jeudi 30 avril 2015

Janusz Korczak (1878-1942)



Médecin, journaliste, écrivain - Les enfants de la rue (1901), Les enfants de salon (1905), Comment aimer un enfant (1919), Le roi Mathias 1er (1922), Le droit de l’enfant au respect (1928), Journal du ghetto de Varsovie -, dramaturge – Le Sénat des fous -, animateur d’émissions radiophoniques pour le jeune public, le Dr Janusz Korczak (1878-1942) était un pédagogue Juif polonais exceptionnel et novateur. Directeur d’orphelinats d’avant-garde, ayant vécu dans un kibboutz (1934), il a réussi l'éducation et la réinsertion de nombreux enfants des rues. La Pologne a déclaré l’année 2012 « Année Janusz Korczak » pour commémorer le 100e anniversaire de sa Maison des orphelins et le 70e anniversaire de sa mort. Interview de Bernard Lathuillère, secrétaire général de l’association française Janusz Korczak (AFJK), en 2002. A Bordeaux, la librairie Jeunesse Comptines présente une exposition (1er-30 avril 2015) sur Janusz Korczak.



Qui était le Dr Janusz Korczak, né Henryk Goldszmit dans une famille polonaise Juive bourgeoise, à Varsovie (Pologne) ?

Bernard Lathuillère : C’était un écrivain et un grand pédagogue Juif polonais.

Il n’a pas apprécié l’enseignement autoritariste, militarisé prodigué alors et a réussi la réinsertion de nombreux « enfants des rues » par une nouvelle éducation.

Il a fondé deux orphelinats, des « républiques d'enfants ».


En 1942, bien qu'il eut la possibilité de s'échapper, il a choisi d'accompagner 200 de ces enfants au camp de la mort de Treblinka.

Quelle est l’originalité de sa pédagogie ?

Bernard Lathuillère : Favorable à l’intégration, le Dr Korczak voulait sortir « les enfants des rues » de leurs ghettos Juif et culturel.

Son œuvre se place dans le courant de « l’Education nouvelle » qui reconnaissait l’enfant comme sujet et et illustré notamment par Céleste Freinet.

Sa pédagogie est fondée sur la cogestion et la participation des enfants à l’élaboration des normes de droit (« Parlement des enfants ») et à la sanction de ceux qui les enfreignaient (« Tribunal des enfants »).


Ces enfants prenaient conscience de leurs difficultés et progressaient par rapport aux règles discutées par la « communauté éducative ».

Ils étaient amenés à être en phase avec le milieu extérieur : scolarisés hors de l’orphelinat, ils voyaient leurs familles, associées à leur éducation.

Le dispositif pédagogique du Dr Korczak suppose de travailler en équipes, de remettre en question certaines habitudes, de faire appel aux capacités d’invention de chacun, etc.

Il peut répondre aux problèmes actuels : violence, intolérance et clivages entre groupes.

Le respect par les enfants des règles de la vie en société et l'apprentissage de la responsabilité de leurs actes sont des éléments indispensables à la préparation de la vie citoyenne.

Quelle était l’attitude de ces enfants à l’égard des règles de droit du monde extérieur et qu’ils n’avaient pas élaborées ?


B.L. : Ils ne les ignoraient pas.

Dans « Le roi Mathias Premier », le Dr Korczak retrace le fonctionnement de la démocratie.

Il souhaitait que les enfants soient vigilants, comprennent le monde où ils vivent et gardent leur esprit critique pour éviter de commettre les mêmes erreurs que celles commises par les adultes.

A 14 ans, à la sortie de l’orphelinat, certains de ces « enfants des rues » ont perdu leurs illusions lors de leur rencontre brutale avec le monde du travail. Apprentis, ils étaient de quasi-esclaves. Leurs richesses intérieures, culturelles, n’étaient pas utilisées. Mais tous étaient reconnaissants à leur éducateur de leur avoir permis de vivre une enfance et une adolescence heureuses, ce qui a constitué un socle pour leur vie entière.


Il faut souligner que cette pédagogie est pragmatique : il n’y a pas de formule toute prête. Janusz Korczak l’indiquait déjà. Son dispositif pédagogique innovant suppose de travailler en équipe, de remettre en question certaines habitudes, fait appel aux capacités d’invention de chacun, etc.

Il faut donner aux enfants l’envie de s’impliquer dans la société, l’accompagner dans sa découverte de l’extérieur et la possibilité de construire le monde où ils vont vivre



6, quai d’Orléans, 75004 Paris
Tél. : + 33 (0)1 44 24 90 00, l'après-midi uniquement (15 h-19 h)

Janusz Korczak est l’auteur notamment de « Comment aimer un enfant » (Laffont), « Le roi Mathias Premier » (Gallimard) et « La Gloire » (Flammarion).

L’AFJK a organisé la représentation théâtrale des Enfants du roi Mathias le mercredi 6 juin 2012, à 14 h 30, à l’école primaire publique du 14, rue d’Alésia, 75014 Paris.

L’exposition itinérante sur Janusz Korczak s'adresse à tous les publics, adultes et enfants, parents et enseignants.
« L’Adieu aux enfants », de Claude Couderc.
L’AFJK propose aussi aux enseignants une vidéo de ce film et des dossiers pédagogiques.

Le 26 janvier 2015, à 19 h 30, le Farband Union des sociétés Juives de France présente une table-ronde sur le Dr Janus Korczak, avec Jean-Claude Lonka, auteur et petit fils d’un ami de Janusz Korczak, Henri Cohen, président de la loge du B’nai Brith « Janusz Korczak », et Jean-Claude Ast (éditions Fabert), éditeur de Janusz Korczak.

A Bordeaux, la librairie Jeunesse Comptines présente une exposition (1er-30 avril 2015) sur Janusz Korczak.

Articles sur ce blog concernant :

Cet article avait été publié en 2002 par Actualité juive hebdo. Il a été publié sur ce blog les 6 juin 2012, 26 janvier 2015.

mardi 28 avril 2015

La valise mexicaine. Capa, Taro, Chim


 Perdus pendant plus de 40 ans, les négatifs en noir et blanc des photographes Robert Capa, Gerda Taro et David Seymour dit Chim  et Fred Stein  sur la guerre d’Espagne (1936-1939) vue du côté républicain ont été retrouvés en 2007 dans trois mallettes. Des témoignages artistiques, historiques, journalistiques et humains présentés par le musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ), puis le Museo San Ildefonso (Mexico City) dans l'exposition éponyme et des pérégrinations retracées dans le documentaire La Valise mexicaine (The Mexican suitcase, La Maleta mexicana), documentaire de Trisha Ziff (2011). Histoire diffusera Robert Capa, L'homme qui voulait croire en sa légende, documentaire de Patrick Jeudy les 28 et 30 avril, 3, 6, 10, 12, 22 mai 2015. Le  8 juin 2015 à 18, sera projeté au Centre Fleg "Madrid before Hanita", documentaire de Eran Tobiner sur l'engagement Juif dans la guerre d'Espagne. La projection sera présentée par Bernard Bessière, professeur d'université. "Ce documentaire s'ouvre sur une page d'histoire, celle des 300 juifs de Palestine, actuellement Israël, partis pour combattre le fascisme et rejoindre les Brigades internationales durant la guerre civile espagnole de 1936 à 1939. Les personnages principaux du documentaire sont les derniers témoins de ce combat".

Cette « valise mexicaine » - en fait, trois mallettes aménagées spécifiquement pour contenir des négatifs - évoque plusieurs histoires : celle de la Guerre d’Espagne (1936-1939), celle émouvante de jeunes Juifs européens, pionniers du photojournalisme, courageux, intrépides, talentueux et couvrant ce conflit côté républicain pour des magazines populaires de gauche, celle intéressante du fonctionnement de la presse française dans les années 1930, celle de la montée des périls liés au nazisme.

Celle de la professionnalisation croissante de la pratique du photojournalisme : dramaturgie et rythme des reportages narratifs, classement des négatifs, rédaction des légendes, etc.

Et celle des relations amicales et amoureuses (Capa/Taro) entre ces artistes légendaires.

La Valise mexicaine, perdue et retrouvée
Né le 22 octobre 1913 à Budapest dans une famille Juive, Endre Ernő Friedmann milite adolescent dans la mouvance de gauche. Il fuit à Berlin, puis rejoint Vienne et Paris fin 1934.

Là, il rencontre et aime Gerda Taro, étudiante juive allemande. Tous deux créent le personnage de photographe américain Robert Capa, pseudonyme adopté par Endre Ernő Friedmann pour vendre, à prix plus élevé, ses photographies.

Robert Capa couvre les conflits en Europe (guerre d'Espagne) et en Asie (guerre sino-japonaise) pour les magazines français et américains (Life).

En 1939, Robert Capa fuit en toute hâte la France pour les Etats-Unis. Sans prendre dans son studio parisien, 37, rue Froidevaux (XIVe arrondissement), des boîtes contenant des négatifs et des tirages de la Guerre d’Espagne.

Csiki Weisz, un ami photographe hongrois réfugié à Paris, les transporte à Bordeaux : « En 1939, alors que les Allemands approchaient de Paris, j’ai mis tous les négatifs de Bob dans un sac et j’ai rejoint Bordeaux à vélo pour essayer d’embarquer sur un bateau à destination du Mexique. J’ai rencontré un Chilien dans la rue et je lui ai demandé de déposer mes paquets de films à son consulat pour qu’ils y restent en sûreté. Il a accepté ».

Pendant quarante ans, malgré les recherches, nul ne parvient à retrouver la trace de ces images. Diverses rumeurs circulent sur ces négatifs disparus.

En 1979, Cornell Capa, frère cadet du photographe, alors directeur de l’International Center of Photography  (ICP), « publie un encart dans une revue internationale de photographie en vue de recueillir des informations nouvelles sur ce film introuvable ».

« Plusieurs ensembles ou cachettes des photographies perdues de Capa sont découverts, mais pas les négatifs cruciaux. Ceux-ci sont en possession de Benjamin Tarver, un cinéaste mexicain qui les a hérités de sa tante. La défunte les a elle-même reçus d’un parent, le général Francisco Javier Aguilar González, ex-ambassadeur du Mexique à Vichy de 1941 et 1942 ».

En 2007, Tarver transmet les images à Trisha Ziff, conservatrice de Mexico.

Le 19 décembre 2007, Trisha Ziff remet la Valise mexicaine à l’ICP.

En 2008, cette découverte de la « valise mexicaine » suscite une émotion, un enthousiasme et un intérêt importants dans le monde du photoreportage et de la recherche historique.

 « New York, janvier 2008. C’était comme un film – mes yeux parcouraient une image après l’autre tandis que je déroulais les négatifs des célèbres photographies de Capa, Chim et Taro : le camion en feu à Brunete, les soldats qui chargent à La Granjuela, une Basque en train de pêcher et une messe en plein air avant la bataille, les cadavres à Teruel, les exilés républicains dans les camps de concentration français. Même en négatif noir et blanc, les histoires de la guerre civile espagnole reprenaient vie dans ces longs rouleaux de pellicule, exactement comme les photographes les avaient découvertes. C’étaient les négatifs originaux qui étaient restés perdus durant près de soixante-dix ans, perdu dans la panique quand on avait fui Vichy, en France. Mais qu’allaient nous dire ces négatifs et que contenaient-ils au juste ? », se souvient Cynthia Young, commissaire de l’exposition The Mexican Suitcase: Rediscovered Spanish Civil War Negatives by Capa, Chim, and Taro, à l’ICP ( New York, 2010).

Après « plus de soixante-dix années de pérégrinations rocambolesques et de péripéties diverses, elle révélait son extraordinaire contenu : 4500 négatifs d’images de la guerre civile espagnole, prises entre 1936 et 1939 par Gerda Taro – compagne de Capa tragiquement disparue en 1937 pendant la bataille de Brunete –, David Seymour, dit Chim et Robert Capa ».

Ces trois mallettes contenaient aussi « des clichés du photographe et ami Fred Stein, représentant Taro, des images qui sont devenues, depuis la mort de celle-ci, intimement liées aux images de la guerre elle-même ».

Des documents en excellent état de conservation, et pour « une large part totalement inédits, déployant le panorama détaillé d’un conflit qui a changé le cours de l’histoire européenne ».

D’un « exceptionnel intérêt documentaire, ces films et clichés racontent aussi l’histoire de trois célèbres photographes juifs, totalement investis dans la cause républicaine, qui, au prix de risques considérables, ont jeté les bases de la photographie de guerre actuelle et donné ses lettres de noblesse au photoreportage engagé ».

« Portraits, scènes de combat, images rappelant les effets terribles de la guerre sur les civils : si certaines de ces œuvres nous sont déjà familières grâce à des tirages d’époque ou des reproductions, les négatifs de la valise mexicaine, présentés ici sous la forme de planches-contact agrandies, dévoilent pour la première fois l’ordre de la prise de vue, ainsi que certaines images totalement inédites ».

Mais la fameuse photographie du républicain mortellement touché ne figure pas parmi les négatifs de la « valise mexicaine ». Elle est analysée, avec les œuvres d'autres photographes dans Photo Les usages de la presse, d'Alain Nahum (27 min) diffusée par Arte le 8 décembre 2013, à 3 h 55  : "Cartier-Bresson, Brassaï, Capa, Koudelka, Lange, Weegee, Smith, Avedon sont parmi les figures les plus célèbres de la photographie du XXe siècle. L'oeuvre de ces photographes- auteurs s'est construite à partir des années 1930 et jusque dans les années 1950, par et pour la presse illustrée".
Capa, Taro, Chim : un nouveau regard
En 1936, Robert Capa, Gerda Taro et Chim couvrent le conflit civil espagnol. Ces correspondants de guere inventent alors la photographie de guerre moderne. La « Valise mexicaine » permet de découvrir la naissance d’une forme de « journalisme visuel aujourd’hui familier, mais qui à l’époque était entièrement inédit ».

Pour Gerda Taro, Robert Capa et Chim, le « photoreportage signifiait trois choses : d’abord, les images elles-mêmes devaient être absolument dramatiques et raconter une histoire humaine ; ensuite, les photographies – et le photographe – devaient faire partie de cette histoire ou de cette action ; enfin, le photographe devait être engagé, il devait prendre parti dans les enjeux politiques de cette histoire, il devait choisir son camp. Sans ces qualités, les photographies n’avaient ni but ni sens ».

Ces « photographes ont de toute évidence créé d’extraordinaires images isolées, dont certaines figurent parmi les négatifs retrouvés, et qui sont devenues des symboles iconiques de la guerre civile espagnole ».

Leur but ? « A travers une série ou une séquence d’images, ils voulaient construire un récit émotionnel des événements, qui ressemble beaucoup à un scénario de film ou à des actualités filmées. Cette démarche nécessitait des images non seulement des temps forts, mais aussi des moments paisibles, des accalmies, des moments liés à la mort et au silence. Ces séquences de petits événements devinrent alors le fondement des récits photographiques, choisis et mis en page par d’astucieux directeurs artistiques dans les nouveaux hebdomadaires photo populaires en France et dans le monde. Ce nouveau médium ne fut pas l’invention d’un seul photographe, ni même seulement des photographes, mais la réaction à une demande complexe de publics, de magazines et de directeurs artistiques qui tentaient de décrire des histoires contemporaines sur un monde nouveau et différent ».

Les quatre mille cinq cents négatifs de la Valise mexicaine renferment « des dizaines de tels récits photographiques et des centaines de drames humains, immenses ou modestes ».

« Pris pendant toute la guerre d’Espagne, de 1936 à 1939, ces négatifs montrent des soldats républicains espagnols et des civils espagnols dans la vie quotidienne, dans la bataille ou dans des situations domestiques. Ces images sont fortes, car elles présentent des individus touchés par la guerre, par les manœuvres de la politique internationale qu’ils comprennent à peine, et vaquant à leurs activités de tous les jours – ils préparent un repas, ils lisent le journal, ils protègent leur famille. Ces images naturalistes incluent quelques unes des personnalités marquantes de la guerre civile espagnole ainsi que des portraits d’artistes ou d’écrivains tels qu’Ernest Hemingway, Federico García Lorca et André Malraux. Mais surtout, l’une après l’autre, elles proposent des portraits d’Espagnols anonymes, des portraits d’un héroïsme et d’une dignité exceptionnels. […] », écrit Brian Wallis, commissaire en chef des expositions à l’ICP, dans « La Valise mexicaine, perdue et retrouvée », in La Valise mexicaine. Capa, Chim, Taro. Les négatifs retrouvés de la guerre civile espagnole, Arles, Actes Sud, 2011).

« Ces photographes envoyaient leurs photographies aux journaux qui les publiaient. Ils n’écrivaient pas les textes des articles, et découvraient parfois des erreurs dans ces textes », m’a confié Cynthia Young, commissaire de l’exposition.

Ces photographes sont parmi les plus emblématiques de ce conflit. En 1937, Henri Cartier-Bresson réalise Victoire de la vie, documentaire sur les hôpitaux de l’Espagne républicaine attaquée par les troupes de Franco. Il « tisse des liens définitifs avec Capa ». Il réalisera aussi La brigade Abraham Lincoln en Espagne (1937), court métrage récemment retrouvé à New York par le chercheur Juan Salas, et L’Espagne vivra (1938), film commandé par le Secours Populaire Français et des Colonies et dont « le commentaire, à la rhétorique politique et militante, est signé Georges Sadoul ».

Joris Ivens réalise Terre d’Espagne (1937, 52 min) dont le commentaire est lu par Ernest Hemingway. Lors de cette guerre civile, il rencontre Capa en Espagne, puis en Chine lors de l’invasion japonaise.
Une nouvelle scénographie
Après l’ICP à New York (2010), les Rencontres internationales de Photographie à Arles (2011), Barcelone, Bilbao et Madrid, la « légendaire valise mexicaine de Robert Capa » renfermant des négatifs de la guerre d’Espagne est montrée pour la première fois à Paris, au MAHJ, en 2013 - année du centenaire de la naissance de Robert Capa -, dans la nouvelle scénographie de Patrick Bouchain.

A l’entrée, le visiteur découvre sur une table les boites vertes de la valise et des carnets de contacts créés par Capa, Taro et Chim pendant la guerre civile espagnole. Ces carnets révèlent la variété large des sujets couverts par ces trois photographes. « Ils étaient employés notamment dans un but promotionnel à destination des directeurs artistiques. Ils constituèrent également un instrument de travail précieux en contribuant à confirmer l’identification des films de la Valise et à rétablir la séquence originale des films mélangés. Huit de ces carnets sont conservés aux Archives nationales de Paris ; un autre se trouve dans les archives de l’ICP ».

Le visiteur suit le parcours d’« un accrochage mural - documents d’actualité et planches contact installés sur les murs - et des dispositifs posés au sol - des chevalets porteurs de tirages photographique » -, comme les photographes se rendaient d’une région à l’autre. Le parcours est « fléché » par des banderoles suspendues et informatives (titres, textes).

A « mi-chemin du parcours seront évoquées les années parisiennes de Capa à travers quelques objets – machine à écrire, boite de négatifs, etc. - retrouvés au début des années 1980 dans un grenier du 37 rue Froidevaux – adresse à laquelle Capa séjourna pendant cinq ans –, ainsi que des photos de Fred Stein représentant Robert Capa et Gerda Taro à Paris ».

L’exposition est « rythmée par 32 sections offrant un véritable panorama de la guerre civile espagnole :
1. Meeting pour la réforme agraire, près de Badajo (avril-mai 1936)
2. Portraits, Madrid (avril-juin 1936)
3. Siège de l’Alcázar, Tolède (septembre 1936)
4. Bataillon Thälmann, Madrid (sept.-octobre 1936)
5. Défense du patrimoine, Madrid (octobre 1936)
6. Parade, Barcelone (7 novembre 1936)
7. Parade, Bilbao (février 1937)
8. Catholiques basques (janvier-février 1937)
9. Le port de Bilbao (janvier 1937)
10. Pays basque espagnol (janvier-février 1937)
11. Oviedo et Gérone, Asturies (janvier-février 1937)
12. Tranchées, Madrid (février 1937)
13. Ruines, Madrid (février 1937)
14. La vie à Valence et Madrid (mars et juin 1937)
15. Front de Jarama (mars 1937)
16. La nouvelle armée du peuple, Valence (mars 1937)
17. Gerda Taro (1935)
18. Procession funéraire, Valence (12 juin 1937)
19. Morgue, Valence (mai 1937)
20. Le front de Ségovi (mai-juin 1937)
21. Attaque, La Granjuel (juin 1937)
22. Moissons, front de Cordou (juin-juillet 1937)
23. Congrès d’écrivains, Valence (juillet 1937)
24. Bataille de Brunet (juillet 1937)
25. Bataille de Terue (décembre 1937 – janvier 1938)
26. Bataille du Sègre (novembre 1938)
27. Front catalan (décembre 1938 – janvier 1939)
28. Mobilisation, Barcelone (13 janvier 1939)
29. Réfugiés, Barcelone (octobre-novembre 1936)
30. Navire d’assistance, Barcelone (octobre-novembre 1938)
31. Avion allemand abattu, Barcelone (janvier 1939)
32. Camps d’internement, France (mars 1939) »

L’exposition La Valise Mexicaine. Capa, Taro, Chim. Les négatifs retrouvés de la guerre civile espagnole a reçu le « prix de l’exposition » lors de la cérémonie des prix Historia 2013, le 30 septembre au Petit Palais (Paris). Cette exposition a reçu 44 513 visiteurs, ce qui constitue la quatrième meilleure fréquentation d’exposition au MAHJ, après Chagall et la Bible, Rembrandt ou la nouvelle Jérusalem et La Splendeur des Camondo. "L’annonce officielle en 2008 de la redécouverte de cette valise – constituée en réalité de trois petites boîtes –, dont la trace avait été perdue depuis 1939, a provoqué un engouement considérable dans l’univers du photoreportage et de la recherche historique. Après plus de soixante-dix années de pérégrinations rocambolesques, elle révélait son extraordinaire contenu : 4500 négatifs d’images de la guerre civile espagnole, prises entre 1936 et 1939 par Gerda Taro – compagne de Capa tragiquement disparue en 1937 pendant la bataille de Brunete –, David Seymour, dit Chim et Robert Capa. On y trouve également des clichés du photographe et ami Fred Stein, représentant Taro.  Une manne de documents pour une large part totalement inédits, déployant le panorama détaillé d’un conflit qui a changé le cours de l’histoire européenne. D’un exceptionnel intérêt documentaire, ces films et clichés racontent aussi l’histoire de trois célèbres photographes juifs, totalement investis dans la cause républicaine, qui, au prix de risques considérables, ont jeté les bases de la photographie de guerre actuelle et donné ses lettres de noblesse au photoreportage engagé".


BIOGRAPHIES DES PHOTOGRAPHES

Robert Capa (Budapest, 22 octobre 1913 – Thai Binh, Indochine, 1954)
Né Andre Friedmann, Robert Capa est l’un des plus célèbres photojournalistes du XXe siècle. Né dans une famille Juive hongroise de tailleurs, il quitte la Hongrie à l’âgé de 17 ans en raison de ses activités politiques gauchistes. A Berlin, il est élève à la Hochschule für Politik et étudie le journalisme. Maitrisant mal la langue allemande, pauvre, il survit comme photographe. En 1933, il se fixe à Paris. Là, il se lie avec Chim, Stein et Taro. Il devient célèbre grâce à ses photographies de la guerre d’Espagne, « caractérisées par une proximité viscérale avec l’action, rarement vue auparavant ». Au « fil des pellicules retrouvées dans la valise mexicaine, on peut observer Capa se déplacer avec ses sujets, courir après l’action, essayer de comprendre et de ressentir les événements de la même manière que ses sujets. En 1947 Robert Capa fonde l’agence Magnum Photos avec Henri Cartier-Bresson, Georges Rodger et Chim (David Seymour) ». Cette agence est une coopérative de photographes fondée à Paris et à New York. Capa « devint après la Seconde Guerre mondiale, un authentique patron de presse, recrutant une fantastique génération de reporters ; orientant et animant grâce à ses réseaux transatlantiques une production photographique d’une qualité rare et d’une totale indépendance, sur tous les continents et dans tous les domaines : de la mode au cinéma, en passant par la photo documentaire et la correspondance de guerre ».

Il a inspiré des romanciers - Romain Gary (Les racines du ciel) à Patrick Modiano (Chien de printemps) via Susana Fortes -, des réalisateurs : héros de Fenêtre sur Cour d’Hitchcok joué par James Stewart ou de Un envoyé très spécial, interprété par Clark Gable.

Gerda Taro (Stuttgart, 1910 – Brunete, Espagne, 1937)
Elle est « l’une des premières femmes photojournalistes reconnues ». « Née Gerta Pohorylle, élevée à Leipzig dans une famille juive de classe moyenne », elle s’exile à Paris en 1933, où elle rencontre « André » Friedmann et se lance dans la photographie. Au printemps 1936, ils se réinventent pour devenir Robert Capa et Gerda Taro ». En août 1936, ils se rendent en Espagne comme photographes indépendants afin de « documenter la cause républicaine pour la presse française.


Pionnière du photojournalisme », Gerda Taro s’intéresse quasi-uniquement à la « photographie dramatique des lignes de front de la guerre d’Espagne. Son style se rapproche de celui de Capa, mais diffère par son intérêt pour les compositions formelles et le degré d’intensité avec lequel elle photographie des sujets morbides. Taro travaille aux côtés de Capa, avec lequel elle collabore de près. Lors d’un reportage sur la bataille de Brunete, conflit décisif de la guerre d’Espagne, elle est mortellement blessée par un char. Taro fut la première femme photographe tuée lors d’un reportage de guerre ».

Chim  (Varsovie, 1911 – Suez, 1956)
Dawid Szymin est né dans une famille d’intellectuels et d’éditeurs de livres en hébreu et en yiddish. En 1933, « après avoir étudié les arts graphiques à Leipzig, il s’oriente vers la photographie pour gagner sa vie en poursuivant ses études à la Sorbonne. Bientôt reconnu pour ses photographies fortes des événements politiques liés au Front populaire, il collabore régulièrement avec le magazine communiste français Regards ».
Comme Capa, Chim couvre toute la guerre d’Espagne. Mais à la différence de Capa et Taro, qui visaient à réaliser des prises de vue sur la ligne de front, Chim s’intéresse « aux individus en dehors du conflit, qu’il s’agisse de portraits officiels de personnages importants, d’images de soldats sur le front intérieur ou de paysans au travail dans des petites villes. À l’écoute de la politique complexe de la guerre, ses images sont chargées de sens et de nuances ». Il cofonde l’agence Magnum Photos en 1947.

Fred Stein  (3 juillet 1909 – New York, 27 septembre 1967).
Il nait à Dresde dans une famille juive allemande, et étudie le droit. « Interdit d’exercice parce que juif, il fuit l’Allemagne pour Paris en 1933, sous le prétexte d’une lune de miel avec sa femme. Là, Fred Stein travaille comme photographe, s’intéressant aux scènes de rue et réalisant des portraits d’intellectuels et d’amis tels Hannah Arendt, Willy Brandt, Arthur Koestler ou André Malraux (il poursuivit toujours son activité de portraitiste) ». Il présente Taro, locataire d’une chambre dans son appartement, à Capa. Stein réalise des portraits d’elle à plusieurs reprises en 1935 et 1936. Il fuit la France via Marseille et se fixe à New York.

FOCUS SUR…

L’engagement des brigadistes et des intellectuels juifs dans la guerre d’Espagne
« Pendant la guerre d'Espagne (1936-1939), 35 000 volontaires ont pris les armes aux côté de la République espagnole. Parmi eux, plus de 7 000 étaient juifs comme l'ont montré David Diamant et Arno Lustiger dans leurs ouvrages sur l'engagement juif dans ce conflit : une proportion énorme, majoritairement communiste mais aussi socialiste ou sioniste de gauche. Ils venaient de toute l'Europe mais aussi des États-Unis et de Palestine » mandataire, et fuyaient parfois les régimes autoritaires de leurs pays pour soutenir la République espagnole.

« Le fascisme, l'hitlérisme et l'antisémitisme sévissent en Europe. Pour ces militants, qui souvent ont déjà du fuir leurs pays, le choix de rejoindre les Brigades internationales est clair. La bataille contre le fascisme passe par Madrid, il faut y être. Ce choix témoigne d'une forme d'engagement les armes à la main et d'un désintéressement inconnu aujourd'hui. Ils étaient présents dans tous les contingents nationaux, dans leur propre unité, la Botwin, dans les services sanitaires dirigés par Edward Barsky, certains étaient parmi les plus grands chefs militaires comme les généraux Lukacs (Mate Zalka) ou Kleber (Manfred Stern), les commandants Boris Guimpel ou Milton Wolf. On trouvait aussi des combattants juifs dans les milices anarchistes (Carl Enstein) ou dans celles du POUM. Sans combattre sur place, beaucoup d'autres, artistes et intellectuels se sont engagés pour cette cause au premier rang desquels Albert Enstein ou Marc Chagall qui écrivit en 1937 dans une lettre aux combattants juifs d'Espagne : « Vos noms brilleront dans notre histoire. » Ils étaient aussi journalistes comme Egon Erwin Kisch, photographes comme Robert Capa, David Seymour, Chim ou Gerda Taro, écrivains comme Alfred Kantorowicz ou Arthur Koestler. Cette répétition générale de la Seconde Guerre mondiale où de nombreux combattants juifs d'Espagne continueront leur combat dans la résistance sera marqué aussi par la répression stalinienne en Espagne d'abord mais aussi ensuite dans les pays de l'Europe de l'Est ou de nombreux combattants juifs d'Espagne subiront d'absurdes procès marqués par l'antisémitisme » (Michel Lefebvre, coauteur de l’ouvrage Les Brigades internationales : Images retrouvées, Seuil, 2003.

Capa et les camps d’internement du Sud de la France
« Fin janvier 1939, un flot ininterrompu de loyalistes et de membres des Brigades internationales se déverse en France par peur de l’emprisonnement ou de l’exécution par l’armée franquiste. Au total, ce sont 500 000 Espagnols qui quitteront leur pays, dont une grande part s’installera finalement au Mexique. Le gouvernement français place les exilés dans des camps d’internement » administratif.
En photographiant ces camps (d’Argelès à Bram en passant par Barcarès), Capa clôt le 19 mars 1939 ses reportages sur la guerre d’Espagne ». Ses photographies ont été récemment trouvées.
« À Argelès, Capa s’intéresse à ceux qui, dans des tentes de fortune, essaient de faire du feu pour cuire leur maigre pitance. Au Barcarès, auquel il consacre la majeure partie de sa pellicule, il photographie tour à tour les réfugiés travaillant à élever une nouvelle ville sur le sable, les tirailleurs sénégalais, montés sur des chevaux, dépêchés par l’armée française pour diriger les camps d’une main de fer, et les prisonniers épuisés. À Bram, où sont regroupés un grand nombre d’artistes et d’intellectuels, il est accueilli par un concert d’anciens membres de l’orchestre symphonique de Barcelone. À Montolieu, il pénètre pour la première fois dans un des baraquements du camp : un vieil homme recouvert d’une couverture est couché sur une paillasse. Pour cette série, Capa recourt à une technique originale, prenant de nombreuses vues consécutives d’une même scène, ce qui donne une impression de film arrêté. Sur une de ces scènes, on voit des centaines de prisonniers descendre d’un convoi de camions devant les baraquements de Barcarès et marcher lentement vers la mer, encadrés par la police française. Ces images témoignent du triste dénouement d’une lutte héroïque ».
Arte a diffusé Photo, Les usages de la presse d'Alain Nahum (27 min)  : "Cartier-Bresson, Brassaï, Capa, Koudelka, Lange, Weegee, Smith, Avedon sont parmi les figures les plus célèbres de la photographie du XXe siècle. L'œuvre de ces photographes- auteurs s'est construite à partir des années 1930 et jusque dans les années 1950, par et pour la presse illustrée".
La chaine Histoire diffusera Robert Capa, L'homme qui voulait croire en sa légende, par Patrick Jeudy. "Symbole d'une génération de journalistes et de photographes, il incarne l'esprit d'aventure. Capa a traversé tous les grands événements du siècle : histoires de guerres, migration des peuples, phénomènes de mode, vie artistique, évolutions sociologiques. Une vie romanesque, un photographe mythique et une mort tragique en Indochine (le 25 mai 1954). Et pourtant, aucun film ne raconte l'homme qui s'appelait Endre Friedman, né en 1913 en Hongrie, et qui - avec le concours de sa compagne Gerda Taro (photographe comme lui) - s'est re-inventé Robert Capa, «American photographer in Paris» ! Quel est l'événement qui fait date dans la vie de Capa ? Celui que mentionnent amateurs et critiques : l'image du républicain espagnol qui tombe mortellement blessé sous les yeux de Robert Capa. Le film part de cette photo pour revisiter sa vie toute entière. La question de l'authenticité de la photo du républicain espagnol au cours de cette guerre civile sera le n?ud de toute l'histoire. Capa construit sa légende à travers..."

 L'International Center of Photography (ICT) a présenté Capa in Color. L'exposition Paris Magnum (12 avril 2014-25 avril 2015) a montré des tirages de Robert Capa.


Photo, Les usages de la presse d'Alain Nahum (27 min)


Sur Arte le 8 décembre 2013 à 3 h 55
La Valise mexicaine (The Mexican suitcase, La Maleta mexicana) de Trisha Ziff (2011)
Diffusé par Histoire les 1er, 3 et 17 octobre 2013, 5 et 8 mai 2014

Robert Capa, L'homme qui voulait croire en sa légende, documentaire de Patrick Jeudy
Produit par Point du jour, France 5, ARTV, AVRO et SBS AUSTRALIA. 55 minutes

  Diffusions : 05/05/2014 à 21 h 35, 08/05/2014 à 17 h 5023/05/2014 à 1 h 20 et 28/05/2014 à 1 h 20, sur Histoire les 23 et 28 ami 2014

Jusqu'au 2 mars 2014
El pasado revelado. La maleta mexicana. El redescubrimiento de los negativos de la Guerra Civil Española de Capa, Chim y Taro
Au Museo San Ildefonso (Mexico City) 
Justo Sierra 16, Centro Histórico de la Ciudad de México. 06020 México, D.F.
Tel. (+52-55) 5702 2991
Mardi de 10 h à 20 h. Du mercredi au dimanche de 10 h à 18 h

Jusqu'au 30 juin 2013
Au MAHJ

Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple, 75003 Paris
Tél. : 01 53 01 86 53
Du lundi au vendredi de 11 h à 18 h, le dimanche de 10 h à 18 h. Nocturne le mercredi jusqu'à 21 h
Visuels :
Fred Stein, Gerda Taro et Robert Capa sur la terrasse du café Le Dôme à Montparnasse - Paris, début 1936
© Estate of Fred Stein - International Center of Photography

Boîte rouge de la valise
© International Center of Photography

Robert Capa
© 2001 by Cornell Capa/Magnum Photos

Chim (David Seymour), Femme avec un bébé écoutant un discours politique près de Badajoz, mai 1936 © Estate of David Seymour / Magnum Photos

Robert Capa, Le général Enrique Líster et André Malraux (à droite), front catalan, fin décembre 1938 – début janvier 1939. © International Center of Photography / Magnum Photos – Coll. International Center of Photography

Couverture de Regards, 6 août 1936
© International Center of Photography

Robert Capa, Le général Enrique Líster et Ernest Hemingway (à droite)
Móra d’Èbre, front d’Aragon, 5 novembre 1938. © International Center of Photography / Magnum Photos – Coll. International Center of Photography

Gerda Taro, Spectateurs de la procession funéraire du Général Lukacs
Valence, 16 juin 1937 © International Center of Photography

Chim, Jeune garçon portant un calot du syndicat des ouvriers du cuivre durant un discours politique. Madrid, octobre 1936 © ©Estate of David Seymour / Magnum Photos - International Center of Photography

Robert Capa, Exilés républicains emmenés vers un camp d’internement Le Barcarès, 1939 © International Center of Photography / Magnum Photos

A lire sur ce blog :

Cet article a été publié les 30 juin, 23 octobre et 7 décembre 2013, 30 janvier, 2 mars, 1er et 22 mai 2014,
- 28 avril 2015. Le 28 avril 2015, Histoire a diffusé trois documentaire, dont La valise mexicaine, sur les photographes de guerre.
Il a été modifié le 30 janvier 2014. Les citations proviennent du dossier de presse.

lundi 27 avril 2015

« Paris et ses cafés » de Delphine Christophe et Georgina Letourmy


L’Action artistique de la Ville de Paris a publié le livre-catalogue d’une exposition itinérante consacrée à ces « temples du délassement et de la sociabilité » (Béatrice de Andia). Nés à la fin du XVIIe siècle à la foire de Saint-Germain-des-Prés, les cafés ont été des lieux d’inspiration, de travail et d’exposition de nombreux artistes, dont ceux de l’Ecole de Paris, et des symboles de modes de vie. 


« Cafés, cafés-littéraires, tavernes, bistrots, troquets, bars, caf’ conc’, bals musettes, cabarets, drugstores, cafés-théâtres, cafés-librairies… ». La langue française est riche pour désigner ces lieux aux réalités différentes, mais qui tous ont concouru à « la renommée de la capitale » et ont « précédé ou suivi les modes : de la foire Saint-Germain-des-Prés, en passant par le Palais-Royal, les boulevards, Montmartre, Montparnasse ou les Champs-Elysées ».

Ces cafés ont accompagné la vie culturelle – littéraire, picturale, etc. – de la capitale, révélant ses centres d’attraction, de débats politiques et de création artistique, en particulier pour les artistes juifs attirés par la « Ville lumière ».

Ce livre exhaustif envisage tous les aspects des cafés parisiens, et notamment leurs innovations architecturales et décoratives.

Enseignes, aquarelles, bas-reliefs, livres, vitraux, céramiques, objets du service (tasses, chocolatière), sièges, présentation d’un verrier et d’un comptoir en zinc des années 1920 évoquant l’histoire des bougnats (marchants de charbon et cafetiers, souvent auvergnats), jeux, machines à sous, photographies souvent inédites, et bien d’autres éléments procurent une agréable promenade dans le temps, entre histoire et mythe, et dans des univers parfois disparus.

Le charme et l’âme des cafés d’antan
La mode du café fut lancée en 1669 lors de la visite de l’ambassadeur de la Sublime Porte auprès de Louis XIV.

C’est plus d’un siècle plus tard, en 1781, qu’un Sicilien Francesco Procopio dei Coltelli crée le fameux café-littéraire, Le Procope, près de la Comédie-Française.

L’ont fréquenté Rousseau, Voltaire, puis Balzac et Anatole France.

Le café est ce « lieu de rencontres et d’échanges, intellectuels et galants, lié au monde du spectacle ». Il devient aussi le vivier de révolutionnaires.

« Le comptoir d’un café est le Parlement du peuple » (Balzac)
Sous le Directoire, les Parisiens aiment se promener le long du boulevard du Temple. Puis les Cosaques campent dans les « bistrots » des Champs-Elysées.

Pendant près d’un siècle et demi, les Grands Boulevards donnent le ton.

Sur la butte Montmartre, le café Guerbois est fréquenté par les impressionnistes Auguste Renoir et Camille Pissarro et le théâtre d’ombres assure le succès du cabaret Le Chat noir. Là, sous les Années folles, Le Bœuf sur le toit et les cabarets de chansonniers constituent des pôles avenants.

La Première Guerre mondiale marque le déplacement vers la rive gauche, vers le quartier Montparnasse. La Coupole, café-brasserie, devient le lieu de réunions de Picasso et d’artistes juifs ayant fui l’Europe centrale et la Russie. En témoignent la photo de Picasso, Modigliano et d’André Salmon devant la Rotonde, prise par Jean Cocteau avant 1916. Sur celle prise lors de l’inauguration de La Coupole, on peut reconnaître Moïse Kisling, Per Krohg, Foujita et Hermine David, épouse de Pascin.

De 1915 à 1916, sur trois cahiers de musique, Modigliani esquisse des portraits. Le peintre Pascin croque ses amis artistes et se dessine avec humour.

L’Entre-deux-guerres voit l’apogée de cafés littéraires avec Le Flore, les Deux Magots et la Brasserie Lipp. Ouvert en 1885, le Café de Flore a une réputation solidement établie quand l’écrivain Tristan Tzara y convoque les assistes du mouvement dada.

Cette tradition des auteurs écrivant dans les cafés – Simone de Beauvoir et Sartre – semble reprise par Georges Pérec, attablé au Café de la Mairie. Cet écrivain s’installe plusieurs semaines en octobre 1974 dans ce café de la place Saint-Sulpice, pour décrire ce qu’il voyait depuis sa table : passants, circulation, etc.

Les cabarets, notamment Les Trois baudets dirigé par Jacques Canetti, voient l’éclosion de jeunes talents, dont l’auteur-compositeur-interprète Barbara ou le chanteur Jean Ferrat récemment disparu.

Tandis que le Golf-Drouot accueille les Yés-Yé et autres adeptes du rock and roll.

Lieux de rencontres et de conversations (« Brèves de comptoir » par Jean-Marie Gourio), les cafés se sont dotés d’attractions, comme un juke-box ou la télévision dans les années 1960.

Plus récemment, sont apparus des cafés étudiants, des cafés-philosophies, des cafés visant dans certains groupes (homosexuels), des cafés de musées, des cyber-c@fés, des cafés branchés ou conçus autour d’un concept...

Le renouvellement des clientèles se conjugue avec celui des cafetiers : aveyronnais ou auvergnats, puis chinois, usant de méthodes similaires : tontine, patronage amical ou familial. Modifiant, animant ou accompagnant l’évolution de quartiers.

Les cafés épousent les mouvements de la capitale et de l’histoire...

Brasseries
Arte évoqua le 20 décembre 2014, dans Repas de fêtes, Le temps des brasseries : "À la fin du XIXe siècle, la brasserie incarnait le nec plus ultra de la restauration. Des plats et des lieux deviennent l’emblème d'un Paris où se font et se défont les courants artistiques, politiques et littéraires. Dans cet épisode, Michel Roth joue avec les codes de la cuisine régionale et populaire des brasseries. Son menu : œuf cocotte sur son lit d’asperges et d’écrevisses, choucroute revisitée et baba au rhum". 

Tradition du vin remet chaque an La Bouteille d'or.

Pop-up cafés
Temporaires, nomades, des pop-up cafés apparaissent. Ils sont tendance aussi sur les réseaux sociaux. 

Ils sont liés à des événements. Ainsi, le musée Cognacq-Jay en a créé un dans sa cour, les week-ends, lors de son exposition Thé, café ou chocolat ? L'essor des boissons exotiques au XVIIIe siècle. La Fashion week a aussi bénéficié d'un pop-up café.

Attentats du 13 novembre 2015
Les attentats terroristes islamistes revendiqués par l'Etat islamique (ISIS) et commis à Saint-Denis et à Paris ont ciblé des terrasses de cafés parisiens, emblématiques d'un mode de vie honni par ISIS.


Delphine Christophe et Georgina Letourmy, Paris et ses cafés. Action artistique de la Ville de Paris, 2004. 248 pages. ISBN : 2-913246-50-8

A lire sur ce blog :
Cet article a été publié sur ce blog les 27 mars 2010, 19 décembre 2014, 27 avril 2015.

dimanche 26 avril 2015

« Les larmes de la rue des Rosiers » d'Alain Vincenot


La rue des Rosiers est située dans le Pletzl (« petite place » en yiddish), ce quartier juif parisien depuis le Moyen-âge. Elle en est devenue l’emblème. Cet article est republié en cette Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation instituée en 1954.
Avant la Seconde Guerre mondiale, c’était un lieu où vivaient et travaillaient des juifs venus essentiellement d’Europe centrale et de Russie.

Dans ce livre bouleversant préfacé par Elie Wiesel et doté d’une précieuse chronologie (1933-1945), Alain Vincenot, auteur de Je veux revoir Maman, les enfants juifs cachés sous l'occupation, brosse le portrait de 19 adultes juifs ayant grandi dans ce quartier populaire et artisanal.

Et au travers d’eux évoque leur parentèle, dans leur pays d’origine et en France : la vie culturelle, les réseaux juifs de sociabilité, les persécutions antisémites, les caches, le ghetto de Varsovie, les Justes parmi les nations, les camps, etc. ainsi que l’antisémitisme en Pologne après la guerre.

Ces témoins nous disent, ou nous font comprendre les difficultés, la douleur et l’appréhension de dire ou d’entendre l’horreur, l’attente de parents qui ne reviennent pas d’une « destination inconnue », les vexations de l’administration française rétive à leur reconnaître le statut d’« interné politique », la nostalgie de journaux et spectacles en yiddish...


Alain Vincenot, Les larmes de la rue des Rosiers. Editions des Syrtes, 2010. 283 pages, 20 euros. ISBN : 978-2-84545-154-4

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié en une version plus concise dans le numéro 624 de mai 2010 de L'Arche, et sur ce blog le 4 septembre 2010.

samedi 25 avril 2015

Le 8e Salon des écrivains du B’nai B’rith


Près de 2 000 personnes ont afflué le 23 novembre 2003, à la Mairie du XVIe arrdt de Paris, pour le 8e Salon des écrivains du B'nai B'rith (BB) de France événement automnal placé sous les signes de l’ouverture et de la laïcité. Cet article est republié en hommage à Eugène Leiba, décédé récemment, initiateur du Salon du livre du BB France, ancien président de la Loge Ben Gourion.


Lancé en 1996 par le B’nai B’rith France (BB France), le Salon des écrivains du BB est devenu un rendez-vous littéraire majeur. « Nous avons été accueillis dès le début par le Maire du XVIe arrondissement de Paris, Pierre-Christian Taittinger. Le succès s’est vite confirmé », raconte Edwige Elkaïm, présidente du BB France.

Quelques chiffres attestent ce succès. Une trentaine d’écrivains étaient présents lors du 1er Salon centré essentiellement sur la thématique juive. Quelques centaines d’amoureux des livres s’y étaient rendus. L'édition 2003 a rassemblé 80 auteurs, dont une quinzaine d’écrivains membres du BB France. Seule condition restrictive : avoir publié dans l’année. Le public attendu est évalué à plusieurs milliers.

L’agencement des salles est particulier : chaque stand réunit deux écrivains, en la présence d’une hôtesse membre du BB France. Les visiteurs se promènent donc dans des allées, avec un large choix de genres littéraires et donc d’auteurs. Du géopoliticien Frédéric Encel à la romancière Karine Tuil, de l’universitaire Guy Millière à l’historienne Elisabeth Antébi, du journaliste Nicolas Weill au philosophe Eric Marty...

De cette floraison d’œuvres, émergent deux dominantes : les ouvrages d’actualité et les mémoires.

Cette année, parmi les écrivains chrétiens figuraient deux auteurs arméniens : Marig Ohanian et Martine Hovanessian.

Sont aussi conviés deux écrivains berbères, musulmans, dont Morad El Hattab, auteur des « Chroniques du buveur de lune » et admirateur du philosophe Emmanuel Lévinas (1905-1995).

En fin d’après-midi, sur le thème « La laïcité : combat pour la République », sont intervenus le Grand Rabbin Gilles Bernheim, Rémy Schwartz, conseiller d’Etat et membre de la commission « Stasi » sur la laïcité, l’historien des idées Pierre-André Taguieff et le sociologue Shmuel Trigano. Un thème essentiel tant il fonde notre « devenir ensemble » en France…


Cet article a été publié dans Actualité juive.