent par des supplices. L’incapacité de les payer les condamnait à l’esclavage. Dans les provinces balkaniques de l’Empire ottoman durant quelques siècles, des enfants chrétiens furent pris en esclavage et islamisés. Au Yémen, les enfants juifs orphelins de père étaient enlevés à leur famille et islamisés. Ce système toutefois doit être replacé dans le contexte des mentalités du Moyen Age et de sociétés tribales et guerrières ».

Parmi les Juifs de l’Empire ottoman émerge la figure exceptionnelle du Dr Elias Cohen (ou Elias Pasha), premier Juif  à être nommé général et médecin personnel du pacha . Né en 1844, Elias Cohen  est inscrit à l’école fondée à Constantinople par la famille Camondo. Diplômé de l’Ecole impériale de médecine en 1867, il complète sa formation à Berlin et à Vienne. Il est attaché à l’hôpital central naval, professeur à l'Ecole militaire à Haïdar-Pasha, chirurgien-chef et ophtalmologiste au quartier-général du 3e corps d’armée ottomane. En 1885, il intervient auprès du Pacha en faveur de Juifs de Kadikeuy, quartier densément peuplé de Constantinople, faussement accusés par des chrétiens orthodoxes et Arméniens de crime rituel (blood libel). En 1888, il est nommé professeur de dermatologie à la Faculté de médecine de Constantinople.

Le Moyen-Orient en éclats  
En 1914, l’Empire ottoman, « homme malade de l’Europe » selon le tsar Nicolas 1er en 1853, entre en guerre contre la Triple-Entente – empires français, britannique et russe - en se rangeant aux côtés des Empires allemand et austro-hongrois au sein de la Triplice.

« Désormais recentré sur l’Asie Mineure - l'Anatolie - et ses dernières provinces arabes de Syrie, de Palestine, de Mésopotamie et du Hedjaz (ouest de la péninsule arabique), l'Empire ottoman est en guerre sur toutes ses frontières ». Il était divisé en wilaya (willaya ou vilayet), et en sandjaks, des régions administratives.

C'est « dans ce contexte de repli que se déroule l'extermination des Arméniens, premier génocide du XXe siècle ». C’est oublié les massacres de Grecs pontiques (350 000-360 000 victimes), des Assyriens - dénommé Sayfo ou Seyfo (épée), le génocide assyrien ou araméen / chaldéen / syriaque est évalué à 500 000-750 000 morts -, etc. Les médias occidentaux stigmatisent "le boucher" auteur de ces génocides. Le premier génocide du XXe siècle s’avère celui des Hereros et des Namas perpétré sous les ordres de Lothar von Trotha dans le Sud-Ouest africain allemand (Deutsch-Südwestafrika, actuelle Namibie) dès 1904 (65 000 Héréros et environ 20 000 Namas tués)..

« Mais peu après, les aspirations nationales gagnent les peuples arabes, las du joug ottoman, de plus en plus répressif sous le régime des Jeunes Turcs ».

« Britanniques et Français vont exploiter cette soif d'autonomie pour asseoir leur mainmise sur le Proche et le Moyen-Orient, au mépris des promesses faites durant la Grande Guerre ».

A l'été 1915, Sharif Hussein ibn Ali de la famille des Hachémites, sharif, un potentat de La Mecque, propose à la Grande-Bretagne de soulever les Arabes de l'Empire ottoman contre cet allié de l'Allemagne. Déclenchée en juin 1916, soutenue par les Britanniques et dans une moindre mesure la France, la « grande révolte arabe » ne parvient guère à entamer la loyauté des sujets Arabes à l'égard de l'empire ottoman.

Le 16 mai 1916, sont signés à Downing Street les secrets accords Sykes-Picot - Sir Mark Sykes et François Georges-Picot -, avec l'assentiment de l'Italie et de l'empire russe tsariste : la Grande-Bretagne et la France prévoient de se partager le Moyen-Orient après la Première Guerre mondiale et en dépeçant l'empire ottoman, dans une zone allant de la mer Méditerranée à l'Océan indien, via la mer Rouge, la mer Caspienne et la mer Noire.

Après la fin de la Première Guerre mondiale, « naissent ainsi des nations fragiles aux frontières contestées : Liban, Syrie, Palestine, Transjordanie, Irak... » Afin de remercier son allié hachémite, pour cette « Grande révolte arabe » mythifiée par Thomas Edward Lawrence (1888-1935), surnommé Lawrence d'Arabie, la Grande-Bretagne crée en 1921 « l'émirat de Transjordanie (connu plus tard comme royaume de Jordanie), afin de satisfaire les ambition du second fils d'Hussein, Abdullah, tout en fondant la même année l'Etat moderne d'Iraq créé à l'instigation de Faisal, frère cadet d'Abdullah ». Quant à Hussein, il devient roi de Hedjaz, région regroupant les villes de Médine et La Mecque, mais, quelques années plus tard, sa famille en est évincée par Abdul Aziz ibn Saud qui conquiert en décembre 1925 cette région et fonde en 1932 le royaume saoudien.

Le documentaire souligne le rôle de Gertrude Bell, archéologue britannique et agent de renseignement. Proche de l'école du Caire, Bell veut concilier les intérêts arabes et ceux de l'Allemagne. Elle a cru à une alliance avec les Hachémites. Elle veut imposer Fayçal le sunnite pour diriger l'Irak qu'elle invente, à la population majoritairement chiite. 

L’Etat-nation semble contrevenir à l’oumma, communauté des musulmans, des soumis à Allah, à l’aspiration islamique au califat. Les liens claniques, tribaux délimitent les véritables frontières géographiques des territoires.

« Une région aujourd'hui bouleversée par des conflits qui trouvent leurs racines dans ces années cruciales ». C’est faire fi du rôle de l’islam - fitna, djihad -, des diplomaties de l’Occident, de l’Onu, de l’Union européenne, de la Russie, des monarchies du Golfe, de l’Iran, de la Turquie, des enjeux énergétiques, etc. Selon Gilles Kepel, la crise au Moyen-Orient est liée à la double remise en question de la centralité des hydrocarbures dans l’économie mondiale et celle des hydrocarbures venant du Moyen-Orient : « en 2014, la part du pétrole et du gaz dans le PIB (Produit intérieur brut) mondial s’élevait à 5%, et à 2,5% en 2015. Il y a un énorme transfert de richesses ». En outre, certaines entreprises envisagent des scénarios d’avenir prévoyant la disparition de l’Arabie saoudite n’existe plus dans 5-10 ans car elle ne pourra pas gérer la paix sociale en redistribuant massivement la rente pétrolière » alors que le prix du baril a baissé de 120 dollars à 15 dollars. Un Moyen-Orient dévasté par les fautes des diplomaties américaines, notamment sous la présidence catastrophique du président Barack Obama, et d’Etats européens, et dans lequel s’est réintroduite la Russie sous la présidence de Vladimir Poutine. Un Moyen-Orient où la Turquie, l’Iran développant son programme militaire nucléaire et l’Arabie saoudite se disputent la position de leader, où l’Etat islamique (ISIS) redessine les frontières et l’Etat d’Israël s’avère le seul Etat stable. 

On peut regretter l’absence de réflexion sur le rôle dans ce chaos du « nettoyage ethnique et religieux » - génocides, échange de populations entre la Grèce et la Turquie (1 300 000 Grecs de Turquie contre 385 000 Turcs de Grèce) par le traité de Lausanne (1923), exil contraint de près d’un million de Juifs des années 1940 aux années 1970, etc. – dans les Etats islamiques issus de la dislocation de l’Empire ottoman, ainsi que celui des choix politico-économiques de leurs dirigeants.

    
« La fin des Ottomans  », par Mathilde Damoisel
2014
Premier volet (90 min) : Les nations contre l’Empire  (Vielvölkerstaat versus Osmanisches Reich). Sur Arte les 22 mars à 20 h 55, 23 mars à 8 h 55, 2 avril à 10 h 45 et 6 avril 2016 à 16 h 25, 22 novembre à 23 h et 6 décembre 2016 à 9 h 25
Second volet (53 min) : Le Moyen-Orient en éclats  (Der berstende Nahe Osten) 22 mars à 21 h 50, 23 mars à 9 h 50, 2 avril à 11 h 40 et 7 avril 2016 à 16 h 25, 22 novembre à 23 h 50 et 6 décembre 2016 à 10 h 20

Visuels : © Seconde Vague Production

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Les citations sont d'Arte et du documentaire. Cet article a été publéi le 22 mars 2016.

samedi 19 novembre 2016

Pirates !

En 2002, le Musée de la Maine avait hissé le pavillon noir en évoquant l'âge d'or de la piraterie aux Caraïbes. Naviguant entre le mythe et la réalité, cette exposition a présenté des visions passionnantes, l'une classique et l'autre renouvelée, d'un monde cruel et révolutionnaire. Il y eut des pirates Juifs séfarades aux Antilles... Le 20 novembre 2016, à Deauville, Pierre Cohen, conférencier, et Isaac Bensimhon, chant, guitare, évoqueront "Espions et pirates juifs - La revanche des sépharades" : "Après l'Inquisition en Espagne, un certain nombre de juifs se sont organisés pour faire "la revanche des sépharades". Une page d'histoire juive agrémentée de chansons judéo-espagnoles".




Qui n'a pas rêvé en lisant « L’île au Trésor » de R.L. Stevenson ou en voyant Errol Flynn incarner « L’Aigle des mer » ?

Rien ne manquait à l'exposition Pirates ! au Musée de la Marine pour raviver les souvenirs : de la reconstitution d'une partie d'un navire aux tableaux d’arraisonnements, en passant par les armes, cartes, sabliers et attributs des pirates.

Le « monde à l'envers », de ces marins habiles est dual. Les rebelles hostiles à l'injustice côtoyaient des bandits, des bannis, et des dissidents politiques et religieux, tels les Protestants chassés des Pays-Bas et de France. Leur bateau était à la fois abri et enfermement.

Les couleurs omniprésentes y étaient le noir et le rouge.

Y s’avéraient précieux le charpentier et le chirurgien.

Si la discipline était acceptée à bord, c'est la relâche dans les tavernes d'iles où les nourrissent les boucaniers. Les longues périodes d'attente sont rompues par des moments de grande violence lors des abordages.

Après une vie frôlant la mort, c'est la solitude à terre pour le vieux flibustier, parfois handicapé.

L'univers des « Chiens et Gueux de la mer », c'est enfin une république dont le Code fixe, sur un mode égalitaire, les règles de partages et compensations en cas de blessures.

Les partisans de la liberté des mers ont surtout inspiré les Anglo-Saxons : les Anglais, car les pirates ont défié la puissante Armada, au profit de leur-reine protestante, isolée dans l'Europe catholique.

En quête d'histoire, les Américains se sont retrouvés dans ce monde nouveau.

A la paix d’Utrecht (1713), assurée de leur suprématie, l’Angleterre, la France et la Hollande décident alors de réprimer le brigandage.

Une communauté pirate s'exile à Madagascar pour tenter de créer une société utopique.

La littérature (Daniel Defoe), la peinture (école du Delaware), le cinéma et les bandes dessinées ont popularisé l’image d’un pirate portant foulard ou tricorne, anneau à l’oreille, perroquet à l’épaule, sabres ou revolvers aux mains, jambe de bois, voire crochet au poignet. C'est oublier John Hawkins ou Sir Francis Drake, riches armateurs.

Autre mythe altéré : les abordages sont rares, car les équipages des navires attaqués, contraints de s'engager, ne demandent qu’à éviter un combat.

La rapidité est alors le meilleur atout pour s’assurer la victoire, le galion convoité, et les trésors qu'il recèle.

Francis Drake
Arte a présenté le 22 décembre 2013 la série documentaire sur la représentation des pirates au cinéma.

En 1940, Michael Curtiz réalise L'Aigle des mers (Sea Hawk), avec Errol Flynn, Claude Rains, Brenda Marshall. "En l'an 1585, les côtes britanniques sont protégées par les aigles des mers, marins chevronnés qui écument les mers au service d'Élisabeth. Le roi Philippe II d'Espagne envoie Don Alvarez de Cordoba à Londres en qualité d'ambassadeur. En mer, la Sainte-Eulalie, où se trouvent De Cordoba et sa nièce Maria, est attaquée par l'Albatros, bateau corsaire de "l'aigle des mers" Geoffrey Thorpe. Thorpe ramène lui-même l'équipage à la reine. Mais un espion de Philippe II veille à la cour... Corsaires de la reine contre pirates du roi, combats, trahisons et galères : l'apogée du film d'aventures maritimes et le sommet de la complicité entre Errol Flynn et Michael Curtiz". La musique du film est signée par Erich Wolfgang Korngold.

Arte a diffusé Pirates. Francis Drake - Corsaire de Sa Majesté  (Piraten. Der Pirat und die Königin) et Pirates. Les corsaires barbaresques (Piraten. Die Jagd nach dem weißen Gold), documentaire en deux volets de Robert Schotter, Christoph Weinert.

"Pirates, corsaires et flibustiers n’étaient pas simplement des rebelles assoiffés de trésors : pendant que les premiers n’agissaient que pour leur propre compte, les autres servaient les intérêts des souverains européens. Des scènes reconstituées sont complétées par des éclairages de spécialistes de l’histoire maritime".

Premier voletPirates. Francis Drake - Corsaire de Sa Majesté. XVIe siècle. « Après la découverte de l'Amérique, le monde est dominé par l’empire espagnol du très catholique Philippe II. La jeune souveraine anglicane Élisabeth Ire s'en inquiète et veut que son royaume devienne une grande puissance maritime".

"Pour cela, elle fait appel au fascinant Francis Drake, qui a commencé sa carrière comme simple mousse. Il mène régulièrement des raids contre les possessions espagnoles et parvient, entre 1577 et 1580, à effectuer la deuxième circumnavigation autour du globe, après Magellan", sans information sur l'itinéraire à suivre, en finançant sa traversée grâce à l'argent récolté auprès d'hommes d'affaires confiants en sa réputation et à bord du Golden Hind.  Il remonte la côte Pacifique d'Amérique du sur, surprend les Espagnols, pille des dizaines de navires de l'Invincible Armada. Ce corsaire traitait bien ses prisonniers : aussi, à l'abordage, les marins ennemis avaient-ils intérêt à se rendre sans se battre. Il décide de contourner le continent américain par le nord. Pour chaque livre que la reine Elisabeth 1ère a investi, elle en gagne 47. Elle peut financer la construction de navires petits, très mobiles. Le royaume, qui connait une ère de prospérité économique et culturelle, domine les mers. Anobli par la reine en 1588, Drake "devient vice-amiral de la flotte anglaise et contribue la même année à la retentissante défaite de l'Invincible Armada espagnole ».

US Navy vs Barbaresques
Second voletPlus d'un million d'Européens, marins et passagers, « ont été ainsi enlevés par des pirates musulmans en Méditerranée et dans l'Atlantique » afin d'être vendus dans des marchés d'esclaves d'Alger, de Tunis et de Tripoli. Beaucoup meurent en captivité, comme galériens ou domestiques. Ces pirates musulmans sont appelés Barbaresques apparus après que les Maures aient été chassés d'Espagne. Alger, Tunis, Tripoli créent des régences en Afrique du nord, des Etats barbaresques. Échaudés, les Européens ne sont pas enclins à commercer avec les musulmans. Les corsaires barbaresques capturent les navires européens, pillent. Ils vont jusqu'en Islande pour se procurer des esclaves. Les familles des captifs reçoivent des demandes de rançons, négocient. Les paroisses reçoivent des dons. La traite des Européens s'avère un thème encore peu étudié par les historiens.

« Au XVIIIe siècle, l'Europe est terrorisée par les corsaires barbaresques. Ces derniers partent en quête de « l'or blanc » d'alors, c’est-à-dire des Européens des deux sexes, à la peau claire, qui seront vendus comme esclaves en Afrique du Nord et en Orient. Hark Olufs", marin d'une île de la mer du nord sous domination danoise, "est l'une de ces victimes. Devenu esclave, il parvient, grâce à son intelligence, à passer du rang de serviteur" à la cour du bey de Constantine à celui de trésorier, puis commandant en chef de la cavalerie ! "À force de remporter des victoires, il recouvrera sa liberté » après douze ans de service. En 1736, il rentre "dans sa mère patrie" et dissimule sa conversion à l'islam. Il se marie et fonde une famille. La conversion à l'islam ouvrait des opportunités à l'esclave.

En raison de la perte des navires, le commerce est presque paralysé en mer méditerranéenne.

C'est pour mettre un terme à ces mises en esclavage, à cette piraterie des Barbaresques, à ces confiscations de navires pillés - en 1800, le total des rançons, spoliations, etc. imposées par les pirates musulmans représentaient 20% des revenus annuels du gouvernement fédéral américain -, que les Etats-Unis créent leur Marine de guerre (1794) victorieuse lors des deux guerres barbaresques (1801-1805, 1815) au cours desquelles s'illustre l'officier de marine Stephen Decatur. Les « jeunes États-Unis se défendent contre ces pirates en fondant une redoutable unité de soldats des mers : le United States Marine Corps. Plus de deux siècles après sa création, cette unité d’élite est toujours en activité ». Humiliation : en 1795, le dey d'Alger a exigé la construction d'un navire de guerre au lieu d'un tribut. Ce qu'accepte la jeune nation américaine. En innovant, les Américains fabriquent des navires pouvant circuler sur toutes les mers, et surpassant les navires des Barbaresques. Le USS Constitution est une frégate en chêne de Virginie, variété rare, qui a nécessité l'abattage de 2 000 arbres. Sa coque a trois couches de chêne massif sur 50 cm sur lesquelles le boulet rebondit. En 1801, le pacha de Tripoli exige une fortune pour épargner les navires américains. Silence des Américains. Le pacha leur déclare la guerre. Le président Thomas Jefferson obtient l'accord du Congrès. L'Amérique est divisée entre les partisans du commerce, et les tenants du repli sur le continent. Stephen Decatur étudie le monde islamique, lit les récits des captifs chrétiens, etc. Les Barbaresques capturent le Philadelphia et des centaines de marins américains. Decatur, intrépide, se rend à Tripoli et met le feu à ce navire. Une mission suicidaire pour un commando de volontaires bien entraînés. L'amiral Nelson a salué l'audace et le courage des Américains. Decatur est promu. En 1805, un traité est signé prévoyant le versement d'une rançon par les Américains. Ce traité est respecté... jusqu'en 1812. C'est le début de la "politique de la canonnière", commente un historien. Sans aller à l'affrontement, Decatur dicte ses conditions. Les trois régences s’engagent à libérer sans rançon leurs esclaves et renoncent à capturer les navires américains. Commerce de l'or et des esclaves constituent des fondements des économies barbaresques. Donc, les pirates barbaresques poursuivent clandestinement leurs activités.

La France entreprend une opération militaire couronnée de succès (1827-1830) contre la Régence d'Alger qui offrait un havre aux pirates barbaresques. Elle libérera les derniers captifs à Alger.

Pirates Juifs
Dans Les pirates juifs des Caraïbes - L'incroyable histoire des protégés de Christophe Colomb, Edward Kritzler retrace dans "un style extrêmement vivant, la formidable histoire, haute en couleurs et encore mal connue, de ces Juifs séfarades partis au XVIe siècle à la conquête du Nouveau Monde après l'expulsion d'Espagne. Un récit qui se lit comme un roman d'aventures, qui nous mène d'Espagne à New York et d'Amsterdam au Brésil et à Mexico. L'aventure débute avec Christophe Colomb au XVe siècle, à l'âge des Grandes découvertes. De nombreux Juifs de la péninsule ibérique massacrés, expulsés ou contraints d'abjurer leur foi, ont l'idée de s'embarquer clandestinement avec les explorateurs et de se mêler aux conquistadors. L'accès au Nouveau Monde leur étant globalement interdit du fait de leur religion, ces marranes se feront passés pour des "nouveaux-chrétiens" du Portugal (par opposition aux "vieux-chrétiens" ou chrétiens de souche). Leurs fabuleuses aventures sont relatées avec leur lot d'intrigues, de drames, de rebondissements, de défaites et de victoires sur les Inquisiteurs encapuchonnés de la Sainte Terreur. La narration est également traversée par la rocambolesque entreprise de trois Juifs hollandais et de leurs enfants, tous des pirates notoires ! partis à la recherche du trésor de Christophe Colomb dans les montagnes de Jamaïque. On prétend que leur quête aurait échoué. Mais pour avoir découvert aux archives l'existence de documents inédits, l'auteur, Edward Kritzler, a cependant de bonnes raisons de croire le contraire..."

Edward Kritzler écrit :
"C'est en feuilletant les pages jaunies du journal de bord d'un pirate anglais du XVIIe siècle que je suis tombé sur cette scène stupéfiante. Lors de l'invasion de la Jamaïque en 1643, William Jackson raconte avoir trouvé la capitale de l'île entièrement déserte, à l'exception, écrit-il, de «divers Portugais issus de la nation hébraïque, venus à nous pour solliciter notre protection, en échange de quoi ils promirent de nous montrer où les Espagnols avaient caché leur trésor». J'avais toujours cru jusque-là que les premiers conquistadors espagnols et portugais du Nouveau Monde étaient tous de fervents catholiques. Que faisaient donc des Juifs portugais sur une île espagnole à demander protection à un corsaire anglais et à son équipage ? Je fis cette découverte en 1967, dans la salle de lecture de la Bibliothèque nationale de la Jamaïque où, parti de New York, je menais des recherches sur les premiers boucaniers à avoir accosté sur l'île. Plus qu'intrigué par ce passage du journal de Jackson, je décidai de mener l'enquête.
J'allais ainsi découvrir ce fait étonnant qu'avant la conquête de la Jamaïque par l'Angleterre en 1655, l'île avait en fait appartenu à la famille de Christophe Colomb. Mieux, que celle-ci avait offert asile aux Juifs persécutés par l'Inquisition. Le responsable de la communauté juive de l'île dans les années 1960, Sir Neville Ashenheim, alla même plus loin, m'expliquant que Christophe Colomb était probablement d'origine juive et que l'arbre généalogique des Juifs de Jamaïque remontait en vérité aux tout premiers immigrants. Cette histoire me parut à ce point incroyable que j'allais passer les quatre décennies suivantes sur la trace de ces pionniers méconnus. Oubliées, les tribulations du célèbre marchand de Venise de Shakespeare : ses cousins du Nouveau Monde étaient, eux, de fascinants aventuriers - des Juifs explorateurs, des Juifs conquistadors, des Juifs cow-boys et, oui, des Juifs pirates ! Une certaine communauté d'esprit unissait certes ces Juifs clandestins, dont la plupart continuaient de pratiquer leur religion en secret, aux autres colons. Mais tandis que ces derniers se lançaient à l'assaut des empires aztèque et inca pour y trouver la gloire et la richesse, convertir les païens et s'approprier les femmes indiennes, les Juifs, eux, cherchaient surtout à échapper aux bûchers des Inquisiteurs.
L'aventure débute avec Christophe Colomb au XVe siècle, à l'âge des grandes découvertes. C'est alors que de nombreux Juifs de la péninsule ibérique - massacrés, expulsés ou contraints d'abjurer leur foi -, eurent l'idée de s'embarquer avec les explorateurs et de se mêler aux conquistadors. L'accès au Nouveau Monde leur étant globalement interdit du fait de leur religion, ils se firent donc passer pour de «nouveaux-chrétiens» du Portugal (par opposition aux «vieux-chrétiens» ou chrétiens de souche), le pays n'exigeant pas encore, contrairement à l'Espagne, qu'ils prouvent la «pureté» de leur ascendance catholique. Rappelons en effet qu'en 1497, Manuel Ier, le roi du Portugal, décida que la seule façon de déjudaïser son royaume tout en gardant ses Juifs - lesquels jouaient un rôle trop important dans l'administration et l'économie pour qu'il se résigne à les expulser - était de les convertir en bloc. C'est ainsi que la majorité des Portugais opérant dans l'empire espagnol étaient en fait des nouveaux-chrétiens, des conversos (aussi appelés marranes), autrement dit des Juifs convertis de force au catholicisme, mais qui continuaient souvent à pratiquer, d'une manière ou d'une autre, une forme de cryptojudaïsme (de judaïsme clandestin ou caché)".
Les 1er et 7 mars 2016, Arte diffusa L'Aigle des mers, de Michael Curtiz (1940) : "En l'an 1585, les côtes britanniques sont protégées par les aigles des mers, marins chevronnés qui écument les mers au service d'Élisabeth. Le roi Philippe II d'Espagne envoie Don Alvarez de Cordoba à Londres en qualité d'ambassadeur. En mer, la Sainte-Eulalie, où se trouvent De Cordoba et sa nièce Maria, est attaquée par l'Albatros, bateau corsaire de "l'aigle des mers" Geoffrey Thorpe. Thorpe ramène lui-même l'équipage à la reine. Mais un espion de Philippe II veille à la cour... Corsaires de la reine contre pirates du roi, combats, trahisons et galères : l'apogée du film d'aventures maritimes et le sommet de la complicité entre Errol Flynn et Michael Curtiz".


« Pirates », documentaire en deux volets de Robert Schotter, Christoph Weinert
ZDF, 2015
Sur Arte
Pirates. Francis Drake - Corsaire de Sa Majesté  (Piraten. Der Pirat und die Königin: les 31 octobre à 20 h 50, 1er novembre à 15 h 20 et 3 novembre 2015 à 16 h 25 (53 min)
Pirates. Les corsaires barbaresques (Piraten. Die Jagd nach dem weißen Gold: les 31 octobre à 21 h 40, 1er novembre à 16 h 10 et 4 novembre 2015 à 16 h 25. (50 min).
Visuels ; © Taglicht media/Bastian Barenbrock

Edward Kritzler, Les pirates juifs des Caraïbes - L'incroyable histoire des protégés de Christophe Colomb. Traduction par Alexandra Laignel-Lavastine. André Versaille, 2012.

Visuels 
© Warner Bros

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Cet article a été publié par Actualité juive et sur ce blog le 22 décembre 2013, puis le 29 octobre 2015.