vendredi 28 novembre 2014

« The Palestinian Dream » d’Andrea et Magda


Dans le cadre du mois de la photo 2014, la TG Galerie présente l’exposition éponyme dont le commissaire est Thomas Doubliez. Distillant un discours partial, Andrea et Magda ont saisi des aspects  de la vie quotidienne des « Palestiniens » dans les territoires disputés, loin des clichés sur le conflit : opulence induite par la croissance économique, urbanisme moderne, civilisation des loisirs, etc.


 Nés respectivement en 1976 et 1986, Andrea et Magda  ont constitué « un duo-photographes » de France et d’Italie ». 

Leur sujets ? Non pas la guerre en Syrie ou au Congo. Trop dangereux ? Pas assez vendeur ? 

Andrea et Magda « étaient basés dans les Territoires palestiniens entre 2008 et 2014, où ils ont effectué leur premier projet à long terme « Palestinien Dream », qui explore l’illusion de normalité créé par la mondialisation et la libéralisation de l’économie. Ils sont maintenant basés entre Marseille et Bethléem, et ils ont commencé à travailler sur un nouveau projet dans le Sinaï, en Egypte, en mettant l’accent sur l’effondrement de l’industrie du tourisme ».

Avec Andrea et Magda, la « Palestine » est quasiment leur gagne-pain. Pour le consulat d’Italie à Ramallah, Andrea et Magda ont réalisé un livre de photographies sur les projets financiers soutenus par ce consulat. Pour l’ONG Nexus, c’est un reportage sur le projet Playbus. Pour la Croix-Rouge internationale, ce sont des portraits de familles de prisonniers palestiniens. Pour AFD, une exposition et un diaporama sur "l'eau et l'énergie en Palestine".

« Palestinian Dream »
En novembre 2014, « Palestinian Dream » est présenté au Festival di fotografia de Foiano et à la galerie TD.

 « En quelques décennies, la représentation des Palestiniens s’est construite autour du conflit, dans le décor des intifada, des camps de réfugiés, et des bombardements israéliens à Gaza : bien que ces récits soient nés de faits réels, ils ont largement contribué à figer l’imaginaire de représentation du peuple palestinien. Les photographies de la série Palestinian Dream évoquent une toute autre vision, celle d’une réalité naissante dans le contexte de la transformation de la société palestinienne. On y retrouve tous les signes d’une société occidentalisée et mondialisée : sa classe moyenne enthousiaste, sa business culture, ses fast-food et ses gym center, sans oublier son identité propre et séduisante. Une vitrine entretenue par les élites palestiniennes, qui ne saurait faire oublier le quotidien d’un pays vivant sous occupation : dans ce décor aux couleurs vives et naïves, les chimères d’un bonheur calibré laissent bientôt poindre un malaise, un doute dérangeant, comme un sourire forcé. Les codes les plus accrocheurs de la télé-réalité et de la publicité, omniprésente dans le paysage, se butent à un profond sentiment d’invraisemblance, de disparition du réel. Une esthétique hors sol, écrite à quatre mains, où scènes urbaines incantatoires et plans rapprochés aux tons acides, invitent au scepticisme. Un scepticisme qu’Andrea et Magda partagent avec nous, comme avec les palestiniens, parmi lesquels ils vivent depuis 2009 », écrit le galeriste et commissaire de l’exposition Thomas Doubliez.

N’attendez d’Andrea et Magda aucune allusion au terrorisme palestinien, à la lutte féroce entre le Fatah et le Hamas dans les territoires disputés dénommés « sous occupation militaire israélienne ».

Curieux mais pas téméraires, Andrea et Magda ne montrent pas les palaces, les centres commerciaux, les villas des dirigeants palestiniens, etc. Mais ils s’intéressent à l’émergence d’une classe moyenne qui adopte un mode de vie consumériste, hédoniste, et une société de consommation, de services et de loisirs (clubs équestres). Bref, les retombées de la manne financière internationale quand elle n’est pas détournée.


Du 5 au 30 novembre 2014
A la TD Galerie 
12, rue Léopold-Bellan. 75002 Paris
Du mardi au samedi de 12 h à 19 h

A lire sur ce blog :


lundi 24 novembre 2014

Abel Pann. Œuvres de guerre (1915-1917). 60 estampes de la collection du Mahj


Dans le cadre du centenaire de la Première Guerre mondiale, le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) présente l’exposition éponyme réunissant 60 estampes réalisées de 1915 à 1917 par Abel Pann (1883-1963), illustrateur, caricaturiste et peintre souvent de la Bible. Souvent patriotiques, « ces œuvres-manifestes, dont le Mahj conserve une importante collection, évoquent les exactions de l’armée allemande sur le front occidental, mais aussi la dramatique situation des Juifs sur le front oriental ».


Loué « dans le monde Juif pour ses peintures sur les thèmes bibliques, Abel Pann (Kreslawka, 1883-Jérusalem, 1963) est l’auteur d’une œuvre peu connue, aussi multiple par ses supports (peintures, dessins, estampes) que par ses sujets (héros et scènes bibliques, judaïsme d’Europe orientale, scènes de Palestine, société française) ou que par ses tonalités (romantique, lyrique, caricaturale) », et détenue dans des collections publiques et privées, en Europe, aux Etats-Unis et en Israël.

"Sioniste convaincu"
Abel Pann est né Abba Pfeffermann en 1883, à Kreslawka (actuelle Lettonie), dans une famille Juive orthodoxe. Son père rabbin, Nahum Pfeffermann, est le directeur d’une yeshiva (école talmudique). 

En 1892-1893, le peintre Yehuda Pen de Vitebsk enseigne à Abel Pann les fondamentaux du dessin. Il a eu parmi ses élèves : Marc Chagall et Ossip Zadkine.

Adolescent, Abel Pann quitte le foyer familial. Il est recruté dans une imprimerie où il apprend le métier de graveur.

Il étudie à l’Académie des beaux-arts d’Odessa, et choisit de se spécialiser « dans la peinture, le dessin d’humour et la caricature, dont le portrait-charge ».

En 1898, il entre à l’Académie des Beaux-Arts d’Odessa. Il devient membre du parti étudiant et ouvrier Radical Poalei Zion, « ancré dans la mouvance sioniste ».

En 1903, après le pogrom de Kichiniev en actuelle Bessarabie, il se déplace « sur les lieux pour y réaliser des esquisses et documenter le massacre » grâce aux témoignages qu’il recueille, et de sa lecture de reportages de presse.

Il se fixe à Paris en 1905, et s’installe à la Ruche, dans le XVe arrondissement, près de la gare Montparnasse. Il se lie d’amitié avec des artistes de cette cité d’artistes qui abrite des foyers-ateliers de peintres, de sculpteurs, etc. Il complète sa formation artistique auprès de William-Adolphe Bouguereau.

En 1908-1911, Abel Pann crée des dessins satiriques pour des revues populaires illustrées : Le Rire, Mon Dimanche, etc. Parallèlement, il réalise des huiles et gouaches de scènes de la vie parisienne (Le Concert, 1911)

De 1912 à 1913, après avoir traversé l’Europe méridionale et l’Egypte, il séjourne en Eretz Israël, et à l’invitation de Boris Schatz (1867-1932), sculpteur lituanien et directeur-fondateur en 1906 de l’École des Beaux-arts de Bezalel à Jérusalem, donne des cours de peinture dans cette Ecole qu’il dirige brièvement pendant que Boris Schatz effectue une tournée de collecte de fonds. Abel Pann peint Jérusalem, qui suscite en lui un choc spirituel, visuel et artistique.

« Sioniste convaincu », il rentre à Paris en 1914 pour préparer son aliyah. On comprend mal pourquoi le MAHJ désigne Eretz Israël par « Terre sainte ».

La déclaration de guerre interrompt la mise en œuvre du projet sioniste d’Abel Pann.

De 1914 à 1917, Abel Pann « réalise des affiches populaires, destinées à éveiller le sentiment patriotique et à renforcer le moral des Français. Il s’inquiète aussi de la situation de ses coreligionnaires sur le front oriental ».

Dès « juillet 1914, les juifs subissent des exactions de la part de l’armée tsariste et de la population polonaise. Abel Pann dénonce ces persécutions par une impressionnante suite de dessins La Cruche de larmes, exécutés entre décembre 1915 et la fin de 1916 ». Cette série de 50 pastels sur ces pogroms dans les empires allemand et russe ainsi que dans la Pologne actuelle « s’inscrivent dans une vaste entreprise de documentation artistique de l’histoire Juive. Mais l’ambassadeur russe à Paris intervient pour en empêcher la publication » de ces œuvres émouvantes, mettant en cause le tsar », alors allié de la France.

Le MAHJ présente des « œuvres-manifestes », réalisées par Abel Pann en 1915-1917 et issues de sa collection. Ces œuvres figuratives, souvent patriotiques, illustrent les horreurs de la guerre commises par l’armée allemande sur le front occidental, ainsi que la situation tragique des Juifs victimes de massacres et autres violences sur le front oriental.

Dans ces œuvres, Abel Pann révèle sa ligne épurée, son effacement du décor pour mieux mettre en valeur la situation, son art pour susciter l’émotion en peu de mots, par une expressivité remarquable (Terreur), son empathie avec les victimes, les Juifs, soupçonnés de collaboration avec l’ennemi allemand et contraints à l’exil (Homeless), sa pudeur et sa préférence pour la suggestion. Les couleurs sont assombries, réduites à des noirs ou gris d’où émerge le rouge sang des blessures.

 « Le juif accusé par les nations réunies » illustre l’éternel bouc-émissaire. L’humour, l’ironie, affleurent dans certains dessins (Réquisition).

En 1917, convaincu que « les Juifs de la diaspora seront toujours perdants, Abel Pann part pour les Etats-Unis ». Son œuvre y rencontre un important succès.

En 1919-1920, Abel Pann expose à l’Art Institute de Chicago.

Il s’établit en Eretz Israël dès 1920. Il enseigne à l’école Bezalel (1921-1924) et initie une œuvre inspirée par la Bible. Pour représenter Rachel, Rébecca et autres femmes de la Bible en épouses-adolescentes, il choisit comme modèles de jeunes Juives yéménites ou bédouines. Il les fait poser, parées de bijoux et arborant des vêtements traditionnels de mariages.

En 1924, Abel Pann met un terme à sa fonction dans cette école afin de dédier tout son temps à la lithographie. Ses lithographies suscitent un engouement mondial. Abel Pann met son art au service d’une Bible qui témoigne du droit du peuple Juif sur sa Terre, et considère que son rôle consiste aussi à créer l’iconographie au document biblique.

Familier de Rembrandt, marqué par l’illustrateur britannique Aubrey Beardsley (1872-1898), les Nabis, Gustave Moreau et Odilon Redon, Abel Pann emprunte à l’orientalisme  du XIXe siècle.


Il s’inscrit dans un mouvement d’artistes Juifs en Palestine mandataire, tels Ephraïm Moses Lilien et Ze’ev Raban, attachés à représenter l’histoire biblique et influencés par l’Art Nouveau  ainsi que par le mouvement Symboliste.

Il expose ses œuvres en 1925 à la Wiener Secession, ou Sezessionsstil, courant de l'Art nouveau né en 1892 dans l’empire allemand, et en 1897 dans l’empire austro-hongrois, notamment à Vienne.

A Vienne, il épouse Esther Nussbaum, et achète une presse pour lithographies qu’il ramène à Jérusalem.

Dans les années 1940, Abel Pann débute une série de pastels très colorés illustrant des scènes de la Bible en soulignant les passions humaines des personnages bibliques.

Abel Pann décède en 1963 à Jérusalem.

          
Extrait d’« Autobiographie » d’Abel Pann (Paris, Éditions du Cerf, 1996, pp. 117-120)

« Au mois d’août 1914, je suis rentré à Paris pour y liquider mes affaires et retourner immédiatement à Jérusalem.
Le soir même de mon arrivée, on venait d’assassiner Jaurès et le lendemain la mobilisation fut déclarée.
À chaque instant, les journaux faisaient paraître des éditions spéciales sur la marche des affaires sur le front. Le gouvernement quitta Paris pour Bordeaux ; la population, affolée, fuyait la capitale. Paris était menacé. Après trois jours de voyage dans des voitures de marchandises, je pus atteindre Marseille, d’où je croyais pouvoir prendre un bateau pour la Palestine.
Mais à Jérusalem on me conseilla de rester là où j’étais, car là-bas on fuyait aussi…
Les détails des atrocités que l’envahisseur avait commises en Belgique puis en France furent tellement révoltants que je n’ai pas pu rester sans réagir. J’ai fait là-dessus tout un cycle de dessins et un éditeur marseillais les fit reproduire. […]
Pharaon, le contemporain de Moïse, était le premier antisémite. C’est lui qui a, le premier, lancé machiavéliquement la rumeur qu’il fallait se méfier des Juifs ; ils devenaient trop puissants et, en cas de guerre, ils pouvaient encore se joindre à l’ennemi. La suspicion, créant une atmosphère de défiance, produit toujours l’effet voulu. Une impression suffit ; on n’a pas besoin de preuves ; les preuves pourraient même gâter l’effet qu’on veut obtenir, car c’est trop précis et cela pourrait infirmer l’interprétation. Mais si l’on s’exclame : « Méfiez-vous ! » alors on ne demande plus rien, ça ne se discute plus, on se méfie, voilà tout.
Et voilà, que ce même cri a été lancé par les autorités russes à l’égard des Juifs qui peuplaient les régions limitrophes. En quelques heures, parfois immédiatement, on les chassait de leurs domiciles avec une cruauté qui dépasse l’imagination. Les jeunes étaient sur le front, c’était tout le reste qu’on menait comme les pires criminels. On vidait les hôpitaux, les maisons de retraite, les asiles d‘aliénés, seulement parce que c’était des Juifs. On acheminait d’une ville à l’autre, d’une région à l’autre des foules dans des trains à bestiaux. Des semaines entières, ils restaient là à attendre ordres et contrordres sur la destination de ces trains ; les enfants perdaient de vue leurs parents, s’égaraient on ne savait où. Quand ces trains là arrivaient dans une station où la population juive voulait apporter à leurs malheureux coreligionnaires des vivres, un cordon de gendarmes les chassait. On mourait là comme des mouches ; de nombreux perdaient la raison. Ce sont les Juifs qui étaient la cause de la défaite de l’armée…
D’autre part, dans les régions reconquises par les troupes russes, les cosaques surtout, et aussi les autres, aidés par des individus de bonne volonté, de la population chrétienne, ont fêté le retour de ces villes à la Russie en massacrant tous les Juifs, les torturant d’abord, bien entendu ; car tuer, c’est trop ordinaire, on s’y est déjà habitué durant la guerre. […]
Ces nouvelles sont parvenues à Paris via New-York. Des meetings, des protestations, etc. Qu’est-ce que ça fait ?! Dans cet état d’esprit, être assis et chercher des problèmes esthétiques serait grotesque. J’ai proposé alors à mon éditeur de faire un cycle sur ces événements. 
Je l’ai terminé vers la fin de l’année 1916, cinquante dessins. J’en ai fait une exposition dans mon atelier.
Un jour, mon éditeur arrive tout bouleversé en m’annonçant que l’ambassadeur russe, Jzvolsky, a eu vent du projet de la publication d’un album de ce cycle et a demandé au gouvernement la publication d’un album de ce cycle et a demandé au gouvernement français de l’interdire.
J’irais à New-York avec cette collection ».


Jusqu’au 30 novembre 2014
Dans le foyer de l’auditorium
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Tél. : (33) 1 53 01 86 60
Lundi, mardi, jeudi, vendredi de 11 h à 18 h. Dimanche de 10 h à 18 h


Visuels :
Affiche
La Tête de l’armée, Paris, Éditions « La Guerre », 1915
lithographie coloriée © Mahj

Concert de charité donné au bénéfice des mutilés et des veuves des légionnaires juifs
Affiche, Paris, 1916 – Photo Christophe Fouin © Mahj

Expulsion
1915-1917
Gravure à l’eau-forte et pointe sèche, impression sur vélin d’Arches
Photo Christophe Fouin © Mahj

La classe 1935 se débrouille
1915-1920
Lithographie coloriée
Photo Christophe Fouin © Mahj

La soif
Marseille, 1915-1916
Lithographie – Photo Christophe Fouin © Mahj

Le juif accusé par les nations réunies
1915-1920 – photo Hervé Lewandowski © RMN

Les quatre Matriarches
(1926). Collection d'Itiel Pann © Estate of the artist

La Tête de l’armée
Paris, Éditions « La Guerre », 1915
Lithographie coloriée – Photo Christophe Fouin
© Mahj

« Wagons à bestiaux », planche n°16 (1916) tirée du portfolio In the name of Czar
New York, 1921 – Photo Christophe Fouin © Mahj

A lire sur ce blog :
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Les citations proviennent du dossier de presse.

samedi 22 novembre 2014

« Vénus » du peintre et sculpteur Mario Gurfein




La Galerie argentine de l'ambassade d'Argentine en France présente Venus, des aquarelles de Mario GurfeinFinissage le 25 novembre 2014 de 18 h à 21 h.. La Maison de l'Amérique latine (MAL) à Paris a présenté en plein air, dans sa Cour Ovale, l’installation « Comme dans les villes » de Mario Gurfein. Des immeubles-barres modernes, bariolés, aux tailles diverses, aux toits plats, aux façades percées de rares fenêtres, dont on peine à percevoir la cohérence urbanistique ou le sens architectural. Un paysage urbain exprimant une solitude lancinante et fragile. 



« C'est la lumière qui crée l'illusion de la couleur, qui à son tour crée l'illusion de la peinture... « La vie est un songe et les songes sont des songes ». C'est peut-être ces songes et ces illusions qui ont fait de moi un peintre. Et avant moi des milliers de personnes. Depuis des milliers et des milliers d'années », déclare Mario Gurfein.

Un artiste voyageur
Mario Gurfein est né à Buenos Aires.  Originaire de Pologne, son père arrive en Argentine en 1924 : ancien combattant de la Première Guerre mondiale, le grand-père de Mario Gurfein « avait senti un vent fort d’antisémitisme » et avait décidé d’expatrier son fils aîné, par prudence et pour préparer d’autres départs...

Quant à la famille maternelle de cet artiste, chassée de Cordoue par l’Inquisition, elle s’était installée à Tétouan (Maroc) avant de partir en Amérique du Sud.

Adolescent, Mario Gurfein étudie le violon en 1953 avec Ljerko Spiller et apprend la peinture auprès d’un maître, Batlle Planas.

A 18 ans, il s’embarque sur un cargo et sillonne la Méditerranée. Une première expérience de l’isolement.

Mario Gurfein découvre le Sud de l’Europe. Puis, il devient acteur et crée des costumes et décors à Milan (Italie) et à Paris. C’est là que cet admirateur de Vélasquez vit depuis 1980.

Un sentiment de solitude lancinante et fragile
Son œuvre artistique présente un double paradoxe. De très rares êtres humains dans les toiles au style épuré. On devine une présence humaine par la pièce éclairée d’une maison ou une porte entrebâillée (« La Habana, Cuba »), comme un interstice invitant l’imagination à le combler, à habiter ce tableau. « Une sorte de jeu de miroirs », m’expliquait Mario Gurfein lors de son exposition à la Maison de l’Amérique latine (2003). Les kabbalistes évoquent le « sens des espaces vides entre les mots »…

Les paysages sont constitués d’un arbre au feuillage arrondi et harmonieux (« Mon olivier »), sont traversés par un chemin droit ou serpentant, et dont on ne sait où il va, ou forment des blocs verticaux aux arêtes vives ou des troncs statuesques.

Il se dégage de ces peintures un onirisme mystérieux, renforcé par l’ambiance nocturne de certaines, et parfois porteur d’une menace sourde tant le ciel est chargé.

La gamme chromatique oppose d’une part des tonalités chaudes – jaunes lumineux, rouges quasi incandescents – et, d’autre part, des nuances atténuées de bleu-gris.

Par contre, les sculptures, exposées en 2003 à la Maison de l’Amérique latine, représentent des personnes. Ce sont des bustes ou des silhouettes qui s’appuient sur un encadrement ou sont surprises dans leur élan. Pour les façonner, Mario Gurfein a entouré une structure métallique de bandelettes coupées dans ses anciens chiffons colorés de peintre, puis nouées et croisées. Ce qui amène un élément particulièrement intime et accentue l’impression de vulnérabilité de ces êtres blessés, pansés.

Le passé tragique de la famille paternelle de Mario Gurfein – seuls une tante et un cousin ont survécu à la Shoah – imprègne ces œuvres, dont les réflexions sur la condition humaine revêtent un caractère intemporel…

« D’emblée, devant certaines toiles de Gurfein, j’ai eu l’impression d’entendre l’ultime témoignage d’une mémoire qui s’éteint et, en même temps, d’assister, grâce à la sollicitude du peintre, à l’embellie de quelque désastre unanime ; dans ses paysages, rien n’est en gestation ; tout a déjà eu lieu ; ne semblent subsister que des menaces, les clignements d’un incendie lointain, les traces du dernier coucher de soleil ; le silence règne sur un monde où il ne reste aucun témoin, la lune exceptée – la lune qui observe et qui, ici ou là, devient la tête d’un décapité, ou s’en éloigne, souriante », écrit Hector Bianciotti, de l’Académie Française dans Mario Gurfein (Somogy Editions d’art et la Maison de l’Amérique latine, 2003).

A l’ambassade d’Argentine, la galerie argentine a présenté en 2011 une exposition de 365 petits formats de Mario Gurfein. Des peintures, souvent mystérieuses, exprimant une solitude lancinante et fragile.

En 2012, le Centro cultural Recoleta du ministère de la Culture de Buenos Aires a présenté l’exposition « Los 365 » de Mario Gurfein. Des peintures, souvent mystérieuses, exprimant une solitude lancinante et fragile.

A l'automne 2014, lMaison de l'Amérique latine (MAL) à Paris présentera, en plein air, dans sa Cour Ovale, l'installation « Comme dans les villes » de Mario Gurfein« Les maisons de Gurfein, et leur environnement abandonné, me semblent être ce lieu : où la puissance du lent dévoilement à quoi tout artiste se donne s’accorde à l’innocence de nos violences, les cachant toutefois sous un théâtre silencieux. Les fenêtres ouvrent un chenal entre ces deux nécessités de notre vision, c’est ce que naïfs nous appelons aujourd’hui : faire interface. Reconnaissons plutôt qu’il s’y trame un infini de faces, toutes les faces de notre condition : les masques aux mille miroirs éclatés, où nous hésitons à nous voir, et les humbles et tenaces reflets que nous surprenons alentour, qui nous permettent de réfléchir », écrit Édouard Glissant (Dans l'infini de la maison, in Mario Gurfein (Somogy Editions d’art et la Maison de l’Amérique latine, 2003).

La Galerie argentine de l'ambassade d'Argentine en France présente Venus, des aquarelles de Mario Gurfein.


« Mario Gurfein ». Textes de François Vitrani, Hector Bianciotti et Edouard Glissant, entretien avec Lydia Harambourg. Somogy Editions d’art-MAL, 2003. 48 p. ISBN : 2 85056 713 2


Du 23 septembre au 28 octobre 2014 
A lMaison de l'Amérique latine (MAL) à Paris
Dans la Cour Ovale
217, bd Saint-Germain - 75007 PARIS
Tél. : 01 49 54 75 00
Du lundi au vendredi, de 14 h à 18 h (accès libre par le 1 rue St Dominique) Vernissage le  22 septembre  2014 à 18 h 30. Finissage le 25 novembre 2014 de 18 h à 21 h.

Du 14 au 31 octobre 2014. Vernissage le  14 octobre 2014 de 18 h à 21 h
Jusqu’au 16 septembre 2011
6, rue Cimarosa, 75116 Paris
Du lundi au vendredi de 10 h à 18 h
Le décrochage de l'exposition a eu lieu le 15 septembre 2011 de 18 h à 21 h. Il a été suivi d'un cocktail.

Du 9 mars au 8 avril 2012
Au Centro cultural Recoleta
Junín 1930 (C.P. 1113). Buenos Aires
Tel.: 4803 1040
Du lundi à vendredi de 14 h à 21 h
Samedi, dimanche et jours fériés de 10 h à 21 h. 
Vernissage le 9 mars 2012 à 19 h.


Articles sur ce site concernant :
France
Shoah (Holocaust)

Cet article a été publié en une version plus concise par Guysen en 2003 et publié la première fois sur ce blog les 29 août, puis les 13 septembre 2011, 22 septembre, 13 octobre 2014. Il a été modifié le 8 octobre 2014.

jeudi 20 novembre 2014

La spoliation des Juifs : une politique d'État (1940-1944)

Le Mémorial de la Shoah a présenté l’exposition éponyme. Exemples historiques et photographies à l’appui, cette exposition a révélé « les bases et les rouages de cette politique d'État » visant à la spoliation des Juifs, « en la réinscrivant dans le contexte de l’Europe nazie ». Le Cercle Bernard Lazare présentera le 20 novembre 2014 « Les indemnisations des spoliations, où en est-on ? » avec Pierre-Alain Weil, rapporteur général de la Commission pour l’indemnisation des victimes des spoliations durant l’Occupation.
Depuis quelques dizaines d’années, les travaux historiques se multiplient sur les spoliations des Juifs, et pas seulement de leurs biens culturels - peintures, sculptures, tapisseries, bibliothèques, etc. -, mais aussi leurs objets quotidiens utiles tels leurs ustensiles de cuisine les plus modestes.

En 2007, le Passage du Désir avait accueilli l’exposition La spoliation des Juifs à Paris. Retour sur les lieux. « Situé au 85/87 rue du Faubourg Saint Martin, ce Passage est l’ancien immeuble Lévitan « aryanisé » par les nazis : il a abrité, entre juillet 1943 et août 1944, un camp de travail dont les détenus, choisis parmi les internés du camp de Drancy, étaient contraints de trier, réparer, emballer, les meubles et les objets pillés par les nazis dans les appartements des familles Juives de Paris. Faire mettre en caisse par des Juifs, dans un immeuble pris à un Juif, des objets venus d’appartements abandonnés par Des juifs partis pour la plupart en camps d’extermination, faire ainsi disparaître toute trace de leur existence et en tirer profit au passage en envoyant ces objets en Allemagne : le lieu jouait son rôle dans la mise en œuvre d’un projet vaste, précis, à la logique implacable. Parce que l'enfermement des détenus dans l’immeuble a fait l’objet d’une organisation très discrète, le quartier n'en a pratiquement pas conservé le souvenir. Parce que, pour des raisons complexes, les détenus survivants ont très peu parlé après la guerre, l’histoire est restée longtemps méconnue ».

En 2008, le MAHJ accueillait l’exposition À qui appartenaient ces tableaux ? Spoliations, restitutions et recherche de provenance : le sort des œuvres d'art revenues d’Allemagne après la guerre conçue à l’initiative de la Direction des musées de France. Y étaient présentées « 53 œuvres (Pieter Claesz, Petrus Christus, Pieter de Hooch, Vouet, Courbet, Delacroix, Ingres, Monet, Manet, Cézanne, Degas, Matisse, Ernst...) en grande majorité issues des œuvres d’art dites « MNR » (d’après l’abréviation des inventaires intitulés « Musées nationaux récupération »), œuvres rendues à la France par l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale et confiées, au début des années 1950, à la garde des Musées de France, faute d’avoir retrouvé leurs légitimes propriétaires ». Cette exposition relatait « le processus des spoliations nazies durant la Seconde Guerre mondiale, leur condamnation par les Alliés dès 1943, les opérations de restitution massives engagées à l’issue du conflit, et les nouvelles mesures individuelles de restitution rendues possibles ces dix dernières années ».

En 2009, l’exposition Le Louvre pendant la guerre Regards photographiques 1938-1947 au Louvre montrait 56 photographies de la vie quotidienne en puisant dans le fonds du photographe Pierre Jahan acheté par le musée en 2005 et des documents provenant des archives allemandes. Le célèbre musée réquisitionné avait alors été transformé alors en zone de tri des biens confisqués aux juifs.

En 2009-2010, au domaine de Chambord, l’exposition 1939-1945 Otages de guerre à Chambord a rappelé le rôle de Chambord dans la protection de 1938 à 1949 des chefs d’œuvre des musées français dont La Joconde.

En 2010, le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation (CHRD) a présenté  l’exposition intéressante La dame du jeu de Paume, Rose Valland sur le front de d'art. Attachée de conservation au musée du Jeu de Paume, Rose Valland a contribué à préserver des œuvres du patrimoine national convoitées par les nazis, a recueilli des informations sur celles pillées dans les collections de Juifs français. A la Libération, elle a été chargée de retrouver et a permis le rapatriement en France et la restitution aux ayants-droit d’une partie de ces œuvres.

En 2011, le Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère a présenté l’exposition Spoliés ! L’« aryanisation » économique en France 1940-1944 réunissant des documents d’archives : photographies de prospection, courriers, affiches de mise en vente, témoignages. Une synthèse du rapport (2010) sur les modalités et l’ampleur du processus antisémite et administratif « d’aryanisation » et de spoliations dont les Juifs ont été victimes à Grenoble, et plus généralement dans le département de l’Isère, et les restitutions ordonnées par la République.

En 2013, le Mémorial de la Shoah s’intéresse à la « politique d’exclusion économique contre les Juifs » dont les bases sont fixées par le régime nazi dès 1933.

Cette exposition entend « éclairer tant les bases de cette politique d'État » et « ses rouages, en la réinscrivant dans le contexte de l’Europe nazie. Comprenant de nombreux documents d’archives originaux, provenant notamment des fonds des Archives nationales et départementales, elle met également en avant huit exemples de biens touchés dans le département de l’Isère et dans la Ville de Grenoble, venant illustrer le propos central ».

Curieusement, toutes ces expositions ne traitent que de la France métropolitaine, oubliant que la France sous l’Occupation ne se limitait pas à la métropole, mais comprenait aussi les départements d’Outre-mer, les protectorats – Tunisie, Maroc -, etc. Bref, un empire colonial sur plusieurs continents où les statuts des Juifs se sont aussi appliqués, et avec vigueur. Citons notamment le cas de la famille de Max Guedj, (1913-1945), héros méconnu de la France libre. Bref, c'est tout un pan d'histoire qui est éludé par ces commissaires d'expositions et ces musées..

Par ailleurs, aucun commissaire de ces expositions ne dresse le parallèle entre cette politique de spoliation nazie et celle mise en œuvre dans des pays arabes, en Turquie, en Iran, dans la partie de Jérusalem conquise par la Transjordanie etc. et ayant causé l’exil généralement forcé d’environ un million de Juifs de ces contrées où ils étaient parfois implantés depuis des millénaires.

L’exposition au Mémorial de la Shoah omet un cas jugé pourtant en France et décrit par Monique Waitzfelder dans son livre L'Oréal a pris ma maison : l’immeuble de la famille dont a été spoliée la famille juive allemande Rosenfelder. Un bien situé à Karlsruhe et devenu temporairement le siège social de la célèbre firme de produits cosmétiques.
Une « politique d’exclusion économique »
« Dès la prise du pouvoir en 1933, les nazis jettent les bases de l’« aryanisation ». Ce néologisme de la LTI (Lingua tertii imperri, langue du IIIe Reich) désigne la politique de dépossession des entreprises appartenant aux Juifs (Arisierung, littéralement « aryanisation »).

Dès 1933, les « campagnes de boycott des entreprises appartenant aux Juifs et expropriations sauvages se multiplient avant qu’un dispositif législatif visant à déposséder les « entreprises juives » ne soit mis en place », explique Tal Bruttmann, commissaire de l’exposition.

« S’insérant parmi les autres mesures législatives antisémites adoptées par l’Allemagne, cette politique » vise notamment à obliger les Juifs à quitter le territoire allemand.

Elle « s’est peu à peu diffusée à l’échelle de l’Europe, au gré de l’accroissement de l’influence du IIIe Reich, de ses alliances et de ses conquêtes. Elle arrive sur le territoire français, à la suite de la défaite » de juin 1940 : appliquée par l’occupant allemand nazi dans un premier temps, elle « est ensuite reprise par le régime de Vichy, qui la fait sienne à compter de l’été 1941 ».

Et Tal Bruttmann ajoute : « Cette politique est exportée dans les territoires occupés et adoptée par les régimes alliés au Reich. L’État français en intègre les principes dans le cadre de sa politique antisémite. Appelée « aryanisation » économique, cette politique d’État a pour but la spoliation systématique des entreprises, des commerces et des biens appartenant aux Juifs sur l'ensemble du territoire français en vue « d’éliminer toute influence juive dans l’économie nationale » (loi du 22 juillet 1941) ».

En « France et plus largement en Europe, les spoliations furent un rouage essentiel du processus d’exclusion des Juifs, qui facilita ensuite la mise en œuvre de la « Solution finale de la question juive ». La spoliation systématique des entreprises et des biens appartenant aux Juifs est engagée dès 1941 sur l'ensemble du territoire français. De l’identification des Juifs et de leurs biens jusqu’à l’« aryanisation » de ces derniers par la vente ou la liquidation, c’est un processus administratif efficace basé sur un arsenal législatif légal, qui se met en place en France, impliquant non seulement un nombre important d’administrations, mais également de larges pans de la société ».



Sous la direction de Tal Bruttmann, La spoliation des Juifs : une politique d’Etat 1940-1944. Ed. Mémorial de la Shoah-Ville de Grenoble, 2013. 236 pages. ISBN : 9 782916 966656


Jusqu’au 29 septembre 2013
Au Mémorial de la Shoah

17, rue Geoffroy-l'Asnier, 75004 Paris
Tél. : 01 42 77 44 72
Tous les jours, sauf le samedi, de 10 h à 18 h, nocturne le jeudi jusqu’à 22 h

A lire sur ce blog :

Les citations proviennent du dossier de presse. Cet article a été publié le 25 septembre 2013.

mardi 18 novembre 2014

« La lettre de mon père, une famille de Tunis dans l’enfer nazi » de Frédéric Gasquet


En lien avec la programmation du Pré Festival et  du Festival Sefarad, ALEPH-Centre d’Études Juives Contemporaines de la Communauté sépharade unifiée du Québec (CSUQ) diffusera gracieusement au Centre Gelber, le 18 novembre 2014, de 19 h 30 à 21 h, « Les Juifs d'Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale », documentaire passionnant et émouvant de Claude Santiago  (1949-2012) et d'Antoine Casubolo Ferro (2013). Ce film évoque l'histoire tragique de la famille Scemla.



L’histoire des Juifs de Tunisie, ancien protectorat français (1881-1956), sous le régime de Vichy et l’occupation allemande nazie (novembre 1942-mai 1943), lors de la Shoah - certains ont été déportés -, est méconnue.

Discriminée par les décrets antisémites beylicaux - le bey Ahmed II règne de 1929 à sa mort en 1942, Moncef bey de 1942 à 1943 et Lamine Bey de 1943 à 1957 -, à l’instar du statut des Juifs, persécutée par le zélé résident général de France en Tunisie, l’amiral Jean-Pierre Esteva, et les autorités allemandes, rackettée, contrainte au travail forcé, la communauté juive de Tunisie a eu ses morts, assassinés.

Cinquante-six, dont trois Français déportés, Joseph Scemla, tunisien naturalisé français dans les années 1920 et qui tenait un « commerce de tissus florissant dans les souks de Tunis », et ses deux fils brillants, Gilbert, polytechnicien « sorti dans la botte », et Jean, étudiant visant l’X (Ecole Polytechnique).

Frédéric Gasquet, fils de Gilbert Scemla et de Lila Vilenkine, juive russe originaire de Tachkent (Ouzbékistan), rappelle dans ce livre l’histoire tragique de ses parents et ses douloureuses recherches pour éclaircir les circonstances de leur calvaire.

Il brosse avec émotion le portrait de ces patriotes – Joseph Scemla a participé aux combats dans la Somme - à la rare noblesse d’âme et victimes de l’antisémitisme sous le régime de Vichy et sous l’occupation nazie.

Les deux fils tentent de joindre les Forces françaises libres. Un « ami » de leur père, Hassen ben Hamouda El Ferdjani, leur propose de les aider. Il les héberge dans sa maison d’Hammamet. Il propose à Joseph Scemla d’acheter son stock de marchandises « qu’il paiera petit à petit, lui promet-il, car il n’a pas d’argent ». Joseph Scemla accepte. Ferdjani suggère que Gilbert et Jean Scemla traversent les barrages allemands dans la région de Zaghouan, déguisés en indigènes, moyennent 20 000 francs pour soudoyer un passeur.

Joseph Scemla verse la somme à Ferdjani.

Il décide de suivre, à bonne distance, ses fils.

Dénoncés par Ferjani auprès des autorités allemandes pour espionnage au profit des Alliés, tous trois sont arrêtés le 10 mars 1943 par les soldats allemands.

Après leur détention à Tunis, ils sont envoyés par avion en Allemagne. Après un an d’internement à Dachau, ils sont jugés à Torgau par un tribunal militaire en mai 1944 et accusés d’espionnage au profit des Forces alliées en Algérie. Ils sont condamnés à mort.

Le 22 mai 1944, Gilbert Scemla écrit une lettre d’amour bouleversante à son épouse. Un « guide de vie »...

Le 17 juillet 1944, le père et ses deux fils sont guillotinés au Fort de Halle. Ils avaient respectivement 54 ans, 26 ans et 22 ans.

Grâce à l’historien Auguste Gerhards, Fred Gasquet découvrira les tombes de son grand-père Joseph et de son oncle Jean Scemla dans la Nécropole nationale du Struthof (Alsace). Il obtiendra que les croix soient remplacées par des stèles juives. Le corps de Gilbert Scemla avait été envoyé à l’Institut d’anatomie de l’université de Halle.

A la Libération, Ferjani est « condamné à mort, à l’unanimité par le tribunal militaire français. Sur intervention des autorités indigènes, sa peine – selon l’expression de l’époque – fut commuée en travaux forcés à perpétuité, puis à vingt ans… Peu de temps après l’Indépendance de la Tunisie, Hassen ben Hamouda El Ferjani fut libéré. Il avait purgé dix ans de prison ».

Force est de constater que ceux ayant concouru à leur assassinat à Halle (Saxe-Anhalt) ont été peu ou pas punis : « Erich Lattmann, nommé juge militaire du Reich en 1942, à l’origine de nombreuses condamnations à mort, chargé des débats durant le procès [des Scemla] n’a fait l’objet d’aucune poursuite après la guerre. Mieux, il a continué à exercer son métier de juge au tribunal de Clausthal-Zellefeld et a écrit une histoire de la justice militaire au temps du national-socialisme », note l’auteur.


Frédéric Gasquet, La lettre de mon père, Une famille de Tunis dans l’enfer nazi. Préface de Serge Klarsfeld. Ed. Le Félin, coll. Résistance Liberté-Mémoire. 170 pages. ISBN : 9782866456245

On peut en lire le premier chapitre sur Internet.

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié en une version concise dans Osmose en 2007 et sur ce blog le 12 mai 2010.

dimanche 16 novembre 2014

An “Islamically Correct” Aladdin Project Launch Conference

On November 6, 2014, "the Aladdin Project, an international nongovernmental organization based in Paris, was honored with the Anti-Defamation League’s (ADL) prestigious ADL Daniel Pearl Award for its groundbreaking work in promoting greater mutual understanding among peoples of different cultures and religions and for fostering a greater understanding between Jews and Muslims. Anne-Marie Revcolevschi, President of The Aladdin Project, accepted the award on behalf of the organization at the League’s Annual Meeting in Los Angeles, California.  Also attending the award ceremony was Abe Radkin, the Project's executive director".


If there is a persistent myth about Muslim rule, it is the “golden age” myth of a “peaceful coexistence” between Jews, Christians and Muslims in Muslim-ruled “lands of Islam”, in particular in “al-Andalus” (Medieval Muslim-rule Spain). On March 27, 2009, in Paris, the Aladdin Project[1] launch conference unanimously celebrated that myth.

That article was first published in English by FrontPage Magazine and in French here.
The French Jewish Foundation for the Memory of the Holocaust (FMS) has initiated the Project both to fight against revisionism and Holocaust denial in the Muslim world as well as to foster improved Jewish-Muslim relations.


The project includes in particular two web sites in five languages: Turkish, Persian, Arabic, English and French. Projetaladin.org provides “objective information on the history of the Holocaust, an introduction to Jewish culture, history and religion and the history of Muslims and Jews throughout the ages across the Middle East, North Africa and Medieval Spain”. Aladdin Online Library “features pdf-formatted books on the Holocaust[2] -- such as The Diary of Anne Frank and If This is a Man (Primo Levi) -- that can be downloaded free of charge in Turkish, Persian and Arabic.

That myth is an essential part of “Islamically correct” discourses. It produdes perverse effects that will be presented later on in this article.

The “golden age” myth
Professor Bernard Lewis writes that the myth was forged by European pro-Islamic Jews:
The golden age of equal rights [under Muslim rule] was a myth, and belief in it was a result, more than a cause, of Jewish sympathy for Islam. The myth was invented by Jews in nineteenth-century Europe as a reproach to Christians – and taken up by Muslims in our own time as a reproach to Jews[3].
Historian Bat Ye’or explains that myth, “which endorses the Islamic version of history”, by geopolitical factors[4], such as the XIXth century European “political equilibrium”. The myth justified “the defence of the territorial integrity of the Ottoman Empire”, i.e. conquering peoples under its rule. In the Interwar years, the “Ottoman tolerance” myth changed into the “peaceful coexistence under the first caliphs” myth.

That myth is an anesthetizing narrative: it blurs the topics at stake in the jihad against the West or in Eurabia[5]. It both conceals a tragic threatening reality - jihad and its corollary institution dhimmitude which is the cruel inferior status of non-Muslim minorities under Islamic rule[6] - and “delinks Islam and Islamism[7]. Instead, it imposes an “Islamically correct” vision of an idealized “peaceful” Islam[8] symbolized by brilliant al-Andalus civilization, an example of “peaceful coexistence between Judaism, Christianity and Islam” under Muslim rule. It also contains the Western “debt” myth to “Arabic/Islamic sciences”. It thus downgrades the Christian civilization which put an end to that idealized era by defeating the Moors and retaking the Iberian Peninsula (Reconquista) as well as failed to create an al-Andalus’ equivalent.
The myth thus induces a West’s moral inferiority complex towards the Muslim-Arab world, meanwhile demonizing the West – “obscurantist” (Inquisition), “conqueror” (Crusades, empires), “racist” - victimizes Muslims and reinforces the vilification of Israel. That myth can only induce a West’s guilty feeling, anti-Western and Israel-bashing discourses. The fact that Jews recreated the State of Israel contradicts the mythical “happy Jewish dhimmis”. Lauding how the Muslims’ behaviour towards non-Muslims was admirable and beyond reproach vilifies a contrario demonized Israel: the State of Israel’s re-creation is suggested as having broken an era of idealized “peaceful coexistence between Jews and Muslims”. The Israeli policy is distorted through a biased mythical prism: it is compared to a myth presented as an historical fact and Israel is required for a myth-compliant policy which de facto would restore the “good old days” of dhimmitude, and consequently the destruction of the Jewish state. That myth was also renewed in the idea of a “secular multicultural Palestine” replacing Israel.
Bat Ye’or underlines:
That myth of peaceful coexistence strengthens Islamic doctrine. It confirms the perfection of the shari’a… The slightest criticism of the dhimmi status is rejected, as it undermines the doctrine of the perfection of Islamic law and government…. Consequently, the praise of the tolerance and justice of Islamic government, accompanied by gratitude, constituted an integral part of the obligations required of the dhimmi”[9].
Jewish and Christian dhimmitude networks have conveyed that perverse myth which aims at influencing public opinions and therefore government policies, especially in the Euro-Arab dialogue.
And some French textbooks still present that myth as an historical fact[10].

The myth-endorsing Aladdin Project launch conference

A recent example of the vitality of that myth was offered by the launch conference of the Aladdin Project at UNESCO (United Nations Educational Scientific and Cultural Organization) Headquarters on March 27, 2009[11].
About 800 diplomats, including Israeli ambassadors, ministers, presidents of Jewish associations, rabbis, bishop, imams, Medias, especially from the Muslim world, and artists attended that prestigious conference.
In compliance with the myth, Jewish, Christian and Muslim orators concealed Islamic Anti-Semitism[12], dhimmitude and the Jewish “Forgotten Exodus”[13] from the Muslim world. They whitewashed the Islamic world from any participation in the Holocaust or any link with Nazis[14], and praised Muslim Righteous among the Nations as well as King Muhammed V of Morocco and the Bey of Tunisia who had protected “their” Jews. So, Muslims officials easily condemned Holocaust denial and expressed their sympathy for the Jewish victims.
Let’s hear Abdoulaye Wade, President of the Republic of Senegal and current President of the Organization of the Islamic Conference (OIC), asserting the myth:
 There have never been historical contentions among Muslims and Jews. On the contrary, from the Charter of Medina in 622 to Arab-ruled medieval Spain and the Ottoman Empire, history teaches us that in different periods Jews and Muslims have been able to live together in peace and respect each other. Jews were often protected by Muslim monarchs.
It was quite bizarre to hear that ode before Muslim Judenrein countries’ officials.
Orators committed shocking confusions, West-bashing and Israel-bashing stances, which are parts of the myth.
For instance, controversial and anti-Israeli Egyptian Minister of Culture Farouk Hosny[15] said on President Hosni Mubarak's behalf that the Holocaust was a “transgression against Islam and Muslims (. . . ) because their Semitic brothers were killed in such a great number”. By qualifying Jews and Muslims as “Semites”, that speech denies both what “anti-Semitism” means - Jew-hating - and the existence of a Jewish people. In 2001, Farouk Hosni had invited convicted French Holocaust denier Roger Garaudy to speak in Cairo. On May 21, 2009, philosopher Bernard-Henri Lévy, director Claude Lanzmann et Nobel Peace Prize Laureate Elie Wiesel expressed outrage at Hosny’s candidacy for UNESCO Director General[16]. On September 9, 2009, Serge Klarsfeld, the famous Nazi hunter, backed Hosni “because of his public position on the Holocaust[17]. He also said that Hosny had expressed repentance for his speech about burning Israeli books and that he took recent measures in favour of the Jewish culture in Egypt, such as restoring synagogues and communication of the Egyptian Jewish community’s archives. Paris vaut bien une messe (“Paris is well worth a mass”), as King Henry IV is said to have declared…
Another example. Controversial Grand Mufti of Bosnia Mustafa Cerić reading a speech on behalf of the President of Bosnia, and André Azoulay[18], member of the Aladdin Project Experts Committee and advisor of the King of Morocco, exhorted to fight both anti-Semitism and Islamophobia. Islamophobia is a term used against the West in order to prevent any critical discussion of Islam[19].
The West was stigmatized too through slavery and imperialism. President Wade vilified [Transatlantic] “slavery which lasted for five centuries”; that historical period of time corresponds to the European trade slaveries and avoids evoking the lasting Transafrican and transoceanic trade slaveries led by Muslims. That discourse has victimized Africans in a claiming position demanding repentance towards Europe. Muslim orators denounced French or British empires, but presented the “Arab empire” as a quite natural fact. The reason is that the European empires were not led by Muslims and did not intend the expansion of Islam.
President Wade also advocated cultural relativism which actually seeks to destroy universal human rights considered as Western concepts:
Beyond worldwide admitted norms, nothing is more relative than a value of culture and civilization. The truth of an era is not necessarily the one of another. What is the norm of a society may be a counter value in another one. The dialogue of cultures and civilizations can only blossom and prosper in the nuance and the relativism”.
Concerning the Near-East, Mauritania’s Former President Ely Ould Mohamed Vall evoked his “Palestinian brothers”’ sufferings.
And, while ignoring the Palestinian Autority’s revisionism[20] and President Mahmoud Abbas’ Holocaust denial writings[21] Jacques Chirac, Former President of France declared:
I told the Israelis that settlement building was a mistake. You don’t make peace with your neighbour by expropriating his land, uprooting his trees, and cordoning off his roads.
Jacques Chirac’s reference to Israel revealed how the audience was divided: pro-Israeli stances were cheered by Jews, and Israel-bashing was applauded by Muslims. 

A myth-endorsed “Call to Conscience”

A “Call to Conscience” to fight Holocaust denial was then signed by Jacques Chirac, Simone Veil, Honorary President of the FMS and former deportee, and President Wade. Hundreds of intellectuals signed it.
That “Call” endorses too that myth by alleging that “Muslims and Jews (…) for centuries - in Persia, throughout the Middle East, in North Africa and across the Ottoman Empire – (…) lived together often in harmony”. So, the rule is “harmony”.
That “Call” also refers to “values of justice and fraternity”, and not to liberty and equality, because Muslims must not consider dhimmis as equals. It evokes “intolerance and racism”, but not “anti-Semitism” or “anti-Judaism”.
In accordance with the myth, it asserted that the authors of the Holocaust were “Nazi Germany and its European accomplices. It recalls the actions of the Righteous in Europe and in the Arab and Muslim world[22].
Moreover, it supports the “two-state solution” to the conflict between “Israelis and Palestinians”, as if the Muslim world had accepted Israel's legitimacy as a Jewish state. Thus, that Call politicizes the Holocaust without reason, and ignores other solutions[23].

A Myth vs History
Muslim orators opposed that myth to Jews for all the above reasons and in order to prevent any claim related to the Jewish Exodus.

Is that myth the basis for Islamic acceptance of fighting Holocaust denial? Will the Islamic world book fairs accept books dealing with taboo topics, such as the alliance of Nazis and Muslim leaders, the Muslim Bosnian SS division’s participation in the Holocaust or Arab leaders’ Nazi councillors[24]? Will the OIC condemn the pro-Nazi past of some of its Member States? Will it make act of repentance for Arafat’s “hero[25], Grand Mufti of Jerusalem Haj Amin al-Husseini, striving to persuade the Nazis to kill Jews living in the Middle East? The Holocaust remains a sensitive topic, and some Muslim leaders, such as Iranian President Mahmoud Ahmadinejad, instrumentalize and trivialize it[26].
Why did Jews endorse that myth which denies their history -- some Jewish leaders privately expressed critics about Farouk Hosni --? Extreme politeness? For the sake of the “Muslim sensitiveness”? However, Jews are sensitive too…
That myth has also been endorsed by Public authorities for the sake of social peace or public order. If Jewish organizations contradict that myth, they may be blamed for a possible interreligious clash and its consequences in terms of anti-Semitic incidents.

The FMS did not challenge the myth because of its dynamic progressive strategy. It aims to fight against the Holocaust denial, which fuels anti-Zionism and anti-Semitism, through gaining Muslim leaders’ support in order to present its books in the Islamic world Book Fairs and to introduce history of the Holocaust in the Muslim world’s school textbooks.
By ignoring the Sephardic history, the FMS fuelled a “concurrence des mémoires” (rivalry of memories) between Sephardim, a generic word used to refer to Jews from Spain, Portugal, North Africa and Middle East descent, and Ashkenazim, a generic term used to refer to Jews from Central and Eastern Europe descent[27]. It seems quite contradictory for Jewish organizations both to endorse that myth[28] and to advocate in favour of exiled Jews from Arab countries, Turkey and Iran, before Muslim leaders.
That myth has been repeated for decades with no positive effect upon the situation of European Jews and Israelis. It has not allowed improving the Jewish-Muslim dialogue[29]. It marginalizes moderate Muslims, because it denies the need for a critical discussion or a reform of Islam. It has also failed in upgrading the relations between the Jewish state and the Muslim world.
The Aladdin Project may reinforce relations between Jews and Muslims, but on an artificial consensus and at the expense of the Bible-based links between Jews and Christians, because that myth bans the writing of history of dhimmis, including Eastern Christianity. Whereas some Christian Churches adhere to the anti-Zionist Palestinian Liberation Theology (PLT)[30].
The Aladdin Project is an opportunity to debunk the myth, to bring up taboo issues in the Muslim world in order to lead it to face a dark side of its past.
It hardly can avoid the necessary critical discussion of Islam in order to lead to a victorious fight against Holocaust denial in that world, sincere interfaith relations, the acceptance of the State of Israel by the Islamic world.
Otherwise, it will be a missed opportunity.

[1] The FMS was created in 2000 with “money from the expropriated property of the Jews of France”. It is presided by David de Rothschild and was then directed by Anne-Marie Revcolevschi. The FMS’s Board members are major Jewish organizations’ Presidents, high rank public officials and qualified VIP.
In 2008, it gave nearly 14 millions € (USD 20 millions), over its 21.5 million € annual budget, to fund 267 projects. The Aladdin -- “Light of wisdom and knowledge” -- Project “promotes also a sound and mutually respectful dialogue of cultures”.
Yad Vashem, the United States Holocaust Memorial Museum (USHHM) and Holocaust Denial on Trial (HDOT) have already set up web sites on that theme and in those languages.
[2] Those books themselves, previously unavailable in the Muslim world’s languages, have been published by the Editions du Manuscrit.
[3] Bernard Lewis, Islam in history, Ideas, People and Events in the Middle East. Open Court Publishing, 2001. 2nd edition revised. 487 pages. p. 148.
[4] Bat Ye’or, Face au danger intégriste, juifs et chrétiens sous l’islam. Ed. Berg International, 2005. 420 pages.
[5] Bat Ye’or, Eurabia: The Euro-Arab Axis. Fairleigh Dickinson University Press, 2005. 384 pages.
[6] Bat Ye’or :
The dhimmi, Jews and Christians under Islam. Preface by Jacques Ellul. Fairleigh Dickinson University Press, 1985. 444 pages.
[7] Alexandre del Valle, Le totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties. Ed. des Syrtes, 2002. p.389. 463 pages.
[8] Pierre-André Taguieff, La nouvelle judéophobie. Fayard-Mille et une nuits, 2002. P.68. 240 pages.
[9] Bat Ye’or, Bat Ye’or, Islam and Dhimmitude: where civilizations collide. Trans. from French by Miriam Kochan and David Littman. Madison, New Jersey: Associated University Presses, 2001. 528 pp.
Robert Frank and Valéry Zanghellini (Under the direction of), Histoire 2e. Belin, 1996.
[12] Raphael Israeli, Bostom's legacy, The Jerusalem Post, May. 15, 2008
[13] Shmuel Trigano, La fin du judaïsme en terre d’islam. Denoël, 2009
Michel Abitbol, Juifs et Arabes au XXe siècle. Perrin, Tempus, 2006
Pierre Rehov, The Silent Exodus (2004).
[14] Frédéric Gasquet, La lettre de mon père, Une famille de Tunis dans l'enfer nazi. Préface de Serge Klarsfeld. Editions du Félin, coll. Résistance, Liberté Mémoire, 2006. 176 pages.
Orators concealed for instance the fact that Muslim countries harboured Nazis after the Second World War.
[15] In 2008, Farouk Hosni said that he “would burn Israeli books himself if found in Egyptian libraries”. Itamar Eichner, Egyptian culture minister: I would burn Israeli books myself, Ynetnews, May 14 2008.
[16] Bernard-Henri Lévy, Claude Lanzmann et Elie Wiesel, UNESCO :The Shame of a Disaster Foretold, The Huffington Post, May 21, 2009
[18] Mr Azoulay is also a member of the United Nations High Level Group for the Alliance of Civilizations and Chairman of the Euro-Mediterranean Anna Lindh Foundation for Dialogue between cultures.
Alliance des civilisations ?, Controverses, n°9, novembre 2008.
[19] Véronique Chemla, Interview de Bat Ye’or sur Geert Wilders et l’OCI, February 18, 2009
Two days after the launch conference, the Palestinian Authority dismantled a youth orchestra from a refugee camp who had played for Holocaust survivors in Israel. Khaled Abu Toameh and AP, PA dismantles W. Bank youth orchestra, The Jerusalem Post, March 29, 2009
[22] Robert Satloff, Among the Righteous, Lost Stories from the Holocaust’s Long Reach into Arab Lands. Public Affairs, 2006. p. 164. 265 pages.
[23] Daniel Pipes, Solving the "Palestinian Problem", The Jerusalem Post, January 7, 2009
[24] Alexandre del Valle, Le totalitarisme islamiste à l’assaut des démocraties. Ed. des Syrtes, 2002. p.95. 463 pages.
[27] French philosopher Shmuel Trigano analyzed part of the Project web site’s content which sometimes contrasts the launch conference discourse. On April 23, the Algeria-born professor stigmatized “the FMS’ moral and political faults”. He condemned both the “partnership” with anti-Israeli OIC and a “politico-symbolic swop”: the Muslim world allows the FMS to fight against the Holocaust denial inside its geographical area in exchange for the Jewish denial of the Sephardim’s litigations against that world (dhimmitude, “Forgotten Exodus”). The confused FMS disclaimed any partnership with the OIC, declared that it never pretended “to tell history” and it denied any disdain towards Sephardim.
[28] JJAC (Justice for Jews from Arab Countries), JIMENA (Jews Indigenous to the Middle East and North Africa)
Ya'akov Meron, Why Jews Fled the Arab Countries, Middle East Quarterly, September 1995
Etgar Lefkovits, Expelled Jews hold deeds on Arab lands, November 16, 2007
[29] Shirli Sitbon, Unraveling Deceitful Judeo-Muslim Dialogue, The Jewish Journal, January 28, 2009
Nevertheless, French Jewish and Islamic organizations lead common actions.


Articles sur ce blog concernant :
That article was published on August 20, 2012. On July 27, 2012, Ziad Al-Bandak, an advisor to Mahmoud Abbas (Abu Mazen) on Christian affairs, visited the Auschwitz concentration camp (Poland). Al-Bandak's visit sparked angry responses from Hamas.