mardi 31 mars 2015

« La Bible d’Alexandrie » de Pierre-Henry Salfaty (2/2)


Dans le cadre de la série télévisuelle L’invention de l’Occident, Arte rediffusera le 2 avril à 2 h 05 La Bible d’Alexandrie, second volet, après « Jérusalem et Athènes », documentaire de Pierre-Henry Salfaty. La Bible, le Livre le plus lu, le plus distribué, qui a tant donné à l'Humanité...



D’où viennent les concepts fondateurs des valeurs de l'Occident qui ont gagné à leur cause l’ensemble de la planète ? Ils sont le fruit des cultures nées et disparues autour de la Méditerranée depuis près de trois mille ans. Deux d'entre elles ont particulièrement résisté au choc de l’histoire : les civilisations juive et grecque ».

« Les valeurs occidentales prennent leur source au confluent des cultures grecque et juive. Cette captivante fresque retrace le dialogue entre ces deux civilisations, à l'origine d'idées comme les droits de l'homme ».

Composé d’interviews d’hellénistes et d’historiens des religions - Nicholas de Lange, Tessa Rajak, Sylvie Honigman, Gilles Dorival -, d’après un sujet de Jacques Attali et de Pierre-Henry Salfati, auteur d'un remarquable film sur Mahler, ce documentaire « en deux parties narre cette genèse, ce continuel dialogue judéo-grec sur lequel s'est fondée notre modernité ».

A Alexandrie, le « dialogue judéo-grec prend sa dimension la plus impressionnante. Trois siècles avant l’invention du christianisme, les Juifs d’Alexandrie « inventent » la Bible : ils traduisent la Tora en grec. Cet événement de taille a lieu dans l’indifférence générale alors que toute notre civilisation, pour le meilleur et pour le pire, y trouve sa source. Cette nouvelle hybridation conduit à une doctrine nouvelle : le christianisme. Au même moment, Euclide met au point ses Éléments, second best-seller de l’humanité jusqu'à nos jours. À Alexandrie, une grande part de la sagesse juive se convertit à la science grecque ».
Cette « fusion judéo-grecque conduit à une vision de la raison scientifique qui va à l'encontre du paganisme et la religiosité monothéiste qui gagne les consciences. En même temps, Alexandrie engendre la mondialisation du marché. Curieusement, les derniers avatars de cette double mixité judéo-grecque, née à Alexandrie, se nomment aujourd’hui, laïcité et économie de marché ».
Situé au pied du mont Sinaï ou mont Horeb (désert du Sinaï, « terre biblique ») où, dans la Bible hébraïque, Moïse a reçu les Tables de la Loi, le monastère grec de Sainte-Catherine est construit au VIe siècle à l’initiative de l’empereur et prêtre grec de Byzance, Justinien, qui se présente comme « l’élu de Dieu ». Un monastère inscrit en 2002 sur la liste du Patrimoine mondial  de l’Unesco (Organisation des Nations-unies pour l’Education, les Sciences et la Culture).

Ce monastère abritait la plus ancienne Bible grecque, dite la Septante. En 1853, le comte Constantin von Tischendorf (1815-1874), philologue, helléniste et paléographe protestant, « l’aurait empruntée pour 15 jours » afin de réaliser une copie, et ne l’a jamais rendue aux moines grecs orthodoxes de ce monastère… Une Bible datée du IVe siècle de l'ère vulgaire, lue en grec à Alexandrie. Dès la fondation de cette cité, les Juifs y étaient établis, et y représentaient une partie importante de la population. Admiratifs, ils découvrent la civilisation grecque et aspirent à adopter l'hellénisme. Sous la direction de Demetrios, une magnifique bibliothèque est construite dans cette Cité du Savoir rêvée. Ptolémée y invite philosophes, savants. Euripide, Eschyle, Epicure, Aristote... Les grands auteurs y sont représentés. "L'entreprise culturelle sert à asseoir le pouvoir politique de Ptolémée". Démétrios demande la traduction en grec du Livre des Juifs. A Alexandrie, la Torah devient la Bible. Cette Bible grecque originale d'Alexandrie inspire la quête du comte Constantin von Tischendorf, au nom du roi de Prusse : le comte l'appelle Codex Sinaiticus. En 303, l'empereur ordonne de faire disparaitre les textes bibliques. Chrétien, l'empereur Constantin ordonne la traduction en grec de la Bible. Soixante-dix ou soixante-douze traducteurs effectuent ce travail. Mais cette Bible n'intéresse pas alors les Grecs, et les Romains, de l'Antiquité. Peut-être par hellénocentrisme et car c'était le Livre d'une des communautés de la Cité. Certains soulignent l'influence de la Bible sur la philosophie grecque. Philon d'Alexandrie met la philosophie grecque au service de la Bible pour "actualiser la Bible". Au "1er siècle, Alexandrie devient la capitale du polythéisme païen". Les chrétiens de cette cité utilisent la Septante, qui à un moment donné est abandonnée par les Juifs. Pour certains, le christianisme est l'interprétation héllénistique de la Bible. En l'an 66, l'empereur ordonne le massacre et la spoliation des Juifs d'Alexandrie. "Cette Bible a forgé la conscience europénne pendant des siècles".

« La Bible d’Alexandrie  » de Pierre-Henry Salfaty
Sequoia Films/Arte (France), 2012, 54 minutes
Diffusions le 12 juin à 23 h 30
 
A lire sur ce blog :
 Cet article a été publié le 12 juin 2013. Les citations proviennent d'Arte.

lundi 30 mars 2015

« Jérusalem et Athènes », de Pierre-Henry Salfaty (1/2)

Dans le cadre de la série télévisuelle L’invention de l’Occident, Arte rediffusera le 2 avril à 01 h 10 Jérusalem et Athènes, premier volet, avant « La Bible d'Alexandrie », de la série documentaire L'invention de l'Occident de Pierre-Henry Salfaty. Une mise en parallèle et un dialogue entre deux textes fondateurs - la Bible, et la somme d’Homère, l’Iliade et l’Odyssée – l’un pour le peuple Juif, monothéiste, l’autre pour le peuple Grec polythéiste. Les relations complexes, d’attraction, parfois de « fusion », entre ces deux peuples à l’origine de la civilisation occidentale.

Les « valeurs occidentales prennent leur source au confluent des cultures grecque et juive. Cette captivante fresque retrace le dialogue entre ces deux civilisations, entre deux langues, dont l’hébreu, « langue divine ».
Cette « captivante fresque interroge des historiens pour souligner cette origine d'idées tels les droits de l'homme ou l'économie de marché.

« D’où viennent les concepts fondateurs des valeurs de l'Occident qui ont gagné à leur cause l’ensemble de la planète ? Ils sont le fruit des cultures nées et disparues autour de la Méditerranée depuis près de trois mille ans. Deux d'entre elles ont particulièrement résisté au choc de l’histoire : les civilisations juive et grecque ».

Composé d’interviews d’hellénistes et d’historiens des religions - Marcel Detienne, Bernard Legras -, d’après un sujet de Jacques Attali et de Pierre-Henry Salfati, auteur d'un remarquable film sur Mahler, ce documentaire « en deux parties narre cette genèse, ce continuel dialogue judéo-grec sur lequel s'est fondée notre modernité ».

Moïse et Homère
« Trois récits monumentaux, la Tora, l’Iliade et l’Odyssée, au-delà de leurs singularités, expriment en fait la même chose: la prééminence de la liberté parmi toutes les valeurs humaines ».

A Babel, évoquée par la Bible – nom grec -, « L’Eternel brouilla le langage de toute la Terre » et « dispersa » les peuples « sur toutes la surface de la Terre ».

Listant les similitudes entre les deux civilisations - Noé et le Déluge, les sacrifices d'Iphigénie ou du fils d'Abraham - et différences - les dieux de l'Olympe se mêlent aux hommes, L'Eternel donne les Commandements à Moïse qui est monté sur le mont Sinaï -, « le film montre que cet idéal commun s'est élaboré plus tôt qu’on ne le pense, bien en amont de la fondation d’Alexandrie, haut-lieu de la fusion judéo-grecque ou même de l’apogée d’Athènes : au moment où la légende fait de la sortie des juifs d’Égypte un événement contemporain du voyage des Grecs vers la ville de Troie ». La « sortie d’Égypte débouche sur la libération d’un peuple et par là même de tous les peuples ». Quand à L’Iliade, ce roman accouche de l’Odyssée, qui accouche d’Ulysse, prototype du héros grec en homme libre ».

La loi est divine chez les Juifs : elle exprime la volonté de Dieu. La "Torah est la loi unique et universelle, alors qu'il n'existe aucun texte unique dans le monde grec" polythéiste. A Jérusalem, le Temple de Salomon protège la Loi : celle-ci avait été brisée par les Hébreux, qui de plus la relisent continûment. Chez Homère, la justice, les lois, ont une origine divine grecque, et les Dieux sanctionnent leur transgression. La "légende de Minos semble se calquer sur celle de Moïse... Les Grecs ont inventé le politique, la loi, la liberté..." Athènes "a voulu être la cité qui réunit toutes les cités, la loi qui rassemble toutes les lois". Vers le IIIe siècle, le "nomos renvoie à la loi humaine". Solon est décrit comme le fondateur de la démocratie occidentale. Les Révolutionnaires français cherchent à s'inspirer des lois de Minos.

Réalisée à la demande du roi grec Ptolémée II, la « Septante, première traduction grecque de la Bible » (Tanakh) au IIe siècle avant l’ère commune, « semble être la conclusion d'un long dialogue entre la Bible et la pensée grecque, ainsi qu'elle est le point d'origine du monde moderne... »

On peut regretter l’oubli de Rome…


« Jérusalem et Athènes  » de Pierre-Henry Salfaty
Sequoia Films/Arte (France), 2012, 54 minutes
Diffusions le 12 juin 2013 à 22 h 35 et 2 avril 2015

A lire sur ce blog :
 Cet article a été publié le 11 juin 2013. Les citations proviennent d'Arte.

France 2 et Charles Enderlin n’expliquent pas à la Cour d’appel de Paris les incohérences et contradictions relatives à l’incident al-Dura


Le 27 février 2008, Philippe Karsenty, directeur de l’agence de notation des médias Media-Ratings, a listé devant la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris les incohérences, contradictions et invraisemblances relatives au reportage filmé au carrefour de Netzarim (bande de Gaza) et diffusé au JT de France 2 le 30 septembre 2000. Ce qui l’amenait à maintenir ses propos initiaux - « faux reportage » - et à souligner la « mise en scène de la mort de Mohamed al-Dura ». Ce qui a fortement embarrassé Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2, et Charles Enderlin, correspondant en Israël de la chaîne publique, démunis d’explications pour contrer les objections de l’appelant. Reportage sur des débats tendus. France 2 diffusera le 31 mars 2015, à 23 h 40, Au nom du Temple, documentaire de Charles Enderlin.


Devant la salle de la 11e chambre de cette Cour, où s’agglutinent des dizaines de personnes une dame interroge une voisine venue soutenir Charles Enderlin : « Pourquoi Charles Enderlin a-t-il affirmé n’avoir pas diffusé la scène de l’agonie de Mohamed al-Dura parce qu’elle était insoutenable, alors qu’il n’y aucune scène d’agonie dans les rushes qu’il a présentés en novembre 2007 à la Cour ? » Sa voisine se tait, en souriant avec assurance.

L’audience de plus de six heures devant cette Cour a souvent ressemblé à cette scène, à la différence que Charles Enderlin et Arlette Chabot furent visiblement gênés face à la démonstration de Philippe Karsenty.

Celui-ci avait interjeté appel du jugement de la XVIIe chambre du Tribunal de grande instance de Paris le condamnant en 2006 pour diffamation à l’égard des intimés car il avait notamment qualifié d’« imposture médiatique » ces images controversées (1).

La présidente de la Cour, Laurence Trébucq, s’improvise gendarme pour dégager un espace dans le hall attenant à la salle d’audience. Elle fait ajouter des chaises dans cette salle, traite quelques affaires et fait entrer la presse. A Philippe Karsenty, elle ordonne : « Vous vous tairez quand je vous le dirai ».

Afin d’accueillir la foule compacte qui s’exaspère bruyamment dans le hall, elle décide que l’audience aura lieu dans une salle plus vaste.

Le refus d’entendre comme témoin un expert balistique
Là, Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2, se place discrètement parmi le public, puis rejoint Charles Enderlin et un responsable de France 2 dans les bancs où se sont placés les intimés. Le cameraman palestinien Talal Abou Rahma, qui a filmé les images controversées, demeure absent des audiences.

Dans le banc derrière celui des avocats de l’appelant, est assis le Dr Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France). Il avait demandé le 14 août 2007 à France 2 de rendre publics les rushes tournés le 30 septembre 2000 par Talal Abou Rahma. Le 15 janvier 2008, il s’est exprimé en faveur de la création d'une commission d'enquête technique composée de spécialistes - en balistique, de la médecine légale, des images, etc. - pour analyser ce reportage contesté (2). Sur le chemin menant à cette salle, une spectatrice lui déclarait que « ces images ont attisé l’antisémitisme » et évoque « l’agression antisémite dont [son] fils a été victime : « Moi, je peux [faire face]. Mais un enfant ! »

Patrick Klugman, membre du comité directeur du CRIF et vice-président de SOS-Racisme, s’assied du côté de France 2 en expliquant que cela ne revêt aucune signification.

Cette fois-ci, Charles Enderlin répond aux questions posées par les journalistes. L’une d’elles est accueillie fraîchement par les intimés qui ne semblent pas avoir apprécié son article sur l’audience de visionnage de ces rushes émaillés de saynètes de guerre. Cette journaliste se défend : « J’ai fait mon travail de journaliste ». « Alors faîtes votre travail de journaliste ! », lui intime Arlette Chabot. « C’est ce que je fais ! » lui répond cette journaliste qui soulève des questions pertinentes auprès de Charles Enderlin. Celui-ci l’informe qu’il va présenter des images des mêmes scènes, mais prises sous un angle différent, ce qui démontrera la réalité des blessures des Palestiniens.

La Présidente Laurence Trébucq présente ses « excuses pour n’avoir pas » prévu la tenue de l’audience dans une salle suffisamment grande pour accueillir tant de spectateurs. Puis, elle rappelle au public les consignes à respecter, à peine d’expulsion de la personne troublant la sérénité des débats, voire celle de tout le public. Un rappel qu’elle répètera quand les partisans de l’une ou l’autre partie exprimeront leur soutien. L’audience demeurera très attentive, malgré la longueur inattendue de l’audience.

Philippe Karsenty et l’un de ses deux avocats Me Patrick Maisonneuve demandent que soit entendu, « dans le respect du contradictoire », l’expert balistique Jean-Claude Schlinger, missionné par l’appelant et auteur d’un rapport exonérant Israël de la responsabilité des tirs qui, selon Charles Enderlin et son cameraman, auraient le 30 septembre 2000 tué Mohamed et blessé Jamal al-Dura (3).

Jean-Claude Schlinger a étudié des images de France 2, d’agences de presse et de médias - Associated Press, Reuters, BBC - disponibles « dans les mois ayant suivi l’incident du 30 septembre 2000 ». Dans son rapport, il conclut : « Il est sérieusement possible qu’il s’agisse d’une mise en scène » (4).

Cette demande d’audition est considérée comme tardive par les intimés et inutile par le représentant du ministère public, l’avocat général Antoine Bartoli, car ce rapport a été communiqué aux parties et aux juges. Après une pause, la Cour rejette cette requête.

Le visionnage de la présentation PowerPoint de Philippe Karsenty
Philippe Karsenty et son avocat Me Patrick Maisonneuve sollicitent de la Cour l’autorisation de visionner un document pour « compléter l’information sur la scène objet de la discussion ».

« Je ne veux pas donner l’impression de fuir la vérité », assure Me Francis Szpiner, avocat de France 2 et de Charles Enderlin.

L’avocat général Antoine Bartoli s’en « rapporte à la Cour ».

La Cour « est favorable à cette demande concernant une présentation qu’elle va découvrir : pour des raisons techniques, elle n’a pu en voir le contenu d’une durée d’environ 30 minutes ».

La présidente Laurence Trébucq fixe le programme de l’audience : visionnage de cette présentation de Philippe Karsenty et du CD-Rom des parties civiles, puis les plaidoiries et les réquisitions de l’avocat général. Elle réitère les règles : Philippe Karsenty et Charles Enderlin s’arrêteront « de parler quand la Cour dira Stop ! »

Sur le côté gauche de la salle, Philippe Karsenty se place près de son moniteur, pour être quasi face à la Cour, et presque de dos au public. Quittant leurs bancs, les intimés et leurs avocats s’agglutinent à quelques mètres face à l’écran, de profil par rapport à la Cour.

« Talal Abu Rahma, supermenteur »
Philippe Karsenty mentionne la présence de dix secondes de rushes de France 2, non diffusés par cette dernière, mais par la BBC.

« Ces rushes n’ont jamais été donnés à la BBC », assure Arlette Chabot. Ce que répète en exultant Me Francis Szpiner.

« J’ai acquis ces archives auprès de la BBC. Je peux vous apporter la facture », affirme Philippe Karsenty.

La Présidente rappelle qu’il ne peut pas présenter de « pièces supplémentaires ».

Vite, Arlette Chabot se ravise : « Je me demande si Charles Enderlin ne les a pas utilisés dans un autre sujet… »

Philippe Karsenty désigne le time code (5) de la BBC qui authentifie ces images cruciales, postérieures à celles où Charles Enderlin (6) annonce l’enfant mort et dans lesquelles l’enfant bouge. Des images utilisées par la journaliste Esther Schapira en 2001 dans son documentaire, malgré « l’obstruction de France 2 ».

Philippe Karsenty commente un document d’une douzaine de Questions/Réponses illustrées de manière didactique et vivante par des cartes, des photos, le reportage incriminé, des rushes d’agences de presse présentes au carrefour de Netzarim, des saynètes de guerre simulée (7), des interviews par Canal + ou Esther Schapira (8) de protagonistes, en particulier Talal Abu Rahma, qui se contredisent avec aplomb, etc.

Exemples. Combien de minutes de l’incident al-Dura Talal Abu Rahma a-t-il filmé ? En 2000, ce cameraman affirmait sous serment avoir filmé 27 minutes, puis en 2001 il réduisait cette duré à six minutes. A Esther Schapira, Charles Enderlin parlait d’« environ 30 minutes ». Cet incident dure moins d’une minute dans les rushes de France 2 visionnés en 2007 devant la Cour d’appel de Paris (9).

Combien de cameramen étaient présents au carrefour de Netzarim ? Talal Abu Rahma évoquait « 20, 25 à 30 cameramen ». Lors de l’audience, ce nombre est fixé par France 2 à « au moins quatre cameramen, dont Talal Abu Rahma » et ceux de Reuters et d’AP (Associated Press).

Que tournaient Reuters et AP au même endroit ? Des saynètes de guerre, mais pas l’incident al-Dura. En tout cas, aucun film de ces cameramen sur les al-Dura n’est visible pour diverses raisons selon leurs auteurs : film « brûlé », film raté au développement, etc.


Combien d’impacts résultent du tir nourri visant les al-Dura ? En 2001, Talal Abu Rahma déclarait : « Les balles pleuvaient autour de nous comme de la pluie ». Et ce, pendant « 45 minutes ». Sur le mur derrière les al-Dura, il n’y a que huit traces pouvant être des impacts de projectiles. Soit un tir toutes les cinq à six minutes.

Où sont les balles censées avoir blessé (10) le père et tué l’enfant ? Talal Abu Rahma a indiqué qu’un général palestinien les détient. A la suite des dénégations de ce dernier, il s’est emberlificoté dans ses explications en affirmant que « France 2 a récupéré les balles dans le mur », puis a concédé en souriant les détenir : « Nous avons nos secrets… »

Pourquoi Talal Abu Rahma n’a-t-il pas filmé l’évacuation par ambulance de Mohamed al-Dura mort, lui a qui en filmé plusieurs auparavant ? « Il n’avait plus de batterie dans sa caméra », avance Charles Enderlin. « C’est faux. Il lui restait la moitié de sa cassette et de la batterie comme il l’a affirmé à Esther Schapira », assène Philippe Karsenty.

Pourquoi Charles Enderlin fait-il confiance à Talal Abu Rahma ? Interviewé par Esther Schapira, il évoque la « désinformation israélienne » qu’il distingue des « Palestiniens qui sont des cameramen journalistes professionnels ». Il défend son cameraman : « Talal a la carte de presse israélienne, un laissez-passer israélien. Quand nous voulons savoir si un cameraman appartient à une organisation, a maille à partir avec Israël, on vérifie auprès du Shin Bet, le service intérieur de renseignement israélien ».

Philippe Karsenty réplique vivement en citant Daniel Seaman (11), chef du service de presse du Premier ministre, qualifiant Talal Abu Rahma de « menteur ».

Lapidaire, il résume : « Arlette Chabot fait confiance à Charles Enderlin qui fait confiance à son cameraman super menteur ».

Or, Guysen a révélé le 2 mars 2008 que Talal Abu Rahma, cameraman palestinien de France 2, n’a plus de carte de presse israélienne depuis 2002
.
« Charles Enderlin se trompe et nous trompe »

Qui est prévenu et qui est partie civile ? Qui est sur la défensive et qui poursuit ? Même la présidente Laurence Trébucq s’y perd. Et pourtant, cette qualité traduit aussi un rapport de force patent et induit des obligations en termes de charge de la preuve.

Sans explication convaincante, les parties civiles pinaillent sur des éléments marginaux de la démonstration – nombre d’enfants de Jamal al-Dura -, sans ébranler la pertinence de l’argumentation de Philippe Karsenty. Elles s’engouffrent dans les minuscules failles ou supposées telles pour stigmatiser l’impudent qui, sans carte de presse, se permet de critiquer Charles Enderlin et Talal Abu Rahma, titulaires, eux, du précieux Sésame (12).

Philippe Karsenty s’étonne que Jamal al-Dura soit plâtré à des endroits exempts la veille d’impacts de balles ou de traces de sang, et que du sang soit visible sur son plâtre. Il informe la Cour que Jamal al-Dura avait été attaqué en 1992 à coups de hache par des Palestiniens qui l’accusaient de collaborer avec Israël. Soigné à Gaza, ce dernier avait bénéficié, grâce à son employeur israélien, d’une opération dans un hôpital israélien en 1994. A l’appui de ses dires, Philippe Karsenty cite le dossier médical de Jamal al-Dura.

« Même les Palestiniens ont droit au respect de leur vie privée. Comment vous êtes-vous procuré ce dossier médical ? », s’offusque Me Francis Szpiner.

« Je l’ai reçu par La Poste », réplique Philippe Karsenty. Rires dans la salle.

Philippe Karsenty fait part du refus de CNN de diffuser la première ces images pour ne pas les authentifier. « Avez-vous une attestation de CNN le prouvant ? », interroge Me Francis Szpiner. L’appelant n’en a pas, mais présente sa source : Ton rêve est mon cauchemar, un livre d’Elisabeth Schemla (13). « C’est l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours… », persifle Me Francis Szpiner.

Quant aux témoignages de cameramen palestiniens présentés par les intimés, la graphologue missionnée par Philippe Karsenty conclut qu’ils sont écrits par… Talal Abu Rahma. Ce qui incite l’appelant à évoquer d’autres « faux ».

« Les conditions de tournage à Gaza »

L’appelant décortique les images diffusées par France 2 au JT du 30 : saynètes de guerre jouées (14), Palestiniens simulant de fausses blessures, etc. Me Patrick Maisonneuve souligne une contradiction : « Un médecin parle d’une blessure par balle à la jambe gauche, alors que le père situe cette blessure à la jambe droite ».

Les intimés et leur défense esquivent les questionnements sur les nombreuses incohérences, contradictions et invraisemblances.

Face au moniteur, Charles Enderlin intervient sans convaincre, en réitérant sa confiance en son cameraman et en mettant en avant son savoir sur l’Intifadah : « Certains Palestiniens croient que les tirs ne les concernent pas... Ce sont des rushes, pas de la vidéosurveillance ! Les cameramen filment des scènes qu’ils pensent utiles à leur reportage... Je suis passé des dizaines de fois au carrefour de Netzarim ».

« Ces images donnent l’impression d’un tournage », remarque la Présidente, en évoquant le Palestinien tirant au travers d’un trou dans une pièce… vide !

« C’est réel. Les Palestiniens n’utilisent pas leurs balles pour rien », affirme Charles Enderlin.

« C’est une mise en scène », note la présidente.

« Ce n’est pas une mise en scène. Je suis un professionnel qui couvre l’Intifadah depuis des années. C’est la réalité », maintient Charles Enderlin.

« Ces images donnent un peu l’impression que cela ne se passe pas trop mal et que c’est filmé à la demande des cameramen », insiste la présidente.

« AP et Reuters, ce sont des professionnels. Ce sont les conditions de tournage à Gaza ».

« Vous dîtes que ce n’est pas de la mise en scène ? »

« Non, c’est filmé ».

Arlette Chabot contre-attaque en extrapolant : « On envoie les images dans le monde entier. Cela tendrait à prouver que depuis des années, les agences de presse internationales, reprises par les télévisions du monde entier… C’est une mise en cause de toute la presse internationale. Cela veut dire qu’AP et Reuters ne filment que des [Palestiniens] qui simulent, des mises en scènes ! »

« Pas que [des mises en scène]. Mais aussi [des mises en scène]… », rectifie la présidente.

Progressivement, d’invraisemblances en contradictions, Philippe Karsenty parvient à sa conclusion : toutes les scènes diffusées ce 30 septembre 2000 sont jouées par les Palestiniens, aucune trace de sang sur le sol, sur le mur et sur les vêtements des al-Dura n’atteste une quelconque blessure des al-Dura, nulle image ne prouve la mort de Mohamed al-Dura vers 15 h, comme l’a asséné Charles Enderlin se fiant à son unique source : Talal Abu Rahma. Ainsi, Mohamed al-Dura déplace un chiffon rouge de sa cuisse vers son abdomen, pour symboliser une blessure sanglante. Quand il pose ce tissu sur son ventre, on constate l’absence de blessure à la cuisse. Par contre, le matin même, avant midi, un garçon palestinien mort a été transféré à la morgue de l’hôpital de Gaza. Nul ne connaît les circonstances de sa mort ou son identité. Sur les photos produites par France 2 et prises à la morgue, les blessures de cet enfant palestinien sont différentes de celles censées avoir tué Mohamed al-Dura selon les témoignages de Jamal al-Dura et Talal Abu Rahma.

« Le scandale du siècle »

Bras croisés, Arlette Chabot hoche la tête en signe d’incrédulité, de négation ou d’effarement. Elle s’étonne : « Ne croyez-vous pas qu'en huit ans le gouvernement israélien n'aurait pas réagi ? »

Philippe Karsenty explique que le colonel Yom Tov Samia a diligenté une enquête, marginalisée par « l’establishment israélien soucieux fin 2000 de conclure un accord avec l’Autorité palestinienne et ne se rendant pas compte de l’impact de ces images dans le monde musulman ». Ce que nie Charles Enderlin : « Israéliens et Palestiniens ont suspendu leurs négociations jusqu’en décembre 2000 ».

Philippe Karsenty se prévaut du soutien précoce et continu de Daniel Seaman, directeur du bureau de presse gouvernemental (GPO) qui dépend du Premier ministre, et celui récent de Raanan Gissin, ancien porte-parole d’Ariel Sharon.

« Pourquoi les autorités israéliennes n’ont-elles pas dénoncé le scandale du siècle ? », relance Me Francis Szpiner.

« Charles Enderlin a travaillé avec le porte-parole d’Ariel Sharon. Il connaît beaucoup de monde », estime Philippe Karsenty.

« Vous avez énormément travaillé… Quelles raisons vous ont poussé à investiguer, à dire qu’il s’agit de désinformation ? », s’enquiert la présidente.

Et Philippe Karsenty de raconter comment « ce reportage l’a interpellé ». Et d’évoquer le film d’Esther Schapira, l’enquête de l’ingénieur israélien Nahum Shahaf, la manifestation en 2002 du Prix de la désinformation à France 2 et à Charles Enderlin, ses rencontres avec des responsables de France 2…

« Je ne fais pas de politique. Je suis un citoyen français. Les images diffusées par France 2 sont des mises en scène. C’est un faux. France 2 dépense énormément d’argent pour cacher ce mensonge. L’argent du contribuable français peut être mieux utilisé. Des gens de France 2 me téléphonent : « On a honte ». On ne peut pas continuer avec une chaîne d’Etat qui diffuse ces mensonges », s’indigne l’appelant.

« L’icône médiatique d’une icône journalistique » (Philippe Karsenty)

Eviter de répondre aux questionnements se retourne contre les parties civiles. Aussi, celles-ci déploient avec habileté leur tactique : abandonner dès que possible le domaine de la raison - celui de Philippe Karsenty et de la Cour -, pour se situer sur le registre émotionnel afin de gagner l’empathie des juges, et discréditer l’argumentation de Philippe Karsenty en l’assimilant à une thèse conspirationniste.

Calmement et prudemment, Philippe Karsenty refuse de se laisser entraîner hors du cadre de la plainte et répond en circonscrivant son sujet étudié et l’objet des débats : le reportage incriminé du 30 septembre 2000. En résumé : « Charles Enderlin affirme que Mohamed al-Dura a été tué par les soldats israéliens. Aucune image ne montre cet enfant mort ni des tirs israéliens. Certains disent l’avoir vu dans un marché à Gaza ».

Charles Enderlin déclare alors que Jamal al-Dura est prêt à faire exhumer le corps de son fils afin que des examens ADN établissent un lien familial entre l’enfant décédé et lui. « Pourquoi vouloir exhumer le corps ? Que [France 2 et Charles Enderlin] nous montrent ces balles ! », s’exclame Philippe Karsenty.

Ni la Cour ni Philippe Karsenty ne réclament ni ne retiennent cette mesure. Même quand Arlette Chabot, éludant une remarque de Me Patrick Maisonneuve et de la présidente, reprend à deux reprises cette proposition d’une « expertise ADN pour sortir du débat ».

Pendant une pause, conscient de l’enjeu médiatique, Charles Enderlin s’approche du banc de la presse (15), et exprime calmement à des journalistes de médias arabes son incrédulité choquée : « Le père perd son fils le matin et va tourner l’après-midi ! »

Le visionnage souvent calamiteux du CD-Rom de France 2 et Charles Enderlin

Maintenant, c’est au tour de France 2 et de Charles Enderlin de présenter leur CD-Rom composé de trois éléments : « les mêmes scènes [contestées par Philippe Karsenty] filmées par d’autres cameramen sous un autre angle », le reportage diffusé le même jour sur TF1 et un reportage comportant l’interview de Jamal al-Dura par Talal Abu Rahma montrant les « cicatrices de ses blessures ».

Le premier élément est conçu pour prouver l’authenticité des saynètes de guerre. Et on va voir ce qu’on va voir : « tous les points litigieux soulevés par Philippe Karsenty » apparaîtront vains, selon Arlette Chabot ! Et on a vu.

Et ce film s’est retourné contre les intimés car on est resté sur les questions soulevées par Philippe Karsenty. En étant partagé entre la stupeur devant le grotesque et le ridicule de commentaires off feignant d’expliquer l’invraisemblable.

Exemple : « On entend : « L’enfant est mort, l’enfant est mort ! ». Ce qui signifie en arabe parlé qu’il est en danger de mort ».

Autre citation : « Sous les rafales, l’enfant bouge une dernière fois. Il est blessé à la tête et enfin, ne bouge plus. Le pied de l’enfant selon un médecin légiste n’est à l’évidence pas dans une position naturelle ». Et comment ! Rappelons que dans cette image, Mohamed al-Dura, annoncé comme mort par Charles Enderlin sur des images précédentes, maintient ses jambes au-dessus du sol et soulève son coude pour regarder la caméra.

Ces assertions du film ne suscitent pas de questions de la Cour et de l’Avocat général Antoine Bartoli.

Le reportage de TF1 montre des saynètes de guerre et évoque notamment la mort de « 15 Palestiniens dont deux enfants ».

Dans le troisième reportage, le « médecin orthopédiste montre la radio et décrit la nature des blessures » de Jamal al-Dura. Puis, se rendant compte que cette radio est à l’envers, il la fait pivoter pour la mettre dans le bon sens de lecture. Puis, nous voyons le roi Abdallah II de Jordanie effectuer une visite à l’hôpital militaire d’Amman où est pris en charge Jamal al-Dura. Suivent les images d’un enfant palestinien à la morgue de Gaza. Enfin, Jamal al-Dura, maigre, montre les cicatrices longues et fines sur son corps : jambe gauche, abdomen, etc. Charles Enderlin explique que « trois médecins jordaniens l’ont soigné ».

Un film à voir absolument sur le blog de Charles Enderlin.

De manière surprenante, Talal Abu Rahma ne s’explique pas, dans ce document audiovisuel, sur les contradictions émaillant ses déclarations successives, les invraisemblances de ses images, etc. Ce témoin, journaliste-cameraman et source constitue pourtant l’élément nodal de l’affaire al-Dura.

Talal Abu Rahma sert la Cause palestinienne

« Qui aurait fait la manipulation ? Le cameraman ? Charles Enderlin ? Pour faire venir un faux malade et le roi de Jordanie dans l’hôpital, il faut…», dit la présidente, exprimant des réserves et du scepticisme dans le ton de sa voix.

« Talal Abu Rahma est responsable », juge Philippe Karsenty. Et il cite Daniel Seaman : « Ces images sont des mises en scène. Talal Abu Rahma est un criminel et France 2 a une attitude criminelle en défendant ces images ».

« Est-ce que vous êtes en train de nous dire : « [Talal] est vendu. [Les cameramen] savent que c’est un faux. Ils se tiennent les coudes » ? », demande la présidente.

Philippe Karsenty évoque Pallywood, l’industrie audiovisuelle de propagande palestinienne, et poursuit : « Talal Abu Rahma a déclaré à un journal marocain avoir choisi le journalisme pour servir la cause palestinienne. Les médias sont les instruments des faibles. Nous, Occidentaux, avons un regard critique et n’avons pas à nous laisser manipuler… Charles Enderlin a reçu ces images en urgence. Il n’a pas du se rendre compte sur le moment. Mais après, quand nous avons apporté les preuves des mises en scène, il aurait du reconnaître son erreur initiale... Rien ne peut empêcher la vérité de prospérer ».

Charles Enderlin tempête : « C’est l’accusation la plus grave contre un journaliste : bidonnage, être responsable d’un faux. Je me serais fait avoir par Talal ! Je lui fais totalement confiance depuis 1988. Jamais France 2 et les autres médias n’ont eu de problème avec Talal qui n’a jamais été mis en cause par Israël (16). La carte de presse israélienne a été retirée à tous les cameramen palestiniens au début de l’Intifadah. Talal Abu Rahma est blanc comme neige ». Or, Guysen a révélé que ce cameraman ne détient pas cette fameuse carte de presse.

« Très vite, il y a eu une controverse sur l’origine des tirs », se souvient la présidente.

« Nous avons diffusé les réactions des autorités israéliennes. Jamais une autorité ne nous a écrit pour nous demander une enquête. Il y a quelques mois, quelqu’un a demandé les rushes. On a proposé un visionnage à l’état-major israélien », révèle Charles Enderlin.

Des parallèles infamants : « Karsenty, c’est le croisement de Faurisson et de Meyssan »

Me Bénédicte Amblard, autre défenseur des intimés, reprend sa plaidoirie traditionnelle afin de démontrer la diffamation à l’égard de Charles Enderlin et discréditer ceux qui contestent sa version de l’incident al-Dura.

« Philippe Karsenty se fonde sur le documentaire de la Metula News Agency (Mena) », dont elle allègue, à tort, avoir obtenu récemment la condamnation (17). A la Mena, elle associe les critiques de la version de Charles Enderlin : Gérard Huber et Luc Rosenzweig.

« Selon la Mena, Mohamed n’est pas mort ! Il suffit de regarder les images ! Nous sommes dans la folie…. La Mena se fonde sur une prétendue enquête de l’armée. C’est faux. Le colonel Yom Tov Samia a pris une initiative personnelle. [Le physicien] Nahum Shahaf et Yossef Uriel [Ndlr : membre pendant peu de temps de la commission d’enquête de Tsahal] ont fait l’objet de critiques. Ce ne sont pas des experts en balistique ». Et de lire un extrait d’un jugement du tribunal de Tel-Aviv (18), « qui a examiné toute l’enquête. Yossef Uriel a été débouté. Ce jugement les stigmatise tous deux. Nahum Shahaf prétend que l’assassin d’Ytzhak Rabin n’est pas le bon assassin ! »

Afin de caractériser l’infraction de diffamation, elle insiste sur l’absence de bonne foi, « l’animosité particulière » de Philippe Karsenty à l’égard de Charles Enderlin : « On va loin et fort. C’est inadmissible… pour un professionnel dont nul n’a contesté le sérieux ». Usant d’effet de manche, elle laisse tomber théâtralement ses papiers pour exprimer son exaspération devant l’accusation de « faussaire » visant son client.

Défenseur de Charles Enderlin « qui fait honneur à sa profession et a été récompensé », Me Francis Szpiner (19) va poursuivre dans cette veine visant à discréditer l’appelant, la graphologue et l’expert israélien.

« Je me garderai de dire [s’il s’agit de] balles israéliennes ou palestiniennes [Ndlr : Charles Enderlin marque sa désapprobation en dodelinant de la tête]. Personne n’en saura jamais rien... Je parle des honnêtes gens », énonce Me Francis Szpiner, qui exclut de cette catégorie Philippe Karsenty, « croisement de Robert Faurisson (20) et de Thierry Meyssan (21) ». Narquois, il évoque « l’immense complot international, une mise en scène qui a continué à la morgue, à l’hôpital à Gaza, à Amman où le roi Abdallah II de Jordanie a été trompé par ses médecins ! »

Dans sa plaidoirie, cet avocat glisse une « définition » du sionisme : « Un Juif qui paie un deuxième Juif pour qu’un troisième Juif aille faire la guerre en Israël ». Lors de ses déambulations, il jette de fréquents regards vers les bancs de la presse et le public, peut-être pour vérifier l’effet de son discours. Sa voix fluette s’enfonce dans les graves pour stigmatiser « les extrémistes qui n’acceptent pas la couverture honnête des évènements de Charles Enderlin ».

Quant à Nahum Shahaf, Me Francis Szpiner fabule sur les conditions de reconstitution de la scène controversée : « Cet expert a utilisé des poupées Barbie. A 99,99%, les poupées Barbie sont blondes. Ce physicien israélien a peint en noir leur visage. Pour certains Israéliens, les Palestiniens sont les Nègres de leur temps ».

Daniel Pearl décapité par des terroristes islamistes avec l’image du petit Mohamed al-Dura incrustée dans la video d’al-Qaïda ? Ben Laden justifiant les attentats du 11 septembre 2001 par la mort de Mohamed al-Dura ? Se targuant de sa fonction de défenseur de l’association SOS-Attentats, Me Francis Szpiner récuse tout lien de cause à effet : « On a voulu faire porter tout cela [à Charles Enderlin] ! C’est scandaleux ! Les terroristes n’ont pas besoin de prétexte pour tuer et n’ont pas un raisonnement intentionnel ».

L’avocat général requiert la confirmation du jugement

D’une voix doucereuse, l’avocat général Antoine Bartoli (22), soucieux de ne pas être long à une heure tardive, requiert la confirmation du jugement condamnant pour diffamation M. Karsenty : « Il y a incontestablement des recherches, mais les sources sont « univoques par rapport à sa thèse », c’est-à-dire abondent dans son sens. Il dénie le bénéfice de la bonne foi.

L’étroit contrôle de l’Autorité palestinienne sur les médias, notamment internationaux

Pour Philippe Karsenty, Me Delphine Meillet souligne l’étroit contrôle des médias par l’Autorité palestinienne (23) - ce dont se plaint Reporters sans frontières (RSF) (24) - et l’engagement politico-journalistique de Talal Abu Rahma en faveur de la Cause palestinienne.

« L’Autorité palestinienne a pris une loi en 1995 qui prévoit une peine de six mois d’emprisonnement pour quiconque critique l’Autorité palestinienne. En plus des pressions exercées par cette Autorité sur les journalistes, pour parfaire le tableau, il y a l’affiliation politique des cameramen palestiniens utilisés par les médias internationaux. Parfois, les médias ne sont pas téméraires, et frisent la collaboration avec le pouvoir en place. Pour beaucoup, la règle est de rester en bons termes avec le pouvoir. C’est le cas de Talal Abu Rahma. Dans certains cas, l’information contrôlée est fabriquée, manipulée, tronquée. Comme l’a écrit Khaled Abu Toameh, journaliste du Jerusalem Post : « On ne sait pas ce qui se passe [dans les territoires de l’Autorité palestinienne] ».

Cette avocate cite les sources diverses, antérieures aux propos poursuivis de Philippe Karsenty, et ayant alimenté sa réflexion : les films de la Mena, d’Esther Schapira, le livre de Gérard Huber Contre-expertise d’une mise en scène (25), la question du député Roland Blum (26)…

« Philippe Karsenty n’est pas un extrémiste. Ses sources ne sont pas univoques : Canal +, un livre non poursuivi par les parties civiles. Philippe Karsenty a commencé à avoir des doutes. Il a mené une investigation. Sans vous [Ndlr : la Cour], il n’aurait jamais pu obtenir les rushes de France 2. Il a fallu sept ans pour les avoir. Pour tout le monde, ces rushes durent 27 minutes. Ceux visionnés durent 18 minutes. Il en manque un peu, [notamment] la scène de l’agonie de Mohamed al-Dura que Charles Enderlin a déclaré au Nouvel Obs ou à Télérama avoir coupée car elle était « insupportable » (27), déduit Me Patrick Maisonneuve.

Il interroge : « L’expert balistique n’est pas un mercenaire de Philippe Karsenty. Il corrobore ses affirmations. Les tirs ne provenaient pas de la position israélienne. Charles Enderlin maintient qu’il s’agit de tirs israéliens [Ndlr : Charles Enderlin approuve de la tête]. Ces images auraient-elles eu de telles conséquences sans son commentaire ? »

Il récapitule les invraisemblances, incohérences et mensonges émaillant l’affaire al-Dura et conclut sur la demande de relaxe de son client.

Enfin, la Laurence Trébucq donne la parole à la défense.

Avec cœur, Philippe Karsenty déclare : « Je suis sincère. J’ai fait une enquête sérieuse. Des gens ont payé de leur vie cette imposture médiatique réalisée par Talal Abu Rahma, commentée par Charles Enderlin et diffusée par France 2. L’histoire jugera ce mensonge (28). Dans cette affaire, il n’y a pas de complot, mais une somme de lâchetés. La plupart des médias se sont fourvoyés. Le rapport balistique prouvant mes affirmations sera bientôt en ligne. Les 18 minutes de rushes de France 2 seront prochainement en ligne sur un site américain. La vérité est plus forte que tout. Elle prévaudra un jour. Je maintiens mes accusations contre France 2 et je les renforce après avoir vu les images qui ont été présentées à la Cour et les explications abracadabrantesques de Charles Enderlin. Je me battrai jusqu’au bout pour faire reconnaître aux autorités françaises le mensonge Al Dura. Je le dois au père de Daniel Pearl (29), Judea Pearl, qui un jour m’a demandé d’obtenir justice au nom de son fils. Je le dois à mes parents qui m’ont élevé dans le respect de la vérité. Je le dois au peuple juif victime de massacres pendant 3000 ans à cause de mensonges comme celui-ci. Je le dois à la France dont des médias et certaines élites se sont fourvoyés pour couvrir ce mensonge inique. Je le dois à l’Histoire ».

L’arrêt sera rendu le 21 mai 2008.


(1) Le 22 novembre 2004. M-R.fr publiait « France 2 : Arlette Chabot et Charles Enderlin doivent être démis de leurs fonctions immédiatement » (http://www.m-r.fr/actualite.php?id=1064), un des deux textes aux passages jugés diffamatoires. Le 19 octobre 2006, Philippe Karsenty a été condamné par la XVIIe chambre du TGI de Paris pour diffamation à une amende de 1 000 euros, à verser à chaque partie civile un euro de dommages intérêts et à la chaîne publique et à son journaliste ensemble 3 000 euros au titre de l'article 475-1 du code de procédure pénale (frais de justice).

(2) Sur RCJ, Richard Prasquier avait poursuivi : ''Ces professionnels doivent enquêter sur les documents primitifs - le master - pour avoir des images de meilleure qualité afin d'éclaircir ce qui s'est passé. Ce qui ne s'est jamais fait auparavant. Ces images de la mort de Mohamed al-Dura, telles qu'elles ont été présentées par Charles Enderlin, annoncées par des chaînes, refusées par CNN, sont très graves. Elles ont tué, car elles ont créé des vocations de terroristes. C'est faux de dire : ''Maintenant, cette affaire, c'est du passé''. Les [images] de France 2 sont extrêmement troublantes. J'ai été très troublé''. (Guysen Internationa News, 15 janvier 2008).

(3) Sur des images filmées par Talal Abu Rahma, Charles Enderlin avait dit lors du reportage diffusé au JT le 30 septembre 2000 : « Près de l’implantation de Netzarim (bande de Gaza)… Jamal et son fils Mohamed (12 ans) sont la cible des tirs venus des positions israéliennes. Son père tente de le protéger... Une nouvelle rafale. Mohamed est mort et son père gravement blessé’’.

(4) Jean-Claude Schlinger est expert en Armes et Munitions près la Cour d’Appel de Paris et agréé par la Cour de Cassation. Son rapport est publié intégralement à http://www.m-r.fr/balistique.pdf.

(5) Le time code est un indicateur temporel affiché sur l’image.

(6) Charles Enderlin se trouvait à Ramallah pendant que Talal Abu Rahma se trouvait au carrefour de Netzarim.

(7) Evacuations par ambulances de Palestiniens simulant des blessures, Palestiniens passant calmement devant le poste militaire israélien, etc.

(8) Esther Schapira a réalisé, pour la chaîne allemande AR, le documentaire Qui a tué Mohamed al Dura ? (2001-2002), disponible en DVD.

(9) Talal Abu Rahma a déclaré le 3 octobre 2000, sous la foi du serment, au Centre palestinien des droits de l’homme : J’ai filmé approximativement 27 minutes de l’incident [al-Dura] qui a duré 45 minutes » (http://www.pchrgaza.org/special/tv2.htm). En septembre 2001, il répond à la réalisatrice Esther Schapira : « J’ai filmé environ six minutes de la scène des al-Dura. Six minutes sur 45 minutes de tirs sur l’enfant ». J’ai fourni six minutes de la scène des al-Doura. J’ai filmé du début des tirs jusqu’à la fin ». Dans les rushes de France 2 visionnés par la Cour d’appel de Paris le 14 novembre 2007, la scène des al-Dura dure moins d’une minute.

(10) Jamal al-Dura se plaint « de balles qui lui ont arraché les muscles et pulvérisé l’os ».

(11) Le 2 mars 2008, Daniel Seaman a déclaré à Guysen Internationa News-Paris : « Charles Enderlin n’a pas respecté le minimum de critères professionnels journalistiques de vérification, avant d’accuser Israël d’avoir tué Mohamed al-Dura. Il y a suffisamment de preuves de sources indépendantes prouvant l’incident al-Dura a été mis en scène pour les caméras. L’Etat d’Israël respecte énormément les médias. De nombreux médias du monde arabe travaillent librement en Israël. Les autoriser à travailler librement en Israël n’implique pas que nous soyons d’accord avec leurs positions. Comme toute démocratie, Israël assure une liberté absolue à la presse et ne retire pas aisément les accréditations de presse aux journalistes. Ceci est particulièrement vrai pour les journalistes travaillant pour la respectée France 2. Charles Enderlin est pleinement conscient de cela et se cache derrière cela pour tenter de distraire l’attention de son manquement professionnel. Le fait que Charles Enderlin dispose toujours de son accréditation presse de l’Etat d’Israël atteste de la force et de la tolérance de la démocratie israélienne, et non de l’intégrité du reportage de Charles Enderlin ce [30 septembre 2000]. La question n’est pas ’’Pourquoi Charles Enderlin a-t-il encore de son accréditif presse de l’Etat d’Israël ?’’, mais plutôt pourquoi France 2 l’emploie-t-elle encore ?»

(12) Idem

(13) Ce livre a été publié par Flammarion en 2001. Entretien exclusif avec Charles Enderlin par Elisabeth Schemla, 1er octobre 2002, à http://www.debriefing.org/25726.html

(14) Un Palestinien tire avec son arme à feu au travers d’un trou comme s’il s’était engagé dans un échange de tirs avec des soldats israéliens. Les images antérieures montrent la mise en scène : entouré de Palestiniens nonchalants, ce Palestinien tire dans… une pièce vide. Un Palestinien déambule calmement devant le poste israélien sans crainte d’être touché par des tirs, etc.

(15) Ce 27 février 2008, des médias anglo-saxons, français, arabes et israéliens sont représentés. Peu de médias français ont publié des comptes-rendus de l’audience instructive de visionnage des rushes de France 2. http://www.m-r.fr/danslesmedias.php?id=65 et http://www.debriefing.org/index0.php?sectionid=143

(16) Après avoir rappelé les rétentions d’informations, notamment des Palestiniens, le colonel Shlomi Am-Shalom, porte-parole adjoint de Tsahal, écrit le 10 septembre 2007 : « Nous sommes bien conscients des tentatives de mises en scène médiatisées et comme un doute s’est insinué à cet égard envers le dit reportage » à http://www.m-r.fr/page1.htm

(17) Nicolas Ciarapica, directeur de publication des sites Internet Blogdei/Bethel, a mis en ligne le 24 février 2006 la 2e partie de l’article Le grand ras-le-bol des Français juifs écrit par Stéphane Juffa, rédacteur en chef de la Mena, dont des passages ont été jugés diffamatoires par la XVIIe chambre du TGI de Paris. Ce protestant évangélique ami d'Israël a été condamné le 12 février 2008 pour diffamation raciale à l'égard de Charles Enderlin à une amende de 1 000 euros avec sursis et à verser un euro de dommage et intérêt et 1 000 euros au titre des frais de justice à Charles Enderlin. Il devra publier le jugement sur ces sites pendant deux mois.
Véronique Chemla, Charles Enderlin poursuit un chrétien ami d’Israël dans l’affaire al-Dura

(18) « Aaron Hauptman publia, le 12 novembre 2000, dans le courrier des lecteurs du quotidien Haaretz, une violente critique contre les théories formulées de façon indépendante par Yossef Duriel. Celui-ci assigna Aaron Hauptman en justice pour diffamation à son égard. Le tribunal de Tel-Aviv relaxa Aaron Hauptman. Il qualifia l’enquête de Yossef Duriel de « non professionnelle et non objective ». « Le travail de la commission d’enquête de Tsahal relative à l’Affaire al-Dura n’a pas été envisagé » par ce tribunal. Yossef Duriel interjeta appel et la Cour du district de Tel-Aviv a fait droit à sa demande et a récemment réformé le jugement de première instance. (Sources : Mena, Enderlin à nouveau pris par la Ména en flag de contrevérité, 19 juin 2006, et Guysen International News).

(19) Me Francis Szpiner est aussi l’avocat de la famille d’Ilan Halimi (z’’l), kidnappé, torturé et tué en février 2006 par le gang des Barbares dont le chef est Youssef Fofana.

(20) Robert Faurisson nie l’existence des chambres à gaz des camps nazis d’extermination lors de la Seconde Guerre mondiale et la Shoah. Il a été condamné par la justice pour contestation de crimes contre l’humanité. Le 4 juillet 2007, la Cour d’appel de Paris a confirmé sa condamnation pour avoir tenu des propos négationnistes en février 2005 sur la chaîne iranienne Sahar 1.

(21) Dans son livre 11 septembre 2001 : L’effroyable imposture (2002), Thierry Meyssan nie que deux avions se soient écrasés sur les Twin Towers (New York) et qu’un avion sur le Pentagone dans le cadre d’un attentat terroriste islamiste. Il diffuse une théorie du complot américain.

(22) Antoine Bartoli s’était prononcé contre la communication des rushes par France 2 et Charles Enderlin. Véronique Chemla, La Cour d’appel de Paris demande à France 2 les rushes sur l’incident al-Dura

(23) Le 12 octobre 2000, Yossi Avrahami (z’’l) et Vadim Nurzhitz (z’’l), deux soldats israéliens, qui s’étaient égarés à Ramallah, ont été sauvagement tués dans un commissariat de Ramallah (Cisjordanie) et leurs dépouilles mutilées par une foule palestinienne voulant venger la mort de Mohamed al-Dura.

(24) Une équipe de la chaîne de télévision italienne Retequattro (Mediaset) a filmé ces faits. Ses images ont été diffusées dans le monde, suscitant l’horreur devant cette barbarie. L’Autorité palestinienne a été mécontente de cette mauvaise image donnée d’elle. Par crainte de représailles, « toutes les télévisions italiennes présentes à Jérusalem, Gaza et la Cisjordanie, ont plié bagage. A l'origine de ce branle-bas de combat : les images exclusives du lynchage des soldats israéliens à Ramallah, tournées par une équipe de Retequattro (Mediaset), et la lettre de Riccardo Cristiano, l'un des deux correspondants de la RAI à Jérusalem, adressée à l'Autorité palestinienne. Dans celle-ci, le journaliste, s'adressant à ses “chers amis de Palestine” indiquait à propos des images de Ramallah. « C'est une chaîne privée italienne en concurrence avec nous (et non la chaîne de télévision officielle italienne) qui a filmé les événements. Par la suite, la télévision israélienne a transmis les images en les attribuant à une chaîne italienne, créant ainsi l'impression dans le public qu'il s'agissait de la RAI. Je veux souligner auprès de vous que ce n'est pas le cas parce que nous, nous avons toujours respecté (et continuerons de le faire) les procédures journalistiques prévues par l'Autorité nationale palestinienne pour le travail en Palestine et nous, nous sommes crédibles dans notre travail ». Craignant des représailles contre les journalistes, notamment Anna Migotto, auteur des images de Ramallah, Mediaset sonne le rappel de ses équipes (ce genre de document rend les Palestiniens furieux : non seulement il donne une mauvaise image d'eux, mais permet aux Israéliens d'identifier les coupables). Au siège de la RAI, on jure ne pas être au courant de la lettre de Cristiano, lequel est aussitôt convoqué à Rome. La télévision publique assure que le comportement du journaliste “est étranger à la manière dont la Rai conçoit le rôle de l'information” mais repousse les accusations de délation ». Eric Jozsef, L'Italie replie ses caméras, Libération, 21-22 octobre 2000

« Depuis le début de la deuxième Intifada, une grande partie de la presse [de l’Autorité palestinienne] s’est mise au service de la cause palestinienne. Après les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis, l’Autorité palestinienne, de crainte de voir son image ternie, a multiplié les pressions sur les journalistes pour les empêcher de couvrir des mouvements de soutien à Oussama ben Laden ». RSF, Rapport annuel 2002 - Censure et autocensure : des journalistes toujours sous la botte des dictateurs au Maghreb et au Moyen-Orient

(25) Gérard Huber. Contre-expertise d’une mise en scène. Editions Raphaël. Paris, 2003. 242 pages. ISBN : 2-87781-066-6
Interview de Gérard Huber par Véronique Chemla

(26) A l'Assemblée nationale (Paris), Roland Blum, député (UMP), a déposé le 8 novembre 2004 une question écrite à Renaud Donnedieu de Vabres, alors ministre de la Communication, '' relative à des images ... dont l'authenticité ainsi que l'interprétation sont contestées. Il s'agit du reportage, fait par un reporter palestinien de [France 2], qui se serait ensuite rétracté, et du correspondant permanent de la chaîne en Israël, censé montrer l'assassinat d'un enfant palestinien par des militaires israéliens, sous le regard du père ». M. Blum lui demande de « bien vouloir lui préciser si les faits qui ont été rapportés par la chaîne publique sont exacts, et dans le cas contraire, de lui faire connaître les résultats de l'enquête qu'il n'aura pas manquée de prescrire ''. Guysen International News, 21 novembre 2004.

(27) Charles Enderlin a déclaré à Télérama : « J'ai coupé l'agonie de l'enfant. C'était insupportable... Cela n'aurait rien apporté de plus ».

(28) La mort de Mohamed al-Dura tué par des tirs israéliens.

(29) Le journalise juif américain Daniel Pearl (z’’l) a été égorgé avec sur le fond de l’image de la vidéo de son exécution, celle de Mohamed al-Dura.


Visuels de haut en bas :
Les al-Dura

L’entrée de la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris.

Arlette Chabot

Philippe Karsenty

Bande de Gaza
Carrefour de Netzarim

Croquis de Charles Enderlin avec des emplacements erronés et à côté plan des lieux

Jamal al-Dura hospitalisé

Mohamed déclaré mort par Charles Enderlin et en train de soulever son coude et ses jambes et de regarder la caméra.

Photo du journaliste juif américain Daniel Pearl égorgé par des terroristes islamistes, avec des images des "al-Dura": © DR

Les grilles du jardin du Luxembourg lors de l’exposition Objectif Une : un demi-siècle vu par L’Express (2004). La légende du cliché des al-Dura, indiquait en français, anglais et espagnol : « 30 septembre 2000. Jamal al-Dura et son fils Mohamed, âgé de 12 ans, se protègent des balles israéliennes. L’enfant sera tué ». Des passants ont supprimé les mots « israéliennes, tué ». Des barrières métalliques ont été mises pour protéger le texte. L’autre photo représente l’un des assassins barbares de deux soldats réservistes israéliens, Yosef Avrahami and Vadim Norzhich, qui s’étaient égarés le 12 octobre 2000, et elle est ainsi légendée : « Un Palestinien montre ses mains trempées dans le sang de deux soldats israéliens lynchés dans un poste de police à Ramallah, en Cisjordanie ».

A lire sur ce blog :
Cet article a été publié sur ce blog le 5 octobre 2010.

mardi 24 mars 2015

Big Brother. L’artiste face aux tyrans


Le Palais des arts et du festival de Dinard, station balnéaire (Bretagne), a accueilli l’exposition éponyme et problématique d’art contemporain faisant référence au roman 1984 de George Orwell (1949). Cinq « œuvres artistiques » de Claude Lévêque , Kendell Geers, Marc Séguin et et Joana Vasconcelos  banalisent la Shoah, stigmatisent le sionisme et le judaïsme, et suscitent la méfiance quant à la réalité des attentats terroristes islamistes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) a alerté le commissaire de l’exposition, Ashok Adicéam, qui bénéficie du soutien de Sylvie Mallet, maire de Dinard. Les 24 et 30 mars, ainsi que le 7 avril 2015, Arte diffusera Un œil sur vous. Citoyens sous surveillance.


C’est la galeriste Francine Szapiro qui, le 28 août 2011, a révélé sur la radio Judaïques FM cette exposition estivale présentant plusieurs œuvres choquantes dans une ville non épargnée par les déportations.

« Une volonté délibérée de troubler, d’influencer les esprits de visiteurs » (Francine Szapiro)
Située près de Saint-Malo et du Mont Saint-Michel, Dinard a été fréquentée notamment par le romancier israélien David Shahar, le poète Juif de langue française Edmond Jabès. Depuis une douzaine d’années, elle développe une politique culturelle jalonnée par des rétrospectives Picasso, Foujita. Et s'oriente depuis quelques ans vers l’art moderne. Pourquoi pas ?

La scénographie de l’exposition distingue six « sections s’appuyant sur la pensée critique contemporaine » :  L’Empire des Signes/Roland Barthes, Les Origines du totalitarisme/Hanna Arendt (Acte I), La Société du Spectacle/Guy Debord (Acte II), L’homme révolté/Albert Camus (Acte III), Le Journal de Moscou/Walter Benjamin (Acte IV) et Oedipe Roi/Sophocle (Acte V). Seule l’ignorance peut ranger Sophocle, auteur de tragédies du Ve siècle avant l’ère commune, dans la « pensée critique contemporaine ». Le placer en fin de parcours – « un dénouement dans l’apothéose » (sic) - semble curieux et contraire à la chronologie. De plus, la place de telle ou telle œuvre dans certaines sections parait peu compréhensible.

Pour cette exposition, 33 artistes ont été sélectionnés. Sur quelle base ? Mystère.

Sur les 58 œuvres – peintures, photos, sculptures, installation, etc. - montrées, cinq (environ 11 %) sont particulièrement problématiques. Et c’est un euphémisme.

Décrivons ces œuvres choquantes :
-            Una Dirección/One way (2003) de Joana Vasconcelos née en 1971. « Dès l’entrée, ce que j’avais pris pour un cordon de guidance est en fait une suite de nattes de cheveux tressés [Nda : synthétiques, blonds, bruns et noirs]. Or, le seul endroit que je connaisse où l’on ait ainsi utilisé les cheveux des victimes pour fabriquer précisément des objets utilitaires, c’est Auschwitz. Rien ne le rappelle dans la notice de cette œuvre ».  Le catalogue indique que ces cordons « évoquent à la fois la façon dont les femmes sont socialement assignées à des places et à des conduites bien déterminées, ainsi que le rôle jouée par les idéals de beauté dans ce système oppressif ». Il est des raccourcis pour le moins gênant.

-            Arbeit Macht Frei (1992) de Claude Lévêque né en 1953. Un néon blanc en forme de Mickey désigne de sa main gauche l’inscription, en métal rouillé, « Arbeit Macht Frei » (Le travail rend libre) tristement célèbre pour être celle du fronton de l’entrée du camp d’Auschwitz (Pologne). « Devant moi, le commissaire de l’exposition expliquait, le jour du vernissage, que cette « œuvre » de Claude Lévêque symbolisait l’aliénation de l’individu par le travail, quel que soit le camp », se souvient Francine Szapiro. Et d’ajouter : « J’ai essayé alors de réagir à cette banalisation outrancière de l’expérience concentrationnaire (qui confinerait presque à une forme de négationnisme). J’ai essayé d’expliquer à ce commissaire et à ceux qui l’entouraient qu’Auschwitz n’était pas un camp de travail mais un camp d’extermination. Le commissaire n’a rien répondu et, lors d’une visite guidée ultérieure, une guide a déclaré que chacun pouvait voir dans cette œuvre ce qu’il voulait ! » Selon le catalogue, « l’artiste plonge dans son histoire – son grand-père fut déporté politique durant la Seconde Guerre mondiale. La pièce évoque selon l’artiste la question de l’amnésie ainsi qu’il l’explique : « La façon dont l’oubli peut être manipulé par des univers comme ceux développés dans Disneyland, où les gens baignent dans un environnement de rêve, de magie, de sorte qu’ils ne perçoivent plus de la même manière  la réalité. Pour moi, cet univers est du décervelage ». Quel rapport avec le complexe concentrationnaire d’Auschwitz ?

-           German Expres-sionism (2011) de Marc Séguin né en 1970. Un portrait d’Hitler sur lequel l’artiste a peint et dessiné : il a transformé une mèche en coulée descendant le long du côté droit du visage du Führer. « Ce trait d’union séparant les syllabes Express et Sionism, isolant ce dernier mot comme pour relier visuellement le sionisme et Hitler, comme pour créer une parenté non formulée, subliminale mais bien présente, entre les deux. Interrogé à ce sujet, le commissaire de l’exposition a déclaré, ce qui paraît incroyable, « qu’il n’avait pas remarqué le trait d’union ! » Le catalogue qualifie l’œuvre de « troublante » et définit l’expressionnisme : d’abord un « mouvement artistique fondamental des années 1920 » que les nazis ont réprimé en Allemagne, puis un terme « accolé à l’abstraction américaine de l’après-guerre ». Il s’interroge doctement : « L’art abstrait sera-t-il capable de « recouvrir » l’image de Hitler, finalement toujours reconnaissable malgré les atteintes des coups de pinceau ? C’est peut-être toutes ces concomitances que discute ici Marc Séguin ». Ah bon ! La place du trait d’union est problématique : pourquoi ne pas l’avoir placé par exemple après « ex » ?

-           Signs Taken for Wonders (102) de Kendell Geers (2007). Vingt-quatre matraques noires formant un Maguen David de deux mètres de haut se détachent d'un mur blanc. L’œuvre est placée sur le même mur que le Mickey montrant Auschwitz, entre le visage de Ben Laden au-dessus d'une robe du soir (Usama Bin Laden de Marc Séguin, 2005) et une photo en couleurs où des jeunes cagoulés jettent des pierres (Visions of the World, Grèce, été 2006, de Claire Fontaine, collectif de deux artistes le Britannique James Thornhill né en 1967 et la philosophe italienne Fulvia Carnevale née en 1975). « Vingt-quatre matraques noires qui sont comme autant d’accusations de brutalité adressées au peuple Juif tout entier, et pas seulement à l’Etat d’Israël. Avant d’être un des emblèmes de l’Etat d’Israël, l’étoile de David est un des symboles du judaïsme dans sa globalité. Cette présentation est d’autant plus malsaine et visiblement orientée que les jeunes de la photo jettent leurs pierres en direction du Maguen David, ce qui ne peut que renvoyer le visiteur à l’Intifada. Or, en s’approchant de tout près pour lire la légende, on découvre au contraire que la photo a été en réalité prise en Grèce ! La juxtaposition induit ici un amalgame particulièrement pernicieux, un amalgame qu’il est difficile de croire involontaire », précise Francine Szapiro.

-           The Treason of the Images (2001) de Kendell Geers. Huit photos en couleurs des Twin Towers de New York en feu, de destructions, de voitures entourées de flammes, de drapeau américain brûlant, de débris calcinés. Et sur chaque photo, est écrit en une police cursive blanche : « Ceci n’est pas une pipe ». Une allusion à La Trahison des images (1929), célèbre tableau de René Magritte qui a représenté une pipe légendée : « Ceci n’est pas une pipe ». N’est pas Magritte qui veut… De plus, Kendell Geers allègue que les images sont mensongères ou/et trahissent. Ce qui rappelle les rumeurs niant les attentats terroristes islamistes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Hasard ? Cette exposition s'est achevée le 11 septembre 2011.

« Un coup de colère » (Francine Szapiro)
A lire les observations inscrites sur le Livre d’or, la colère de Francine Szapiro est partagée par nombre de visiteurs.

« Je me suis un moment demandée si l’agence de communication de cette exposition, qui est aussi l’agence de communication du Mémorial de la Shoah [Heymann RenoultAssociées, Nda], avait vraiment eu en mains, avant de se charger de cette mission, toutes les pièces du dossier », s’interroge Francine Szapiro. Et d’ajouter : Ashok Adicéam, « commissaire de cette exposition Big Brother, a refusé d’être interviewé sur une des radios de la communauté juive. L’association EuroPalestine, particulièrement active à Saint-Malo", [agit] parfois sur Dinard. Le Conseil régional de Bretagne a soutenu et subventionné avec l’argent des contribuables la flottille française [voulant forcer le blocus de] Gaza. Depuis deux ans, la ville de Dinard multiplie les manifestations sur et autour de Céline… »

J’ai demandé à cette agence la possibilité d’interviewer le commissaire de l’exposition et d’avoir le catalogue. Sans obtenir la moindre réponse. Hasard ? Le dossier de presse omet de montrer les œuvres les plus choquantes.

L’implication de Sylvie Mallet, maire de Dinard, est manifeste : elle préface le luxueux catalogue de l’exposition, coédité par la ville de Dinard. Commissaire de l’exposition, Ashok Adicéam y a écrit un texte confus, émaillé de citations, mêlant le nazisme, le fascisme, « l’impérialisme américain face à la guerre en Irak » et le 11 septembre 2011 – qui est le tyran ? -, et héroïsant l’artiste face au tyran. A la lecture de l’avant-propos d’Ashok Adicéam, on peine à comprendre les visées de l’exposition.

Le 9 septembre 2011, Richard Prasquier, président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), a écrit à Ashok Adicéam. Il lui a fait part de son attachement à la liberté d’expression, et a alerté sur « ce qui se met en place : une intervention militante et idéologique qui conduit à essentialiser une certaine population. Vous remarquerez qu’aucun autre pays au monde en dehors de l’Etat d’Israël n’est essentialisé sous cette forme alors que des exactions incomparablement plus lourdes et plus dramatiques ont lieu dans d’autres pays. Nous pensons que la représentation d’Israël comme responsable de tous les maux est une forme d’antisémitisme sous le masque neuf de l’antisionisme. Pour votre information, nous recensons pour l’année 2010 466 actes antisémites commis sur le territoire national. Nous pensons que la diabolisation d’Israël est aujourd’hui la cause la plus importante de ces actes. Favoriser cette diabolisation c’est assumer l’inflation de ces actions contre les Juifs dans notre pays. Je ne crois pas que cela soit une attitude responsable »

Une lettre restée sans réponse.

Le 10 novembre 2011, Martina Craveia-Schütz, conseillère municipale de l'opposition, s'est indignée dans une Lettre ouverte aux Dinardais publiée dans Le Pays Malouin. Elle dresse le bilan de cette exposition de juin à septembre 2011 :
"Coût : 450 000 euros au bas mot, pour une fréquentation qui reste à démontrer Une telle exposition n'a pas laissé indifférent dans sa façon de banaliser le racisme, la violence, et de transformer la haine de l'autre en chose courante. Etait-ce le but recherché sous un alibi « culturel » ? Ce qu'il faut dire et porter à la connaissance de tous, comme je le fais sur mon blog www.dinard-demain.org ce sont les protestations qu'a générées cette exposition : indignation d'une galeriste, membre du jury du prix Rozan et du syndicat de la presse artistique Française lors d'une émission de radio, des mails de contestations envoyées à France 2 à propos de l'émission du matin, une lettre de protestation du Président du CRIF envoyée au commissaire de l'expo, ce dernier s'étant empressé de déclarer que l'expo avait été voulue comme telle par Mme Mallet, Véronique Chemla, journaliste indépendante qui exprime son désaccord sur son blog, et surtout les nombreux avis négatifs inscrits sur le livre d'or par les visiteurs, qui, bien sûr, ne sont pas montrés par Mme le Maire !... A nouveau, Louis Ferdinand Céline, le chantre de l'extrême-droite est au programme !... André Malraux disait très justement que « la culture n'a pas de prix, mais elle a un coût ». J'ajouterais que jamais ce coût ne doit aller jusqu'à transformer l'intolérable en acceptable, ni l'extrémisme en banalité".

On ne sait ce qui est le plus désolant : les messages politiques véhiculés par cette exposition ? Le soutien de l’édile de Dinard à cette manifestation ? La pédanterie de certains textes ? L'utilisation d'éminents écrivains ? Les visions partiales d’artistes ? Des politiques ou militants se présentant comme des artistes ?


Sous la direction de Sylvie Mallet, maire de Dinard, et de Ashok Adiceam, commissaire, Big Brother, l’artiste face aux tyrans. Préface de Jean-Jacques Aillagon. Ville de Dinard-Flammarion/Skira, 2011. 160 pages. 29 €. ISBN : 9782081264502. 

Du 11 juin au 11 septembre 2011
Au Palais des arts et du festival
2, boulevard Wilson. 35801 Dinard
Tél. : +33 2 99 16 30 63
Du mardi au dimanche de 11 h à 19h. Nocturne le vendredi jusqu’à 21 h

Articles sur ce blog concernant :
France
Shoah (Holocaust)
Cet article a été publié le 26 septembre 2011.