dimanche 31 mai 2015

Des Prix Dan David prestigieux


Le Prix Dan David 2014 vient d'honorer notamment les historiens Pierre Nora et Saul Friedlander. Décerné depuis 2002, ce Prix « reconnaît et encourage la recherche innovante et interdisciplinaire qui traverse les frontières et paradigmes traditionnels » dans les trois dimensions temporelles : passé, présent et avenir. En plus de distinguer des personnalités reconnues et parfois controversées, il récompense aussi des lycéens israéliens. Parmi les récipiendaires des Prix Dan David 2015 : Jimmy Wales, fondateur de Wikipedia, honoré par le Dan David Prize pour le Présent-Révolution de l'information.


« En 1965, un cousin prêta à Dan David 200 000 $ sans intérêt, lui permettant ainsi de développer et de commercialiser ses concepts photographiques et ses brevets technologiques - dont le photomaton, et de devenir à terme un homme d'affaire couronné de succès et un multimillionnaire ».

Homme d’affaires et philanthrope, francophone et francophile, Dan David (1929-2011) a présidé Photo-Me International Plc, société enregistrée au London Stock Exchange, qui détient « près de 90% du marché mondial des photomatons implantés dans les centres commerciaux du monde entier ».

« Chaîne de mécénat »
C’est en souvenir de ce prêt que Dan David, a eu l’idée de créer en 2002 un Prix original instituant une chaîne de mécènes.

Financé par une dotation de $100 millions de la Fondation Dan David, administré par l’université de Tel Aviv, ce Prix est organisé par cette Fondation en coopération avec le ministère français de la Culture et de la Communication.
Le Prix Dan David « reconnaît et encourage la recherche innovante et interdisciplinaire qui traverse les frontières et paradigmes traditionnels. Il vise à encourager les valeurs universelles d’excellence, de créativité, de justice, de démocratie et de progrès, ainsi qu’à promouvoir les réalisations scientifiques, technologiques et humanistes qui font progresser et améliorer notre monde ».

Ce Prix couvre les trois dimensions temporelles - Passé, Présent et Futur – qui représentent des domaines de réalisations humaine. Chacune d’elle est dotée d’un prix d’un million de dollars.

Décerné depuis 2002, ces trois Prix Dan David ont récompensé « des individus ou des institutions qui ont prouvé une excellence exceptionnelle distincte dans les sciences, arts, et humanités qui ont fait une contribution remarquable à l’Humanité sur la base du mérite, sans distinction de genre, race, ethnie, couleur, religion, langue, nationalité, handicap ou affiliation politique ».

Le Prix Dan David institue une « chaîne de mécénat » : chaque lauréat « s’engage à attribuer 10% du montant de son Prix, soit 100 000 dollars, au financement de bourses destinées à de jeunes chercheurs ou étudiants particulièrement brillants dans leurs disciplines respectives, pour contribuer à l’avancement de leurs travaux ».

Le Conseil d'Administration du Prix Dan David  est présidé par Joseph Klafter, professeur de chimie physique à l’université de Tel Aviv dont il est le président. Il réunit l’historienne spécialiste de la Russie et secrétaire perpétuelle de l’Académie française  Hélène Carrère d’Encausse, Ariel David, journaliste et fils de Dan David, le ministre français de la Culture, actuellement Aurélie Filippetti, le professeur Robert C. Gallo, directeur de l’Institute of Human Virology de la School of Medicine de l’Université du Maryland à Baltimore, le professeur Hanna Holborn Gray, professeur Emeritus d’Histoire à l’Université de Chicago, le professeur Joshua Jortner, professeur de chimie à l’université de Tel Aviv et ancien président de l’Israel National Academy of Sciences, Henry A. Kissinger, ancien Secrétaire d’Etat américain et historien et Prix Nobel de la Paix en 1973, Jean-Marie Lehn, professeur de chimie au Collège de France, Itamar Rabinovich, président de la Fondation Dan David et professeur d’histoire du Moyen-Orient à l’université de Tel-Aviv, Emmanuel Roman, co-directeur général de GLG Partners et Francis Wahl, homme d’affaires.

Parmi les lauréats du Prix Dan David, citons le journaliste polonais Adam Michnik, le rédacteur en chef adjoint du Corriere della Sera et eurodéputé italien Magdi Allam, Tony Blair, Goenawan Mohamad (2006), le violoncelliste Yo-Yo Ma, Michel Serres et le réalisateur Atom Egoyan.

Soirée prestigieuse au Palais Garnier
C’est Paris qui, pour la première fois depuis la création des Prix Dan David en 2002, a accueilli le 8 mars 2007 la soirée de remise de cette distinction à l’Opéra Garnier, sous le haut patronage du Président de la République Jacques Chirac et en présence de Renaud Donnedieu de Vabres, alors ministre français de la Culture et de la Communication, et de Yuli Tamir, alors ministre israélienne de l’Education.

Etaient honorés en 2007 pour la « Dimension temporelle du Passé » l’historien médiéviste Jacques Le Goff  – représenté ce soir-là par son fils -, pour la « Dimension temporelle du Présent », le compositeur Pascal Dusapin et le directeur musical à vie de l’orchestre philharmonique d’Israël Zubin Mehta, enfin, pour la « Dimension temporelle du Futur », Sarah R. Kurtz, Jerry M. Olson  et James S. Hansen  primés pour leurs recherches dans le domaine énergétique.

Jacques Le Goff et Zubin Mehta ont adressé un message de tolérance à l’assistance nombreuse.

A l’Opéra Garnier, le public a admiré le Défilé du corps de ballet et le Ballet Proust ou les intermittences du cœur chorégraphié par Roland Petit. Présenté uniquement lors de galas ou de manifestations exceptionnelles, le Défilé du Ballet de l’Opéra de Paris « est une parade unique dans le monde de la danse, destinée à présenter la troupe dans toute l’envergure de la scène. Les danseurs arrivent lentement, depuis le fond du Foyer de la danse (situé derrière le plateau) pour venir jusqu’au proscenium saluer le public, cortège qui s’étire sur une profondeur de 46 m (le miroir qui garnit le mur du Foyer doublant encore la perspective pour le spectateur) ». Imaginé par Serge Lifar en 1946, ce Défilé a rassemblé les cent cinquante quatre danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris : les Etoiles, les Premiers Danseurs, les Sujets, les Coryphées, les Quadrilles et la centaine d’élèves de l’École de danse, unis dans un héritage de plus de trois cents ans de tradition ».

Des lauréats parfois controversés
Le Prix Dan David « récompense des travaux dans le monde entier sur une base non discriminatoire. Les candidats sont sélectionnés en fonction de l'excellence de leur connaissance et de la qualité de leurs travaux et de leurs réalisations, contribuant au progrès. Les bourses du Prix Dan David sont également ouvertes à tous les étudiants d'excellent niveau dans les domaines de recherche des lauréats », avait déclaré en 2003 le professeur Itamar Rabinovitch, alors président du Conseil d'Administration du Prix Dan David et de l’Université de Tel Aviv.

On peut regretter que ce Prix ait été décerné à des artistes aux opinions partiales à l’égard de l’Etat Juif et dont les déclarations ne correspondent pas toujours aux nobles objectifs du Prix Dan David : ainsi, le romancier controversé  Amos Oz Prix Dan David 2008, qui a appelé au boycott des localités Juive dans les territoires disputés, et le photographe James Nachtwey, Prix Dan David Dimension Présent - Presse écrite, Médias audiovisuels en 2003  alors qu’il a magnifié  le stéréotype du jeune Palestinien frondeur sans montrer son instrumentalisation par Pallywood et l’apologie du terrorisme palestinien par l’Autorité palestinienne.

Quant à Al Gore, récipiendaire du Prix Dan David 2008 Social Responsibility with Particular Emphasis on the Environment, il a été co-lauréat en 2007, avec le controversé GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) ou IPCC (Intergovernmental Panel on Climate Change), du Prix Nobel de la paix  pour « leurs efforts afin de mettre en place et diffuser une meilleure compréhension du changement climatique causé par l'homme, et de jeter les bases des mesures nécessaires pour contrecarrer un tel changement ». Or, les allégations d’Al Gore sont parfois erronées et ses prédictions  notamment sur le « réchauffement climatique  » imputé essentiellement à l’activité humaine contredites par la réalité. 

Enfin, le metteur en scène Peter Brook a reçu le Prix Dan David 2005 pour la dimension Présent. En septembre 2012, ce directeur  du Théâtre des Bouffes du Nord (Paris), alors âgé de 87 ans, avait annoncé qu’il ne participera pas  au Festival international des pièces de théâtre (Festival of Plays) en décembre 2014 au théâtre Cameri de Tel-Aviv. A la suite d’une campagne de BDS lui demandant de boycotter ce festival, il n’y a pas participé parce qu’il « était contre l’acte de colonisation ». Il a alors écrit à ce théâtre israélien : « Le fait que le théâtre Cameri a accepté de soutenir l’action brutale de colonisation en jouant à Ariel nous a rendu conscients que se rendre à votre théâtre apparaîtrait comme un soutien à cette action brutale. Ceci nous contraint à décliner votre invitation à jouer dans votre théâtre. Cette décision est entièrement notre… Nous savons que beaucoup parmi vous et dans votre pays partagent notre attitude et ce sont eux, ainsi que le peuple de Palestine, que nous souhaitons soutenir ».

Or, Ariel est une localité située à 60 km au nord de Jérusalem, en Samarie, dans les territoires disputés. Cette cité relève de la souveraineté israélienne conformément à la conférence de San Remo, à la délimitation de la « Palestine mandataire » entérinée par la Société des Nations puis par l’Organisation des Nations unies (1945).



Finalement, le Conseil décidant des récipiendaires des Prix Dan David est parfois Influencé par le "politiquement correct" et l'air du temps...   

Parmi les récipiendaires des Prix Dan David 2015 : Jimmy Wales, fondateur de Wikipedia, encyclopédie électronique traduite en 288 langues, honoré par le Dan David Prize pour le Présent-Révolution de l'information. Si Jimmy Wales soutient et défend l'Etat Juif, certains articles de Wikipedia expriment un parti pris anti-israélien.

A lire sur ce blog :
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Cet article a été publié en une version concise par L'Arche. Il a été publié sur ce blog le 23 mai 2014.

vendredi 29 mai 2015

L’Empire du sultan. Le monde ottoman dans l’art de la Renaissance



 Le Palais des Beaux-arts (BOZAR) présente l’exposition L’Empire du sultan. Le monde ottoman dans l’art de la Renaissance  (The Sultan’s World The Ottoman Orient in Renaissance Art) dans le cadre du « printemps de l’image ». De 1453 (chute de Constantinople) à 1606 (accord de paix de Zsitvarorok), dans une période où s’affrontent d’une part la Réforme et la Contre-Réforme, et d’autre part le monde chrétien et celui islamique, les relations culturelles – arts, modes – entre les puissances chrétiennes et les sultans de l’Empire ottoman, la connaissance et l’influence, ou la propagande, de l’autre via les arts, notamment la composition du portrait. Une exposition lacunaire.

Au printemps 2015, BOZAR, Palais des Beaux-arts de Bruxelles, a regardé « l’autre  » à travers trois expositions - « L’Empire du sultan. Le monde ottoman dans l’art de la Renaissance », « Faces Then. Portraits de la Renaissance aux Pays-Bas », et « Faces Now. Portraits photographiques européens depuis 1990 » - et diverses conférences. 

« Passerelles dans le temps et l’espace »
Ce « triptyque d’expositions raconte un récit stratifié sur la construction des identités et l’influence de la perception, débat qui reste d’une actualité brûlante à l’époque des médias sociaux, des selfies et de la globalisation galopante ».

Centrées sur le visage, les expositions Faces « proposent une vision nuancée de la tradition occidentale du portrait. Autrefois, seuls les riches bourgeois pouvaient se faire représenter. L’avènement de la photographie a déclenché un processus de démocratisation, et la palette des possibilités stylistiques s’est considérablement étendue ».

Que racontent le visage, la pose, les vêtements et l’environnement du modèle ? Comment s’établit la relation entre l’artiste et le modèle ? Le portrait se veut-il magnifiant ou révèle-t-il seulement une distanciation ? L’artiste représente-t-il un individu, ou le portrait vise-t-il à évoquer une classe sociale, voire une communauté plus vaste ? Au spectateur de rester attentif : certains portraits contemporains font appel à des acteurs et sont entièrement mis en scène.

L’exposition Le Monde du Sultan. L’Orient ottoman dans l’art de la Renaissance « suscite plutôt des interrogations sur la création identitaire ».

Cette exposition est soutenue  par le programme Culture de l’Union européenne (UE). Elle s’intègre aussi dans Européens et Ottomans . Réflexions sur cinq siècles de relations culturelles (Europeans & Ottomans . Reflecting on Five Centuries of Cultural Relations), « projet international ». Ce projet européen et turc propose « un voyage au travers de 500 ans d’histoire culturelle partagée entre l’Europe et la Turquie afin de changer les perceptions des citoyens et artistes des deux côtés. Ce projet  tente « d’augmenter la conscience de l’interaction culturelle entre l’Europe et la Turquie sous l’ère ottomane, de stimuler les rencontres créatives entre jeunes artistes des deux côtés actuellement et de susciter des questions significatives sur les relations contemporaines afin d’avancer vers un avenir commun ». 

Ce projet semble instrumentaliser l’Histoire, en gommant ses aspérités tragiques, en visant, au travers de manifestations culturelles – expositions, conférences, etc. -, une finalité politique. « Un avenir commun » ? Sous quelle forme ? L’admission de la Turquie dans l’UE ? L’avènement d’Eurabia  ?

Le djihad ottoman ? Il est appelé « expansion ». Surtout, sa nature et ses conséquences – versements d’impôts pour avoir une trêve, mise en esclavage, etc. - ne sont pas expliquées.

Les Juifs ? Ils n’apparaissent que par le personnage d’Esther représenté par Hans Schöpfer l’Ancien.

Manque une chronologie historique.

Rencontres militaires et pacifiques
A l’orée du XIVe siècle, naît en Anatolie l’empire ottoman (ou turc), qui s’affirme vite comme la puissance musulmane majeure. 

L’exposition « L’Empire du sultan. Le monde ottoman dans l’art de la Renaissance » s’attache aux traces laissées par cet empire dans l’art et dans la culture de la Renaissance, pendant environ un siècle et demi, entre 1453 - chute de Constantinople conquise par les troupes ottomanes dirigées par Mehmed II et fin de l’Empire romain d'Orient ou empire byzantin - et 1606 (paix de Zsitvatorok conclue après la Guerre de Treize ans par le sultan Ahmet Ier et l'archiduc Matthias d'Autriche, empereur du Saint Empire romain germanique ou monarchie de Habsbourg). 

« D’une part, pendant la Renaissance européenne, l’intérêt renouvelé pour l’Antiquité et l’essor des sciences et des arts poussent à une plus grande ouverture vers l’Orient et donc à une intensification des échanges des biens et des idées. D’autre part, la Renaissance coïncide aussi avec l’expansion de l’Empire ottoman vers l’Europe centrale. Les conflits entre l’Empire ottoman et les puissances européennes durant ces 150 années ont joué un rôle déterminant dans l’opposition fondamentale de ce que l’on appelle l’Orient musulman et l’Occident chrétien. Dans notre exposition, nous voulons dépasser cet antagonisme et montrer, à l’aide de nombreux exemples, à quel point le regard des Européens sur les Ottomans était déjà pluriel à l’époque, même au moment ou ces derniers étaient aux portes de Vienne où menaçaient les Vénitiens. Dans les expositions de ces dernières décennies consacrées à l’échange culturel et artistique entre l’Orient et l’Occident, les commissaires se limitaient généralement au rôle des centres artistiques et politiques comme Venise et Florence, ou au Saint Empire romain germanique. Le Centre et l’Est de l’Europe ne bénéficiaient que d’une attention marginale, alors que, précisément, l’échange avec l’Empire ottoman y était particulièrement intense. L’Empire ottoman et les pays du Centre et de l’Est de l’Europe étaient des voisins directs. C’est pourquoi, dans cette exposition, nous ne pointons pas seulement les projecteurs sur l’Italie, l’Allemagne et les Pays-Bas mais, pour la première fois, nous accordons une large attention aux royaumes historiques de Pologne-Lituanie, de Bohême et de Hongrie », ont expliqué Robert Born, Guido Messling, commissaires, et Michał Dziewulski, co-commissaire de l’exposition.

La « rencontre entre l’Occident et l’Orient a produit des œuvres d’art et des objets précieux, qui ne portent pas seulement la trace d’une influence, mais qui reflètent également toute une gamme de sentiments, allant de la peur et des préjugés au respect et à l’attirance. Les portraits de souverains orientaux et de marchands occidentaux, créées par des maitres vénitiens comme Tintoret, Véronèse, Bellini et Memling, focalisent l’attention. La vision de l’époque et du monde qu’ils véhiculent témoigne d’une grande ouverture d’esprit et complète les portraits des Pays-Bas par Quentin Metsys, Catharina van Hemessen, Frans Pourbus l’Aine et bien d’autres ».

Un monde qui change
A la fin du XIVe siècle, les « Ottomans poursuivent leur expansion en Europe. Ils remportent successivement de nombreuses victoires militaires. En 1453, ils prennent Constantinople et, des 1529, ils sont aux portes de Vienne. L’Europe a pris conscience de leur puissance et de la menace qu’elle représente ».

« Qui étaient ces étranges Turcs ? Des artistes et des éditeurs répondirent adroitement à la demande de plus en plus pressante d’informations. La récente invention de l’imprimerie allait y aider. Au début paraissent surtout des témoignages sur les us et coutumes des Ottomans livrés par des prisonniers relâchés. Ensuite viendront des ouvrages illustrés comprenant des descriptions d’événements historiques, des cartes et des vues de villes. Les Ottomans comme les Européens utilisèrent ces publications et les autres supports pour leur « propagande » : les Européens insistaient sur leurs victoires ; les manuscrits, dans l’entourage du sultan, chantaient ses succès sur le champ de bataille. Mais ces documents montrent surtout l’angoisse ressentie en Europe devant les Turcs ».

• Willem de Pannemaker, d’après des cartons de Jan Cornelisz Vermeyen, Épisodes de la campagne de Tunis (La prise du fort de La Goulette), 1565–1566
En 1534, les Ottomans prennent Tunis, alors sous protectorat espagnol. Charles Quint entre en guerre avec 400 navires et 30 000 soldats. Les Habsbourg gagnent la bataille, au prix de dizaines de milliers de morts. La tapisserie nous montre en vue plongeante le dénouement du combat. Dans une galère, à l’avant plan a gauche, on voit de dos Charles Quint et l’émir Muhammad Al-Hassan. Sur le bord supérieur de la tapisserie sont tissées les armes du cardinal Antoine Perrenot de Granvelle (1517-1586). Ce ministre des Habsbourg espagnols commanda la tapisserie trente ans après la bataille. Le sujet reprend une série de cartons dessinés en 1546-1547 par Jan Cornelisz Vermeyen à la demande de Charles Quint. L’artiste était présent à la bataille navale en tant que peintre de la cour et envoyé spécial. Le Bruxellois Willem de Pannemaker tissa la série pour Charles Quint et, en 1546, reçut de Granvelle la commande de cette tapisserie qui résume deux des cartons de la série réalisée pour l’empereur ». Le cardinal de Granvelle a commandé cette toile car il souhaitait honorer la mémoire de son père, qui avait lutté à Tunis, et « prouver sa loyauté envers les Habsbourg ».

• Haute Italie, Vue de Constantinople et de Pera, extrait de Cristoforo Buondelmonti, Liber insularum archipelagi, vers 1480 Nuremberg, atelier de Michael Wolgemut, Vue de Constantinople, extrait de Hartmann Schedel, Liber Chronicarum, Nuremberg (Koberger), 1493

Lors de ses pérégrinations dans la partie orientale de la mer Egée pendant des dizaines d’années, Cristoforo Buondelmonti (1385–après 1430), moine, réunit ses informations vers 1420 dans son livre le plus célèbre, le Liber insularum, dans lequel il intégra une vue de la Constantinople. Cette image révèle « le programme de construction de Mehmet II et les changements urbanistiques opérés durant les trois premières décennies de domination ottomane ». Cette vision inspirera en particulier l’humaniste de Nuremberg Hartmann Schedel. 

• Hans von Aachen, Allégoris de la « Longue Guerre turque » : La Bataille de Sissek (1593), vers 1603–1605 Paulus Willemsz. van Vianen, Allégorie de la bataille de Târgoviste et de la reconquête de Javarin (revers), après 1603–1604

En 1593, la bataille de Sissek (Croatie) mit un terme au siège de la ville par les Ottomans. Puis, le sultan Mourad III déclara la guerre à l’empereur Rodolphe II. C’est le début de la guerre dite de Quinze Ans, qui prit fin en 1606. Par des allégories, Hans von Aachen représenta les « principaux faits d’armes de cette période ». Cet artiste personnifie de part et d’autre du tableau la Sava et de la Kupa, « deux rivières qui confluent à Sissek, ville à moitie coupée. Au milieu, la déesse de la victoire place une couronne de laurier au-dessus d’une Croatie personnifiée. Dans le ciel, l’illustration est éloquente : un aigle habsbourgeois agrippe la demi-lune turque. 

Confrontations visuelles
Les « combats entre l’Empire ottoman et les puissances européennes furent présentes dans la propagande de l’époque comme la confrontation entre Occident et Orient, entre Islam et Chrétienté. Sur les représentations plus anciennes, les adversaires de la foi chrétienne avaient déjà l’apparence de « Turcs ». De nouvelles images apparurent lorsque la Réforme éclata sur le continent européen », et fut illustrée notamment par Lucas Cranach  (1472-1553). 

Fondateur du protestantisme, Martin Luther (1483-1546) « était à l’origine favorable aux mœurs rigoureuses des Ottomans et à leur attitude relativement libérale à l’égard des non-musulmans sur leur territoire ». Il devait ignorer la dhimmitude.

L’Eglise catholique « mania l’image apocalyptique et colorée du « Turc » pour montrer ses adversaires sous un jour mauvais ».

Dans « les représentations où les oppositions confessionnelles n’étaient pas l’essentiel du propos, les visions étaient souvent plus modérées. Lorsqu’il s’agissait de traiter des prétentions de l’empereur et du sultan à dominer le monde, les Ottomans étaient dépeints comme une puissance temporelle du même ordre que les Habsbourg et non plus seulement comme les ennemis jurés des chrétiens ».

• Johann Christian Ruprecht, reproduction d’une œuvre d’Albrecht Dürer, Le Martyre des dix mille chrétiens, 1653
Selon une légende médiévale, 9 000 soldats de l’empereur romain Hadrien, et mille autre soldats, se seraient convertis au christianisme après une victoire promise par des anges. Ils auraient été baptisés par L’évêque Hermolaus, peint au centre de l’œuvre. Ils ont été suppliciés, puis tués sur ordre d’Hadrien. Ruprecht représente « Hadrien, sur son cheval, est habillé comme un souverain oriental, avec un grand turban ottoman, et porte une massue de type oriental dans la main droite. Les adversaires des chrétiens sont habillés de vêtements orientaux, inspirés des costumes des mamelouks, les soldats ottomans. L’homme au premier plan à droite porte le haut turban mamelouk typique, probablement représente-t-il Sapor lui-même ». Dürer a peint l’original sur la commande du prince-électeur de Saxe Fréderic le Sage. En habillant les ennemis des soldats chrétiens d’habits orientaux, Dürer « illustrait l’inquiétude générale devant la pression des Ottomans, perçus comme une menace pour la Chrétienté ». Une œuvre témoignant de la foi chrétienne « et la disposition au sacrifice des chrétiens ».

Vers l’Orient : pèlerins, prisonniers et diplomates
Quand « les Ottomans prirent Constantinople en 1453, les Européens savaient peu de choses de leur empire et de leurs mœurs. Petit à petit, ils en apprirent davantage. Tout d’abord par les récits d’anciens prisonniers des Ottomans ». Puis, « par les missions diplomatiques et les pèlerins qui, en temps de paix, traversaient le territoire ottoman vers la Terre Sainte. Enfin, par les cadeaux diplomatiques, qui jouèrent un rôle important dans les échanges culturels entre l’Europe et l’Empire ottoman. Les prisonniers et les voyageurs ont retranscrit leurs impressions dans des croquis, réunis sous forme d’« albums », et dont certains ont constitué des « publications très appréciées consacrées aux coutumes et costumes des peuples du monde ».

• Jacopo Robusti, (dit Tintoret),
Sebastiano Venier (1496-1578), Amiral de la flotte vénitienne, après 1571 Vénitien, Marcantonio Barbaro (1518– 1595), Ambassadeur à Constantinople, vers 1573
En 1571, la célèbre bataille navale de Lépante se conclut par la défaite des Ottomans devant les navires des puissances chrétiennes. « Les deux hommes représentés ici jouèrent un rôle important pour la République de Venise (dénommée la Sérénissime) durant la bataille et dans les négociations de paix qui suivirent. Venier était un militaire influent, Barbaro un diplomate au service de la Sérénissime, envoyé auprès de la Sublime Porte, nom de l’autorité ottomane. Apres la victoire de Lepante, Barbaro reçut l’illustre tache d’entamer les négociations de paix. En 1573, le traité de paix fut confirmé. Sans doute ce portrait est-il une allusion à ces négociations. Dans sa main droite, on remarque un document portant un sceau et une inscription qui se réfère à l’amitié de Barbaro et du vizir Sokollu Mehmet Pacha. La vue aérienne d’Istanbul, à l’arrière-plan », renvoie « à la gravure de Giovanni Andrea Vavasorre. Le portrait a été vraisemblablement créé dans les ateliers de Tintoret et épouse étroitement le style du portrait vénitien ».

• Augsbourg (?), Zischägge et cuirasse, vers1590
La Sublime Porte « recevait chaque année des pièces de monnaie et des armes en guise d’hommage. L’empereur Habsbourg et d’autres souverains orientaux et européens, ainsi que les dirigeants des cités-Etats italiennes, y étaient contraints. Le gouverneur impérial à Augsbourg était chargé de rassembler tous les cadeaux. Le pacha donnait des instructions précises pour la réalisation des armures qu’il désirait en échange de la prolongation de la trêve. Ce heaume (çiçak) et ce plastron (kuras), inspirés de modèles orientaux et peut-être réalisés pour être offerts au pacha, n’auraient jamais été livrés, à cause du déclenchement de la guerre de Quinze Ans. Les deux pièces sont richement décorées : ornementations gravées, cristaux de roche, dorures et médaillons en pierres semi-précieuses".
• Anonyme, d‘ après une eau-forte de Léon Davent, Mère turque avec ses enfants, extrait de : Nicolas de Nicolay,  Les navigations pérégrinations et voyages, faicts en la Turquie […], Anvers (Silvius), 1577

A la fin du XVIe siècle, les livres de costumes, illustrés de « gravures richement travaillées », étaient très prisés. Les informations provenant « des territoires récemment découverts en Amérique et de l’Orient ottoman avaient fortement accru la demande. En 1551, Nicolas de Nicolay (1517-1582) partit vers Constantinople en qualité de géographe du roi de France Henri II. Sur place, il recopia fidèlement la réalité dans des dessins particulièrement détaillés. Ses réalisations furent ensuite converties en gravures par Léon Davent. Le récit de voyage de Nicolay fut déterminant pour la représentation des habitants de l’Empire ottoman durant les décennies suivantes en Occident. Lors du premier tirage du livre, Davent ne prit pas la peine de retravailler les dessins dans une présentation plus complexe ».

A la fin du XVIe siècle, « s’établit l’usage de retoucher plus librement les dessins existants, dans des compositions ou personnages et arrière-plan élaboré entraient davantage en interaction, comme dans le livre de costumes d’Abraham de Bruyn ».

Voyages d’artistes
Un nombre accru d’artistes européens ont afflué à Constantinople, capitale de l’Empire ottoman depuis 1453. « Tous partageaient une même fascination pour l’Antiquité comme pour la culture ottomane, si exotique à leurs yeux ». Parmi eux, le peintre vénitien Gentile Bellini, un des premiers à s’y rendre en 1479, et le peintre flamand Pieter Coecke van Aelst qui « espérait obtenir une commande de tapisserie du sultan Soliman et voulait y fonder une fabrique ». Certains de ses dessins « furent gravés sur bois et forment, ensemble, une frise spectaculaire ».

Peintre et graveur germano-danois, Melchior Lorck a livré des informations visulles fiables sur la culture ottomane. Membre en 1555 d’une légation diplomatique de l’empereur germanique Ferdinand Ier, il a dessiné « des portraits de courtisans dessinés ou gravés » et créé « plus de cent gravures sur bois, qui ne furent éditées qu’en 1626 ».

• Gentile Bellini, Portrait de Mehmet II, 1480
Mehmet II, « grand promoteur des arts et des sciences, avait une prédilection particulière pour les portraits. En 1479, il pria la Signoria vénitienne de lui envoyer un peintre. Venise répondit en lui dépêchant son meilleur : Gentile Bellini. Célèbre dans sa ville natale pour ses portraits des doges, il était l’artiste idéal ».

Auteur du plus célèbre portrait de Mehmet II, Bellini développa une nouvelle iconographie du portrait de souverain qui influera sur ses contemporains et ses successeurs. La balustrade et les pilastres accroissent la distance entre le spectateur et le sultan, accentuant ainsi la dignité du commanditaire. Sur la balustrade pend un tissu de couleur or, décoré de perles et de pierres précieuses. Des deux côtés, on peut lire une inscription se détachant sur un fond sombre. A droite, la date à laquelle Bellini acheva son travail : 25 novembre 1480 ; à gauche, il faut lire sans doute « imperator orbis » (maitre du monde). Le sultan est représenté de profil, sous un arc de pierres sculptées que l’on retrouve dans l’architecture vénitienne de l’époque ». 

Peindre le sultan
La demande de portraits de Mehmet II était forte mais, faute « d’images authentiques, les premières effigies du chef ottoman relevèrent plutôt de la fantaisie des artistes ».

Œuvres d’artistes italiens - Gentile Bellini et Costanzo da Ferrara - du sultan, des médailles ont montré les premiers portraits réels du souverain musulman. 

« Comme Mehmet II, le sultan Soliman le Magnifique s’intéressa particulièrement à l’art italien. Considéré comme un souverain sage et fastueux, il apparut dans de très nombreux portraits en Occident représenté en adversaire militaire certes redouté mais respecté ».

Progressivement, « l’intérêt pour l’histoire de l’Empire ottoman et celle de ses souverains grandit lui aussi, ce qui ressort notamment des séries de portraits dynastiques des sultans, toujours plus nombreuses à circuleré.

• Antonio Pisanello, Portrait en médaillon de Jean VIII Paléologue, 1438–1439
Maître de la Passion de Vienne, attribué à El Gran Turco (Portrait imaginaire du Sultan Mehmet II), vers 1460–1470
Florence (?), Albarello décoré d‘ un portrait imaginaire d‘ un homme, vers 1480–1500
Antonio Pisanello réalisa en 1438-1439 ce portrait sur médaille « de l’avant-dernier empereur byzantin, Jean VIII Paleologue. Pisanello s’inspira de medailles antiques décorées du portrait de profil d’empereurs romains. Ces médailles ne servaient pas de moyen de paiement mais elles visaient à accroitre la renommée de l’empereur et faisaient office de cadeaux ».

L’Europe et la cour ottomane prisèrent ce type de portrait. Le « portrait de profil avec couvre-chef (skiadion) et barbe en pointe remportait notamment un vif succès ».

Les « profils étaient aussi très populaires sur les gravures, peintures ou ustensiles, comme dans la gravure, El Gran Turco, attribuée à un artiste florentin, et qui représente un sultan ottoman ».

Il « semble étonnant que le profil de l’avant-dernier empereur byzantin ait pu servir de modèle à son ennemi. Ce transfert symbolise en fait l’idée de la translatio imperii : la dignité impériale de l’ancien souverain de Constantinople se transmettant au nouveau ». Une c omparaison avec le portrait d’El Gran Turco, permet de relever des différences. Ainsi, le « sultan portant un dragon cracheur de feu sur le couvre-chef semble-t-il beaucoup plus énergique et menaçant que l’empereur. Sur l’albarello, ce vase de pharmacie, on trouve un portrait fantaisiste. Est-ce Mehmet II ? Les preuves font défaut pour l’affirmer, mais la barbe et le couvre-chef annoncent en tout cas le portrait d’un Oriental haut place ».

• Vénitien, d’après Titien, Le Sultan Soliman « le Magnifique », après 1543
Sous le règne de plus de quarante ans du sultan Soliman « le Magnifique », l’Empire ottoman « atteignit ses plus grandes dimensions, s’étendant sur trois continents, jusqu’aux portes de Vienne. Sur ce portrait vénitien, le jeune sultan pose de profil. Un grand külah, turban sphérique surmonté d’un cône, dissimule son front et son cou et rabat le pavillon de son oreille ».

Ce tableau est attribué à l’entourage du Titien, peintre majeur de la Renaissance vénitienne, dont le nom est indiqué au dos de la peinture. Il s’agirait d’une copie d’une œuvre du maître qui se serait inspiré d’une représentation du sultan.

• Paolo Véronèse et atelier, Osman Ier, Bajazet Ier, Mehmed II, Soliman le Magnifique, vers 1575
« En 1578, le grand vizir Sokollu Mehmet Pacha commanda à Venise une série de portraits de sultans au nom du sultan Mourad III. L’échange de cadeaux diplomatiques était habituel. En répondant au souhait du grand vizir, Venise entendait plaire au sultan ». 

Coutume de l’époque :  « le peintre fit dans cette série une synthèse de toutes les gravures qu’il avait à portée de main. Ces séries de portraits de sultans étaient très appréciées durant la seconde moitie du 16e siècle, surtout les gravures. L’artiste plaçait généralement les souverains sur le même arrière-fond sombre et accentuait l’énorme turban avec des éléments décoratifs qui, bien souvent, sortaient de son imagination. Pour souligner l’individualité de chaque sultan, il variait autant que possible la pose. Il consacrait beaucoup d’attention à la forme des turbans, aux bijoux et aux couleurs raffinées des vêtements tailles dans de coûteux damas ».

Paolo Véronèse a vraisemblablement conçu la série et l’a réalisée avec son atelier. Il était « passionné par les vêtements orientaux et leurs couleurs vives, lesquels apparaissent d’ailleurs souvent dans son œuvre ».

L’attrait de l’Orient
Aux représentations fantaisistes du sultan ont succédé celles plus réalistes, quand les artistes ont pu effectuer des séjours longs et fréquenté la cour du souverain ottoman.

La « demande d’objets d’art et d’artisanat ottomans s’accrut en Europe, de même que la grande fascination pour les étoffes exotiques et les objets décoratifs. Le commerce se développa, l’imitation des articles orientaux se répandit dans les ateliers européens. Les tapis étaient les plus demandés. Ils trônaient, posés sur la table ou suspendus au mur, symbolisant le rang de leur propriétaire. Ils apparurent aussi dans nombre de peintures. Les tissus ottomans trouvaient même leur chemin dans l’art ecclésiastique, notamment pour les vêtements religieux".

• Hans von Aachen, L’empereur Matthias en roi de Bohème, 1611–1612 Antependium, étoffe : ottomane, 16ème siècle ; antependium : 17ème siècle (?)
En 1612, au décès de Rodolphe II, empereur du Saint Empire romain germanique, son jeune frère Mathias (1557-1619) lui succède. Hans von Aachen « peint le portrait de trois quarts du nouvel empereur ». L’analyse des inventaires révèle que, « sous Rodolphe déjà, vêtements et armes ottomans et orientaux étaient très appréciés. Comme le portrait le suggère, cette mode resta vivante sous Mathias. Sous son manteau hongrois double de fourrure, le roi porte un kaftan de soie aux motifs de plumes de paon. Il avait sans doute reçu ce précieux vêtement ottoman en 1609 de Hadim Ali, pacha de Buda de 1602 à 1616 ». 

« Les troupes suédoises dérobèrent ce kaftan en 1648 quand elles entrèrent dans Prague, à la fin de la guerre de Trente Ans. Peu après, le vêtement fut transformé en un devant d’autel ou antependium, qui se trouve encore dans une église suédoise. Le portrait, le vol et la réutilisation du kaftan démontrent le gout pour les produits de luxe ottomans à la cour impériale de Prague et la convoitise que longtemps encore ils suscitèrent.

• Allemagne du Sud, Horloge à automate avec un pacha à cheval accompagné d’un chien, vers 1580
« L’horlogerie et l’orfèvrerie connurent un grand essor à la seconde moitié du XVIe siècle dans le Sud de l’Allemagne. Les pièces sorties des ateliers d’Augsbourg étaient particulièrement recherchées dans les cours européennes et dans l’Empire ottoman. Horloges, automates et autres pièces d’ornement constituaient autant de « cadeaux diplomatiques typiques des représentants habsbourgeois. Les horlogers comptaient d’ailleurs parmi les membres permanents des légations ». Malgré l’interdiction islamique des représentations, les automates étaient très prisés.

• Allemagne du Sud, Hans Schöpfer l’Ancien (?), L’Histoire d’Esther, vers 1550–1560
Retracée dans la Bible hébraïque, l’histoire d’Esther « se joue sur un arrière-fond de constructions fantastiques de style Renaissance. Esther, Juive, était mariée au roi perse Assuérus. Mardochée, son père adoptif, vint implorer son aide. Il avait en effet provoque la colère de Haman en refusant de s’agenouiller devant lui et le présomptueux ministre avait menacé de tuer tous les Juifs du pays. Esther, magnifiquement vêtue, rendit visite au roi sans y avoir été invitée, bien que cela soit puni de mort. Par un jeu d’intrigues complique et grâce à sa ruse, elle réussit à sauver le peuple juif et veilla à ce que Haman soit puni. 

Esther se dirige vers le roi. La scène de la salle du trône est reprise à l’avant-plan, aux extrémités gauche et droite. Une foule de personnages et de figurants costumés, parmi lesquels de nombreux Ottomans, sont représentés.

• Albrecht Dürer, Cavalier oriental, vers 1495 (?)
En 1494-1495, Albrecht Dürer se rendit à Venise « pour la première fois et fut singulièrement frappé par les Ottomans et leur apparence exotique. Peu après, des figures habillées à l’orientale se mirent à apparaître régulièrement dans son œuvre, bien que l’élément oriental fut le plus souvent limité au turban caractéristique. Dürer travaillait surtout d’après les figures de Gentile Bellini, et non d’après des modèles vivants ».

Le Cavalier oriental « a probablement été dessiné d’après un exemple de Bellini, ce que l’on déduit des proportions déséquilibrées du cavalier et du cheval, et à la manière dont tombent les plis, raides et parallèles. Ainsi la barbe, le turban, le vêtement et le sabre courbe sont indiscutablement ottomans, mais les éperons et la massue sont de facture européenne. Par ailleurs, il n’y avait alors aucun Ottoman à cheval à Venise ! »

• Sofonisba Anguissola, La Partie d’échecs, 1555
L’échiquier entre les jeunes sœurs de Sofonisba Anguissola est posé « sur un petit tapis d’Orient. Les peintres de la Renaissance inventaient souvent eux-mêmes des décorations de tapis inspirées de motifs orientaux. Les critiques d’art établirent ensuite des distinctions parmi les tapis orientaux peints par Lotto, Holbein, Crivelli ou Memling. Ainsi, le tapis d’Anguissola est-il un tapis Holbein « à petits motifs ». Dans les peintures de la Renaissance, ces tapis sont assez fréquents. On les reconnait à leurs petits motifs géométriques, qui peuvent se répéter à l’infini. Ces tapis doivent leur nom au portrait de Georg Giszes (Berlin, Gemaldegalerie) que Hans Holbein le Jeune peignit en 1532 ».

La « représentation de tapis remplissait différentes fonctions. Ainsi le tapis aux pieds de Marie, sur le panneau de Memling, avait une fonction symbolique : il séparait la sphère sacrée de la sphère profane. Les tapis pouvaient aussi souligner le rang du défunt, comme le tapis vert sombre sur le portrait de Gaspar Illeshazy (1593-1648) sur son lit de mort. Ces portraits rappelaient la fortune du défunt. Le fait que ce gentilhomme hongrois se fasse représenter avec un tapis d’Orient prouve que les objets ottomans importés et que des produits locaux d’inspiration orientale étaient considérés comme des objets de grand luxe ».

• Constantinople, Gourde, avant 1581
La gourde est décorée de moresques (ou arabesques) peints dans l’art européen depuis le XVIe siècle.
Ces « ornements sans relief se composent d’entrelacs serrés, de fleurs et de rinceaux très stylisés ou abstraits. Comme son nom l’indique, la moresque est dérivée des motifs de l’art mauresque. Au 13e siècle, les moresques se répandirent dans tout le monde arabo-islamique. Ils atteignirent finalement l’Europe et furent très populaires au 15e siècle en Italie. La gourde en cuir décorée est un bel exemple de l’utilisation de moresques dans l’art ottoman. Le sultan Mourad III l’envoya à l’empereur Rodolphe II en 1581 à l’occasion de la fête de circoncision de son fils. La gourde illustre la diffusion des motifs artistiques mauresques vers l’Europe. Les moresques et autres ornements plats ont été imprimés en Europe en grande quantité et diffusés par séries de gravures et livres de modèles".

Les Ottomans dans la culture courtoise
Les "spectacles, tournois, entrées triomphales ou représentations, étaient indissociablement liés à la culture de cour dans l’Europe médiévale. Ils étaient une manifestation de la puissance des souverains et une forme de propagande politique".

Pendant « des tournois et des parades hautes en couleur commandés par Maximilien Ier de Habsbourg, on pouvait voir aussi des petites pièces de théâtre relatant des événements historiques ou mythologiques et dans lesquelles les ennemis étaient représentés sous les traits d’Orientaux. Les descendants de Maximilien, et notamment l’archiduc Ferdinand II de Tyrol (1529-1599), perpétuèrent cette tradition. Les tournois et les parades de Ferdinand mettaient en scène ce que les Habsbourg éprouvaient à l’encontre des Ottomans, mais manifestaient aussi leur vif intérêt pour la culture ottomane. À la cour de Cracovie, l’attrait pour l’Orient adopta une nouvelle forme. Les vêtements et armes orientaux étaient plus que des accessoires exotiques, ils témoignaient d’une culture à l’intersection entre l’Orient et l’Occident".

• Prague, Wolfgang Keiser (?), Melchior Pfeifer (?), Masque maure utilisé comme visière, vers 1555
Ces émasques ont l’air de visages turcs ou maures. En fer repoussé, ils sont recouverts d’une peinture à l’huile. Ils ont été portés durant des tournois de hussards comme visières amovibles sur un costume oriental. Les tournois cherchaient à maintenir vivante dans l’opinion publique l’idée de la lutte contre les Ottomans dans l’Est de l’Europe et en Afrique du Nord. Au carnaval de 1557, par exemple, l’archiduc Ferdinand II organisa à Prague un tournoi de hussards en réaction à la campagne que les Turcs avaient menée un an plus tôt. Des chevaliers chrétiens et des participants hongrois y luttaient contre des adversaires habillés en Turcs et en Maures. C’était une manière de conjurer la menace venue d’Orient qui, depuis la bataille de Mohacs (1526), n’avait pas cesse de croître. Dans les collections du Kunsthistorisches Museum de Vienne, on trouve encore dix-neuf masques turcs et maures confectionnés pour ce genreé de « tournoi en mascarade ».

• Allemagne du Sud, Armure hussarde de l’archiduc Ferdinand II, 1556–1557
Le « heaume d’argent faisait partie de la panoplie de hussard de l’archiduc Ferdinand II. Originellement, un bouclier en argent massif complétait l’équipement, mais il a été donné en 1809 à la Monnaie autrichienne et fondu. Accompagnent encore cet armement un sabre, une lance dont la hampe est recouverte d’argent grainé ainsi que des pièces brodées d’argent, tels un long manteau, un habit à courtes manches, des bottes de cuir et un harnais. Ferdinand fit vraisemblablement fabriquer l’ensemble, tout comme les masques de cette salle, pour le tournoi de hussards qu’il organisa a Prague en 1557 ».

• Jost Amman, Portrait d’Étienne Báthory, prince de Transylvanie, 1576
Etienne Bathory (1533−1586) devint « prince de Transylvanie en 1571 puis roi de Pologne-Lituanie en 1575. On considère que c’est lui qui introduisit la mode orientale, qui s’installe durablement au sein de la noblesse polonaise. L’artiste suisse Jost Amman dessina le plus ancien portrait connu d’Etienne Bathory. Les vêtements orientaux du souverain sont inspirés de la mode ottomane du moment : un zupan orne de motifs, un delia (pardessus) doublé de fourrure et des bottes a talons. La noblesse polonaise et lituanienne s’habillait ainsi sous son règne et cette tenue devint même rapidement le costume traditionnel nationalé.

Accompagne l’exposition un catalogue éponyme trilingue français/anglais/néerlandais qui évoque « l’influence du monde islamique sur la pensée de la Renaissance. Avec des œuvres de Bellini, Véronèse, Durer, Tintoret et bien d’autres ».


Jusqu’au 31 mai 2015
Paleis voor Schone Kunsten, Brussel
Centre for Fine Arts, Brussels
Rue Ravenstein 23. 1000 Bruxelles
Tél. :  02 507 82 00
Du mardi au dimanche de 10 h à 18 h. Nocturne les jeudis jusqu’à 21 h

Visuels :
Catalogue
Paolo Veronese (and workshop), Sultan Bajezid I © Collection Bayerische Staatsgemäldesammlungen, München

Titian (Studio), La Sultana Rossa, The John and Mable Ringling Museum of Art, the State Arte Museum of Florida, Florida State University, Sarasota, Florida

Attributed to Botticelli, Portrait of Montefeltro & Landino © Biblioteca Apostolica Vaticana

Conrad Gessner, Historia plantarum Drawing © Erlangen, University Library (Ms. 2386, 220v) - Conrad Gessner: Historia plantarum

History of Sultan Sulayman, Fall of Szigetvar Bound manuscript 1579 © Trustees of the Cester Beatty Library

Melchior Lorck A kettledrum player riding a camel In profile to left; the camel with ornate saddle and bridle from which bells are dangling; from a series of 127 woodcuts (ca.1576) Woodcut on paper © Trustees of the British Museum

Armour of Stephan Báthory, King of Poland (1533-1586) Ca. 1560 © Kunsthistorisches Museum Vienna

Anonymous Sultan Sulayman the Magnificent wearing the jewel-studded helmet Ca. 1532 © The Metropolitan Museum of Art/Art Resource/Scala, Florence

Gentile Bellini, Portrait de Mehmet II, 1480 © London, The National Gallery

Horloge à automate avec un pacha à cheval accompagné d’un chien, vers 1580 © Basel, Historisches Museum

Albrecht Dürer, Oriental Rider, about 1495 © Albertina, Wien

Sofonisba Anguissola, La Partie d’échecs, 1555 © The Raczyński Foundation at the National Museum in Poznań

Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent du dossier de presse.

lundi 18 mai 2015

« Plus jamais les camps ! L'autre message de l'opéra Brundibar » (Wiedersehen mit Brundibar) de Douglas Wolfsperger


Arte a diffusé « Plus jamais les camps ! L'autre message de l'opéra Brundibar » (Wiedersehen mit Brundibar) de Douglas Wolfsperger. Opéra pour enfants, Brundibár a été composé en 1938 par Hans Krása, sur des lyrics d’Adolf Hoffmeister. Interprété  dans la camp nazi de Terezín (Theresienstadt), en Tchécoslovaquie occupée par les Allemands, le 23 septembre 1943, cette œuvre a été instrumentalisée par la propagande nazie dans le film Theresienstadt - eine Dokumentarfilm aus den jüdische Siedlungsgebiet, dirigé par Kurt Gerron. Elle est au centre d’un projet éducatif et artistique berlinois visant une vingtaine de jeunes issus de milieux défavorisés qui rencontrent Greta Klingsberg, une des premières interprètes du spectacle. Les 19 et 21 mai 2015, Brundibár, opéra de Hans Krása (1899-1944) pour voix d’enfants en deux actes, créé à Terezín en 1943 sur un livret d’Adolf Hoffmeister, sera interprété au théâtre de Caen par l'orchestre régional de Basse-Normandie. 


Écrit en 1938 par le compositeur Hans Krása (1899-1944), doté d’un livret signé par Adolf Hoffmeister, l’opéra Brundibár répondait initialement à un concours du ministère de l’Education populaire, qui a été annulé en raison des événements tragiques préludant la Seconde Guerre mondiale. 

D'une durée de cinquante minutes, il a été présenté pour la première fois en 1938 dans un orphelinat Juif de Prague, et en 1942 avant la déportation des Juifs de Bohême et de Moravie vers le camp nazi de concentration Terezín (Theresienstadt), en Tchécoslovaquie occupée par les Allemands. 

« Brundibár », qui signifie bourdon en tchèque, désigne dans l’opéra le méchant, joueur d'orgue de barbarie inspiré du Führer Adolf Hitler. L’intrigue : la mère d’Aninka et de Pepíček est malade. Le médecin a prescrit du lait pour améliorer son état de santé, et les deux enfants se rendent au marché pour en acheter. Malheureusement, ils n’ont pas d’argent. Pour s’en procurer, ils décident de chanter sur la place publique. Furieux de cette concurrence inattendue, Brundibár tente de contrecarrer leur plan. Avec l’aide d’animaux et d’enfants, Aninka et Pepíček parviennent à leur but et entonnent le chant final marquant leur victoire, celle du faible contre le puissant.

En août 1942, Hans Krása est déporté au camp nazi de Terezín (Theresienstadt). Là, il y réorchestre la partition de son œuvre pour l’adapter aux différents musiciens du camp pouvant le jouer. Brundibár est interprété le 23 septembre 1943, et plus de cinquante fois par des enfants et des adolescents de Terezín.

Conscients du potentiel de cette œuvre populaire, les Nazis instrumentalisent Brundibár au service de leur propagande.

Ils intègrent une répétition de cet opéra pour enfants lors de la visite de Terezín, le 23 juin 1944 d'une délégation incluant Frants Hvaas, chef de la section politique du ministère danois des Affaires étrangères, le docteur Juel-Henningsen, haut fonctionnaire du ministère danois de la Santé, et le Suisse, Maurice Rossel, directeur adjoint du bureau de Berlin de la Croix-Rouge Internationale, six représentants de la SS, un représentant du ministère allemand des Affaires étrangères, un délégué de la Croix-Rouge allemande et  Karl Rahm, dirigeant ce camp. 

Les Nazis organisent une représentation spéciale pour leur film de propagande, en noir et blanc, sonore, Theresienstadt - eine Dokumentarfilm aus den jüdische Siedlungsgebiet (Theresienstadt. Un documentaire sur la zone de peuplement juif ou Le Führer donne une ville aux Juifs), tourné à partir de septembre 1944 par Kurt Gerron. Terezin présenté cruellement en "camp modèle". "Un trompe-l’œil destiné à la propagande. Là, des joueurs faisaient semblant de disputer un match de football. La ville a été repeinte. On était filmé quand on recevait du pain. On mangeait plus vite qu'ils ne filmaient tellement on avait faim", se souvient Greta Klingsberg, alors adolescente Juive viennoise, déportée dans Terezín, et veuve.

Issue d'une famille Juive viennoise - ses parents avaient fait leur aliyah et devaient retourner la chercher -, Greta Klingsberg a été déportée avec sa sœur cadette d'un an au ghetto de Terezín de 1942 à 1944. Elle y vivait avec une vingtaine d'enfants dans un foyer. « On avait tous peur de partir dans un convoi. Les adultes nous rassuraient", confie-t-elle. Elle souligne l'espoir de survivre qui l'animait. Son air préféré ? La berceuse qu’elle compare à « un chant populaire. Je trouve cela très beau… »

Cependant, en octobre 1944, ces  artistes Juifs et le compositeur sont déportés au camp d’Auschwitz.  Greta Klingsberg est alors séparée de sa sœur cadette qu'elle ne reverra plus. 

Ce n'est qu'en 1975 que Brundibár est présenté aux Etats-Unis et en Allemagne en 1975.

En 1995, les Jeunesses musicales allemandes ont lancé le Projet Brundibár intergénérationnel, car il réunit des témoins expliquant leur passé aux acteurs/chanteurs, un CD de la musique de Krása, un film video avec des interviews des jeunes artistes ayant survécu à la Shoah et des clips des spectacles de Brundibár.  Les enseignants et les enfants bénéficient de matériaux pédagogiques sur l'Allemagne nazie, Terezín et les programmes culturels de son ghetto. Ce projet a induit des centaines de représentations de cet opéra en Allemagne et en Europe occidentale depuis 1999, ainsi qu'aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne et dans d'autres pays dans la décennie suivante.

Parmi les quelques survivants ayant joué dans Brundibár à Terezín : Greta Klingsberg, qui avait interprété à 13-14 ans le personnage d’Aninka, « participe à la nouvelle mise en scène de l’opéra Brundibár à la Schaubühne de Berlin. Une extraordinaire expérience sur la mémoire et le passé nazi, portée par une vingtaine de jeunes issus de milieux défavorisés », qui surmontent leurs préjugés ou leurs complexes d'infériorité à l'égard de l'art lyrique et qui se confrontent à une tragédie de l'Histoire : la Shoah. 

Un projet artistique et pédagogique qui « fait revivre le poignant opéra joué 60 ans plus tôt par des enfants au camp de Terezin avant » leur déportation à Auschwitz ». L'art aussi comme acte de combat, de foi et aidant à survivre dans l'horreur concentrationnaire. Et à l'oublier le temps d'une représentation publique.

Le documentaire alterne scènes de répétition de Brundibár, d'interviews des jeunes impliqués dans ce projet, de la visite dans un  Terezín ensoleillé, au cimetière Juif au milieu duquel se trouve une Menorah, de la représentation publique de l'opéra, et de l'accueil chaleureux réservé à Greta Klingsberg par les jeunes artistes amateurs.

Heureuse de voir cet opéra non tombé dans l'oubli, Greta Klingsberg espère qu'il sera un jour interprété en arabe. 

Les 19 et 21 mai 2015, Brundibár, opéra de Hans Krása (1899-1944) pour voix d’enfants en deux actes, créé à Terezín en 1943 sur un livret d’Adolf Hoffmeister, sera interprété au théâtre de Caen par l'orchestre régional de Basse-Normandie. "Ce sera le projet phare de l’année pour la Maîtrise de Caen, régulièrement investie par le théâtre de Caen d’un projet lyrique. La création de Brundibár s’inscrit dans le cadre du 70e anniversaire de la libération des camps. Comme pour Der Kaiser von Atlantis, la genèse chaotique de cet opéra pour enfants, pétulant et enjoué, est traversée par les terribles soubresauts de l’Histoire. Déportés au camp de Terezín, en Tchécoslovaquie, des enfants juifs chantent Brundibár de Hans Krása pour une visite du camp par La Croix-Rouge. Krása avait alors reconstitué la partition de l’opéra à partir de quelques parties de piano conservées et de sa mémoire. Ce que ne savaient pas les représentants de La Croix-Rouge à l’époque, c’est que l’intégralité de leur visite n’était qu’une sinistre mise en scène, organisée par le Reich pour nier la réalité des camps.Brundibár met en scène Aninka et Pepiček. Afin d’offrir du lait à leur mère malade, les enfants décident de chanter sur la place du village pour gagner de l’argent. Mais le méchant Brundibár les en empêche..." Cet opéra sera interprété par Simon Dubois Brundibár (baryton), les solistes et chœur de la Maîtrise de Caen sous la direction musicale d'Olivier Opdebeeck et dans une mise en scène de Benoît Bénichou. Les décors sont signés d'Amélie Kiritze-Topor et la création de lumières de Thomas Costerg. Les étudiants de l’école Supérieure d’arts & médias de Caen en assurent la réalisation vidéo.


« Plus jamais les camps ! L'autre message de l'opéra Brundibar » (Wiedersehen mit Brundibar) de Douglas Wolfsperger 
Douglas Wolfsperger Filmproduktion, Berlin in Co-Produktion mit Negativ-Film, Prag / Cine Impuls, Stuttgart et WDR / arte, 53 min

Visuels :
Dans l'affiche
Greta Klingsberg (à gauche) et Annika Westphal à Theresienstadt
© Joachim Gern

Une représentation de l’opéra « Brundibár » au camp de Theresienstadt – au milieu : Greta Klingsberg
© Joachim Gern

Greta Klingsberg (au milieu) avec des membres du groupe de théâtre « Die Zwiefachen » à Theresienstadt
© Joachim Gern

Spectacle à la Schaubühne de Berlin 
Heiko Schäfer, 2012

Greta Klingsberg à Theresienstadt
© Joachim Gern

A lire sur ce blog :

Les citations proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 25 janvier 2015.

Interview de Bat Ye’or sur Eurabia, l’OCI et l’Alliance des civilisations


L’essayiste Bat Ye’or est spécialiste de la dhimmitude (1) et d’Eurabia (2). Bat Ye’or commente l’actualité de 2008 et analyse l’action de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) pour imposer sa vision du monde, notamment du conflit au Proche-Orient, dans les instances régionales et internationales, en particulier auprès de l’Alliance des civilisations (ADC) (4). Interview réalisée en juillet 2008. Le 3e Forum mondial sur le dialogue interculturel" sera organisé du 18 au 19 mai 2015 à Bakou (République d'Azerbaïdjan), en étroite collaboration avec le Gouvernement de l'Azerbaïdjan, l'UNESCO, l'Alliance des civilisations (UNAOC), l'Organisation mondiale du tourisme (UNWTO), le Conseil de l'Europe et l'Organisation islamique pour l'éducation, les sciences et la culture (ISESCO), et sera consacré au thème : « Culture et développement durable dans l'agenda de développement post-2015 ». 


Le premier semestre 2008 a été marqué par la visite du président israélien Shimon Peres en France et par celle du Président de la République française Nicolas Sarkozy en Israël (5). Ceci atteste d’un renforcement des relations bilatérales et de l’amélioration du climat dans ces relations…

Le climat entre l’Etat d’Israël et la France s’est grandement amélioré au niveau de la Présidence de la République et des contacts personnels.

Le Président de la République Jacques Chirac avait une attitude hautaine, souvent hostile envers l’Etat d’Israël (6). Ceci visait à séduire les 56 pays musulmans et particulièrement son grand ami Yasser Arafat (7), en humiliant délibérément Israël : ainsi, lors de sa visite à Jérusalem en 1996, le Président Jacques Chirac a profité de sa position de chef d’Etat pour ridiculiser, devant toutes les télévisions du monde, des Israéliens assignés à sa sécurité et qui ne faisaient que leur travail (8).

Le Président Nicolas Sarkozy et son entourage ont changé tout cela. Ils ont donné plus de dignité à une grande nation qui méritait davantage qu’un rôle d’amuseur ou de partenaire complaisante du monde musulman.

Si certains observent une amélioration des relations entre la France et l’Etat d’Israël, ils relèvent des divergences persistantes sur des sujets essentiels (9) : l'interprétation de la résolution 242 de l'ONU du 22 novembre 1967 (10), la critique française de l'utilisation de la force par Israël jugée « excessive » (11), le droit au retour des réfugiés de la guerre de 1948 et la résolution 194 de l'ONU (12). Partagez-vous leur avis ?

Oui, je suis totalement d’accord avec eux.

La politique n’est pas faite que de sourires, elle s’appuie sur un ensemble d’intérêts multiples dans un contexte international.

La France, comme toute l’Union européenne (UE), est prisonnière d’une politique arabe et unilatéralement pro-palestinienne décidée en 1973 par Paris et Berlin qui l’imposèrent alors aux pays de la Communauté européenne (CE). Fondée sur des considérations économiques, stratégiques et surtout sécuritaires ; cette politique n’existait pas avant le premier choc pétrolier de 1973. Ce premier acte fondateur de politique extérieure commune de la CE se caractérise par une alliance stratégique avec les ennemis d’Israël.

L’alliance euro-arabe contre Israël, le soutien à Arafat et aux Palestiniens représentent une stratégie commune défensive contre le terrorisme en Europe (13). L’alliance européenne avec Arafat s’explique par la réaction de la CE frappée par le terrorisme palestinien ainsi que par le boycott pétrolier décidé par les pays producteurs de l’or noir et dirigé contre les Etats-Unis et l’Europe (14).

Depuis 1973, la CE/UE s’est arrogée le rôle de protectrice des Palestiniens contre Israël (15). Il s’ensuit qu’Israël devient l’ennemi de l’Europe, la source des dangers et la cause de la guerre menée par les Arabes palestiniens. Dans cette perspective, ce n’est pas le terrorisme jihadiste palestinien qui menace l’Europe et vise à éliminer l’Etat d’Israël et son peuple, mais c’est « l’existence illégale d’Israël », sa puissance et sa résistance pour survivre que l’Europe se doit de neutraliser par une politique de diffamation et d’ostracisme afin d’accomplir la noble mission qu’elle s’est donnée sous la menace du terrorisme palestinien en 1973 : la création de « la Palestine ».

L’Etat d’Israël refusant de se suicider pour la création d’un second Etat palestinien – le premier étant la Jordanie (16) – doit donc être forcé à se soumettre, d’autant plus que le monde arabe a lié la sécurité de l’Europe à ses engagements pro-palestiniens et à son combat anti-israélien. Depuis 1973, la CE/UE mène une guerre larvée contre Israël.

Même si la France voulait adopter une autre stratégie, elle ne le pourrait pas, car elle est liée par la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l’UE (17).

L’UE n’est pas la seule à œuvrer à la « création de la Palestine ». Depuis quelques années, le gouvernement israélien affirme lui aussi son soutien à « la création d’un Etat palestinien », présenté comme un « intérêt d’Israël » (18). Comment expliquez-vous cette conjonction d’idées et d’actions ?

Cela résulte des accords d’Oslo (19) et des pressions européennes (20), accompagnées de sanctions sur l’Etat d’Israël.

C’est aussi la conception européenne de la paix selon laquelle ce sont les terroristes de l’OLP (Organisation de la libération de la Palestine) (21) qui garantissent la sécurité de l’Europe, et non les armées des pays de l’UE.

Cette conception s’intègre dans la stratégie musulmane de soumission des infidèles qui transfère au pouvoir islamique leur « protection » – protection qui seule garantit la sécurité des vaincus. Dans cette vision, la souveraineté des Etats n’est pas un principe inviolable, et leur sécurité est dépendante de la « protection-garantie » islamique, principe qui récuse en fait les droits à l’auto-défense de l’Etat non-musulman, et les remplace par le concept de protection. La guerre terroriste globale qui sévit sur la planète obéit à ce principe qui n’est autre que celui de la dhimmitude, le rachat de la sécurité (22).

Les dirigeants israéliens se sont laissé convaincre par l’Europe que l’OLP accepterait la paix si Israël faisait des concessions, autrement dit : la paix contre les territoires. Ils n’ont pas compris qu’il s’agissait de tous les territoires et que la paix garantie par les Palestiniens était celle de la dhimmitude.

Le conflit est devenu quasi-insoluble du fait de la reconnaissance en 1973 par la CE d’un « peuple palestinien », qui à vrai dire ne se différencie guère – ni par la langue, ni par les mœurs, ni par l’histoire et la religion – des Arabes de Jordanie et qui n’a jamais manifesté aucun particularisme national sous l’occupation ottomane, ni celles, dès 1948, de la Jordanie en Judée-Samarie et de l’Egypte dans la bande de Gaza.

A mon avis, il est impossible d’avoir deux Etats viables dans ce petit espace qui constitue aujourd’hui l’Etat d’Israël, et l’Europe le sait fort bien, mais des solutions seraient possibles dans le contexte d’une fédération jordano-palestinienne où l’Etat d’Israël céderait un certain nombre de territoires densément peuplés d’Arabes palestiniens. C’est d’ailleurs l’esprit de la résolution 242 qui ne parle pas de peuple palestinien mais des deux vagues de réfugiés juifs et arabes.

Des solutions existent si le conflit n’est que politique. Ce qui n’est pas le cas.

Tant que le monde musulman n’aura pas réformé sa vision jihadiste du dar al-harb - c’est-à-dire les pays des infidèles qui doivent être islamisés -, le conflit israélo-arabe ne pourra être résolu, car il n’est que la manifestation exacerbée d’une idéologie jihadiste mondiale qui englobe l’Europe.

Aussi l’Europe, notamment par la négation des véritables fondements idéologiques de l’idéologie jihadiste dans le contexte palestinien, porte une énorme responsabilité sur le plan moral comme stratégique, du renforcement et de la propagation jihadistes (23).

Quels sont les ressorts de la diplomatie française au Proche-Orient (24) ?

Jusqu’à l’élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République en mai 2007, la diplomatie française, surtout à partir de 1973-80, considérait souvent que sa sécurité était assurée par son service obséquieux des intérêts du monde arabe ou/et musulman. C’était une politique de bons offices visant à garantir les intérêts français dans les domaines énergétique, industriel et commercial (25) et centrée sur l’obsession de « la Palestine ».

Le Président Nicolas Sarkozy a ouvertement confirmé l’existence de la politique arabe de la France, c’est-à-dire une politique anti-israélienne, et souhaité rééquilibrer la diplomatie française. C’est déjà beaucoup, car c’est une reconnaissance implicite de la partialité unilatérale d’une politique qui se drapait d’une autorité morale pour prêcher à l’Etat d’Israël les conditions sine qua non de sa disparition.

Quid de la diplomatie de l’Union européenne ?

Le grand architecte de cette diplomatie est Javier Solana, Haut représentant pour la PESC (26).

La création de « la Palestine » est le point central de la PESC ; elle détermine ses relations avec le monde arabe et les Etats-Unis. La CE/UE a choisi de combattre contre Israël pour créer « la Palestine » en prétendant qu’elle le faisait dans l’intérêt d’Israël.

Cette politique a induit le maintien au Proche-Orient d’un foyer purulent de haine antisémite (27) et l’affaiblissement à la longue de la résistance d’Israël. Elle a révélé le transfert d’une mauvaise conscience européenne sur Israël (thèmes de « l’occupation », des « colonies »). Elle a cultivé des relations privilégiées avec le monde musulman par la collaboration avec le jihadisme palestinien (28), et exprimé surtout l’espoir d’atténuer les menaces terroristes en Europe par la passion euro-palestinienne.

Via les réseaux de l’UE, les contribuables européens (29) sont les plus grands pourvoyeurs de fonds des Palestiniens. Ils financent également une myriade d’ONG européennes, palestiniennes et israéliennes pourvoyeuses de haine antisioniste/antisémite dans les instances internationales (30) et contribuent à l’industrie florissante de la palestinisation, c’est-à-dire à l’islamisation de l’histoire juive et d’Israël (31). Parallèlement, des centres universitaires européens, arrosés par la manne pétrolière, s’enorgueillissent de leur politique d’apartheid à l’égard d’Israël (32).

La banalisation des victimes israéliennes et juives s’intègre dans la palestinisation idéologique de l’Europe. Je n’ai pas entendu les grandes orgues des droits de l’homme protester contre les meurtres de deux jeunes soldats israéliens, Ehud Goldwasser et Eldad Regev, enlevés en 2006 en Israël par le Hezbollah, tactiques classiques du jihad mais totalement contraires aux Conventions de Genève. On a constaté récemment le traitement biaisé d’une partie de la presse sur l’horrible attentat à Jérusalem perpétré par un Palestinien sur des civils israéliens (33). Des médias européens ne mentionnent Israël que de façon péjorative, occultant l’histoire de cette antique civilisation qui modela l’Europe, puisque l’Eglise dès ses origines se dénomma le nouvel Israël.

Cette politique européenne a consisté à nier que le conflit palestinien ne représentait qu’un élément régional de la guerre jihadiste globale contre l’Occident. Elle visait à justifier moralement le jihad palestinien en déguisant Israël en un Etat agressif, privé de toute légitimité, occupant le territoire d’un autre peuple et devant se conformer à des conditions équivalentes à un suicide. On corrélait la sécurité de l’Europe et la paix du monde à la politique du minuscule Etat juif (34).

Pourtant, l’UE, comme la France, renforce ses liens économiques avec l’Etat d’Israël (35)…

Il y a des signes encourageants.

Franco Frattini, le ministre italien des Affaires étrangères, a reconnu – et ce n’est pas la première fois – que la politique de l’UE avait parfois confiné à l’antisémitisme (36). Cette déclaration répond aux demandes d’une opinion publique de plus en plus solidaire avec Israël et consciente des terribles conséquences en Europe même de l’Eurabisme.

Récemment au Luxembourg, l’UE a amélioré ses relations avec Israël (37). La chancelière allemande Angela Merkel, le Président Nicolas Sarkozy, le Premier ministre britannique Gordon Brown et le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi ont pu, malgré la forte opposition palestinienne, arabe et eurabienne, établir une meilleure coopération avec l’Etat d’Israël.

Cette voie, qui tranche avec celle des gouvernements ou présidents précédents, restitue à l’Europe sa dignité et son indépendance par rapport au bloc arabo-islamique. Elle est conforme aux vœux d’un nombre croissant d’Européens.

Vous établissez un lien entre l’UE et l’Organisation de la conférence islamique (OCI) (38)…

L’OIC orchestre une grande foire de la haine contre sept millions d’Israéliens qui libérèrent une portion infime de leur patrie ancestrale contre la coalition euro-jihadiste.

A son sommet en décembre 2005, l’OCI avait décidé de faire de la Palestine son sujet prioritaire. L’Europe obtempéra et déclara que la paix - aux conditions de l’OCI - au Moyen-Orient est l’urgence prioritaire de l’humanité.

L’année 2008 qui est celle de l’identité européenne par le dialogue interculturel a vu une floraison de publications et de manifestations célébrant le caractère multiculturel de l’Europe (39).

La chasse à l’islamophobie ordonnée par l’OCI à son sommet à La Mecque en décembre 2005 (40), est devenue en Europe parole d’Evangile (41). Un lexique de termes choisis (42) interdit sous peine d’accusation de blasphème (43) de prononcer de façon péjorative certains termes sacrés pour les musulmans, mais fort offensants pour les mécréants.

Le Centre américain pour le droit et la justice (ACLJ) et sa division européenne l’ECLJ ont mis en ligne une pétition destinée au Haut Commissaire des Nations unies sur les droits de l’homme et dénonçant les résolutions promues par l’OCI sur la « diffamation des religions » (44). Le 13 juin 2008, la Cour d’appel de Paris a confirmé la relaxe de l’hebdomadaire Charlie Hebdo poursuivi pour injure pour avoir publié des dessins danois sur le prophète Mahomet (45). Le 2 juin 2008, Rachida Dati, ministre française de la Justice, a demandé que le parquet interjetât appel d’un jugement controversé du Tribunal de grande instance de Lille. Celui-ci avait annulé un mariage parce que l'épouse avait menti à son mari sur sa virginité (46). Le 27 juin 2008, à Paris, le Conseil d’Etat a confirmé la légalité du décret refusant la nationalité française à une Marocaine portant la burqa, car Faiza M. a « adopté, au nom d'une pratique radicale de sa religion, un comportement en société incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française » (47). Le 30 juin 2008, le parquet néerlandais n’a pas poursuivi le politicien Geert Wilders, auteur du film Fitna très critique sur l’islam, pour discrimination et incitation à la haine (48). Le 7 juillet 2008, la Ville de Paris a fait citoyenne d’honneur la romancière bangladaise Talisma Nasreen (49)… Comment expliquez-vous ces décisions ?

Les politiciens sont attentifs aux opinions de leurs électeurs et n’ignorent pas leur frustration et leur mécontentement. Ils sont aussi tenus de respecter les lois constitutionnelles de leur pays.

Vous avez étudié l’Alliance des civilisations (ADC) (50) qui présente la version arabe du conflit au Proche-Orient…

L’ADC (51) a été créée en 2005 à l’initiative des gouvernements espagnol et turc, sous les auspices des Nations unies (NU). En réalité elle répondait aux vœux de l’Iran émis en mars 2002 et aux demandes des Etats arabes, anxieux de neutraliser, par les gouvernements européens, les retombées négatives des attentats islamistes du 11 septembre 2001.

L’ADC vise à « améliorer la compréhension et les relations de coopération parmi les nations et les peuples au travers des cultures et religions, et d’aider à contrer les forces qui attisent la polarisation et l’extrémisme » (52). Nommé par le secrétaire général des NU, alors Kofi Annan, en accord avec les Premiers ministres espagnol et turc, son Groupe de Haut Niveau (GHN) guide le travail de l’ADC (53).

Le Rapport de ce GHN (54) insiste sur la primauté du conflit israélo-palestinien en ce qui concerne les relations entre les sociétés musulmane et occidentale et déclare :
« Nous devons insister sur l’urgence croissante de la question palestinienne, qui est une cause majeure du fossé toujours grandissant entre les sociétés musulmane et occidentale » (p. 21).

L’ADC présente la version arabe du conflit :

« L’occupation permanente de la Palestine et d’autres territoires arabes par Israël et le statut non résolu de la ville de Jérusalem — une ville sainte aussi bien pour les musulmans, les chrétiens que les juifs (55) — ont persisté, avec le consentement apparent de gouvernements occidentaux, et constituent ainsi les principales causes de ressentiment et de colère contre les puissances occidentales dans le monde musulman. Cette occupation a été perçue, dans le monde musulman, comme une forme de colonialisme, conduisant beaucoup à croire, à tort ou à raison, à une collusion entre Israël et « l’Occident ». Ces ressentiments et ces perceptions furent exacerbés plus encore par les récentes représailles disproportionnées d’Israël dans la bande de Gaza et au Liban ». (p. 14)
Pour combler ce fossé et se rapprocher de la position musulmane, le GHN recommande l’équivalence des versions entre la restauration de l’indépendance d’Israël et la Nakba (56) palestinienne. Or celle-ci fut la conséquence des attaques sanglantes des Arabes palestiniens contre les Juifs dès le 30 novembre 1947. Ces violences escaladèrent en une véritable guerre palestinienne renforcée par des mercenaires arabes et des armées expédiées d’Egypte, d’Irak, de Syrie, de Transjordanie et du Liban, sous le commandement de la Ligue Arabe. L’interprétation du GHN met en équivalence la légitimité de l’existence et celle de sa destruction, le droit d’un peuple à la liberté et celui de son élimination. C’est accepter la logique implicite dans la version musulmane donnée par le GHN, qui transfère aux peuples agressés par le jihad, le rôle d’agresseur s’ils lui résistent :
« Pour les Palestiniens ainsi que pour une majorité des peuples du monde musulman, l’établissement de l’État d’Israël a été vécu comme un acte d’agression qui a conduit à l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens et à l’occupation de leurs terres ». (p.22) (caractères gras mis par BY)
A la suite de cette recommandation du GHN inspirée par l’OCI, des médias européens privilégièrent les récits de la Nakba plutôt que la célébration du 60e anniversaire de l’Etat d’Israël et omirent dans leur présentation de la Nakba l’invasion du territoire israélien par les armées d’Etats arabes voisins d’Israël – omission conforme à la version palestinienne reproduite ci-dessus. Pas un mot non plus sur le flux des réfugiés juifs expulsés des pays arabes (57).

Le Rapport de l’ADC affirme que les conflits actuels entre islam et chrétienté sont issus de la colonisation au XIXe siècle et de la restauration de l’Etat d’Israël. C’est la vision de l’OCI qui considère que les 11 siècles précédents de conquêtes jihadistes n’étaient que promenades pacifiques (58).

Le Rapport vante l’Age d’Or du Moyen Age musulman sous la charîa et affirme l’origine islamique de la culture européenne :
« Au Moyen Âge, la civilisation islamique était une importante source d’innovation, d’acquisition des connaissances et de progrès scientifique, qui ont contribué à l’émergence de la Renaissance et du siècle des Lumières en Europe. Historiquement, sous le règne musulman, les juifs et les chrétiens étaient généralement libres de pratiquer leur foi » (59).
Cette vision historique est déjà imposée dans des universités et les opposants font l’objet de brimades.

Ce Rapport donne de nombreuses recommandations pour protéger les droits des immigrants ainsi que les devoirs de la presse en se focalisant particulièrement sur les problèmes des musulmans en Occident.

Il préconise également les moyens au niveau de l’ONU du contrôle de l’implantation et du suivi de ces recommandations et de leur visibilité (p. 49).

Au niveau du multilatéralisme il recommande le renforcement, l’interaction et la coordination d’organisations internationales dans le contexte de l’ONU :

« Une attention particulière devrait être portée à ces organisations qui font parties de la famille des Nations Unies et à ces organisations qui ont déjà coopéré avec le Groupe de haut niveau de l’Alliance des civilisations, à savoir : l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), l’Union européenne, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), l’Organisation de la Conférence islamique (OCI), la Ligue des États arabes, l’Organisation islamique pour l’éducation, les sciences et la culture (ISESCO), United Cities and Local Governments (UCLG), et l’Organisation mondiale du tourisme (UNWTO), ainsi que d’autres organisations internationales et nationales, publiques ou privées ». (p. 25)
Dans ses recommandations axées prioritairement sur les besoins des musulmans, le GHN propose que :

« Les États Membres et les organisations multilatérales telles l’Organisation de la Conférence islamique et l’Union européenne devraient travailler ensemble pour mettre en place des efforts éducatifs afin de créer les moyens pour favoriser la tolérance interculturelle et le respect, la participation civique et l’engagement social ». (p. 39)
L’ADC a établi un Plan de mise en œuvre (2007-2009), divisé en deux parties, Cadre Stratégique et organisationnel et un Programme d’action axé surtout sur quatre domaines : les jeunes, l’éducation, les médias, la migration (60).

L’un de ces projets concerne les offres d’emploi aux jeunes du Moyen-Orient dans les organismes internationaux, les entreprises et les organisations de la société civile afin de « lutter contre l’aliénation et la privation des droits de ces jeunes » (p.16). Ce projet est déjà appliqué.

Un autre projet intitulé Abraham’s Path (Le chemin d'Abraham) (61) et créé par l’université de Harvard consiste à élaborer « le concept d’une grande route permanente de tourisme et de pèlerinage qui suivrait les traces du prophète Abraham dans plusieurs pays du Moyen-Orient » (ibid). Cette formulation est exclusivement islamique car Abraham dans la conception judéo-chrétienne est un patriarche, il n’est pas un prophète musulman, et son itinéraire est différent de l’Abraham coranique.

De fait, la présence active de l’OCI dans les arènes internationales - ONU, Conseil onusien des Droits de l’Homme, UNESCO, Alliance des Civilisations - contribue au développement d’une gouvernance mondiale inspirée par l’islam, c’est-à-dire à l’instauration d’un califat - organisme suprême musulman unissant les pouvoirs politique et religieux sous la juridiction de la charîa – réglementant les relations internationales par une prolifération d’organisations internationales chargées d’imposer aux nations l’ordre et la vision islamiques. Nombre d’hommes d’Etats, comme l’ancien président américain Jimmy Carter, et d’intellectuels sont récupérés par ces myriades de Dialogues, de cercles multiculturels pour la paix au service de la da’wa (propagande islamique).

On le constate dans des recommandations du GHN adoptées par les Etats européens dans leurs politiques nationales, dans les répressions dans des universités et des médias de la liberté d’expression et de la liberté d’enseignement assimilées à l’islamophobie, dans les difficultés d’une réglementation de l’immigration et l’échec de la défense des droits de l’homme au Conseil onusien des Droits de l’homme (Genève) (62).

L’UE apparaît ainsi de plus en plus comme le véhicule des prescriptions de l’OCI, qui était représentée par son secrétaire général Ekmeleddin Ihsanoglu lors du Sommet à Paris lançant le 13 juillet 2008 l’Union pour la Méditerranée (UPM) (63).

Que pensez-vous de l’Union pour la Méditerranée (UPM) (64) et de l’opposition qu’elle suscite en Lybie ?

Je n’en connais pas les détails et ne puis en parler.

L’UPM se situe dans la continuation du Dialogue Euro-Arabe et du processus de Barcelone (65), politiques qui ont déterminé, sur la base du multiculturalisme et du multilatéralisme, les grandes transformations irréversibles aux plans démographique, religieux, culturel et social de l’Europe de l’Ouest.

Or le multiculturalisme est aujourd’hui contesté par nombre de mouvements ou d’intellectuels européens (66) attachés à leur identité culturelle et historique, hostiles à la fragmentation communautariste.

Confrontés aux conséquences de cette politique, certains envisagent même le démantèlement des structures de l’UE.

Malgré les répressions, cette vague délégitimée par des accusations souvent imméritées de racisme et de xénophobie, me semble importante et nos leaders devraient en tenir compte pour maintenir les acquis positifs de l’UE.

On doit reconnaître au Président Nicolas Sarkozy le mérite d’avoir exposé devant les Européens en pleine lumière et pour la première fois, cette politique méditerranéenne. Pour nous Européens, elle se fonde sur la conception européenne de la paix et des droits de l’homme que ne partagent pas les pays de civilisation musulmane, ancrés dans les valeurs de la charîa, du jihad et de la dhimmitude qui est encore appliquée dans tous les pays musulmans et génère le conflit contre Israël.

Tant que ces concepts n’auront pas évolué, les partenariats seront voués à l’échec.


Site de Bat Ye’or :
En Israël, Schocken Publishers a publié son livre Eurabia, l’Axe euro-arabe (3) dans une traduction en hébreu d’Arié Hashavia. 


(3) Bat Ye’or, Eurabia, l’axe euro-arabe. Jean-Cyrille Godefroy Editions, 2006. 347 pages. ISBN-13 : 978-2865531899.

(4) Bat Ye’or, Multiculturalisme et alliance des civilisations, Controverses,  n° 9, novembre 2008


(6) Véronique Chemla, Le CRIF demande une commission d’enquête indépendante composée d’experts afin d’établir la vérité dans l’affaire al-Dura

(7) « Le gouvernement français avait rendu un dernier hommage au leader palestinien [Yasser Arafat] décédé dans la nuit de mercredi à jeudi. Les honneurs militaires ont été rendus par une unité de la garde républicaine sur la base militaire, en présence de Jean-Pierre Raffarin, et de plusieurs membres de son gouvernement… Ce matin, Jacques Chirac s'est incliné devant la dépouille mortelle de Yasser Arafat à l'hôpital militaire de Clamart. Il s'est recueilli durant 25 minutes devant la dépouille de Yasser Arafat et a présenté ses condoléances en embrassant Souha, épouse du président de l'Autorité palestinienne, et la déléguée générale de Palestine en France, Leïla Chahid ». 11 novembre 2004. http://www.radiofrance.fr/reportage/dossier/index.php?rid=55000104&aid=0&formtype=une&arch=1
Véronique Chemla, Le keffieh, c’est tendande !, 13 janvier 2008

(8) Lors de sa visite à la Vieille ville, le Président Jacques Chirac saisit le chef de la sécurité israélienne et lui dit avec virulence : « Qu’est-ce qu’il y a encore comme problème ? Je commence à en avoir assez ! What do you want? Do you want me to take my plane? To go back to my country? To go back to France? Is that what you want? This is provocation! This is not a method! Please, stop now!” Une reaction qui renforce sa popularité dans le monde arabe.
Jacques Chirac à Jérusalem, 22 octobre 1996, magazine Un jour, une heure diffusé sur France 2 et présenté par Laurent Delahousse, 15 avril 2007 : http://www.dailymotion.com/video/x3r13o_jacques-chirac-a-jerusalemla-honte_events et
Eric Aeschimann et Christophe Boltanski, Chirac d’Arabie : les mirages d’une politique française. Grasset et Fasquelle, 2006. 430 pages. ISBN : 2246691214

Sarkozy’s Presidency, BESA, Perspectives Papers n° 46, 22 juin 2008, http://www.biu.ac.il/SOC/besa/docs/perspectives46.pdf


(11) « Entretien de M. Philippe Douste-Blazy, ministre des affaires étrangères, avec Europe 1 le 13 juillet 2006, sur la condamnation par la France de "l'action de guerre disproportionnée" d'Israël contre le Liban après la mort et l'enlèvement de soldats israéliens par le Hezbollah ainsi que des "actes irresponsables" de ce mouvement », http://www.vie-publique.fr/cdp/063002658.html

(12) Le "Droit au retour" au regard des résolutions de l'ONU, http://paris1.mfa.gov.il/mfm/Data/35710.htm




Daniel Pipes et Adam Garfinkle, Is Jordan Palestine?, Commentary, octobre 1988 http://www.danielpipes.org/article/298

(17) « Stratégie commune du Conseil européen du 19 juin 2000 pour la région méditerranéenne » adoptée à Santa Maria de Feira, dans le Journal Officiel des Communautés européennes, 22 juillet 2000, n° L 183 du 22/07/2000 p. 0005 - 0011. http://admi.net/eur/loi/leg_euro/fr_300E0458.html

(18) Véronique Chemla, Des donateurs pour l’Etat palestinien grugés, mais toujours généreux, 23 décembre 2007

(19) Joel Fishman et Ephraïm Karsh, La guerre d’Oslo. Ed. de Passy, 2005
Véronique Chemla, Mythes et réalités du «processus de paix» : le roc des refus palestiniens, 10 janvier 2008


« La Palestine est la patrie du peuple arabe palestinien : elle constitue une partie inséparable de la patrie arabe, et le peuple palestinien fait partie intégrante de la nation arabe » (article 1 de la charte de l’OLP adoptée en 1964 et non abrogée).
« Le peuple arabe palestinien déterminera son destin après avoir réussi à libérer son pays… La Palestine, dans les frontières du mandat britannique, [qui] constitue une unité territoriale indivisible » (articles 2 et 3 de cette charte).
« Le judaïsme, étant une religion, ne saurait constituer une nationalité indépendante. De même, les Juifs ne forment pas une nation unique dotée d'une identité propre, mais ils sont citoyens des États auxquels ils appartiennent » (article 20 de cette charte).

(22) Bat Ye’or :
Juifs et chrétiens sous l'islam : les dhimmis face au défi intégriste. Berg international, collection « Pensée politique et sciences sociales », Paris, 1994. 420 p. (ISBN 2-900269-91-1) et collection « Pensée politique et sciences sociales », réédition, sous le nouveau titre Face au Danger Intégriste, juifs et chrétiens sous l’islam, Paris, 2004. 420 p. ISBN 2-911289-70-6

(23) Londonistan, a briefing by Melanie Philips, 15 novembre 2006
Is Britain Lost? by Joseph Puder, The Evening Bulletin, 24 november 2006
Mosquées - La France, terre de djihad, Le Point, n° 1 727, 17 janvier 2007, http://www.lepoint.fr/actualites-monde/la-france-terre-de-djihad/924/0/22900

(24) David Pryce-Jones, Un siècle de trahison La diplomatie française et les Juifs, 1894-2007. Traduit de l’anglais par Marc Weitzmann. Denoël Impacts, 2008. 200 pages. ISBN : 978 2 207259719

(25) Eric Conan, Mort de Raymond Barre : l’amnésie des médias, 30 août 2007 à






(31) Bat Ye’or : « C’est clair dans le contexte de Jérusalem où ses droits sur son patrimoine religieux et historique sont niés ».

(32) SPME (Scholars for Peace in the Middle East) : http://www.spme.net/position.html
Dr. Edward S. Beck, Richard L. Benkin, Ruth Contreras et Judith R. Jacobson, Anti-Semitism In Academia, 20 Mars 2003, http://www.spme.net/cgi-bin/articles.cgi?ID=32
Bat Ye’or, Eurabia, l’axe euro-arabe. Jean-Cyrille Godefroy Editions, 2006. 347 pages. ISBN-13 : 978-2865531899. pp 195-196


(34) En novembre 2003, l’Eurobaromètre de la Commission européenne publiait un sondage réalisé auprès de 7 515 habitants des 15 Etats de l’UE (19). Israël représentait pour 59% des Européens interrogés, la plus grande « menace pour la paix dans le monde » ! Selon ce sondage effectué entre le 8 et le 16 octobre 2003, l'Etat juif devançait l'Iran (53%), la Corée du Nord, les Etats-Unis (53%), l’Irak. La Syrie (37%), l’Arabie saoudite et la Libye (36%) arrivaient aux 8e et 9e rangs.
Le Congrès juif européen (CJE) estimait qu'il eut fallu ''parler du conflit israélo-palestinien ou de celui au Proche-Orient. Tout institut de sondage le sait ''la réponse est dans la question''. Comment l'UE peut-elle expliquer son incapacité, depuis deux ans, à produire un rapport sur l'antisémitisme en Europe, alors qu'elle a produit une enquête incendiaire sur la guerre en Irak six mois seulement après les évènements ?'' Source : Guysen International News, 3 novembre 2003.
Antisémitisme international, Ed. Robert S. Wistrich, n° 3-4, Université Hébraïque de Jérusalem, 2006.
Emmanuel Brenner :
France, prends garde de perdre ton âme. Mille et une nuits, Paris 2004. 128 pages. ISBN-13: 978-2842058296
Les territoires perdus de la République. Mille et une nuits, Paris 2002. ISBN : 9782842056957







Caroline Fourest et Fiammetta Venner, Islamophobie ?, ProChoix, n°26-27, automne-hiver 2003, http://www.prochoix.org/frameset/26/islamophobie26.html
Daniel Pipes, Islamophobie, The New York Sun, 25 octobre 2005, adaptation française de Alain Jean-Mairet; http://fr.danielpipes.org/article/3080

''Comme l'ont souligné de nombreux musulmans, il n'y a rien d'islamique dans le souhait de terroriser, de comploter pour tuer et causer de la douleur. Ces actions sont anti-islamiques'', a déclaré Jacqui Smith, ministre britannique de l'Intérieur, le 17 janvier 2008. Elle exprimait la volonté du gouvernement de ne plus parler de terrorisme islamique et de qualifier les terroristes de criminels sans motivation religieuse. Elle estimait : ''Internet n'est pas une zone de non-droit pour le gouvernement. Il nous faut prendre des mesures contre ceux qui forment ces gens vulnérables pour les besoins de l'extrémisme violent''. Elle a déclaré au Sunday Times qu'elle aurait peur de se promener la nuit à Londres. Le Times avait raillé cette confidence : ’’Les ministres de l’Intérieur sont censés instiller la peur dans le cœur des criminels et non pas se cacher derrières les rideaux’’. (Guysen International News, 30 janvier 2008).

Le 25 décembre 2007, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté par 108 voix pour, 51 contre et 25 abstentions, une résolution, présentée par le Pakistan au nom de l'OCI (Organisation de la conférence islamique), sur la lutte contre ''la diffamation des religions''. Parmi les Etats ayant voté contre figurent les Etats-Unis, des pays européens et asiatiques. Cette résolution ne cite qu’une seule religion - l’islam -, dénonce ’’l’image négative de l’islam dans les médias’’ et ’’exprime son inquiétude face à l’association fréquente et à tort de l’islam avec les violations de droits de l’homme et le terrorisme’’. (Source : Guysen International News)

(44) Selon l’ACLJ, 56 418 personnes ont signé la pétition s’opposant à l’OIC, https://www.aclj.org/petition/Default.aspx?AC=DNE0807017&SC=3359
L’European Center for Law & Justice : http://www.eclj.org/index.html

(45) La cour d'appel confirme la relaxe de Philippe Val sur les caricatures de Mahomet, 13 juin 2008, http://tempsreel.nouvelobs.com/speciales/medias__pouvoirs/20080312.OBS4596/la_cour_dappel_confirme_la_relaxe_de_val_sur_les_carica.html
Site de l’intellectuelle néerlandaise Ayaan Hirsi Ali menacée de mort depuis l'assassinat en 2004 par un islamiste radical de son compatriote le réalisateur Théo Van Gogh : http://ayaanhirsiali.web-log.nl/ayaanhirsiali/franais/index.html
Le philosophe français Robert Redeker avait reçu des menaces de mort à la suite de la publication par Le Figaro du 19 septembre 2006 d’une de ses tribunes très critique à l’égard de l’islam : Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? Il y qualifiait le Coran de “livre d’inouïe violence” et le prophète Mahomet de “chef de guerre impitoyable, pillard, massacreur de juifs et polygame”. Il avait été contraint, ainsi que sa famille, à vivre caché, sous protection policière. Le 19 juin 2008, le tribunal correctionnel d’Orléans a condamné à six mois de prison avec sursis et 750 euros d’amende le Français d’origine marocaine auteur de ces menaces : « “Tu osé insulté notre prophètes bien aimé (...) mais sache que tous les musulmans (...) sont tes ennemis pas juste les extrémistes (...) alors maintenant coure toi ta femme et t enfants mais un jour crois moi tu va mourir » (sic). Le parquet avait requis huit mois avec sursis.
Véronique Chemla et Guy Senbel, Notre liberté chérie




A noter que le portrait du soldat franco-israélien Guilad Shalit n'a pas été affiché sur la façade de l'Hôtel de Ville de Paris, à la différence de celui de la franco-colombienne Ingrid Betancourt.




Parmi ses membres, figurent l’espagnol Federico Mayor, l’iranien Hojjatoleslam Seyyed Mohammad Khatami, le sud-africain Desmond Tutu et le français Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères.


(55) Frédéric Encel, Géopolitique de Jérusalem. Préface d’Yves Lacoste. Flammarion, coll. Champs essai, 2008. 300 pages. ISBN : 2081213036
Les Juifs et Jérusalem – quel rapport ? 20 juin 2006, adaptation française d’Alain Jean-Mairet, http://fr.danielpipes.org/article/3698


Ya'akov Meron, Why Jews Fled the Arab Countries, Middle East Quarterly, septembre 1995, http://www.meforum.org/article/263
Moïse Rahmani, L'exode oublié. Juifs des pays arabes. Ed. Luc Pire, coll. Voix de l'histoire, 2006. 221 pages. ISBN : 978-2874156366.
Bat Ye’or, « Le facteur dhimmi dans l’exode des Juifs des pays arabes » (pp. 33-60), dans Shmuel Trigano (sous la direction), L’exclusion des Juifs des pays arabes : Aux sources du conflit israélo-arabe, In Press, 2003. 399 pages. ISBN 2-84835-011-3.

Jacques Heers, Les négriers en terres d’islam VIIe-XVIe siècles. Ed. Perrin, coll. Tempus, 2007.318 pages. ISBN : 978-2-262-02764-3
Tidiane N’Diyae, Le génocide voilé : enquête historique. Gallimard, coll. Continents noirs, 2008. 253 pages. ISBN : 978-2070119585

(59) Alliance des Civilisations. Rapport du Groupe de haut niveau. 13 Novembre 2006, Nations Unies, p. 13.
Sylvain Gouguenheim, Aristote au Mont Saint-Michel : les racines grecques de l’Europe chrétienne. Editions du Seuil, L’Univers historique, 2008. 277 pages. ISBN : 978-2020965415





(64) Déclarations d'ouverture du Sommet fondateur pour l'Union de la Méditerranée à Paris par M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, et par M. Mohamed Hosni Moubarak, Président de la République arabe d’Egypte, 13 juillet 2008, http://www.elysee.fr/webtv/index.php?intVideoId=648


(66) Yvan Rioufol, La fracture identitaire. 2007, Fayard. 200 pages. ISBN : 978 2213635576
Alexandre del Valle, Le totalitarisme à l’assaut des démocraties. Préface de Rachid Kaci. Ed. Les Syrtes, 2002. 464 pages. ISBN : 9782845450585

Cet article a été publié par Guysen, puis republié le 19 janvier 2010 à l'approche du procès de Geert Wilders le 20 janvier 2010