lundi 29 août 2016

Paris, ville rayonnante


Croissance démographique, présence du pouvoir royal et de l'université, prospérité économique, expansion urbaine, (re)construction d’édifices religieux, habitants juifs dynamiques et brillants… Paris acquiert au XIIIe siècle le statut, qui perdurera, de « grande capitale européenne, mondiale et artistique ». Invités par des penseurs à observer la nature, les artistes s’en inspirent pour forger un nouveau style gothique, dit rayonnant « en référence au tracé particulier des roses de bâtiments l’adoptant ». Un style léger, délicat, uni, cohérent et divers, conférant une identité artistique de Paris. Le musée de Cluny musée national du Moyen Age présenta une centaine d’œuvres – sculptures, éléments d’architecture – illustrant cet art et issues d’édifices prestigieux dans le cadre de l’exposition Paris ville rayonnante qui souligne les relations étroites entre l'architecture, son décor et les autres arts.

Apprécié par les Capétiens depuis le Xe siècle, Paris devient le centre permanent du pouvoir royal sous le règne de Philippe Auguste.

Une grande cité du monde médiéval
Siège d’institutions royales sédentarisées, bénéficiant d’un essor économique offrant des opportunités professionnelles et de la réputation croissante de l'Université, Paris voit sa population quadrupler au XIIIe siècle. Selon le premier recensement, fait par foyers, en 1328, la cité compterait environ 217 000 habitants. Les immigrants viennent principalement de région dans un rayon d’environ 100 kilomètres autour de Paris, d’autres d’Angleterre, d’Ecosse. Tous amènent avec eux leur savoir-faire dans diverses techniques, leurs styles, contribuant élaborer une nouvelle culture visuelle à Paris, une nouvelle vision artistique.

Les productions à Paris ? Celles des tisserands et des drapiers, celles des fabricants de vêtements, de fourrures, celles d’orfèvres. Les biens sont vendus dans les halles et lors de grandes foires (Saint-Laurent, Saint-Germain). Parmi les commerçants, sont particulièrement puissants les marchands de l’eau qui contrôlent la navigation fluviale, des marchandises transportées par voie d’eau (grain, vin, sel, bois).

Vecteurs d’optimisme, ces facteurs alliés à la nouvelle muraille génèrent un afflux d’immigration vers la cité et un développement urbain. La cité s’étend, enregistre une demande croissante de logements. De nouvelles paroisses sont créées et de nouvelles institutions établies dans la ville et ses faubourgs. Plus de 60 édifices religieux sont construits ou reconstruits ; la ville en compte une centaine. Les plus grands penseurs vivent à Paris et influencent les artistes, les incitant à une observation directe de la nature, dans une approche nouvelle.

Apparue au XIIe siècle, organisée par Philippe Auguste en 1200 puis par le pape Innocent III en 1215, l’Universitas magistrorum et scholarium Parisiensis, réputée pour ses arts libéraux et son enseignement de théologie, de médecine et droit, induit un nouveau type de bâtiments : les collèges (Cluny, Bayeux). Le plus célèbre est celui créé en 1253 par Robert de Sorbon. La librairie concourt au niveau d’excellence de Paris dans le domaine de la peinture et de l’enluminure.

Les Juifs à Paris
La communauté juive de Paris est expulsée à deux reprises.

Avec la première, en 1183, disparaît la juiverie de l’île de la Cité.

De retour en 1198, les Juifs s’installent dans trois nouvelles juiveries.

Sur la rive droite, peut-être à l’emplacement, au XIVe siècle, de la juiverie Saint-Bon, on a peu d’information.

Rive gauche, se trouvaient deux juiveries : la juiverie Galande, abandonnée avant la fin du XIIIe siècle, et surtout celle de la Harpe, la plus importante jusqu’à l’expulsion de 1307. Là, se tenait l’école talmudique, dirigée par de grandes figures intellectuelles : Léon de Paris (rabbi Judah ben Isaac) ou Yehiel ben Joseph jusqu’en 1259.

Peu nombreuse et en butte à l’antijudaïsme, cette communauté constitue un élément déterminant de la vie, notamment intellectuelle, de la capitale.

L’exposition montre trois stèles funéraires juives aux inscriptions en hébreu. Celle de Dame Margalit, fille de Rabbi Ézéchiel en calcaire lutétien gravé (Paris, avant 1306), celle de Reine, datée d’avant 1309, et une troisième datant d’avant 1306 ; ces deux dernières découvertes en 1849 (cimetière juif de la rue Pierre Sarrazin).

Le 22 juillet 1306, le lendemain du jeûne observé en mémoire du jour de la destruction du Temple de Jérusalem, les juifs sont emprisonnés, puis bannis, sous peine de mort, du royaume par le roi Philippe le Bel, et tous leurs biens, dont leurs Ketoubot (la ketouba est le contrat de mariage religieux) saisis. Sur cette expulsion, Jean de Saint-Victor écrit :
« En cette même année, en août et en septembre, tous les juifs, sinon quelques-uns qui voulurent se faire baptiser, furent expulsés du royaume ; le roi s’appropria leurs biens et les fit collecter par ses officiers, à l’exception d’une somme d’argent laissée à chaque juif pour payer son départ du royaume ; nombre d’entre eux moururent en chemin d’épuisement et de détresse »
Le 9 mai 2010, une conférence au musée d'art et d'histoire du judaïsme évoqua cette communauté juive parisienne.

Du gothique classique au rayonnant
Après avoir résolu les questions techniques, les architectes effectuent de nouvelles recherches « sur la forme et l’articulation de l’espace ». Un nouveau style apparaît dès le premier quart du XIIIe siècle.

Le style rayonnant doit son nom à la forme des roses. Les autres éléments de son répertoire décoratif, la sculpture végétale s'intégraient aisément dans les nouveaux édifices. Le style gothique rayonnant rencontre un grand succès en raison de sa facilité d’adaptation sur les supports, dans les arts, et aux demandes particulières : il devient plus sobre pour s’harmoniser à l'idéal ascétique des ordres mendiants (Carmes, Jacobins, Cordeliers). L’architecture rayonnante allie puissance et délicatesses.

A la fin du XIIIe siècle, les arts sont en étroite relation les uns avec les autres, le style rayonnant passe ainsi de l’architecture à l’orfèvrerie, aux enluminures de manuscrits... Il devient un « art total ». Il domine l’architecture de la France du Nord jusqu’aux environs de 1350, rencontre le succès à Cologne, Prague, Sienne ou l’abbaye de Westminster.

« Style de cour » (Robert Branner) privilégié, représentant le prestige royal et la grandeur de Paris, ou style de la ville ? Le gothique rayonnant parisien était le style omniprésent à Paris.

Mutilées et en partie détruites par les révolutionnaires, recherchées depuis le XIXe siècle, les têtes des rois de Juda provenant de la cathédrale Notre-Dame sont finalement découvertes par hasard, en 1977, dans les sous-sols de l’hôtel particulier qui abritait la Banque Française du Commerce Extérieur dans le IXe arrondissement.

Au cours du XIIIe siècle, environ soixante églises furent construites – la Sainte Chapelle (1239-1248) - ou reconstruites dans ce style rayonnant : église de Saint-Germain-des-Prés à Paris, nef de l’abbaye Saint-Denis. Si de nombreux bâtiments au style rayonnant ont été détruits, on peut en trouver des vestiges par les fouilles archéologiques. Restent aussi les sources archivistiques et graphiques.

Les nouveaux édifices étaient moins grands que ceux édifiés précédemment, leurs fenêtres s'élargissaient progressivement. Le décor architectural devient indissociable de la structure, et l’emporte sur celle-ci qu’il veut rendre imperceptible. « Murs et contreforts furent réduits ou cachés derrière des arcatures en trompe-l’œil et de la sculpture. Les décors végétaux se répandirent sur les coursives, moulurations, clefs de voûtes et chapiteaux », précise le musée.

Le décor architectural « abandonne le répertoire stylisé de feuilles lisses ou côtelées hérité de la fin du XIIe siècle. Il devient de plus en plus naturaliste dans le choix des essences. La vigne et le chêne d’abord sont soigneusement représentés, puis très vite l’érable, le figuier, l’aubépine, le chardon ou la rhubarbe. Cette nature forestière, parfois sauvage et anthropomorphe, reste maîtrisée… Dans la lignée d’Albert le Grand puis de saint Thomas d’Aquin, les théologiens scolastiques postulent de la perfection de la Création non seulement comme tout, mais aussi dans ses détails. La minutieuse observation de la nature par les sculpteurs le reflète parfaitement ». Le décor végétal sculpté sur les chapiteaux, les frises, les portails avec un sens de la vie, se substituant aux figures. « En lieu de stylisation, c’est une nouvelle approche naturaliste qui se développe dans les années 1240. Les feuilles et les herbes des prés et des forêts des environs de Paris se répandent en guirlandes sur les monuments ou poussent sur les portails » (Xavier Dectot, conservateur au musée de Cluny et co-auteur du catalogue de l’exposition).

À l’instar de l’architecture, la sculpture rayonnante se fait plus légère, soignant la fluidité des drapés, la délicatesse des boucles. Provenant du revers de la façade du transept sud de Notre-Dame, Adam est remarquable par « l’élégance de sa posture et la finesse de la description anatomique. Cette statue témoigne à la fois de l’héritage de l’Antiquité et de la virtuosité des grands artistes du XIIIe siècle », résume le musée.


Jusqu’au 24 mai 2010
6, place Paul Painlevé. 75005 Paris
Tél. : 01 53 73 78 16
Tous les jours, sauf le mardi, de 9 h 15 à 17 h 45

Conférence de Raphaëlle Laufer-Krygier sur les Juifs de Paris au Moyen Âge au musée d'art et d'histoire du judaïsme (MAHJ) le dimanche 9 mai 2010 à 15 h
Durée : 1 h 30 ; visite guidée

Visuels de haut en bas :

Groupe de deux chapiteaux de colonnettes engagées
Abbaye de Saint-Germain-des-Prés, Paris
Vers 1239-1245
Pierre
Hauteur : 0.28m
Largeur : 0.36m
Profondeur : 0.2m
Paris, Musée de Cluny - Musée national du Moyen Âge
© RMN / Jean-Gilles Berizzi

Clé de voûte : feuillages
Collège de Cluny, Paris
3e quart du XIIIe siècle
Calcaire
Hauteur : 0.295m
Largeur : 0.60m
Profondeur : 0.635m
Diamètre : 0.360m
Paris, Musée de Cluny - Musée national du Moyen Âge
© RMN / Jean-Gilles Berizzi

Têtes des rois de Juda
Cathédrale Notre-Dame de Paris
Vers 1220-1230
Paris, Musée de Cluny - Musée national du Moyen Âge
© RMN / Gérard Blot

Clé de voûte : tête
Collège de Cluny, Paris.
3e quart du XIIIe siècle
Calcaire
Hauteur : 0.29m
Largeur : 0.37m
Profondeur : 0.46m
Diamètre : 0.355m
Paris, Musée de Cluny - Musée national du Moyen Âge
© RMN / Jean-Gilles Berizzi

Adam
Cathédrale Notre-Dame de Paris, revers de la façade du bras sud du transept
Vers 1260
Calcaire
Hauteur : 2m
Largeur : 0.73m
Profondeur : 0.41m
Paris, Musée de Cluny - Musée national du Moyen Âge
© RMN / Hervé Lewandowski


A lire sur ce blog :
Cet article a été publié le 8 mai 2010.

samedi 27 août 2016

Cranach et son temps


Le musée du Luxembourg a rouvert ses portes par cette exposition éponyme consacrée à Lucas Cranach (1472-1553), peintre important, "fécond et polyvalent" de la Renaissance allemande, à une époque de "profonds bouleversements politiques et religieux marquée en particulier par la Réforme protestante dont la doctrine sera exprimée sous forme d'iconographie par Cranach. Le 15 août 2016, John Walter, juge californien, a statué en faveur du Norton Simon Museum. Il a débouté Marei von Saher, héritière du collectionneur néerlandais juif Jacques Goudstikker de sa requête visant à ce que lui soit restitué Adam et Eve (c.1530), diptyque de Lucas Cranach l'Ancien. 


Cette exposition s'articule autour de quatre thématiques : Lucas Cranach, un artiste européen ; la cour, les Pays-Bas et l’Italie ; un peintre de la beauté féminine ; un acteur de la réforme protestante.

Cette exposition souligne les influences des œuvres de Dürer et des artistes et humanistes des Pays-Bas sur cet artiste qui occupe une position officielle dès 1505 à la cour de Frédéric III le Sage (1463-1525), prince électeur de Saxe, Etat puissant du Saint Empire romain germanique, qui à Wittenberg protège Martin Luther (1483-1546), dont le visage sera popularisé via des tableaux et gravures par Cranach. La traduction allemande de la Bible est agrémentée de gravures par Cranach de Samson et Dalila ainsi que de David et Bethsabée pour illustrer le 6e commandement - "Tu ne commettras point d'adultère" -.

Ce mécène  lui confie des missions diplomatiques, et offre ses œuvres notamment à Charles Quint et à François 1er. Certaines enrichissent les collections du roi Henri VIII.

Une section est dédiée à la représentation du nu au travers de personnages féminins empruntés à l'Antiquité ou à la Bible - Eve du tableau inspiré d'une gravure sur cuivre de Dürer ; Judith, veuve israélite, est transformée par Cranach en héroïne de la résistance protestante -. Des images "ambiguës" mêlant érotisme et morale. Ainsi cette Justice dont les mains portent une balance, évoquant la pondération, et une épée symbole de la dureté du jugement.

Arte rediffusa les 22 mai et 3 juin 2016 Cranach, les voleurs et la Stasidocumentaire de Heike Nelsen-Minkenberg et Thomas Müller (2015, 52 min) : "Une nuit de mai 1980, les deux volets d'un retable peints par Lucas Cranach, dit "l'Ancien", sont dérobés dans une église de Klieken, un village de RDA proche de Wittenberg, où se trouvait l'atelier du maître. Vingt-sept ans plus tard, l'oeuvre estimée à des centaines de milliers d'euros sur le marché de l'art ressurgit tout aussi mystérieusement. Mais s'agit-il de l'original ou d'une excellente copie ? Afin de tenter d'élucider l'affaire, l'historienne Natalie Akbari et le criminologue Michael Baurmann s'associent pour mener l'enquête. Celle-ci les conduit au coeur des troubles activités de la Stasi et de la Koko, sa branche commerciale, impliquée dans le trafic d'art en échange de devises. Chantages, internement de collectionneurs en hôpital psychiatrique, vols : la police de renseignement est-allemande ne lésinait pas sur les méthodes pour se procurer des trésors, avant de les revendre à l'Ouest. Certains marchands d'art commandaient même directement à la Stasi les toiles et antiquités qu'ils convoitaient. Entre histoire de l'art et débats d'experts sur les attributions - un examen aux rayons infrarouges révèle ainsi que c'est un des élèves les plus doués de Cranach qui a exécuté le retable -, politique et polar, cette passionnante investigation, qui revisite l'oeuvre du pionnier du nu profane, met en lumière l'extraordinaire opacité du marché de l'art en Europe et la faiblesse Une enquête édifiante sur le vol d'un retable de Cranach en Allemagne de l'Est, qui montre le rôle actif de la Stasi, alors en quête de devises, dans le trafic d’œuvres d'art".

Le 15 août 2016, John Walter, juge californien, a statué en faveur du Norton Simon Museum. Il a débouté Marei von Saher, héritière du collectionneur néerlandais juif Jacques Goudstikker de sa requête visant à ce que lui soit restitué Adam et Eve (c.1530), diptyque de Lucas Cranach l'Ancien. Cette affaire dure depuis dix ans devant la justice. Le juge a considéré que la famille Goudstikker n'avait pas respecté le délai concernant une réclamation en propriété de peintures. La Norton Simon Foundation a déclaré qu'elle "prend au sérieux la responsabilité fiduciaire à l'égard du public que notre titre de propriété d'oeuvres d'une telle importance confère. Nous avons exposé au public de manière quasi-continue les panneaux depuis 1971, et nous continuerons d'assurer qu'ils demeurent accessibles pour le public pendant les années à venir".

Le collectionneur juif Jacques Goudstikker a été contraint de vendre ces tableaux au dirigeant nazi Hermann Göring durant la Deuxième Guerre mondiale. Goudstikker avait acheté ces œuvres, qui avaient été mises en vente aux enchères par le gouvernement soviétique à Berlin, en 1931, avant de fuir l'Allemagne pour les Pays-Bas, qui sont tombés sous le joug nazi en 1940. C'est alors qu'il avait été contraint à cette vente à Göring ; les œuvres sont retournées aux Pays-Bas après la guerre.

“Evidemment, Mme von Saher est déçue par la décision de la Cour, et elle a l'intention d'interjeter appel”, a annoncé Larry Kaye, de la firme new-yorkaise Herrick Feinstein, à Artnet News. “Pendant les nombreuses années pendant lesquelles elle a cherché justice à propos du vol des biens de Jacques Goudstikker par les Nazis, Mme von Saher a eu beaucoup de succès, notamment quand ceux en possession de ses œuvres d'art ont bien agi et lui ont rendu des œuvres sans qu'elle ait à saisir la justice. Vraiment, Mme von Saher croit fermement que des négociations amiables sont le meilleur moyen à l'égard des revendications d’œuvres d'art volées par les Nazis et  ont résolu des douzaines de réclamations avec des particuliers, galeries et musées. Bien qu'elle ait affronté une résistance dans cette affaire, elle demeure optimiste sur sa victoire finale.”
Desi Goudstikker, la veuve de Jacque, a eu l'opportunité de réclamer les tableaux après la guerre, mais n'a pas initié de procédure, car elle pensait que le procès ne serait pas équitable.
Puis, de manière inattendue, les Stroganoffs, ont réclamé Adam et Eve. En 1961, George Stroganoff, alors exilé, a réclamé ces œuvres de Cranach, ainsi qu'un Rembrandt et un Petrus Christus, en indiquant qu'elles avaient été prises à sa famille après la Révolution russe.
Cependant Marei von Saher affirme que ces tableaux ont été pris par les Bolcheviques dans une église de Kiev.
Le gouvernement néerlandais a vendu Adam et Eve et le Petrus Christus à Stroganoff pour 60 000 florins en 1966, après avoir renoncé à réclamer le Rembrandt. En 1971, un collectionneur américain Norton Simon a acheté Adam et  Eve à Stroganoff pour $800 000.
Le Pasadena Museum of Modern Art a été renommé Musée Norton Simon en 1975 et a reçu sa collection, dont les tableaux de Cranach.
Depuis 2007, Von Saher réclame ces tableaux devant la justice américaine fédérale, mais on lui objecte toujours que Desi Goudstikker ne les a jamais réclamés. Mais le fait que l'affaire ait été entendue par la justice est en soi remarquable.
“Si ces tableaux ne reviennent pas à leur propriétaire, il y a un réel problème sur la manière de traiter les œuvres d'art volées par les Nazis” a dit E. Randol Schoenberg, avocat pour Von Saher, à  TAN.

Jusqu'au 23 mai 2011
Au musée du Luxembourg
19, rue de Vaugirard, 75006 Paris
Tél. : 01 40 13 62 00
Tous les jours de 10 h à 20h, nocturnes le vendredi et le samedi jusqu'à 22 h

Visuels
Lucas Cranach L’Ancien
Allégorie de la justice
1537
Panneau, 74 x 52 cm
collection privée
© Collection privée

Lucas Cranach L’Ancien
Autoportrait
1531
huile sur panneau de hêtre,
45,4 x 35,6 cm
Burgen, Schlösser Altertümer
© GDKE Rheinland-Pfalz
Lucas Cranach L’Ancien
Adam et Eve
vers 1510
tempera et huile sur bois, 58 x 44 cm
Varsovie, Museum Narodowe w Warzawie
© Museum Narodowe w Warzawie

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié le 17 mai 2011, et 21 mai 2016. 

mercredi 24 août 2016

Hugo Pratt (1927-1995)



« Dessinateur-voyageur » polyglotte, expert en Kabbale, Hugo Pratt (1927-1995) est « l’inventeur de la bande dessinée (BD) littéraire », « à l’origine d’un genre : plus littéraire, plus graphique et moins « industriel ». D’origine Juive, il a créé le personnage du marin Corto Maltese et a adapté des romans en BD. Il a développé un style élégant et épuré, parfois « aux limites de l’abstraction ». Arte diffusera le 24 août 2016 "Hugo Pratt, trait pour trait", documentaire de Thierry Thomas.

Astérix

Né à Rimini, cité de la côte adriatique italienne, en 1927, Hugo Pratt grandit à Venise dans une famille cosmopolite : son « grand-père paternel, dessinateur en architecture militaire, est un lyonnais d’origine anglaise. Son grand-père maternel est un Juif marrane originaire de Tolède, qui vit à Venise. Sa grand-mère maternelle est une Juive dont les parents ont quitté la Turquie pour travailler à Murano, en Italie ». Corto Maltese est le « fils d’un marin britannique et d’une gitane, élevé dans le barrio de la Juderia à Cordoue », en Espagne.

La mère d’Hugo Pratt, Evelina Genero, se passionne pour l’ésotérisme. Une passion partagée avec son fils Hugo qui en imprègne son œuvre. Certaines « aventures de Corto Maltese, La Fable de Venise ou Les Helvétiques, témoignent de son goût pour le merveilleux ».

Une culture militaire
En 1936, muté dans la colonie italienne d’Abyssinie (Ethiopie), Rolando, père d’Hugo Pratt, enrôle son fils adolescent dans la police coloniale.
En Abyssinie, le jeune Hugo rencontre des soldats italiens, anglais, abyssiniens et sénégalais. Une étape marquante dans la vie et décelable dans l’œuvre d’Hugo Pratt fasciné par les couleurs, les armoiries, les uniformes et les insignes soigneusement dessinés dans Les Scorpions du désert.

Hugo Pratt retourne en Italie en 1943, après la mort de son père dans un camp anglais de prisonniers.

Il est scolarisé dans un collège militaire et devient interprète de l’armée Alliée (1944-1945). A Venise, il observe « sur une voiture blindée canadienne, habillé en Écossais » en avril 1945 l’entrée des Alliés libérateurs. « À l’époque, déclare-t-il, Venise était un gigantesque bordel, un carnaval improvisé ! »

Il entre dans l’armée néo-zélandaise en se faisant passer pour un Maori : il avait dessiné des motifs polynésiens au stylo sur son visage.

Il parcourt l’Autriche, l’Angleterre et le Sud de la France.

La période argentine
Sa naissance comme dessinateur de bande dessinée date de 1945 quand il dessine, au sein de l’équipe d’Albo Uragano, pour la revue Asso di Piche (L’As de Pique), « revue de comics créée avec deux amis » formant le « Groupe de Venise ».

Repéré par un éditeur argentin, Hugo Pratt s’installe en 1949 à Buenos Aires. Il découvre les comics américains, est influencé par Milton Caniff, auteur américain de bandes dessinées notamment de Terry and the Pirates qu’il avait lu en 1939

Lors de son séjour en Argentine, il réalise plusieurs histoires (Ernie Pike, Ticonderoga) avec le scénariste Héctor Oesterheld.

Pour l’éditeur Abril, Hugo Pratt crée la série Junglemen et le personnage du Sgt. Kirk (1953) « publiés en noir et blanc dans des fascicules bon marché », précise Thierry Thomas dans le catalogue de l’exposition. Hugo Pratt écrit aussi des histoires, dont Ann y Dan (Ann de la jungle). Il apprend à occuper l'espace dans le cadre enfermant le dessin. Il qualifie son dessin d'expressionniste.

"Ivre, il est persuadé pouvoir voler. Il veut tout".  "Il était le personnage de lui-même", se souvient un ami.

Il rencontre les dessinateurs Salinas et Del Castillo, le jazzman Dizzy Gillespie (1955), et enseigne à la Escuela Panamericana de Arte de Buenos Aires.

L’aquarelle
La situation économique se dégradant en Argentine, Hugo Pratt se rend au Brésil, puis à Londres (1959-1960).

« Associé à des scénaristes anglais, il réalise des histoires de guerre pour Fleetway Publications mais surtout, il se familiarise avec la technique de l’aquarelle en suivant des cours à la Royal Academy of Watercolour ». « La force visuelle de ses planches tient en effet à la violence des contrastes qui naissent de la juxtaposition des noirs et des blancs, à un graphisme très efficace et à un sens du découpage qui restitue l’âpreté des scènes de combat ou de meurtres notamment dans Ernie Pike », relève Thierry Thomas. Or l’aquarelle suppose la légère du geste effleurant la page du pinceau imbibé de watercolors, la précision dès le premier mouvement. Une période londonienne douloureuse pour Pratt. Il attend en vain son amie.
En 1959, Anne, sa compagne, l'inspire pour Ann de la jungle. Le couple a deux enfants. 

En 1960, Hugo Pratt rentre brièvement en Argentine en passant par Wheeling, en Virginie (Etats-Unis). Passionné par les Indiens, notamment ceux du Nord-est des Etats-Unis (Iroquois, Mohawks), Pratt illustre à l’aquarelle des guerres indiennes et d’indépendance en Amérique du Nord. Dans Wheeling (1962), il évoque les conflits entre les Amérindiens et les habitants d’origine européenne.
Hugo Pratt s’installe en Italie en 1962. A Gênes, il se lie d’amitié avec l’entrepreneur Florenzo Ivaldi. Il se bat pour détenir la propriété de ses planches.

Le monde des océans d’un dessinateur érudit
L’« éclectisme d’Hugo Pratt allait des écrivains voyageurs aux récits mythologiques de plusieurs civilisations, de William Shakespeare à James Joyce, de Jorge Luis Borges à John Reed ou la Bible en passant par Octavio Paz... »

L’œuvre d’Hugo Pratt est nourrie par ses lectures - Robert Louis Stevenson, Joseph Conrad, Herman Melville, Jack London, Ernest Hemingway et Antoine de Saint-Exupéry auquel il rend hommage dans son album Le dernier vol – ainsi que par ses voyages dans le monde

Après une expédition en Patagonie, Hugo Pratt publie Tango, une histoire très réaliste sur la traite des blanches en Argentine ». 

Son voyage sur l’Île de Pâques lui inspire , la dernière aventure de Corto Maltese. 

Hugo Pratt adapte Simbad le marin, Le Retour d’Ulysse, Sandokan et son livre de chevet, L’Île au trésor, de Robert Louis Stevenson. En 1992, il se rend sur les Îles Samoa pour visiter la tombe de Robert Louis Stevenson. Entre « deux voyages, il illustre des poésies de Rudyard Kipling, des sonnets érotiques de Giorgio Baffo ou les Lettres d’Afrique d’Arthur Rimbaud ». 

Avec « la célèbre Ballade de la mer salée, Hugo Pratt « atteint des sommets en s’appropriant les mondes des îles et des océans ».

Corto Maltese
En 1967, grâce au mécène génois Florenzo Ivaldi, Hugo Pratt lance Srgt. Kirk, revue transalpine réunissant ses œuvres durant son séjour en Argentine et des classiques américains.

Le premier numéro du mensuel dévoile Corto Maltese dans La ballade de la mer salée. « C’est une véritable révolution dans le neuvième art : jamais l’art du conteur et celui du narrateur n’avaient été à ce point unis ». La silhouette de Corto Maltese est proche de celle de l'acteur Burt Lancaster. Il incarne plus qu'il n'illustre.

En 1969, il recherche la tombe de son père.

Les aventures de cette « figure emblématique du marin aventurier » - Le secret de Tristan Bantam, une des 29 histoires - sont publiées en 1970 par Pif Gadget, hebdomadaire français populaire pour les enfants. Onze récits qui seront réunis en albums : Sous le signe du capricorne et Corto toujours un peu plus loin.

Pif publie Celtiques en six épisodes (1971), puis Ethiopiques en quatre parties (1972). Quand il débute une planche sur Corto Maltese, Pratt dessine d'abord les yeux de son héros. Des images figuratives et abstraites. Une série avec ses codes. Un album bref débutant par un poème. Un héros pensif. Une préférence pour les profils, les silhouettes qui soulignent la beauté du trait. Un auteur qui a "l'intelligence des doigts".

Installé à Paris, Hugo Pratt est reconnu comme un des meilleurs auteurs de BD. Une consécration marquée par la vente de plus de huit millions d’albums dans les années 1980.

Devenu citoyen d’honneur de la ville de Wheeling, Hugo Pratt est nommé chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres par Jack Lang, ministre français de la Culture.

A Paris (1970-1983), puis à Lausanne (Suisse) - dans sa maison à Grandvaux, il  dispose d'une immense bibliothèque -, Hugo Pratt poursuit les séries de Corto Maltese, Les Scorpions du désert (1969) – le 5e épisode Brise de mer est publié en 1994 -, Un uomo un’ avventura (Un homme, une aventure) dont les quatre histoires se situent dans le Sertao brésilien, en Somalie, dans les Caraïbes puis dans le Grand Nord canadien, etc.

En 1976, Hugo Pratt devient Franc-maçon au sein de la loge Hermès de la Grande Loge d’Italie. En 1977, le journal L’Europeo publie Fable de Venise. En 1978, parait A l’ouest de l’Eden, ou "le mythe originel revisité".

« Mon style actuel est le résultat de toute une vie de recherche. J’ai travaillé pendant 50 ans pour en arriver à dessiner comme maintenant. Je voudrais arriver un jour à tout faire comprendre avec une simple ligne » disait Pratt. Le désert se prête à sa quête artistique et intime de l’épure.

Dans les années 1980, Hugo Pratt écrit des scenarii pour des dessinateurs tel Milo Manara, et des romans : Le pulci penetranti, Jesuit Joe, Le roman de Criss Kenton. Il imprime de son style la publicité, des affiches de cinéma et des couvertures de disques.

En 1986, le Grand Palais consacre une exposition à l’oeuvre du « maestro de Malamocco ».

En 1987, est publié le récit ésotérique Rosa alchemica (édité sous le titre Les Helvétiques en France en 1988) et sort l’album Tango.

En 1988, Hugo Pratt reçoit un prix spécial au Festival de la bande dessinée d’Angoulême.

En 1989, les "premiers dessins de , ultime aventure du marin romantique à la recherche de l’Atlantide", paraissent dans la revue Corto.

En 1994, avec Patrizia Zanotti, sa collaboratrice et coloriste, il fonde la maison d’édition Lizard. Le magazine (A suivre) publie Le Dernier Vol, "flash-back onirique de la vie de Saint-Exupéry, dernier récit publié du vivant d’Hugo Pratt".

"La bande dessinée, c'est pour moi une littérature dessinée", résume Hugo Pratt qui se plait à citer Jean Cocteau : « J’écris mon dessin, et je dessine mon écriture » .
Hugo Pratt meurt le 20 août 1995 dans sa maison de Grandvaux sur le lac de Lausanne.

Fascination pour les femmes
Hugo Pratt est « fasciné par les femmes ayant une forte personnalité et, tout comme lui, la liberté pour credo ». Dans ses aquarelles, il rend hommage à des personnages réels ou mythiques : Pandora, Louise Brooks, Shanghaï Lil.

« La vie sentimentale d’Hugo Pratt a toujours été trépidante. En 1953, il se marie une première fois à Buenos Aires avec une jeune femme d’origine yougoslave », Maria Wogerer. Le couple a deux enfants.

Hugo Pratt divorce à Mexico en 1957 « après avoir rencontré une ravissante allemande qui deviendra sa collaboratrice ».

Il épouse sa nouvelle compagne d’origine belge, Anne Frognier, à Venise en 1963. Tous deux ont ensemble deux enfants.

En 1965, lors d’un voyage au Brésil, Hugo Pratt « apprend l’existence de Tebocua, un autre fils, que lui a donné une Indienne nommée Xavantes. La même année, cet homme à femmes reconnaît d’autres enfants : la petite Victoriana Aureliana Gloriana dos Santos qu’il a eue avec une prêtresse de Macumba, ainsi que les enfants illégitimes des quatre sœurs. Voilà comment, à Salvador de Bahia, on peut aujourd’hui rencontrer un Lincoln Pratt, un Wilson Pratt ou un Washington Pratt... »

Un art graphique épuré
Depuis la fin des années 1980, les adaptations cinématographiques et les grandes expositions rétrospectives de Hugo Pratt se succèdent.

Dédiée à son travail d’aquarelliste, l’exposition Periplo Immaginario (Périples imaginaires) a attiré à Sienne en 2005 plus de 60 000 visiteurs.

Elle a été présentée lors de la 5e biennale du 9e art à Cherbourg en 2009. C’était la première grande exposition Hugo Pratt en France depuis la rétrospective au Grand Palais en 1986. On y retrouvait l’art graphique du créateur de Corto Maltese, « figure emblématique du marin aventurier, l’épure du trait « aux limites de l’abstraction », du dessinateur, son cadrage fragmenté », influencé par le cinéma.

En 2011, la Pinacothèque de Paris a présenté plus de 150 aquarelles, souvent peu connues, et des « planches historiques », « notamment la totalité des cent soixante-quatre planches de la mythique Ballade de la mer salée », de cet « inventeur de la bande dessinée littéraire » (1927-1995) dans l’exposition Le voyage imaginaire d’Hugo Pratt articulée autour de six thèmes : îles et océans, Indiens, militaires, femmes, désert et villes. Une exposition  cependant un peu décevante.

Une abondance de dessins agrémentés d’une vidéo qui effleurent la personnalité d’Hugo Pratt et, faute de chronologie, ne permettent pas d’observer l’évolution de la création artistique de ce maestro. Cette absence de didactisme s’explique peut-être par la précipitation à installer ces œuvres après l’annulation imprévue de l’exposition Les masques de jade Mayas dans le cadre de l’année du Mexique en France. 
« Triomphe devant nos yeux, dans la transparence de ces images élégiaques peuplées d’Indiens, de magiciennes, de prostituées, de soldats, de navigateurs, dans les teintes automnales des forêts du grand Nord canadien, la lumière dorée et douce des îles du Pacifique ou l’éblouissement des déserts d’Afrique, cette passion de la contemplation qui, au beau milieu du tumulte des aventures, habitait secrètement Hugo Pratt », note Thierry Thomas.

« D’une Maçonnerie rêvée à l’initiation véritable »
« Institution humaniste, initiatique et fraternelle, la Franc-maçonnerie est présente dans la plupart des pays d’Europe depuis près 300 ans ». Elle intrigue par son mystère et l’influence prêtée à certains Maçons dans la politique, le monde des affaires, etc. Les Maçons proviennent d’horizons différents, et notamment du monde des arts : Voltaire, Mozart, David, Goethe ou Kipling.

L’intérêt d’Hugo Pratt pour la Maçonnerie est ancien. De plus, dans les années 1970, cet artiste songe à lui faire jouer un rôle dans un album sur Venise. Sur proposition de son ami Luigi Danesin en 1976 de devenir Franc-maçon, Hugo Pratt « est initié, le 17 novembre 1976, au grade d'apprenti par la loge Hermès de Venise.

La « loge Hermès « à l’orient de Venise » (c’est-à-dire siégeant à Venise) appartient à la Grande Loge d’Italie, l’une des deux grandes obédiences maçonniques italiennes. A partir de 1860, à la suite de l’unification politique de l’Italie, la Maçonnerie italienne se rassemble au sein du Grand Orient d’Italie. Mais, en 1909, une controverse interne amène un éclatement du Grand Orient et une partie de ses membres le quitte pour créer la Grande Loge d’Italie. La particularité de la Grande Loge d’Italie est, jusqu’à aujourd’hui, de pratiquer exclusivement le Rite Écossais Ancien Accepté. Depuis les années 1960, la Grande Loge s’est ouverte aux femmes et ses loges peuvent, selon leur choix, être seulement masculines ou mixtes, comme la loge Hermès ».

Hugo Pratt passe au grade de Compagnon le 27 avril 1977 et est élevé au grade de Maître le 26 septembre 1977. Il entre dans les hauts grades du Rite Ecossais Ancien Accepté en étant reçu au degré de Maître Secret le 11 novembre 1989, à Nice, lors d’une cérémonie commune des loges de Perfection La Sérénissime et L'Olivier Secret ». Il a « finalement suivi le programme dessiné par ce petit épigramme de 1744. Il sera membre de la loge Hermès de la Grande Loge d’Italie jusqu’à sa mort en 1995, soit près de vingt ans ».

Maçon actif, le frère Hugo Pratt a souvent représenté la Franc-maçonnerie dans son œuvre. Citons sa place centrale dans Fable de Venise, « l’intrigue d’El Gaucho, dessiné par Manara et dont Pratt est le scénariste, évoque une querelle de loges », et, parmi les dernières planches dessinées en 1994, une scène maçonnique dans Wheeling. Et « les allusions indirectes comme les épreuves que Corto traverse dans Les Helvétiques et qui paraissent directement décalquées de la cérémonie d’initiation au grade d’apprenti ».

Le musée de la franc-maçonnerie a présenté l’exposition Corto Maltese et les secrets de l'initiation. Imaginaires et Franc-Maçonnerie à Venise autour d'Hugo Pratt accompagnée d'un catalogue intéressant. Une quarantaine d'œuvres originales d'Hugo Pratt - aquarelles, planches pour la plupart inédites – ainsi que des pièces et documents maçonniques révèlent « son intérêt pour la démarche initiatique et sa vie en loge : le tablier et le cordon maçonnique d'Hugo Pratt ou l'épée maçonnique dérobée par son père lors du pillage de la loge par les milices fascistes dans les années 20... et restituée par le Frère Pratt en 1977 ».

L’exposition s’article autour de six thèmes : Hugo Pratt, l’homme et l’œuvre ; Le Frère Hugo Pratt, un intérêt ancien pour l'ésotérisme et les initiations ; Fable de Venise ou Corto en loge ; Fort Wheeling, une grande aventure humaniste ou le testament maçonnique d'Hugo Pratt, et une borne vidéo.

Des aquarelles rappellent la vie de Pratt et les étapes majeures dans son œuvre, en particulier l’apparition de Corto Maltese dans La Ballade de la mer salée (1967).

Puis, le parcours d'Hugo Pratt dans la Franc-maçonnerie - différents témoignages de sa vie maçonnique, l'épée maçonnique dérobée par son père lors du pillage de la loge par les milices fascistes dans les années 1920... et restituée par le Frère Pratt en 1977 – est illustré par des planches originales des Helvétiques, le tablier et le cordon maçonniques d’Hugo Pratt, des photos de sa loge à Venise, le procès verbal de sa réception au 4e grade du Rite Écossais Ancien Accepté, et une aquarelle réalisée pour une loge de « Maîtres Secrets ».

Ensuite, une séquence illustre la curiosité ancienne d’Hugo Pratt pour l'ésotérisme et les initiations, les mythes et les légendes de l’Europe au Moyen-âge, les rites et symboles de diverses cultures. Parmi les œuvres présentées : des aquarelles et planches originales des Ethiopiques et des Celtiques, ainsi que des masques africains et des parures océaniennes ayant inspiré le dessinateur.

Sur la « Fable de Venise ou Corto en loge » - la Franc-maçonnerie et les secrets de Venise, l’énigme du Baron Corvo, pseudonyme de Frederick William Rolfe (1860-1913), Fable de Venise, mystères et symboles -, onze planches originales de Fable de Venise, différentes éditions de Fable de Venise, planches d’Abraxas (« pierres taillées de l’Antiquité tardive représentant des demi-dieux, des chimères ou des animaux fabuleux ») et blasons maçonniques utilisés comme modèle pour l’album, deux documents fondateurs de la Golden Dawn (Ordre Hermétique de l'Aube Dorée à l'extérieur, société secrète anglaise) – où « Pratt enrôle le Baron Corvo –, dont un exceptionnel manuscrit ésotérique de Mina Bergson (la sœur du philosophe français Henri Bergson) ».

« Grande aventure humaniste ou testament maçonnique », Wheeling est, « d’une certaine manière, la première et la dernière des grandes aventures dessinées par Pratt. La première partie est publiée de 1962 à 1964. Mais quelques mois avant sa mort il complète encore l'histoire en ajoutant notamment une grande scène maçonnique ». Oeuvres présentées : les planches originales de la cérémonie maçonnique de Wheeling, des albums, un tomahawk iroquois.
Enfin, le visiteur voit dans une borne vidéo des films sur Pratt, son œuvre, sa vie et son engagement maçonnique.

Corto Maltese sans Pratt
En juillet 2013, un hors-série de L'Histoire et de Marianne est consacré à la période 1904-1925 de  Corto Maltese.

Publié le 30 septembre 2015 par Casterman, signé par Juan Díaz Canales pour le scénario et Rubén Pellejero pour les dessins, Sous le soleil de minuit a dépassé les 25 000 exemplaires vendus. 

C'est le premier album depuis vingt ans illustrant une aventure du marin  créé par Hugo Pratt.

Musée Hergé
Le musée Hergé de Louvain-la-Neuve près de Bruxelles (Belgique) a présenté l'exposition Hugo Pratt, Rencontres et passages (2 octobre 2015-6 janvier 2016). 

L'hommage d'un auteur célèbre à un autre auteur fameux.

"Hugo Pratt, trait pour trait"
Arte diffusera le 24 août 2016 "Hugo Pratt, trait pour trait" (Comic-Legende Hugo Pratt), documentaire de Thierry Thomas.

Ce "documentaire composé d'archives inédites part sur les traces du dessinateur Hugo Pratt, père du célébrissime Corto Maltese et épicurien notoire, à Venise, où il a passé son enfance, mais aussi en Afrique, en Argentine, en Amazonie, au Brésil, à Londres, Gênes, Paris et Lausanne - autant de lieux qui ont forgé sa personnalité hors norme. Une vie d'aventures, guidée par le hasard et l'imprévu, qui a marqué le début d'une nouvelle ère de la bande dessinée. Celle d'un amoureux de la vie au physique imposant et au verbe fort. Des archives inédites permettent également de voyager aux côtés de Pratt et de l'entendre évoquer ses souvenirs".

"Venu au monde en Italie en 1927, mort en Suisse soixante-huit ans plus tard, Hugo Pratt, né sans H et avec un seul T, grandit dans l'ombre d'un père fasciste qui l'emmène très jeune dans une Éthiopie occupée par les forces mussoliniennes. L'adolescent en retire une fascination pour les grands espaces africains, bientôt suivie d'un irrésistible attrait pour le monde indien". 

Le "point de départ d'une existence faite de voyages, de succès, de conquêtes, de rares échecs aussi, et marquée par sa vénération pour le dessinateur américain Milton Caniff, son maître absolu".

"De l'oeuvre d'Hugo Pratt émergent quelques mots clés, indissociables de sa vie : voyage, aventure, érudition, ésotérisme, mystère, poésie, mélancolie... et bien sûr, Corto Maltese, son héros et son double, qui l'a imposé comme l'un des plus grands noms de la bande dessinée". 


Sous la direction de Pierre Mollier. Corto Maltese et les secrets de l'initiation. Imaginaires et Franc-Maçonnerie à Venise autour d'Hugo Pratt. Musée de la franc-maçonnerie, 2012. 52 pages. ISBN : 978-2-9541099-0-9. 10 euros.

Le voyage imaginaire d’Hugo Pratt. Textes de Marc Restellini, Thierry Thomas, Patrick Amsellem et Patrizia Zanotti. Casterman-Pinacothèque de Paris, 2011. 104 pages. ISBN : 978-2-203-04051-9

"Hugo Pratt, trait pour trait", de Thierry Thomas
Arte, 2015, 56 min
Sur Arte le 24 août 2016 à 22 h 20

Jusqu’au 1er septembre 2012
Hôtel du Grand Orient de France
16 rue Cadet. 75009 Paris
Du mardi au vendredi de 10 h à12 h 30 et de 14 h à 18 h. Le samedi de 10 h à 13 h et de 14 h à 19 h

Jusqu’au 21 août 2011
A la Pinacothèque de Paris
28, place de la Madeleine, 75008 Paris
Tél. : 01 42 68 02 01
Tous les jours de 10 h 30 à 19 h 30
Nocturne tous les mercredis jusqu’à 21 h 30

Visuels : © Cong SA, Lausanne
Affiche et couverture du catalogue
Les Helvétiques
1987
© 1978 Cong SA
« Corto Maltese - Les Éthiopiques »

© 1994 Cong SA
« New Ireland - J’avais un rendez-vous »

© 1973 Cong SA « Corto Maltese. 
Et d’autres Roméos et d’autres Juliettes »

© 1995 Cong SA 
« Wheeling - Le sentier des amitiés perdues »

© 1994 Cong SA 
« Saint-Exupery - Le Dernier Vol »

© 1994 Cong SA 
« Corto Maltese à Rapa Nui - J’avais un rendez-vous »

© 1989 Cong SA 
« Rapa Nui - Corto Maltese. La Ballade de la mer salée »

© 1985 Cong SA
« Corto Maltese - La Jeunesse »

© 1985 Cong SA 
« Corto Maltese (avec Raspoutine) -  La Jeunesse »

© 1984 Cong SA
« Corto Maltese - Occidente »
© 1981 Cong SA
« Les femmes de Corto Maltese »

© 1985 Cong SA
« Corto Maltese - Tango »
© 1994 Cong SA
« Lo Yankee - J’avais un rendez-vous » 

Hugo Pratt
El Giza
1989, aquarelle et encre de Chine
© Cong S.A. 

Tablier maçonnique d’Hugo Pratt
tablier de maître au Rite Ecossais Ancien Accepté
circa 1980, satin et broderie coton
© coll. Luigi Danesin. © Ronan Loaëc 

Hugo Pratt
Extrait du dessin de Casanova
1985, aquarelle et encre de Chine
© Cong S.A.  

Masque Pende
XXe siècle, Congo, plumeau, bois et tressage
© coll. E. Pierrat. © Ronan Loaëc 

Hugo Pratt
Fable de Venise
1977, Corto Maltese tombant dans la loge Hermès
© Cong S.A.

Masque articulé Ibidjo-Ogoni
XXe siècle, Nigeria, bois et ficelle
© coll. E. Pierrat © Ronan Loaëc

Hugo Pratt
Wheeling
1995
© Cong S.A.

Affiche
Hugo Pratt, La fable de Venise. 1979, (détail) © Cong SA, Lausanne
Visuel officiel de l'exposition - conception et création graphique : Gilles Guinamard
© 1979 Cong SA « Corto Maltese - Fable de Venise »

Portrait du dessinateur italien Hugo Pratt
© Cong S.A

Portrait du dessinateur italien Hugo Pratt
© Cong S.A

Portrait du dessinateur italien Hugo Pratt
© Cong S.A

La collection de BD d'Hugo Pratt de José Munoz
© Quark Productions

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Les citations sont extraites des dossiers de presse et du catalogue.
Cet article a été publié en une version concise par L'Arche en 2009, publié sur ce blog le 8 août 2011, 25 juillet 2013 et 8 octobre 2015, 4 janvier 2016. Il a été modifié le 23 août 2016.