mercredi 28 octobre 2015

Joanna Flatau, peintre



Née à Varsovie (Pologne), Joanna Flatau est une artiste peintre figurative, graphiste installée à Paris depuis 1971. Ancienne coopérative viticole de Montolieu, la Coopérative-Collection Cérès Franco - Cérès  Franco était une « historienne de l’art, commissaire d’expositions", directrice fondatrice de la galerie L’œil de Bœuf-Paris, "femme érudite, dotée d'une forte personnalité » - présente une exposition inaugurale collective « En Grand Format », avec notamment des tableaux de Joanna Flatau.


Adolescente, elle se destine à devenir réalisatrice. « Vous avez 17 ans. Il faut vivre pour être metteur en scène. Suivez d’autres études, par exemple l’histoire de l’art », lui conseille le directeur de l’Ecole de cinéma de Lodz.

Joanna Flatau accompagne son père chez un ami peintre qui lui demande, pour déterminer si elle a du talent, de dessiner une bouilloire. Elle réussit ce test. Elle s’oriente donc vers le dessin. Elle entre dans l’atelier de Henryk Tomaszewski, affichiste renommé plein d’humour, et suit des cours de peinture.

Diplômée d’histoire de l’art de l’Université et de l’Académie des Beaux-Arts de Varsovie en 1969, elle commence une carrière de graphiste.

En 1971, elle rejoint à Paris sa grand-tante, une des premières étudiantes en physique, une chercheur auprès de Marie Curie, et son époux, professeur de physique à la Sorbonne.

Elle travaille comme graphiste pour des livres, affiches de cinéma, etc.

13 décembre 1981, le général Jaruzelski proclame l'état de guerre en Pologne. Joanna Flatau participe à une exposition de solidarité avec ses compatriotes intitulée « Banque d’images pour la Pologne ». Elle peint des pastels dont elle aime le contact, le côté tendre de la matière, la subtilité des coloris et l’immédiatement du travail. Cette première expérience picturale marque le tournant artistique de sa vie.

Si elle rêve d’abstraction – « En Pologne, l’abstraction était interdite », se souvient-elle -, elle demeure figurative. Elle évolue vers des acryliques mais songe à retourner vers des pastels.

Se succèdent des séries sombres – pastels sur fond noir avec nuances de beige – dont « L’Avenir », un pastel montrant un couple de personnes âgées se serrant l’un contre l’autre, est sélectionné au Musée d’art moderne, les œuvres inspirées de ses lectures des textes de « Freud ».

Puis, ce sont des « Portraits imaginaires », « Les gens d’ici », noirs sur des fonds beiges, jeu entre l’ombre et la lumière, « L’Opéra ».

Joanna Flatau alterne le noir – « la plus belle des couleurs. On peut voir toutes les couleurs dans le noir » - et les couleurs, « Apparitions », puis des encres (sépia, brun), brut de noir.

Elle expose en Pologne, Grande-Bretagne, France et Suisse. Ses œuvres font partie de la collection du Fonds National d’Art Contemporain, de la Collection Cérès Franco et de plusieurs collections privées.


En 2003, c’est sa deuxième exposition individuelle intitulée Entre Noir et blanc 2 dans la galerie Idée d’artistes du Marais (Paris), après celle intitulée « Tombées des nues » (automne 2002) où elle y avait montré d’étranges femmes nues.

« Joanna Flatau ne cesse de chercher la face cachée des choses qu’elle donne à voir au travers de sa création. C’est avec le papier pelure d’ognons, l’aquarelle et quelques rehauts de pastels gras que l’artiste commence en 2001 une série intitulée « Tombée des nues » dont l’unique sujet est la face et le torse nu de la femme. Une autre série, « Apparitions », réalisée avec une palette de couleurs plus restreinte - bruns, ocres, beiges - met en scène des anges. Androgynes comme il se doit, à quelques exceptions près (certains sont représentés avec des seins), ces personnages, qui ont marqué si fortement l’histoire de l’art, réapparaissent ici sous une allure insoupçonnée. Avec leurs yeux en forme d’amande, certains d’entre eux rappellent les icônes de l’art byzantin tout en gardant leur singularité. Femmes et anges étaient réunis à la galerie Idées d’artistes donnant à voir une expression picturale inouïe », a écrit Jacqueline Roche-Mérédith.

Autres créations de Joanna Flatau : des papiers de sa série « Les Apparitions » (2002-2003).

Le style de cette artiste est suggestif, figuratif, fin, léger, et allie collages de pages de livres, dessins à l’encre de Chine, et juxtapositions de couleurs chaudes : rouille, marrons, etc.

Les thèmes de certaines œuvres ? Solitude, misère d’êtres, « petites joies ».

Un art évoquant un expressionnisme sombre, tragique.

« Ce qui m’intéresse le plus dans le corps, c’est l’esprit »

« Ce qui m’intéresse le plus dans le corps, c’est l’esprit. Cela ne m’intéresse pas de faire des portraits en soi. Je cherche à montrer la vie intérieure de mes personnages. Ma seule ambition, c’est de transmettre de l’émotion », a expliqué l’artiste.

En 2004, Joanna Flatau a ouvert la Saison polonaise en France (« Nowa Polska ») à la galerie Idées d’artistes avec l’exposition « Tête-à-tête », soit une vingtaine de techniques mixtes.

« Depuis bien longtemps Joanna Flatau n’en fait qu’à sa tête. Elle nous revient avec une nouvelle série de têtes, des belles, des moches, des vieilles, des mortes, des rupestres, parfois langoureuses, parfois amoureuses, souvent tendres. Mais, dans leurs têtes toutes ces têtes grincent. Pourquoi ? On pourrait les croire sociables toutes ces têtes ? Mais vite leur image se brouille et il ne reste que l’envers de la tête. Tête-à-tête immobile, impossible, la conversation s’étiole… Où Joanna Flatau va-t-elle donc chercher toutes ces têtes ? Dans sa tête justement, dans sa petite tête agile, perspicace, qui décide de pénétrer dans la tête des autres et qui parfois s’y retrouve ou s’y égare. Mais qu’importe, toutes ces têtes, petites ou grandes, sont là et nous renvoient à nos têtes à nous », précise cette galerie.


Sujets principaux de ces œuvres expressionnistes sombres : des têtes, des portraits de coquettes, des masques, des femmes sexy au regard triste. Joanna Flatau peint avec énergie, directement sur la toile, sans se soucier de rendre délicat son trait. Elle commence avec des œuvres colorées, vives, pures, et affectionne le noir. Les pigments humanisent les acryliques. Tout est mat avec un peu de doré. Elle rend hommage aux femmes de Goya.

Des crânes souriants. La magie égyptienne. Une danse de vie autour de la mort. Une ronde de bêtes autour du crâne sur fond violet. Des coquettes dont la frivolité se révèle par des colifichets, des boucles d’oreilles qui signent aussi leur suffisance. Un clin d’œil de vanité. Des regards pensifs, interrogatifs, soulignés de noir et blanc. Des fonds gris-vert ou violet. Les béliers ? Des symboles de renaissance, de renouvellement de la vie.

En 2012, la Galerie Roi doré a présenté l’exposition éponyme, « Etats d’âme », de Joanna Flatau. Une œuvre centrée sur les visages d’êtres humains seuls. Une création picturale scrutant la vérité humaine.


« Historienne de l'art, commissaire d'expositions, galeriste, femme érudite, dotée d'une forte personnalité, Cérès Franco  a consacré près de 25 ans dans sa galerie L’œil de Bœuf-Paris, à découvrir et à promouvoir des artistes dont les œuvres allaient à l'encontre des tendances de son époque » : Pouget, Rustin Nitkowski, Michel Macréau, Grinberg, Chaïbia, Corneille, Hadad, Kabakov, Komet, Lucebert, Paella Chimicos, Christine Sefolosha, etc. Elle a aussi constitué « une collection audacieuse d'environ 1500 œuvres », présentée pendant plus de vingt ans dans le village de Lagrasse (Aude), et désormais au musée des Beaux-arts de Carcassonne. La dernière section de l'exposition réunit des photos d'ambiance de la collection et quelques portraits de Cérès Franco réalisés par ses amis artistes : Roland Cabot, Danubio, Joanna Flatau, Mao, Roman Cieslewicz, Jean-Louis Bilweis, Jaber, G. G. Netto... Des « portraits qui attestent des liens d'amitié forts et des échanges complices et fructueux de ces passionnés de l'art ». 

Le 25 juin 2014, le conseil municipal de Carcassonne récemment élu a informé Dominique Polad-Hardouin, galeriste et fille de Cérès Franco, qu'elle annulait "le Parcours d'art contemporain 2014 consacré aux œuvres du fonds Franco et refusait la donation de 1 500 œuvres d'art brut, naïf et populaire patiemment rassemblées pendant des décennies par la collectionneuse et galeriste brésilienne. Un cadeau évalué à 4 millions d'euros". « Le premier argument a été économique : les finances sont exsangues. Le second est que ces œuvres ne les intéressent pas. Leur projet culturel consiste à mettre en valeur les réserves du musée des Beaux-Arts », a expliqué Dominique Polad-Hardouin.
  
Réhabilitée en 2008 en centre d’art, l’ancienne coopérative viticole de Montolieu accueille et présente la Collection Cérès Franco. Son but : "présenter de manière permanente le fonds de la collection et organiser des expositions temporaires en résonance avec ce fonds et d’engager un dialogue avec d’autres artistes de la scène internationale. L’ensemble de ses activités s’inscrira aussi dans la dynamique culturelle de Montolieu Village du Livre et en liaison avec la Fabrique des Arts de Carcassonne Agglo. La création de « La Coopérative-Collection Cérès Franco » est le fruit d’une amitié entre Henri Foch, le nouveau propriétaire du lieu, Cérès Franco et sa fille Dominique Polad-Hardouin. Ils se sont regroupés au sein de l’Association pour la Valorisation de la Collection Cérès Franco (AVCCF) qui s’est rapprochée de Carcassonne Agglo pour constituer un partenariat public-privé dans la durée et qui devrait conduire - à terme - à la donation du bâtiment et d’une partie significative de la collection".

L'exposition inaugurale  « En Grand Format » permet de découvrir sur près de 1000 m², près de 500 œuvres de 80 artistes, pièces emblématiques de la Collection Cérès Franco. Dans leur grande diversité l’œuvre de tous ces artistes forme un tout. Ils dialoguent et sont témoins d’une époque".

« Joanna Flatau, Tête à tête ». Galerie Idées d’artistes, 2004.


Jusqu'au 31 octobre 2015
Route d’Alzonne 
11170 Montolieu
Tél :  + 33 (0)4 68 76 12 54


Du mardi au dimanche de 14 h à 19 h

Du 28 septembre 2013 au 28 septembre 2014
Au
musée des Beaux-arts de Carcassonne
1, rue de Verdun, 11000 Carcassonne
Tél. : 04 68 77 73 70
Du 15 septembre au 15 juin, du mardi au samedi, de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h et le premier dimanche du mois de 14 h 30 à 17 h 30. Fermé les dimanches, lundi et jours fériés.
Du 15 juin au 15 septembre, tous les jours de 10 h à 18 h. Fermé les jours fériés.
Vernissage le 27 septembre 2013

Jusqu’au 14 avril 2012
6, rue Sainte Anastase, 75003 Paris
Tél. : + 33 1 42 78 54 42
Du mardi au vendredi de 12 h à 19 h. Samedi de 13 h à 20 h. Dimanche sur rendez-vous
Finissage le samedi 14 avril 2012 de 18 h à 21 h

Visuels : Copyright Galerie Roi doré
Affiche
« Amy »
Technique mixte sur toile
100 x 80 cm
2012

« Rictus »
Technique mixte sur toile
130 x 97 cm
2012

« Divine »
Technique mixte sur toile
146 x 114 cm
1990

« L'attente »
 Technique mixte sur toile
146 x 114 cm
 2012
 
Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié pour la première fois le 3 avril 2012, puis les 25 septembre 2013 et 21 septembre 2014. Il avait été publié en une version plus concise par Actualité juive. Il  a été modifié le 24 septembre 2013

mardi 27 octobre 2015

Abraham Hadad, peintre



Né en Irak, ayant fait son aliyah, Abraham Hadad est un peintre figuratif  et professeur retraité de l'Ecole des Beaux-arts de ParisAncienne coopérative viticole de Montolieu, la Coopérative-Collection Cérès Franco - Cérès  Franco était une « historienne de l’art, commissaire d’expositions", directrice fondatrice de la galerie L’œil de Bœuf-Paris, "femme érudite, dotée d'une forte personnalité » - présente une exposition inaugurale collective « En Grand Format », avec notamment des tableaux d'Abraham Hadad.


« Je travaille lentement. Il me faut du temps pour terminer une toile », nous confie cet artiste. Comme pour s'excuser.

La découverte du sujet
Abraham Hadad est né en 1937 dans une famille bourgeoise Juive de Bagdad (Irak).

Les persécutions antisémites – attentats, dénaturalisations, spoliations, etc. - contraignent la communauté juive irakienne, éprouvée par le farhud (pogrom en 1941) à l’exil rapide et massif .

En 1951, comme tant d’autres, la famille d’Abraham Hadad s’installe en Israël où elle doit surmonter les conditions de vie difficiles.

Abraham Hadad étudie à l’école israélienne des Beaux-arts à Tel-Aviv où ses professeurs, notamment Shtraichman et Stematsky, lui transmettent leur goût pour l’abstraction lyrique.

Ce dessinateur industriel découvre en 1965, dans les musée européens et avec ravissement « le sujet », les miniatures à Bagdad au XIIe siècle, les icônes orthodoxes, des arts « dont il ne soupçonnait pas l’existence ». Prévu pour durer un an, son séjour à Paris a perduré.

De 1977 à 2004, Abraham Hadad enseigne la lithographie, puis la peinture à l’Ecole des Beaux-arts de Paris.

« Longtemps après, je me suis rendu compte que mon art était nourri de l’abstrait pratiqué dans ma jeunesse », nous confie Abraham Hadad qui souligne « la douceur, l’humanité » de ses peintures.

Il pense que, ne maîtrisant aucune langue – il a presque oublié sa langue maternelle, l’arabe, et a appris l’hébreu, puis le français -, il s’est « rabattu sur la peinture » où il peut le mieux s’exprimer. Une « langue internationale ».

La simplicité
« Je me compare à un conteur qui raconte toujours la même histoire, d'une façon à chaque fois différente. C'est la  même histoire et ce n'est pas la même chose », résume Abraham Hadad.

Ses thèmes ? « Des hommes, des femmes, des enfants, un animal domestique, un intérieur, le paysage environnant. La fenêtre donne sur l’extérieur, nous précise Abraham Hadad qui prise la simplicité. « Moins le sujet est compliqué », et plus il peut « aller loin dans le travail… L’essentiel, c’est comment on fait les choses. On me dit, pas au sens littéral : « Tu fais ton autoportrait ». Nous faisons ce que nous connaissons le mieux, ce qui nous concerne ».

Ses œuvres représentent souvent des couples, des familles sages et heureuses (La jeune famille), des femmes nues (Fillette sur la coiffeuse). Dans l’embrasure d’une fenêtre, un visage au regard mélancolique observe, en oblique, en souriant des femmes et enfants posant face au peintre (Entre elles II).

Tout est en rondeurs, en courbes, parfois coupées par des plans horizontaux. Les chairs sont très travaillées, colorées, animées.

Ces tableaux ne sont pas exempts d’une certaine incongruité, d’une bizarrerie - cette dame souriant peut-être de sa coiffure étrange (La grande coiffe) -, ou de contrastes : chevelure sombre sur fond jaune, regard heureux des humains différant de celui triste de leur chien.

En 2010, la galerie Le Garage (Orléans) a montré 35 huiles sur toiles figuratives, de grands et petits formats, qu’Abraham Hadad a peints au cours des trois dernières années. Un retour dans cette ville où il a exposé régulièrement. Une exposition qui a rencontré un succès public.

  En 2011, la galerie Marie Vitoux a présenté des œuvres récentes figuratives du peintre Abraham Hadad.

 Les Hivernales de Paris-Est/Montreuil (12-16 décembre 2012), une "manifestation internationale qui, en partenariat avec la Maison des artistes", a dressé "le panorama des expressions plastiques contemporaines", a présenté notamment des œuvres récentes figuratives du peintre Abraham Hadad.

 Du 19 octobre au 24 novembre 2013, la galerie Le Garage a présenté l'exposition « Point Rouge. 10 ans - 30 artistes » avec notamment des œuvres de cet artiste.  

En 2014, la galerie Marie Vitoux a présente des œuvres récentes figuratives du peintre Abraham Hadad

« Historienne de l'art, commissaire d'expositions, galeriste, femme érudite, dotée d'une forte personnalité, Cérès Franco  a consacré près de 25 ans dans sa galerie L’œil de Bœuf-Paris, à découvrir et à promouvoir des artistes dont les œuvres allaient à l'encontre des tendances de son époque » : Pouget, Rustin Nitkowski, Michel Macréau, Grinberg, Chaïbia, Corneille, Hadad, Kabakov, Komet, Lucebert, Paella Chimicos, Christine Sefolosha, etc. Elle a aussi constitué « une collection audacieuse d'environ 1500 œuvres », présentée pendant plus de vingt ans dans le village de Lagrasse (Aude), et désormais au musée des Beaux-arts de Carcassonne. La dernière section de l'exposition réunit des photos d'ambiance de la collection et quelques portraits de Cérès Franco réalisés par ses amis artistes : Roland Cabot, Danubio, Joanna Flatau, Mao, Roman Cieslewicz, Jean-Louis Bilweis, Jaber, G. G. Netto... Des « portraits qui attestent des liens d'amitié forts et des échanges complices et fructueux de ces passionnés de l'art ». 

Le 25 juin 2014, le conseil municipal de Carcassonne récemment élu a informé Dominique Polad-Hardouin, galeriste et fille de Cérès Franco, qu'elle annulait "le Parcours d'art contemporain 2014 consacré aux œuvres du fonds Franco et refusait la donation de 1 500 œuvres d'art brut, naïf et populaire patiemment rassemblées pendant des décennies par la collectionneuse et galeriste brésilienne. Un cadeau évalué à 4 millions d'euros". « Le premier argument a été économique : les finances sont exsangues. Le second est que ces œuvres ne les intéressent pas. Leur projet culturel consiste à mettre en valeur les réserves du musée des Beaux-Arts », a expliqué Dominique Polad-Hardouin.
  
Réhabilitée en 2008 en centre d’art, l’ancienne coopérative viticole de Montolieu accueille et présente la Collection Cérès Franco. Son but : "présenter de manière permanente le fonds de la collection et organiser des expositions temporaires en résonance avec ce fonds et d’engager un dialogue avec d’autres artistes de la scène internationale. L’ensemble de ses activités s’inscrira aussi dans la dynamique culturelle de Montolieu Village du Livre et en liaison avec la Fabrique des Arts de Carcassonne Agglo. La création de « La Coopérative-Collection Cérès Franco » est le fruit d’une amitié entre Henri Foch, le nouveau propriétaire du lieu, Cérès Franco et sa fille Dominique Polad-Hardouin. Ils se sont regroupés au sein de l’Association pour la Valorisation de la Collection Cérès Franco (AVCCF) qui s’est rapprochée de Carcassonne Agglo pour constituer un partenariat public-privé dans la durée et qui devrait conduire - à terme - à la donation du bâtiment et d’une partie significative de la collection".

L'exposition inaugurale  « En Grand Format » permet de découvrir sur près de 1000 m², près de 500 œuvres de 80 artistes, pièces emblématiques de la Collection Cérès Franco. Dans leur grande diversité l’œuvre de tous ces artistes forme un tout. Ils dialoguent et sont témoins d’une époque".

Jusqu'au 31 octobre 2015
Route d’Alzonne 
11170 Montolieu
Tél :  + 33 (0)4 68 76 12 54
Du mardi au dimanche de 14 h à 19 h

Du 27 mars au 26 avril 2014
Du 17 mars au 23 avril 2011
Marais - 3, rue d'Ormesson, place du marché Sainte Catherine, 75004 Paris
Tél. : 01 48 04 81 00
Tous les jours, sauf dimanche et lundi, et sur rendez-vous de 14 h à 19 h. Vernissages le 17 mars 2011 et le 27 mars 2014 dès 18 h

Du 28 septembre 2013 au 28 septembre 2014
Au musée des Beaux-arts de Carcassonne
1, rue de Verdun, 11000 Carcassonne
Tél. : 04 68 77 73 70
Du 15 septembre au 15 juin, du mardi au samedi, de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h et le premier dimanche du mois de 14 h 30 à 17 h 30. Fermé les dimanches, lundi et jours fériés.
Du 15 juin au 15 septembre, tous les jours de 10 h à 18 h. Fermé les jours fériés. Vernissage le 27 septembre 2013

Du 19 octobre au 24 novembre 2013
« Point Rouge. 10 ans - 30 artistes »
Vernissage le 18 octobre 2013 de 18 h à 20 h.

Du 12 au 16 décembre 2012
Au Palais des Congrès Paris-Est-Montreuil
128, rue de Paris. 93100 Montreuil-sous-bois
Tél. : 01 49 20 69 00

Jusqu'au 28 mars 2010, « Retour à Orléans » d'Abraham Hadad
A la galerie Le Garage
9, rue de Bourgogne, 45000 Orléans
Les samedis et dimanches de 15 h à 19 h. Du lundi au vendredi sur rendez-vous

Visuels de haut en bas :
Dans la Fontaine 2 (mai 2011)
Huile sur toile- 130x195cm - Photo Gérard Dufrêne

Avec mes hommes II, 2007, huile sur toile, 100 x 81 cm
La visite II, juin 2009, huile sur toile, 92 x 60 cm

L’homme de Prague, huile sur toile,

Jeune famille I, huile sur toile,

Entre elles deux, huile sur toile,

Articles sur ce blog concernant :

Article publié pour la première fois le 20 mars 2010, puis les 16 mars 2011, 12 décembre 2012, 25 septembre 2013 et 17 octobre 2013, 23 avril 2014. Il a été modifié le 27 octobre 2015.

« Gallimard, le Roi Lire » de William Karel

France 5 rediffusera le 28 octobre 2015 « Gallimard, le Roi Lire », documentaire de William Karel. Un film, parfois problématique, qui oscille entre biographie de Gaston Gallimard (1881-1975) et réflexions sur les motivations des écrivains, avec une fin morbide. "Les éditions Gallimard fêtent leur centenaire. A cette occasion, William Karel revient sur leur histoire et sur la personnalité de leur fondateur, ainsi que sur les figures qui ont marqué la littérature française du XXe siècle. Gallimard est unique, car elle a été fondée par des écrivains, et est toujours animée par eux. L'histoire commence en 1911, quand une poignée de jeunes passionnés, parmi lesquels Gaston Gallimard, Jacques Rivière et André Gide, décident de créer leur maison d'édition. Dès les débuts, Gallimard et Rivière font preuve d'une grande intuition. Cela ne va pas sans certains faux pas, comme le refus d'éditer le premier roman de Marcel Proust, «Du côté de chez Swann», paru chez Grasset".


« Un éditeur est un commerçant ayant passé un pacte avec l’esprit » et qui parie sur le succès à terme d’auteurs. Telle est la définition de Pierre Assouline, écrivain et biographe de Gaston Gallimard (1881-1975).

« Rattrape-tout »
« En 1911, deux ans après le lancement de la Nouvelle Revue Française (NRF), est créée par de jeunes écrivains – en particulier André Gide, Jacques Rivière et Jean Schlumberger- et Gaston Gallimard les éditions de la Nouvelle Revue Française, un « comptoir d’éditions » dont le gérant est Gaston Gallimard. Celui-ci donnera son nom à cette maison d’édition en 1919.

Au début de la Première Guerre mondiale, Gaston Gallimard parvient, avec l’aide d’une médecin ami de son père, à se faire réformer. Tandis que ses amis du comité de lecture combattent dans les tranchées, et que plus de 450 écrivains seront tués lors de ce conflit.

Après guerre, le comité de lecture refuse de publier Du côté de chez Swann (1913), premier livre de Proust que Gaston Gallimard avait rencontré en Normandie. Rapidement, André Gide et Gallimard prennent conscience de l’importance de cet auteur et publient les volumes suivants d’A la recherche du temps perdu. Ce qui vaut à son auteur en 1919 le Prix Goncourt pour A l’ombre des jeunes filles en fleurs.

Le « génie historique » de Gaston Gallimard, doté d’un flair sûr pour repérer les écrivains talentueux et de qualités psychologiques pour gérer leurs egos ou rivalités, consiste, par tous moyens, à rattraper les auteurs refusés par le Comité de lecture, tels Montherlant et Gracq. L’historien Pierre Nora explique que Gallimard récupère Mauriac par La Pléiade, Céline en rachetant Denoël, Proust de Grasset, les surréalistes avec Breton ».

Le premier bestseller de cette maison d’édition au siège germanopratin, 5 rue Sébastien Bottin : L’Amant de Lady Chatterley de D.H. Lawrence préfacé dans les années 1930 par Malraux, et interdit de vente dans les kiosques.

Contre l’avis du Comité de lecture, Gaston Gallimard impose Joseph Kessel, grand reporter, dont il pressent qu’il écrira des romans populaires de grande qualité, ainsi que Georges Simenon.

Sous l’Occupation nazie, « la majorité, voire la quasi-totalité de l’édition française, s’accommode. Elle fonctionne sous les bottes, c’est-à-dire sollicite pour chaque livre le visa de la censure allemande », rappelle Pierre Assouline. Et de citer « la liste Otto » [Nda : Otto Abetz était l’ambassadeur du IIIe Reich à Paris] du 28 septembre 1940, la censure, le retrait des ventes de livres d’écrivains exilés allemands, d’auteurs antifascistes, Juifs, communistes, etc. pendant quatre ans. A ce jeu, Gaston Gallimard va être plus fort que les autres éditeurs ».

Gaston Gallimard « cède la direction à Drieu La Rochelle pour que la NRF continue de vivre sous l’Occupation. A la Libération, la maison échappe à l’épuration grâce à l’appui des écrivains qui témoignent en sa faveur » : Eluard, Camus, Queneau, Sartre. Et Gaston Gallimard récupère la direction de sa maison d’édition.

Le romancier Jean Cau décrit un Gaston Gallimard blasé à la fin de sa vie, refusant d’écrire ses mémoires pour ne pas ruiner sa maison d’édition et révéler des actes susceptibles de ternir l’image de ses auteurs.

Le plus grand succès, imprévu, de la maison d’édition indépendante financièrement, familiale, puissante, rentable, dirigée par Antoine Gallimard et célèbre aussi pour ses cocktails, est la série des Harry Potter de J.K. Rowling. Un éditeur dont un auteur, Jean-Marie Le Clézio est distingué par le Prix Nobel de Littérature en 2008.

Le film s’achève sur des réflexions sur ce qui incite un écrivain à écrire – douleur, blessure ou parce que « travailler c’est moins ennuyeux que s’amuser » selon Nathalie Sarraute – et le suicide d’auteurs, avec la lettre de Romain Gary à Claude Gallimard.

Un projet ambitieux et peu convaincant

A l’occasion du centenaire de la célèbre maison d’édition française Gallimard, après ArteFrance 5 a diffusé ce documentaire.

Ce film, qui respecte généralement la chronologie, est construit autour de témoignages de membres de la famille Gallimard – Robert, Claude et Antoine Gallimard - et d’auteurs, d’émissions de télévisions, d’extraits de livres et correspondances d’écrivains – lettre reconnaissante d’Albert Camus à son instituteur Monsieur Germain - lus par des comédiens : Sartre, Paulhan, rédacteur en chef de la NRF, Eluard, Malraux, Queneau, Berl, Simone de Beauvoir, Jean Genêt, Céline « mendiant ingrat » (Michel Audiard), Nabokov (Le Docteur Jivago publié en 1967 malgré les pressions des autorités soviétiques), Milan Kundera – « Le monde totalitaire qu’il ait pour base Marx ou l’islam ou n’importe quoi d’autre, est une monde de réponses plutôt que de questions. Le roman n’y a pas a place » -, Pasternak, Albert Cohen lisant Belle de jour (1968), Kafka…

William Karel et « Aspiciendo Senescis » [Nda : locution latine signifiant « A me regarder, tu vieillis »] ont choisi les textes lus, souvent en voix off. Sur quels critères ? Mystère.

Ce film manque d’esprit critique, peine à hiérarchiser de manière pertinente les faits évoqués – facette négligée de cet éditeur-patron de presse (Détective, Voilà, Marianne) -, souffre de carences informatives – silence sur Marcel Duhamel (1900-1977) créateur de la Série noire, Jacques Schiffrin (1892-1950), éditeur Juif né à Bakou (Azerbaïdjan) et fondateur en 1931 de la Bibliothèque de la Pléiade intégrée en 1933 aux éditions Gallimard, etc.

Sur des images de pauvres immigrants juifs, d’adolescents dansant et de soldats israéliens patrouillant dans l’Etat d’Israël renaissant, William Karel plaque un extrait d’Une histoire d'amour et de ténèbres d’Amoz Oz (2004), particulièrement virulent et dénigrant sur la manière non « exemplaire » dont les Juifs, longtemps une « minorité opprimée », traitent « leur minorité, les Arabes » en Israël ; la manière exemplaire et rêvée étant ainsi décrite : « avec justice et intégrité, avec bienveillance nous les associerions à notre patrie, nous partagerions tout ». Il est aberrant de juger un Etat sur un seul critère : la manière dont il traite une de ses minorités. Rappelons les nombreux droits dont bénéficient les Arabes dans l'Etat Juif - accès aux fonctions de parlementaires, ambassadeurs, membres de la Cour suprême, etc., jouissances des libertés d'expression, de circulation, etc. -, et dont on cherche en vain l'équivalent dans des pays musulmans, très souvent Jüdenrein (sans Juif) ou avec une communauté Juive numériquement faible à la suite de l'exode oublié des Juifs des pays arabes, de Turquie et d'Iran. Déplorons aussi que certains Arabes israéliens, tel Ameer Makhoul, aient trahi leur pays, l'Etat d'Israël, au profit du mouvement islamiste, terroriste, Hezbollah.

Un kaléidoscope qui choque d’autant plus qu’il est placé après des images de survivants décharnés de camps et la lecture de souvenirs de Robert Antelme (L’espèce humaine, 1947) soulignant la difficulté pour les déportés à faire le récit de l’horreur vécue dans les camps, des images des soldats allemands et magasins juifs attaqués accompagnant des extraits des Bienveillantes de Jonathan Littell (2006), puis du box vitré où se tient Eichmann lors de son procès analysé dans Eichmann à Jérusalem d’Hannah Arendt (1963).

Curieusement, aucune photo pour la presse ne représente Gaston Gallimard, sujet du documentaire.

Les citations sont extraites du documentaire.

Documentaire de William Karel
France, 2010, 1 h 30 mn
Coproduction : Arte France, Les Films du Bouloi, INA
Diffusions :
- sur Arte les 21 mars 2011 à 22 h 10 et 22 mars 2011 à 10 h
- sur France 5 les 22 septembre 2011 à 21 h 46, 28 octobre 2015 à 0 h 44, 

Visuels de haut en bas : © D.R
Pierre Assouline
J.-M. G. Le Clézio
Antoine Gallimard
William Karel et Philippe Sollers

A lire sur ce site concernant :
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Cet article a été publié le 20 mars 2011, puis les 22 septembre 2011,
- 14 juin 2013. Cet article est republié en hommage à l'éditeur Robert Gallimard décédé à l'âge de 87 ans le 8 juin 2013. Membre du comité de lecture, il avait dirigé dès 1960 la célèbre Bibliothèque de la Pléiade et avait noué des relations amicales avec Albert Camus, Romain Gary et Marguerite Duras. Il était un soutien loyal de son oncle Gaston et de son neveu Antoine.

dimanche 25 octobre 2015

« Une enfance volée : l’affaire Finaly » de Fabrice Génestal


France 2 diffusa Une enfance volée : l'affaire Finaly, téléfilm de Fabrice Genestal (2008) avec Charlotte de Turckheim et Pierre Cassignard. L’histoire de Robert et Gérald Finaly, deux enfants juifs cachés pendant l’Occupation par un réseau catholique dont est membre Mlle Antoinette Brun. A la libération, et pendant des années, Mme Brun refusa de rendre à la famille Finaly ces enfants Juifs devenus orphelins par la Shoah (Holocaust), et qu’elle fit baptiser. Une histoire médiatisée qui suscita une vive polémique notamment en France et se dénoua en 1953 par la remise de ces deux frères à leur famille vivant en Israël. Toute l'Histoire diffusera le 26 octobre 2015 L'extravagante histoire des enfants Finaly : "Le 28 juin 1953, deux enfants de 11 et 12 ans rentrent en France après avoir traversé la frontière espagnole. Ils se nomment Robert et Gérald Finaly. Leur retour met fin à une affaire qui a déchiré l'opinion publique et a menacé les relations entre l'Eglise et la communauté juive. Une affaire qui a tenu en haleine la France des années 50".

L'enfance de... Boris Cyrulnik
Le destin d’Anne Frank : Une histoire d’aujourd’hui
« Destins d’enfants juifs et de leurs sauveurs » de Kirsten Esch
« Une enfance volée : l’affaire Finaly » de Fabrice Génestal
Au cœur du génocide. Les enfants dans la Shoah 1933-1945
C’étaient des enfants. Déportation et sauvetage des enfants juifs à Paris
« Les larmes de la rue des Rosiers » d'Alain Vincenot
« Carnets de mémoire Enfances cachées 39-45 », par Michèle Rotman


« L’enfer est pavé de bon sentiments », résumait l’actrice Charlotte de Turckeim lors du déjeuner de presse organisé le 3 novembre 2008 au siège de France 2. Méconnaissable, elle campe une Mlle Brun manipulatrice qui, sanglée dans ses convictions, refusa continument de respecter le droit et la famille des enfants orphelins.

Et ainsi, elle provoqua l'affaire Finaly (1945-1953) divisa « la France entre cléricaux et anticléricaux, sionistes et antisionistes, tenants du respect des lois républicaines contre partisans du droit canon ».

Catherine Poujol, qui a eu accès à des documents inédits, a coécrit deux livres qui présentent des éclairages intéressants et originaux sur cette affaire : un ouvrage dense, l’autre une bande dessinée (BD) au graphisme en noir et blanc et au réalisme saisissant.

1938, 30 août : mariage du Dr Fritz Finaly, chef de clinique à Vienne, et d’Anni Schwarz à Vienne (Autriche). Un oncle de ses oncles est le fondateur de la banque de Paris et des Pays-Bas.

1939, avril : le couple, ayant fui l’Autriche après l’Anschluss, s’installe à Paris.

1941, 14 avril : naissance de Robert Finaly, déclaré comme Français et qui sera circoncis.

1942, 3 juillet : naissance de Gérald Finaly, Autrichien comme ses parents, et qui sera circoncis.

1944, 10 février : craignant d’être arrêtés par la Gestapo, les parents Finaly confient leurs deux fils, et leurs affaires (bijoux, reçu de la Creditanstalt à Zurich, Leica) à la pouponnière Saint-Vincent à Grenoble.

14 février : Fritz et Annie Finaly sont arrêtés, déportés le 7 mars de Drancy à Auschwitz dans le convoi n° 69. Leurs enfants sont cachés quelques jours au couvent Notre-Dame-de-Sion (1), puis recueillis par Mlle Antoinette Brun, résistante et directrice de la crèche municipale de Grenoble, au château de Vif où ils où ils restent jusqu’en 1952.

1945, 2 février : Mme Fischl, leur tante de Nouvelle-Zélande, tentent d’obtenir leur retour dans leur famille. Elle se heurte au refus de Mlle Bru.

12 novembre : Mlle Brun se fait nommer tutrice provisoire lors du 1er conseil de famille.

1948 : En Israël, Edwige Rosner, une tante de Robert et Gérald Finaly, reprend l’action initiée par Mme Fischl. Elle sollicite l’aide de Moïse Keller, chef d’entreprise grenoblois.

28 mars : Mlle Brun fait baptiser les deux enfants alors que nul danger ne les menace. Ce qui contrevient notamment à la volonté des parents et des préceptes de l’Eglise.

1949, janvier : la famille des enfants Finaly demande à Moïse Keller de la représenter en justice afin de les récupérer.

1952, 11 juin : une ordonnance du tribunal ordonne à Mlle Brun de rendre les enfants à leur famille. Mlle Brun interjette appel, et perd son procès. Elle se pourvoit en cassation le 15 juillet.

décembre : Moïse Keller sollicite l’aide de Wladimir Rabinovitch, dit « Rabi », juge et journaliste.

1952-1953 : Mlle Brun sollicite l’aide de la mère supérieure de Notre-Dame-de-Sion, Mère Antonine, qui contacte le cardinal Gerlier à l’archevêché de Lyon. Pendant ce temps, Les enfants sont cachés dans plusieurs lieux en France et enlevés en février pour être emmenés dans le Pays basque espagnol. La campagne de presse et les actions des organisations juives s’intensifient.

1953, janvier : Me Garçon, avocat de Moïse Keller, stigmatise le fanatisme religieux de Mlle Brun.

8 janvier : Mgr Gerlier (2) évoque l’affaire lors de son entrevue avec le pape Pie XII. Celui-ci déclare : « On n’aurait pas du baptiser ainsi ces enfants ! C’est contre les prescriptions du Code. Il peut se faire que, dans le cas présent, l’affaire se présente de façon spéciale qui permettrait une autre attitude ».

5 février : Mère Antonine est arrêtée, accusée de complicité d’enlèvement sur les deux enfants Finaly.

Le grand rabbin de France Jacob Kaplan rencontre à Lyon Mgr Gerlier.
6 mars : Induit par l’accord secret entre le grand rabbin Kaplan et Mgr Gerlier, l’accord entre la famille des enfants Finaly et le père Chaillet, un jésuite représentant Mgr Gerlier et qui dirigeait sous l’Occupation un réseau L’amitié chrétienne protégé alors par le cardinal, est signé. Il contient quatre points, notamment la restitution des enfants Finaly à leur famille en Israël et le retrait des plaintes contre tous les religieux. Le père Chaillet dirigeait après guerre le COSOR qui accueillait 35 000 orphelins dont la moitié était juifs.

Fin mars : ne parvenant pas à localiser les enfants Finaly, Mgr Gerlier demande à Germaine Ribière, résistante de l’Amitié chrétienne , de les retrouver au Pays basque, et au père Chaillet d’enquêter à Madrid.

Le Vatican décide de résoudre directement cette affaire en la confiant au cardinal Montini, sous-secrétaire d’Etat au Vatican (2e personnage du Vatican après le Pape) et futur pape Paul VI.

Juin, 5 : le grand rabbin Kaplan dénonce l’accord du 6 mars.

le général Francisco Franco, chef de l’Etat espagnol, propose à la France de rendre les enfants Finaly, dont il ignore la cache, contre l’extradition de quatre républicains basques en exil à Tarbes. Georges Bidault, ancien résistant et ministre français des Affaires étrangères, ne cède pas au coup de bluff du caudillo.

11 juin : à Lyon, Germaine Ribière informe Mgr Gerlier que les enfants Finaly sont détenus par des basques, en particulier par des prêtres.

20 juin : l’abbé Emile Laxague écrit à Germaine Ribière que « le retour des enfants Finaly est la seule solution actuellement justifiable ».

23 juin : la Cour de cassation a rejeté le pourvoir de Mlle Brun et confirmé que les enfants Finaly doivent être confiés à leur tante et tutrice Edwige Rosner.

25 juin : Robert et Gérald Finaly sont conduits au consulat de France à San Sebastian. De là, Germaine Ribière les ramènera en France, dans la propriété d’André Weil, dans l’Oise, où ils rencontrent leur tante paternelle. André Weil était trésorier du COSOR.

Mlle Brun écrit à Vincent Auriol.

18 juillet : Mme Rosner retire sa plainte.

25 juillet : les enfants Finaly accompagnés de leur tante prennent l’avion pour Israël.

Août : au kibboutz de Neve Ilan, ils apprennent l’hébreu et le judaïsme.

1955, 7 juin : non-lieu général dans l’affaire Finaly.

Robert Finaly est chirurgien pour enfants à l’hôpital de Beer-Sheva. Gérald Finaly est devenu officier de l’armée israélienne.

Des passions non apaisées
Servi par une interprétation remarquable et une reconstitution scrupuleuse, le film télévisuel est inspiré des travaux de l’historienne Catherine Poujol qui a eu accès à des documents inédits.

Dans le téléfilm de Fabrice Génestal, par souci de simplification narrative, des personnages ont disparu, tel Guy Brun, enfant juif recueilli et adopté par Mlle Brun, des faits ont été passés sous silence ou minorés. Un souci partagé par les auteurs de la bande dessinée sur l’affaire Finaly. Une BD au graphisme en noir et blanc et au réalisme saisissant.

Cette œuvre met en relief le mystère et l’ambigüité de Mlle Brun.

Certes, Mlle Brun a pris des risques sous l’Occupation pour sauver des enfants juifs.
Engoncée dans sa vision du catholicisme, persuadée d’agir pour le bien des enfants Finaly – baptême, éloignement de leur famille et d’Israël dépeint négativement par elle -, elle s’obstine dans sa voie, au mépris de préceptes de sa religion et du droit, des mobilisations d’organisations juives et de personnalités dans le monde.

Rouée, non exempte de préjugé antisémite et peut-être dotée d’une certaine perversité, Mlle Brun instrumentalise des dignitaires catholiques, attire l’église catholique dans son combat. Elle apitoie même un juge qui déroge au principe de neutralité indissociable de sa fonction !

Consciente du pouvoir des médias, elle mobilise l’opinion publique en posant en mère attentive de deux garçons qu’elle rencontre à quelques reprises annuelles.

Elle se révèle indifférente aux souffrances qu’elle inflige, par son comportement obtus, aux enfants Finaly, à Moïse Keller et à leur famille.

Le 19 octobre 2008, lors des projections de films au Mémorial de la Shoah (Paris), Guy Brun et les enfants de Moïse Keller ont exprimé leurs souffrances. Guy Brun a évoqué, selon des témoins, une Mlle Brun non désintéressée.

Quant à la famille de Moïse Keller, elle a subi les contrecoups de cette affaire : le courroux et la haine connotant les passions, l’absence du père qui a assumé longtemps et seul ce combat contre des institutions publiques et privées, laïques et catholiques, et l’entreprise familiale qui a périclité. Moïse Keller et sa famille ont fait leur aliyah, puis sont retournés en France.

Si l’affaire a cristallisé autant de passions, c’est qu’elle conjuguait des facteurs sensibles et majeurs : la priorité particulière accordée par les juifs aux enfants et à la transmission de l’identité juive ; les difficultés de certaines familles juives à récupérer leurs enfants cachés chez des chrétiens ; la prégnance de préjugés antisémites dans la France de l’après-guerre. Et la motivation du sauvetage des enfants juifs par des catholiques ; la sincérité et les aléas du dialogue entre juifs et catholiques ; la reconnaissance nécessaire par les catholiques de l’altérité juive, source d’interrogations essentielles. Last not least, l’état d’une communauté juive blessée dans son attachement à la France, persécutée sous le régime de Vichy et décimée, notamment ses plus jeunes membres, par la Shoah ; le sort des enfants cachés (3) et le destin des enfants juifs, que nul n’est venu rechercher – enfants orphelins, parentèles assassinées dans les camps nazis - et qui ont grandi dans l’ignorance de leur origine juive.


(1) Madeleine Comte :
Sauvetages et baptêmes, Les religieuses de Notre-Dame de Sion face à la persécution des Juifs en France (1940-1944). Préface d'Etienne Fouilloux. L’Harmattan, 2001. 224 pages. ISBN : 2-7475-1190-1
Texte de la conférence pour l'Amitié judéo-chrétienne de Lyon, 25 septembre 2008, à Lyon : http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/0/34/78/64/Documents-textes/affaire-Finaly-Chronologie.pdf

(2) Le titre de Juste parmi les Justes sera décerné à Mgr Gerlier et Germaine Ribière le 15 juillet 1980.

(3) Paroles d’étoiles, mémoires d'enfants cachés, 1939-1945. D’après les ouvrages originaux de Jean-Pierre Guéno, scénario et adaptation de Serge Le Tendre, un album conçu et coordonné par Jean Wacquet. Soleil Productions, 2008. 96 pages. ISBN : 9782302003569.
Michèle Rotman, Carnets de mémoire. Ramsay, 2005. ISBN : 9782841147328

Catherine Poujol, avec la participation de Chantal Thoinet, Les enfants cachés, l’affaire Finaly (1945-1953). Berg International Editeurs, 2006. 319 pages. ISBN : 978-2911289866
Fabien Lacaf, Catherine Poujol, Les enfants cachés, l’affaire Finaly. Berg International éditeurs, coll. IceBerg, 2007. 48 pages. ISBN : 978-2911289934.

Une enfance volée : l’affaire Finaly
Réalisé par Fabrice Génestal
Scénario, adaptation et dialogues de Philippe Bernard, en collaboration avec l’historienne Catherine Poujol
Produit par Elizabeth Arnac pour Lizland Films.
Sur France 2 :
- le vendredi 9 décembre 2011
- le mardi 25 novembre 2008

Documentaire L’affaire Finaly de David Korn-Brzoza

La WIZO (Organisation féminine internationale sioniste) francophone de Jérusalem a organisé un repas suivi de la conférence du Dr Robert Finaly sur L’affaire Finaly, 60 ans après. Cette conférence de Robert Finaly à la WIZO (Women`s International Zionist`s Organization) francophone de Jérusalem (Israël) a lieu le lundi 7 février 2011 à 12 h 30 : 1 rue Mapou


Articles sur ce blog concernant :Affaire al-Dura/Israël
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Culture
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Judaïsme/Juifs
Shoah (Holocaust)

Cet article a été publié par Guysen en 2008, sur ce blog le 6 février 2011 et le /
- 14 mai 2012 à l'approche de la diffusion ce 14 mai 2012, à 23 h 05, sur France 3, du documentaire L'affaire Finaly réalisé par David Korn-Brzoza .
- 30 MAI 2013 alors que les PUF publient L'Eglise de France et les enfants Juifs, de Catherine Pujol.
Il a été modifié le 2 décembre 2011.