dimanche 31 juillet 2016

« Jésus et l’islam » de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur


Arte a diffusé « Jésus et l’islam » (Jesus und der Islam), série documentaire en sept volets de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur (2015). Une œuvre télévisuelle ennuyeuse, non didactique, « islamiquement correcte » en ce qu’elle allègue une continuité entre la Bible et le Coran, biaisée par la reprise du stéréotype erroné de « trois religions abrahamiques » et décevante par une terminologie peu rigoureuse et source de confusions. Le "Conseil français du culte musulman (CFCM) a invité" ce dimanche 31 juillet 2016 "responsables de mosquées, imams et fidèles à se rendre à la messe pour exprimer leur « solidarité et compassion » après l'attentat terroriste islamiste commis au nom de l'Etat islamique (ISIL) à l'église Saint-Étienne-de-Rouvray près de Rouen.

« Plusieurs fois par jour, un musulman pieux récite la fatiha, première sourate du Coran, qui est considérée comme la matrice de toutes les autres. Or dans cette invocation à Allah, il est fait mention de « ceux qui encourent sa colère », c’est à dire les Juifs, et de « ceux qui se sont égarés », c’est à dire les chrétiens !  » , a rappelé l'abbé Alain Arbez.

Différences
Accompagnée d’une version littéraire Jésus selon Mahomet, la série documentaire télévisuelle en sept épisodes « Jésus et l’islam » de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur parait ambitieuse, mais confuse, voire ambiguë en raison de son manque de rigueur terminologique.

En effet, les mots n’ont pas le même sens en islam et dans les religions bibliques - judaïsme et christianisme -, et les personnages, bien que souvent quasi-homophones, leurs identité et rôles, s’avèrent profondément distincts : l’« Ibrâhim » du Coran est un prophète d’Allah alors que l’Abraham biblique est un patriarche, l’« Îsâ » du Coran, livre incréé, n’est pas le « Jésus » ou Yehoshua (Yahvé sauve, en hébreu), de la Bible, etc.

« Le Coran présente Abraham comme un prophète musulman. D’autres personnages de la Bible sont aussi islamisés et ressemblent peu aux originaux, d’où les conflits de Mahomet avec les Juifs de Médine qui étaient des lettrés connaissant bien la Bible. Conflits qui se terminèrent par l’expropriation, l’esclavage, les massacres et finalement l’expulsion des Juifs d’Arabie. Ces personnages aux noms bibliques sont respectés uniquement dans leur version coranique qui diverge de celle de la Bible. Celle-ci, considérée comme une falsification de la vérité coranique, n’est nullement respectée », a déclaré l’essayiste Bat Ye’or.

« Les chrétiens qui se réjouissent un peu vite de retrouver Jésus et Marie dans la religion islamique devraient y regarder à deux fois. Car cette Myriam, même si elle est vierge, est la sœur de Moïse qui a vécu 1350 ans auparavant ! Et ce Jésus appelé Issa n’est pas celui de la foi néo-testamentaire issue de la Bible : Issa ibn Myriam est un bon musulman, un prophète de l’islam dont les hadiths nous disent qu’il viendra à la fin des temps pour « briser les croix, tuer les porcs et instaurer la seule vraie religion, celle d’Allah » (Abou Dawoud). Il éliminera les Juifs et les chrétiens – ainsi que toutes les autres catégories d’infidèles – pour purifier le monde de tout obstacle impur au règne d’Allah », a écrit l’abbé Alain Arbez.

Pour minorer les liens entre judaïsme et christianisme, pour « raccrocher artificiellement l’islam à la tradition biblique » (abbé Alain Arbez), par ignorance ou cynisme, dirigeants politiques, intellectuels, journalistes et autorités religieuses occidentaux préfèrent l’image rassurante, mais fausse des « trois religions abrahamiques », et soutiennent les initiatives aux slogans trompeurs : « Ce qui nous rapproche est plus important que ce qui nous sépare » ou « On se ressemble plus qu’il ne semble » (AJMF, Amitié judéo-musulmane de France).

Il en résulte une « défaite de la pensée », une confusion mentale, une duperie des Béotiens ou naïfs, une incapacité à comprendre et analyser des événements tragiques mondiaux et la spécificité de l’islam. Car si Jésus était un personnage du Coran, pourquoi la fête de Noël suscite-t-elle une telle hostilité auprès de familles musulmanes ?

"Nous ne sommes pas prêts au vrai dialogue, ni l'islam très figé depuis de nombreux siècles et manquant fondamentalement de liberté, ni le christianisme dans son retard de compréhension doctrinale de l'islam par rapport au christianisme et dans son complexe d'ancien colonisateur. L'ignorance mutuelle est grande, même si on croit savoir: tous les mots ont un autre sens dans leur cohérence religieuse spécifique. L'islamologie est en déclin dans l'Université et dans les Eglises chrétiennes. Le laïcisme français (excès de laïcité) est handicapé pour comprendre les religions. Alors on se contente d'expédients géopolitiques (histoire et sociologie de l'islam), et affectifs (empathie sympathique, diplomatie, langage politiquement correct). Il y a une sorte de maladie psychologique dans laquelle nous sommes installés depuis environ 1980, après les indépendances et le Concile de Vatican II qui avaient ouvert une attitude vraiment nouvelle sur une géopolitique défavorable depuis les débuts de l'islam avec les conquêtes arabe et turque, la course barbaresque séculaire en mer méditerranée, les croisades et la colonisation", a constaté l'islamologue François Jourdan (Le Figaro, 22 janvier 2016).

Et de poursuivre : "On ne dit pas les choses... Les mots ont tous un autre sens pour l'autre. Par exemple le mot prophète (nabî en hébreu biblique et en arabe coranique) ; or le prophétisme biblique actif n'est pas du tout de même nature que le coranique passif devant Dieu. Les erreurs comme sur Abraham qui serait le premier monothéiste et donc le père d'un prétendu abrahamisme commun au judaïsme, au christianisme et à l'islam ; alors que, pour les musulmans, le premier monothéiste de l'histoire est Adam. Mais chut ! Il ne faut pas le dire! Pourtant l'islam est foncièrement adamique, «la religion de toujours», et non pas abrahamique puisque l'islam ignore totalement l'Alliance biblique faite avec Abraham et qui est la trame de l'histoire du Salut pour les juifs et les chrétiens où Dieu est Sauveur. En islam Dieu n'est pas sauveur. L'islam n'est pas une religion biblique. Et on se doit de le respecter comme tel, comme il se veut être… et en tenir compte pour la compréhension mutuelle que l'on prétend aujourd'hui afficher haut et fort pour se flatter d'être ouvert... Les conquérants musulmans sont arrivés sur des terres de vieilles et hautes civilisations (égyptienne, mésopotamienne, grecque antique, byzantine, latine). Avec le temps, ils s'y sont mis et ont poursuivis les efforts précédents notamment par la diffusion due à leurs empires arabe et turc ; mais souvent cela n'a pas été très fécond par manque de liberté fondamentale. Les grands Avicenne et Averroès sont morts en disgrâce. L'école rationalisant des Mu'tazilites (IXe siècle) a été rejetée. Cela s'est grippé notamment au XIe siècle et consacré par la «fermeture des portes de l'ijtihâd», c'est-à-dire de la réinterprétation. S'il y a eu une période relativement tolérante sous ‘Abd al Rahmân III en Andalousie, on oublie les persécutions contre les chrétiens avant, et après par les dynasties berbères almoravides et almohades, y compris contre les juifs et les musulmans eux-mêmes. Là encore les dés sont pipés: on exagère à dessein un certain passé culturel qu'on a besoin d'idéaliser aujourd'hui pour faire bonne figure. L'ignorance dont je parlais, masquée, fait qu'on se laisse berner par les apparences constamment trompeuses avec l'islam qui est un syncrétisme d'éléments païens (les djinns, la Ka‘ba), manichéens (prophétisme gnostique refaçonné hors de l'histoire réelle, avec Manî le ‘sceau des prophètes'), juifs (Noé, Abraham, Moïse, David, Jésus… mais devenus musulmans avant la lettre et ne fonctionnant pas du tout pareil: Salomon est prophète et parle avec les fourmis…), et chrétiens (Jésus a un autre nom ‘Îsâ, n'est ni mort ni ressuscité, mais parle au berceau et donne vie aux oiseaux d'argile…). La phonétique des noms fait croire qu'il s'agit de la même chose. Sans parler des axes profonds de la vision coranique de Dieu et du monde: Dieu pesant qui surplombe et gère tout, sans laisser de place réelle et autonome à ce qui n'est pas Lui (problème fondamental de manque d'altérité dû à l'hyper-transcendance divine sans l'Alliance biblique). Alors si nous avons ‘le même Dieu' chacun le voit à sa façon et, pour se rassurer, croit que l'autre le voit pareil… C'est l'incompréhension totale et la récupération permanente dans les relations mutuelles (sans le dire bien sûr: il faudrait oser décoder). Si l'on reconnaît parfois quelques différences pour paraître lucide, on est la plupart du temps (et sans le dire) sur une tout autre planète mais on se rassure mutuellement qu'on fait du ‘dialogue' et qu'on peut donc dormir tranquilles".

Et de fustiger le "dialogue de salon, faussement consensuel".  "On fait accréditer que l'islam est ‘abrahamique', que ‘nous avons la même foi', que nous sommes les religions ‘du Livre', et que nous avons le ‘même' Dieu, que l'on peut prier avec les ‘mêmes' mots, que le chrétien lui aussi doit reconnaître que Muhammad est «prophète» et au sens fort ‘comme les prophètes bibliques' et que le Coran est ‘révélé' pour lui au sens fort «comme la Bible» alors qu'il fait pourtant tomber 4/5e de la doctrine chrétienne… Et nous nous découvrons, par ce forcing déshonnête, que «nous avons beaucoup de points communs»! C'est indéfendable. Ces approximations sont des erreurs importantes. On entretient la confusion qui arrange tout le monde: les musulmans et les non-musulmans. C'est du pacifisme: on masque les réalités de nos différences qui sont bien plus conséquentes que ce qu'on n'ose en dire, et tout cela par peur de nos différences. On croit à bon compte que nous sommes proches et que donc on peut vivre en paix, alors qu'en fait on n'a pas besoin d'avoir des choses en commun pour être en dialogue. Ce forcing est l'expression inavouée d'une peur de l'inconnu de l'autre (et du retard inavoué de connaissance que nous avons de lui et de son chemin). Par exemple, la liberté religieuse, droit de l'homme fondamental, devra remettre en cause la charia (organisation islamique de la vie, notamment en société) . Il va bien falloir en parler un jour entre nous. On en a peur: ce n'est pas «politiquement correct». Donc ça risque de se résoudre par le rapport de force démographique… et la violence future dans la société française. Bien sûr on n'est plus dans cette période ancienne, mais la charia est coranique, et l'islam doit supplanter toutes les autres religions (Coran 48,28; 3,19.85; et 2,286 récité dans les jardins du Vatican devant le Pape François et Shimon Pérès en juin 2014). D'ailleurs Boumédienne, Kadhafi, et Erdogan l'ont déclaré sans ambages".

Et d'analyser : "L'islam, comme Dieu, doit être victorieux et gérer le monde dans toutes ses dimensions. L'islam est globalisant. Les musulmans de Chine ou du sud des Philippines veulent faire leur Etat islamique… Ce n'est pas une dérive, mais c'est la cohérence profonde du Coran. C'est incompatible avec la liberté religieuse réelle. On le voit bien avec les musulmans qui voudraient quitter l'islam pour une autre religion ou être sans religion: dans leur propre pays islamique, c'est redoutable. De même, trois versets du Coran (60,10; 2,221; 5,5) obligent l'homme non musulman à se convertir à l'islam pour épouser une femme musulmane, y compris en France, pour que ses enfants soient musulmans. Bien sûr tout le monde n'est pas forcément pratiquant, et donc c'est une question de négociation avec pressions, y compris en France où personne ne dit rien. On a peur. Or aujourd'hui, il faut dire clairement qu'on ne peut plus bâtir une société d'une seule religion, chrétienne, juive, islamique, bouddhiste… ou athée. Cette phase de l'histoire humaine est désormais dépassée par la liberté religieuse et les droits de l'Homme. La laïcité exige non pas l'interdiction mais la discrétion de toutes les religions dans l'espace public car les autres citoyens ont le droit d'avoir un autre chemin de vie. Ce n'est pas la tendance coranique où l'islam ne se considère pas comme les autres religions et doit dominer (2,193; 3,10.110.116; 9,29.33)" .

La "couverture du numéro spécial de Charlie Hebdo commémorant les attentats du 7 janvier, tiré à un million d'exemplaires représente un Dieu en sandales, la tête ornée de l'œil de la Providence, et armé d'une kalachnikov. Il est désigné comme «l'assassin [qui] court toujours» ? " Il y a là un tour de passe-passe inavoué. Ne pouvant plus braver la violence islamique, Charlie s'en prend à la référence chrétienne pour parler de Dieu en islam. Représenter Dieu serait, pour l'islam, un horrible blasphème qui enflammerait à nouveau le monde musulman. Ils ont donc choisi de montrer un Dieu chrétien complètement déformé (car en fait pour les chrétiens, le Père a envoyé le Fils en risquant historiquement le rejet et la mort blasphématoire en croix: le Dieu chrétien n'est pas assassin, bien au contraire). Mais il faudrait que les biblistes chrétiens et juifs montrent, plus qu'ils ne le font, que la violence de Dieu dans l'Ancien Testament n'est que celle des hommes mise sur le dos de Dieu pour exprimer, par anthropomorphismes et images, que Dieu est fort contre le mal. Les chrétiens savent que Dieu est amour (1Jn 4,8.16), qu'amour et tout amour. La manipulation est toujours facile, même au nom de la liberté... Toutes les civilisations ont légitimé la violence, de manières diverses. Donc personne n'a à faire le malin sur ce sujet ni à donner de leçon. Il demeure cependant que les cohérences doctrinales des religions sont variées. Chacune voit ‘l'Ultime' (comme dans le bouddhisme sans Dieu), le divin, le sacré, Dieu, donnant sens à tout le reste: vision du monde, des autres et de soi-même, et le traitement de la violence en fait partie. C'est leur chemin de référence. Muhammad, objectivement fondateur historique de l'islam, a été chef religieux, politique et militaire: le prophète armé, reconnu comme le «beau modèle» par Dieu (33,21) ; et Dieu «prescrit» la violence dans le Coran (2,216.246) et y incite (8,17; 9,5.14.29.73.111.123; 33,61; 47,35; 48,29; 61,4; 66,9…), le Coran fait par Dieu et descendu du ciel par dictée céleste, étant considéré par les musulmans comme la référence achevée de la révélation; les biographies islamiques du fondateur de l'islam témoignent de son usage de la violence, y compris de la décapitation de plus de 700 juifs en mars 627 à Médine. Et nos amis de l'islam le justifient. Et selon la règle ultra classique de l'abrogation (2,106), ce sont les versets les derniers qui abrogent ceux qui seraient contraires ; or les derniers sont les intolérants quand Muhammad est chef politique et militaire. Ce n'est pas une dérive. Quand, avec Saint Augustin, le christianisme a suivi le juriste et penseur romain païen Cicéron (mort en 43 avant Jésus-Christ) sur l'élaboration de la guerre juste («faire justement une guerre juste» disait-il), il n'a pas suivi l'esprit du Christ. Gandhi, lisant le Sermon sur la Montagne de Jésus (Mt 5-7), a très bien vu et compris, mieux que bien des chrétiens, que Dieu est non-violent et qu'il faut développer, désormais dans l'histoire, d'autres manières dignes de l'homme pour résoudre nos conflits. Car il s'agit bien de se défendre, mais la fin ne justifie pas les moyens, surtout ceux de demain qui seront toujours plus terriblement destructeurs. Mais les chrétiens qui ont l'Evangile dans les mains ne l'ont pas encore vraiment vu. Ces dérives viennent bien des hommes mais non de Dieu qui au contraire les pousse bien plus loin pour leur propre bonheur sur la terre. Pour en juger, il faut distinguer entre les dérives (il y en a partout), et les chemins de référence de chaque religion: leur vision de Dieu ou de l'Ultime. Au lieu de faire lâchement l'autruche, les non-musulmans devraient donc par la force de la vérité («satyagraha» de Gandhi), aider les musulmans, gravement bridés dans leur liberté (sans les juger car ils sont nés dans ce système contraignant), à voir ces choses qui sont cachées aujourd'hui par la majorité ‘pensante' cherchant la facilité et à garder sa place. Le déni de réalité ambiant dominant est du pacifisme qui masque les problèmes à résoudre, lesquels vont durcir, grossir et exploseront plus fort dans l'avenir devant nous. Il est là le vrai dialogue de paix et de salut contre la violence, l'aide que l'on se doit entre frères vivant ensemble", conclut François Jourdan.

« Il nous faut accepter ces différences avec compétence et le courage de se dire que nous ne sommes pas pareils, et que ce n’est pas une offense que de le reconnaître, mais au contraire le respect de nos identités réelles. Le dialogue est alors possible », a estimé François Jourdan, prêtre eudiste, islamologue, docteur en théologie, en histoire des religions et en anthropologie religieuse et premier délégué du diocèse de Paris pour les relations avec l’islam (1998-2008), dans Islam et Christianisme, comprendre les différences de fond" (Editions du Toucan, 2015).

En 2013, Arte avait diffusé « Juifs & musulmans - Si loin, si proches », série documentaire « islamiquement correcte » de Karim Miské.

Auteurs des séries documentaires Corpus Christi, L’origine du christianisme et L’Apocalypse, Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, écrivains et cinéastes, se sont attelés à la série « Jésus et l’islam » non dénuée d'ambiguïtés terminologiques : les personnages appelés dans la série et dans ses communiqués « Abraham », « Marie » et « Jésus » sont-ils les personnages bibliques ou ceux coraniques dénommés « Ibrâhim », « Maryam », « Mariam », ou « Meryem », et « ʿĪsā » ou « Aïssa » ?

Diffusée à l’approche de Noël, cette série révèle les difficultés du dialogue inter-religieux avec l’islam, et de celui entre chrétiens et musulmans. Mais est-ce le même dialogue ?

Sept épisodes
Pourquoi et comment « Jésus, figure fondatrice du christianisme, occupe-t-il une place exceptionnelle dans le Coran ? À partir de cette question, Gérard Mordillat et Jérôme Prieur enquêtent sur les origines et la genèse de l’islam auprès de vingt-six des plus grands spécialistes mondiaux, y compris des chercheurs de tradition musulmane : des historiens des débuts de l’islam, des philologues, des épigraphistes, des historiens du christianisme oriental, des historiens du judaïsme rabbinique et des spécialistes de l’histoire du Coran ». Citons parmi ces chercheurs : Jacqueline Chabbi, Angelika Neuwirth, François Déroche, Christian Julien Robin, Claude Gilliot, Michael Marx, Holger Zellentin, Mehdi Azaiez, Hichem Djaït, Mohammad Ali Amir-Moezzi, Asma Hilali. Curieusement, un grand nombre de ces experts collaborent à des universités occidentales. Pourquoi n'avoir pas aussi interrogé des experts critiques, tel l'abbé Alain Arbez, le père François Jourdan ?

Les sept épisodes de « Jésus et l’islam » « prennent pour point de départ une lecture minutieuse de tous les termes de deux versets de la sourate IV du Coran, évoquant à leur manière la crucifixion de Jésus « en apparence », avant d’ouvrir peu à peu la discussion à toutes les questions que pose le texte, tant dans ses dimensions théologiques que littéraires et historiques. C’est au carrefour des trois formes du monothéisme, dans la continuité du judaïsme de Moïse et du judéo-christianisme de Jésus, que nous mène cette enquête qui cherche à reconstituer l’émergence de l’islam dans une région païenne, très marquée pourtant par les influences bibliques et la proximité des églises syriaques ».

Déjà, ce résumé laisse pantois. Religion adamique – « pacte entre Allah et Adam » -, l’islam ne s’inscrit pas dans la continuité biblique. Si dans le judaïsme ou l’islam, le monothéisme est unitaire, le christianisme est caractérisé par un monothéisme trinitaire – les chrétiens sont dénommés « associateurs » en islam. En outre, la péninsule arabique était peuplée de Juifs érudits, commerçants.

Cette série non didactique et ennuyeuse est diffusée dans un ordre peu compréhensible. La distinction entre sourates mecquoises et médinoises aurait gagné à être expliqué dès le premier épisode.

En outre, cette série révèle la difficulté de la critique du Coran : la plupart des experts interviewés se limitent à une paraphrase ou à une citation de sourates.

Elle débute par un point de désaccord majeur entre christianisme et islam. Celui-ci « n'admet pas que Jésus ait pu mourir en croix, mais préfère imaginer qu'il aurait été enlevé par Dieu (Coran, IV, 157-158) » (Rémy Brague).

Premier voletLa crucifixion selon le Coran  : « Dans la sourate IV, versets 157 et 158, le Coran, "texte sacré", relate la crucifixion de Jésus de manière très différente de la tradition chrétienne. Jésus y est crucifié « en apparence ». Ceux qui ont assisté à la scène auraient-ils été victimes d’une illusion ? Quelqu’un d’autre aurait-il été crucifié à sa place ? Jésus est-il vraiment mort sur la croix ? »

Précédés et suivis par des versets hostiles aux Juifs, ces deux versets sont post-hégire, c’est-à-dire postérieurs au départ de Mahomet, accompagnés de ses disciples, de La Mecque pour s’installer à Médine :
« 157. et à cause leur parole : « Nous avons vraiment tué le Christ, Jésus, fils de Marie, le Messager d'Allah »... Or, ils ne l'ont ni tué ni crucifié; mais ce n'était qu'un faux semblant ! Et ceux qui ont discuté sur son sujet sont vraiment dans l'incertitude : ils n'en ont aucune connaissance certaine, ils ne font que suivre des conjectures et ils ne l'ont certainement pas tué.
158. mais Allah l'a élevé vers Lui. Et Allah est Puissant et Sage  ».
Rappelons que les Juifs n’ont jamais revendiqué avoir tué Jésus, et que sa crucifixion a été une peine infligée par les Romains. Comment expliquer le récit de la crucifixion du Christ ? Sosie ou illusion collective ? Deux siècles après la mort de Mahomet, certains musulmans ont avancé, sans base textuelle, le nom d'autres individus ayant été crucifiés à la place de Jésus.

Issa est le "dernier envoyé d'Allah avant Mahomet". L'islam allègue que "les Juifs ont trahi le pacte irrévocable".

« Ce Issa n’est pas le Jésus des Évangiles. Il n’est pas mort sur la croix, nous dit le Coran. Il n’est en tout cas pas un Fils de Dieu, puisque Allah n’est pas père, et comme il n’y a pas de péché, il n’y a pas de rédemption ni de salut… Au jour de la résurrection, Issa en personne portera un témoignage d’accusation contre les juifs et les chrétiens qui ont cru à sa mort en croix (4.159). Issa « brisera la croix » - ce qui veut dire abolira le christianisme -, « tuera les porcs » - dans la culture islamique, les porcs sont associés aux chrétiens, et les singes aux Juifs. Tuer les porcs est donc une manière d’annoncer leur anéantissement - et abolira la taxe imposée aux infidèles soumis, ce qui signifie que le jihad a repris contre les juifs et les chrétiens vivant sous l’islam, et que ceux-ci devraient se convertir sous peine de mort ou d’esclavage. Telle est donc la tâche finale d’assainissement que le musulman Issa devra accomplir, lorsqu’il reviendra dans les derniers jours ! Allah détruira alors toutes les religions, à l’exception de l’islam... On peut constater à quel point l’islam est diamétralement opposé au cœur du message chrétien et des références bibliques qui le sous-tendent. Pas d’alliance, pas d’amour, pas de péché, pas de rédemption, pas de salut, mais avant tout : une loi, la charia, c’est-à-dire des règles à observer pour ne pas fâcher le souverain céleste », a précisé l’abbé Alain Arbez.

Deuxième voletLes gens du Livre : « D’après la sourate IV du Coran, « les gens du Livre » – en l’occurrence, dans le contexte, les juifs – revendiquent la mort de Jésus. Contrairement à l’Histoire, ils affirment qu’ils l’auraient crucifié. Pourquoi cette invraisemblance ? Pourquoi cette auto-accusation ? Et pourquoi le Coran polémique-t-il autant avec les juifs d’Arabie, alors qu’il se montre fidèle à la tradition biblique ? »

Cette revendication est un élément, d'origine chrétienne et vivace en Arabie au VIIe siècle, de la polémique entre Mahomet et les Juifs de son temps. Le "Coran désigne Jésus par Aissa, ibn Mariam (fils de Marie), et al-Massi, celui qui a reçu l'onction en arabe. Jésus n'est pas conçu comme le messie attendu par les Juifs."

Le "thème des Juifs assassins des prophètes est un topos courant dans la littérature chrétienne syriaque". En "se voulant le successeur de Jésus, Mahomet peut espérer rallier les chrétiens à sa cause". Le "Coran reprend la littérature anti-juive, et polémique avec les chrétiens, contre l'idée de faire de Jésus le fils de Dieu". A l'époque du Prophète, la communauté chrétienne devait être la plus importante au Moyen-Orient. Jésus est aussi un rival pour Mahomet, il est un personnage ambivalent". Le "Coran tient à condamner les Juifs. Il y a vraiment une invective contre les Juifs. Il y a une tentative de convaincre les chrétiens de rejeter leur enseignement sur le Christ".

Holger Zellentin considère le Coran comme "anti-rabbins" de son temps, et non comme antijuif. Le Coran "dénonce le mauvais enseignement qu'ils professent, le trop grand nombre de lois".

Le Coran contient des "références au Talmud et à la tradition midrashique". Un expert évoque les rapports parfois tendus entre Dieu et le peuple Juif dans la Bible pour déduire l'existence d'un "antijudaïsme biblique" dans le Coran !?

Troisième voletFils de Marie : « Le Coran accorde une place éminente à Marie, la seule femme dont il cite le nom. Pourquoi Jésus est-il toujours présenté comme « fils de Marie » ? Quelles sont les implications de cette expression, qui semble relayer « la terrible calomnie » dont Marie aurait été l’objet ? Pourquoi passe-t-elle pour être la sœur d’Aaron et de Moïse, alors qu’un millénaire les sépare ? »

L'expression "fils de Marie" véhicule l'accusation calomnieuse de fornication, d'adultère ou de prostitution portée contre elle. Il "n'y a pas de Joseph dans ce récit" coranique, alors que les Évangiles de Matthieu et de Luc mettent en scène Joseph. La naissance miraculeuse de Issa survient selon le Coran non dans "une étable, mais sous un palmier, près d'une source". La "place de Marie dans les Apocryphes, c'est le terreau du Coran". "A cette époque, en Arabie, il y avait un culte marial considérant la Vierge comme une espèce de déesse".

Myriam/Marie ? Confusion entre deux personnages bibliques ou mise en place d'"une filiation mythique" ?

Quatrième voletL’exil du Prophète : « Pourquoi l’exil de Mahomet de La Mecque à Médine (l’hégire) fonde-t-il l’ère musulmane ? Permet-il d’opérer la distinction entre les sourates mecquoises et les sourates médinoises ? Peut-on reconstituer la chronologie du Coran ? Que sait-on historiquement de Mahomet ? Ses appels au monothéisme, ses annonces de la fin des temps et du jugement divin expliquent-ils son exil de La Mecque à Médine ? »

L'Hégire marque l'avènement du Mahomet, chef politique et chef de guerre, dont la date de naissance demeure inconnu. "La Mecque était païenne... La religiosité de Mahomet et de sa tribu ? L'alliance à une divinité. La révélation se fait à La Mecque. Cette tribu rejette cette révélation, et Mahomet se réfugie à Médine", selon une chercheuse. L'exil se produit en 622. "Médine était une ville-oasis divisée en deux tribus. Ce prophète-étranger est devenu un arbitre de leurs différends qu'il a résolus par sa religion. Il a consulté l'oumma, la communauté des croyants". Un accueil si favorable ? "C'est contraire à la vraisemblance". Un chercheur perçoit l'influence de Byzance. "Mohammed appartient à une ville victorieuse contre l'Ethiopie. Il devait avoir un rayonnement personnel". L'Hégire a "peut-être été un épisode humiliant, Mohammed ayant quitté de nuit La Mecque".

L'exégèse islamique accorde une grande importance à cette distinction entre sourates mecquoises et médinoises, celles-ci étant "longues et aux thématiques de management de la communauté (juridiques, règles de vie). Avec l'émergence d'un premier Etat musulman à Médine, apparaissent les pourparlers avec les tribus Arabes et juives, la politique. Comment lire le Coran ? Les" premières sourates sont des dialogues entre Mahomet et son Dieu, les gens de La Mecque ne sont pas présents. Plus tard viennent les polémiques, les menaces". Ajoutons le classement stylistique". Le "Coran est un texte sacré, mais pas une source historique", estime une chercheuse.

Il convient de rappeler le principe islamique de l'abrogation : en cas de contradiction entre deux versets, le verset le plus récent (médinois) abroge celui qui lui est antérieur (mecquois). Et les versets plus récents sont problématiques notamment par leur appel à la violence et à la haine des Juifs.

Cinquième voletMahomet et la Bible : « Le Coran fait de nombreuses références à la Bible hébraïque et aux textes chrétiens, notamment les évangiles apocryphes. D’où Mahomet tirait-il ce savoir ? Avait-il un ou plusieurs informateurs, comme le suggère le Coran ? Alors que la Tradition musulmane insiste sur le contexte païen des débuts de l’islam, la présence de Jésus dans le Coran est-elle la trace d’influences judéo-chrétiennes ? »

Les "114 sourates du Coran ont été assemblées selon une chronologie et une logique qui nous échappent". Nous "n'avons pas de textes antérieurs au Coran en provenance d'Arabie. Il nous manque les textes religieux sur cet environnement. Nous avons des tas de sources pour la Palestine, mais rien sur la péninsule arabique". Notre "handicap est l'ignorance du contexte" du Coran, "parole révélée par Dieu en arabe pur". Le mot "Coran" n'est pas typiquement arabe, mais d'origines araméenne et syriaque.

A Médine, ville située sur un grand axe de communication, sur "l'ancienne route de l'encens", "vivaient trois tribus juives et deux tribus" polythéistes. Le Coran désigne les chrétiens sous le vocable de "Nazaréens". L'origine de ce mot ? Dans le Nouveau Testament, un passage se réfère aux disciples de Jésus comme "Nazaréens". Les "judéo-chrétiens" ont du essaimer, notamment en Syrie. Un "christianisme arabophone a existé tôt". Le "syriaque est à l'origine un dialecte araméen. Il a joué un rôle essentiel".

L'islam "a un succès considérable à ses débuts. Les gens le distinguent mal du christianisme dont il reprend des thèmes - aumône, charité -, Jésus. Ce qui explique son succès, avec la coercition".

Au début du VIIIe siècle, l'empire musulman s'étend sur de vastes territoires.

Sixième épisodeLa religion d’Abraham : « Mahomet a-t-il voulu créer une nouvelle religion ? Pourquoi l’islam se veut-il la religion d’Abraham ? Pourquoi Mahomet se situe-t-il dans la longue lignée des prophètes, juste après Jésus ? Est-ce pour cette raison que les noms de Mahomet et de Jésus apparaissent ensemble sur l’inscription du Dôme du Rocher à Jérusalem ? Pourquoi l’islam a-t-il été considéré comme une hérésie du christianisme ? »

Liée à l’ONU, l’Alliance des civilisations (ADC) « a établi un Plan de mise en œuvre (2007-2009), divisé en deux parties, Cadre Stratégique et organisationnel et un Programme d’action axé surtout sur quatre domaines : les jeunes, l’éducation, les médias, la migration… Un des projets de l’ADC intitulé Abraham’s Path (Le chemin d'Abraham) créé par l’université de Harvard consiste à élaborer « le concept d’une grande route permanente de tourisme et de pèlerinage qui suivrait les traces du prophète Abraham dans plusieurs pays du Moyen-Orient ». Cette formulation est exclusivement islamique car Abraham dans la conception judéo-chrétienne est un patriarche, il n’est pas un prophète musulman, et son itinéraire est différent de l’Abraham coranique », a indiqué l’essayiste Bat Ye’or.

Septième et dernier épisodeLe livre de l’islam: « Dans le Coran, Mahomet est présenté comme un illettré, un pur messager de la parole divine transmise par l’ange Gabriel. Mais comment le texte a-t-il pris forme ? Comment a-t-il été transmis oralement puis fixé par écrit ? Comment Mahomet peut-il être considéré comme l’auteur du Coran, ce premier monument de la littérature arabe ? »

Succès d'audience
ARTE s'est "réjoui de l’accueil réservé" à cette série dont le premier épisode diffusé en prime time a réalisé une excellente audience en réunissant 1 156 000 téléspectateurs soit 4.3 %" de part d'audience (pda) selon Mediamat/Mediametrie. "Il s’agit de la quatrième meilleure audience en nombre de téléspectateurs de l’année pour un prime time du mardi. La soirée entière composée des 3 premiers épisodes réalise également une très belle performance avec en moyenne 858 000 téléspectateurs et une pda de 3.9 %. Dans le détail, le deuxième épisode a réuni 795 000 téléspectateurs (3.3% de pda) et le troisième 616 000 (3.9 % de pda).  Le lancement de la série est également un beau succès en Allemagne avec environ 500 000 téléspectateurs en moyenne sur l’ensemble de la soirée. Les trois épisodes ont cumulé plus de 40 000 vidéos vues en France et en Allemagne".

"Par ailleurs, à 20h05, le magazine 28 minutes présenté par Elisabeth Quin a également réalisé un record d’audience avec 3 % de pda et 795 000 téléspectateurs. Il s’agit de la meilleure audience du magazine depuis son lancement. Gérard Mordillat et Jérôme Prieur en étaient les premiers invités. La seconde partie de l’émission était consacrée à la Lybie".

Un succès d'audience révélant la curiosité des téléspectateurs, vraisemblablement marqués par les attentats terroristes du 13 novembre 2015.

« Jésus et l’islam » de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur
ARTE FRANCE, ARCHIPEL 33, Denis Freyd, CNC, BnF, France, 2012-2014
La crucifixion selon le Coran  (Die Kreuzigung im Koran) : le 8 décembre 2015 à 20 h 55 (53 min)
Les gens du Livre  (Die Leute des Buches) : le 8 décembre à 21 h 50 (52 min)
Fils de Marie  (Der Sohn Marias) : le 8 décembre à 22 h 40 (52 min)
L’exil du Prophète  (Das Exil des Propheten) : le 9 décembre à 23 h (53 min)
Mahomet et la Bible  (Mohammed und die Bibel) : le 9 décembre à 23 h 55 (53 min)
La religion d’Abraham  (Die Religion Abrahams) : le 10 décembre à 22 h 25 (53 min)
Le livre de l’islam  (Das Buch des Islam) : le 10 décembre à 23 h 20 (52 min)  
        
Visuels : © Archipel 33/François Catonné

Articles sur ce blog concernant :
Les citations sur la série sont d'Arte et des chercheurs interviewés. Cet article a été publié le 8 décembre 2015.

vendredi 29 juillet 2016

Le tourisme israélien cherche à pallier les effets de l'opération Bordure protectrice en 2014


Malgré la crise économique, les boycotts visant l’Etat Juif et la guerre contre le Hamas, les touristes se rendent en Israël. Par un marketing ciblé segmentant les publics, en développant une offre variée en termes notamment de destinations, de modes d'hébergement et de loisirs, en tenant compte du souci des touristes pour la nature et sa préservation, le ministère israélien du Tourisme a réussi en 2009 à attirer 2,7 millions de visiteurs, 3,53 millions de touristes en 2013, 3,3 millions de visiteurs en 2014 et 3,1 millions de touristes en 2015. L'Etat d'Israël veut réglementer le tourisme médical. 
L'activité touristique est un secteur clé de l’économie israélienne : en 2013, elle a représenté 11 milliards de dollars. La dépense moyenne d'un touriste visitant l'Etat d'Israël s'est élèvée en 2011 à 1 325 dollars.

Dafka (malgré tout, en hébreu)
Le nombre de touristes arrivant en Israël a augmenté depuis 1948 : 47 000/an dans les années 1950, 1,9 million en moyenne de 2000 à 2011. Depuis le refondation de l'Etat d'Israël, 62 millions de touristes se sont rendus en Israël, dont 84% depuis les années 1980.

La crise touristique la plus sérieuse affrontée par cet Etat est survenu au tournant du XXe au XXIe siècles.

 L'espoir d'essor touristique rapide en Israël en 2000 a été bouleversé par l'apparition de l'Intifada II (2001-2003).

Le 6 mars 2002, l’Office national israélien du tourisme (ONIT) avait accueilli son ministre, Binyamin Eilon, pour une conférence de presse. Après un constat lucide, le discours avait été confiant et prospectif. Preuves de ce dynamisme affiché : les actions ciblées de marketing direct vont sensibiliser ceux attachés particulièrement à Israël, dafka (malgré tout, en hébreu)... Et avec des résultats espérés dans le court terme.

« Ma situation est paradoxale. C’est difficile pour le membre d’un gouvernement de quitter, même brièvement, son pays en guerre. Et comme ministre, j’ai en charge un domaine qui suppose la tranquillité et le soleil. Cette guerre se livre sur trois fronts : politique, militaire et psychologique. Ne pas avoir peur est impossible. Il faut faire en sorte que la vie continue », avait annoncé Binyamin Eilon, en présence de responsables français et israéliens du tourisme.

Jusqu’en septembre 2000, 2000 s’annonçait une année record, notamment avec la visite du Pape. Lancée par Arafat, l’Intifadah II a brisé cet élan. En 2000, 2,7 millions de touristes étrangers ont visité Israël, dont 204 000 Français. En 2001, ils étaient 1,3 million, dont 135 000 Français. La baisse est plus sévère chez les catholiques que pour les protestants. En 2001, la part des Juifs parmi les touristes s’est élevée à 50-60%, contre 20-30 % auparavant.

« Le tourisme est à la fois un facteur important du PIB et de l’état d’esprit des Israéliens. Les dommages directs - manques à gagner pour les hôtels, licenciements, etc. - se sont élevés à 2,4 Mds USD. Ceux indirects sont difficiles à estimer. 180 Mns € ont été consacrés à des aides à ce secteur. Seuls les budgets israéliens de la Défense et du tourisme n’ont pas été réduits », constatait Binyamin Eilon.

Comment lancer une grande campagne pour favoriser le tourisme en Israël dans une situation de crise grave ? Grâce à celle prônant le tourisme intérieur, 2001 a été une année record depuis 1948. A la mer Morte, le nombre des visiteurs a cru de 10% grâce à la présence des Israéliens. Pour les touristes étrangers, avancer comme arguments « le soleil et la mer, c’est insuffisant. Il faut s’adresser de préférence à ceux qui veulent aller dafka, pour voir leurs familles, ce qui se passe et contribuer à sauver l’économie israélienne. Nous avons besoin de leurs présences. A Pâques, l’activité touristique va reprendre  », notait M. Eilon. « Avec la stabilité monétaire apportée par l’euro, les touristes européens se rendront compte des baisses de prix », prédisait Roby Harly, directeur général de cet Office cinquantenaire au budget promotionnel de 3,5 millions d’euros en 2001, contre 2,3 millions en 2000. S’il a réduit les budgets promotionnels scandinaves, le ministre « a augmenté ceux des Etats-Unis, du Royaume-Uni, et surtout de la France. Celui consacré à la CEI va croître aussi : même si la population est pauvre, le réservoir touristique est important ». C’est une campagne de terrain vers les communautés juives régionales et les Eglises qu'allait entreprendre l’ONIT. Cette promotion énergique allait conserver l’affichage dans le métro sur Eilat, une « niche spéciale » qui a attiré 16 700 touristes français en 2001 (+100% en un an). Priorité était donnée aux produits ciblés auprès de publics motivés et spécifiques. Ainsi, les campagnes évoqueront les vertus thérapeutiques de la mer Morte. Ou rappelleront qu’Israël, « terre de la Bible, est unique ...»

La reprise touristique observée dans les années suivantes a été interrompue au second semestre 2006 (Deuxième guerre au Liban) et au début de 2009 (conséquences de l'Opération Plomb durci).

Environ 2,7 millions de visiteurs se sont rendus en Israël en 2009 : 10% sont originaires de France - 3e provenance après les Etats-Unis et la Russie - ; 58% sont chrétiens et les juifs représentant 34% du nombre de touristes.

« Partez plus loin que prévu ! »
De janvier à mars 2010, Israël a été la destination de 747 000 touristes - objectif en 2012 : 4 millions de touristes (loisirs, pèlerinages, séjours d’affaires) - et a enregistré une augmentation de +25% en provenance de France.

Environ 1,6 million de touristes ont visité Israël au cours du premier semestre 2010, soit une hausse de 39% par rapport à la même période en 2009 et de 10% par rapport aux six premiers mois de 2008, année record. Ce qui a induit une manne – hors voyage aérien – de 1,55 milliard de dollars (+35% par rapport au premier semestre 2009). Et ce qui résulte d’intenses campagnes ciblées de publicité et de marketing.

De cet intérêt, témoigne aussi la fréquentation du site Internet du ministère israélien du tourisme : 2,7 millions d’Internautes, surtout des Etats-Unis, de Russie, d’Allemagne, d’Italie, de France et du Royaume-Uni. Un ministère qui entend favoriser un revirement perceptible  chez les Israéliens : l’arraisonnement de la « flottille de la paix » a incité nombre d'entre eux à substituer comme destination de vacances d’autres destinations à la Turquie. Et notamment leur pays.

En 2010, près de 3,45 millions de touristes se sont rendus en Israël, soit une augmentation de 14% par rapport à 2008, année record. Aux premiers rangs des sites les plus fréquentés, deux lieux situés à Jérusalem : le Kotel ou Mur des Lamentations (77% des touristes s'y sont rendus) et  l'église du Saint-Sépulcre (61% à des touristes l'ont visitée).


Plus des deux tiers des visiteurs sont chrétiens, et 23% sont juifs. Un cinquième des visiteurs viennent des Etats-Unis, le reste des touristes sont originaires de Russie, de France, du Royaume-Uni et d'Allemagne. De France, sont partis 287 017 touristes (+ 10 % sur un an) et de Belgique 34 342 (+ 34 % par rapport à 2009).
En 2011, 3,4 millions de touristes ont visité Israël. L’activité touristique est évaluée à 65,6 milliards de shekels (13,3 milliards d’euros), ce qui représente 7,5% du PIB, soit une hausse de 5% par rapport à 2010.  
92% des touristes arrivés en Israël en 2011 y sont restés moins d'un mois ; la durée moyenne de leur séjour était de 8,1 jours. 
Les atouts de l’Etat d’Israël ? La situation géographique, la diversité des paysages, l’histoire, le lien profond et plurimillénaire entre la diaspora juive et Eretz Israël, un climat modéré, le tourisme religieux, un positionnement sur des secteurs économiques (high-tech) ou identitaires (LGBT attirés par la vie nocturne à Tel-Aviv).

Le ministère israélien du Tourisme a démultiplié l’offre touristique en six segments variés : le tourisme religieux - un tiers des entrées en 2008, année de la visite du Pape Benoît XVI -, le tourisme de santé et de remise en forme, le tourisme de détente et sportif, le tourisme culturel, le tourisme durable et le tourisme d’affaires qui, en 2011, représente 11% du nombre total des arrivées.


En 2012, le Premier ministre et le ministre du Tourisme ont axé leur nouvelle stratégie d’essor sur la hausse des subventions à l’édification « d’hôtels et d’attractions touristiques, la formation du personnel du secteur, la promotion des espaces de détente urbains - rues piétonnes, réfection d’anciens quartiers -, des parcs naturels, des régions périphériques et des zones commerciales, le développement du réseau routier et des aires de parking, la rénovation et la restauration des sites archéologiques et des plages, l’illumination des monuments et des bâtiments publics ».

L’objectif de cette stratégie – « en 2011, 34 millions d’euros d’investissements plus 40 millions d’euros d’incitations diverses - est d’attirer cinq millions de touristes par an dès 2015 et de construire 19 000 chambres supplémentaires, la capacité hôtelière du pays étant au bord de la saturation à certaines périodes de l’année ».
Il y a « encore peu de groupes étrangers implantés en Israël sur le marché des hôtels : Accor (six établissements), Starwood (huit hôtels), Club Med ». Manquent encore de nombreux hôtels moyens de gamme pour attirer un public familial.

Les statistiques du tourisme en Israël pour 2012 - 3,5 millions de visiteurs, soit une hausse de 4% par rapport à 2011 - ont suscité la polémique.

En septembre 2013, Uzi Landau, ministre israélien du tourisme, a exprimé son souhait de créer un programme similaire à Taglit-Birthright Israël et visant les jeunes chrétiens évangéliques afin de contribuer à augmenter le tourisme chrétien dans l’Etat Juif.



Il a expliqué : « Les chrétiens ont eux aussi un problème avec leur nouvelle génération. Nous cherchons à nous rapprocher de ce public afin de générer tourisme et soutien à Israël au retour au foyer, qu’ils deviennent nos ambassadeurs et ne voient pas Israël via les yeux de CNN ». Le ministre espère que des philanthropes et la communauté chrétienne financeront ce programme.

Lancé en 2000, le programme Birthright a amené plus de 340 000 jeunes Juifs originaires de 62 pays pour des séjours gratuits de dix jours en Israël.

En 2013, 3,53 millions de touristes se sont rendus en Israël, soit une hausse de 0,5% par rapport à 2012. Ce qui a induit un gain pour l'économie israélienne d'environ 40 milliards de shekels (environ 11,42 milliards de dollars).

En 2014, le tourisme israélien a été affecté par l'Opération Bordure protectrice, et par l'interdiction de vols de la FAA, abrogée, et de l'EASA. Après avoir visé quatre millions de touristes pour 2012, il a espéré accueillir cinq millions de touristes dès 2015. Au premier semestre 2015, le nombre de touristes est légèrement inférieur à celui de la même période en 2014.

Le tourisme de France vers Israël
Concernant le tourisme de France vers Israël – 280 000 touristes en 2008, 265 000 en 2009 -, une évolution s’est amorcée voici deux ans : la part des visiteurs français âgés de 35 à 50 ans (« jeunes familles ») est passée de 51% (2007) à 61% (2009), celle des touristes d’origine juive a diminué en 2008 (70%) par rapport à 2007 (82%) avant d’atteindre 82% en 2009.

En 2009, les chrétiens ont représenté environ un septième des touristes. Sur Facebook, il était possible de suivre la visite de 1 800 étudiants catholiques français en Israël.

Les régions visitées ? Principalement Jérusalem (53%), ville jugée par les lecteurs de Travel and Leisure, magazine de l’American Express, comme la plus belle cité d’Afrique et du Moyen-Orient en se fondant sur six critères (paysages, cultures/arts, restaurants/nourriture, gens, shopping, valeur) - et Tel-Aviv (42%), qui occupe la troisième place de ce sondage. Puis viennent Netanya (23%), Eilat/mer Morte (18%), Tibériade (10%), Galilée (7%), Haïfa (3%).

Quant au « tourisme vert », il permet de découvrir des sites naturels exceptionnels par des sentiers de randonnées, des parcours pour cyclistes, etc.

Et les maisons d’hôte sont de plus en plus prisées comme un mode alternatif d’hébergement au séjour en hôtel. Le tsimer est un chalet de charme ou un gîte rural doté d'un niveau de confort élevé et dans des paysages variés, notamment dans le Nord du pays.

« Les touristes français restent longtemps en Israël (10-15 jours). Nous allons créer plusieurs milliers de chambres aux prix moyens », a déclaré Albert Benabou, directeur de l’ONIT (Office national israélien de tourisme), le 11 mai 2010 devant une assistance nombreuse. Parmi celle-ci : le père Patrick Desbois, directeur du Service national pour les relations avec le judaïsme, et de hauts responsables des principaux voyagistes. Avec ceux-ci, l'ONIT a conclu des accords afin de promouvoir Israël dans leurs programmes et offres de voyages.

L'Opération Bordure protectrice
Le 8 juillet 2014 a débuté l'opération militaire israélienne Bordure protectrice contre le Hamas dans la bande de Gaza.

Depuis le 22 juillet 2014, des dizaines de vols pour Tel Aviv sont annulés.

Directeur de l’Association des tours opérateurs israéliens, Ami Etgar évalue entre 30 et 40% la chute des revenus de la saison estivale. « Le tourisme israélien était en pleine croissance, l’opération (militaire à Gaza) a mis fin à cela. Nous ne savons toujours pas à quel point (la chute) sera importante, ça dépendra comment tout cela va se terminer et combien Israël investira dans son marketing. On a déjà subi un impact négatif pour juillet et août, et s’il n’y a plus de vols sur Israël la situation va bien sûr se détériorer encore », a-t-il déclaré à l’AFP (Agence France Presse).

Les  chiffres sont en berne : le taux d’occupation des hôtels atteint 30%, contre 70 à 80% lors des étés sans guerre. Manquent des visiteurs étrangers, notamment des pèlerins, sans qu'ils soient remplacés par des touristes israéliens car des dizaines de milliers de réservistes dans l’armée ont été appelés.

« Les pertes de revenus pour l’industrie du tourisme dans son ensemble, de juillet à septembre, va atteindre 2,2 milliards de shekels (644 millions de dollars, 478 millions d’euros), dont 500 millions de shekels uniquement pour les hôtels », estime Shmouel Tsourel, de l’Association israélienne de l’hôtellerie.

Le 22 juillet 2014 au matin, une roquette tirée par le Hamas depuis la bande de Gaza s’est écrasée à environ un mile (1,6 km) de l'aéroport international Ben Gourion de Tel-Aviv qui "assure 90% des entrées et sorties d'Israël" et est protégé par le Dôme de fer qui intercepte 90% des missiles lancés par le Hamas en  Israël.

La FAA (Federal Aviation Administration, Administration fédérale aéronautique) a suspendu pendant 24 h sa desserte de cet aéroport. Ce qui a représenté l'annulation de 160 vols.

Les autorités israéliennes ont réagi promptement par une "augmentation des vols du transporteur aérien national, El Al, l’ouverture d’un aéroport à Ovda, à 60 kilomètres d’Eilat, à l’extrême-sud du pays". Parallèlement, "le gouvernement de Benjamin Netanyahu s’est efforcé de convaincre les dirigeants étrangers de la sécurité de l’aéroport Ben Gourion protégé par l’efficace système de défense anti-aérien Iron Dome dont l’armée estime à 90% le taux de réussite".

"Israël a une épée sur son cou : affronter une zone sans vol du secteur privé ou accepter un cessez-le-feu qui laisse le Hamas conserver ses roquettes et donc fermer l'aéroport Ben Gourion de nouveau au moment de son choix. C'est une proposition perdant-perdant", a analysé Eugene Kontorovich dans Commentary (22 juillet 2014). 

Michael Bloomberg, milliardaire américain et ancien maire de New-York, a annoncé le 23 juillet 2014 qu'il prenait l'avion pour Tel Aviv en solidarité avec Israël, et inviter les Etats-Unis à permettre aux compagnies aériennes américaines de desservir à nouveau l'Etat Juif. Sur son compte Twitter, l'ancien maire de New York a indiqué qu'il embarquera dans un avion de la compagnie israélienne El Al "pour démontrer que c'est sûr de voler vers et depuis Israël" et exprimer sa "solidarité avec le peuple israélien". Il déplorait "les restrictions américaines de vols" qualifiées d'erreurs et de "surréactions", qui pénalisaient l'Etat d'Israël et accordaient au "Hamas une victoire et une récompense imméritée pour avoir attaqué Israël et devraient être levées immédiatement". Ce pilote exhortait la FAA de suspendre sa décision et de permettre aux compagnies aériennes de se rendre en Israël. A son arrivée à l'aéroport Ben Gourion, il twittait qu'il était en Israël pour "montrer son soutien au droit d'Israël à se défendre". Accueilli à l'aéroport par le Premier ministre israélien, il surenchérissait sur cet aéroport, "le mieux protégé au monde". Dans son article Why I Flew to Israel publié par son site d'informations, Michael Bloomberg explique sa décision. Tout d'abord, le gouvernement israélien a adopté des "précautions sécuritaires additionnelles". Ensuite, le Hamas ne désire rien moins que la fermeture de cet aéroport, "isolant Israël de la communauté internationale et causant des dommages graves à son économie". En outre, "fermer l'accès à l'infrastructure des principaux réseaux face à des menaces terroristes peut être contre-productif. C'est ce que j'ai appris de mon mandat de maire de la  ville de New York. Après que des terroristes aient essayé de faire exploser une bombe à Times Square, je me suis rendu au restaurant dans ce lieu le soir suivant pour diner - et j'ai invité le monde à m'y rejoindre... Et nous avons répondu aux conséquences dévastatrices des attaques du 11 septembre en ouvrant les rues du Lower Manhattan aussi vite que nous l'avons pu. A chaque fois, nous avons refusé de permettre à la possibilité d'attentats additionnels de nous dissuader de poursuivre notre vie quotidienne. Au lieu de cela, nous avons investi énormément en ressources et en personnel pour empêcher des attentats et protéger l'infrastructure cruciale, comme Israël l'a fait, et nous avons demandé au monde de nous soutenir en visitant New York City, ce qu'on fait les gens en grand nombre. Bien sûr, la situation à New York est différente de celle en Israël, un pays qui est visé par des attaques quotidiennes. Mais arrêter les vols vers Israël n'est pas seulement inutile pour protéger les vies américaines, mais aussi contre-productif pour faire avancer les intérêts américains pour marginaliser le Hamas et amener la paix dans la région. Lors de mon bref séjour en Israël, j'ai rencontre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le Président Shimon Peres et le maire de Jérusalem Nir Barkat. Je les ai remerciés pour leur soutien après les attaques du 11 septembre et leur ai offert mon fort soutien pour leurs actions en réponses aux attaques du Hamas. Chaque pays a le droit de défendre ses frontières de ses ennemis, et la décision d'Israël de pénétrer dans la bande de Gaza pour détruire les tunnels et les roquettes qui menacent sa souveraineté a été entièrement justifiée".

Le 23 juillet 2014, l'EASA (European Aviation Safety Agency, Agence européenne de sécurité aérienne) a publié un bulletin "recommandant fortement d'éviter l'aéroport Ben Gourion jusqu'à plus ample information" en raison de la "situation potentiellement hasardeuse créée par le conflit armé en Israël et à Gaza". Cette recommandation "s'appliquait à toutes les lignes aériennes européennes".

C'est la première fois depuis la guerre du Golfe en 1990-1991, "lorsque l'Irak de Saddam Hussein avait tiré des dizaines de missiles vers la région de Tel-Aviv", que des mesures si drastiques ont visé Israël.

Ces autorités et compagnies américaines et européennes ont vraisemblablement été influencées par le crash du vol MH17 de la Malaysia Airlines le 17 juillet 2014, dans des circonstances controversées au-dessus de l'Ukraine.

Conséquences : quasiment toutes les grandes compagnies aériennes internationales, sauf British Airways et El Al, ont annulé leurs vols vers/d'Israël jusqu'au 24 juillet, en arguant de la sécurité des passagers. Ces décisions ont pénalisé l'économie du tourisme, en pleine saison estivale ou hausse saison. 

"La fermeture de l'espace aérien israélien est une grande victoire pour la résistance, et le couronnement de l'échec d'Israël", s'est réjoui le porte-parole du Hamas, Sami Abou Zouhri, le 23 juillet 2014. 

Mais pour Ted Cruz, sénateur républicain du Texas, l'interdiction de la FAA aurait été liée à une intervention de l'administration Obama qui aurait ainsi institué un "boycott économique" d'Israël, une pression afin que cet Etat accepte les exigences de la diplomatie du Président Obama, c'est-à-dire un cessez-le-feu à des conditions défavorables à l'Etat Juif. Ted Cruz s'étonne que la FAA n'a édicté aucune interdiction de vols aéronautiques visant le Pakistan, l'Ukraine, le Yémen ou l'Afghanistan. Et de dénoncer le timing de cette décision et l'aide humanitaire de 47 millions de dollars promise la semaine dernière par John Kerry pour Gaza, et qui ira au Hamas. "Aider le Hamas tout en isolant Israël d'une part aide notre ennemi, et d'autre part pénalise notre allé", a résumé ce membre du Congrès.

Le sénateur Ted Cruz a déclaré : "Etant donné qu'environ 2 000 roquettes ont été tirées vers Israël depuis les six dernières semaines, dont un grand nombre à Tel Aviv, il semble curieux de choisir hier à midi pour annoncer une interdiction de vol. De plus, les tours opérateurs ont annulé 30% de leurs réservations. Cette décision de l'agence fédérale de régulation affecte sérieusement un secteur économique clé. Malgré la remarquable prospérité et résilience de son économie, Israël a été vulnérable au chantage économique. Dans les années 1970, le boycott de la Ligue arabe a tenté de punir toute institution financière qui faisait des affaires avec Israël. Aujourd'hui, nous avons les efforts similaires du mouvement BDS (Boycott Désinvestissement Sanction). Mais l'administration Obama a refusé de dénoncer avec fermeté cet effort pour affaiblir notre allié. Au contraire, le Secrétaire d'Etat John Kerry a proféré une menace voilée en février 2014 quand il a encouragé les boycotts d'Israël et dit qu'en l'absence de concessions israéliennes sérieuses à la table de négociations, la prospérité économique israélienne n'était "pas durable" et "illusoire". Le Secrétaire Kerry a malheureusement repris ce thème en avril 2014, quand il a menacé qu'Israël devienne un "Etat apartheid" s'il ne se soumettait pas à sa solution à la crise israélo-palestinienne".

Ce sénateur a adressé cinq questions à l'administration Obama : "La décision de la FAA était-elle une décision politique dictée par la Maison Blanche ? Si elle était fondée sur la sécurité aérienne, pourquoi seul l'Etat d'Israël a-t-il été désigné, alors que des vols sont autorisés en Afghanistan, Pakistan et au Yémen ? Quelle analyse "de sécurité" de la FAA a mené à l'interdiction de vols vers Israël, alors que sont toujours autorisés des vols vers l'Ukraine où un avion de ligne commerciale a été abattu par un missile BUK ? Quelles communications spécifiques sont survenues entre la FAA et la Maison Blanche, ainsi que le Département d'Etat ? Pourquoi de telles communications ont-elles été nécessaires, s'il s'agissait seulement de sécurité aérienne ? S'agit-il d'une question sécuritaire, ou a-t-on utilisé une agence fédérale de régulation pour punir Israël et tenter de le forcer à se conformer à l'exigence du Secrétaire Kerry qu'Israël arrête son effort militaire pour supprimer la capacité des roquettes du Hamas ? Quand le Secrétaire Kerry est arrivé au Caire cette semaine son premier acte a été d'annoncer une aide supplémentaire de 47 millions de dollars pour Gaza, en fait pour le Hamas. Aider le Hamas tout en isolant Israël induit deux choses : premièrement cela aide notre ennemi, et deuxièmement cela pénalise notre allié. Jusqu'à l'obtention de réponses à ces questions sérieuses, les faits suggèrent que le Président Obama a recouru à une agence fédérale de régulation pour lancer un boycott économique d'Israël pour contraindre notre allié à se conformer à ses exigences de politique étrangère. Dans cette hypothèse, le Congrès devrait exiger des réponses". 

Vice-porte-parole du Département d'Etat, Marie Harf a nié toute intervention et a qualifié les déclarations de ce sénateur proche du mouvement conservateur Tea Party de "ridicules et blessantes" (“ridiculous and offensive”) : "La FAA a pris ses responsabilités très sérieusement. Je parlerai en son nom dans ce cas. Elle a pris ces décisions en se fondant uniquement sur la sécurité des citoyens américains". 

Le 23 juillet 2014, la FAA a renouvelé pendant 24 h sa mesure, en indiquant collaborer avec le gouvernement israélien pour évaluer la situation sécuritaire évolutive. Puis, elle a annoncé lever son interdiction de desservir cet aéroport de Tel-Aviv, tout en maintenant sa surveillance de la situation aux alentours de l'aéroport israélien afin de prendre d'éventuelles mesures si nécessaires.

Le 24 juillet 2014, l'EASA a révisé sa recommandation en se fondant sur les informations "fournies par la Civil Aviation Authority (CAA) d'Israël et en coordination avec la FAA". Cette agence européenne "continue d'attirer l'attention de la communauté aéronautique sur la nécessité de surveiller étroitement les risques pour la sécurité des vols civils internationaux". Elle a recommandé aux Autorités aéronautiques nationales (NAA) de fonder leurs décisions pour les vols en direction et en provenance de l'aéroport international de Tel Aviv en Israël sur des évaluations exhaustives du risque, en particulier en recourant à l'analyse du risque effectuée par les opérateurs. L'EASA demeurera en contact étroit avec la CAA israélienne qui s'est engagée à soutenir et informer les NAA et opérateurs immédiatement à propos de tout changement de la situation actuelle en Israël".

La position des compagnies aéronautiques des différentes pays européens ? Air France maintient son interdiction dans l'attente de la levée des consignes de la DGAC (Direction générale de l'aviation civile). Les firmes allemandes Lufthansa et Air Berlin ont maintenu leur suspension de vols. La britannique EasyJet a repris ses vols dès le 24 juillet 2014. Le vol par une compagnie suédoise reliant le 24 juillet au matin Stockholm et Tel-Aviv a été annulé. Le vol Copenhague/Tel-Aviv du 25 juillet est maintenu. La compagnie polonaise LOT a suspendu ses vols vers Israël jusqu'au 28 juillet, "tout comme la compagnie hongroise Wizzair qui dessert l'État hébreu depuis Vilnius (Lituanie)". La compagnie lettone airBaltic a  interrompu ses vols à la différence de la tchèque Czech Airlines qui les a conservés. "Austrian Airlines, ainsi que la scandinave SAS ont souligné qu'elles réexamineraient la situation ce 24 juillet 2014". Les compagnies russe Aeroflot et roumaine TAROM ont repris leurs vols le 23 juillet après les avoir annulés la veille.

Les vols de la firme israélienne El Al se sont poursuivis.

Le sénateur républicain Ted Cruz a ironisé sur la réponse de Marie Harf niant toute intervention politique sur la FAA tout en parlant au nom de cette agence. Il a maintenu le 24 juillet 2014 ses demandes de communications entre la Maison Blanche, le Département d'Etat et la FAA. "Grâce au Freedom of Information Act (liberté donnée à chaque citoyen d’avoir accès à l’information fédérale, donc aux documents), la Maison Blanche sait que Ted Cruz peut se faire communiquer toutes les communications, échanges d’emails, d'ordres, d'expertises et de réponses qui ont précédé la décision" de la FAA. Ted Cruz s'est engagé à bloquer tous les candidats du Département d'Etat jusqu'à ce qu'il obtienne les réponses à ses cinq questions, dont celle pour savoir si cette décision était motivée par la politique et qui exactement a réalisé l'appel final pour arrêter les vols".

"Nous avons mené de vastes consultations avec le gouvernement américain, ainsi qu'avec nos agents gens sur le terrain à Tel Aviv (...) et nous pensons qu'il est sûr de voler et c'est pourquoi nous rétablissons nos vols", a déclaré un porte-parole de United Airlines le 24 juillet. Après un retard de 17 minutes, le vol United 84 a décollé à 17 h 01 de Newark pour rejoindre Tel Aviv.

Le 24 juillet 2014, le ministère israélien des Transports a lancé une opération afin de rapatrier les touristes israéliens en Turquie. En raison de l'annulation par des compagnies aériennes des vols vers Israël et du refus d'Ankara d'autoriser un avion d'El Al à atterrir dans ses aéroports, ces touristes vont rejoindre par avions Athènes (Turquie) afin d'être pris en charge par les firmes israéliennes El Al et Arkia et ramener en Israël. La "compagnie aérienne turque Turkish Airlines a prolongé la suspension des vols vers Israël le 24 juillet pour 24 heures supplémentaires.

Le 25 juillet 2014 matin, après le tir de roquettes sur Tel Aviv, l'avion du vol AC84 d'Air Canada de Toronto a effectué des cercles au-dessus de l'aéroport de Tel Aviv avant d’atterrir, une fois l'espace aérien sécurisé. Il a été retardé de dix minutes. L'armée israélienne avait intercepté deux roquettes tirées de la bande de Gaza par le Hamas. Ce vol était le premier d'Air Canada depuis la suspension des vols. Il a quitté Tel Aviv à 14 h, heure locale. La compagnie aérienne a asséné : "La sécurité de nos passagers et de notre équipage est notre top priorité. Et nous continuerons à surveiller la situation."

La firme aérienne égyptienne "Air Sinaï" a maintenu ses vols vers Israël. La décision de poursuivre les vols a vraisemblablement été prise au plus haut niveau du gouvernement égyptien afin d'adresser un message fort au Hamas, honni par le président al-Sissi, selon le site israélien d'informations Calcalist.

Les compagnies Air France et Lufthansa n'ont pas rétabli leurs liaisons vers Israël le 25 juillet 2014. Cette compagnie allemande devrait reprendre les vols desservant Israël le 26 juillet.

"La décision américaine est pour Israël très grave, quand on sait que son principal lien avec l'extérieur est aérien, tant par ses conséquences humaines, sociales, économiques, que par le signal symbolique qu'elle envoie à la planète. Elle a fait que des milliers d'Israéliens se sont retrouvés bloqués sur les aéroports occidentaux tandis que des milliers de personnes étaient réduites à l'impuissance à l'aéroport Ben Gourion", constate le professeur Shmuel Trigano le 25 juillet 2014. Et d'analyser la "portée symbolique et imaginaire " : "C'est de facto un blocus que des nations occidentales imposent à l'Etat juif, un enfermement, qui équivaut à une mise au ban sur le plan mondial. Il génère nécessairement pour les Israéliens un sentiment d'enfermement et d'étouffement et pour les Juifs du monde occidental la rupture du lien vivant avec Israël. La question n'est pas seulement politique. On ne peut s'empêcher de déceler ici un dispositif mental qu'on a vu à l'œuvre en France ces 14 dernières années, quand, face au communautarisme arabo-musulman, on a préféré condamner le "communautarisme" juif.  Est-ce que les Etats occidentaux se vengent sur Israël de leur démission devant Poutine pour le bombardement de l'avion de la Malaysia Airlines en Ukraine? cet acte réveille surtout  les souvenirs de l'abandon des Juifs durant la deuxième guerre mondiale. L'ombre du ghetto, aux dimensions planétaires cette fois, se profile. Il réveille la mémoire de la fuite des Juifs des pays arabes, pour les uns empêchés de partir et attendant des jours et des jours l'ouverture des frontières, pour les autres pressés de fuir par tous les moyens pour éviter la mort que leur réservaient les nouveaux maîtres. L'acte américain, suivi de près par les pays européens (dont la France et là on ne s'explique pas pourquoi Air France atterrit toujours à Damas!) matérialise ce que nous pressentons depuis plusieurs années dans cette tendance à mettre Israël au ban des nations et dont la campagne mondiale "BDS" (Boycott Désinvestissement Sanction) de l'Autorité palestinienne est le bras armé. Hier sa démarche devant le conseil des droits de l'homme de citer Israël à comparaître pour "crimes de guerre" est de la même trempe. Le spectre de l'extermination des Juifs hante toujours les nations. La seule différence avec hier c'est que l'Etat juif est souverain".

Statistiques en 2014
En 2014, le tourisme israélien a été affecté par l'Opération Bordure protectrice, et par l'interdiction de vols de la FAA, abrogée, et de l'EASA. Après avoir visé quatre millions de touristes pour 2012, il a espéré accueillir cinq millions de touristes dès 2015. Au premier semestre 2015, le nombre de touristes est légèrement inférieur à celui de la même période en 2014.

En mai 2014, la chaîne Direct 8 sur la TNT a diffusé le dimanche, à 8 h 45, sur six semaines, la série documentaire Israël à la croisée des mondes présentée par l'acteur-réalisateur Pascal Elbé et produite par la chaîne cryptée Canal +.

Malgré l’opération Protective Edge (Bordure protectrice), et en raison d’une importante augmentation du nombre des touristes au premier semestre 2014, le nombre de touristes en 2014  – 3,3 millions de visiteurs - demeure similaire à celui de 2013 : soit une baisse de 7% sur un an. Ont été enregistrées 2,9 millions d’entrées – hors les visiteurs d’un jour -, en baisse de moins d’un pourcent sur un an.

Sur les 3,3 millions de visiteurs, 2,5 millions sont entrés en Israël par avion (78%), une diminution de 2% par rapport à 2013. Environ 400 000, soit 12%, sont venus en passant des frontières terrestres, soit une augmentation de 5% comparée à 2013. Le secteur des croisières a été le plus affecté par l’Opération Bordure protectrice.

Comme les années précédentes, les touristes des Etats-Unis représentent la plus grande part des touristes en Israël avec 626 000 visiteurs en 2014, soit 19% de l’ensemble des touristes et un pourcent de plus qu’en 2013. La deuxième place est tenue par les touristes de Russie avec 597 000 visiteurs, en baisse de 6%, et la troisième place par ceux de France avec environ 301 000 visiteurs (-5% par rapport à 2013). Suivent les touristes d’Allemagne (196 000, et -23% sur un an) et du Royaume-Uni (179 000, soit -18% sur un an). Autres pays : l’Italie (122 000 visiteurs, -29% par rapport à 2013), l’Ukraine (132 000), la Pologne (79 000, -12% sur un an), le Canada (66 000, -7% sur un an), les Pays-Bas (52 000, - 8% sur un an).

Les caractéristiques du tourisme en Israël sont :
- 56 % des touristes étaient chrétiens – 41% catholiques, 26% protestants et 22% Russes orthodoxes -, 24% juifs, et 20% composés de touristes affiliés ou non à d’autres religions ;
- 58% des touristes sont des premiers visiteurs, et 42% des visiteurs habitués ;
- 58% ont défini leur séjour comme un voyage touristique, 23% ont rendu visite à des amis et familles, 21% comme élément d’un pèlerinage, 11% ont assisté à des conventions ou ont effectué un voyage d’affaires ;
- 64% des touristes ont séjourné en hôtels, 22% chez des amis ou dans leurs familles, 6% en appartements loués ou achetés, 5% en auberges de jeunesse...

La ville la plus visitée par les touristes est Jérusalem (82%), suivie par Tel Aviv-Jaffa (67%), la mer Morte (54%), Tibériade et son lac appelé aussi mer de Galilée (38%), et la Galilée (34%).

Les sites les plus visités : le Kotel (74%), le quartier Juif de Jérusalem (68%), l’Eglise du Saint-Sépulcre (59%) et la Via Dolorosa (53%) ainsi que le mont des Oliviers (52%).

Les taux de satisfaction des touristes étrangers ont varié de très bon à excellent (4,3 sur 5), et par ordre décroissant les sites archéologiques (4,5), les visites guidées et guides touristiques (4,4) et la sécurité personnelle (4,3). En fin de liste : les taxis (3,4).

La contribution du tourisme à l’économie s’élève à environ 41 milliards de shekels, en légère baisse par rapport à 2013. L’industrie du tourisme emploie, directement ou indirectement, environ 200 000 personnes, soit 6% des employés israéliens. Le nombre des employés de l’économie israélienne résultant des activités touristiques totales avoisine 110 000 en 2014, dont un tiers travaille dans les hôtels.

En 2014, 360 hôtels ont travaillé en Israël, soit près de 49 610 chambres : 75 hôtels avec 9 800 chambres à Jérusalem, 50 hôtels à Eilat avec 11 000 chambres, 57 hôtels avec 7 100 chambres dans la région de Tel Aviv, 15 hôtels dans la zone de la mer Morte avec plus de 4 000 chambres, et 49 hôtels avec 6 300 chambres à Tibériade. Sur les 22 millions de nuitées enregistrées dans les hôtels israéliens en 2014 (- 1% par rapport à 2013), 13 millions (59% du total) concernaient des Israéliens (+1% par rapport à 2013).

Le tourisme intérieur a induit un chiffre d’affaires de 12 milliards de NIS (+2% par rapport à 2013).

Lors de l'opération Bordure protectrice, l'Office du tourisme israélien en France a axé sa communication sur les médias communautaires français et sur Internet en communiquant sur les observations des touristes en Israël.

Il organise aussi des voyages de presse en Israël afin de montrer la variété et la richesse des offres touristiques en Israël.

Tourisme médical
En plein essor au niveau mondial, le tourisme médical s'avère une niche privilégiée pour Israël.

En 2014, Le Medical Tourism Index (MTI) a classé Israël au 3e rang des destinations du tourisme à motivation médicale, derrière le Canada et le Royaume-Uni, devant Singapour et le Costa Rica.

"Dans le classement des 25 destinations les plus populaires du tourisme médical du MTI [l’indice du tourisme médical], Israël se place en premier dans la catégorie du meilleur service, meilleur soin et meilleure expérience pour les patients et se classe troisième dans le classement général. Les meilleurs endroits pour les soins de santé, classement fondé sur les soins, coût, commodité, services, et autres agréments touristiques – en partant du principe que les patients souhaitent allier tourisme médical et tourisme tout court – sont le Canada, le Royaume-Uni, Israël, Singapour et le Costa Rica".

Chaque année, Israël accueil 50 000-60 000 touristes médicaux, majoritairement originaires de Russie ou d’Europe de l’Est. Le nombre de touristes médicaux américains, souvent intéressés par les traitements orthopédiques, s'élève à un millier. « Bien sûr, les patients ne peuvent pas reprendre l’avion une fois qu’ils ont reçu les soins. Ils ont besoin de s’octroyer quelques semaines de repos et récupérer. Et même en incluant le coût de l’hôtel pour la période de convalescence et le prix du billet d’avion, les patients peuvent économiser près de 25 à 35 % sur le prix qu’ils auraient payé pour des soins équivalents aux Etats-Unis », explique Stuart Katz, expert en tourisme médical.

Selon le ministère israélien de la Santé, ce tourisme médical génère - toutes dépenses comprises - 140 à 250 millions de dollars en 2012. Selon The Medical Travel Journal [Journal des voyages médicaux], les hôpitaux publics israéliens ont reçu 291 millions de shekels en accueillant des touristes médicaux en 2012.

Les facteurs d'attractivité d'Israël ? La qualité des soins par le personnel (para)médical, des laboratoires modernes, des équipements hautement spécialisés, un environnement agréable pour les soins post-opératoires, une localisation idéale, la présence de la mer Morte riche en sels minéraux. En outre, les médecins israéliens, notamment en chirurgie esthétique, exercent leur métier à l'étranger, notamment à Chypre.

Statistiques en 2015
Après avoir visé quatre millions de touristes pour 2012, le tourisme israélien a espéré accueillir cinq millions de touristes dès 2015. Mais, s'il a récupéré de l'opération Bordure protectrice (2014), il a enregistré une légère baisse de 3% par rapport à 2014. En 2015, l'Etat d'Israël a recensé 3,1 millions de touristes.

Le nombre de touristes en Israël a renoué au premier semestre 2015 avec celui de 2013. Au cours du premier semestre 2015, le tourisme national a permis de pallier en partie à la désaffection de touristes étrangers. "Plus de 5.9 millions de nuits d'hôtel ont été réservées par des Israéliens contre 4.1 millions par des touristes venus de l'étranger, soit une baisse de 25% par rapport à la même période en 2014. Le taux d’occupation des hôtels était en moyenne de 59%, - 9% par rapport au premier semestre 2014 : 54% à Jérusalem, soit une baisse de 22% par rapport" à 2014 "et de 71% à Tel Aviv, soit une diminution de 6%". Selon l'IHA (Israel Hotel Association), cette crise du tourisme a généré une perte de 2,7 millions de nuitées en Israël, soit une perte de revenus pour les hôtels de 1,2 milliards de NIS. Le tourisme a alors généré 9,9 milliards de dollars.

"2,7 millions de nuits d'hôtel en moins ont été réservées par des visiteurs étrangers par rapport à 2014. Cette baisse a coûté 1,2 milliard de shekels aux hôtels (240 millions d'euros environ). Il s'agit de la plus grave crise survenue dans le secteur du tourisme depuis dix ans", a affirmé Bar-Nir, dirigeant de l'IHA.

Les pertes enregistrées - des centaines de millions de dollars en mai 2015 - ont été en partie induites par la la crise économique en Russie et la crise politique en Ukraine. Les touristes russes "sont les plus nombreux à visiter Israël, suivis de près par les Français. Toutefois, depuis la chute du rouble, dont la valeur a diminué de plus de 45% cette année, notamment après les sanctions imposées à Moscou par les pays occidentaux, le nombre de touristes russes a considérablement basculé".

De janvier à juillet 2015, 1,65 million de touristes étrangers sont arrivés en Israël, soit 13% de moins que la même période en 2014 et 1,6% de moins à celle en 2013. En juillet 2015, 245 000 touristes étrangers ont séjourné en Israël, soit une baisse de 26% par rapport à juillet 2014. En juillet 2013, ce nombre s'élève à 246 000.

Le 7 juillet, Ryanair, compagnie aérienne à bas coûts (ultra low cost), a déclaré qu’elle assurerait six vols hebdomadaires, dès novembre 2015, depuis Budapest (Hongrie), Kaunas (Lituanie) et Cracovie (Pologne) afin de desservir Ovda, située près d'Eilat, ville balnéaire israélienne bordant la mer Rouge. Seront transportés 40 000 passagers par an. A Eilat, un habitant sur deux vit du tourisme. Au "premier trimestre 2015, le nombre de séjours touristiques à Eilat a chuté de plus de 50 %. Pour renverser la tendance, le gouvernement israélien s’est engagé, en avril, à verser une prime de 45 euros par passager à toute compagnie aérienne qui desservirait la station via des liaisons directes".

En juillet 2015, 279 000 touristes sont entrés en Israël, contre 294 000 en juillet 2013 et 18 000 en juillet 2014, lors de l'opération militaire Bordure protectrice.

Cette baisse résulte du coût élevé d'un séjour en Israël et de la situation sécuritaire, notamment les effets de l'opération Bordure protectrice (été 2014).

"Le Forum mondial de l’économie affirme que le prix moyen d’une chambre en 2013/2014 est de 200 dollars la nuit, ce qui place Israël en dix-neuvième place des destinations les plus chères du monde rapportait le Times of Israel". "Un classement publié en mai par le Forum économique mondial sur la compétitivité des voyages et du tourisme plaçait Israël au 72e rang sur 141. Selon cet indice, le pays souffre de son instabilité géopolitique mais aussi de ses prix très élevés. L’Etat hébreu se distingue même comme l’une des destinations les plus chères du monde, pointant à la 136e place du classement. Une nuit d’hôtel y est en moyenne plus onéreuse qu’au Japon, en Allemagne ou aux Etats-Unis".

Président de l'IHA, Eli Gonen a demandé le 9 août 2015 au Premier ministre Benjamin Netanyahu de mettre en vigueur les recommandations de 2012 d'un comité gouvernemental visant à diminuer le coût de la visite en Israël pour des touristes étrangers, notamment l'élimination de la régulation et la réduction des obstacles à la construction de nouveau hôtels. Des mesures qui selon Gonen accroîtraient la  concurrence et réduiraient les tarifs des hôtels.

« La seule chose qui peut relancer la machine, c’est une énorme opération marketing à laquelle on allouerait des moyens financiers bien plus importants. Le vrai problème d’Israël, c’est le fossé entre l’image du pays et la réalité des faits. Des campagnes de publicité doivent souligner que ce que nous avons à offrir aujourd’hui, c’est en fait le calme et une combinaison unique de sites religieux, culturels et balnéaires », estime Eli Gonen.

Pour faire baisser les prix, le ministère du tourisme veut accélérer la construction de nouveaux hôtels grâce à une simplification des procédures. Il pousse aussi à une classification normalisée des établissements hôteliers de une à cinq étoiles, aujourd’hui quasi inexistante.

L'industrie touristique représente 7% du PIB israélien.

En 2015, le tourisme a enregistré une hausse du nombre de touristes venant des Etats-Unis, de France et de Grande-Bretagne, ainsi qu'une augmentation de. 32% du nombre de visiteurs d'un jour et de 16% des croisières. La moitié des touristes venaient pour la première fois en Israël. Avec 50 000 visiteurs chinois, le tourisme a cru de 43% avec la Chine et le ministère espère doubler ce nombre en 2018. L'Inde s'avère aussi un marché prometteur : le nombre de touristes indiens a augmenté de 13% en 2015 et représente environ 40 000 visiteurs. L'objectif est d'atteindre 80 000-100 000 en 2018.

Amir Halevi, directeur général du ministère du Tourisme a déclaré : "Le monde entier affronte une réalité géo-politique nouvelle. Le terrorisme a atteint des lieux jadis considérées comme des lieux sûres de tourisme. Nous devons développer des stratégies tenant compte de cette réalité. Malgré les bouleversements géopolitiques, le tourisme vers Israël a montré une résilience en 2015, avec une baisse de seulement 3% du nombre d'entrées de visiteurs par rapport à 2014. Nous débutons 2016 avec un budget inédit pour le marketing outre-mers et avec une augmentation de la capacité de vols grâce à la politique de cieux ouverts (Open skies policy) et des incitation du ministère du Tourisme pour des vols hivernaux liés à Eilat. Nous projetons d'augmenter l'offre d'hébergement et de réduire les coûts des vacances avec un appel d'offres récemment publié pour une chaîne d'hôtels très économiques et une réforme pour accélérer la construction d'hôtels."

2016
En mars 2016, lors du Salon du tourisme international de Berlin (Allemagne), l'Etat d'Israël a gagné le Prix Expedia - Expedia est un des sites Internet leaders mondiaux de réservation -  pour sa "campagne LGBT innovante" visant les clients de Grande-Bretagne et d'Italie, et en ciblant Tel Aviv.

Le tourisme israélien subit les effets de l'opération Bordure protectrice à l'été 2014, qui avait incité des compagnies aériennes à suspendre leur activité, de la récession économique en Russie, source majeure du tourisme pour Israël, et la vague d'attentats terroristes islamistes palestiniens au couteau depuis octobre 2015. Au premier trimestre 2016, 593 000 touristes sont arrivés en Israël. Un nombre similaire à celui de 2015, mais en baisse de 17% par rapport à la même période en 2014.

En avril 2016, le ministère israélien du tourisme a lancé une campagne d'incitation financière afin que des compagnies aériennes étrangères ouvrent de nouvelles lignes en Israël. Cette initiative est dotée d'un budget de 50 millions de shekels, soit 13,25 millions de dollars. Le ministère espère attirer un supplément de 500 000 touristes en Israël. Un surplus notable aux 3,1 millions de touristes en Israël chaque année. Le programme entrera en vigueur le 1er novembre, et concerne les compagnies ayant des avions d'au moins 145 passagers. Ces compagnies peuvent obtenir 3 millions d'euros (3,4 millions de dollars) si elles assurent des destinations multiples. Le ministère a retenu 39 points de départs perçus comme marchés touristiques potentiels pour Israël. Une liste non contraignante. Mais l'aéroport de départ doit se situer à au moins 120 km d'un aéroport desservant déjà le marché israélien, et ce, afin d'éviter une concurrence entre routes existantes et nouvelles. Cette liste comprend Shanghai, Bristol, trois villes en Allemagne, Belfast en Irlande du nord et des villes en Norvège et Pologne. Les campagnes publicitaires doivent être dirigées vers des touristes étrangers et non vers les Israéliens se rendant à l'étranger. Les transporteurs intéressés seulement par la saison hivernale doivent s'engager pour une saison d'au moins 19 semaines. Ceux opérant par vols hebdomadaires obtiendront une aide de 100 000 euros, et ceux aux vols bi-hebdomadaires recevront une aide doublée.

En juillet 2016, le ministère israélien de la Santé va réguler le tourisme médical dans les hôpitaux israéliens. Selon diverses estimations, ce tourisme fait gagner aux cliniques privées de cent à trois cents millions de dollars par an. La nouvelle régulation vise à assurer que les patients israéliens ne figurent pas après ceux étrangers dans les listes d'éligibilité à des procédures médicales et qu'une partie de l'argent induit par ce tourisme médical est affecté à l'aide aux patients israéliens. En outre, les hôpitaux se livrant à cette activité devront éditer un rapport sur leur tourisme médical. Un rapport distinct de celui sur leur activité globale. Si des hôpitaux ont recouru au tourisme médical au dépens des Israéliens, ils seront sanctionnés par un arrêt, temporaire ou définitif, de ce tourisme médical. Les agents de tourisme et les agences de voyage se livrant au tourisme médical devront s'inscrire auprès du gouvernement.

Chaque année, des dizaines de milliers de patients, notamment de l'ex-Union soviétique, effectuent le tourisme médical en Israël.

Lors du premier semestre 2016, le nombre de nuitées de touristes étrangers (4,1 millions de nuitées) est similaire à celui du premier semestre 2015, soit en baisse de 24% par rapport à celui 2014 (5,5 millions de nuitées). Le taux d'occupation s'élève en 2016 à 60%, soit une baisse de 9% par rapport au premier semestre 2014. Il est particulièrement faible à Jérusalem, Tel Aviv et Nazareth. Herzliya a enregistré une hausse du nombre de nuitées de touristes étrangers de janvier à juin 2016 par rapport à la même période en 2014. Ce qui peut être expliqué pour partie par le succès des sites Internet Airbnb qui mettent en rapport des propriétaires d'appartements ou de maisons en Israël et des touristes cherchant des locations peu onéreuses. Président du syndicat des hôteliers, Noaz Bar-Nir espère que le gouvernement israélien lancera une campagne publicitaire vantant le tourisme en Israël.


Brochures et infographies
Akko/Saint-Jean d'Acre:  vieille muraille et promenade le long de la mer Méditerranée
Tel-Aviv et ses plages méditerranéennes
Jérusalem : Kotel (mur occidental du Temple) et Dôme du rocher
Réserve naturelle de Tel Dan

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié en une version plus concise dans le numéro de juin 2010 de L'Arche.
Il a été publié le 20 juillet 2010, le 3 juillet 2013, et le:
-  8 septembre 2013 alors qu'Uzi Landau, ministre israélien du tourisme, a exprimé son souhait de créer un programme similaire à Taglit-Birthright Israël et visant les jeunes chrétiens évangéliques afin de contribuer à augmenter le tourisme chrétien dans l’Etat Juif ;
- 18 janvier 2014. Echappées Belles en Israël De Tel Aviv à Jéricho, à 20 h 37 sur France 5. Evoquer les "territoires palestiniens" et "Jérusalem-Est" relève de la propagande anti-israélienne. Quel reportage sur le tourisme au Maroc évoque Ceuta et Melilla, enclaves espagnoles au Maroc, et le Sahara occidental occupé par le Maroc ? Jérôme Pitorin gobe la propagande palestinienne de bonne entente entre chrétiens et musulmans dans les territoires administrés par l'Autorité palestinienne. Ignorance ? Absence de préparation et d'information ? Les chrétiens fuient ces territoires  où ils sont persécutés pour se réfugier en Israël ;
- 24 juillet 2014, 6 janvier et 18 août 2015, 1er avril 2016.
Il a été modifié pour la dernière fois le 27 juillet 2016.