jeudi 24 mai 2018

« Sonderkommando. Auschwitz-Birkenau » par Emil Weiss


Arte diffusera le 23 mai 2018 à 22 h 40 « Sonderkommando. Auschwitz-Birkenau » par Emil Weiss. Grâce aux manuscrits en yiddish retrouvés dans le complexe concentrationnaire d’Auschwitz-Birkenau, ce documentaire informe sur les équipes de Sonderkommandos, dont les membres sont régulièrement tués, chargées du fonctionnement des fours crématoires et des installations annexes dans les camps nazis d’extermination. « Chargés de faire fonctionner les fours crématoires du camp d’extermination d'Auschwitz-Birkenau, de très rares déportés des "Sonderkommandos" (les "commandos spéciaux"), bravant l’anéantissement programmé, ont pu témoigner », notamment dans le procès de Rudolf Höss, SS commandant de ce complexe concentrationnaire. Emil Weiss fait résonner à nouveau leurs voix défuntes ».

Troisième volet de la série documentaire d’Emil Weiss - « Auschwitz, premiers témoignages », Criminal Doctors. Auschwitz -, « Sonderkommando. Auschwitz-Birkenau » évoque les rares déportés chargés de faire fonctionner les fours crématoires de ce camp d’extermination.

Témoigner
Lorsque l’armée Rouge pénètre dans le complexe concentrationnaire d’Auschwitz-Birkenau (Pologne), le 27 janvier 1945, elle trouve les quatre fours crématoires dynamités par les Nazis, qui ont cherché ainsi à effacer leurs crimes. 

« Dans les jours, les semaines, les mois et parfois plusieurs décennies qui ont suivi l’entrée de l'Armée Rouge », sont retrouvés « enfouis sous les cendres, autour des crématoires, plusieurs manuscrits cachés dans des emballages de fortune ».

Leurs auteurs furent des Sonderkommandos. Ces « équipes spéciales » formées de déportés Juifs sélectionnés par les SS, et contraints d’assurer « la charge du fonctionnement des crématoires ainsi que des installations annexes à l'industrie de mort conçue par les nazis : les salles de déshabillages, les chambres de gazage, les fours et les fosses d'incinérations ». Ces « auxiliaires forcés de l'extermination faisaient entrer les victimes dans la chambre à gaz, ils en évacent les cadavres, en emplissent les fours crématoires, recueillent les cendres qu'ils versent dans la Vistule » ou dans la Sole.

En novembre 1942, le nombre des membres des Sonderkommandos d’Auschwitz-Birkenau est augmenté pour brûler 100 000 corps de prisonniers Juifs, polonais et russes ayant été jetés dans des fosses communes.

« Du printemps 1942 à novembre 1944, période d’activité des installations de Birkenau, environ deux mille hommes participèrent à ces « équipes spéciales » qui étaient régulièrement exterminées ». « Témoins ultimes de l’extermination de leur peuple par la machine de mort des nazis, ils devaient mourir infailliblement au bout de quatre mois ». 


Les manuscrits retrouvés de Zalmen Gradowski, Leib Langfus et Zalmen Lewental sont écrits en yiddish. Zalmen Gradowski, un des organisateurs du soulèvement armé des Sonderkommandos du crématoire 3, en octobre 1944, fut tué avec 451 de ses compagnons ; Leib Langfus et Zalmen Lewental furent exécutés deux mois avant la libération du camp.

En plus des écrits, des Sonderkommando sont parvenus à prendre clandestinement, au péril de leur vie, en août 1944, des photographies du processus d'extermination des Juifs. Quatre photographies nous sont parvenues, floues, et ont été prises de l’intérieur de la chambre à gaz du Krematorium V, et dans le bois de bouleaux entre le Krematorium V et le Krematorium IV. Ces photographies montrent la crémation de cadavres dans une fosse d’incinération, des femmes nues marchant probablement vers la chambre à gaz du Krematorium V, une cheminée du Krematorium IV.

Seuls quelques Sonderkommandos ont survécu « aux massacres et à la faveur de la panique qui saisit les SS lors de l'évacuation du camp ». Des plus de 2 000 membres des Sonderkommando d’Auschwitz, une dizaine est vivante en 1945.

« Quatre Sonderkommandos – Szlama Dragon, Henryk Tauber, Alter Feinsilber ainsi que le médecin Miklos Nyisli – ont témoigné devant des Tribunaux juste après leur libération, auprès de la Commission d’enquête sur les crimes nazis en Pologne (1945). « Leurs témoignages livrés au moment même du déroulement des faits ou dans les semaines qui ont suivi, nous révèlent ce que les nazis voulaient cacher et effacer à tous prix : comment fut mené le processus d’extermination à Auschwitz ». 

Juif italien né en 1923 à Salonique (Grèce) dans une famille ayant fui l’Espagne au XVe siècle pour l’Italie puis la Grèce, Shlomo Venezia  est déporté en 1943 - 90% de la population juive de Salonique périra dans les camps nazis d’extermination. Shlomo Venezia est rapidement choisi pour intégrer les Sonderkommando dont les membres « devenus des automates, obéissant aux ordres en essayant de ne pas penser, pour pouvoir survivre encore quelques heures ». Il survit à la révolte armée de certains Sonderkommandos du 7 octobre 1944 dramatiquement réprimée, aux exécutions lors de la destruction des crématoires, à la « marche de la mort » après l’évacuation d’Auschwitz par crainte des Nazis informés de l’avancée des troupes Alliées. Libéré le 6 mai 1945 par les Américains alors qu’il se trouve dans un camp nazi en Autriche, il livre son témoignage en 2007 et confie que « chaque jour, il aurait préféré mourir et pourtant, chaque jour, il luttait pour survivre » (Simone Veil, préfacière du livre). A Paris, le Prix Mémoire de la Shoah 2007 de la Fondation Jacob Buchman a été remis à Shlomo Venezia (1923-2012), pour son livre SonderKommando : dans l’enfer des chambres à gaz, écrit avec Béatrice Prasquier et l’historien Marcello Pezzetti (Albin-Michel). Shlomo Venezia est l'un des derniers survivants du Sonderkommando d'Auschwitz-Birkenau.

« Comme les dépositions des survivants, ces manuscrits des Sonderkommandos, rédigés dans l’urgence et en cachette, révèlent le mode opératoire de la “solution finale", car l’angoisse de voir les nazis parvenir à effacer leur crime s’ajoutait à l’enfer vécu par leurs auxiliaires forcés. Ce qui rend ces mots soutenables, c’est le combat de leurs auteurs pour préserver leur propre humanité, exprimer leur douleur, décrire l’horreur. En arpentant aujourd’hui le camp d’Auschwitz-Birkenau, en scrutant les décombres des fours, les baraquements, les arbres qui ont poussé, Emil Weiss donne à entendre leurs voix défuntes ».

On peut regretter un horaire si matinal de diffusion de ce documentaire bouleversant. A comparer au prime time offert à la série anti-israélienne Le Serment.


« Sonderkommando Auschwitz-Birkenau  » par Emil Weiss
Sur Arte le 14 janvier à 2 h et le 28 janvier 2015 à 2 h, 23 mai 2018 à 22 h 40

Visuels : © Michkan World Productions
L’entée du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau
La cour entre les crématoires 4 et 5 du camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau
Les baraques du camp B II à Auschwitz-Birkenau
La clôture en barbelé au camp d’Auschwitz-Birkenau
Les vestiges du crématoire II au camp d’Auschwitz-Birkenau

A lire sur ce blog :
Les citations proviennent d'Arte et de Michkan World Productions. Cet article a été publié le 13 janvier 2015.

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