Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

jeudi 20 octobre 2016

Vente de la collection personnelle « Hébraïca-Judaïca » de Francine et d’Elie Szapiro le 23 mars 2011



C’est une vente exceptionnelle, « rare et recherchée » qui s'est déroulée à Drouot Richelieu le 23 mars 2011 : celle de la collection personnelle « Hébraïca-Judaïca » - près de 400 « objets et peintures qui ne sont pas sortis sur le marché depuis 30 ans » - de Francine et d’Elie Szapiro, célèbres galeristes - galerie Saphir au Marais et Espace Art-Mode - à Paris et DinardLe 20 octobre 2016, à 14 h 30, le MAHJ (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme) proposera la conférence "Bijoux et judaica : l’art de l’orfèvrerie", par Ania Guini-Skliar, guide-conférencière nationale. 




Axée surtout sur les Juifs en France et en Afrique du Nord, cette collection « Hébraïca-Judaïca » a été constituée « pour l’essentiel entre 1953 et 1980 ».

Elle se caractérise par son ouverture « aux chercheurs, à tous les aspects et à tous les exils du judaïsme, sépharade et ashkénaze », par la variété des articles – « objets liturgiques, tableaux, sculptures, manuscrits, livres sur la science juive ou la gastronomie », vaisselle, etc. -, et des thèmes : « l’image du Juif », la vie culturelle des Juifs du XVIe siècle à nos jours, etc.

Une collection d’autant plus importante si l’on tient compte des « destructions de la Seconde Guerre mondiale et de l’assèchement du marché dû aux dons aux musées Juifs créés » depuis quelques décennies et aux acquisitions effectuées par ces musées.

De plus, cette collection reflète les parcours, personnels et familiaux, et centres d’intérêt de chaque conjoint.

Elie Szapiro nait à Cahors en 1939. Il est descendant d’une « lignée de lettrés et de rabbins » polonais – « mon grand père maternel, directeur d’une école juive à Opatov puis à Varsovie, avait une très importante bibliothèque, brûlée dans le ghetto de Varsovie où il est mort ». Ingénieur, son père Oszer est fait prisonnier en 1939 et restera prisonnier jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, sans être dénoncé comme Juif par ses camarades. A la libération, la famille Szapiro se retrouve miraculeusement rescapée de la Shoah.

Elie Szapiro étudie la médecine à Toulouse. Là, il fonde la loge Maïmonide du B'nai B'rith. Il se marie et s'installe à Paris. Il est recruté par une firme pharmaceutique, rivale de celle où travaille son beau-père. Diplômé du Centre de perfectionnement aux affaires dans les années 1970, il poursuit cette carrière brillante. Avec son épouse Francine, il ouvre une galerie d'art près du musée du Moyen-âge dans le quartier Saint-Michel (Paris), puis, le succès venant, il ouvre une deuxième galerie d'art spécialisée dans la mode dans le XVIIe arrondissement, puis une troisième qui jouxte le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme. Il participe à la fondation des Archives Juives.

Libraire érudit, Elie Szapiro a privilégié les manuscrits et livres, ainsi que le Midi de la France - marranes du Sud-ouest, du Comtat Venaissin et de Provence - où il a grandi.

Quant à son épouse Francine, journaliste critique d’art dont la famille est implantée à Paris depuis le XVIIIe siècle, en Alsace et en Lorraine, elle a été motivée par le besoin « de retrouver un patrimoine culturel qui ne [lui] avait pas été transmis », et inspirée par son goût pour les arts décoratifs qui l’a orientée vers les lampes de Hanoucca ou le gobelet de kiddoush ((bénédiction prononcée sur une coupe de vin, de pain ou de boisson alcoolisée cacher, lors du chabbat ou d'un jour de fête Juive, et avant la séouda qui est un repas) en opaline.

Au fil des décennies et de ses « chines », avec passion, patience et émotion, le couple Szapiro a sauvé de la disparition des objets alors négligés et témoins de l’histoire et de la culture juives.

Le souvenir le plus marquant du couple ? C’est le livre de « Junius Frey, révolutionnaire juif, avec les testaments autographes de Junius et Emmanuel Frey ». A la vue de cet ouvrage, Guerschom Scholem s’était exclamé : « Si on vous assassine, ce sera moi pour avoir ce manuscrit ! » Elie Szapiro lui répondit : « Je préfère vivre et vous éviter le crime. Je vais vous faire une photocopie ». Telle est la genèse du livre « Du frankisme au jacobinisme. La vie de Moses Dobruska, alias Franz Thomas von Schönfeld, alias Junius Frey » (1981) de cet écrivain israélien.

Elie Szapiro se souvient aussi du premier livre – « une partie de la Bible d’Estienne de 1539 en hébreu, ayant appartenu au cardinal Fesch - acheté avec ses économies de lycéen, la première édition de Flavius Josèphe en grec, du livre sur le siège de Jérusalem par Titus illustré par Dürer et Holbein, du rarissime récit de l’accusation fausse de meurtre rituel portée par Amelot de la Houssaye contre les Juifs de Metz en 1670, de la description de l’auto da fé de 1680 à Madrid avec la liste nominative des 118 condamnés, du manuscrit du XVIIème siècle sur les étymologies hébraïques des mots français, de la découverte du portrait émouvant par Alfred Dehodencq de Sol Hatchuel, « symbole des souffrances juives » au Maroc, des œuvres d’Alphonse Lévy (1843–1918), peintre phare du judaïsme alsacien, « avec en particulier l’original de l’affiche de son exposition de 1897, en plein affaire Dreyfus, placardée dans tout Paris avec une légende en hébreu montrant un juif en prières », et des photographies de tournage en 1924 du film « Die Stadt ohne Juden » (La ville sans Juif) de Hans-Karl Breslauer ».

Parmi tous les lots si variés, il y a aussi cet introuvable livre de Joly « Dialogues aux enfers entre Machiavel et Montesquieu » publié en 1865, dont il a été prouvé par l’historien Norman Cohn, qu’Hitler en plagiat les propos antisémites et fit donc disparaitre tous les exemplaires en circulation…

Et, ce qui a peut–être le plus amusé Elie Szapiro : la « condamnation d’un colporteur juif au XVIIIème siècle parce qu’il vendait en catimini des livres érotiques ».

Le but de cette vente : créer une « fondation, placée sous l’égide de la Fondation du Judaïsme Français, pour la recherche en histoire et en philosophie juives dans tous les pays traversés par la famille Szapiro ».

Aucun regret chez ce couple car leur collection « ne bougeait presque plus » depuis 30 ans.

Demeurera le catalogue de la vente, qui s’apparente à « un livre d’histoire(s) sur le judaïsme ».

Succès de l'art Judaica
Médecin devenu galeriste, libraire et expert en art judaïca, Elie Szapiro (1939-2013) est décédé des suites d'une longue maladie qu'il a combattue avec courage en juin 2013. Il avait co-fondé les Journées européennes de la culture et du patrimoine Juifs-France. C'était un homme cultivé et sioniste, un poète dont le recueil de poèmes Repaires Repris a été republié avec des illustrations de Vladimir Kara, un ancien édile amoureux de Dinard. Ses obsèques ont eu lieu le 4 juin 2013 à 11 h au cimetière du Montparnasse (Paris), 3 boulevard Edgar Quinet.

Le  11 mai 2012 a été vendu par Christie’s Paris un mazhor, livre hébraïque deprières en hébreu de l’année liturgique, de Toscane. Estimé entre 400 000 et 600 000 euros, ce mazhor (168 x 125 mm) a été acquis pour la somme record de 1,857 million d’euros. Un mazhor contient « les prièresliturgiques pour l'année entière ainsi que les rites et coutumes quotidiensincluant les prières et les bénédictions pour les fêtes de Pessah, Sukkot, YomKippour et Roch Hachana ».Comprenant 442 feuillets, ce manuscrit hébraïque enluminé sur vélin dans l’atelier florentin de Boccardino l’Ancien datant de la Renaissance (1490) est rare et en bon état. Il a été relié luxueusement dans la seconde moitié du XVIe siècle. Christie’s Paris précise : « Le décor de cette élégante reliure italienne en maroquin brun, abondamment ornée et peinte à la cire, mêle habilement fers spéciaux, dont un à la licorne, entrelacs et réserve centrale frappée aux armes. Une fois encore, les deux lions rampants affrontés flanquant un palmier sont une association assez fréquente chez un grand nombre de familles juives d'Italie à cette époque, parmi lesquelles les familles toscanes Tedeschi (ou Tedesco) et Uzielli ».
Le catalogue de la vente aux enchères d'articles judaïca de la collection de Marc Gordon du 27 novembre 2012 a été rédigé par Elie Szapiro.

Le 29 avril 2013 a eu lieu la vente aux enchères par Sotheby's de la collection Judaica de Michael et Judy Steinhardt. Une collection remarquable qui couvre l'histoire des Juifs de l'Antiquité au XXe siècle, en Europe, Asie, Afrique et Amérique.

Une Haggadah enluminée, trouvée dans un garage de Manchester (Royaume-Uni), a été vendue aux enchères le 22 novembre 2013.

ADDENDUM
Estimée entre un million et un million et demi d'euros, une Torah incunable (ou Pentateuque en grec : les cinq premiers livres de la Bible) -  Hamishah humshe Torah -, avec la paraphrase en araméen (Targum Onkelos) et le commentaire par Rashi (Solomon ben Isaac) a été vendue par Christie's Paris 2 785 500 euros - "un record mondial pour un judaïca imprimé (livre hébraïque imprimé) et un record en France pour un livre imprimé" - le 30 avril 2014. Ce livre présente plusieurs caractéristiques originales : c'est le premier ouvrage "dans lequel sont réunis les cinq livres formant le Pentateuque ainsi que le premier dans lequel sont ajoutés les signes de vocalisation et de cantillation. C’est également la première fois que le texte biblique imprimé est encadré par le commentaire de Rashi et la paraphrase en araméen (Targum Onkelos). Preuve de l’importance de cette édition, cette forme est toujours en usage aujourd’hui pour l’impression des Torah... L’exemplaire porte in fine la signature de trois censeurs des XVIe et XVIIe siècles, attestant sa présence dans une bibliothèque italienne au moins jusqu’à la moitié du XVIIe : Luigi de Bologne en 1599, Camillo Jaghel en 1613 et Renato de Modène en 1626". Au cours du siècle passé, "seuls deux exemplaires de cette rare édition sont passés en vente aux enchères : le premier en 1970, imprimé sur vélin et complet, le second en 1998, imprimé sur papier et incomplet de huit feuillets". Édité par Joseph Hayim ben Aaron Strasbourg Zarfati à Bologne, cet incunable a été imprimé le 5 Adar I [5]242 (25 janvier 1482) "sur vélin, complet (hormis le dernier feuillet blanc) et d’une fraîcheur exceptionnelle".


Le 20 octobre 2016, à 14 h 30, le MAHJ (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme) proposera la conférence "Bijoux et judaica : l’art de l’orfèvrerie", par Ania Guini-Skliar, guide-conférencière nationale . "Bagues, broches, mains de lecture et couronnes de Torah révèlent leur qualité d’objets d’art et l’habileté desartisans qui les ont créées. L’orfèvrerie juive témoigne d’une activité importante, malgré les interdits : vous découvrirez l’histoire de négociants en métaux et en pierres précieuses, de diamantaires, d’orfèvres ou de bijoutiers".


Exposition le 22 mars en salle 4 et vente le 23 mars à 14 h à Drouot Richelieu : 9, rue Drouot, 75009 Paris.
Catalogue illustré et rendez-vous auprès de l’étude Ader–Nordmann, 3 rue Favart, 75002 Paris. Tél. : 01 53 40 77 10
Visuels de haut en bas : les notices sont extraites du catalogue
Couverture du catalogue
LEVY Alphonse (1843-1918)
Juif en prières tourné vers l'Est (extrait, lot n° 19)
Gouache et crayons de couleurs sur papier
61 cm x 38,2 cm

Sac à tefilin (lot n°98)
« Cuir gaufré et peint, en forme d'écu avec sur les deux faces un riche décor floral, et des initiales latines (GN) surmontées du nom en hébreu « Menahem Nahon ». Broderie en fils dorés sur les bords et glands en passementerie de fils dorés ». L’un des rares en peau, car la plupart de ces sacs sont en velours. Les téfilines, ou phylactères, sont des boîtes en cuir contenant des morceaux de parchemin que les Juifs, à partir de l'âge de leur bar mitzva (à treize ans), portent sur leur tête et sur l’un de leur bras pendant l'office de prières.
Vers 1900-1930
30 cm x 22 cm

Rouleau manuscrit sur parchemin d’Esther dans son étui en filigrane de vermeil (lot n° 46)
Travail typique des Balkans (Grèce ou Turquie) de la seconde moitié du XIXe siècle. Le rouleau à l’intérieur est de type Hamelech ».
Hauteur : 37 cm
Poids brut : 447 g

Le repos du colporteur juif (lot n° 86)
Statuette porte pipes en buis tourné et sculpté représentant le colporteur, barbu et coiffé d'un tricorne, fumant sa pipe assis sur une souche, sa hotte sur le dos, en costume du XVIIIe siècle. Cette sculpture, d'une finesse remarquable représente, vu par un non-juif, un personnage typique des communautés juives de la vallée du Rhin, en particulier en Alsace, sans que l'on puisse, ce qui est exceptionnel à l'époque, y déceler la moindre trace de caricature ou d'antisémitisme ».
Vallée du Rhin, début du XIXe siècle
Hauteur : 14 cm

FREY Junius et Emmanuel
Philosophie sociale dédiée au peuple françois. Paris, Froullé, 1793 (lot n°192)
«  Edition originale de ce texte de Junius Frey (1753-guillotiné le 5 avril 1794), qui, apparenté à l'hérésiarque juif Jacob Franck, se convertit au catholicisme, fut anobli par l'Empereur d'Autriche, créa dans son pays natal un ordre à tendance kabbalistique, puis vint à Paris avec son frère Emmanuel et sa sœur qui épousa Chabot, religieux défroqué devenu conventionnel, avec lequel les deux frères furent guillotinés. Précieux et émouvant exemplaire dédicacé par l'auteur « A mon tendre fils Peppi-Junius Frey » et portant, sur les deux contreplats, les testaments autographes signés, datés du 29 ventôse an 2, de Junius (qui signe « ton père mourant») et d'Emmanuel Frey. Guershom Sholem, dans la version française de son livre « Du Frankisme au Jacobinisme. La vie de Moses Dobruska, alias Franz Thomas von Schönfeld, alias Junius Frey », Paris, Gallimard et Seuil, 1981, a publié ces testaments, textes d'une très belle élévation morale, sur la copie communiquée par les propriétaires actuels du volume. Les frères Frey sont incontestablement les plus célèbres victimes juives de la guillotine révolutionnaire. Barbier III, 879-880: « le titre a été rafraîchi en 1797 ». Alkan aîné: Archives du Bibliophile, XXX, 1860 ».

AMELOT DE LA HOUSSAYE Abraham Nicolas, 1634 - 1706
Abrégé du procès fait aux Juifs de Mets. Avec trois Arrests du Parlement qui les déclarent convaincus de plusieurs Crimes, & particulièrement Rahaël (sic) Levi d'avoir enlevé sur le grand chemin de Mets à Boulay un enfant Chrestien âgé de trois ans: pour reparation de quoy il a esté brûlé vif le 17 janvier 1670. Paris, Leonard, 1670, un vol. petit in 12, rel. plein vélin surjeté. (lot n°114)
« Bel exemplaire de l'édition originale de ce texte qui, violemment antisémite, relate la condamnation de Raphaël Lévi dans une fausse accusation de meurtre rituel, en reprenant tous les clichés accompagnant ordinairement ce type de calomnie: crucifix fouetté dans la synagogue, etc. C'est l'oratorien Richard Simon qui prit la défense des Juifs, mais trop tard pour sauver Raphaël Lévy. (Barbier I, 42, f, d'après le Père Lelong). Szajkowski, 1418 signale que d'après Reinach, ce serait les corporations des marchands (chrétiens) de Metz qui seraient à l'origine de cette publication ».

DEHODENCQ Alfred (1822-1882)
Portrait de Sol Hatchuel (lot n°11)
Huile sur carton.
32 cm x 23,5 cm
« Œuvre d'une exceptionnelle intensité reprenant uniquement le buste et le visage de Sol Hatchuel, la Tsadika de Tanger, au moment de son exécution (elle avait refusé de devenir musulmane pour sauver sa vie) : le visage et les yeux tournés vers le ciel, on ne sait si l'héroïne regarde son bourreau ou si elle implore la protection du Tout Puissant. Gabriel Séailles raconte qu'Alfred Dehodencq, ayant assisté à l'exécution, en fit un premier tableau presque aussitôt détruit dans l'écroulement de son atelier de Tanger alors qu'il était en train de dîner chez le consul de France, puis recommença ce tableau ».

Assiette de Pâque (lot n°51)
« Faïence de l'Est à bords chantournés, à décor de fleurettes sur le marli, avec inscription « Pessah » en hébreu au centre en noir dans un double cercle bleu. Alsace ou Lorraine, fin du XVIIIe-début du XIXe siècle.
Diamètre : 21 cm

ROUKHOMOVSKY Suzanne - Gastronomie juive. Cuisine et pâtisserie Kasher (ce mot en hébreu) de Russie, d'Alsace, de Roumanie et d'Orient. Paris, Flammarion, 1929. (lot n°197)
« Précieux exemplaire non coupé, tel que paru et de belle provenance puisqu'enrichi d'un envoi autographe signé de l'auteur « A Monsieur Kessel hommage d'admiration ».

Rimmonim, Ornements pour la Torah Bayonne-Pau

Cet article a été publié en une version concise dans le n° 634 de mars 2011 de L'Arche

A lire sur ce site sur :
Cet article a été publié pour la première fois le 11 mars 2011. Il a été modifié 7 mai 2014.
Il a été republié le :
-  14 mai 2012  à l’occasion de la vente du 11 mai 2012 par Christie’s Paris d’un mazhor, livre hébraïque deprières en hébreu de l’année liturgique, de Toscane (Italie) ;
- 28 novembre 2012 ;
- 6 janvier 2013 : la conférence du collectionneur Marc Gordon au MAHJ, le 6 janvier 2013, à 11 h, vient d'être annulée car le conférencier est souffrant. Le catalogue de la vente aux enchères d'articles judaïca de la collection de Marc Gordon du 27 novembre 2012 a été rédigé par Elie Szapiro ;
- 29 avril 2013 à l'approche de la vente aux enchères par Sotheby's, le 29 avril 2013, de la collection Judaica de Michael et Judy Steinhardt. Une collection remarquable qui couvre l'histoire des Juifs de l'Antiquité au XXe siècle, en Europe, Asie, Afrique et Amérique ;
- 1er juin 2013 après le décès d'Elie Szapiro ;
- 20 novembre 2013 et 7 mai 2014. 

mercredi 19 octobre 2016

Sur les pas de Chateaubriand. 1880-1920 - De Jaffa à Jérusalem. Épopée photographique


La Maison de Chateaubriand  a présenté l’exposition éponyme, et qui porte cet autre titre : De Jaffa à Jérusalem, sur les pas de Chateaubriand. 1880-1920, photographies de Terre Sainte.  Réalisés à partir de plaques de verre conservées à l’Ecole biblique et archéologique française  (EBAF) de Jérusalem, ainsi que des films provenant des collections du Musée Albert-Kahn, une soixantaine de tirages photographiques évoquent les paysages vus par François-René de Chateaubriand (1768-1848), écrivain romantique et homme politique français, lors de son périple vers l’Orient en 1806-1807. Le 18 octobre 2016, le Conseil exécutif de l'Unesco a nié le lien entre Jérusalem et le peuple Juif. 

De la campagne d’Egypte (1798-1801) à la mort de Byron à Missolonghi (1824), via le voyage de Chateaubriand en Orient et en Espagne, les rives orientales méditerranéennes fascinent.

L’exposition Les Orientales  à la Maison Victor-Hugo  (2010) débutait par les grands précurseurs : poètes, explorateurs, voyageurs, scientifiques et conquérants tel Bonaparte.

François-René de Chateaubriand (1768-1848) effectue ce voyage vers l’Orient de juillet 1806 à juin 1807.

Après avoir visité la Grèce et les Îles, Chateaubriand part à la découverte de la Terre Sainte, pour se rendre à Jérusalem, principale destination de son voyage. But de son périple : « trouver des couleurs » pour son épopée des Martyrs.

Le 12 octobre 1806, Chateaubriand est reçu chevalier du Saint-Sépulcre, et quitte Jérusalem pour embarquer à Jaffa.

En « décrivant les monuments de [Jérusalem], l’écrivain ne s’arrête pas seulement à leur aspect religieux ; à ses yeux, ces derniers sont aussi la traduction de la pensée des peuples qui les ont édifiés ».

En 2006, la Maison de Chateaubriand avait présenté l’exposition Chateaubriand en Orient. Itinéraire de Paris à Jérusalem (1806-1807).

En 2012, l’exposition « part sur les traces des lieux parcourus par Chateaubriand, des habitants et de leurs coutumes. Paysages de Judée et de la Mer Morte, veilles pierres de Jérusalem, portraits de bédouins, de paysans, de pèlerins des trois monothéismes et de marchands, les pays et les modes de vie montrés n’ont pas changé depuis le voyage de l’écrivain, et font écho au récit qu’il en fait dans l’Itinéraire de Paris à Jérusalem et de Jérusalem à Paris » (1811).

Chateaubriand écrit :
« La vallée de Josaphat semble avoir toujours servi de cimetière à Jérusalem … Les Juifs viennent y mourir des quatre parties du monde ; un étranger leur vend au poids de l'or un peu de terre pour couvrir leur corps dans le champ de leurs aïeux. Les cèdres dont Salomon planta cette vallée, l'ombre du temple dont elle était couverte, le torrent qui la traversait, les cantiques de deuil que David y composa, les lamentations que Jérémie y fit entendre, la rendaient propre à la tristesse et à la paix des tombeaux… Les pierres du cimetière des Juifs se montrent comme un amas de débris au pied de la montagne du Scandale… Faudrait-il s'étonner qu'une terre féconde [royaume de Jérusalem] fût devenue une terre stérile après tant de dévastations ? … A la droite du Bazar, entre le Temple et le pied de la montagne de Sion, nous entrâmes dans le quartier des Juifs. Ceux-ci, fortifiés par leur misère, avaient bravé l'assaut du pacha : ils étaient là tous en guenilles, assis dans la poussière de Sion … et les yeux attachés sur le Temple. [Les Juifs] de la Palestine sont si pauvres qu'ils envoient chaque année faire des quêtes parmi leurs frères en Egypte et en Barbarie ».
Une photo de la mosquée au Dôme du Rocher révèle des abords sans aucun individu à ses abords. Des touffes de  verdures semblent pousser dans des interstices du sol de l'esplanade.

Le 16 octobre 1806, Chateaubriand se dirige vers Alexandrie. Il revient à Paris en juin 1807.

L’Itinéraire de Paris à Jérusalem et de Jérusalem à Paris de Chateaubriand fixe le parcours des voyages en Orient de peintres et d’auteurs du XIXe siècle.

Cette exposition a présenté une soixantaine de tirages photographiques réalisés à partir de plaques de verre conservées à l’Ecole biblique et archéologique française  (EBAF) de Jérusalem, ainsi que des films provenant des collections du Musée Albert-Kahn  à Boulogne-Billancourt.

Banquier et philanthrope français Juif, Abraham, dit Albert, Kahn (1860-1940), a constitué les « Archives de la Planète » en envoyant des photographes et cameramen dans le monde entier, notamment au Moyen-Orient .
La Maison de Chateaubriand
A quelques kilomètres de Paris, la Vallée-aux-Loups « offre à Chateaubriand de 1807 à 1817 une demeure à l’écart de la scène politique ».

En novembre 1807, « l’auteur s’installe avec son épouse Céleste dans ce qui n’est alors qu’une maison de jardinier, à laquelle il donnera une empreinte toute personnelle ».

Là, « s’exprime toute la dimension de l’homme, à la fois écrivain, homme politique, voyageur et botaniste ».

Chateaubriand y écrivit certains de ses livres majeurs, dont L’Itinéraire de Paris à Jérusalem et de Jérusalem à Paris, et débuta la rédaction des Mémoires d’Outre-tombe.

Propriété du Conseil général des Hauts-de-Seine, la « demeure restitue l’atmosphère d’une « chartreuse » romantique telle que l’a connue » Chateaubriand.

Jusqu’au 3 mars 2013
A la Maison de Chateaubriand

87, rue de Chateaubriand. 92290 Châtenay-Malabry
Tél. 01 55 52 13 00
Du mardi au samedi de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h. Le dimanche de 11 h à 18 h
Visuels :
Affiche
Rue de Jérusalem
Anonyme
Début du XXe siècle
Négatif sur plaque de verre
N° inv. : 17196
© Couvent de saint Étienne Protomartyr / École biblique et archéologique française, Jérusalem
Sortie de Jérusalem par la porte de Damas
Jules Creten (ancien élève de l’École), O.P.
1923
Négatif sur plaque de verre
© Couvent de saint Étienne Protomartyr / École biblique et archéologique française, Jérusalem
Famille chrétienne de Bethléem en visite à l’École biblique et archéologique de Jérusalem
Raphaël Savignac (1874-1951), O.P.
Vers 1905
Négatif sur plaque de verre
N° inv. : 04464
© Couvent de saint Étienne Protomartyr /École biblique et archéologique française, Jérusalem

La Mer Morte
Raphaël Savignac (1874-1951), O.P.
2 janvier 1909
Négatif sur plaque de verre
N° inv. : 04884
© Couvent de saint Étienne Protomartyr / École biblique et archéologique française, Jérusalem

Fête juive, vers 1910
Rare vue d'une grande fête juive avec procession partant de l'intérieur de la porte de Jaffa, contre la citadelle, devant l'entrée de la caserne, dite Kishleh
Crédits : Ecole biblique et archéologique française, Jérusalem

Jérusalem, mur des lamentations, vers 1875
Crédits : Ecole biblique et archéologique française, Jérusalem

Désert de Judée
Anonyme (Pères Blancs de Sainte-Anne)
Vers 1920
Négatif sur plaque de verre
N° inv. : 16375
© Couvent de saint Étienne Protomartyr / École biblique et archéologique française, Jérusalem

Bédouins chrétiens à Mâdabâ (Jordanie)
Raphaël Savignac (1874-1951), O.P.
1905
Négatif sur plaque de verre
N° inv. : 07073
© Couvent de saint Étienne Protomartyr/École biblique et archéologique française, Jérusalem
A lire sur ce blog :
Affaire al-Dura/Israël
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Les citations proviennent du dossier de presse. Cet article a été publié le 2 mars 2013.

vendredi 14 octobre 2016

« Gaza : la grande évasion » de Thomas Dandois et Alexandra Kogan


Arte diffusera, dans le cadre d’ARTE Reportage, les 15 et 17 octobre 2016 « Gaza : la grande évasion » (Gaza: Sterne gegen Krieg), reportage biaisé de Thomas Dandois et Alexandra Kogan.


Magazine d'actualité internationale, « ARTE Reportage » propose « un rendez-vous de 52 minutes pour regarder le monde en face et comprendre les grands enjeux de la planète ».

Les 15 et 17 octobre 2016, présenté par Andrea Fies, ARTE Reportage s’intéressera à l’initiative de l’astrophysicien Suleiman Baraka.

À Gaza, Suleiman Baraka, « un astrophysicien connu dans le monde entier, qui travaille régulièrement pour la NASA et l’Observatoire de Paris, a un idéal : mettre la science au service de la paix. Son objectif : montrer aux enfants de Gaza que le ciel n’est pas seulement source de destruction et de mort. En les sensibilisant aux mystères de la Voie Lactée, il leur restitue leur part de rêve et d’infini ». Une manière indirecte, par sous-entendu, d’alléguer que l’aviation israélienne bombarderait des Gazaouis.

« C’est facile de prendre une arme pour se battre et mourir, ce n’est pas facile de décider de vivre. Je choisis de vivre », a déclaré Suleiman Baraka.

Gaza, « un petit territoire de 10 km de large sur 40 km de long où s’entassent 2 millions de personnes. Ici, près de 80% de la population dépend de l’aide humanitaire et le chômage des jeunes atteint les 60% ». 

Or, Selon Yoram Ettinger, en 2011, 1,6 million d’Arabes résidaient en Judée et en Samarie et 1,3 million d’Arabes vivaient dans la bande de Gaza, soit un total de 2,9 millions d’Arabes. Pourquoi enfler ce nombre de Gazaouis ? Les dirigeants de l’Autorité palestinienne veulent faire croire à une « bombe démographique », et faire pression à leur avantage sur l’Etat Juif pour qu’il fasse rapidement des concessions opposées à ses intérêts. « Il y a un défi démographique, mais pas de bombe démographique et pas de couteau démographique contre la gorge de l’Etat Juif. Minoritaire en 1900 (8%) et 1947 (33%) à l’Ouest du fleuve Jourdain (bande de Gaza exclue), la population Juive y est devenue majoritaire (66%). La poursuite de ces tendances démographiques actuelles, renforcées par une aliyah puissante et des politiques démographiques, qui sont reportées depuis longtemps, pourrait faire passer cette majorité Juive de 66% à 80% d’ici à 1935 », a écrit Yoram Ettinger le 28 décembre 2011 dans Israel Hayom.

Et d'ajouter le 22 juillet 2016 : "En juillet 2016, il y a un écart de 1,15 million de personnes entre le nombre d'Arabes vivant selon PCBS (Palestinian Central Bureau of Statistics)  en Judée et Samarie (2,9 million) et celui bien documenté (1,75 million)."

Les « affrontements et les bombardements avec Israël ont fait des milliers de morts, une situation de détresse absolue qui n’empêche pas certains à continuer de rêver… » Les mots « Hamas » et « terrorisme » n’apparaissent ni dans le communiqué de presse d’Arte ni dans son résumé du reportage. Et les enfants israéliens, mutilés par les attentats terroristes islamistes palestiniens, ils n’auraient pas eux aussi le droit de rêver ?

Dans « la cour du centre Al Quattah, un institut éducatif et culturel gazaoui, une centaines de silhouettes d’enfants, d’adolescents et d’adultes se pressent autour d’un télescope pour admirer le soleil. Une scène impensable à Gaza il y a encore quelques années ». Et pourquoi ?

Un « homme, passionné par le ciel et les étoiles a permis de faire changer les choses : Suleiman Baraka, astrophysicien nommé président de la chaire d’astronomie de l’Unesco. Après des mois de négociation, il a réussi à faire venir trois télescopes par valise diplomatique ». Pourquoi par la valise diplomatique ? Et via quel pays ?

Sa « détermination et sa force de conviction ont fait des émules. La Faculté des Sciences de Gaza a renforcé ses effectifs, un club d’astronomie amateur vient d’ouvrir ses portes et les élèves sont de plus en plus nombreux à s’intéresser à l’astrophysique. Une manière d’échapper au quotidien, de franchir symboliquement la frontière et de renouer avec l’espoir ». L’espoir de quoi ? De tuer des Yahoud (Juifs, en arabe) - mot utilisé pour désigner les Israéliens - par des attentats terroristes comme y invite le Hamas, l’enseignement dans les écoles de la bande de Gaza ? De détruire l’Etat d’Israël ? Quid de la corruption à Gaza ou à Ramallah ? Quid de la persécution des chrétiens dans ce territoire Judenrein ? Quid des distributions de sucreries à Gaza pour se réjouir de l'assassinat de Yaoud lors d'attentats terroristes palestiniens ?

Suleiman Baraka - un fils aurait été tué lors de bombardements israéliens - pourquoi ces bombardements ? Mystère -, loue la « capacité à pardonner [des Palestiniens] car nous sommes très forts… Vivre pour la Palestine est plus difficile que mourir pour la Palestine », affirme-t-il. 

Ce documentaire omet d'informer sur les positions extrémistes de Suleiman Baraka. EuroPalestine diffuse la  vidéo d'un rassemblement BDS (Boycott Divestissement Sanctions) contre Israël. A Paris, en octobre 2015, lors de ce rassemblement hostile à "l'occupation israélienne", avec moultes drapeaux palestiniens et une banderole où tout Israël est recouvert d'un symbole palestinien, Suleiman Baraka a déclaré : "Les crimes sans fin de l'occupant israélien contre le peuple palestinien et ses enfants innocents ne donneront jamais la paix et l'ordre à Israël". Bref, un rassemblement prônant un délit et un blood libel

A l'heure des massacres notamment en Syrie, au Yémen ou en République démocratique du Congo, cette obsession partiale d'Arte, chaîne publique franco-allemande, pour Gaza s'avère pathologique. A l'instar de celle du Quai d'Orsay dont on peine à distinguer la cohérence de la ligne politique actuelle, si ce n'est un parti pris durable contre l'Etat juif.


Arte, ARTE GEIE / MEMENTO, France, 2016, 24 minutes
Sur Arte les 15 octobre à 18 h 35 et 17 octobre 2016 à 6 h 45

Visuel : © THOMAS DANDOIS

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jeudi 13 octobre 2016

« Schtonk ! » par Helmut Dietl


Arte diffusera le 15 octobre 2016 « Schtonk ! » par Helmut Dietl (1992). Une « satire mordante à partir d'un fait divers journalistique : le scoop raté du magazine allemand Stern sur les « Carnets d'Adolf Hitler » (Hitler-Tagebücher), qui n'étaient qu'un faux ».  Un scandale qui a montré le vif intérêt du public pour Hitler.


« Enfant, Fritz Knobel sait déjà exploiter la crédulité des autres pour faire des affaires qui vont rapidement devenir florissantes. Jeune garçon, il place auprès de sa clientèle des « souvenirs » du Führer qu'il a fabriqués lui-même. Plus tard, devenu marchand d'art et antiquaire, il étend ses activités à la peinture de tableaux de maître. Mais son plus grand coup, il le réussit le jour où il cède à Hermann Willié, reporter un peu écervelé du magazine HH-Press, les fameux Carnets d'Adolf Hitler. Chacun flaire l'affaire de sa vie et la machine s'emballe... »

« L'interjection Schtonk ! est tirée du film Le Dictateur de Chaplin, mot pseudo-germanique désignant quelque chose ou quelqu'un à interdire, voire à éradiquer ».

Le sous-titre de Schtonk est Le film qui accompagne le livre du Führer (Der Film zum Buch vom Führer).

En 1992, Schtonk! a reçu trois Prix Lola, dans les catégories Meilleur film, Meilleur acteur (Götz George), Meilleur réalisateur (Helmut Dietl) - lors de la Cérémonie de remise des Deutscher Filmpreis.

Faux
Le « scénario de ce film est inspiré de l'histoire vraie d'un certain Konrad Kujau, qui avait commencé, au début des années 1970, à vendre en RFA (République fédérale d’Allemagne) des objets de l'époque nazie qu'il allait chercher » en RDA (République démocratique allemande). Il avait été ainsi repéré par la police. « Peintre, il représentait aussi ses clients dans des scènes de guerre. Plus tard », pour augmenter ses bénéfices, il « a décidé de contrefaire des écrits de dignitaires nazis ». Il crée des tableaux, poèmes et lettres qu’il attribue à Hitler, puis se lance « dans sa plus ambitieuse opération : ces fameux Carnets d'Adolf Hitler (Hitler-Tagebücher), rédigés à partir de 1976 et acquis dans des conditions rocambolesques » par Gerd Heidemann, reporter du Stern, journaliste fasciné par le nazisme, « en vue d'une publication en 1983 ». Heidemann a détourné, pour lui, une partie de l’argent destiné à l’achat de ces faux. 

Composé d’une soixantaine de carnets, ce « Journal » a été acquis pour plus de 9,3 millions de Deutsche Marks par Stern (Etoile, en allemand), magazine populaire de RFA, qui en a négocié chèrement les droits de reproduction avec plusieurs médias internationaux : Newsweek, groupe Murdoch, Paris-Match, Grupo Zeta, Panorama, etc. 

Le 25 avril 1983, pendant la conférence de presse  de lancement de cette publication, divers historiens, dont deux avaient assuré que ces carnets étaient authentiques, ont publiquement douté de cette authenticité. Selon Peter Koch, rédacteur en chef de Stern, cette découverte va contraindre les historiens à une nouvelle vision du IIIe Reich.

Le contenu des 62 « Carnets » ? Hitler y raconterait  sa vie quotidienne de 1932 à 1945.

Les seuls examens sérieux de l’écriture et des feuilles de papier pour vérifier l’authenticité de ces Carnets ont été effectués après cette conférence de presse.

Cette publication suscite de nombreuses questions d’historiens, de journalistes. Ainsi, les initiales de ces Carnets sont « FH » (Führer Hitler), au lieu de « AH » (Adolf Hitler).

Malgré la polémique, le Stern publie des extraits de ces Carnets dans son édition du 28 avril 1983. Le public se précipite pour acheter le numéro tiré à 1,8 million d’exemplaires.

Paris Match consacre sa couverture à ces Carnets.

La police judiciaire allemande enquête, et découvre la supercherie. Le papier de ces Carnets était postérieur à la Deuxième Guerre mondiale.

Le scandale ternit les médias ayant fait preuve d’un manquement patent aux règles de bases du journalisme, ainsi que les experts ayant apporté leur crédit à ces faux. Certains directeurs de journaux ont démissionné. L’hebdomadaire Stern a licencié Koch et Schmidt, deux rédacteurs en chef non impliqués dans cette publication. La rédaction du journal a protesté par une grève. Mais Manfred Fischer et Gerd Schulten-Hillen, qui à la direction de Gruner & Jahr, groupe de presse allemand dont l’un des fleurons est le Stern, avaient décidé de négocier les droits sur ces Carnets et d’en publier des extraits sans en informer la rédaction en chef du Stern, ont gardé leurs fonctions.

Rupert Murdoch a avancé les gains, financiers et en termes de lectorats, engrangés par le Times. Mais il a mis un terme au contrat de F. Giles, rédacteur en chef du Sunday Times.

En 1985, Kujau et Heidemann ont été condamnés à quatre ans d’emprisonnement.

Le Stern a présenté publiquement des excuses. Le nombre de ses ventes a décliné rapidement.

En 1987, à sa libération, Kujau est devenu galeriste d’art à Stuttgart. Une galerie proposant des copies de tableaux de maîtres tels Rembrandt, Monet ou Miro. Condamné pour trafic de faux permis de conduire, il est mort en 2000 d’un cancer.

En 1992, le Spiegel a révélé que la Stasi avait recruté dans les années 1950 Heidemann pour lui communiquer des informations sur les armes atomiques américaines fournies en RFA. Endetté, vivant à Hambourg, il semble convaincu de l’existence d’un journal intime de Hitler.

Lors d’une vente aux enchères en 2004, un acheteur, qui a souhaité gardé l’anonymat, a acquis un des faux Carnets pour 6 400 €. En 2013, le Stern a donné les faux Carnets en sa possession aux archives fédérales allemandes pour contribuer à l’histoire du… journalisme. Des documents accessibles à tous. Quelques exemplaires sont détenus en particulier par la Fondation Cartier à Paris et la Maison de l’Histoire à Bonn.

Les médias ont-ils tiré les leçons de ce scandale ? A l’évidence, non. Grande est la tentation de se laisser étourdir par le fumet du scoop. Seul, le respect des règles journalistiques réduit le risque de tels scandales.

Si un média enfreignait ces règles et publierait un faux, quelles en seraient les conséquences ? Pour avoir diffusé le 30 septembre 2000, le reportage controversé de Charles Enderlin, alors son correspondant à Jérusalem, et de Talal Abou Rahma, fixer à Gaza, alléguant la « mort de Mohamed al-Dura », France 2 n’a jamais été sanctionné par les autorités publiques assurant sa tutelle. Talal Abou Rahma a été primé, et la carrière de Charles Enderlin accélérée. Et en 2008, après la relaxe de Philippe Karsenty, qui avait dénoncé une « mise en scène » de ce blood libel, des dizaines de journalistes ont signé la pétition Pour Charles Enderlin publiée par le Nouvel Obs.

Et on s’étonne de la crise des médias !

« Schtonk ! » par Helmut Dietl
ARD, Allemagne, 1992, 107 min
Image : Xaver Schwarzenberger
Montage : Tanja Schmidbauer
Musique : Konstantin Wecker
Production : BAVARIA Film, WDR
Producteur/-trice : Helmut Dietl, Günter Rohrbach
Scénario : Helmut Dietl, Ulrich Limmer
Avec :Götz George (Hermann Willié), Uwe Ochsenknecht (Fritz Knobel), Christiane Hörbiger (Freya von Hepp), Harald Juhnke (Pit Kummer), Dagmar Manzel (Biggi Knobel), Veronica Ferres (Martha), Hermann Lause (Kurt Glück), Ulrich Mühe (Dr. Guntram Wieland)
Sur Arte le 15 octobre 2016 à 10 h 30

Visuels : BBC, DR

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mercredi 12 octobre 2016

« Katyń » d’Andrzej Wajda

La chaîne franco-allemande Arte diffusa « Katyn », film émouvant d’Andrzej Wajda (2007). Ce réalisateur évoque le massacre dans la forêt de Katyn, située au sud de la Russie, en mars 1940, de milliers d’officiers de l’armée polonaise par la police secrète soviétique, ainsi que le mensonge imposé par l’URSS dès 1943, jusqu’en 1991, et imputant aux Nazis ce massacre ordonné par Staline. Ce film insiste sur les vies brisées par ce mensonge d’Etats, sur cette tragédie historique majeure dans l’histoire de la Pologne, et son instrumentalisation à des fins de propagande par deux régimes dictatoriaux. Andrzej Wajda est mort le 9 octobre 2016 à l'âge de 90 ans.


Le 23 août 1939, l’Allemagne nazie (IIIe Reich) et l’URSS (Union des républiques socialistes soviétiques) un pacte stipulant une non-agression et une répartition des territoires entre ces deux pays.

Le 1er septembre 1939, l’armée allemande envahit la Pologne. L’Allemagne institue un gouvernement général de Pologne.

Le 17 septembre 1939, l’armée rouge envahit la Pologne.

En mars 1940, dans la forêt de Katyń, près de Smolensk, la police secrète soviétique assassine, sur ordre de Staline, des milliers d’officiers polonais prisonniers de guerre. Ligoté, chaque officier polonais est exécuté à bout portant d’une balle dans la tête. Ces cadavres emplissent des fosses communes.

Lors de l’offensive allemande Barbarossa, les Allemands découvrent en août 1941 ces charniers, et en rendent responsables l’URSS. Mais quand l’URSS reprend la région de Katyń, elle en rend coupable l’Allemagne.

Ce mensonge sur les auteurs du massacre à Katyń a perduré pendant des décennies, en particulier sous la Pologne communiste passée sous l’orbite de l’URSS de Staline et de ses successeurs.

En 1991, Mikhail Gorbatchev reconnaît la responsabilité de Staline dans ce massacre.

Le 10 avril 2010, l'avion transportant une délégation officielle polonaise dirigée par le président Lech Aleksander Kaczyński, et se rendant à la cérémonie commémorant le 70e anniversaire du massacre de Katyń, s'écrase  près de Smolensk (fédération de Russie). Aucun des passagers ne survit à cet accident.

Rendues publiques depuis le 10 septembre 2012, des archives américaines  ont révélé que les Etats-Unis savaient au moins depuis 1943 que l'Union soviétique, et non le IIIe Reich, avait commis le massacre de Katyn.

Le 13 février 2013, la Cour européenne des droits de l’homme a tenu une audience de Grande Chambre dans l’affaire Janowiec et autres contre Russie (Requêtes nos 55508/07 et 29520/09). « L’affaire concerne des griefs selon lesquels l’enquête menée par les autorités russes sur le massacre de Katyń, survenu en 1940, aurait été inadéquate.

Les requérants sont 15 ressortissants polonais, proches de 12 victimes du massacre de Katyń. Ces 12 victimes étaient des officiers de la police et de l’armée, un médecin militaire et un directeur d’école primaire. Après l’invasion de la République de Pologne par l’Armée rouge en septembre 1939, elles furent conduites dans des camps ou des prisons dirigés par les Soviétiques et furent tuées par les services secrets, sans avoir été jugées, avec plus de 21 000 autres personnes en avril et mai 1940, puis enterrées dans des fosses communes dans la forêt de Katyń (proche de Smolensk) et dans les villages de Pyatikhatki et Mednoye.

Une enquête sur le massacre fut ouverte en 1990. La procédure pénale prit fin en 2004 par une décision de clore l’enquête. Le texte de cette décision étant toujours classé secret, les requérants n’ont accès ni à celui-ci ni à aucune autre information concernant le dossier de l’enquête pénale sur Katyń. Les demandes répétées qu’ils ont faites en vue d’être autorisés à consulter cette décision et d’obtenir sa déclassification ont toujours été rejetées par les tribunaux russes, au motif notamment que les requérants n’avaient aucun droit d’accès aux dossiers dès lors qu’ils ne s’étaient pas vu reconnaître la qualité de victimes. Les demandes des requérants visant à la réhabilitation de leurs proches ont également été écartées par le parquet militaire principal, de même que par les tribunaux.

Le 26 novembre 2010, la Douma russe émit une déclaration au sujet de la « tragédie de Katyń » dans laquelle elle réaffirmait que « l’extermination massive de citoyens polonais sur le territoire soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale » avait été perpétrée sur l’ordre de Staline et qu’il fallait continuer à « vérifier les listes des victimes, rétablir la réputation des personnes mortes à Katyń et ailleurs et mettre au jour les circonstances de cette tragédie (...) ».

Invoquant en particulier les articles 2 (droit à la vie) et 3 (interdiction des traitements inhumains ou dégradants) de la Convention européenne des droits de l’homme, les requérants se plaignent que les autorités russes n’ont pas mené une enquête effective sur le décès de leurs proches et ont adopté une attitude dédaigneuse face à toutes les demandes d’information sur ce qui était arrivé aux défunts ».

A noter que des propagandistes musulmans ou arabes, notamment palestiniens, ont été formés par des nazis et des communistes, et que la propagande nazie a été dirigée aussi vers le monde arabe. La propagande palestinienne n'a pas hésité à attribuer à l'armée israélienne les morts dont elle est responsable. Elle a été parfois relayée par des médias occidentaux : ainsi, lors de l'Opération Plomb durci, France 2 avait diffusé la vidéo d'une explosion parmi des civils dans la bande de Gaza en alléguant à tort qu'Israël  en était responsable. Or, il s'agissait d'une explosition due au Hamas et datant de 2005. A Sarajevo, en 1994, une explosion parmi des civils avait été imputée à l'armée serbe. Une polémique a surgi : pour certains, l'armée de Bosnie-Herzégovine en serait responsable.


« Post Mortem »
Andrzej Wajda, qui a adapté au cinéma le livre d’Andrzej Mularczyk, Post Mortem, a dédié son film à ses parents. Ce septuagénaire a rendu hommage à son père assassiné à Katyń. Sa mère avait refusé l’idée de cette mort.

Il a voulu que son film « soit le récit du drame et des souffrances subis par de multiples familles, victimes de Staline et du silence qu’il parvint à imposer à ses alliés d’alors : la Grande-Bretagne et les Etats-Unis ».

Le réalisateur a construit son film de fiction inspiré de ces faits historiques autour de trois personnages féminins principaux : Anna, épouse du capitaine Andrzej qui a refusé de fuir, l’épouse d’un général qui découvre en avril 1943 les images des charniers filmés par les Allemands, et Agnieszka, sœur d’un ingénieur aéronautique et pilote, qui tente en vain de faire poser une stèle rétablissant la vérité sur les circonstances du décès de son frère.

Andrzej Wajda souligne les conséquences dramatiques de ce mensonge d’Etats, de cette vérité occultée sous l’ère communiste car elle ternirait l’image du « Grand frère » soviétique.

Pour évoquer la grisaille et la dureté de la vie en ces périodes dramatiques, les couleurs sont assourdies, ternes – hormis le rouge vif du drapeau polonais -, la lumière froide éclaire des rues tristes de Cracovie.

Peu diffusé en France, ce film a été primé (sept Aigle) et distingué par le Prix du film polonais 2008.

La copie du DVD transmise manque de sous-titres du russe ou de l’allemand en français pour de nombreuses scènes.


« Katyń » d’Andrzej Wajda
Pologne, 2007
116 minutes
Avec : Andrzej Chyra (Jerzy), Maja Ostaszewska (Anna), Artur Zmijewski (Andrzej), Danuta Stenka (Róza), Jan Englert (le général), Magdalena Cielecka (Agnieszka), Agnieszka Glinska (Irena), Pawel Malaszynski (Piotr)

Diffusions les 14 avril 2011 à 20 h 40 et 19 avril 2011 à 01 h 30

Visuels : © Kineos


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Cet article a été publié le 14 avril 2011, puis le 18 septembre 2012 et le :
- 5 février 2013 à l'approche de la diffusion de L'aiguilleur des rêves, le cinéma d'Andrzej Wajda, documentaire d'Anja Krugg-Metzinger sur Arte le 6 février 2013 à 23 h 45.