lundi 31 octobre 2016

Marc Chagall. Rétrospective


Les Musées royaux des beaux-arts de Belgique ont présenté Marc Chagall. Rétrospective. Deux cents œuvres retracent la carrière de Marc Chagall (1887-1985) sur près de 80 ans, de 1908 aux années 1980. Des créations artistiques protéiformes – peintures sur toile, illustration de livres, conceptions de costumes pour le théâtre et du nouveau plafond de l’Opéra de Paris, vitraux, etc. -, poétiques, parfois oniriques, inspirées par des thèmes récurrents : la Bible, l’enfance à Vitebsk (Biélorussie), l’amour, la Shoah, l'aspiration à la paix entre les hommes…  Le Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la Culture propose l'exposition Chagall. De la poésie à la peinture.
Plus de deux cents œuvres de Marc Chagall (1887-1985), venant de musées et fondations prestigieux - musées de Saint-Pétersbourg et de Nagoya, le Moma à New York, le Tate à Londres, les Fondations Maeght et Beyeler -, ont été réunies pour cette rétrospective, allant des premières peintures en 1908 jusqu’aux dernières œuvres monumentales des années 1980. 

« Si les grands thèmes chers à Chagall sont évidemment abordés, comme la culture Juive, l’iconographie du village Juif ou encore les traditions populaires, l’exposition se concentre également sur sa rencontre avec la littérature du XVIIe siècle - et spécifiquement La Fontaine -, le théâtre et l’opéra, la découverte de la lumière et le traitement de la couleur. Un écho particulier est donné à la période russe de l’artiste, au moment où son style si personnel le distingue d’un courant artistique imprégné par la révolution cubiste ». 

Chagall « ne fut pas toujours compris et on évoque à tort l’aspect naïf de son œuvre qui est une suite de tableaux, dessins et ouvrages qui relatent des événements heureux ou malheureux de sa vie… »

« Fidèlement retranscrit, le langage poétique original de Chagall embarque les visiteurs dans un univers époustouflant, témoin de multiples cultures et traditions ».

Né à Liozna près de Vitebsk (alors dans l’empire russe, et actuellement en Biélorussie), Marc Chagall grandit dans une famille Juive hassidique nombreuse : le couple pieux a neuf enfants.

Après une enfance à Vitebsk, il étudie à l’école des Beaux-arts de Saint-Pétersbourg et débute dans des ateliers

Il arrive « à Paris en 1908, emportant avec lui ses sources d’inspiration telles que les coutumes populaires russes et les histoires traditionnelles de ghettos. Il les adapta aux divers mouvements artistiques de la peinture : avant-garde, cubisme, surréalisme en jonglant avec les formes, les couleurs, les contes, les histoires ».

« Audaces spatiales, approches poétiques, contes à dormir debout, amoureux volants, l’exposition présente des pièces d’exception qui enchantent à mesure que se poursuit la visite de l’exposition devenue l’antre de la fantaisie, de la parabole, de la métaphore ».

Le 4 juillet 2016, le MAHJ (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme) a proposé un atelier pour enfants sur l'enfance de Chagall.

Le Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la Culture propose l'exposition Chagall. De la poésie à la peinture. "Près de 300 œuvres sont réunies à Landerneau et illustrent  ce parcours hors norme de Marc Chagall qui a traversé le 20e siècle et laisse une œuvre présente sur tous les continents et qui nous livre à l’infini un message de liberté".

« Peindre. Un homme a passé sa vie à peindre. Et quand je dis sa vie entendez bien. Le reste est gesticulation. Peindre est sa vie. Que peint-il ? Des fruits, des fleurs, l’entrée d’un roi dans une ville ? Tout ce qui s’explique est autre chose que la vie. Que sa vie. Sa vie est peindre. Inexplicablement. » écrit le poète Louis Aragon. Lorsque Marc Chagall disparaît le 28 mars 1985, la reconnaissance de son œuvre est universelle. Peu de personnes cependant ont en mémoire les liens indéfectibles qu’il a toujours entretenus avec la poésie, en écrivant lui-même, gravant ou peignant au contact des écrivains et poètes de son temps. Sur les chemins de la poésie et dans ce « grand jeu de la couleur » dont a parlé son ami André Malraux, il aura forgé une œuvre atypique, intense et généreuse".

"L’exposition, présentée au Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la Culture, réunit des œuvres majeures provenant de musées internationaux et de collections privées. Ces œuvres illustrent le thème de la Bible et les événements qui ont marqué la vie de Chagall : la révolution, la guerre, l’exil… ainsi que des textes essentiels du passé qui lui ont servi d’appui pour de grands livres illustrés : Jean de La Fontaine, Gogol... Des écrivains ou poètes dont Chagall fut l’ami proche, Blaise Cendrars, Guillaume Apollinaire, André Malraux, Louis Aragon,… disent également d’autres rencontres d’exception qu’il fit en son temps".


Michel Draguet, Jean-Claude Marcadé, Marcello Massenzio, Ambre Gauthier, Ugo Volli, Paolo Biscottini, Evgenia Kuzmina, Marc Chagall. Une rétrospective 1908-1985. bilingue français et néerlandais. Giunti - Fonds Mercator, 2015. 352 pages. 304 ill. ISBN : 978-94-6230-085-9

Jusqu’au 28 juin 2015
Rue de la Régence 3. 1000 Bruxelles. Belgique 
Tél. : +32 (0)2 508 32 11
Du mardi au vendredi de 10 h à 17 h. Le week-end de 11 h à 18 h

Visuels
Affiche
Marc Chagall, La promenade
1917-1918, huile sur toile
State Russian Museun, Saint-Petersbourg
© Chagall® SABAM Belgium 2015

Marc Chagall
© Chagall® SABAM Belgium 2015

Marc Chagall
Couple au-dessus de Saint-Paul
1968, huile sur toile,  collection privée
© Chagall® SABAM Belgium 2015

Marc Chagall
Composition au cercle et à la chèvre - Théâtre d'art Juif 
1920, huile sur carton posé sur bois aggloméré (modèle), collection privée
© Chagall® SABAM Belgium 2015, 

Affiche
Entre chien et loup, 1938-1943
Huile sur papier marouflé sur toile
100 x 73 cm
Collection privée

Le bûcheron et Mercure, 1927
Gouache sur papier brun
51,4 x 41,2 cm
Collection privée

Le miroir, 1915
Huile sur papier monté
sur carton
100 x 81 cm
State Russian Museum,
Saint-Pétersbourg

Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent du dossier de presse. L'article a été publié le 26 juin 2015.

Photographies de Pierre Abensur : Juifs d’Iran, Le Cœur perse


En 2002, le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) a présenté l'exposition éponyme - 58 tirages à bord noir de Pierre Abensur - assortie d'un beau catalogue. Ce photographe français a effectué deux reportages, en noir et blanc, sur les Juifs d’Iran sous la présidence du Président Khatami : l’un en septembre 1999 et l’autre en mars 2002. Belles et riches d’informations, ses photos montrent son empathie pour ces Perses qui, instruments de luttes pour le pouvoir, songent à l’exil. Souvent issus de la bourgeoisie moyenne, ces Juifs sont montrés dans leurs vies professionnelle, citoyenne et privée. Le 30 octobre 1910 s'est produit le pogrom de  Chiraz.

Pierre Abensur, dont le père est né au Maroc, est passionné par le sort des minorités, sociales ou religieuses.

Ainsi, il a initié une série de reportages photographiques sur les « communautés Juives en Terre d’Islam » : les Juifs de Sarajevo en 1996, ceux d’Istanbul en 1998 et de Djerba en 2001. Pourquoi ? « Rester est un acte de résistance, surtout dans certains pays. Il faut avoir la foi pour tenir. Pas seulement en raison des persécutions, mais aussi de la pression sociale. Notamment pour le mariage... ».

Grâce au soutien de l’Association européenne pour la culture juive, il poursuit son étude en offrant une autre image de l’Iran. C’est celle des Juifs de Téhéran, d’Ispahan, de Shiraz, Qhom et Kerman. Une communauté Juive vivait aussi à Golpayegan - l'Alliance israélite universelle y été présente - depuis 2700 ans.

Ses photographies ont été publiées par The New York Times, Le Point, le Figaro, Le Temps (Genève), Yediot Aaronot, L’Arche, Les Cahiers de l’Alliance, etc.

Au MAHJ, elles sont regroupées dans des espaces thématiques et sont accompagnées par les textes clairs et concis du photographe-reporter.

En trois ans, elles révélaient des permanences - l’accès à une chaîne de télévision israélienne via le satellite, la solidarité avec les pauvres ou les toxicomanes, etc. - et une évolution sensible : la percée d’internet et une relative libéralisation. C’est-à-dire du choc de l’arrestation en juin 1999 des 13 Juifs iraniens accusés d’espionnage à la déception devant l’impuissance ou le refus du Président Khatami freiné par l’opposition du Conseil de la Révolution, en passant par l’émigration délicate de 4 000 Juifs iraniens.

Si sous le Shah, la communauté Juive iranienne rassemblait 80-100 000 âmes, elle en compte actuellement moins de 20 000, essentiellement dans quelques villes.

Cette exposition révèle des hommes et femmes tiraillés entre l’attachement à leur pays, où les Juifs sont établis depuis deux mille cinq cents ans, et leurs aspirations à la sécurité, à la démocratie, voire à une promotion sociale (accès à certains postes administratifs).

Ces photos disent aussi la douleur des séparations familiales et de l’exil... Lucidement pessimistes sur leur avenir en Iran, ces Juifs ont hésité entre deux destinations : Israël et les Etats-Unis. Faute d’obtenir des visas par ceux-ci méfiants depuis les attentats du 11 septembre 2001, plusieurs « centaines de Juifs iraniens attendent à Vienne depuis des mois ».

Une autre image de l’Iran
« Le noir et blanc est plus essentialiste et profond que les couleurs », estime Pierre Abensur.

Très belles, ses photographies informent et traduisent l’empathie de ce photographe-reporter autodidacte pour autrui : deux Juives iraniennes couvertes d’un drapé à motifs dans la synagogue d’Ispahan le jour de Kippour, une Iranienne  Juive se rendant à la synagogue d’Ispahan au dôme hexagonal, aux porches surbaissés pour les dhimmis et au mur marqué par un slogan anti-américain, les habitants des maisons délabrées de l’ancien quartier Juif de Téhéran, le regard fasciné d’un enfant sur Zarozim, le modeste réparateur de lunettes dans le quartier des bijoutiers de Shiraz, une femme bouleversée de revoir grâce à Internet sa mère vivant en Israël, des Iraniens Juifs qui ont pris « l’habitude de se déchausser à l’entrée des synagogues par mesure d’hygiène, une tradition profane et domestique, vraisemblablement pas un emprunt à l’islam », la mère angoissée de l’un des « onze disparus de Zaedan » lors d’une tentative de quitter l’Iran par la frontière pakistanaise (1994-1995) et qui interpelle le président Khatami, etc.

Sur le mur d’un immeuble de Téhéran, une fresque célèbre trois "martyrs" non musulmans morts pendant la guerre contre l’Irak : parmi eux, Sharam Zarini, au nom écrit en hébreu.

« L’hôpital Docteur Sappir appartient encore à la communauté Juive, mais la plupart de ses patients et employés sont musulmans. Parmi les praticiens Juifs encore en exercice se trouve le docteur Mohaber, chirurgien et seul officier supérieur - général à la retraite - Juif de la République islamique d’Iran. Il avait été nommé directeur du nouvel hôpital militaire par l’impératrice Farah Dibah. Demeuré à son poste malgré la révolution, il a réalisé plus de mille deux cents opérations au cours de la guerre contre l’Irak ».

Et alors que la communauté Juive iranienne, en état de choc après l’arrestation en juin 1999 de leurs 13 coreligionnaires, lui réserve un accueil froid et craintif, Pierre Abensur saisit « devant le mausolée de l’Ayatollah Khomeyni, entouré de portraits de l’imam défunt », un Juif iranien qui tient d’une main le drapeau de son pays et de l’autre un iris, la fleur symbolique de l’Iran. La synthèse d’une situation dramatique.

De nos frères Perses, nous nous sentons proches par cette vie festive, ces pratiques religieuses (respect du shabbath), ce patriotisme profond, ces intérieurs cosy, etc. On est aussi ému en devinant leurs problèmes quotidiens, notamment pour respecter la cacherout. Et on constate leur « persité » par leurs noms et leurs coutumes, tel le nouvel an iranien ou norouz. Comme ils doivent nous trouver très « occidentaux » pour les mêmes raisons...


Addendum : Le Sephardi Bulletin (septembre/octobre 2000), relayé par le blog Jewishrefugees,  relate  histoire d'Eliyahu S., un médecin militaire iranien
Selon le Mossad, huit des onze Iraniens Juifs portés disparus depuis leur tentative dans les années 1990 de fuir  l'Iran pour se réfugier dans l'Etat d'Israël, ont été tués
Le 15 décembre 2014, l'Iran a inauguré un monument en hommage aux soldats iraniens Juifs morts, environ 150, lors de la guerre irano-irakienne (1980-1988), afin de montrer que le régime iranien est modéré et que les Iraniens Juifs sont loyaux à l'égard de leur pays.
Le 20 juin 2015, de 14 h 30 à 17 h, à la Salle Guillaume de Nogaret à Montpellier, l'association Pour un judaïsme humaniste et laïque proposa la conférence Les Juifs d'Iran, avec Youssef Hourizadeh, sociologue, médiateur scientifique, suivie d'un goûter iranien. "« Ainsi parle Cyrus, Roi de Perse : - L'Eternel, Dieu du ciel, m'a mis entre les mains tous les royaumes de la terre, et c'est lui qui m'a donné mission de lui bâtir un temple à Jérusalem, qui est en Judée. S'il est parmi vous quelqu'un qui appartienne à son peuple, que son Dieu soit avec lui, pour qu'il monte à Jérusalem, qui est en Judée, et qu’il bâtisse le temple de l'Eternel, Dieu d'Israël, de ce Dieu qui réside à Jérusalem ! Tous ceux qui restent (de ce peuple), quelle que soit leur résidence, leurs compatriotes devront les gratifier d'argent, d'or, d'objets de valeur et de bêtes de somme, en même temps que d'offrandes volontaires, destinées au temple de Dieu à Jérusalem ». C’est sur cette proclamation de Cyrus le Grand affranchissant les Juifs de leur exil à Babylone (-539) que se clôt le Deuxième Livre des Chroniques et c’est sur sa répétition que s’ouvre le Livre d’Esdras, attestant de l’ancienneté et de l’importance du lien qui unit l’histoire du peuple hébreu et celle de la Perse. Cette conférence sera pour nous l’occasion de découvrir l'évolution du peuple juif en Perse (Iran) à travers le temps, l'histoire et la géopolitique, jusqu'à l'époque actuelle et ses paradoxes".

Le 30 octobre 1910, a été déclenché le pogrom de Chiraz par une fausse accusation de crime rituel (blood libel), une accusation précédée de la rumeur erronée de profanation du Coran dont un exemplaire aurait été jeté dans un puits par des Juifs. Près du cimetière juif, le cadavre d'un enfant est découvert par des musulmans le premier jour de la fête juive de Souccot. Il s'est avéré ensuite qu'il s'agissait de la dépouille d'un garçon juif décédé peu auparavant. Selon la rumeur, les Juifs auraient assassiné une jeune musulmane pour utiliser son sang à des fins rituelles. Lors du pogrom commis par des soldats supposés défendre les Juifs et une foule déchaînée composée notamment de femmes et d'enfants, 12 Juifs sont tués et 50 blessés et les 6 000 Juifs de Chiraz sont spoliés de leurs biens. Certains sont protégés par le consulat britannique ou des amis musulmans, dans des champs. Cet événement qui a duré six à sept heures a été décrit par le représentant de l'Alliance israélite universelle de Chiraz. Il est ainsi décrit par l'Alliance israélite universelle (AIU) :
« Les voleurs faisaient la chaîne dans la rue. On se passait les tapis, les ballots d'effets, les sacs de marchandise [...], tout ce qui, en un mot, pouvait avoir quelque prix. Ce qui n'en avait pas, ce qui en raison de son poids ou de son volume ne pouvait pas être emporté était, dans une rage de vandalisme, détruit, brisé. Les portes et les fenêtres des maisons étaient arrachées à leurs gonds et emportées ou réduites en pièces. On laboura littéralement les chambres pour voir si le sous-sol ne recelait pas quelque richesse...« Des femmes, des hommes, des vieillards se roulent dans la poussière, se frappent la poitrine et demandent justice. D'autres plongés dans un état de véritable stupeur, paraissent inconscients et sous l'effet d'un affreux cauchemar qui ne veut pas prendre fin. »
L'AIU ainsi que divers musulmans ont aidé les survivants juifs iraniens.

Ce pogrom est évoqué par David Littman et Shmuel Trigano dans leurs publications.

Juifs d’Iran, le cœur perse, Photographies de Pierre Abensur. MAHJ, 2002. Plaquette brochée. 18 pages. 8 euros.


A lire sur ce blog :
Cet article a été publié par Guysen en 2002, et sur ce blog les 21 mars et 22 décembre 2014, puis le 19 juin 2015.

dimanche 30 octobre 2016

Romy Schneider (1938-1982), actrice


Née à Vienne (Autriche), Romy Schneider (1938-1982) est devenue dès son adolescence une star européenne par la série des Sissi, puis, dirigée par les réalisateurs célèbres (Visconti, Welles, Losey, Preminger, Sautet, Granier-Deferre, Enrico, Deray) elle a incarné des personnages ancrés dans la réalité contemporaine française ou de Juives persécutées par les Nazis. Une actrice talentueuse au registre étendu qui s’est mesurée aux grandes œuvres théâtrales. Une femme sensible engagée dans des combats fondamentaux. Une chanteuse délicate. Le 30 octobre 2016, Ciné + Classic diffusera Le Train, de Pierre Granier-Deferre avec Romy Schneider et Jean-Louis Trintignant.

Frank Sinatra (1915-1998)
Barbra Streisand

Le réalisateur Bertrand Tavernier la comparait à un Stradivarius, et reconnaissait qu'elle lui "avait appris à ne pas couper trop tôt lors du tournage". Claude Sautet la décrivait « tourmentée, pure, violente, orgueilleuse ». Selon Dino Risi, elle pouvait « être papillon, puis tigre ».

Le Palais des Festivals et des Congrès de Cannes a présenté l'exposition montrée pour le 30e anniversaire de la disparition de l’actrice Romy Schneider par l’Espace Landowski, à Boulogne-Billancourt. Un hommage complémentaire à celui du Goethe-Institut Paris rendu à cette actrice populaire par une exposition retraçant sa vie et sa carrière. 


Deux hommages, dont un exposition itinérante actuellement à Cannes, ont été rendus à Romy Schneider dont 2012 marqua le 30e anniversaire de son décès. Après le succès de l’exposition Brigitte Bardot, les années insouciance (2009-2010) – environ 90 000 visiteurs -, la ville de Boulogne-Billancourt propose ladite exposition sur une autre star, Romy Schneider qui tourna dans les studios de cinéma implantés dans cette ville de la banlieue ouest de Paris. Un évènement placé sous le parrainage de sa fille, la comédienne Sarah Biasini, et présenté à Berlin (Allemagne). Le Goethe- Institut Paris a présenteéune exposition, une installation et six films en son honneur.


Affiches originales françaises, allemandes et d’autres pays, dossiers de presse, images d’archives, extraits de films, romans-photos, objets personnels – dont une bague en ébène sertie de diamants, cadeau du réalisateur Luchino Visconti pendant le tournage de Boccace 70 -, photos magnifiant Romy Schneider, costumes, lettres, plans de travail, scénarios annotés, programmes de théâtre et dessins souvent inédits évoquent une actrice ayant su évoluer des rôles de jeunes premières vers ceux dramatiques et complexes en une filmographie riche et dense d’une soixantaine de longs métrages, soit une moyenne de trois films par an en plus de 25 ans de carrière.


Sensible, déterminée, bouleversante, exigeante, passionnée, Romy Schneider a illuminé la pellicule par l’intensité de son jeu et son incroyable photogénie. Elle exerce une influence durable sur les actrices trentenaires et quadragénaires françaises.

De Vienne à Paris
Rosemarie Albach-Retty est née le 23 septembre 1938, à Vienne, six mois après l’Anschluss (annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie).


Ses parents comédiens - Wolf Albach-Retty, acteur et metteur en scène autrichien descendant d’une dynastie d’artistes et Magda Schneider, fille d’acteurs ambulants devenue célèbre par Libelei (Une histoire d’amour) de Max Ophüls – se sont mariés en 1937 à Berlin. Ils poursuivent leur carrière sous le IIIe Reich, ont un fils Wolfi en 1941, et divorcent en 1945.

Romy Schneider grandit, protégée, entre le pensionnat catholique Goldenstein, près de Salzbourg, et la propriété familiale Mariengrund à Schönau am Königse (Alpes bavaroises), près de Berchtesdagen, le « Nid d’aigle » d’Hitler. Des archives filmées montrent Magda Schneider dialoguant avec des dignitaires nazis et Eva Braun, compagne de Hitler, dans ce « Nid d’aigle ». Des faits rendus publics tardivement et sur lesquels Romy Schneider s’exprimera rarement auprès des médias : Romy Schneider incarne ces Allemands nés avant ou pendant la Seconde Guerre mondiale et qui s'interrogent sur le passé, éventuellement nazi, de leurs parents - Magda Schneider a-t-elle été la maîtresse d'Hitler ? -, sur le comportement de ceux-ci sous le nazisme, de leur part de responsabilité dans la Shoah, etc.

"Heimat films"

Alors qu’elle songe à s’inscrire dans une école de dessin de mode à Cologne, la jeune Romy est engagée en 1953, sur proposition de sa mère, dans Lilas blancs de Hans Deppe, où elle joue la fille de sa mère qui reprend alors les chemins des studios de cinéma et veillera attentivement, avec son second époux, Hans-Herbert Blatzheim, sur la carrière de sa fille.

Magda et Romy Schneider tournent ensemble huit films où le naturel, le charme, la beauté, le talent et la spontanéité de l’adolescente séduisent le public européen.


La consécration survient quand la jeune actrice interprète le rôle de Sissi, l’impératrice Elisabeth d’Autriche, aux côtés de Karlheinz Böhm, dans la trilogie réalisée par Ernst Marischka (1955-1957) : Les jeunes années d’une reine, Sissi Impératrice puis en 1957 Sissi face à son destin (Sissi, Schicksalsjahre einer Kaiserin). Des films réalisés avec la même équipe artistique et technique.

Ces "Heimat films" suscitent un engouement profond auprès des Allemands et des Autrichiens en leur montrant des paysages ruraux non dévastés par la guerre, en les faisant renouer avec une période impériale fastueuse, avant le IIIe Reich.

En 1957, Romy Schneider joue aux côtés de Horst Buchholz dans Monpti (Eine Pariser Geschichte), film dramatique réalisé à Paris par Helmut Käutner, sur un scénario de Helmut Käutner, Willibald Eser et Gábor von Vaszary d'après son roman Monpti (1934).

Paris
En 1958, cette star européenne choisit, sur photo, l’acteur principal destiné à lui donner la réplique dans Christine de Pierre Gaspard-Huit (1958), un remake de Libelei : Alain Delon.

Par amour pour lui, elle quitte l’Allemagne – ce que nombre de ses compatriotes ne lui pardonneront pas, a fortiori moins de 15 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale - et s’installe à Paris. Romy Schneider noue une amitié avec Jean-Claude Brialy qui la dirigera dans Un amour de pluie (1973). 

La rupture avec Alain Delon surviendra, à l’initiative de ce dernier, en 1964, mais une profonde affection admirative perdurera entre les deux stars.


Soutenue par son fiancé Alain Delon, Romy Schneider refuse un quatrième film sur Sissi, malgré un cachet fabuleux. Elle ne reprendra ce rôle que brièvement dans Ludwig, Le crépuscule des dieux de Luchino Visconti (1972).


Sous la direction de cet artiste italien sévère, qu’elle considère comme son maître, son « professeur qui [lui] a tout appris », et habillée par Coco Chanel, elle interprète un rôle complexe de femme trompée, blessée, dans un sketch de Boccace 70 (1962) et débute au théâtre à Paris, au côté d’Alain Delon, en jouant en français, Dommage qu’elle soit une p... de John Ford, dans la mise en scène de Luchino Visconti. Un pari risqué, et réussi.


Romy Schneider mène une carrière internationale, alternant comédies - What’s new, Pussycat ? de Clive Donner, avec Peter O’Toole, Peter Sellers, Woody Allen (1962), Prête moi ton mari (Good Neighbor Sam) de David Swift, avec Jack Lemmon (1964-65) - et films dramatiques : Le Procès (1962) de et avec Orson Welles, en donnant aussi la réplique à Anthony Perkins et Jeanne Moreau - elle est distinguée par l’Etoile de cristal de la meilleure actrice étrangère -, Le Cardinal (1963) d’Otto Preminger

Romy Schneider est engagée alors par Henri-Georges Clouzot pour son film, L’Enfer. Une œuvre sur la jalousie, qui demeure inachevée après trois semaines éprouvantes de tournage et d’expérimentations techniques. Réalisateur talentueux, auréolé du succès de films dramatiques tournés dans les années 1940 (Le Corbeau, L'assassin habite au 21, Quai des Orfèvres) et 1950 (Le Salaire de la peur, Les Diaboliques, Les Espions), Clouzot bénéficie d'un budget très élevé qui lui permet d'éterniser le tournage, de multiplier les essais techniques. Courageusement, Romy Schneider se plie à ces essais parfois douloureux. Des problèmes de santé affecteront Clouzot et Reggiani. Ce qui arrêtera le tournage de ce film qui voulait explorer de nouvelles voies.

Allemagne

Au printemps 1965, Romy Schneider fait la connaissance à Berlin de Harry Meyen, metteur en scène allemand de théâtre qui avait été déporté à l’âge de 19 ans et dont le père était Juif. Elle l’épouse le 15 juillet 1966 à Saint-Jean Cap Ferrat. Le 3 décembre 1966 naît à Berlin leur fils, David Haubenstock (vrai nom de Harry Meyen).


Dans sa vie et sa carrière, Romy Schneider contribue au rapprochement franco-allemand, et s’interroge sur le passé nazi de son pays et de sa famille, en ayant une conscience aiguë et douloureuse de la responsabilité de l’Allemagne dans la Shoah.

Le producteur Raymond Danon rappelle que Romy Schneider se rendait dans une synagogue pour Yom Kippour (Jour du Grand Pardon).

Cette actrice a été enterrée portant une étoile de David attachée à son collier.


Est-ce par hasard si elle a donné à ses deux enfants deux prénoms bibliques - David et Sarah - ou joue dans des films sur cette période tragique - Le Vieux fusil (1975) de Robert Enrico -, en interprétant parfois des rôles de Juives victimes des nazis - Le Train (1973) de Pierre Granier-Deferre -, ou évoquant de manière générale l’antisémitisme, comme La Banquière de Francis Girod (1980), un film où elle interprète un personnage inspiré de Marthe Hanau et rend célèbre l'un des chapeaux signés par Jean Barthet.

"La piscine"
En 1968, c’est Alain Delon qui impose aux producteurs Romy Schneider, dont l’étoile a pâli, dans La Piscine de Jacques Deray. Un virage majeur et un accélérateur qui fait redémarrer la carrière de l’actrice trentenaire en France, pays d’élection où elle s’installe.

"Neuf ans après "Plein soleil", Alain Delon retrouve Maurice Ronet dans ce huit-clos magistral et bien ficelé. Un polar culte et sensuel avec l'éblouissante Romy Schneider et Jane Birkin dans son premier rôle français". Les 24 février et 10 mars 2016, Arte diffusera La piscine, de Jacques Deray. 

"Dans une somptueuse villa sur les hauteurs de Saint-Tropez, Jean-Paul et Marianne se désirent avec une passion intacte après deux ans de vie commune. Entre la piscine sans rides et la chambre étouffante, les vacances semblent ne jamais devoir s'achever et le temps s'écoule, immuable. Un jour, Marianne invite Harry, un ami de passage, qui débarque avec sa fille Pénélope. Leur arrivée rompt l'équilibre des jours écrasés de soleil, un climat pesant s'installe et, derrière une apparente entente cordiale, des dissensions apparaissent. Pénélope, qui a vite perçu l'intérêt qu'elle éveille chez Jean-Paul et l'inquiétude de Marianne, feint l'indifférence. Harry flirte ouvertement avec Marianne, qui fut autrefois sa maîtresse, et affiche son mépris pour Jean-Paul...Jalousie et faux-semblants viennent troubler l'apparente quiétude d'un couple en villégiature suite à l'intrusion d'un ancien ami et de sa fille... "

"Vaincre ses désirs plutôt que l'ordre du monde" : paradoxalement, c'est Harry qui donne ce conseil à un Jean-Paul rongé par la jalousie. Harry le jouisseur, qui s'abandonne à ses élans sans états d'âme et raille la sobriété de son ami récemment sorti de l'alcoolisme. Dans sa bouche, cette formule tirée d'une maxime de Descartes sonne faux, et son hypocrisie n'abuse personne. Tout le monde affecte l'amitié, sauf Pénélope : cette ambiance la répugne et elle refuse de jouer le rôle qui lui est dévolu. Les non-dits pourrissent une atmosphère déjà trouble tandis que gestes et regards laissent sourdre une tension croissante... Filmé en huis clos autour de la piscine, dont la surface calme est aussi trompeuse que la cordialité de façade, ce drame de la passion met en scène une mascarade dont l'issue ne peut qu'être fatale".

Alors qu’elle assure la post-synchronisation du film, Romy Schneider croise Claude Sautet qui la choisit pour tourner en 1969 dans Les Choses de la vie - elle prête sa voix délicate pour interpréter la Chanson d’Hélène -, premier de leur cinq films ensemble et dialogué par Jean-Loup Dabadie : Max et les ferrailleurs (1971), César et Rosalie (1972),  Mado (1976), Une Histoire simple (1978).

César et Rosalie
Le 23 mai 2016, France 5 diffusa César et Rosalie, de Claude Sautet. "La belle Rosalie vit sous l'aile protectrice de César, un homme issu du peuple, exubérant et charmeur, que son entreprise de récupération de métaux a rendu fort riche. César considère sans façon que Rosalie lui appartient, et celle-ci s'en amuse, jusqu'au jour où elle retrouve dans une réception un amour de jeunesse, David, un homme doux et calme. David n'a jamais cessé d'aimer Rosalie, qui ne tarde pas à s'enflammer à nouveau pour lui. Ne supportant plus la jalousie de César, Rosalie finit par le quitter pour rejoindre David. Dans un premier temps, César joue les grands seigneurs pour ne pas perdre la face. Mais Rosalie lui manque cruellement..."


Romy Schneider se rend alors en Israël pour tourner dans Bloomfield (The Hero), film israélo-britannique de l'acteur Richard Harris qui sort deux ans plus tard.


En 1971, elle est l’une des 374 femmes allemandes qui reconnaissent avoir avorté et signent le manifeste en faveur de l’avortement publié dans Stern. Elle risque ainsi cinq ans de prison.

Après sa séparation d’avec Harry Meyen en 1973, elle lutte pour avoir la garde de leur fils qui vit avec elle à Paris.

Le couple divorce en 1975.

Le 18 décembre 1975, Romy Schneider épouse Daniel Biasini, alors son secrétaire, à Berlin. Leur fille, Sarah Magdalena Biasini, nait le 21 juillet 1977 à Gassin (Var) et a suivi la voie de la comédie.


Deux César de la meilleure actrice sont remis à Romy Schneider : le 3 avril 1976 pour L’Important, c’est d’aimer - Le vieux fusil obtient le premier César du meilleur film -, et le 3 février 1979 pour Une Histoire simple de Claude Sautet.

Si Romy Schneider est alors l’actrice préférée des Français en incarnant des femmes libres insérées dans la vie nationale, elle n’est pas appréciée à sa juste valeur en Allemagne qui ne reconnaitra tout son talent et la qualité de ses films qu’après sa mort. Curieusement, la génération de réalisateurs allemands émergeant dans les années 1970 se désintéressera de Romy Schneider.


Jeunes filles en uniforme (Mädchen in Uniform, 1958) de Géza von Radványi avec Lili Palmer, actrice Juive allemande ayant fui son pays après l’avènement des nazis en 1933, Lysistrata (Die Sendung der Lysistrata) (TV, 1961) de Fritz Kortner, Le combat dans l’île (1962) d’Alain Cavalier, Le trio infernal (1974) de Francis Girod et L’important c’est d’aimer d’Andrzej Żuławski (1975, 113 minutes) témoignent de l’audace de Romy Schneider désireuse d’aborder des sujets délicats, n’hésitant pas à être dirigée par un réalisateur peu connu, soucieuse d’emprunter des chemins artistiques nouveaux, surprenants.

"L'important, c'est d'aimer"
Les 24 février et 10 mars 2016, Arte diffusa La piscine, de Jacques Deray, et le 25 février 2016 L'important, c'est d'aimer, d'Andrzej Zulawski, décédé le 17 février 2016 à l'âge de 75 ans. 

"Le photographe Servais rencontre Nadine, une comédienne qui tourne dans des films pornographiques pour gagner sa vie. Bien qu'attirée par le jeune reporter, Nadine entend rester fidèle à son mari, Jacques, personnage lunaire et désenchanté. Pour la conquérir, Servais commandite, à l'insu de Nadine, une pièce de théâtre qui mettra en valeur son talent. Il emprunte l'argent nécessaire à Mazelli, un dangereux maître chanteur. Mais la pièce est un échec..."

"Sensuel, trouble et légèrement scandaleux, "L'important, c'est d'aimer", premier long métrage français d'Andrzej Zulawski, fut un film culte des années 70. Au sommet de son talent, Romy Schneider l'écorchée vive y joue un de ses meilleurs rôles, Jacques Dutronc, en clown triste dans son premier rôle dramatique, se débarrasse de son image de minet et Klaus Kinski , sidérant comme à son habitud, emporte le morceau dans une scène de colère anthologique. Zulawski avait le génie des séquences d’ouverture, ses films démarraient toujours tambour battant sur des plans inoubliables".

"Descente aux enfers sordide et morbide, ce film est aussi un dérisoire chemin de croix avec ses personnages pathétiques et humiliés. Mise en scène survoltée, photo d'un bel expressionnisme, acteurs remarquables... Voici un film passionnant pour peu que l'on accepte sa vision apocalyptique." (Guide des films, Jean Tulard).

Une interprétation incadescente, bouleversante de Romy Schneider récompensée par le César de la meilleure interprétation féminine 1976.

«  Le distributeur de l’époque demanda à couper une partie de la scène du suicide de Jacques Dutronc, chose que je pouvais comprendre. Mais il commit un crime en coupant une des plus belles scènes de Romy, et c’est pour cela que la fin du film me paraîtra toujours abrupte. Après la mort de son mari, elle va voir les parents de Jacques, des gens extrêmement modestes qui vivent en banlieue. Elle essaie de s’expliquer, de s’excuser. Ils la rejettent complètement. Quand elle sort du petit pavillon de banlieue, le frère de Jacques, un peu demeuré, lui lance une pierre dans la nuque. Elle se touche le cou et, les mains rouges, s’éloigne sans rien dire vers le train. C’est une scène qu’elle joua de manière si touchante que même aujourd’hui j’en suis bouleversé. Le distributeur demanda à exciser cette scène. Je passai une des nuits les plus tristes de ma vie : devais-je l’envoyer valser ou accepter qu’on m’ampute d’un doigt. Finalement, considérant mon expérience du communisme, où des amis metteurs en scène avaient été jetés dans des hôpitaux psychiatriques, pour en sortir légumes, je me dis qu’amputer ce film qui me paraissait intéressant était un sacrifice auquel je pouvais consentir  », a confié le réalisateur lors de la ressortie du film le 8 août 2012.

Et d'ajouter : «  J’ai dû amputer le film d’une séquence essentielle parce qu’une dame mûre aux cheveux bleus s’était évanouie dans la salle. Romy, sublime, allait y voir les parents de Dutronc après le suicide de leur fils qui, la considérant comme responsable de sa mort, lui jetaient la pierre au sens propre du terme. Le sang coulait. J’ai toujours gardé l’espoir de réintégrer un jour cette scène dans le corps d’un film qui était, de toute façon, beaucoup plus ample et foisonnant. On y voyait Nadine/Romy tourner un polar de sixième zone, dans un garage. Je tiens Romy pour une véritable enfant de la balle. Son seul plaisir était d’y « aller ». Elle n’hésitait pas à se blesser. Sa mère, Magda Schneider, qui entretenait des liens douteux avec Goebbels, l’avait abîmée. Elle était la personne la plus malheureuse que je connaisse. Quand je demandais des jours de tournage supplémentaires à mes producteurs parce que mon actrice avait bu, ils acquiesçaient. Bien sûr, ils me menaient en bateau.  » (Sophie Grassin, « Andrzej Zulawski : « Mes films ne veulent pas mourir » », L'Obs,‎ 8 août 2012 

Romy Schneider fait montre d’un goût sûr dans la direction donnée à sa carrière. 


Sa filmographie réunit des noms prestigieux : Joseph Losey (L'Assassinat de Trotsky (The Assassination of Trotsky) 1971), Jules Dassin (Dix heures et demie du soir en été (10:30 P.M. Summer), Orson Welles, Costa-Gavras, Deville (Le mouton enragé, 1974), Granier-Deferre (Une femme à sa fenêtre, 1976), Miller (Garde à vue, 1981), Risi (Fantôme d’amour, Fantasma d’amore, 1981), Tavernier, etc.- et par son intelligence pour la faire évoluer. 

Romy Schneider révèle une humilité : jeune star européenne, elle joue en tournée La mouette de Tchékov aux côtés de Sacha Pitoëff, issu d’une célèbre dynastie de comédiens, et, malgré son statut de star, elle accepte d'incarner des personnages n'apparaissant que brièvement dans le film. Son goût pour les dialogues finement ciselés par les meilleurs : Pascal Jardin ou Jean-Loup Dabadie. Son investissement entier dans ses rôles. Son professionnalisme et du sérieux avec lequel elle envisageait son métier : lors d’une cérémonie des César, elle a tancé une actrice nominée, mais absente de cette soirée. Sa vulnérabilité ou son manque de confiance en elle qu’elle s’efforcera de surmonter par l’alcool et les médicaments.

Le 15 avril 1979, Romy Schneider apprend bouleversée le suicide à Hambourg de son ex-mari Harry Meyen.


En raison d’une opération chirurgicale en mai 1981 - ablation du rein à l’Hôpital américain de Neuilly -, le tournage de La Passante du Sans Souci, film de Jacques Rouffio d’après un roman de Joseph Kessel (1936), est reporté au mois d’octobre, à Berlin.

Le 5 juillet 1981, meurt accidentellement son fils, David en escaladant les grilles de la propriété des parents de Daniel Biasini.

Romy Schneider divorce en octobre 1981 de Daniel Biasini.


Le 14 avril 1982 sort La Passante du Sans Souci, film dédié « à David et son père… ». Dans son journal, Romy Schneider écrit : « J'ai enterré le père, j'ai enterré le fils, mais je ne les ai jamais quittés et eux ne m'ont pas quittée non plus ».

Le 29 mai 1982, Laurent Pétin, son compagnon, la trouve inanimée au petit matin dans leur appartement de la rue Barbet-de-Jouy (Paris). Romy Schneider avait 43 ans.


Romy Schneider demeure une comédienne admirée par les jeunes générations d’actrices françaises, les Internautes, les téléspectateurs.

En 2009-2010, la cinémathèque de Berlin lui rend l’hommage intitulé Romy Schneider. Wien-Berlin-Paris en embrassant toute sa carrière, en Europe et à Hollywood, des années 1950 à l’aube des années 1980.


citations


« Il faut toujours que j’aille au bout, même si ce n’est pas bien. J’aime aller aux limites du possible, dans la profession comme dans la vie sentimentale. Je ne regrette rien ! Il faut avoir plusieurs passions dans la vie. Elle est trop courte pour qu’on ne vive la passion qu’une seule fois. » Romy Schneider

« Ce n’est pas parce que j’ai interprété trois “Sissi” que je leur appartiens [aux Allemands]. J’ai choisi un pays qui m’a reçue à bras ouverts il y a très longtemps et qui m’a fait connaître bien des bonheurs. » Romy Schneider


« Elle me fait penser à ces pur-sang hypersensibles qui se cabrent au moindre regard de travers ! Ils ont besoin d’être flattés et excités en même temps mais dès qu’on leur lâche la bride sur le cou, ils sont capables de réaliser les performances les plus ahurissantes ! » Alberto Bevilacqua

« J’admire chez Romy Schneider ce feu intérieur, qui jaillit immédiatement et pleinement, sans mièvrerie, ainsi que les rapports très sentimentaux qu’elle a avec son travail…» Robert Enrico


« Romy vous accrochait jour et nuit, vous dévorait. Ses moments de désespoir étaient terribles et n'étaient souvent que la seule expression d'un besoin qu'elle avait que ses proches lui montrent leur affection et leur amour. Ces moments de demande intense étaient épuisants. Le plus important est que si elle avait confiance en vous, elle offrait les ressources de son talent, de son âme, de sa vulnérabilité ». Joseph Losey


« Elle ne supporte ni la médiocrité ni la décrépitude des sentiments. Elle peut en donner beaucoup. Elle jouera toujours… car Romy possède un visage que le temps ne peut détruire. Il ne peut que l’épanouir. » Claude Sautet

« Elle est belle d’une beauté qu’elle s’est elle-même forgée. Un mélange de charme vénéneux et de pureté vertueuse. Elle est altière comme un concerto de Mozart et consciente du pouvoir de son corps et de sa sensualité. » Claude Sautet


« Romy, c’est à la fois une femme rayonnante et meurtrie, et une comédienne qui savait déjà tout mais qui n’avait jamais pu l’exprimer. Romy, c’est la vivacité même, une vivacité animale, avec des changements d’expression brutaux, allant de l’agressivité la plus virile à la douceur la plus subtile. C’est l’actrice qui dépasse le quotidien, qui prend une dimension solaire. Elle possède cette ambiguïté qui fait l’apanage des grandes stars. » Claude Sautet



« Tragédienne étonnante, elle ne fabrique pas l’émotion, ne la truque pas. Elle la recrée de très loin, de très profond comme ces vagues immenses qui secouent la mer. Nulle astuce.(…) Elle va tout de suite à l’essentiel. Tout ce qui est superficiel, livresque, théorique disparaît de lui-même. Ce jeu lyrique et ample me semble exiger des comparaisons musicales. Sautet parle de Mozart à propos de Romy. Moi, j’ai envie d’évoquer Verdi ou Mahler…» Bertrand Tavernier


Romy Schneider, L'expo. Hors-série de Studio Ciné Live., 2011. 42 pages.

Romy Schneider, derniers secrets, dans le cadre de Un jour, un destin, sur France 2 le 28 mai 2012 à 23 h 10


Du 2 juillet au 2 septembre 2012
Au Palais des Festivals et des Congrès
Hall Méditerranée
La Croisette CS 30051
06414 Cannes Cedex
Tous les jours de 10 h 30 à 20 h 30


Jusqu’au 22 février 2012
A l’Espace Landowski - M-A30
28, avenue André-Morizet. 92 100 Boulogne-Billancourt
Ouvert tous les jours de 10 h à 19 h

Jusqu’au 14 mars 2012
Au Goethe-Institut  Paris
17, avenue d'Iéna. 75116 Paris
Tél. : 01 44 43 92 30
Du lundi au vendredi de 9 h à 21 h et le samedi de 9 h à 14 h.


Le lundi 12 mars 2012 à 20 h
Romy Schneider - Les deux visages d'une femme
De et avec Chris Pichler
En allemand avec surtitres français
En coopération avec le Forum culturel autrichien
Photo : © DR

Le mercredi 14 mars 2012 à 19 h 30
de Jacques Rouffio
RFA/France, 1981-1982, version française, couleurs, 115 minutes
Avec Michel Piccoli, Helmut Griem, Matthieu Carrière, Gérard Klein
D’après la nouvelle éponyme de Joseph Kessel (1936)
«  Dans ce film, Romy Schneider interprète deux rôles : celui de la femme de Max Baumstein (Michel Piccoli), président d’une association humanitaire, qui, sans motif apparent, abat l’ambassadeur du Paraguay. Dans les flash-back, qui nous transportent à l’époque national-socialiste, elle est Elsa Wiener, une Allemande élégante qui, avec Michel, son mari, recueille le petit Max, 10 ans, lorsque ses parents sont assassinés. Fuyant la menace nazie, Elsa et Max se réfugient à Paris, mais Michel est arrêté. Pour le faire libérer, elle accepte de passer une nuit avec un diplomate allemand, Ruppert von Leggaert (Matthieu Carrière). C’est cet homme devenu ambassadeur en Amérique du Sud, que Max abat bien des années plus tard  » .
« Frissonnante de sensibilité, Romy Schneider est bouleversante dans ce film qui devait être son dernier. » (Jean Tulard)

Visuels de haut en bas :
Affiche de l’exposition à Boulogne-Billancourt
Romy Schneider, 1972
© Eva Sereny/Camerapress/Gamma-Rapho

Affiche de l’exposition au Goethe Institute Paris
© Heinz Köster – Deutsche Kinemathek

Romy Schneider, 1974
© Reporters Associés/Gamma-Rapho

Romy Schneider
Timbre allemand

Romy Schneider avec sa mère Magda Schneider et son beau père Hans-Herbert Blatzheim
© Heinz Köster – Deutsche Kinemathek

Romy Schneider et Karlheinz Böhm dans l’un des films de la série Sissi
© DR

Alain Delon et Romy Schneider se sont rencontrés la toute première fois sur le tournage du film « Christine », dirigé par Pierre Gaspard-Huit; 24 juin 1958
© Keystone-France/Gamma-Rapho

Romy Schneider avec son fils David. Janvier 1968
© Jean-Pierre Bonnotte/Gamma-Rapho

Affiche de la 36e cérémonie des César le 25 février 2011 avec Romy Schneider
© DR

Romy Schneider, dans le film  « Les Innocents aux mains sales » de Claude Chabrol, 1974
© Botti/Stills/Gamma-Rapho

Coco Chanel et Romy Schneider, 1960
© Botti/Stills/Gamma-Rapho

Romy Schneider, 1968
© Jean-Pierre Bonnotte/Gamma-Rapho

Romy Schneider, 1972
© Eva Sereny/Camerapress/gamma-Rapho

La Piscine
© SNC

Romy Schneider avec Michel Piccoli, pendant le tournage de "Max et les ferrailleurs" de Claude Sautet, 1970
© Picot/Stills/Gamma-Rapho

L'important, c'est d'aimer, d'Andrzej Zulawski
© Ricardo Aronovich


Le Mouton enragé, de Michel Deville
© ARD/Degeto

 A lire sur ce blog :
Cet article a été publié pour la première fois le 10 février 2012. Il a été modifié le 17 novembre 2013. Il a été republié le :
- 28 mars, 21 août et 27 décembre 2012  alors que TMC diffusait les premiers films de la série des Sissi ;
- 14 mai 2013 à l'approche d'une soirée conscrée à Romy Schneider, par Arte, le 19 mai 2013, dès 20 h 45, avec la diffusion de La Piscine, puis Max et les ferrailleurs ;
- 18 novembre 2013. Arte a diffusé les 18 et 22 novembre 2013 La Banquière de Francis Girod (1980).
- 20 avril 2014. Arte diffusera dès ce soir dans le cadre du cycle Claude Sautet Les choses de la vie puis Mado ;
- 31 décembre 2014. TF1 diffusa Sissi face à son destin (Sissi - Schicksalsjahre einer Kaiserin), par Ernst Marischka (1957), avec Karlheinz Böhm et Magda Schneider : "Sissi prend à cœur ses fonctions d'Impératrice. Aussi, quand des révolutionnaires hongrois mécontents que leur pays soit rattaché à la Maison d'Autriche troublent la paix de l'Empire, réussit-elle à convaincre François-Joseph de faire le voyage jusqu'en Hongrie, une nation à laquelle Sissi est particulièrement attachée. Elle ignore encore qu'une ombre plane au-dessus de sa vie..."
- 6 septembre 2015. Arte diffusa Le mouton enragé, de Michel Deville (1973), avec Jean-Louis Trintignant, Jean-Pierre Cassel et Romy Schneider ;
- 31 octobre 2015. Le 2 novembre 2015, France 3 diffusera Romy Schneider à fleur de peaudocumentaire de Bertrand Tessier ;
- 24 février et 23 mai 2016.