jeudi 29 janvier 2015

Odessa, portrait d'une ville


Ville portuaire d'Ukraine, sur la mer Noire, Odessa a été fondée en 1794 par Catherine II. S'y sont installés des personnes venues de tout l'empire russe et des pays limitrophes. De 1819 à 1859, Odessa était un port franc. Sous l'ère soviétique, c'était une base navale et depuis le 1er janvier 2000, le port d'Odessa est redevenu un port franc, en plus d'être une zone franche pour vingt-cinq ans.  A la veille de la Seconde Guerre mondiale, Odessa était peuplée notamment par la plus importante communauté Juive d'Union soviétique, soit 180 000 âmes sur 600 000 habitants. La Shoah a décimé cette population Juive. En écho au programme artistique et culturel Histoire d’Odessa conçu au MuCEM, dans le cadre de son Portrait de ville, le MAHJ consacre à Odessa un cycle de trois volets qui se poursuit par le portrait d'un artiste. Le 29 janvier 2015 à 19 h 30, Macha Makeïeff lira des extraits des Œuvres complètes d’Isaac Babel, publiées par Le Bruit du Temps, en 2011, dans une traduction Sophie Benech. 


Le point commun entre Léon Trotsky, fondateur de l'Armée rouge, Vladimir Jabotinsky, romancier et créateur du sionisme nationaliste et de l'Irgoun, Rabbi Nahman de Bratslav, "Messie des âges d'incroyance", Isaac Babel, "romancier des bas-fonds et des Cosaques", Pouchkine et Mickiewicz, Ilya Myetshnikoff, "premier prix Nobel de médecine russe, Timoshenko, qui invente le cinéma avant les frères Lumière, et Outouchkine, le premier as de l'aviation russe" ? Ils "sont tous nés à Odessa, ou y ont vécu".

En 1794, l'impératrice de toutes les Russies Catherine II (1729-1796) fonde Oddessa, cité située sur les bords de la mer Noire, et devenue en 1914 la troisième de Russie, après Saint-Pétersbourg et Moscou.

"Conçue par son premier gouverneur, le Français Armand-Emmanuel de Richelieu, comme une utopie libérale et moderniste", Odessa "accueille des élites cosmopolites - banquiers italiens, négociants grecs, seigneurs polonais, princes tatars -, mais aussi les Juifs de Pologne, de Lituanie et d'Ukraine, en butte à l'arbitraire et aux pogroms, qui y forment bientôt le tiers de la population. C'est à Odessa que surgit le génie Juif moderne, qui va révolutionner le monde du XXe siècle, de Paris à Berlin et de New York à Tel-Aviv". Michel Gurfinkiel en a retracé l'histoire.

En 1939, près d'un tiers de la population d'Odessa, port sur la mer Noire, était Juive. Après la Shoah , l'émigration notamment vers les Etats-Unis, et l'aliyah, subsistent environ 30 000 Juifs.

« Odessa… Odessa ! » de Michale Boganim
Par les témoignages de personnages chaleureux et émouvants à Odessa, New York et Ashdod, « Odessa… Odessa ! » de Michale Boganim, documentaire émouvant, évoque le souvenir de cette ville jadis russe, aujourd’hui ukrainienne, l’exil et l’errance des Juifs de cette cité mythique, un des berceaux de la culture yiddish, ainsi que « l’attachement charnel que l’on peut avoir à la terre de son enfance ». Ce documentaire en yiddish, russe et hébreu est sorti en France en 2005.

« Il existe une ville, au nord de la Mer Noire, qui porte le nom d’Odessa. Va savoir pourquoi, ce nom semble surgir d’un conte dont les phrases inlassablement répétées par quelques grands-mères, résonnent encore aux oreilles des adultes. Il était une fois, il y a très longtemps…La lecture des « Contes d’Odessa » d’Isaac Babel m’a mise sur le chemin de ce film. Puis le voyage que j’ai entrepris sur les lieux m’a amenée à rencontrer des personnages qui avaient le même humour, la même exubérance, les mêmes impressions, les mêmes gestes que ceux évoqués dans ces contes », se souvient la réalisatrice franco-israélienne Michale Boganim.

D’Odessa, ce port cosmopolite, les cinéphiles se remémorent la scène de la répression de la mutinerie des marins et du landau dévalant un immense escalier de pierre dans le « Cuirassé Potemkine » (1925) de Sergei Eisenstein.

Mouloudji exprimait sa nostalgie de Paname dans la chanson « J’ai le mal de Paris ». Ces Odessites nostalgiques ont le mal d’un pays-cité disparu. Odessa, c’est « le fil rouge », une ville idéalisée et disparue à laquelle ils sont profondément attachés. « Un des personnages dit : « Un toast pour Odessa Mamma, parce qu’il n’y a pas de meilleure mère ». « Brighton papa », c’est le pays d’adoption, New York ».

Ces Odessites âgés évoluent dans le souvenir de l’Odessa heureuse, cultivée et juive de leur enfance ou de leur jeunesse. Contraste saisissant : la synagogue est actuellement délabrée, vide, froide, et le quartier Moldavenka déserté. Les jeunes ? Peut-être ont-ils quitté la ville ou leur relation au judaïsme devient-elle plus ténue ? Et c’est désormais dans Little Odessa (quartier de Brooklyn à New York) et à Ashdod (Israël) que revit aussi Odessa.

Dans leur exil, ces êtres ont emporté leur patrie-ville, parfois un quartier, et conservent le souvenir de son âge d’or et de sa vitalité d’un antan pas si lointain. « D’arrivées en départs, d’illusions en désillusions, cette ville devient au fil du film un personnage fictionnel, une icône. Un endroit inaccessible et imaginaire. Des cartes postales que l’on accroche compulsivement sur les murs, une musique que l’on ressasse sans fin, jusqu’à saturation, jusqu’à l’excès », estime la réalisatrice. Pourtant, on ne sent nulle lassitude, nulle saturation chez ces êtres : leur bonheur est sans cesse renouvelé par l’écoute de leur musique, leurs rencontres conviviales, leurs dialogues, leurs fêtes, leurs danses, leurs moqueries, etc.
Ces Odessites exilés entretiennent un rapport étrange avec leur pays d’arrivée. Un personnage confie : « Nous étions Juifs à Odessa, nous sommes Russes en Israël et nos enfants seront israéliens ». Un autre s’amuse : « Nous avons amené [en Israël] nos traditions, celle du Père Noël ».

Michale Boganim filme « un monde qui disparaît. Les exilés odessites vivant à Brighton Beach ou à Ashdod sont eux aussi les dernières générations. Il n’y a pas de filiation. Les hommes que j’ai filmés sont les derniers hommes ».

Mais Odessa, ce mot qui résume leur foyer emmené en exil, ils le font revivre et en transmettent le souvenir. Ainsi, cette grand-mère exhibe fièrement à sa petite-fille, soldate dans Tsahal, les médailles de son défunt mari, témoignages de son patriotisme et de son courage.

« Odessa n’est pas le seul mythe de ce film. L’Amérique, comme nouvel Eldorado, et Israël, paradigme mythique de la Terre promise, sont deux autres pôles du film. A la fin, le paradis perdu n’est pas forcément Odessa, mais peut-être aussi l’Amérique ou Israël. Ce qui m’intéresse, c’est la façon dont les gens, avec le temps, se réinventent une Personne, ou un Lieu, tissent leur propre fiction. La force de la mémoire, c’est de transformer le réel… », déclare la réalisatrice. Ainsi, l’un des Odessites exprime sa tristesse et sa déception de constater, même en Israël, les divisions entre Juifs.

Michale Boganim a retenu une juxtaposition de couleurs à l’image des pays : un bleu-gris terne et froid à Odessa, des nuances encore un peu grises tranchées de rouille (couleur des briques des maisons) à Brighton Beach, et soudain, un blanc surexposé à Ashdod, « une ville de développement-type en Israël, un état permanent de chantier où le bruit des constructions nous dit que d’autres immigrés vont arriver », une cité proche du désert, à l’urbanisme moderne et gorgée de lumière, de chaleur.

Le Prix CICAE-Art et Essai au Festival de Berlin et le Prix du meilleur réalisateur au Festival de Jérusalem ont couronné ce film émouvant sur un haut lieu juif détruit par la Shoah, et témoignant de l’aptitude juive à le refaire vivre grâce à la mémoire et jusque dans l’exil.

Pour les personnes originaires d’Europe centrale et orientale, cette co-production franco-israélienne offre le plaisir particulier d’entendre la langue parlée par leurs parents ou grands-parents : le yiddish.

Ces Odessites nous touchent par leurs solitudes, leurs retrouvailles festives ou amicales, leur amour de l’opéra ou leur souhait de réussir dans le monde du spectacle, de s’échapper par la comédie d’une vie monotone et difficile. Leur douleur qui affleure est sensible aux exilés et enfants d’exilés, aux survivants d’un monde disparu.

« Ce film est traversé par l’absence. La mélancolie s’y traduit par l’incapacité des personnages à s’ancrer dans le lieu dans lequel ils sont projetés… Un personnage nous livre une définition de ce qu’on appelle la nostalgie : « Certains disent qu’il faut que je retourne dans mon pays et ce sentiment me passera… Mais peut-être que cela me passera, mais peut-être pas ».

L’exil, c’est plus qu’une blessure, c’est un mode d’être permanent, indélébile, inéluctable ».

Le Farband a montré le 2 juin 2014 « Odessa… Odessa ! » de Michale Boganim

Portrait d'Odessa 
En écho au programme artistique et culturel Histoire d’Odessa conçu au MuCEM, et dans le cadre de son Portrait de ville, le MAHJ consacre à Odessa un cycle de trois volets qui débute le 18 novembre 2014 à 19 h 30 par la conférence Odessa, ville juive ? par Francis Conte, université Paris-Sorbonne, chaire de civilisation russe et soviétique, commissaire de l’exposition « Les chemins d’Odessa ». "Dans l’Europe centrale et orientale du XIXe siècle, la cité nouvelle d’Odessa devint une ville refuge et plus encore une ville espoir pour de nombreux juifs de la « zone de résidence ». Si un dicton proclamait que l’on pouvait désormais « vivre comme Dieu à Odessa », qu’en était-il vraiment ?"


Le MAHJ poursuit son cycle de trois volets par le portrait d'un artiste. Il a projeté le 14 décembre 2014 à 15 h 30 "Philippe Hosiasson. Regards à l'œuvre", documentaire de David Grinberg (France, 58 min, 2013). "Philippe Hosiasson (1898-1978) est né à Odessa. Cousin de Boris Pasternak, ami d’Isaac Babel, il connut les pogroms, les derniers soubresauts de l’empire et les premiers pas de la révolution d’Octobre. Il émigra en Italie puis à Berlin avant de s’installer définitivement à Paris dans les années 20. Il fréquenta André Derain et Pablo Picasso, la ville de florence lui consacra une grande exposition dans les années 30, puis New York dans les années 50 où il se lia d’amitiés avec Marc Rothko, Sam Francis et Robert Motherwell. Ce documentaire part sur les traces de cette vie tumultueuse et cependant discrète, à la recherche des lieux qui ont compté pour son regard. Explorant les tableaux essentiels, il remonte aux sources du geste et révèle les « sentiers » empruntés par son œuvre, de la figuration jusqu’aux rives nouvelles de l’abstraction.  Philippe Hosiasson était à l’image de sa ville natale. Odessa, sorte de Faubourg Saint-Germain surgi dans quelque désert des Tartares, de rêve européen enté sur un rivage pas moins livré aux mythes et aux monstres qu’à l’époque d’Hérodote. Civilisation et barbarie également extrêmes ; son œuvre avait à accueillir ces deux versants, à les réunir. Excellent peintre « classique », au sens où on le disait de Derain, dès sa jeunesse, Hosiasson n’est devenu lui-même qu’à partir du moment - après 1945 - où il osa obéir à ses déchirements..." (Pierre Schneider, Catalogue Regards, Paris, 1993). La projection sera suivie d’une rencontre avec Germain Viatte, conservateur général honoraire, directeur du Musée national d’art moderne (1992-1997).

Le 29 janvier 2015 à 19 h 30, Macha Makeïeff lira des extraits des Œuvres complètes d’Isaac Babel, publiées par Le Bruit du Temps, en 2011, dans une traduction Sophie Benech. « Je crois que l’on peut dire beaucoup de bien de cette importante et charmante ville de l’Empire russe. Pensez donc, une ville où la vie est facile, la vie est claire. La moitié de sa population est constituée de Juifs, et les Juifs, c’est un peuple qui a établi un certain nombre de choses très simples. Ils se marient pour ne pas être seuls, ils tombent amoureux pour vivre éternellement, ils mettent de l’argent de côté pour avoir une maison et offrir à leurs épouses des vestes en astrakan, ils ont l’amour de leurs enfants parce que c’est chose fort bonne et nécessaire que d’aimer ses enfants » (Isaac Babel, Chroniques de l’an 18 ,(raduit du russe par André Markovicz, Irène Markovicz et Cécile Térouanne, Actes Sud, 1996)  Après Marseille, "où elle faisait entendre un spectacle qui mêlait les mots de Babel à ceux de l’auteur contemporain Philippe Fenwik, Macha Makeïeff propose une lecture imagée et musicale pour célébrer l’Odessa d’Isaac Babel. Cette lecture clôt le cycle « Odessa » en trois volets imaginé par le Mahj. Metteuse en scène de théâtre, créatrice de décors et de costumes et fondatrice avec Jérôme Deschamps de la compagnie Deschamps & Makeïeff, Macha Makeïeff est dirige La Criée centre dramatique national de Marseille depuis 2011.


« Odessa… Odessa ! » de Michale Boganim
France/Israël, 2005, 1h42
Avec Yulian Tchdnovski, Lucia Tkatch-Bekker, Rachel Gorenstein, Ilya et Rita, Rabinovitch, Shika, Albert, David, Ester, Victoria, Ester Khosid, Tania Krivoruchka, Valery Yakalevich Krivoruchka
Production Moby Dick Films, Frédéric Niedermayer (France), Transfax Films Production, Marek Rozenbaum et Itai Tamir (Israël)
Sortie en France le 17 août 2005
Au Cinéma L’Arlequin, 76, rue de Rennes, 75006 Paris. Version originale avec sous-titres en français
Diffusion de Little Odessa, de James Gray sur Arte les 26 et 28 mars 2014

Visuels : © DR
Escalier du boulevard Nicolajewski, Odessa

Philippe Hosiasson

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English

Cet article a été publié par Guysen en 2005 et sur ce blog les 26 mars et 1er juin 2014.
Il a été republié le :
- 17 novembre et 12 décembre 2014. 

mardi 27 janvier 2015

« War Story, 1995-1996 » de Mikael Levin


Le musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) a présenté War Story, 1995-1996 du photographe américain Mikael Levin, dans le cadre de l'exposition collective La collection contemporaine du MAHJ : un parcours. Plus de 60 tirages photographiques sur des textes du père du photographe, le correspondant de guerre et écrivain américain Meyer Levin (1905-1981), ainsi que des reproductions de photographies d’Eric Schwab (1910-1977). Une exposition inscrite dans le programme des Journées européennes de la culture et du patrimoine Juifs. A l’occasion de la parution de l’ouvrage 1945. La découverte des camps d’Annette Wieviorka (Seuil, 2015), le MAHJ organise le 5 février 2015 à 19 h 30, la rencontre, modérée par Emmanuel Laurentin, producteur de La Fabrique de l’Histoire à France Culture, 1945, la découverte des camps


« En 1944-1945, mon père, le correspondant de guerre américain Meyer Levin, fit un voyage à bord d’une jeep à travers l’Europe, en compagnie du photographe français Éric Schwab. Pour rendre compte de la guerre, ils partirent de Paris, se dirigèrent vers l’Est et furent témoins de la bataille des Ardennes, de la progression des Alliés en Allemagne, de l’ouverture des camps de concentration et des premiers soubresauts de la Guerre froide. En suivant le récit que fit mon père de ce voyage tel qu’il apparaît dans son autobiographie In Search, j’ai retracé en 1995 son itinéraire et celui d’Éric Schwab, en photographiant les lieux qu’il décrivit dans leur état actuel. Je présente ici ces photographies en les confrontant à des extraits d’In Search et à un choix de photographies d’Éric Schwab datant de 1945 », écrit Mikael Levin en présentant War Story.

Meyer Levin
Meyer Levin nait en 1905 dans une famille Juive pauvre de Chicago et originaire de Lituanie.

Son talent de « raconteur », selon le mot d’Hemingway, est décelé par ses professeurs.

A 24 ans, Meyer Levin écrit sa première nouvelle, Reporter, qui est publiée.

Las ! Le grand krach financier de 1929 survient. Influencé par l’auteur de romans naturalistes Theodore Dreiser (1871-1945), Meyer Levin écrit des romans sociaux, en évoquant dans un style sobre la vie d’immigrants Juifs de Chicago - Frankie et Johnnie (1930), The New Bridge (1933), The Old Bunch (1939) et Citizens (1940) – et la vie dans un kibboutz (Yehuda, 1931).

Pendant la guerre d’Espagne (1936-1939), ce correspondant de guerre aux côtés des Républicains rencontre Hemingway avec lequel il noue une amitié.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Meyer Levin participe aux films de propagande de l’Armée américaine à Hollywood, puis à Londres.


Après le débarquement allié en Normandie, il parvient à se faire accréditer comme correspondant de guerre. Envoyé au Luxembourg, il est l’un des rares journalistes à assister à l’offensive allemande surprenante dans les Ardennes. Son reportage, un scoop documenté, intéresse vivement notamment des commandants alliés.

« Mon père écrivait pour deux petites agences de presse : la Jewish Telegraphic Agency (JTA) et l’Oversees News Agency (ONA). Alors que JTA était intéressée par les seules histoires “juives”, c’est-à-dire des soldats Juifs, l’ONA couvrait une thématique plus large. En fait, l’ONA était une sorte d’organisation paravent à JTA ; elle avait été créée par les mêmes personnes dans les années 1930 pour faciliter l’accès des correspondants Juifs aux événements interdits d’accès aux Juifs. Dès 1940, [Meyer Levin] avait pressenti que l’expérience de la guerre serait l’évènement central de son époque. Comme romancier, il sentait que pour écrire sur son époque, il devait faire l’expérience la plus proche de la guerre. Il était trop âgé pour être muté dans une unité de combat, mais comme correspondant de guerre il pouvait témoigner de ce que traversaient les soldats. C’est la raison de sa venue en Europe. Au fur et à mesure où l’ampleur de la tragédie des communautés Juives d’Europe était connue, il a pris conscience qu’il devait écrire sur leur histoire, et s’y dévouer entièrement », précise Mikael Levin.

Et d’ajouter : « Dès [que Meyer Levin] entendait parler de la libération d’un camp de concentration, il s’y précipitait. Il écrivait sur la situation dans les camps et dressait la liste des survivants et faisait circulait ses listes dans les camps car, au début, quand il arrivait dans les camps, les survivants griffonnaient leurs noms sur sa Jeep qui rapidement en était entièrement recouverte. Les survivants des camps s’agglutinaient autour de sa Jeep quand il arrivait dans un camp à la recherche des noms de ceux qu’ils connaissaient. A Theresienstadt, une femme a découvert le nom de son mari écrit sur sa Jeep. Les parents de mon père étaient des immigrants lithuaniens. Aussi, mon père s’est beaucoup identifié aux Juifs européens. Il a dit : « Ces personnes sont les enfants des mêmes parents que les miens ». Il parlait le yiddish, et s’était rendu à plusieurs reprises en Europe avant la guerre. Il était allé en Palestine ; il avait écrit des articles pour JTA dans les années 1920, sur les premières émeutes des [Arabes] palestiniens contre les habitants Juifs… Le premier camp découvert était Ohrdruf, c’était une date charnière et mon père a dit : « Rien n’a plus jamais été pareil ».

Comme Meyer Levin ne voulait pas parler de la guerre, il invitait son fils à lire In Search. « Dans ses premiers écrits, on voit un conflit entre son identité comme Juif et son désir de s’identifier comme Américain. Ce genre de conflit est fréquent parmi les immigrants de la première génération. Durant la guerre et avant la bataille des Ardennes, mon père a signé « Meyer Levin » ses articles, et lors de cette bataille « Mike Levin ». Il a américanisé son nom, et tous ses articles, au lieu de parler de GIs prénommés Saul et Adam, ont pralé de types dénommés Jo et Sam. Il a continué à signer « Mike Levin » jusqu’à son arrivée à Buchenwald. Alors « Meyer » est réapparu. C’est comme s’il réalisait alors : « Mon identité est Juive. Peut-être un Américain Juif, mais un Juif ». Et presque tous ses articles postérieurs ont traité de la situation des survivants des camps de concentration. Il a continué de s’y impliquer après la fin de la guerre ; le D.P.'s. One project était un film sur un orphelin de guerre qui va en Palestine pour chercher ses parents car ceux-ci lui avaient dit qu’après la guerre ils s’y rencontreraient ».

Au printemps 1945, Meyer Levin est traumatisé par la découverte des camps de concentration. Comment le peuple allemand si cultivé a-t-il pu commettre la Shoah ? Cette question parcourt son autobiographie In Search (1950).

En 1946-1947, Meyer Levin filme dans le documentaire The Illegals le périple des survivants Juifs des camps au travers de l’Europe occupée pour embarquer clandestinement vers la Palestine mandataire (Eretz Israël). Les jeunes protagonistes polonais de My Father’s House (1947) et Eva (1959) partagent cet espoir sioniste.

En 1948, Meyer Levin épouse Tereska Torres, résistante au sein des « Volontaires françaises » et femme de lettres. Le couple a deux fils, Gabriel, poète israélien né en 1948, et Mikael né en 1954.

En 1950, Meyer Levin découvre Le Journal d’Anne Frank grâce à son épouse. Il convainc Otto Frank, le père de l’adolescente Juive, de l’intérêt d’une adaptation théâtrale du livre. « La voix d’Anne Frank est devenue la voix des six  millions d’âmes Juives disparues », écrit Meyer Levin dans The New York Times (1952). Evincé de l’adaptation théâtrale du Journal d’Anne Frank - Frances Goodrich et Albert Hackett lui sont préférés – il souhaitait insister sur « la lutte pour une identité juive lors de l’extermination de la population Juive européenne » -, Meyer Levin se brouille avec Otto Frank. Dans The Obsession (1973), il relate les problèmes, notamment juridictionnels, liés à son adaptation théâtrale du Journal.

Tereska Torrès évoque cette obsession dans Les maisons hantées de Meyer Levin (1974, rééd. en 2005).

En 1996, dans sa thèse universitaire An Obsession with Anne Frank: Meyer Levin and the Diary, Lawrence Graver retrace ce combat de Meyer Levin : « L’histoire de Levin atteste de l’incommensurable difficulté, voire de l’impossibilité, de trouver un chemin authentique pour témoigner de la Shoah dans une société gouvernée par l’argent, la culture de masse, l’omnipotence des médias, l’optimisme démocratique et une certaine prédisposition au réconfort facile » indiquait un dossier de presse en 2003.

La perpétration du mal interpelle Meyer Levin. Publié en 1956, Compulsion (Crime) est inspiré d’un fait divers : en 1924, Richard Loeb et Nathan Leopold, deux jeunes Juifs bourgeois, intelligents et condisciples de Meyer Levin, ont assassiné un adolescent âgé de 14 ans, Bobby Franks, dans le but de commettre « un crime parfait ». Journaliste au Chicago Tribune, Meyer Levin couvre le procès des deux assassins. Son livre est adapté à Broadway et au cinéma par Richard Fleischer (Le génie du mal avec Orson Welles).

Meyer Levin consacre nouvelles et romans à l’Etat d’Israël : Gore and Igore (1968), The Settlers (1972) et The Harvest (1978).

Il se rend en Ethiopie avec son épouse pour tourner à Ambover The Fellashas (1963). Il combat pour que cet Etat accueille les Juifs d’Ethiopie.

Meyer Levin meurt et est enterré à Jérusalem en 1981.

Architect (1982), son dernier livre publié à titre posthume, est une biographie romancée de l’architecte Frank Lloyd Wright dont le cadre est le Chicago du début du XXe siècle.

Eric Schwab

 En 1945, dans l’Armée américaine, l’écrivain Meyer Levin est chargé de retrouver les vestiges des communautés juives européennes. Il s’y lie d’amitié avec Eric Schwab (1910-1977), correspondant de guerre pour l’AFP.

Né à Hambourg d’un père français, Eric Schwab grandit entre l’Allemagne, la France, la Suisse et les Etats-Unis. Il débute comme assistant-monteur en France sur des plateaux de cinéma (1928-1930). Après son service militaire au Maroc, il travaille comme photographe-reporter pour des agences et journaux : Vu, Life, Vogue.

Mobilisé en 1939, il est fait prisonnier à Dunkerque le 4 juin 1940, s’évade dès le lendemain, retourne à Paris en juillet 1940 et vit dans la clandestinité sous l’Occupation. En juin 1945, ses photos des crimes nazis sont exposées au Grand Palais.

Il est correspondant pour l’AFP (1945-1948), puis pour diverses organisations onusiennes : OMS, UNESCO. Il cherche sa mère allemande déportée en 1943. Il la retrouve au camp de Theresienstadt.


Les paysages de Mikael Levin
Petit-fils du sculpteur Mark Szwarc, Mikael Levin grandit entre Israël, les Etats-Unis et la France.

Il est diplômé en cinéma et photographie. En 1977, la Photographer’s Gallery à Londres organise sa première exposition individuelle : des clichés de casbah de villes marocaines.

En 1980, il présente Sodome et Gomorrhe, douze photographies de la mer Morte et du désert de Judée légendées d’extraits correspondants de la Bible.

Installé à New York en 1980, il photographie notamment en 1983 la forêt suédoise accompagnée d’un poème de Thomas Tranströmer (The Clearing), en 1983-1987 le lac Ericbergssjön à Södermanland (Suède), le territoire de Belfort (1987-1990), Nantes (2000), Chateaubleau (2001), La Bassée (2002)...

The Border Project l’amène à étudier la notion de frontière entre la France, la Belgique, le Luxembourg et l’Allemagne lors de la négociation des accords de Schengen (1993).

Common Places (1996-1998) concerne quatre villes européennes : Cambrai, Erfurt, Katrhinholm, Thessalonique.

En 2003, la Bibliothèque nationale de France, en son site Richelieu, réunit Border Crossingsréflexion mélancolique sur ce qui reste des frontières dans une Europe qui veut les abolir -, Common Places (1996-1998) – quatre villes européennes accueillant des populations d’origines variées -, Elsewhere et Chambres d’amis (2000) sur Nantes.

La Fondation Pro-Mahj a attribué à Mikael Levin le prix Maratier 2009 pour Cristina’s History, « récit en images qui retrace, à travers l’histoire européenne moderne, faite d’espoirs sans cesse anéantis et refondés, l’itinéraire, sur quatre générations, d’une famille juive, celle de Mikael Levin, depuis Zgierz en Pologne jusqu’à la Guinée-Bissau, en passant par Lisbonne ». En 2010, le MAHJ a présenté Cristina’s History.

War Story
L’idée de War Story surgit chez Mikael Levin alors qu’il photographie les restes des frontières en Alsace. Alors qu’il observe un pont, il songe à une vue similaire dans The Illegals.

En 1995, Mikael Levin suit le parcours de son père en prenant des photographies des lieux où s’était rendu son père 50 ans plus tôt avec Eric Schwab. Meyer Levin et Eric Schwab ont vu la chute de Cologne et de Francfort, ainsi que la libération des camps : Ohrdruf...

War Story n’est pas un « projet documentaire… Je voulais faire un voyage personnel et enquêter sur ce qu’est la mémoire sur un niveau personnel. Je voulais photographier les lieux importants dans l’expérience de mon père… Je me suis rendu à Ohrdruf, un camp de concentration, partie de Buchenwald et qui a été le premier camp libéré par l’armée américaine, donc une presse nombreuse l’a photographié. Auschwitz avait été libéré plus tôt par les Russes, mais c’était à l’Est et les histoires semblaient trop incroyables pour être crédibles. Ohrdruf était alors aussi connu que Buchenwald et Auschwitz. Mais maintenant, il est complètement oublié car après la guerre il se trouvait en Allemagne de l’Est, dans une zone militaire fermée, une partie d’une immense base militaire russe. Même aujourd’hui il est fermé. Mon père a été parmi les premiers à entrer dans ce camp. Quand j’y suis allé, il m’a semblé que toute la zone était imprégnée par cette peine immense. Dans ce lieu, 5 000 hommes sont morts de maladies et de faim, ou ont été tués… et il n’y avait pas de trace à voir ! Quand [l’officier de l’armée russe qui m’a accompagné] m’a désigné la colline où sont localisées les fosses communes, j’ai éprouvé une grande tristesse pour ces gens oubliés dont la tombe n’est jamais visitée… Pour moi, la photographie devient une expression du texte de mon père. Ce n’est plus le lieu lui-même qui est significatif, mais son image. Quand vous faites une photographie, vous créez un souvenir. Les photographies sont des souvenirs en eux-mêmes », explique Mikael Levin.

War Story a été présenté au Kunstfest de Weimar ; en 1997 à l’International Center of Photography de New York, au Deutches Filmmuseum de Frankfurt, à la Kunsthalle II d’Innsbruck ; en 1998, à la Haus am Kliestpark de Berlin avec Burden of Identity – portraits de Juifs berlinois -, au Rathaus de Düren ; en 1999 au Lippisches Landesmuseum de Detmold, à la Handelshof de Leipzig et en 2003, au Centre historique des Archives nationales à Paris.

En 2003, dans le cadre du cycle de ses « Grands documents », le Musée de l’Histoire de France à l’hôtel de Soubise a présenté deux expositions de récits et de photographies d’époque et contemporains, souvent inédits, montrant l’horreur des camps deconcentration. Leur titre : 1945, Regards et Écrits sur la guerre. War Story : Mikael Levin Allemagne, avril-mai 1945 : Buchenwald, Leipzig, Dachau, Itter : Eric Schwab (AFP).

Un lieu contigu au Musée de l’Histoire de France a été dédié à la confrontation des photos de Mikael Levin et d’extraits d’In Search (1950), l’autobiographie de Meyer Levin, qui découvre la Shoah dans le « cœur noir de l’Allemagne ».

Un espace a été consacré au reportage d’Eric Schwab dans l’Allemagne (Buchenwald, Leipzig, Dachau et Itter) d’avril-mai 1945. Ces clichés révèlent à la fois son regard humaniste et celui empreint d’une humanité douloureuse, grave et digne des déportés.

En trame de cette exposition : les relations entre mots et photos pour représenter et exprimer une réalité tragique, la confrontation du passé et du présent, ainsi que l’affection entre ces trois hommes...

Ce Musée de l’Histoire de France analysait ainsi la particularité de l’œuvre de Mikael Levin : « Après s’être longtemps consacré au paysage, un paysage le plus souvent marqué par sa vastitude inanimée, son mystère et sa poésie silencieuse, Mikael Levin a fixé les traces ténues, lorsqu’elles ne sont pas absentes ou en passe de disparaître, de notre mémoire et de notre identité contemporaines. Mémoire des camps et de la Shoah (War Story), mémoire des limites géo-politiques (BorderCrossings) qui ont autrefois fait l’Europe, mémoire d’un grand port déchu spécialisé dans la traite des noirs et le commerce triangulaire (Nantes, avec Elsewhere et Chambres d’amis) ».

En 2004-2005, le musée de la Résistance nationale a présenté des photographies qu'Eric Schwab avait prises des camps de concentration en avril et mai 1945 en Allemagne.

En 2011, sur les cimaises du MAHJ, des numéros indiquaient l’ordre chronologique du récit de War Story dans les foyers de l'auditorium.

A l’occasion de la parution de l’ouvrage 1945. La découverte des camps d’Annette Wieviorka (Seuil, 2015), le MAHJ organise le 5 février 2015 à 19 h 30, la rencontre, modérée par Emmanuel Laurentin, producteur de La Fabrique de l’Histoire à France Culture, 1945, la découverte des camps. "En présence de l’auteur, avec la participation de Mikael Levin, artiste, fils de Meyer Levin, et de Dominique Torrès, journaliste, fille de Tereska Torres et de Georges Torres adoptée par Meyer Levin, son beau-père. "Buchenwald, Dachau, Bergen-Belsen... La découverte des camps de concentration nazis par les Alliés, en avril et mai 1945, se fit au fur et à mesure de la progression des troupes. Correspondants de guerre, deux hommes sont parmi les premiers à entrer dans cet enfer. Le premier s’appelle Meyer Levin. Il est américain, écrivain et journaliste. Le second est un Français – Éric Schwab – photographe à l’AFP. Tous deux circulent à bord d’une jeep de l’armée américaine. Tous deux sont juifs. Tous deux sont animés par une quête obsédante : le premier recherche ce qui reste du monde juif, le second recherche sa mère déportée. Annette Wieviorka retrace leur itinéraire dans les premiers moments de cet événement dont l’onde de choc n’a cessé d’ébranler la conscience mondiale".


« War story », de Meyer et Mikael Levin et « Allemagne, avril-mai 1945 » de Eric Schwab. Ed. CHAN

Jusqu'au 11 septembre 2011
Au MAHJ
Hôtel de Saint-Aignan
Foyers de l'auditorium
71, rue du Temple, 75003 Paris
Tél. : (33) 1 53 01 86 53
Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 11 h à 18 h, mercredi de 11 h à 19 h 30, dimanche de 10 h à 18 h. Fermé le samedi.

Le 4 septembre 2011, à 15 h, dans le cadre des Journées européennes de la culture et du patrimoine Juifs : visite guidée de l’exposition La collection contemporaine du MAHJ : un parcours avec Nathalie Hazan-Brunet, commissaire de cette exposition. Entrée libre au musée. Renseignements et réservations : 01 53 01 86 62 – individuels@mahj.org

Visuels :
Le magazine de France, n° spécial "Crimes nazis", 2e trimestre 1945, (coll. MRN)
En couverture. Buchenwald. Un déporté "dysentrique mourant", allongé sur sa paillasse.
Photographie d'Eric Schwab, [vers le 12 avril 1945]. AFP, n° 118433

A lire sur ce blog :
Les citations sont principalement extraites du site Internet de Mikael Levin.
Cet article a été publié en une version concise dans Actualité juive et sur ce blog les 26 août 2011, 3 septembre 2011.

dimanche 25 janvier 2015

Raed Bawayah. Empreintes de passage


Dans le cadre du mois de la photo 2014, la Maison européenne de la Photographie (MEP) présente l’exposition  éponyme et ennuyante. Trois séries de photographies monotones, en noir et blanc, moyens et grand format, sur des ouvriers ou malades « palestiniens », des SDF en Allemagne et des Tziganes en France. Des clichés déjà montrés dans d’autres expositions de Raed Bawayah.


Raed Bawayah est né en 1971 « en Palestine, non loin de Ramallah, et son village Qatanna devient vite l’objet de sa première série de photographies Souvenirs d’enfance », indique le dossier de presse de la MEP. Déjà, en 2007, la Galerie Serge Aboukrat présentait ce photographe comme « né en Palestine ». Eh bien, non, Ramallah n’est pas en « Palestine », mais dans les territoires disputés.  

Avec « The Palestinian Dream » d’Andrea et Magda  à la TD Galerie, c’est la deuxième exposition dans le cadre du mois de la photo 2014.

Aides françaises
Orphelin de père à l’âge de sept ans, Raed Bawayah  gagne sa vie en vendant à la sauvette à Jérusalem, et se passionne pour les appareils photographiques des touristes en Israël.

Agé de 27 ans, il entre à l’École de photographie Musrara de la capitale israélienne.

« Tous les jours, il effectue près de 3 heures de marche et de bus, au péril de sa vie, pour franchir la frontière imposée par la seconde intifada. Arrêté par les gardes de la frontière, Raed Bawayah restera enfermé 15 jours à la prison de Jérusalem ». On retient ses larmes. 

Raed Bawayah multiplie les expositions : galerie de Dovlaire, Musrara School of Photography, New Media and Music, à Jérusalem, galerie Abu Shaqrah, Um AlFahem, Centre Culturel Tel-Aviv...

En 2003, Son exposition individuelle itinérante Salom est parrainée par les « Centres culturels français en Palestine, Jérusalem, Ramallah, Nazareth, Naplouse et Gaza ».

Diplômé en 2004 de cette Ecole, il multiplie les expositions en Israël. Présentée dans une galerie de Tel Aviv, son exposition personnelle itinérante « Identification N° 925596611» est parrainée par les « Centres culturels français en Palestine, Jérusalem, Ramallah, Nazareth, Naplouse et Gaza ». Elle sera présentée au Centre culturel iranien à Paris et à la Cité Internationale des Arts à Paris qui l’invite en 2005. 

Lors de sa résidence, il expose sa série Identification N°925596611, sur les « travailleurs palestiniens sans permis de travail en Israël ». Un thème auquel il a été sensibilisé lors de sa détention.

En 2006, avec le photographe israélien Pavel Wolberg, il expose ses clichés dans l’exposition Ramallah-Tel-Aviv au jour le jour à l’Hôtel de Ville de Paris puis à Naples (Italie). La Ville de Paris commandera aux deux photographes le projet Paris le jour, Paris la nuit. 

Après une exposition collective dans le cadre du Mois de la photo 2006, Raed Bawayah expose Morceaux choisis à la galerie Serge Aboukrat.

En 2007, le festival de photojournalisme Visa pour l’image de Perpignan  accueille son exposition personnelle Vivre en Palestine. Ce « travail en noir et blanc, loin de l’actualité brûlante du conflit, reflète les conditions de vie des hommes, dans les hôpitaux, maisons ou camps de réfugiés ». 

Des photographies de Raed Bawayah ont été acquises par la Maison Européenne de la Photographie de Paris  avec l’aide de la Fondation Neuflize Vie, et le Fonds national d’Art contemporain. 

Raed Bawayah vit et travaille  à Paris où il a fondé en 2013 le festival Quatrième image, dont la deuxième édition s’est tenue à l’espace des Blancs Manteaux (Paris 4e), du 28 octobre au 2 novembre 2014. Une manifestation soutenue par le Maire du 4e arrondissement de Paris, Christophe Girard, la Mairie de Paris, marraine du premier prix, la Cité des Arts de Paris, la Maison Européenne de la Photographie et son directeur Jean-Luc Monterosso, Arts Factory, laboratoire professionnel, et le magazine Polka dont le rédacteur en chef est Dimitri Beck. L’invité d’honneur de ce festival dont Raed Bawayah est le directeur artistique : le Brésil représenté par 40 photographes.

« Exclusion, enfermement, vies et destins « en marge », sont des sujets récurrents dans le travail de Raed Bawayah, qui à travers ses différentes séries en noir et blanc, s’interroge sans cesse sur la place de l’être humain ». Oui, mais son intérêt est ciblé : les « pauv’ Palestiniens », et ni les richissimes « Palestiniens » de Ramallah ou Gaza ni les pauvres Juifs israéliens.

Et la MEP poursuit en alléguant que la « Palestine » serait un pays dont les « Palestiniens » s’exileraient pour trouver du travail : « Que ce soit auprès des enfants de son village qui s’aventurent très peu hors de son périmètre, des travailleurs palestiniens contraints de s’exiler et de vendre leur force en Israël, des malades de l’hôpital psychiatrique de Bethléem, ou encore des communautés tziganes en France et des SDF en Allemagne, Raed Bawayah opère toujours avec une démarche « de l’intérieur ». Alors que la manne internationale, surtout européenne et américaine, se déverse depuis des décennies sur les « Palestiniens », il est étonnant d’éluder cette question : pourquoi ne travaillent-ils pas dans leur ville ?

Raed Bawayah « se fond dans ces différentes communautés, il entre en relation avec ses sujets, il instaure la confiance pour réaliser, dans un second temps seulement, un travail photographique réaliste et objectif, qui sait conserver pudeur, compassion et respect, dénué de tout misérabilisme ». Oh non. Ce n’est que misérabilisme par une accentuation des contrastes. Exemple : ce cliché d’un « Palestinien », de dos, portant un débardeur déchiré, ou celui d’un « Palestinien » dont on n’aperçoit que les yeux au travers de la fine fente horizontale d’un mur.

Raed Bawayah « considère son travail et sa mission en tant que photographe : il témoigne du monde et donne à ces personnes en marge, une place au cœur de la ville, au cœur de nos vies, dans les institutions culturelles et les salles d’exposition. Une mission de passage de témoin, de ce qu’il a pu découvrir lors de ses voyages, au sein des communautés où il aura laisser ses empreintes. La Maison Européenne de la Photographie lui consacre une exposition, telle une retrospective de ses différentes séries photographiques ». Le problème est que certains de ces clichés ne sont ni inédits ni intéressants. 

Le 25 novembre 2014, la MEP avait réuni Raed Bawayah et le metteur en scène Guillaume Clayssen pour une soirée presse. « Dans ses séries en noir et blanc, le photographe palestinien s’interroge sur l’exclusion, l’enfermement, la marginalité et par là même sur la place de l’être humain. Guillaume Clayssen y a présenté son prochain spectacle au théâtre L’étoile du Nord : l’adaptation d’« Un Captif Amoureux » de Jean Genet, « dans lequel les photographies de Raed Bawayah jouent précisément un rôle, celui de la mémoire collective ». C’est Guillaume Clayssen qui a alors tenu un discours politisé évoquant la « souffrance du peuple palestinien depuis 60 ans »…


Jusqu’au 25 janvier 2015 
5/7 rue de Fourcy, 75004 Paris 
Tél. : 01 44 78 75 00 
Ouvert du mercredi au dimanche de 11 h à 20 h

Visuels :
Affiche 
Russie, 2010
© Raed Bawayah

Série Les veines de la terre, Palestine, 2012
© Raed Bawayah

Série Souvenirs d’enfance, Qatanna, Palestine
© Raed Bawayah

Série Serres froides, Russie, 2010
© Raed Bawayah

Série La couleur du soleil, Roumanie, 2007
© Raed Bawayah

Série Les âmes blanches et noires, Autriche, 2010
© Raed Bawayah

Série ID925596611, ouvriers palestiniens en Israël, 2003
© Raed Bawayah

Série ID925596611, ouvriers palestiniens en Israël, 2003
© Raed Bawayah

A lire sur ce blog :

Les citations sont extraites du dossier de presse.

dimanche 18 janvier 2015

Mosner livresque


La Halle Saint-Pierre présentera l’exposition Mosner livresque (19 janvier-1er mars 2015) avec des peintures et dessins d’ouvrages illustrés par cet artiste né en Argentine. Peintre, sculpteur et graveur, Ricardo Mosner a débuté par des performances, happenings, spectacles picturaux. Il participe aussi à des émissions radiophoniques. Vernissage le jeudi 5 février 2015 à 18 heures


Né en 1948 à Buenos Ares (Argentine) dans une famille Juive d’origine polonaise, Ricardo Mosner  peint, notamment pour la maison Lanvin (2002), sculpte, en particulier pour l’exposition itinérante Epouvantails initiée par Jean-Pierre Coffe, grave et crée des chars, échassiers et costumes pour la Carnavalcade de Saint-Denis.

Dans les années 1970, il fonde sa troupe, le Teatr’en poudre, qui interprète des spectacles picturaux et joue dans une pièce de Copi montée par Jérôme Savary ainsi que dans un film de Stephen Frears (« Cold Harbour »).

Il conçoit également des affiches de films (« Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel »), le théâtre, des groupes et festivals musicaux, ainsi que des pochettes de disques (“Marcia Baïla” des Rita Mitsouko).


Ricardo Mosner participe aussi à des feuilletons et émissions radiophoniques, notamment « Les Décraqués » et « Des Papous dans la Tête » sur France Culture, pour laquelle il a conçu aussi les couvertures et les illustrations des livres « L’Anthologie » et « Le Dictionnaire » (Ed. Gallimard), puis « 36 Facéties pour des papous dans la tête » (Carnets nord – France Culture) Depuis 2012, le « Correspondancier » du Collège de Pataphysique édite ses dessins.

Cet artiste, qui vit et travaille à Paris depuis 1975, peint crûment. Ses œuvres en techniques mixtes marouflant parfois des écrits. Des désirs sublimés par le tango (« Duo sur gris »), des rencontres sur fond urbain esquissé, des yeux écarquillés exprimant l’effroi, des couleurs fortes, des oppositions violentes, des corridas (« Un conesso, dos sombreros ») et des êtres ambigus - mâles et femmes musclés - et stéréotypés : brunes aux corps moulés dans des robes-fourreaux rouges, courtes et fendues


Les gouaches sur carton rappellent le style inca (« Tu ne t’aimes pas (Nathalie Sarraute) »).

Il expose en France – Centre Pompidou, Grand Palais, musée d’Albi (2011), ambassade d’Argentine en France (2012), galerie Lara Vincy (2013) -, aux Pays-Bas - Stedelijk Museum d’Amsterdam -, en Espagne, en Corée du Sud, à Monaco, au Royaume-Uni, en Italie, etc.

En 2003 et en 2004, au Centre d’Art et de Culture - Espace Rachi, Ricardo Mosner présentait des tableaux soulignant des moments d’émotions fortes : attirances, vies menacées, etc. Des individus typés dans une ambiance interlope : un homme bien charpenté, aux allures de macho, et une femme dotée d’attributs sexy. C’était le cas de la blonde vêtue d’une robe rouge (« La pizza ») ou d’une dame juchée sur les hauts talons de ses escarpins. Même proches, ces personnages ne semblent pas former un couple.

En 2004, la Coupole, célèbre brasserie parisienne, cet artiste argentin a présenté une trentaine de personnages typés, hommes et femmes similaires par leur morphologie musclée (« Vue ») et dessinés sans fioritures. L’intensité des pulsions était soulignée par des couleurs saturées, où dominait le rouge vif (« ¿ Qué le voy a hacer ? »).

C’est à l’illustrateur d’ouvrages que la Halle Saint-Pierre s’intéresse, en sélectionnant des peintures et dessins d’ouvrages aux illustrations signées par Ricardo Mosner : Ubu roi  d’Alfred Jarry, Le chat noir & autres contes de terreur d’Edgar Allan Poe (Gallimard), Nougaro illustré par Mosner, Paroles libertaires d’Étienne Roda-Gil (Albin Michel), 36 facéties pour des Papous dans la Tête (Carnets Nord – France Culture), le Correspondancier du Collège de ‘Pataphysique, et des livres-objets, cahiers, manuscrits, livres d’artiste et de bibliophilie de l’artiste...

Les peintures de Ricardo Mosner « accompagnent textes et poèmes, notamment dans « Jean et Pascal » de Christophe Donner (Ed. Grasset), « La Poésie Antillaise” » (Ed. Mango). Cet artiste a aussi dessiné dans une multitude d’ouvrages de bibliophilie (avec Michel Butor, Gilbert Lascault, Jacques Jouet, Vénus Khoury-Ghata, Bernard Noël…) »

Albin Michel a publié « Paroles Libertaires », où ses peintures illustrent des textes et la préface d’Etienne Roda-Gil ainsi que le « Nougaro illustré par Mosner », et les éditions Yéo-Area « Ricardo Mosner, l’inventaire ».

Sur Lilith, « Portraits de femmes de la Bible par 32 artistes contemporains » a proposé en 2004 plusieurs visions : celle onirique de Ricardo Mosner, celle pleine d’assurance et aux couleurs vives de l’israélienne Alona Harpaz et celle démultipliée de Orlan qui se réfère aussi à la Vénus de Botticelli.

    
Du 19 janvier au 1er mars 2015
Galerie
2, rue Ronsard – 75018 Paris
Tél. : 33 (0) 1 42 58 72 89
Ouvert en semaine de 11 h à 18 h. Samedi de 11 h à 19 h, dimanche de 12 h à 18 h
Entrée libre
Vernissage le jeudi 5 février 2015 à 18 heures

Le  8 février à 15 heures
A l'Auditorium
Cours ùagistral en cours de préparation avec des dignitaires du  Collège de‘Pataphysique autour de Poe, Jarry, Macedonio, Fernandez
Avec Thieri Foulc (sous réserve), Barbara Pascarel, François Naudin, Sebastián Volco, Stéphane Mahieu, Sophie Lamouche, Ricardo Mosner…

Le 14 février à 17 heures
A la Librairie et Galerie
Anthologie, Dictionnaire et 36 Facéties par l’équipe de l’émission culte Des Papous dans la Tête (France Culture) .

Le 28 février à 17 heures
A l' Auditorium
Spectacle “ZARCORTA”, hommage à Julio Cortázar
Avec Ricardo Mosner accompagné par le dúo Volco-Gignoli

Visuels :
Ricardo Mosner 
Vignette des Papous 
© Radio France

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