Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

lundi 29 février 2016

Pierre Alechinsky


Peintre, graveur, Pierre Alechinsky est né en 1927 à Schaerbeek (Bruxelles, Belgique). Influencé par la calligraphie japonaise et Jean Dubuffet, cet artiste a créé des œuvres expressionnistes, surréalistes. Ayant acquis 14 œuvres de cet artiste entre 1997 et 2004, le musée-bibliothèque Pierre André Benoit à Alès présente ses nouveaux trésors acquis entre 2012 et 2015. La galerie Lelong réunit des œuvres de cet artiste dans l'exposition "Spires et résumé".


Peintre, graveur, Pierre Alechinsky est né en 1927 dans une famille de médecins à Schaerbeek (Bruxelles, Belgique). Son père est un Juif originaire de Russie.

En 1944, ce gaucher contrarié entre à l'École nationale supérieure d'Architecture et des Arts visuels de La Cambre à Bruxelles pour quatre années d’études. C’est l’époque de sa découverte des surréalistes. Il est membre du groupe Jeune Peinture belge qui regroupe Louis Van Lint, Jan Cox, et Marc Mendelson.

Dans une maison communautaire, les Ateliers du Marais, il crée avec Olivier Strebelle et Michel Olyff, les Ateliers du Marais.

Il fait la connaissance du poète Christian Dotremont, qui a co-fondé en 1948 le groupe CoBrA réunissant des artistes de Copenhague, Bruxelles et d’Amsterdam promoteurs d’un art plus provocateur, plus spontané, aussi loin de l’abstraction que du « réalisme socialiste ». Il rejoint de mouvement qui a pour membres Asger Jorn, Karel Appel, Jan Nieuwenhuys, Karel Appel. Le Stedelijk Museum présente la première exposition du mouvement avant-gardiste.

Après la dissolution du mouvement « CoBrA », Alechinsky se fixe à Paris. Là, il fréquente les surréalistes, approfondit sa technique de la gravure à l’Atelier 17, et noue une amitié avec Alberto Giacometti et Victor Brauner, débute une relation épistolaire avec le calligraphe japonais Shiryu Morita de Kyōto.

En 1954, année de sa première exposition individuelle à Paris, il rencontre le peintre chinois Walasse Ting. 

Au fil des années, il substitue à l’huile l’encre, plus propice à un style spontané, et après ses premiers séjours à New York en 1965, les pigments acryliques, et emprunte la voie de la peinture « à remarques marginales ».

Six ans plus tard, ses œuvres sont présentées dans le pavillon belge de la XXXe Biennale de Venise.
En 1975, il crée avec la Manufacture de Sèvres un service de table. Une commande du Ministère de la Culture. En 1976, il conçoit un service à café.

Inspiration balzacienne
En 2004, la Maison de Balzac a présenté des gravures, des matrices en cuivre, des planches en linoléum et des essais inédits de Pierre Alechinsky illustrant en 1989 le « Traité des excitants modernes » (1839) d’Honoré de Balzac. 

Dans ce livre, Balzac décrit les effets de l'alcool, du café, du thé, du tabac, ainsi que du sucre et du chocolat, « poisons » dont les excès « produisent des désordres graves, et conduisent à une mort précoce ». Auparavant, il a semblé louer certaines drogues inspiratrices. Convaincu par les Hygiénistes, il dénonce désormais les effets néfastes de ces « excitants » sur les êtres – notamment les malformations congénitales induites par l’alcoolisme -, ce qui entraîne « la ruine des pays ». Mais s’il condamne le café, il en demeure un grand consommateur. Il s’interroge surtout sur les « rapports de l'énergie vitale, de la pensée visionnaire et de l'art ».

Pour les textes, Pierre Alechinsky a travaillé en taille directe sur linoléum (amalgame d'huile de lin et de sciure). Pour les hors-textes, il a préféré la gravure à l’eau-forte. En noir, blanc et oranger, il montre par exemple la progression des dégâts - le nuage de fumée qui emplit presque tous les poumons et la surface du dessin – ou use de symboles : l’arbre perd ses feuilles…

« Tout excès se base sur un plaisir que l'homme veut répéter au-delà des lois ordinaires, promulguées par la nature ». 

Le Traité des excitants modernes, enrichi des gravures d'Alechinsky, a été publié par Yves Rivière en 1989. La plupart des œuvres ont été offertes par l'artiste au musée.

Diverses commandes et rétrospectives consacrent Pierre Alechinsky.

Cet artiste a pour fils le poète Ivan Alechine et le sculpteur Nicolas Alquin.



Du 4 février 2016 au 24 mars 2016. Vernissage le 04 février 2016
A la galerie Lelong 
13, rue de Téhéran - 75008 Paris
Tél / Phone : 01 45 63 13 19 
Du mardi au vendredi de 10 h 30 à 18 h & samedi de 14 h à 18 h 30

Visuel :
PIERRE ALECHINSKY, Spire 4, 2015 Gravure rehaussée 38 x 57 cm Courtesy Galerie Lelong / Photo Fabrice Gibert

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Cet article a été publié en une version concise par Actualité juive.

dimanche 28 février 2016

« TJ 1948-2010 » de David Goldblatt


La Fondation Henri Cartier-Bresson a présenté une rétrospective du photographe Juif sud-africain David Goldblatt assorti d’un superbe catalogue. Des photographies épurées en noir et blanc et en couleurs, prises entre 1948 et 2010, dont la série « Ex-offenders ». Une réflexion sur l’influence durable de l’apartheid sur l’urbanisation de Johannesburg (ou Joburg). Arte rediffusera le 2 avril 2016 à 1 h 05 Paul Simon « Graceland » - Retour aux sources africaines (Paul Simon « Graceland » - Under African Skies), documentaire par Joe Berlinger. 


Devenir photographe a été pour David Goldblatt une « manière d’être politiquement actif. C’était un acte politique en soi », affirme cet artiste qui récuse le statut de photojournaliste.

Un projet d’aliyah
David Goldblatt est né en 1930 à Randfontain (Afrique du Sud), dans une famille Juive originaire de Lituanie dont elle avait fui les persécutions antisémites vers 1893.

Il se définit comme « Juif, pas très observant. Les valeurs du judaïsme transmises par mes parents sont importantes pour moi ».

Il débute comme journaliste professionnel en 1948. Il se marie avec Lily en 1955, a trois enfants et projette de faire son aliyah.

La grave maladie de son père Eli bouleverse sa vie. Il étudie le commerce à l’université Witwatersrand à Johannesburg, reprend l’affaire familiale et continue, dans ses moments libres, son activité de photographe.

Après la mort de son père en 1962, il vend en 1963 le magasin familial et se consacre à 33 ans à l’activité de photographe professionnel à plein temps.

Pour des magazines prestigieux, tels Tatler et Optima, il effectue des reportages sur les Afrikaners du Transvaal, les mines et la classe moyenne en Afrique du Sud, dont certains sont publiésaussi sous forme de livres : On the Mines (1973), Some Afrikaners Photographed (1975), In Boksburg.

Un engagement de photographe
En 1972, David Goldblatt a photographié pendant six mois à Soweto et 1976-1977 la région de Joburg où vivent des habitants d’origine indienne.

Dans les années 1990, bien que refusant l’utilisation de son travail à des fins de propagande, il a participé aux expositions Staffrider d’Afrapix, qui regroupait des photographes anti-apartheid de gauche.

En 1985, la branche britannique de l’African National Congress (ANC) de son exposition en Grande-Bretagne a paradoxalement appelé au boycott d’une exposition itinérante en Grande-Bretagne de ses clichés. Puis, écoutant Gadsha et Gordimer, elle a annulé son boycott.

En 1992, David Goldblatt a rejoint South Light, une agence photographique créée par Paul Weinberg et d’autres photographes blancs après qu’ils aient quitté Afrapix, agence de photographes militant contre l’apartheid.

Pour ses photos sur la vie politique et sociale sudafricaine, il a reçu en 2006 le Hasselblad Foundation Award en photographie, une des récompenses les plus prestigieuses.

Il a été l’un des artistes sud-africains à être montrés au musée d’art moderne à New York.

Il est le « chef de file de la photographie sud-africaine ». Il est réticent à commenter ses photographies qui « disent ce que je veux dire, ce que j’aime, ce que je critique ».

De nombreuses rétrospectives lui ont été consacrées aux Etats-Unis et en Europe.

Urbanisation et apartheid
Dans « l’ancien système d’enregistrement des véhicules sud-africains, avant l’informatisation », l’acronyme « TJ » (« Transvaal, Johannesburg ») désignait « la ville et la province où ils étaient enregistrés. Ce qui, selon David Goldblatt, induisait un sentiment d’appartenance.

Johannesburg (ou Joburg), ville où vit et travaille ce photographe depuis de nombreuses années, symbolise les changements intervenus depuis la fin de l’apartheid et les permanences marquant cette ville « fragmentée, à l’histoire complexe et douloureuse » et née « en 1886, grâce à la découverte des mines d’or ».

« Dès le début, les Blancs qui dirigent les services publics et les compagnies minières mettent en place la ségrégation raciale réduisant les populations Noires à l’état de simple main d’œuvre. En 1948, l’Apartheid est proclamé, les personnes de couleur sont consignées dans des quartiers dont les noms ne laissent aucun doute sur l’intention de cette mesure, à savoir éloigner ces populations du centre-ville et donc de toute possibilité d’intégration ».

David Goldblatt déplore en particulier que l’Apartheid « a empêché d’appréhender le mode de vie de l’autre ».

En 1994, Nelson Mandela « est élu premier président noir de l’Afrique du Sud et célèbre la fin de l’Apartheid dans son discours d’investiture ». Avec la fin de l’Apartheid, les populations noires et pauvres sont retournées dans le centre de Johannesburg. « Ce sont donc aujourd’hui les populations blanches qui se déplacent vers les banlieues, se protégeant à outrance pour éviter la criminalité, omniprésente dans la ville ».

Et de déplorer des maux affligeant nombre de Sud-Africains : chômage, enseignement insuffisant et inadapté aux besoins en raison de « négligence, d’insuffisance de financements, de corruption et d’un manque de détermination » ainsi que de choix d’investissements dispendieux et « peu judicieux », etc.

Si David Goldblatt note l’amélioration de Soweto, il observe la division sociale actuelle : des centaines de milliers de Noirs souvent pauvres, venant d’Afrique du Sud ou de pays du Nord, ont afflué dans Joburg et sa périphérie où ils vivent dans des conditions misérables, tandis que, à l’intérieur ou au nord de Joburg, une « ploutocratie de gens, blancs ou noirs, de plus en plus riches » s’isole « toujours davantage, derrière de hauts murs électrifiés ».

Un projet primé
En 2009, David Goldblatt a reçu le Prix HCB pour « TJ », un projet en cours de réalisation sur Johannesburg. Une distinction qui lui permet aussi de présenter ses clichés à la Fondation Henri Cartier-Bresson (HCB).

Au 1er niveau du bâtiment de la Fondation HCB, sont montrées environ 60 tirages argentiques d’époque en noir et blanc de l’époque de « TJ » (1948-1990). Ce sont des « fragments de vie prélevés pendant ces années où les lois se multipliaient pour mettre les personnes de couleur à l’écart, réduisant leurs maisons, leurs commerces à l’état de ruines. David Goldblatt a sans cesse renouvelé son approche dans un même pays, ce qui est exceptionnel ; utilisant, tour à tour différents formats (24x36, 6x6, et la chambre grand format, couleur et noir et blanc) ».

Au 2e niveau, sont réunies les photos plus récentes, après la fin de l’apartheid. Ce sont des portraits en noir et blanc d’« ex-offenders », d’anciens prisonniers, sur les lieux de leurs délits et crimes, légendés par l’histoire de leur vie « faite de petits délits, de meurtres, de prison et d’espoir » : certains sud-africains s’en sont sortis, d’autres ont récidivé, comme pris dans un engrenage familial et social. Pourquoi n’avoir pas photographié les victimes ? « Les victimes, je les connais : ce sont des gens comme moi, comme ma famille, comme mes amis. Je voulais savoir qui sont ceux ayant commis ces actes », m’a répondu David Goldblatt, en général laconique dans ses réponses, le 11 janvier 2011. Sans ses légendes précises, ces portraits pourraient inspirer des interprétations variées.

Est exposée aussi une série en noir et blanc sur les cellules pour Noirs et des paysages urbains banals, en couleurs. David Goldblatt privilégie le noir et blanc pour exprimer sa colère, et opte par réalisme pour les couleurs, plus douces.

Il est réticent à commenter ses photographies qui « disent ce que je veux dire, ce que j’aime, ce que je critique ».

A voir cette exposition, on comprend d’autant mieux combien le terme « apartheid » est faux et insultant à l’égard de l'Etat d’Israël.

Le beau catalogue rassemble des photos, dont un grand nombre présentées dans cette exposition.


Jusqu’au 17 avril 2011
2, impasse Lebouis, 75014 Paris
Tél. : 01 56 80 27 00
Du mardi au dimanche de 13 h à 18 h 30, le samedi de 11 h à 18 h 45
Nocturne gratuite le mercredi de 18 h 30 à 20 h 30

David Goldblatt, Johannesburg Photographies 1948-2010. Contrasto, 2011. 316 pages. ISBN : 9788869652189

Visuels de haut en bas :
Couverture du catalogue
Elle lui dit : « Toi tu serais le chauffeur et moi je serais la madame », puis ils attrapèrent le pare-chocs et prirent la pose. Hillbrow, 1975

Le monument érigé par les vétérans boers de la guerre des Boers (1899-1902), en commémoration du centenaire du Great Trek (l’exode des Afrikaners du Cap vers l’intérieur des terres, entre 1834 et 1845), qui fut dévoilé le 3 décembre 1938, Vrederdorp


Yaksha Modi, la fille de Chagan Modi, dans la boutique de son père avant sa destruction conformément au Group Areas Act, 17th Street, Fietas. 1976

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Les citations proviennent du dossier de presse et du catalogue.
Cet article a été publié en une version concise dans le n° 633 de février 2011 de L'Arche. Il a été publié le 5 avril 2011.

vendredi 26 février 2016

Des minutes qui font l’histoire. Cinq siècles d’archives notariales à Paris


Des minutes qui font l’histoire. Cinq siècles d’archives notariales à Paris. Tel est le titre de l’exposition aux Archives nationales à Paris ainsi que de son livret didactique et de son catalogue. Le 27 février 2016, à 20 h 30, à la Salle Henri Rolland de Saint-Remy-de-Provence, Vincent Le Coq, maître de conférence en droit public, présentera son livre co-écrit avec Anne-Sophie Poiroux, Les notaires sous l'occupation (1940-1945). Acteurs de la spoliation des juifs (Le Nouveau monde).


Pour son 80e anniversaire, le Minutier central des notaires de Paris a montré à l’Hôtel de Soubise la « riche histoire d'un ensemble exceptionnel ».

Contrats de mariage, ventes, baux, rentes constituées, testaments, inventaires... Ces « minutes » notariales – originaux des actes passés chez le notaire et que celui-ci est tenu de conserver -, dont la plus vieille minute parisienne (1471), ont été prudemment sortis de leurs cartons, pour le 80e anniversaire de l'entrée le 28 mai 1932, aux Archives nationales, de ce prestigieux fonds d'archives, retraçant cinq siècles d'histoire. Ainsi que le plus vieux registre notarié du monde (1154), prêté exceptionnellement par l'Archivio di Stato de Gênes (Italie).

Cette exposition est l'occasion de revenir sur la conservation du « plus grand minutier du monde » (20 millions de minutes) ainsi que l’avait dénommé Charles Braibant  (1889-1976), directeur des Archives nationales (1948-1959).

Une promenade à la scénographie soignée – reconstitution du bureau d’une étude notariale - révélant les « projets, joies et soucis de milliers de Parisiens, de souche, d'adoption ou de passage, parfois riches, souvent modestes : le désir de sécurité juridique, celle que procure l'acte notarié, fait alors indifféremment défiler chez le notaire le prince ou l'artiste, le marchand ou l'artisan, l'apprenti ou le capitaine d'industrie ».

Depuis 80 ans, les historiens étudient ces « archives publiques de la vie privée, sources incontournables de dizaines de travaux devenus des "classiques" des sciences historiques ».

De « l'étude du notaire au cabinet du chercheur, cinq siècles d'archives et d'histoire(s) se donnent à voir à tous, sans restriction ». Oui et non. L’ambition d’embrasser cinq siècles d’archives est louable, mais quid de l’Occupation et des Juifs spoliés ?

Le 27 février 2016, à 20 h 30, à la Salle Henri Rolland de Saint-Remy-de-Provence, Vincent Le Coq, maître de conférence en droit public, présentera son livre co-écrit avec Anne-Sophie Poiroux, ancienne notaire devenue avocate, Les notaires sous l'occupation (1940-1945). Acteurs de la spoliation des juifs (Le Nouveau monde).

"Sous le régime de Vichy, le notariat français participe massivement à la spoliation des juifs, érigée en règle de droit. La profession prétend le contraire depuis soixante-dix ans, sans être jamais démentie. En réalité, son chiffre d'affaires a quasiment doublé entre 1939 et 1942. Non seulement les notaires ne subissent aucune sanction au lendemain de la Libération, mais ils obtiennent en 1945 une augmentation moyenne de 30 % de leurs revenus".

"Le soutien inconditionnel accordé au notariat par une grande partie de la classe politique n’a d’égal que le silence assourdissant qui pèse sur son histoire. Mené à partir de sources inédites, encore difficiles d’accès malgré l’ouverture officielle des archives, ce travail de recherche lève le voile sur une partie du mystère. Ses auteurs, fins connaisseurs des arcanes de la profession, décryptent de l’intérieur les pratiques de l’« aryanisation économique » sous Vichy, le constant loyalisme des notaires vis-à-vis du pouvoir en place et les mécanismes ayant permis leur impunité".

Une "étude pionnière, qui éclaire d’un jour nouveau la nécessaire réforme du notariat en France".


Marie-Françoise Limon-Bonnet, Vincent Bouat, Monique Hermite, Michel Ollion, Joël Poivre. Des minutes qui font l’histoire. Cinq siècles d’archives notariales à Paris. Paris, Archives nationales/Somogy éditions d’art, 2012. 208 pages. 280 illustrations. 32 euros. ISBN : 9782757205549

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Cet article a été publié le 17 juillet 2012

mardi 23 février 2016

La lutte « politiquement correcte » de l’UNESCO contre le racisme


Le 20 mars 2009, à l’occasion de la Journée contre le racisme et les discriminations (21 mars), l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture) a organisé en son siège parisien la conférence internationale « L’UNESCO contre le racisme : leçons du passé, défis actuels et perspectives futures » . Alternant louanges, demi-vérités et omissions, les discours ont exprimé une rhétorique « politiquement correcte », notamment dans la réhabilitation de la honteuse conférence onusienne sur le racisme dite « Durban I » (World Conference against Racism, Racial Discrimination, Xenophobia and Related Intolerance, Durban, 31 août-7 septembre 2001). Inquiétant à l’approche de « Durban II » (1)  (Genève, 20-24 avril 2009). Le 23 février 2016, Chérie FM diffusera La Journée de la jupe, de Jean-Paul Lilienfeld (2008) : "Sonia Bergerac, professeur dans un collège, est au bord de la dépression nerveuse depuis que son mari l'a quitté. Un matin, elle découvre une arme cachée dans le sac d'un élève. Elle s'en empare et, involontairement, tire sur l'un d'entre eux. Paniquée, elle prend la classe en otage..."


« La prévention et l’élimination du racisme et de la discrimination raciale [constituent] une obligation morale et un élément essentiel pour la démocratie et la stabilité de nos sociétés multiethniques et multiculturelles », affirmait, dans une déclaration lue devant 150 à 200 spectateurs, Koïchiro Matsuura, directeur de l’UNESCO soucieux de « préserver l’élan du processus de Durban » (2).

Et Pierre Sané, sous-directeur général de l’UNESCO pour les sciences sociales et humaines et ancien secrétaire général d’Amnesty International (AI), de souligner la mission de l’Organisation visant à « déconstruire les préjugés ».

La doxa « onusiennement correcte »
Les sessions étaient articulées autour de trois thèmes traités principalement par des responsables de directions à l’UNESCO, des ambassadeurs près de cette organisation, et des édiles de Montevideo (Uruguay) et de Nantes (France).

D’abord, les « étapes phares : Déclaration sur la race et les préjugés raciaux (1978) (2), Déclaration des principes sur la tolérance (1995) (3), Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance à Durban » (Afrique du Sud, 2001) (4), et Stratégie intégrée de lutte contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance (UNESCO, 2003 (5).

Pulat Taçar, ancien ambassadeur de Turquie près de l’UNESCO, se prévalait d’avoir introduit en 1991 le concept de « tolérance » dans les textes adoptés par cette organisation. « La charte des Nations unies et d’autres textes ne mentionnent pas la démocratie essentielle dans ce combat contre le racisme », regrettait Karel Vasak, ancien directeur de la Division des droits de l’homme à l’UNESCO. Et d’encourager l’éducation, la connaissance, pour mieux détruire les préjugés, notamment l’accusation injustifiée et diffamatoire de crime rituel (blood libel) dirigée contre les Juifs (6).

« Le racisme tue », assénait Doudou Diène, ancien rapporteur spécial de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance. Dans son discours réitéré de conférences en interviews, via des livres (7), il distinguait trois « tendances lourdes : une violence raciste, la démocratisation du racisme induite par son instrumentalisation qui fait gagner des voix – au travers des débats sur l’immigration et sur la lutte contre le terrorisme, de la banalisation des concepts de l’extrême-droite et des coalitions de gouvernement -, et la légitimation intellectuelle du racisme : retour du révisionnisme à travers la négation de l’Holocauste et de vieux concepts sur la figure du Juif, retour des concepts fondateurs du racisme anti-noir ».

Il listait « trois enjeux fondamentaux : deux concepts – identité et sécurité depuis le 11 septembre - émergeant pour légitimer le racisme, le front des mémoires non partagées par les victimes, et la notion de valeurs à partager opposée à l’intégration/assimilation ». Réfutait la thèse de Samuel P. Huntington sur le « clash des civilisations (8), entre le monde musulman et l’Occident ». Soulignait sur la nécessité de passer de « la diversité au pluralisme dans le respect de l’unité du pays ». Stigmatisait « la campagne tendant à dénigrer Durban ».

Des orateurs ont loué l’efficacité du combat contre l’apartheid, parlé du génocide au Rwanda (1994), ainsi que du rôle des médias dans l’incitation à la haine meurtrière à l’égard des Tutsis rwandais (9). 

Deuxième thème, la construction de « l’image de l’autre dans et à travers la culture, l’éducation, les sciences et les médias : l’éradication des préjugés et stéréotypes négatifs en explorant le rôle de la culture, de l’éducation, des médias et des sciences dans la construction d’une image positive de l’autre ». Insistant sur la publication par l’UNESCO d’atlas et d’histoires de l’humanité, Katerina Stenou, directrice de la division des politiques culturelles et du dialogue interculturel à l’UNESCO, regrettait de n’avoir pu évoquer le « dialogue des civilisations » (10).

Enfin, troisième thématique, « vivre ensemble dans les sociétés multiculturelles et multiethniques, [en] mettant en valeur le rôle de la Coalition internationale de villes contre le racisme, lancée en 2004 par l’UNESCO » (11) , et du sport, vecteur privilégié pour sensibiliser les jeunes générations (12).

Dr Georges Anastassopoulos, délégué de la Grèce auprès de l’UNESCO, dénonçait « ces espaces urbains détériorés qui se sont transformés dans nos zones métropolitaines en lieux qui semblent presque abandonnés, ou tacitement acceptés dans la conscience publique comme une ‘zone de non-droit’ ». Ce qui rend plus « urgent la nécessité et les difficultés de la promotion du dialogue et de la compréhension. Les municipalités devraient donc être à l’avant-poste de la bataille contre le racisme ».

C’est Delphine Bouffénie, adjointe au maire de Nantes chargée de l’intégration, l’égalité et la citoyenneté, qui résumait les efforts déployés, par tous les services de la municipalité de cette cité signataire de la Coalition des villes, afin de favoriser une meilleure connaissance des immigrés. Et elle dénonçait la « lepénisation des esprits en France depuis quelques années ».

Des omissions révélatrices 
Cette conférence a pêché souvent par quelques mensonges, parfois rectifiés en partie quelques minutes après leur énoncé, et surtout des omissions révélatrices.

Quel silence sur les menaces répétées de destruction d’Israël par le président iranien Ahmadinejad et sur le génocide au Darfour !

Comme preuve de la bonne volonté onusienne, Karel Vasak avançait que sa résolution assimilant en 1975 le sionisme à une forme de racisme (13) avait disparu rapidement. « Non, pas très rapidement, mais 16 ans après son adoption, au vu des dommages induits », répliquait Shimon Samuels, directeur des relations internationales du Centre Simon Wiesenthal (CSW). En effet, l’annulation en 1991 de la conclusion de cette résolution infâme fut obtenue après un long combat où les organes de l’ONU n’ont guère brillé, et malgré l’opposition de nombreux pays musulmans. Ajoutons que les fondements (préambule) de cette résolution perdurent (14).

Ancien responsable onusien controversé (15), Doudou Diène occultait dans son analyse, l’antisémitisme de mouvements d’extrême-gauche, des islamistes et de victimes mêmes du racisme, celui revêtu des habits de l’antiracisme et de l’antisionisme (16), et, parmi les discriminations, la « discrimination positive ». Et si, lors du débat avec le public, il listait rapidement la montée du « racisme anti-Arabes, anti-Blancs, la haine du christianisme assimilé à l’Occident » - ce qui celait des motifs religieux à la persécution des chrétiens -, c’était pour mieux défendre le processus de Durban.

Brandissant le « document final » (17) - déclaration et programme d’actions de Durban I -, non distribué par l’UNESCO, Doudou Diène alléguait qu’ « aucun Etat n’y était singularisé et [ce document] avait « été approuvé à l’unanimité… Le lendemain de Durban, le 9 septembre, Israël a reconnu la qualité de ce document ». Or, celui-ci a été approuvé, après le retrait des Etats-Unis et d’Israël indignés de « la singularisation d’un seul Etat membre des Nations unies, Israël », précisait Shimon Samuels. Et avec des réserves de certains pays. Et si Shimon Peres, alors ministre des Affaires étrangères, avait salué la capacité israélienne à convaincre de nombreux Etats de lutter contre tous les dévoiements de cette conférence par la Ligue arabe, Alan Baker, conseiller juridique dudit ministre, avait noté les éléments problématiques dans cette déclaration (18).

En outre, la dénonciation par Doudou Diène de la montée de la « l’islamophobie, c’est-à-dire la haine de l’islam et de ses pratiquants » (19) empêche tout examen critique de l’islam, et la « diffamation de religion » (20) est l’un des enjeux majeurs, avec la défense du caractère universel des droits de l’homme, de « Durban II ».

Doudou Diène stigmatisait le « silence et la connivence » ayant accueilli le livre de Pascal Sevran en 2006 (21), les propos du Président Nicolas Sarkozy sur l’homme africain  (22) et du Prix Nobel de médecine James Watson en 2007 (23), mais il ignorait les propos controversés d’Elie Domota, porte-parole du collectif guadeloupéen LKP, prononcés quelques semaines plus tôt sur la question raciale (24).

Il évoquait la montée actuelle de toute les formes de racisme, « l’antisémitisme, dans ses terres historiques parce qu’il est né en Europe, et dans d’autres continents qui n’ont pas de tradition historique de l’antisémitisme à cause de la lecture ethnique du conflit israélo-palestinien » (25). Mais, outre son analyse partielle, superficielle et étrange, il ne désignait pas l’antisémitisme si violent lors de la récente guerre défensive d’Israël contre le Hamas dans la bande de Gaza achevée en janvier 2009 (26).

Autres « sujets tabous », pourtant dans l’actualité : les discriminations et meurtres des albinos en Afrique (Burundi, Cameroun) (27), et, comble de l’ironie, les émeutes à Malmö, membre de cette Coalition internationale de villes contre le racisme (28)  provoquées par des individus anti-israéliens en marge de la rencontre de Coupe Davis entre Israël et la Suède (29), jouée à huis clos à la demande de la municipalité.

Observons enfin le silence sur les résolutions partiales singularisant le seul Etat juif, adoptées depuis plusieurs années lors des deux sessions annuelles du Conseil exécutif de l’UNESCO (30). A noter qu’en plus des deux traditionnelles résolutions sur Jérusalem (31) et les institutions éducatives et culturelles palestiniennes (32), l’Organisation étudiera lors de sa 181e session (14-30 avril 2009) le suivi de la rampe des Maghrébins (Jérusalem) (33) et le point inscrit à l’ordre du jour et intitulé « L’agression contre la bande de Gaza et les moyens de faire face à ses conséquences » (34).

Force est de conclure que cet « onusiennement ou unescoment correct » réduit l’efficacité de ce combat contre le racisme, l’antisémitisme ou les discriminations, car il n’appréhende pas et ne présente pas toute la réalité : il occulte des causes dérangeantes pour certains, mais réelles à ces maux.

Le soir même, retour à la réalité. La chaîne publique franco-allemande Arte diffusait « La journée de la jupe », film Jean-Paul Lilienfeld avec Isabelle Adjani (35). Un film dénonçant l’antisémitisme, la violence, le sexisme, la misogynie et la délinquance d’élèves issus de la « diversité culturelle » au sein d’un lycée de « zone sensible dans la société multiculturelle » française (36). Et son grand succès d’audience – 2 245 000 téléspectateurs - révèle qu’il répond à l’attente par des citoyens d’un langage de vérité.


(1) Gérard Fellous et Richard Prasquier, Droits humains fragilisés, Le Monde, 18 décembre 2008,
Source : Blaise Lempen, ATS-Genève, Négociations tendues autour de "Durban II", 23 janvier 2009, Amir Gutfreund, Peine d’amour perdue !, 21 mars 2009,  http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/03/21/peine-d-amour-perdue-par-amir-gutfreund_1170902_0_1.html
Malka Marcovich :
Les Nations Désunies : Comment l'ONU enterre les droits de l'homme. Ed. Jacob-Duvernet, 2008. 186 pages. ISBN : 978-2847241976
Interview par Marie-France Etchegoin, Quand l’ONU déraille, De Durban à la conférence de Genève, 26 mars 2009,
blog : http://malkamarcovich.canalblog.com/
The Israel Project, Durban II : Une autre conférence antisémite de l'ONU ?, 2 février 2009, http://www.theisraelproject.org/site/apps/nlnet/content2.aspx?c=hsJPK0PIJpH&b=3942073&content_id=%7B457DD2D0-1417-43EE-A7B9-C71E9375B332%7D&notoc=1
Israel's Foreign Ministry rejects latest draft of 'Durban II' declaration, 19 mars 2009, http://www.worldjewishcongress.org/news/globalnews/gn_archives/2009/03/gn_090319_durban.html
La pétition de l'Association citoyens laïques républicains (CLR) demande que la France, pays des droits de l’homme, s’abstienne de participer à Durban II, conférence de suivi de Durban I - http://www.petition.fm/petitions/durban2 - a recueilli 7 450 signatures.

(2) http://unesdoc.unesco.org/images/0018/001809/180910f.pdf
L'UNESCO contribue à la lutte contre le racisme et la discrimination par le biais de la recherche, de divers instruments normatifs et de programmes et de projets opérationnels, http://portal.unesco.org/shs/fr/ev.php-URL_ID=1376&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html

(3) http://portal.unesco.org/fr/ev.php-URL_ID=13161&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html

 (4) http://www.unesco.org/cpp/fr/declarations/tolerance.htm

(5) Déclaration et programme d’action,
http://www.aidh.org/Racisme/Durban_fr.pdf Durban Update: Final Declaration Recognizes Palestinian Right of Return; Omits Language Critical of Israel,8 septembre 2001, http://www.adl.org/durban/
 
(5) Elaboration d'une stratégie intégrée de lutte contre le racisme, la discrimination, la xénophobie et l'intolérance, 32 C/13, 1er septembre 2003, http://unesdoc.unesco.org/images/0013/001312/131202f.pdf

(6) Véronique Chemla, Une réunion sur l’affaire al-Dura calamiteuse pour France 2, 25 septembre 2008

  (7) Eliminating racism in a changing world: arguments for a new strategy, in Dimensions of Racism, vol. 1. UN, 2005
Le rapporteur spécial, Doudou Diène, recommande aux nations unies d’établir un observatoire des manifestations racistes, AG/SHC/3902, 7 novembre 2007, http://www.un.org/News/fr-press/docs/2007/AGSHC3902.doc.htm
Stéphanie Plasse, Doudou Diène, rapporteur spécial de l’ONU, passe le président français au crible,13 novembre 2007, http://www.afrik.com/article12907.html

(8) Samuel P. Huntington, Le Choc des civilisations. Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean-Luc Fidel, Geneviève Joublin, Patrice Jorland et Jean-Jacques Pédussaud. Odile Jacob, 2007. 400 pages. ISBN 978-2-7381-1978-0

(9) Jacques Sémelin, Claire Andrieu, Sarah Gensburger, La résistance aux génocides, De la pluralité des actes de sauvetage. Presses de Sciences-Po, 2008. 556 pages. ISBN-13 978-2-7246-1089-5

(10)  Véronique Chemla, Interview de Bat Ye’or sur Eurabia, l’OCI et l’Alliance des civilisations, 15 juillet 2008

(11) http://portal.unesco.org/shs/fr/ev.php-URL_ID=3061&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html

(12) « Voix des jeunes contre le racisme » : Les jeunes mobilisés pour combattre le racisme dans le sport », http://portal.unesco.org/shs/fr/ev.php-URL_ID=12319&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html

(13)  Sionisme=racisme : résolution 3379, votée et abrogée par l'ONU, http://www.upjf.org/detail.do?noArticle=9188&noCat=127&id_key=127
http://www.cid-online.be/article.php3?id_article=71
 Israeli Ambassador Herzog's Response To Zionism Is Racism Resolution, 10 novembre 1975, http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/UN/herzogsp.html

(14) Association France-Israël - Alliance Général Kœnig, La résolution ONU « sionisme=racisme » n’est pas annulée, 13 novembre 2005, http://www.desinfos.com/spip.php?page=article&id_article=3971

(15) Communiqués du CSW :
 Le Centre Wiesenthal au Commissaire des Nations Unies pour les droits de l'homme : " Le Rapporteur sur le Racisme ne doit pas avaliser l'antisionisme et la Commission ne peut pas fournir une entrée dérobée pour la réincarnation de la Résolution ‘Sionisme=Racisme’ de 1975 ", 6 janvier 2005, http://www.wiesenthal-europe.com/csw/CSWPages/csweurope_pressreleases_fichiers/6janvier2005.htm
 Le Centre Wiesenthal répond: " Quelle 'HOUTZPA’ (toupet) !" au rapport de la Commission pour les Droits de l'homme des Nations Unies légitimant l'antisionisme et qui recommande aux communautés juives de "s'opposer à toute utilisation du Judaïsme pour légitimer ou justifier la violence politique", 21 mars 2005, http://www.verbelumiere.org/csw/CSWPages/csweurope_pressreleases_fichiers/21mars2005.htm
 Le Centre Wiesenthal au Rapporteur spécial sur le racisme de la Commission des Nations unies pour les droits de l'homme : "La publication officielle saoudienne d'une caricature antisémite d'un juif sous forme de rat nazi est-elle de l'antisémitisme ou de l'antisionisme? Votre réponse sera un test de l'intégrité onusienne de son combat contre le racisme", 4 avril 2005, http://www.wiesenthal-europe.com/csw/CSWPages/csweurope_pressreleases_fichiers/4avril2005.html
Malka Marcovich, Doudou Diène aurait-il une vision sélective du racisme et du monde ?, 16 mai 2008, http://malkamarcovich.canalblog.com/archives/2008/05/16/9198550.html

(16) Pierre-André Taguieff, La Judéophobie des Modernes, Des Lumières au Jihad mondial. Odile Jacob, 2008. 688 pages. ISBN : 2-7381-1736-8

(17)  http://www.unhchr.ch/pdf/Durban_fr.pdf

(18) Le 9 septembre 2001, Shimon Peres, alors ministre israélien des Affaires étrangères, se réjouissait que « la résolution finale soit une réalisation très importante, une réussite pour la démocratie israélienne. C’est une douloureuse défaite pour la Ligue arabe qui a tenté de déformer, mentir et inciter. Le monde démocratique a aussi dit : il y a une limite aux absurdités que cette Ligue de haine tente d’imposer. Israël a réussi essentiellement dans ses efforts pour rallier la plupart du monde éclairé à sa cause : les Etats-Unis, l’Union européenne, l’Europe orientale, l’Australie, le Canada, la Russie, l’Inde, l’Amérique latine. Dans tous les pays ayant voté et agi contre nous, il n’y a ni démocratie ni droits de l’homme, ni tolérance ».
Ce même jour, Alan Baker, conseiller juridique dudit ministre, nuançait : « La bonne nouvelle est qu’il n’y a pas d’équation du sionisme et du racisme. Nous avons lutté contre ceci et avons gagné... Les Européens ont compris rapidement que l’intention [de certains] était de politiser et détruire cette conférence dont les buts étaient bons… Les mauvaises nouvelles : d’abord, le fait que les Palestiniens ont réussi à insérer des passages partisans et spécifiques concernant le conflit israélo-palestinien dans une déclaration de la conférence sur le racisme. Ce qui n’aurait jamais du avoir lieu. De plus, le retrait de la haine déployée à cette conférence n’est pas fini… Cette déclaration reconnaît le droit pour les réfugiés de retourner de leur plein gré dans leurs biens et maisons, avec la dignité et la sécurité, et que tous les Etats sont encouragés à faciliter leur retour. Bien qu’aucune référence ne vise notre cas, c’est la première fois, selon moi, qu’un organisme international sérieux a évoqué le droit au retour des réfugiés alors que, selon le droit international, un tel droit n’existe pas »  retraits, réserves, non adoption par Israël.
 Durban Update: Final Declaration Recognizes Palestinian Right of Return; Omits Language Critical of Israel,  8 septembre 2001, http://www.adl.org/durban/

(19) Pascal Bruckner, Le chantage à l’islamophobie, Le Figaro, 5 novembre 2003, http://www.cid-online.be/article.php3?id_article=69
Eric Conan, Qui parle d’islamophobie, L’Express, 2 décembre 2003, http://www.lexpress.fr/actualite/societe/religion/qui-parle-d-islamophobie_494287.html
Caroline Fourest & Fiammetta Venner, Islamophobie ?, Prochoix, n°26-27, http://www.prochoix.org/frameset/26/islamophobie26.html
Daniel Pipes, Islamophobie ?, New York Sun, 25 octobre 2005, adaptation française d’Alain Jean-Mairet

(20) Véronique Chemla, Interview de Bat Ye’or sur Geert Wilders et l’OCI, 18 février 2009 Véronique Chemla et Guy Senbel, Notre liberté chérie, 6 octobre 2006, http://www.guysen.com/articles.php?sid=5111

(21)  Parolier et animateur d’émissions télévisuelles, Pascal Sevran a écrit le livre Le privilège des jonquilles (Albin Michel, décembre 2005). Interrogé près d’un an après sur cet ouvrage, le journal  Le Var Matin lui attribuait cette phrase : « La bite des Noirs est responsable de la famine en Afrique … Et alors ? C’est la vérité ! L’Afrique crève de tous les enfants qui y naissent sans que leurs parents aient les moyens de les nourrir. Je ne suis pas le seul à le dire. Il faudrait stériliser la moitié de la planète ! » Ces propos soulevaient l’indignation, chez des politiciens et des associations de lutte contre le racisme. La direction du groupe France Televisions diffusant l’émission de variétés de Pascal Sevran émettait une « très ferme mise en garde, qui a valeur de sévère avertissement ». Après avoir dit sur Europe 1 : « Je n'ai pas de comptes à rendre, ni à vous ni à personne. Je dis ce que je veux et j'écris ce que je veux ! Me considérer comme un néo-nazi est une belle connerie », Pascal Sevran présentait ses excuses « aux hommes et aux femmes [qu’il a] pu peiner » et leur disait sa « tendresse ».

(22) Allocution de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, prononcée à l'Université de Dakar, 26 juillet 2007, http://www.elysee.fr/elysee/elysee.fr/francais/interventions/2007/juillet/allocution_a_l_universite_de_dakar.79184.html

(23)  James Dewey Watson et Maurice Wilkins ont reçu le Prix Nobel de médecine (1962) pour leur découverte en 1953 de la structure de l’ADN. Une découverte qui n’aurait pu avoir lieu sans les radiographies aux rayons X de l’ADN effectuées par la chimiste et biologiste Rosalind Franklin (1920-1958).
James D. Watson a déclaré au Sunday Times (14 octobre 2007) : « était « par nature triste sur l'avenir de l'Afrique » parce que « toutes nos politiques sociales sont fondées sur le fait que l’intelligence [des Africains] est la même que la nôtre [Ndlr : Occidentaux], alors que tous les tests disent que ce n'est pas le cas. [Il pense que tous les individus sont égaux mais il réplique que] les gens qui ont eu affaire à des employés noirs trouvent que ce n’est pas vrai… [On ne doit pas discriminer sur le fondement de la couleur]… Il n’y a pas de raison forte d’escompter que les capacités intellectuelles de gens séparés géographiquement dans leur évolution auraient évolué de manière identique ». Il a présenté ses excuses à ceux qui avaient « déduit de ses mots que l’Afrique, en tant que continent, est génétiquement inférieure » et a été sanctionné pour ces propos.
Charlotte Hunt Grubbe, The elementary DNA of Dr Watson, 14 octobre 2007, http://entertainment.timesonline.co.uk/tol/arts_and_entertainment/books/article2630748.ece

(24) Rodolphe Geisler, Guadeloupe : Elie Domota menace les patrons, 6 mars 2009, http://www.lefigaro.fr/politique/2009/03/07/01002-20090307ARTFIG00212-guadeloupe-elie-domota-menaceles-patrons-.php
     Ivan Rioufol : http://blog.lefigaro.fr/rioufol/
 Quand la gauche immature joue avec le feu, 27 février 2009, http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2009/02/
 En finir avec la République des aveugles, 13 mars 2009
 L’imposture des antiracistes, 4 mars 2009,
Yves Thréard, Guadeloupe : le hold-up, 6 mars 2009, http://blog.lefigaro.fr/threard/2009/03/guadeloupe-le-hold-up.html
 Guadeloupe - Domota et son "dérapage inadmissible", 9 mars 2009, http://tf1.lci.fr/infos/france/politique/0,,4299272,00-domota-et-son-derapage-inadmissible-.html

(25) Mark R. Cohen, The new Muslim anti-Semitism, 2 janvier 2008, http://www.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1198517277167&pagename=JPost%2FJPArticle%2FShowFull
Bernard Lewis, Muslim Anti-Semitism, Middle East Quarterly, juin 1998, http://www.meforum.org/396/muslim-anti-semitism

(26) Véronique Chemla, Quand la « rue arabe » pro-palestinienne défile…, 13 janvier 2009,

(27) En Afrique, les albinos paient de leur vie les superstitions,  5 décembre 2008, http://www.20minutes.fr/article/278742/Monde-En-Afrique-les-albinos-paient-de-leur-vie-les-superstitions.php
 Une association de défense des albinos en Afrique, 11 mars 2009, http://www.oecumene.radiovaticana.org/fr1/Articolo.asp?c=272015
Panapress, Les albinos en danger d’extermination au Burundi, 17 novembre 2008, http://www.afrik.com/article15698.html

(28) Coalition européenne des villes contre le racisme (ECCAR), http://portal.unesco.org/shs/fr/ev.php-URL_ID=10629&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html
Liste des villes européennes membres : http://portal.unesco.org/shs/fr/files/10671/12341976911eccar-cities_07-01-2009.pdf/eccar-cities_07-01-2009.pdf

(29) Coupe Davis: incidents à Malmö en marge de Suède-Israël, 9 mars 2009, http://www.cicad.ch/index.php?id=2148&tx_ttnews[tt_news]=5506&tx_ttnews[backPid]=2147&cHash=65eb96477e

(30) http://portal.unesco.org/fr/ev.php-URL_ID=25566&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html
Proposition 181 EX/11, Rapport du directeur général sur un réseau d'autorités nationales de lutte contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et autres formes d'intolérance, 13 mars 2009, http://unesdoc.unesco.org/images/0018/001808/180873f.pdf 

(31)  Jérusalem et la mise en œuvre de la résolution 34 c/47 et de la décision 180 Ex/10. 181 EX/12, 20 février 2009, http://unesdoc.unesco.org/images/0018/001803/180369f.pdf

(32)  Application de la résolution 34 c/58 et de la décision 180 EX/44 concernant les institutions éducatives et culturelles dans les territoires arabes occupés, 181 EX/47, 20 février 2009, http://unesdoc.unesco.org/images/0018/001803/180374f.pdf

(33)   Rapport du directeur général sur le suivi des décisions et résolutions adoptées par le conseil exécutif et la conférence générale à leurs sessions antérieures, 181 EX/5, 20 mars 2009, http://unesdoc.unesco.org/images/0018/001811/181122f.pdf

(34) Point inscrit à l’ordre du jour provisoire à la demande de l’Égypte et du Liban au nom des États membres du Groupe arabe auprès de l’UNESCO, 181 EX/59, http://unesdoc.unesco.org/images/0018/001811/181151f.pdf

(35) http://www.arte.tv/fr/mouvement-de-cinema/La-journee-de-la-jupe/2454604.html
Isabelle Adjani interprète un professeur de français à bout de nerfs, qui s’empare de l’arme à feu d’un de ses élèves, et prend en otage sa classe pour enseigner et établir son autorité. Ce film dénonce la démission et le laxisme de certains responsables éducatifs. Avant le dénouement tragique, il révèle que cette enseignante, défendant vaillamment des principes républicains, telle la laïcité, et la langue française est issue d’une famille musulmane originaire d’Afrique du Nord. Née en France, Isabelle Adjani est la fille d’un Algérien musulman et d’une Allemande chrétienne.

(36)  Alain Finkielkraut, conférence à Paris le 23 mars 2009, http://www.radiorcj.info/mp3Player/?audio=quivive_finkielkraut23mars
Ivan Rioufol, La fracture identitaire. 2007, Fayard. 200 pages. ISBN : 978 2213635576

Articles sur ce blog concernant :
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Cet article a été publié par Guysen sous le pseudonyme de Ray Arsheld.
Il a été publié sur ce blog le 20 octobre 2014 : Arte rediffusa La journée de la jupe, de Jean-Paul Lilienfeld (2008) le 22 octobre 2014. 

samedi 20 février 2016

« Le musée d’Hitler » de Jan Lorenzen et Hannes Schuler

Arte diffusa Le musée d’Hitler  (Sonderauftrag Führermuseum), documentaire de Jan Lorenzen et Hannes Schuler (2005). Pour illustrer le pillage par les dirigeants nazis d’œuvres d’art majeures destinées à constituer le fonds du musée désiré par Hitler à Linz (Autriche) et la stratégie des Alliés pour contrer ces spoliations artistiques, ce film enquête sur le périple suivi par L'adoration de l'agneau mystique, célèbre retable des frères Van Eyck, lors de la Seconde Guerre mondiale. Les 21 et 25 février, 2, 4, 8, 14 mars 2016, Histoire diffusera A la recherche de l'art perdu. Les Monuments Men, documentaire de Cal Saville : "Dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir, les spoliations se sont multipliées en Allemagne. Pendant toute la guerre, les nazis se sont servis dans les collections des pays européens qu'ils soumettaient. Hitler et Goebbels ont littéralement pillé l'histoire de l'art. Aussi, dès 1943, les Monuments Men, experts d'art, se donnèrent pour mission de parcourir l'Europe à la recherche des œuvres manquantes pour les recenser et les rendre à leurs propriétaires. Des mines souterraines aux châteaux isolés qui les abritaient, ils ont tout fait pour sauver les oeuvres. Les recherches continuent encore aujourd'hui, l'ensemble du trésor volé des nazis n'ayant pas été intégralement localisé".
Livres, documentaires, expositions, articles de presse… Depuis quelques décennies, les enquêtes se sont multipliées sur le pillage par les nazis des œuvres d’art européennes admirables des collections publiques (musées) et privées : celles de galeristes, marchands d’art, collectionneurs.

C’est la stratégie des Alliés et de la résistance qui inspire Le Train, de John Frankenheimer (1964), et The Monuments Men  de George Clooney (2013).

Ce documentaire s’intéresse particulièrement à l’enquête visant L’Adoration de l'Agneau mystique, célèbre et convoité retable des frères Hubert (Hubrecht ou Hubertus) Van Eyck (v.1366-1426), de l'école des primitifs flamands du XVe siècle, et Jan Van Eyck (v.1390-1441), portraitiste.

Le « musée idéal » d’Hitler
Peintre sans talent, Hitler nourrissait le rêve de fonder à Linz (Autriche), où il avait un musée monumental “témoin de sa grandeur” et de celle du IIIe Reich, et preuve de la supériorité de l’art aryen, classique. Pièce maitresse de ce futur musée : L’Adoration de l'Agneau mystique. Sans oublier les chefs d’œuvre de Léonard de Vinci, Raphaël, Bruegel, Rembrandt…
Il en a dessiné les plans et durant la guerre, œuvra à son édification en “organisant le pillage des plus grandes œuvres de ce qu'il appelait "l'art véritable" (par opposition à l'"art dégénéré" de la modernité)”.
“Quitte à rappeler à l'ordre le fidèle Goering , dont la voracité de collectionneur fit parfois de l'ombre à l'entreprise”.

Dès 1938, Hans Posse, galeriste à Dresde, est désigné responsable du projet. Il dressse une “liste idéale” d’œuvres dont beaucoup sont introuvables ou à l’étranger.

Deux historiens d’art allemands sont mandatés pour chercher dans les fonds et entrepôts de musées français et néerlandais les œuvres d’arts susceptibles de combler le Führer et de la culture germanique.

En quelques semaines, ils dressent des listes de chefs-d'œuvre à dérober dans les grands musées européens - et dans les châteaux de la famille royale britannique.

Le résultat de ce travail : un mémoire d’une centaine de pages comportant la liste d’œuvres artistiques qui depuis le Moyen-âge auraient été prises indûment en Allemagne. Parmi ces œuvres : le retable au prix inestimable.

L’Adoration de l'Agneau mystique ou Autel de Gand (en néerlandais : Het Lam Gods, ou L'Agneau de Dieu), est un polyptyque peint sur bois. Il a été commandé par Joost Vijdt, riche marguillier de l’église Saint-Jean, devenue la cathédrale Saint-Bavon de Gand, pour la chapelle privée de son épouse. Commencé par Hubert van Eyck, le polyptyque est achevé en 1432 par Jan van Eyck après la mort de son frère en 1426. Il est installé le 6 mai 1432 sur l’autel de la chapelle du commanditaire, dans l’église Saint-Jean. Pour des raisons de sécurité, il est placé dans la chapelle principale de la cathédrale.

En France, à l'été 1939, Jacques Jaujard, directeur des musées nationaux, “organise l'évacuation du Louvre et la mise en lieu sûr des collections, par exemple au château de Chambord”.

Après la défaite française, l’occupant allemand nazi transforme le musée du Jeu de paume (angle de la rue de Rivoli et de la place de la Concorde à Paris) en entrepôt central pour leur précieux butin constitué en particulier des collections privées de familles Juives arrêtées ou en fuite. Rose Valland (1898-1980), attachée de conservation au musée du Jeu de Paume, répertorie secrètement les toiles et transmet les informations à la Résistance…

En Belgique, “quelques jours avant l'invasion de mai 1940, on envoie vers le Sud le grand trésor national, L'adoration de l'agneau mystique, retable des frères Van Eyck”, chef-d'œuvre de la peinture des primitifs flamands. Direction : le Vatican, afin de placer l’œuvre sous la protection du Pape Pie XII.

Mais l’Italie entre en guerre, le “convoi est surpris par l'offensive allemande et s'achemine vers le château de Pau, avec l'accord du gouvernement français”.

Malgré ses réticences, le gouvernement de Vichy remet le retable aux autorités allemandes. Ce retable rejoint d’autres chefs d’œuvres enfouis dans une mine de sel à Altausse (Autriche), et est retrouvé par les Alliés.

Il « est finalement revenu en Belgique dans sa cathédrale d'origine, Saint-Bavon à Gand, mais l'un de ses dix panneaux n'a pas été retrouvé à ce jour ».

Nourri d’images d’archives et d’interviews de témoins – Frédérique Hébrard - et d’historiens – Christine Desroches Noblecourt, Birgit Kirchmayr, Peter Schmidt -, ce documentaire a été sélectionné pour le FIPA  (Festival International de Programmes Audiovisuels) à Biarritz, en 2006, dans la sélection Grands reportages et faits de société.

Le musée d’Hitler  (Sonderauftrag Führermuseum), de Jan Lorenzen et Hannes Schuler
France, Allemagne, Pays-bas, 2005, 94 min
Sur Arte le 25 février 2014 à 8 h 55

Visuels : © Ottonia/Films à Trois/T. Butzmann/E. Mädler/M. Erdenberger/S. Osswald

A lire sur ce blog :
Les citations proviennent du communiqué de presse. Cet article a été publié le 24 février 2014.

vendredi 19 février 2016

« Composer sous Vichy », par Yannick Simon


Maître de conférences à l’université de Rouen, Yannick Simon a participé aux travaux de l’équipe de recherche (1995-1999), dirigée par Myriam Chimènes, sur la vie musicale en France sous l’Occupation. Dans le cadre de la Mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France, il a consacré un rapport aux droits d’auteur des sociétaires de la SACEM (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) considérés comme Juifs sous l’Occupation. Dans ce livre publié par les éditions Symétrie, Yannick Simon étudie  un thème longtemps inexploité et peu exploré – à noter cependant La Vie musicale sous Vichy, ouvrage collectif dirigé par Myriam Chimènes (Bruxelles, 2001) - : la musique savante sous l’Occupation. Le 21 février 2016, à 22 h 25, France 5 diffusera Un air de résistance à l'Opéra, documentaire d'Emmanuel Roblin. "Durant l'Occupation, l'Opéra de Paris a été le théâtre d'une étonnante et dramatique histoire qui s'est déroulée à huis clos, en face du siège parisien de la Kommandantur. Depuis les coulisses du Palais Garnier, une poignée d'hommes, machinistes et musiciens, ont lutté clandestinement contre l'occupant, consignant leurs activités quotidiennes dans des carnets. L'étude de ces archives permet de mettre en lumière, à travers le destin de ces héros ordinaires, un autre aspect de la Résistance, menée au sein d'une institution culturelle. Photos, films d'époque et reconstitutions se mêlent aux réflexions des historiens pour expliquer cette guerre".

Dans le cadre de la Mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France, Yannick Simon a consacré en 2000 un rapport aux droits d’auteur des sociétaires de la SACEM (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) considérés comme Juifs sous l’Occupation.

Edité avec le concours de la SACEM, son livre intéressant « Composer sous Vichy » a reçu la bourse des Muses 2008. Un chapitre du livre est publié sur le site Internet de l’éditeur.

Intérêt croissant  
Depuis une dizaine d'années, associant historiens et musicologues, destinés aux experts ou au grand public, les essais sur la vie musicale - musiques de variétés ou savante - sous l'Occupation se multiplient, en France et à l'étranger.

Parmi ces livres d'érudits : La Vie musicale sous Vichy, ouvrage collectif dirigé par Myriam Chimènes (Bruxelles, 2001), et l'album illustré Quand l’Opéra entre en résistance...  Les personnels de la Réunion des théâtres lyriques nationaux sous Vichy et l’Occupation, de  Guy Hervy, Guy Krivopissko, Aurélien Poidevin et Axel Porin, préfacé par Bertrand Delanoë, maire de Paris, et Gérard Mortier, directeur de l’Opéra national de Paris (Editions Amis essonniens du Musée de la Résistance nationale, éditions l’Oeil d’or, 2007).


"En 1966, sortait sur les écrans des cinémas La Grande Vadrouille, l’histoire de trois aviateurs anglais fuyant vers la zone Sud en compagnie du chef d’orchestre Stanislas Lefort (Louis de Funès) et du peintre en bâtiment Augustin Bouvet (Bourvil). Immense succès populaire, le film de Gérard Oury a cependant heurté certains acteurs de la période par son caractère burlesque ; une réaction bien compréhensible tant était encore vif le traumatisme de l’occupation et de ses horreurs. Et pourtant, l’avancée des recherches révèle que l’intrigue de La Grande Vadrouille, jusque dans ses plus petits détails, s’appuie sur des faits réels.   C’est le cas notamment de l’ouverture du film qui se déroule, on s’en souvient, au Palais Garnier. Effectivement, la Réunion des théâtres lyriques nationaux (Opéra et Opéra-Comique) a abrité plusieurs organisations de résistance recrutant parmi tous les corps de métiers : des musiciens, comme le chef d’orchestre Roger Désormière, des chanteuses comme Irène Joachim, des machinistes comme Jean Rieussec et Eugène Germain, etc. Formées sous l’égide du Front national ou de la CGT clandestine, ces organisations ont développé une activité multiforme contre l’envahisseur nazi et ses serviteurs vichystes : revendications sociales incessantes, publication et diffusion de journaux et tracts clandestins, aide aux juifs, aux prisonniers de guerre évadés, aux réfractaires au STO, composition et enregistrement de musiques clandestines, participation aux combats de la Libération", écrivent les auteurs de cet album en couleurs.

Autre livre récent sur cette thématique : La musique à Paris sous l'Occupation, sous la direction de Myriam Chimènes, directrice de recherche au CNRS, et Yannick Simon, Professeur à l’Université de Rouen (Fayard, 2013). "Sous l’Occupation, Paris ne reste pas silencieux. Peu après l’installation des Allemands, les musiciens reprennent leurs activités comme l’ensemble des artistes. Les salles de concerts et les studios radiophoniques et d’enregistrement se remettent à fonctionner. Dans ce contexte, nombre d’interprètes et de compositeurs français bénéficient de conditions de travail inédites, profitant de l’absence de concurrence étrangère conjuguée à la mise à l’écart des œuvres des compositeurs, morts ou vivants, exclus par les lois scélérates. Centré sur la musique savante, cet ouvrage collectif traite de la diffusion de la musique, grâce à des études sur quelques sociétés de concerts spécifiques à cette période, sur des œuvres du répertoire, sur la création contemporaine et sur le rôle de certains interprètes. Il met en évidence les personnalités de Francis Poulenc, Olivier Messiaen et Arthur Honegger ainsi que d’Alfred Cortot, Germaine Lubin, Charles Munch et Wilhelm Kempff, en insistant sur les ambiguïtés entretenues rétroactivement par certains acteurs de la vie musicale sur leur carrière pendant les années noires. Il analyse également la manière dont quelques grandes figures du passé (Mozart, Berlioz, Wagner) sont susceptibles de s’inscrire dans un discours de propagande, largement véhiculé par les critiques et les musicologues. Cette réflexion sur la trace mémorielle d’une époque se clôt par l’évocation de deux débats récents, qui montrent que ce passé passe difficilement.
Ont collaboré à cet ouvrage : François Anselmini, Mathias Auclair, Yves Balmer, Esteban Buch, Jean Gribenski, D. Kern Holoman, Sara Iglesias, Karine Le Bail, Christophe Brent Murray, Aurélien Poidevin, Manuela Schwartz, Nicolas Southon, Leslie Sprout et Jacques Tchamkerten".

Propagande, antisémitisme et réorganisation de la vie musicale
Après la signature par le représentant du Troisième Reich, le maréchal Wilhelm Keitel, et celui du gouvernement français de Pétain, le général Charles Huntziger, de la convention d’armistice (22 juin 1940) et l’installation des autorités allemandes nazies d’Occupation, la vie musicale reprend vite son cours en France avec l’approbation et les encouragements de l’Occupant.

Pour les Allemands nazis occupant la France, la musique est indéniablement un instrument de propagande. Et il s’agit de séduire les compositeurs français non exclus en raison de leur judéité, etc. Les moyens : une propagande pour la musique allemande via des concerts et spectacles lyriques, l’accueil de compositeurs allemands, les essais pour séduire ces compositeurs français via la section musicale du groupe Collaboration ou le voyage à Vienne (décembre 1941) de musiciens et compositeurs français - Alfred Bachelet, Marcel Delannoy et Florent Schmitt - pour assister aux cérémonies du 150e anniversaire de la mort de Mozart. Un « pèlerinage encore plus nazi que mozartien », selon Lucien Rebatet (1903-1972), journaliste critique musical et cinématographique.

Pour le gouvernement de Vicky, c’est le moment propice pour rénover et réorganiser la vie musicale. Il est impératif d’éviter la « mainmise allemande sur les structures de diffusion, d’enseignement et d’organisation collective des compositeurs » et de « réorganiser la vie musicale ». L’Etat français applique sa politique antijuive aussi dans le domaine musical. Ne sont plus interprétées les œuvres de Meyerbeer, Halévy, Dukas, Hahn, Milhaud

Yannick Simon observe à la fois une continuité avec la politique de la IIIe République, et notamment du Front populaire - politique des commandes pour favoriser la création, création du département de la Musique de la Bibliothèque nationale - et l’innovation du gouvernement de Vichy : discriminations antijuives excluant de la vie musicale – André Bloch, professeur d’harmonie au Conservatoire -, contraignant à l’exil ou au silence des élèves et professeurs du Conservatoire de musique de Paris, des interprètes ou des compositeurs, création de trois comités d’organisation du secteur musical, etc.

Le gouvernement de Vichy impulse une étatisation de la musique savante. L’Etat français renforce ses interventions dans le domaine musical - il encourage la création artistique via les commandes qui privilégient un style néoclassique associant le folklore, il organise des spectacles et adopte des mesures pour favoriser leur diffusion, il institue le Comité d'organisation professionnelle de la musique -, et les nominations à des postes clés (Réunion des théâtres lyriques, Conservatoire).

« La tentative de mainmise de l’Etat français sur l’organisation de la vie musicale est fortement concurrencée par la pression des autorités allemandes. Il faut composer avec les Allemands et notamment se plier à la censure qu’ils mettent en place », relève l’auteur.

« Activité compositionnelle intense »
Les compositeurs « bénéficient de cette situation exceptionnelle, amplifiée par la très forte augmentation du taux de remplissage des salles de concerts ». Dirigé par Max d’Ollone, l’Opéra-comique présente ses nouvelles productions, dont certaines commandées par le Front populaire.

« Malgré les difficultés, la pénurie » et la censure, les musiciens « frappés d’aucun interdit » et convaincus de la supériorité de la musique nationale sur celle germanique sont préoccupés par leurs intérêts privés, la défense d’intérêts corporatistes, font montre d’une « activité compositionnelle intense » et diverse.

Encouragée par l’Etat français et les autorités allemandes, cette activité s’explique par l’urgence : « il faut occuper le terrain et éviter la mainmise allemande sur les structures de diffusion, d’enseignement et d’organisation collective des compositeurs. Et par les nécessités de vivre de leurs œuvres dans un environnement difficile et de promouvoir la création musicale pour éviter la crise musicale » des années 1930.

S’affirme la conscience de la supériorité de la musique française sur l’allemande, de Debussy sur Wagner. Apparaît un « francisme » (Coeuroy) caractérisé par la clarté de la ligne mélodique, une mesure dans l’expression des passions, l’allégeance au système tonal, et le recours aux thèmes populaires. Si « la figure de Jeanne d’Arc est convoquée à plusieurs reprises », la production musicale demeure diverse avec la moderne Antigone.

Yannick Simon montre que le poids de l’Occupation influe peu l’œuvre d’Arthur Honegger, amène André Jolivet à rompre avec ses tendances modernistes d’avant-guerre, mais n’interdit pas à Olivier Messiaen de parfaire son langage personnel, pas plus qu’il n’empêche la promotion du système de notation de Nicolas Obouhow. L’Occupation « ne fige pas, mais teinte d’une couleur particulière les débats esthétiques ».

La corporation musicale se montre plus « soucieuse d’intérêts personnels que de géopolitique, et largement dépendante des grandes structures de diffusion contrôlées ou financées par l’Etat et les forces d’occupation. Des carrières s’y construisent, d’autres y trouvent un second souffle ».

Variété de choix
En plus d’une défense corporatiste, Yannick Simon relève « peu d’empressement à s’engager ». Rares sont les compositeurs collaborateurs – groupe Collaboration (compositeurs Florent Schmitt, Max d’Ollone, Alfred Bachelet, cantatrice Claire Croiza, ténor Thomas Salignac), André Gailhard apparaît en compositeur pétainiste (Ode à la France blessée) - ou résistants (Georges Auric).

La « résistance molle fait écho à un maréchalisme timoré ». Peu de compositeurs sont décorés de la Francisque : Charles Courtioux (compositeur de la musique de Maréchal nous voilà), Alfred Cortot et René Dommange (1888-1977), député de la Seine (1932-1942), éditeur musical dirigeant les éditions Durand et avocat, anti-franc-maçon et fidèle au maréchal Pétain jusqu'à la fin du régime de Vichy.

Sur Cortot, l'historienne Limore Yagil écrit dans Alfred Cortot, entre mémoire et oubli : le destin d’un grand pianiste (Guerres mondiales et conflits contemporains 2012/2, n° 246, p.117-136) : "Le pianiste et pédagogue Alfred Cortot, une référence de la musique française dans les années 1930, demeure aussi une référence dans les années 1940. Très apprécié en Allemagne, il est sous Vichy le conseiller spécial du régime, chargé de la direction musicale et de l’action musicale officielle. Concrètement, Cortot est intervenu en faveur de nombreux musiciens et d’artistes juifs, et autres pour empêcher le départ de certains en Allemagne dans le cadre du Service de travail obligatoire ou pour libérer d’autres arrêtés par les autorités d’occupation. Plusieurs dizaines de personnes lui doivent leur survie, attitude assez exceptionnelle en période d’Occupation et qui démontre que la « désobéissance civile » n’était pas un vain mot, même pour un artiste qui accepta de s’accommoder avec le régime de Vichy, en espérant ainsi réaliser ses rêves de réformer l’enseignement de la musique en France".

En contraste avec l’apathie générale du milieu musical, émerge un Front national de la musique – refus de toute collaboration à Radio-Paris - aux rares membres : Roger Désormière, Elsa Barraine…

Le Groupe des Six illustre la variété des choix de compositeurs français : Darius Milhaud, qui se définit dans ses Notes sans musique comme « un Français de Provence et de religion israélite  », quitte Paris dès juin 1940 et fuit la France pour les Etats-Unis via Lisbonne en juillet 1940 ; Germaine Tailleferre part rejoindre son mari Jean Lageat et se réfugie aux Etats-Unis en 1942 ; Francis Poulenc, Georges Auric et Louis Durey adhèrent au Front national de la musique.

Yannick Simon décrit la trajectoire digne et courageuse de Francis Poulenc et Georges Auric. En 1942, un extrait de Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine est intégré dans Animaux modèles, ballet humoristique créé à l'Opéra de Paris sur une musique de Francis Poulenc et une chorégraphie de Serge Lifar, et Francis Poulenc compose la musique du film La Duchesse de Langeais de Jacques de Baroncelli. Sur une musique de Francis Poulenc et des textes de Paul Eluard, la cantate Figure humaine (1943) est créée en 1945 à Londres : elle se conclut par le poème Liberté.

L'auteur évoque une situation paradoxale : membre du Front national de la musique créé en 1941 dans l’orbite communiste, le suisse Honegger fait partie du « voyage collaborationniste de Vienne » - ce qui provoquera son exclusion dudit Front national – et rédige des articles pour la revue collaborationniste Comoedia. Honegger intervient aussi pour des artistes Juifs : il préserve les biens de Darius Milhaud d’une saisine par l’Occupant.

Le paysage musical français est ainsi redessiné, en l’absence de « l’un des principaux compositeurs français et de concurrence étrangère ». Seuls quelques compositeurs allemands viennent à Paris présenter leurs œuvres récentes. Interventionnisme renforcé et carence d’un marché privé induisent une dépendance à l’égard de l’Etat inédite.

Epuration rare
Après la Libération, l’épuration se révèle rare.

En 1968, le lycée de Saint-Cloud prenait le nom de lycée Florent Schmitt, compositeur ayant habité dans cette ville de la banlieue chic de Paris. Nul ne s’offusquait alors de « son adhésion au Comité France-Allemagne dans les années trente, son appartenance au groupe Collaboration durant l'Occupation, sa participation au voyage à Vienne organisé par la propagande hitlérienne en décembre 1941 sous couvert de célébrer le 250e anniversaire de la mort de Mozart ». Effet des révélations de l’historien américain Robert Paxton en 1972, des avancées de l’historiographie sur l’Occupation, ou de l’importance croissante de la Shoah dans la conscience nationale ? En 2002, le conseil d’administration du lycée décidait de le dénommer lycée Alexandre Dumas. Une appellation entrée en vigueur en 2005.

Ce lycée retrace ainsi l'historique de ces dénominations : "En 1995, un professeur a lu un article qui a troublé la communauté scolaire : il signalait que Florent Schmitt avait provoqué un scandale en criant « Vive Hitler ! » lors d'un récital de Kurt Weill, le 26 novembre 1933. Rappelons que l’auteur de L’Opéra de quat’sous était musicien d’avant-garde, sympathisant communiste, juif ; il s'était réfugié en France dès l’arrivée au pouvoir de Hitler.

Des recherches ont établi que cet incident n’était pas isolé.

 En 1935, Florent Schmitt a fait partie du Comité France-Allemagne, qui, sous prétexte de rapprocher les deux ennemis héréditaires, avait pour but réel d'endormir la vigilance de la France face au réarmement allemand. En 1938, le compositeur célèbre l'amitié franco-allemande dans le Völkischer Beobachter, le journal du parti nazi.

Sous l'Occupation, il a participé à un voyage de propagande dans l'Allemagne hitlérienne, puis présidé la section musicale du groupe Collaboration, un mouvement dont le nom résume le programme.

Ces faits, faciles à vérifier, ont amené la communauté scolaire à vouloir débaptiser l'établissement : Florent Schmitt pouvait-il encore être présenté comme un modèle aux lycéens ? Après consultation des élèves et du personnel, le Conseil d'administration s'est prononcé, le 27 mai 1997, pour le nom d'Henri Matisse, mais la procédure, qui exige l’accord du Conseil régional d’Ile-de-France et de la municipalité de Saint-Cloud, a été longue et complexe. En mai 2002, une pétition en faveur du changement de nom a été signée par les deux tiers des élèves.

 Après une nouvelle consultation, le Conseil d'administration a choisi, le 16 décembre 2002, le nom d'Alexandre Dumas - le corps de l'écrivain venait d'être transféré au Panthéon dans un climat d'unanimité nationale. La procédure a finalement abouti, et la nouvelle dénomination est effective depuis le 1er janvier 2005"

Henri Dutilleux (1916-2013)
Le célèbre compositeur français Henri Dutilleux (1916-2013) a été, en mars 2015, au centre d'une polémique ternissant à tort son honneur, révélant un « mélange d'inculture et d'ingratitude » (Thierry HillériteauLe Figaro, 18 mars 2015), et à laquelle sont mêlés Christophe Girard, maire du IVe arrondissement de Paris, et Karen Taïebune de ses adjoints et conseillère de Paris, et "journaliste santé" sur RCJ, radio du Fonds social Juif unifié (FSJU).

Né en 1916, Henri Dutilleux est le compositeur français, mondialement admiré, des Métaboles, d’Ainsi la nuit (1977), Timbre, espace, mouvement, La Geôle, en 1944, sur un sonnet du poète résistant Jean Cassou – une œuvre dédiée à son frère prisonnier en Allemagne, et Le loup, la musique d'un ballet de Roland Petit. Un résistant  éminent qui aida notamment des compatriotes Juifs, tel Darius Milhaud, et refusa de jouer pour Radio Paris, collaborationniste.

Grand Prix de Rome (1938) avec la cantate l'Anneau du Roi, il a été alors persécuté par les fascistes italiens. Il s’engage en 1939 lorsqu’éclate la Seconde Guerre mondiale.

Henri Dutilleux  a adhéré en 1942 au Front national des musiciens, mouvement de résistance ayant aidé les compositeurs persécutés par l’Occupant nazi et le régime de collaboration de Vichy présidé par le maréchal Pétain.
 
Cet artiste a été distingué par le grand prix international du disque de Montreux (1983), Prix international Maurice Ravel (1987), Royal Royal Philharmonic Society Awards pour « The Shadows of Time » (1998), oeuvre dédiée à la mémoire d’Anne Frank et évoquant les enfants juifs d’Izieu, le grand prix national de la musique (1967) et le Praemium Imperiale du Japon (1994) pour l'ensemble de son œuvre, le prix international Ernst von Siemens (2005) - troisième compositeur français, après Olivier Messianen et Pierre Boulez, à être couronné par ce prix, considéré comme le Nobel de la musique -, le Prix de l’Orchestre philharmonique de New York (2011) . En 2004, il est élevé à la dignité de Grand-croix de la Légion d’honneur.

Pédagogue, Henri Dutilleux est nommé professeur de composition à l'École Normale Supérieure en 1961 puis au Conservatoire de Paris en 1970.

Il est entré dans des institutions culturelles prestigieuses : la Royal Academy de Londres (1966, membre honoraire), l'Académie Royale de Belgique (1973), le Conseil international de la musique de l'UNESCO et l'Americain Academy and Institute of Arts and Letters de New-York (1981), l'Academia Nazionale Santa Cecilia à Rome (1993), la Bayerische Akademie der Schünen Künste à Munich (1998).

Henri Dutilleux a présidé l’association  Les Amis d’Alexandre Tansman  (1897-1986), compositeur français Juif né en Pologne.

En novembre 2013, Jean-Pierre Plonquet, candidat UDI aux élections municipales (2014) dans le IVe arrondissement, a suggéré  la pose d’une plaque en hommage à Henri Dutilleux  sur l’immeuble du 12 rue Saint-Louis en l’Ile, où cet artiste a longtemps vécu. Christophe Girard, ancien adjoint à la culture du maire de Paris, alors Bertrand Delanoë, et nouveau maire socialiste de l’arrondissement, a soutenu cette idée.


Le 21 juillet 2014, présidé par Danielle Tartakowsky, le Comité d’Histoire de la Ville de Paris a émis un avis positif, tout en notant « des faits de collaboration avec le régime de Vichy. Henri Dutilleux, alors qu'il était chef de chant de l'Opéra de Paris, a composé la musique du film de propagande Forces sur le stade (1942). Le film fut commandé par le Commissariat général à l’Education générale et aux Sports au réalisateur Marcel Martin (1908-1983) ; il fut produit par l’Union Technique Cinématographique et distribué par Pathé-Consortium-Cinéma. Un film de propagande réalisé en direction des patrons d’usines pour les inciter à construire des terrains de sports près des lieux de travail des ouvriers ». Un film prônant à la pratique intensive du sport pour l'entretien du corps et le développement de la force de travail, commandé par les services du Maréchal Pétain. Toutefois, le Comité soulignait que « l'implication de Henri Dutilleux dans une politique active de collaboration n'est pas autrement documentée, il ne semble pas jusqu’à preuve du contraire avoir directement nui ou pourchassé des persécutés ».

Et de rappeler la polémique suscitée par le projet de plaque en hommage au compositeur Jean Martinon (1910-1976), « ayant composé la musique d’un film de propagande nazie » Le Maire, alors Bertrand Delanoë « avait demandé le retrait de la plaque » rendant hommage aux chefs d’orchestre Jean Martinon et Pierre Monteux, et d’apposer une plaque rappelant uniquement la mémoire de Pierre Monteux, au 189 rue Ordener (75018).

Le 2 mars 2015, lors du Conseil d’arrondissement, Christophe Girard, « accompagnée de Karen Taïeb, conseillère de Paris, a fait part de son choix de suspendre la pose de la plaque pour le moment, en raison du contexte « marqué par les attentats de janvier et la commémoration de l'anniversaire de la libération des camps de concentration d'Auschwitz et Birkenau ». Une décision soutenue par la mairie de Paris  », dont le Maire est Anne Hidalgo. Bref, l'avis positif du Comité d'Histoire n'est pas respecté.

Christophe Girard, qui « a bien connu Henri Dutilleux, nous étions tous deux originaires du même village d’Anjou. C’était un immense musicien et j’ai donc voulu honorer sa mémoire  » - a expliqué ainsi sa position : « Dans le contexte actuel, entre les manifestations, le plan Vigipirate, le mémorial de la Shoah qui est sous surveillance dans l’arrondissement, il n'est pas question d'avoir des manifestations devant la rue d'Henri Dutilleux contre la pose d'une plaque, ce serait d'une violence inouïe, donc Anne Hidalgo et son cabinet m'ont réitéré que ça n'était pas opportun pour le moment lorsque j'ai posé la question. J'avais souhaité qu'on apaise tout et qu'on laisse passer un peu le temps dans l'émotion actuelle, et voilà que les réseaux sociaux se sont enflammés en disant que je ne respectais pas la mémoire d'Henri Dutilleux. On mettra la plaque, mais le temps n’est pas opportun ». On comprend mal le lien entre la situation actuelle et ce célèbre compositeur résistant.

Lors du décès de Henri Dutilleux, la Ville de Paris avait pourtant salué  le 22 mai 2013 « la richesse de son parcours, la qualité de ses compositions mais aussi son talent d’enseignement et de transmission ont marqué et marqueront encore des générations de musiciens et de mélomanes. En tant que compositeur contemporain parmi les plus joués au monde, chef de chœur à l’Opéra de Paris, professeur de composition à l’Ecole Normale de Musique de Paris mais également professeur au Conservatoire, il a contribué à la vitalité musicale de la Capitale et à son rayonnement international. Poète inspiré, résolument moderne et avant-gardiste, il a su explorer avec audace de nouvelles voies musicales, autant de voyages intenses et lumineux qu’il nous a légués ».

Et la mairie du IVe arrondissement  avait rendu hommage à cet artiste : ainsi, le 20 décembre 2013, cette mairie et l’association Figures harmoniques ont organisé l’exposition, me projection d’Henri Dutilleux , à portée de voix, documentaire de Michel Van Zele et un concert de musique de chambre.
Selon le site du magazine Diapason, Christophe Girard aurait twitté  : « Je ne fais que suivre les recommandations du Comité d'histoire de la Ville. Louis-Ferdinand Céline est un grand écrivain mais…» Retiré depuis, ce Tweet a alimenté  la polémique  naissante.

La mémoire de Henri Dutilleux  a été défendue par Hugues Gall, Jean-Claude Casadesus et divers compositeurs. Indigné, le violoniste Renaud Capuçon a loué son œuvre caractérisée « en trois traits: raffinement, foisonnement d'idées et une singularité de son univers sonore, d'une poésie infinie  ».

Lancée le 16 mars 2015, la pétition « Non à la calomnie pour le compositeur Henri Dutilleux  » en faveur de ce compositeur a recueilli, au 22 mars 2015, 5963 signatures, dont Etienne KIPPELEN, compositeur, musicologue, lauréat du Concours Dutilleux 2012, Matthieu Stefanelli, compositeur, pianiste, et Régis Campo, compositeur, Premier Prix du Concours Dutilleux 1996. Cette pétition est adressée au maire du IVe arrondissement de Paris :
« Lors du conseil d'arrondissement du 2 mars 2015, en réponse à la demande formulée par un élu d'apposer une plaque commémorative sur l'Ile Saint-Louis, où Henri Dutilleux  a passé la majeure partie de sa vie, M. Christophe Girard, Maire du 4ème arrondissement, et Mme Karen Taïeb, Conseillère de Paris, ont accusé le compositeur en des termes peu mesurés de graves faits de collaboration, s'appuyant exclusivement sur la réalisation d'une musique d'un film documentaire en 1942 "Forces sur le stade". (http://lindependantdu4e.typepad.fr/arrondissement_de_paris/2015/03/refus-dune-plaque-%C3%A0-la-m%C3%A9moire-dhenri-dutilleux-un-petit-cours-dhistoire-pour-les-%C3%A9lus-de-la-majorit.html). S'il s'agit effectivement, d'après l'historien du cinéma Jean-Pierre Bertin-Maghit, d'un film de propagande, vantant les mérites du sportif et de l'ouvrier-modèle selon Vichy - et non d'un film à proprement parler collaborationniste -, il est d'une totale malhonnêteté intellectuelle de souiller la mémoire d'un homme dont la vie et l'œuvre témoignent d'un engagement humaniste et universaliste.
Premier Grand Prix de Rome en 1938, Henri Dutilleux adhère dès 1942 au Front national des musiciens, organisation de résistance, à laquelle participent également des noms prestigieux tels que Francis Poulenc, Georges Auric, Manuel Rosenthal, Roland-Manuel et Charles Munch. En 1944, il compose dans la clandestinité "La Geôle", sur un sonnet de Jean Cassou, un poète résistant qui fut emprisonné à Toulouse ; cette œuvre sera créée quelques mois après la Libération de Paris. En 1974, lorsque le violoncelliste Mstislav Rostropovitch fuit précipitamment l'URSS de Brejnev, il est accueilli à bras ouverts par son ami Henri Dutilleux et sa femme Geneviève Joy, chez lesquels il passe sa première nuit en France. Le compositeur a été depuis l'un des musiciens français les plus récompensés pour son œuvre, qui s'est toujours épanouie hors des modes de son siècle et a gagné ainsi - fait exceptionnel dans la musique contemporaine - le cœur de nombreux mélomanes.
Acclamé dans le monde entier, il est pourtant inhumé en 2013 dans un quasi-anonymat en France, en l’absence de tout représentant officiel, et maintenant se voit sali par des accusations malhonnêtes, témoignant d'une lecture de l'histoire bien peu objective. Nous demandons que soit mis un terme à cette ignominieuse calomnie, que son talent et l'universalité de son œuvre soient honorés par la pose officielle d'une plaque à l'endroit de l'immeuble qu'il a longtemps habité, sur l’Ile Saint-Louis ».
Proche du compositeur, le musicologue Claude Samuel a considéré ces attaques contre Henri Dutilleux comme « une connerie absolue. Dutilleux était un modèle de vertu, de probité et de rigueur morale. Surtout, c'était un homme qui avait choisi son camp. Il n'y a jamais eu la moindre histoire à ce sujet. S'il avait dans sa jeunesse eu un quelconque écart de pensée, il ne l'aurait pas caché: son honnêteté a toujours été sans faille. Venir salir sa mémoire alors qu'il n'est plus là pour s'expliquer, est une honte ! »

Professeur en études cinématographiques à Paris III, membre de l’Institut universitaire de France, Jean-Pierre Bertin-Maghit a adressé à Christophe Girard un texte argumenté sur Henri Dutilleux et publié le 18 mars 2015 par Pierre Assouline  :
« Henri Dutilleux a composé la musique de Force sur le stade (1942). Ce film du Commissariat général à l’éducation générale et aux sports, fait suite à L’appel du stade (1941), est réalisé par Marcel Martin en direction des patrons d’usines pour les inciter à construire des terrains de sport près des lieux de travail des ouvriers.
Rien à voir avec les films ignominieux commandités par l’ambassade d’Allemagne à Paris aux producteurs Robert Muzard, Nova films (Mr. Girouette, Travailleurs français en Allemagne, Les Corrupteurs, Forces occultes, Permissionnaires n’oubliez pas) et Badal, Société Busdac (Résistance, Français souvenez-vous, Patriotisme, Faits d’armes de la semaine et la version française de L’Ecole des Waffen SS), par les partis collaborationnistes, l’Institut d’études des questions juives (Le Péril juif, la version française de Der Edwige jude) et la Milice (Le Vrai combat).
Le comité régional interprofessionnel d’épuration (CRIE) a condamné les techniciens du cinéma qui avaient participé à ces documentaires de propagande nazie et collaborationniste ainsi qu’aux reportages de France-Actualités (journal franco allemand diffusé de août 1942-août 1944). Marcel Martin n’a pas été convoqué par le CRIE ni Henri Dutilleux par la commission des musiciens. Voilà les faits. En outre, en tant qu’historien comparer Henri Dutilleux à Céline me choque ».
Le 19 mars 2015, l’Académie des Beaux-arts  a protesté « vivement contre cette décision précipitée de la Mairie de Paris qu’elle juge injuste et insultante pour la mémoire de ce grand musicien, internationalement reconnu et respecté ». Elle a exprimé sa « consternation à la suite de la remise sine die d'une plaque commémorative du compositeur Henri Dutilleux sur l'immeuble de son domicile parisien du 12 rue Saint Louis en l'Ile ». Elle s’est élevée « contre cette décision précipitée de la Mairie de Paris qu'elle juge injuste et insultante pour la mémoire de ce grand musicien, internationalement reconnu et respecté ».

Et d’ajouter : « Cette décision de report fait suite aux remarques apportées à ce dossier par Mme Tartakowsky, saisie en tant que Présidente du Comité d'histoire de la Ville de Paris pour avis consultatif. Le motif : Henri Dutilleux a signé une musique du film « de propagande» en 1942, intitulée Forces sur le stade. S'il est avéré que le nom d'Henri Dutilleux figure au générique du film en question, et qui célèbre les vertus du sport, aucune preuve n'est apportée à un soutien quelconque au régime de Vichy d'Henri Dutilleux, comme le reconnaît d'ailleurs cette experte. Cette figure majeure de la musique française a fait preuve, bien au contraire, d'un soutien aux forces de la Résistance, comme son appartenance au Front National des musiciens l'atteste. Rappelons également que Dutilleux a mis en musique, pendant l’Occupation, des poèmes de Jean Cassou, grande figure de cette même Résistance. Après la Libération, Henri Dutilleux a occupé des fonctions de direction artistique au sein de la Radiodiffusion nationale pendant de nombreuses années, fonctions qui auraient été jugées nécessairement incompatibles avec une quelconque suspicion de collaborationnisme ».

Le 18 mars 2015, Catherine Vieu-Charier, adjointe à la Maire de Paris en charge de la Mémoire et du Monde combattant, correspondant Défense, a signé un communiqué indiquant : « La Ville de Paris a donc décidé de surseoir à la rédaction de la délibération afin de demander des précisions qui clarifieront les activités de M. Henri Dutilleux durant l’occupation. La Ville de Paris est dans l’attente de cette expertise complémentaire, et les conclusions qui seront apportées lui permettront de prendre une décision dans la clarté et dans la sérénité. La Ville de Paris est dans son rôle, chaque fois qu’elle rend hommage à une personnalité, de s’assurer de conseils argumentés et scientifiques, afin d’éviter toute polémique, et ce, quels que soient la femme ou l’homme honorés. »

Le 19 mars 2015, Christophe Girard a publié sur son blog  le texte Pour la mémoire d’Henri Dutilleux de Guy Krivopissko, conservateur du Musée de la Résistance nationale, co-auteur de la communication consacrée au Front national des Musiciens au colloque « La vie musicale sous Vichy » sous la direction de Myriam Chimènes :
« Henri Dutilleux, le compositeur résistant, était membre du comité d’honneur du musée de la Résistance nationale (MRN) aux côtés de l’écrivain résistant Jean Cassou, du cinéaste résistant Jean-Paul Lechanois, du philosophe résistant Vladimir Jankelevitch, de l’artiste résistante Madeleine Milhaud, du poète résistant Pierre Seghers, des peintres résistants Boris Taslitzky et Édouard Pignon, ainsi que des résistant(e)s Lucie et Raymond Aubrac, Renée Bédarida, Jacques Debu-Bridel, Vincent Badie, Georges Montaron, Pierre Sudreau, Christian Pineau, Louis Terrenoire, Charles Lederman, Joel le Tac, Hélène Langevin, Henri-René Ribière, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Jacques Piette, Gaston Cusin, Pierre Meunier, etc.
Une place justifiée qui honore le musée.
Avec son épouse la pianiste Geneviève Joy, résistante elle aussi, le 24 juin 2004, il présidait en l’église Saint-Eustache à Paris, le concert « Musiques résistantes, Musiques libérées » coproduit par le Musée de la Résistance nationale, le Musée du général Leclerc de Hautecloque et de la libération de Paris – Musée Jean Moulin et France musiques (Réalisation Karine Le Bail) pour le 60e anniversaire de la libération de Paris.
Le maire empêché, Christophe Girard, alors adjoint en charge de la culture et Odette Christienne en charge du monde combattant et de la mémoire, étaient à leurs côtés pour ce concert d’anthologie où furent jouées des œuvres de Jehan Alain, d’Elsa Barraine, de Francis Poulenc, de Georges Auric, de Manuel Rosenthal, de Darius Milhaud, de Louis Durey, de Claude Delvincourt, d’Henri Dutilleux mais aussi des œuvres du compositeur italien Mario Castelnuovo-Tedesco et du compositeur allemand Arnold Schönberg toutes écrites entre 1940 et 1945. L’élaboration de ce programme lui devait beaucoup : sa manière à lui de prolonger l’hommage à ses compagnons qu’avec Madeleine Milhaud ils avaient apporté le 9 mars 2001 au conservatoire de Champigny lors d’une d’une soirée d’hommage à Jean Cassou (animation : Marc Dumont, producteur à France Musiques).
La présence d’Henri Dutilleux au concert et au comité d’honneur du musée furent ses seules affirmations publiques de son engagement en résistance avec pour seul désir de témoigner de l’histoire méconnue du petit groupe de compositeurs et de musiciens qui, à l’exemple de tant d’autres patriotes engagés sur d’autres fronts résistants, avaient, par leur Art, continué la France, par leurs actes, contribué à sa libération et à sa renaissance.
L’histoire en résistance d’Henri Dutilleux et de ses compagnons est simple et courageuse.
Faisant suite à l’appel lancé, en mai 1941, par le Parti communiste français pour la constitution d’un « Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France » Elsa Barraine et Roger Desormière constituent le noyau fondateur d’un comité de « Front national des musiciens » en liaison avec Pierre Villon (dirigeant du Front national de lutte pour la liberté et indépendance de la France) et Louis Durey replié, alors, en zone non occupée.
En octobre 1941, un manifeste pour la profession est rédigé par Claude Delvincourt. Il paraît dans le numéro clandestin de L’Université libre aux côtés de ceux en direction des universitaires, des intellectuels de zone non-occupée, des médecins, des écrivains et des plasticiens. Autour de ce manifeste se regroupent entre l’automne 1941 et le printemps 1942 : Henri Dutilleux mais aussi Roland Manuel, Georges Auric, Francis Poulenc, Charles Munch, Manuel Rosenthal, Henry Barraud, Irène Joachim, Monique Haas, Marcel Mihalovici et Geneviève Joy. Leur devise « L’Art n’a pas de patrie, certainement. Mais les artistes en ont une ».
Autour du journal clandestin Musiciens d’Aujourd’hui dont le titre est dessiné par le plasticien André Fougeron, le groupe développe une résistance originale, spécifique sur plusieurs fronts. Musiciens d’Aujourd’hui tiré à 1 600 exemplaires, Le musicien patriote et une dizaine de tracts dénoncent l’aryanisation et la vassalisation de la musique réalisées par l’occupant et l’État français. Dans le même mouvement sont affirmées les positions éthiques à prendre par la profession et la défense du patrimoine musical français et celle des œuvres des compositeurs étrangers, notamment allemands, mis à l’index.
S’il doit, comme ses compagnons, consacrer une large part de son temps à des travaux alimentaires (notamment à des commandes de l’Etat français dont Forces sur le stade), tous font preuve d’une grande activité créatrice et de recherche. De nombreuses œuvres sont créées, notamment sur un répertoire de poésie clandestine, des travaux de musicologie sont entrepris. Ces créations ou des œuvres de contrebande sont jouées dans des concerts autorisés ou clandestins. Henri Dutilleux et ses camarades organisent et développent la solidarité envers leurs collègues juifs exclus (chefs de chant, danseurs, musiciens, électriciens, etc.) ou en exil (en premier lieu Madeleine et Darius Milhaud) : collectes ; planques des biens et des personnes ; fausses déclarations pour la perception des droits d’auteur (ceux de Jean Wiener par exemple), etc. Déjà en 1941, Henri Dutilleux s’était distingué en renvoyant, vierge avec pour seule inscription manuscrite « la honte ! » , à Alfred Cortot président du comité d’organisation professionnelle de la musique, le questionnaire officiel de l’Etat français pour « l’aryanisation » du monde musical.
Avec d’autres résistants, particulièrement Marie-Louise Böllmann-Gigout, militante de Défense de la France, s’organise la résistance au STO, l’aide aux réfractaires. En liaison avec Jean Rieussec, chef tapissier de l’Opéra de Paris et Camille Dézormes, dirigeants de groupes « Front national » à l’Opéra (orchestre et personnels) et dans les théâtres lyriques nationaux, le front économique et social n’est pas délaissé. Se mettent en place l’organisation des luttes contre le Comité d’organisation des entreprises du spectacle, la défense des conditions de travail et des salaires, l’indépendance des Arts du spectacle remis en cause par les accords passés entre la firme allemande « Continental » et la « Metro Goldwin Meyer », etc.
Le 18 août 1944, Henri Dutilleux et ses camarades se joignent à l’appel à la grève insurrectionnelle lancé par la Fédération clandestine des syndicats du spectacle. Un groupe de plus de cent FTP composé d’artistes et de techniciens de l’Opéra et des théâtres lyriques nationaux participe aux combats de la libération de Paris.
Dans le même temps, autour de Pierre Schaeffer, dans le studio d’essai clandestin de la radio, les compositeurs, et les musiciens du « Front national des musiciens », Henri Dutilleux, Manuel Rosenthal et Henry Barraud en tête, participent à la reconstruction et à la renaissance de la radio de la Libération : une radio de service public assurant l’enseignement et la diffusion de la culture.
Temps étrange où l’ignorance et l’oubli blanchissent sans murmure ceux qui se sont compromis au premier rang desquels Alfred Cortot et salissent ceux qui résistèrent.
Henri Dutilleux et Geneviève Joy de leur vivant auraient mérités la médaille de la Résistance et la reconnaissance de Justes parmi les nations, à titre posthume il revient à Paris et aux Parisiens d’exprimer leur reconnaissance d’avoir eu de tels artistes et de tels citoyens ».
Le 22 mars 2015, Jack Lang, président de l'IMA (Institut du monde arabe) et ancien ministre de la Culture sous la présidence de François Mitterrand, a déclaré : "« On est abasourdi par ce mélange d’incompétence et de veulerie. Comment peut-on ignorer qu’Henri Dutilleux, grand maître mondialement admiré et reconnu de la musique française, fut un des plus fervents et fidèles soutiens de François Mitterrand ? Bien avant 1981, il était à nos côtés pour imaginer notre future politique de changement culturel ».

Karen Taieb, « journaliste Santé  » sur RCJ, radio du FSJU (Fonds social Juif unifié), n’a rien publié sur son blog sur cette polémique. Son texte le plus récent loue l’ouverture du jardin de l’Hôtel de Ville… Il est curieux que cette élue n'ait pas eu le réflexe journalistique de s'informer sur cet artiste. Ce qui aurait pu vraisemblablement contribuer à épargner cette polémique en informant le maire de l'arrondissement.

La décision sur cette plaque – « Ici habita Henri Dutilleux (1916-2013). Compositeur de musique contemporaine. Grand prix de Rome 1938 » - sera soumise au vote en conseil d’arrondissement, puis au Conseil de Paris.

René Dommange
Dans le cadre de la Fête des Justes (17 avril-2 juin 2015), la ville d'Avon (Seine-et-Marne) va débaptiser ce 2 juin la rue Lola Dommange pour la dénommer rue des Justes. Ce qui a suscité une polémique.

Diplômé de Sciences Po, éditeur de musique, directeur des éditions Durand, René Dommange (1888-1977), époux de Lola Dommange, était musicologue et poète. Dans son manoir d'Avon, le couple Dommange recevait souvent Camille Saint-Saëns, Gabriel Fauré, Claude Debussy et Maurice Ravel.

Député indépendant et républicain de Paris, élu dès 1932, cet éditeur s'oppose à la proposition de loi de Jean Zay, ministre des Beaux-arts et de l'Education nationale sous le gouvernement du Front populaire, déposée le 13 août 1936. Défenseur du droit d'auteur, Jean Zay voulait renforcer le contrat d'édition en substituant au contrat de cession de droit un contrat temporaire de concession de droits, et instaurant un droit d'auteur inaliénable.

La Crise du 6 février 1934 transforme René Dommange en élu antiparlementaire. Estimant le "parlementarisme périmé", il songe à  une réforme profonde de l'Etat privilégiant le corporatisme.

Anti-franc-maçon, xénophobe, René Dommange vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain en juillet 1940.

En janvier 1941, il est désigné membre du Comité de rassemblement de la Révolution nationale, organisme rival de la Légion française des combattants. Ce fidèle du régime de Vichy est décoré de la francisque. Xavier Vallat a suggéré que Dommange lui succède à la tête du Commissariat général aux questions juives, mais les autorités allemandes d'occupation lui préfèrent Louis Darquier de Pellepoix. En 1941, René Dommange préside le Comité d’organisation des industries et commerces de la musique, dépendant du ministère de la production industrielle, la commission "Art et création", entre au Conseil consultatif du dépôt légal et au Conseil municipal de Paris. Il préside une conférence en 1943 sur "les responsabilités de la judéo-maçonnerie dans la deuxième guerre mondiale".

Comme Florent Schmitt, il se rend dans l'Allemagne du IIIe Reich.Il fera également partie de ces groupes de musiciens qui, à l'instar de Florent Schmitt, comme lui aussi progressiste musicalement qu'il est réactionnaire politiquement, participent à des rencontres officielles avec des officiels nazis, et notamment à un voyage de musiciens français organisé par les services de Joseph Goebbels, à Vienne, en décembre 1941. Il se rend encore en Allemagne en 1943 et soutient Joseph Darnand.

À la Libération, il est déclaré inéligible. Puis il reprend la direction des éditions musicales Durand.

En février 1979, Lola Dommange avait donné à la ville d'Avon le manoir et le parc de Bel Ebat. En remerciement, Avon avait dénommé rue Lola Dommange, la nouvelle rue face à la Maison dans la Vallée.

Lors de sa fête des Justes au printemps 2015, Avon rend hommage à Rémy Dumoncel, maire d’Avon, Paul Mathéry, secrétaire de mairie, et au Père Jacques, directeur du Petit Collège des Carmes, car ils "ont mis leur vie en danger pour aider des enfants que l’occupant nazi, aidé par le gouvernement de Vichy, pourchassait jusqu’au dernier, en leur refusant le droit d’exister, parce qu’ils étaient juifs . Ils avaient entre 12 et 18 ans. Le Père Jacques les avait accueillis sous de fausses identités, dans son collège. Ils se nommaient Hans-Helmut Michel, Maurice Schlosser, Jacques Halpern, Simon Bas et Maurice Bas, mais avec la complicité protectrice du maire et du secrétaire de mairie, ils étaient devenus Jean Bonnet, Maurice Sabatier, Jacques Dupré, Lucien et Maurice Lefèvre. Hans-Helmut Michel, Maurice Schlosser et Jacques Halpern, arrêtés le 15 janvier 1944, ont été assassinés à Auschwitz. Simon et Maurice Bas ont échappé à l’arrestation et ont survécu. Le Père JacquesPaul MathéryRémy Dumoncel, arrêtés le 15 janvier et le 4 mai 1944, sont morts en déportation. Ils ont été reconnus Justes parmi les Nations par l’institution Yad Vashem en Israël et sont l’honneur de la ville d’Avon. Qu’ils soient à jamais remerciés et servent de guides aux nouvelles générations". L’arrestation du père Jacques et des trois enfants Juifs le 15 janvier 1944 a inspiré Au revoir les enfants, film de Louis Malle.

Le 2 juin 2015, Avon va renommer cette "rue Lola Dommange" en "rue des Justes". Ce qui a suscité une controverse.

« On ne peut pas à la fois honorer les Justes et laisser dans le paysage d’Avon le personnage de René Dommange. Plus on fait de recherches historiques sur ce personnage, plus on découvre que la ville n’a pas à être associée à son nom. René Dommange était député de Paris. Il était l’ami de Xavier Vallat, nommé commissaire aux questions juives par le gouvernement de Vichy. Il a lui même soutenu cette politique. Il a aussi participé à des voyages de propagande culturelle organisés par Goebbels. On veut renverser le symbole », a expliqué Olivier Plancke, conseiller municipal à la Mémoire et à la Citoyenneté.  « L’idée a germé après les attentats de Charlie Hebdo. Nous voulions rendre hommage à nos Justes », a justifié Marie-Charlotte Nouhaud, maire d'Avon.

Béatrice Rucheton, conseillère départementale, et l’opposition de gauche ont exprimé leur hostilité à ce changement : « Nous sommes très en colère. Nous soutenons tout à fait la rue des Justes, mais Lola Dommange n’est pas responsable de ce qu’a fait son mari. Il est scandaleux de débaptiser cette rue, quand d’autres endroits à Avon auraient parfaitement fait l’affaire, comme la place Carnot !  », a avancé Guillaume Goy, conseiller municipal socialiste. Et d'ajouter : « Ce n’est pas très cohérent. On a accepté le legs à la ville, les Avonnais profitent chaque jour du manoir et du parc, et d’un autre côté on déshonore Lola Dommange. Elle fait partie de l’histoire avonnaise, et ne pas faire de distinction avec son mari, c’est très gênant ». Les riverains sont mécontents car ils vont devoir signifier ce changement d'adresses à divers organismes.

                       
 Yannick Simon, Composer sous Vichy. Editions Symétrie, 2009. 424 pages, 40 euros. ISBN 978-2-914373-57-9

Visuel :
Le visuel d'Animaux modèles provient de https://www.schubertiademusic.com/search.php?query=eschig

A lire sur ce blog :
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Cet article a été commandé, mais ni publié ni payé par L'Arche. Il a été publié sur ce  blog le 16 août 2013, puis le :
- 2 mars 2014. France 5 a diffusé le 2 mars 2014, à 17 h, Un air de résistance à l'Opéra, d'Emmanuel Roblin ;
- 1er décembre 2014. France 3 a diffusé le 1er décembre 2014, à 20 h 45, dans le cadre de L'ombre d'un douteLes artistes sous l'Occupation ;
- 22 mars et 2 juin 2015