lundi 28 juillet 2014

Un séjour politique de la délégation de l'American Jewish Congress à Paris en 2002

Alarmée par la vague d’antisémitisme en Europe, une délégation de l’American Jewish Congress (AJC) a rencontré des responsables publics, communautaires et associatifs ainsi que des intellectuels à Paris et à Bruxelles, du 8 au 12 juillet 2002. Ses buts : évaluer la situation et demander un équilibrage de la politique proche-orientale de la France et de l’Union Européenne (UE). Son bilan est en demi-teintes... L'AJC a écrit le 23 juillet 2014 au Premier ministre turc islamiste Erdogan que celui-ci est devenu le "leader anti-israélien le plus virulent" au monde car il "crache une rhétorique dangereuse en vue de gain politique et incite la population turque à la  violence contre le peuple Juif". L'AJC lui a demandé de lui rendre le Prix Profile of Courage qu'il lui avait remis en 2004 en partie en raison de son rôle dans les négociations entre les Israéliens et l'Autorité palestinienne. Tout le danger du rapprochement avec le monde musulman mené par des organisations Juives occidentales naïves, voire peu ou mal informées. Le Centre Simon Wiesenthal (CSW) alerte sur les risques de l'incitation à la haine anti-juive d'Erdogan et de ses soutiens non seulement pour les Juifs turcs, mais aussi pour ceux vivant en Allemagne et aux Pays-Bas où des imams diffusent cette haine. Quatre ans après la tentative du Marmara de percer le blocus maritime de la bande de Gaza, le mouvement islamiste ITT a annoncé qu'il prépare, avec l'accord du gouvernement turc, une nouvelle flottille pour rejoindre la bande de Gaza.


Les Juifs américains sont inquiets pour leurs frères français, le font savoir et agissent.

Depuis mai 2002, ils multiplient déclarations, encarts dans les journaux et rencontres avec le CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France), porte-parole politique de la communauté.

En un mois, ce sont deux hautes figures du judaïsme américain qui sont venues en France : à la mi-juin, c’était Richard Heideman, président du B'nai B'rith International et membre du Comité national de l'Anti-Defamation League (ADL) et à la mi-juillet, Jack Rosen, président de l’AJC, à la tête d’un groupe de huit responsables, nationaux et locaux (Los Angeles et Dallas), de cette association. Rappelons qu’avec l’American Jewish Committe et l'ADL, l’AJC est l’une des principales organisations juives aux Etats-Unis.

« L’antisémitisme en France n’est pas un problème local. Ces agressions ne sont pas contre les Juifs français, mais contre les Juifs. C’est la raison pour laquelle les Juifs aux Etats-Unis se sentent concernés. On ne doit pas les tolérer, car ce serait donner un signal : « OK, vous pouvez attaquer les Juifs ». Et cela risquerait de déborder du cadre français », a déclaré d’emblée Jack Rosen. Avant de s’étonner que la France le tolère par un long silence politique et des sanctions judiciaires rares et assorties de sursis. « Aux Etats-Unis, il y a aussi une communauté musulmane importante dont certains membres manifestent avec colère leur hostilité au soutien américain à Israël. Mais aucune synagogue ne brûle et aucun écolier juif n’est agressé ». Alors pourquoi cette flambée d’agressions antisémites de ce seul côté de l’Atlantique ? « Cela tient à l’importance des Arabes originaires d’Afrique du Nord, largement touchés par le chômage, au laxisme politique et à une société intolérante. On peut se réjouir que 80% des votants se sont prononcés pour Jacques Chirac lors de l’élection présidentielle. Mais Jean-Marie Le Pen a recueilli près de 20% des votes ! Et ceci n’est pas rassurant », observe-t-il.

Reçu par Patrick Devedjian, alors ministre délégué aux libertés locales auprès du Ministre de l’Intérieur, et Renaud Muselier, alors secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères, Jack  Rosen a noté une volonté de réagir à ces actes antisémites, mais aucun changement dans la politique pro-palestinienne de la France.

Il a stigmatisé la diplomatie française qui considère Arafat comme un interlocuteur crédible, alors qu’il a financé le terrorisme, et n’a pas sanctionné son ambassadeur à Londres pour avoir qualifié Israël de « petit Etat merdique » et annoncé que le monde n’allait pas déclarer « une Troisième Guerre mondiale pour ces gens-là ». Et grande est sa surprise devant l’absence de condamnation publique de ces propos.

Mais Jack Rosen se réjouit d’avoir rencontré Elie Barnavi, alors ambassadeur d’Israël, Patrick Gaubert, alors président de la Licra (Ligue Internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme), Me Gilles-William Goldnadel, responsable d’Avocats Sans Frontières, et Michel Gurfinkiel, rédacteur en chef de Valeurs actuelles.

Jack Rosen a constaté que les organisations juives françaises appréciaient diversement les actions de l'AJC. Roger Cukierman, président du CRIF, et David de Rothschild, président du FSJU (Fonds Social Juif Unifié) sont rassurés par les déclarations du nouveau gouvernement français et hostiles au boycott de la France. Par contre, l’UPJF (Union des Patrons Juifs de France) soutient les messages clairs de l’AJC aux dirigeants français.

C’est la réduction du nombre d’actes antisémites et la volonté de faire crédit aux ministres qui expliquent la position de l’AJC : ferme dans sa condamnation de l’antisémitisme, vigilante quant à la réponse des Pouvoirs publics et attentiste dans la prise de mesures.

Rappelons que l'AJC avait annulé ses voyages touristiques en France pour 2002. Un boycott ? « Non, nous n’interdisons pas d’aller en France. Mais au vu des circonstances, il nous a semblé que promouvoir ces séjours n’était pas alors approprié », précise Jack Rosen. Quid de l’action de la section de Los Angeles de l’AJC à l’approche de l’édition 2002 du festival de Cannes (1) ? « Nous avions écrit dans la presse professionnelle pour dire aux gens du cinéma : "Agissez selon votre conscience. Vous pouvez choisir de ne pas vous rendre au Festival de Cannes, mais si vous y allez, parlez de l’antisémitisme en France et montrez ainsi votre solidarité aux Juifs français" », a explicité David Suissa, l’un de ses responsables. Mais « Woody Allen n’a pas dit vraiment les phrases qu’on espérait », a ajouté ironiquement M. Rosen.

C’est à Bruxelles et sur le conflit israélo-palestinien que les échanges ont été plus difficiles. Si le dialogue avec Javier Solana, alors secrétaire général du Conseil de l’UE, a montré un accord sur le nécessaire contrôle de l’usage de la manne européenne destinée à l’Autorité palestinienne, en revanche, celui avec le cabinet de Chris Patten, alors membre de la Commission, s’est avéré tendu. « La politique de l’Unin européenne s’inscrit dans une stratégie à long terme visant à la création d’un Etat palestinien, et n’entend pas qu’une action contre l’Autorité palestinienne interfère dans son objectif. Quand nous avons dit que l’Union Européenne finance des manuels scolaires palestiniens haineux à l’égard des Juifs et des Israéliens, on nous a répliqué qu’elle rémunère les seuls professeurs. Mais ceux-ci enseignent en utilisant ces livres ! », s’exlame M. Rosen, consterné.

(1) Après s’être concertés avec Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture, Claude Lanzmann, cinéaste et écrivain, Claude Lelouch, cinéaste, Ady Steg, président de l’Alliance israélite universelle (AIU) et Éric de Rothschild, président du Mémorial du martyr juif inconnu et du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) ont signé le texte Réponse à l’American Jewish Congress présenté dans un communiqué dudit ministre du 14 mai 2002 :
"Mercredi 8 mai, à une semaine de l’inauguration du Festival de Cannes, le magazine Américain "Variety", revue des professionnels du cinéma, a publié un placard signé par l’American Jewish Congress.
Cette organisation y dissuade les voyageurs juifs de se rendre à Cannes et compare la situation dans notre pays en 2002 à celle qui régnait en 1942.
Pour que les choses soient bien claires, le placard renvoie le lecteur, pour plus d’informations, à un site Internet intitulé "boycottfrance".
Si notre pays a effectivement et malheureusement connu un certain nombre d’actes antisémites, rien ne rapproche la situation de 1942 et celle de 2002. Tout les oppose. L’antisémitisme de 1942 était un antisémitisme d’État, machine meurtrière mise en œuvre par un gouvernement qui avait renversé la République à la faveur de l’Occupation. Les actes commis aujourd’hui sont des actes isolés, combattus sans complaisance par les pouvoirs publics, condamnés solennellement par tous les responsables politiques, par toutes les autorités morales et religieuses du pays et par l’ensemble de nos concitoyens. Par son vote du 5 mai, le peuple français a massivement exprimé sa fidélité aux valeurs d’égalité et de fraternité, et son refus de l’extrémisme, du racisme et de l’antisémitisme.
La comparaison à laquelle se livre l’American Jewish Congress est offensante pour chacun de nous, français. Pour chacun de nous, juif. Plus gravement, elle est offensante pour la mémoire des innombrables victimes de la Shoa
h".

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Cet article a été publié par Actualité juive.

vendredi 25 juillet 2014

Interview d’Hillary Kessler-Godin, directrice de la Communication de la Claims Conference (4/5)


L’accès au Hardship fund a été "ouvert en 2013 à une partie des juifs d’origine marocaine ou tunisienne. Cette reconnaissance  ouvre aussi la possibilité dans les cas les plus difficiles, de bénéficier de services à domicile, que ce soit des aides ménagères, de l’aide pour les médicaments, ou de l’aide d’urgence, à travers les services du Casip-Cojasor, de l’Adiam, du Casim, et de Passerelles. La Fondation pour la Mémoire de la Shoah finance aussi ces services, complétant l’action de la Claims Conference et permettant, pour les personnes dont les dossiers seraient toujours en cours de traitement, de bénéficier également d’aide au maintien à domicile ou d’aide d’urgence. Le Bureau Claims de la Fondation Casip-Cojasor  accompagne pour tout démarche administrative relative à à la Claims".

Hillary Kessler-Godin, directrice de la Communication de la Claims Conference on Jewish Material Claims against Germany, ou Claims Conference, a répondu le 8 novembre 2011 à nos questions sur la procédure d’indemnisation des Juifs originaires du Maroc et de Tunisie dans le cadre du Hardship Fund (fonds Hardship) de la  Claims Conference. Celle-ci a publié une annonce dans le numéro de novembre 2011 de L’Arche. Des questions demeurent.


An excerpt of those articles was translated in English by Point of no return


Pourriez-vous présenter la Claims Conférence et le Fonds Hardship ?
La Claims Conférence est une association de 26 organisations juives fondée en 1951 dans le but de négocier avec l’Allemagne une indemnisation pour les survivants de la Shoah.
C’est ce qu’elle fait avec grand succès jusqu'à aujourd’hui.
Lorsque la Loi fédérale sur l’indemnisation a été signée en 1969, il y avait urgence à agir. Les persécutés, grandes victimes des nazis, qui émigraient en nombre croissant de l’Europe de l’Est vers l’Europe de l’Ouest ne pouvaient plus prétendre à une indemnisation bien qu’ils aient subi les même persécutions.
Apres d’âpres négociations, la Claims Conférence a pu réussir à créer le Fonds Hardship en 1980 afin de leur octroyer un paiement unique de 2 256 euros.
La Claims Conference a depuis cette date traité bien plus de 400 000 demandes.

Les Juifs originaires de Tunisie peuvent-ils également faire une demande d’indemnisation ? Et sous quelles conditions ?
Oui, les Juifs de Tunisie peuvent eux aussi déposer une demande dès lors qu’ils remplissent les critères de ce Fonds.
Vous trouverez les critères exacts sur notre site internet www.claimscon.org

Y-a-t-il une date limite pour les requérants ?
Non, il n’y a pas de date limite pour le Fonds Hardship.

La Claims Conférence a-t-elle informé les survivants Juifs qui seraient intéressés par cette indemnisation? Et avec quelles institutions coopère-t-elle ?
La Claims Conférence opère partout dans le monde et présente ses programmes en partenariat avec les différentes communautés et institutions sociales Juives.
En outre, elle fait paraître dans la presse et par annonces tous les changements des critères d’éligibilité. Particulièrement en France, nous avons fait connaître le programme de manière intensive et avons travaillé en lien étroit avec les organisations locales.
Une employée du Casip-Cojasor est spécialement chargée des demandes et assiste les requérants dans leurs démarches au niveau des programmes de la Claims Conférence.
Les formulaires de demande sont disponibles auprès de ces Institutions mais peuvent être également téléchargés en Français à partir du site de la Claims Conference (www.claimscon.org)

Ces requérants Juifs peuvent-ils envoyer leur formulaire directement à la Claims Conférence ?
Oui, évidement ! Tous les formulaires devraient être envoyés directement au Fonds Hardship à l’adresse suivante :

Sophienstrasse 44
60487 Francfort
Allemagne

Une assistance juridique n’est pas nécessaire. Les requérants peuvent, pour toute question, nous contacter directement.

Combien de temps est nécessaire à la Claims Conférence pour répondre aux requérants ?
Les dossiers sont enregistrés et traités aussi rapidement que possible par nos employés expérimentés à Francfort et Tel Aviv.
Pour justifier de leur persécution, nous consultons nos archives et vérifions si les requérants n’ont pas déjà déposé une demande lors d’un précédent programme d’indemnisations.
Comme il faut ici attendre les réponses, les requérants devront en fonction de l’affluence des demandes calculer quelques mois pour le traitement de leur dossier.

Pour quelle raison les indemnisations arrivent-elles si tard ?
Le gouvernement allemand fixe les conditions d’éligibilité régissant le Fonds Hardship.
Grâce aux négociations menées régulièrement avec le ministère allemand des Finances, la Claims Conference a pu obtenir au fil des années une multitude d’allégements de ces critères d’éligibilité.
Récemment, la restriction de mouvement a été acceptée comme critère d’admissibilité. En conséquence, les victimes Juives du nazisme qui ont été persécutées en Afrique du Nord peuvent enfin être susceptibles d’obtenir une indemnisation.
Jusqu'à aujourd’hui, la persécution des Juifs en Afrique du Nord n’est connue que par très peu de personnes.

Y-a-t-il une relation entre Me Henri Simon et la Claims Conférence ?
Non, Me Henri Simon a été engagé par des requérants et n’a pas la moindre relation avec la Claims Conférence.
Au contraire, selon la Claims Conference, une assistance juridique n’est absolument pas nécessaire pour déposer une demande auprès du Fonds Hardship.
Il va de soi que les formulaires de demande peuvent être gratuitement téléchargés à partir du site de la Claims Conférence ou nous être demandés par écrit ou par téléphone.
Nous sommes en permanence à votre disposition et répondons volontiers à toutes vos questions par téléphone au +49-69-970701-1. Nos employés parlent le français.

Le 8 novembre 2011, je relançais la Claims Conferen en lui adressant ces questions :
- vous citez le seul Casip-Cojasor dans vos réponses. Mais pourquoi est-ce le FSJU qui assiste les Juifs du Maroc et de Tunisie dans cette procédure ?
- pour ces fonds obtenus en avril 2011, comment avez-vous communiqué en France ?
- quelles sont les organisations qui composent la Claims Conference ?
- les critères sur votre site sont flous. Pourriez-vous les préciser ?
- le fonds Hardsip existe depuis 1980. Je connais beaucoup de Juifs tunisiens qui ne le connaissent pas, qui n’ont jamais été indemnisés. Pourquoi est-ce si tard ?
- Le Casip-Cojasor affirme qu’il est "certifié et conventionné par la Claims Conference". Que signifie "être certifié et conventionné par la Claims Conference" ? Le FSJU a-t-il cette certification ?
- What does the Claims Conference answer to historians who criticized the criterias for compensation? For instance, the compensation doesn’t deal with camps of forced labour, but just with restrictions of movements. (Que répond la Claims Conference aux historiens qui ont critiqué les critères d’indemnisation. Par exemple, l’indemnisation ne vise pas les camps de travail forcé, mais les seules restrictions de mouvements, Nda)
- Pourquoi les critères pour avoir des aides à domicile pour des survivants âgés de la Shoah sont-ils si restrictifs ? Par exemple, les Juifs doivent justifier d’un patrimoine inférieur à 500 000 dollars. Or, il me semble plus pertinent de savoir s’ils sont imposables ou pas. Votre critère écarte des Juifs qui pourtant bénéficient d’aides sociales de leur ville en ayant ce patrimoine.
Je publierai les réponses de la Claims Conference dès réception.
  
Dans son numéro de novembre 2011, L’Arche, « un media du Fonds Social Juif Unifié », publie en sa page 132 une annonce de la Claims Conference visant les « victimes juives des persécutions nazies ayant vécu sous privation de liberté de mouvement ».
La « liberté de mouvement dans » le « lieu de résidence » a été restreinte par « les Nazis et leurs alliés – à savoir par un couvre-feu ou par l’obligation de se présenter régulièrement aux autorités avec une restriction de lieu de résidence ».
Ces victimes Juives « n’appartiennent pas au groupe connu sous le nom de « Persécuté/e/s de l’Ouest » et « n’ont pas reçu le paiement unique en provenance du Fonds Hardship de la Claims Conference ».
Elle sont susceptibles de « recevoir un paiement unique en provenance du Fonds Harship ».
L’annonce renvoie au site Internet de ce Fonds. Pour « obtenir toutes les informations sur les critères d’éligibilité » ou « pour recevoir un formulaire de demande, le requérant est invité à contacter la Claims Conference : Tel. : ++49+69-970701-0. Fax : ++49+69-970701-40 – Email A2-HF-CEEF2@claimscon.org www.claimscon.org ».
En petits caractères, la Claims Conference conclut : « Nous vous prions de bien vouloir donner ces informations aux survivants de l’Holocauste que vous connaissez et qui pourraient être éligibles ».
Lors du Congrès des communautés juives de France organisées par le Consistoire israélite de France et le FSJU le 18 mars 2012, seul le stand de la Fondation Casip-Cojasor informait et donnait les dossiers d'indemnisation du Hardship Fund de la Claims Conference.

Articles sur ce blog concernant :
Affaire al-Dura/Israël
Shoah (Holocaust)

Cet article a été publié le 2 décembre 2011 et .modifié le 21 mars 2012.

mercredi 23 juillet 2014

« The Schneider Trophy Story » d’Edward Eves

Planète + diffusera le 26 juillet 2014 le numéro Un jet à ski nautique de Histoires oubliées de l'aviation consacré à l'hydravion.

La prestigieuse Coupe d’Aviation Maritime Jacques Schneider ou Schneider Trophy a été créée en 1911 pour « encourager les constructeurs d’hydravions à établir le modèle le plus parfait et le plus rationnel d’aéroplane marin ».

Son fondateur Jacques Schneider, un industriel français, ancien pilote d'avions et de ballons, était persuadé de l’avenir des hydravions pour les longues distances.

Dotée d’une œuvre d’art de 25 000 francs, cette course d’hydravions interclubs imposait de parcourir, dans une course d’hydravions interclubs, au moins 150 milles marins (environ 270 km), puis, à partir de 1921, 212 milles marins.

De 1913 à 1931, 11 éditions se sont succédées. Depuis 1981, cette compétition bisannuelle a été relancée par l'Aéroclub royal britannique

Cette prestigieuse épreuve de vitesse a attiré des pilotes de France, d’Italie, de Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Elle a permis des avancées technologiques, par des perfectionnements aérodynamiques, à l’origine des designs d’avions de chasse de la Seconde Guerre mondiale : Reginald J. Mitchell a conçu le Supermarine S.6B et le Spitfire (avion de chasse).

Après les trois victoires britanniques consécutives par les Supermarine S.5, S.6 et S.6B (1927, 1929, 1931), la Grande-Bretagne a conservé définitivement ce Trophée, "une oeuvre d'art d'une valeur de 25 000 francs (valeur 1912, environ 67.000 euros 2001)".

Ce livre britannique présente chacune des onze éditions (1913-1931) - le concours en 1919 a été annulé - de cette compétition de vitesse : le record est passé de 72 km/h à 547 km/h.

Il donne les détails des projets, de la course, des hydravions et des moteurs, livre des anecdotes et évalue les performances.

De magnifiques photographies, parfois inédites, l’illustrent.

Des cartes, un index, des équivalences entre grades britanniques, français et italiens, une bibliographie et le règlement complètent ce beau livre.


Edward Eves, The Schneider Trophy Story. Airlife Publishing Ltd, 2002. 30 €. ISBN 1-84037-257-5

Conférence de Jean-Louis Aguer le 19 décembre 2011 à 19 h 30
A l'Aéro-Club de France
6, rue Galilée, 75016 Paris
Tél. : 01.47.23.72.72

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié en une version plus concise par Aviasport et pour la première fois sur ce blog le 1er juillet 2011, puis republié le :
- 17 décembre 2011 à l'occasion de la conférence de Jean-Louis Aguer intitulée De la Coupe Schneider au Spitfire, le 19 décembre 2011 à l'Aéro-Club de France.

lundi 21 juillet 2014

Miniatures flamandes, 1404 -1482


La Bibliothèque François-Mitterrand et la Bibliothèque royale de Belgique ont présenté l’exposition éponyme à Paris consacrée à ce « moment exceptionnel dans l’histoire de la « peinture de livres », l’art des enlumineurs : le XVe siècle. Environ 90 manuscrits rarement présentés, « chefs d’œuvres de l’art flamand » dont certains illustrent le judaïsme par des thèmes inspirés de la Bible. Histoire diffusera les 22 et 23 juillet 2014 le numéro de la série Palettes "Van Eyck", documentaire d'Alain Jaubert : "Transportons-nous au XVe siècle et imaginons l'intérieur de l'atelier du peintre Jan Van Eyck. Un porteur livre un panneau de bois, un assistant passe les poudres à la meule, un autre les mélange à l'huile de lin, un troisième les dispose sur les palettes... C'est dans cet univers que Jan van Eyck a pu peindre "La Vierge au chancelier Rolin", tableau de petite dimension qui met en scène la Vierge Marie assise sur un coussin bleu brodé d'or, portant l'Enfant Jésus sur ses genoux, faisant face à un homme d'une soixantaine d'années qui joint les mains en un geste de prière. De nombreux indices prouvent qu'il s'agit de Nicolas Rolin, ministre des Finances, homme de politique et de culture, l'un des premiers mécènes de son temps. Grâce à l'infrarouge, nous découvrons les secrets de la toile : une bourse attachée à la ceinture du chancelier a été effacée. Rolin a sans doute fait disparaître l'objet pour dissimuler sa richesse. Composé comme un rébus, mettant en scène de nombreux figurants et déployant des espaces..."
 

Après leur exposition à Bruxelles, environ 90 manuscrits « célèbres ou inédits, retenus comme exemplaires », provenant de collections françaises et belges, sont montrés à la BnF I François-Mitterrand.

Parmi ces œuvres : « le précieux manuscrit de la Vie de sainte Catherine d’Alexandrie » par Simon Marmion, « classé trésor national et récemment acquis par la BnF », indique Bruno Racine, président de la BnF.

Une apogée
A l’initiative des ducs de Bourgogne, l’art de l’enluminure connaît une apogée au XVe siècle. Après le décès de Philippe le Hardi (1404), « ses héritiers étendent progressivement leur pouvoir aux anciens Pays-Bas méridionaux, constitués de nombreux territoires du nord de la France et de l’actuelle Belgique ».

Les anciens Pays-Bas méridionaux étaient constitués de nombreux territoires qui vont progressivement être placés sous l’autorité des ducs de Bourgogne.

Au cours du XVe siècle, Philippe le Hardi, Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire affermissent leur indépendance et fondent « une entité territoriale autonome étendue, correspondant au Nord de la France et à l’actuelle Belgique ».

L’ensemble des œuvres produites alors sont dénommées « flamandes ». Dans son acception la plus large, ce vocable ne désigne donc pas uniquement le comté de Flandre.

Ces « régions fortement urbanisées » connaissent « une prospérité favorisée par l’industrie drapière et le commerce maritime et international. Les arts somptuaires s’y développent : orfèvrerie, tapisserie, peinture de chevalet, manuscrits enluminés ».

La « miniature flamande triomphe sous Philippe le Bon et Charles le Téméraire. L’exposition embrasse donc une période qui commence sous le règne de Jean sans Peur (1404) et s’achève avec la disparition de Marie de Bourgogne (1482), dernière héritière de la dynastie bourguignonne ».

Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire « sont à la fois des mécènes et des bibliophiles actifs. Ils délaissent le foyer artistique parisien pour s’approvisionner dans leurs possessions les plus prospères, la Flandre, l’Artois, le Brabant et le Hainaut ».

Par « goût personnel ou pour affirmer aux yeux de leurs voisins leurs visées politiques », ils recourent aux meilleurs enlumineurs, contemporains de Jan Van Eyck ou Rogier Van der Weyden. Les manuscrits sont réalisés à Bruges, Anvers, Bruxelles, Hesdin, Lille ou Valenciennes, en des styles particuliers et propres à ces villes et aux artistes qu’elles attirent, et par une émulation.

Soutenu par ces commandes royales et le mécénat ducal, cet essor de la production de livres enluminés s’explique aussi par la demande des fonctionnaires et d’ecclésiastiques de haut rang, de courtisans ou de bourgeois aisés.


Les « primitifs flamands »
Le XVe siècle, siècle des « primitifs flamands » est « associé à l’invention de la peinture à l’huile, à sa facture lisse et aux conquêtes picturales de l’illusionnisme ».

C’est aussi l’essor similaire, dans ces Pays-Bas méridionaux, d’autres arts figurés : la tapisserie et la miniature.

Alors que de rares tentures fanées ont traversé les siècles, les manuscrits rassemblent un « exceptionnel répertoire d’images. Leur nombre et la variété de leurs sujets sont sans équivalent ». De même que leur état.

L’enluminure d’un manuscrit « suppose plusieurs tâches de difficultés variables qui peuvent être exécutées par une même personne ou réparties entre différents exécutants, selon la qualification de chacun ».

Il convient de « distinguer l’image figurée (la miniature) du décor peint (l’enluminure) ». Celui-ci « inclut les marges enluminées (bordures et encadrements), les initiales ornées et divers signes d’écriture colorés. La division du travail et la collaboration sont monnaie courante à l’intérieur d’un même atelier et supposent l’apprentissage de techniques spécifiques liées aux supports (parchemin ou papier) et aux matériaux (or, argent et pigments) ». Ce travail est généralement assuré par des spécialistes. « Quelques peintres de chevalet s’y adonnent ponctuellement ou de façon plus régulière » tel Simon Marmion. Cependant, « beaucoup d’enlumineurs se livrent exclusivement à leur art guidés par les contenus du texte et l’espace de la page ».

A la cour de Bourgogne, « la nécessité d’illustrer des œuvres littéraires inédites » favorise la « création d’une iconographie nouvelle et la qualité des commanditaires l’expression des artistes les plus doués ».

Des virtuosités stylistiques
Ces manuscrits enluminés sont des œuvres collectives » de plusieurs intervenants, artistes/artisans, « confectionnées dans des ateliers urbains selon une division du travail aboutie.

Cette production des manuscrits dépend de la division des tâches dans un atelier « pour la peinture des initiales, celle des bordures et celle des miniatures ». Souvent un livre est illustré par des mains de style très varié. Le travail « peut être mené de front, par un partage des cahiers, pour satisfaire rapidement une commande. Plusieurs années d’intervalle peuvent séparer deux campagnes d’illustration. Les ouvrages comportant plusieurs volumes autorisent la comparaison des mains » : le Bréviaire de Philippe le Bon et les Histoires romaines.

Les peintres enlumineurs sont » actifs en milieu urbain et organisés en ateliers sous la direction d’un maître, dans un cadre souvent familial. Ils sont regroupés dans des corporations de métiers ». À Bruges, les enlumineurs « rejoignent la corporation des libraires en 1454, preuve de l’essor de l’industrie du livre dans cette ville ».

Les documents réglementaires de ces corporations informent sur leur communauté et leur organisation. Les noms des peintres sont connus, mais non leurs œuvres… Les manuscrits ne sont pas signés par les artistes qui les enluminent. La règle : l’anonymat. Nombre d’entre eux « portent aujourd’hui des noms de convention forgés sur le titre d’une œuvre littéraire (Maître de la Chronique d’Angleterre), le nom d’un commanditaire (Maître de Wavrin) ou une caractéristique stylistique (Maître aux grisailles fleurdelisées) ».

Les œuvres d’artistes ayant travaillé pour les ducs de Bourgogne peuvent être identifiées par les documents de l’administration ducale : livres de comptes, ordres de paiement ou quittances. Un peintre peut y être désigné avec le titre de l’œuvre pour laquelle il est rémunéré. Si « le descriptif du manuscrit est assez précis et mentionne, par exemple, le nombre de miniatures, le livre peut être retrouvé et attribué ».

A la cour de Bourgogne, des artistes « valets de chambre » perçoivent « une rente plus ou moins régulière et montrent alors une certaine indépendance vis-à-vis des corporations ».

La miniature recourt à deux techniques. La « peinture sur parchemin, comparable à la technique de la gouache, est à la détrempe et présente des couleurs couvrantes, intenses et vives. La peinture sur papier privilégie le dessin aquarellé aux couleurs liquides ». Le « choix du second support, plus économique, peut aussi avoir des raisons esthétiques ».

A Paris, la technique de la grisaille connaît un essor « aussi subit que brillant avec les Heures de la reine Jeanne d’Evreux, peintes par Jean Pucelle entre 1325 et 1328, suivies d’autres œuvres majeures pendant tout le XIVe siècle. Le flambeau est ranimé au milieu du siècle suivant à la cour de Bourgogne ». Un phénomène général qui « concerne tous les titres et tous les artistes. Ces images « de blanc et de noir » sont souvent rehaussées d’or ou, si ce sont des semi-grisailles, de quelques couleurs pour les carnations et le ciel. La grisaille est un exercice de virtuosité où le naturalisme flamand est mis à l’épreuve d’un procédé technique hautement artificiel. La gamme des gris se substitue à celle des couleurs, suggère la lumière et sculpte les volumes. Le blanc est obtenu par de la céruse de plomb, le noir est une encre fabriquée à partir de la noix de galle et des sulfates de fer. D’autres arts offrent à la même époque des exemples de camaïeux : des émaux noirs et or, des vitraux rehaussés de jaune, et des tableaux figurant des personnages comme statufiés ».

Du gothique à l’art nouveau
Les volumes sont de grand format pour la plupart, calligraphiés d’une écriture belle et lisible, pourvus d’un décor luxueux. Leur contenu littéraire est essentiellement de langue française, souvent profane : traités moraux, traductions de textes antiques, hagiographies, mais aussi épopées chevaleresques et romans. Les œuvres sont souvent inédites et leur iconographie toujours rare ».

Produits à la fin du XIVe siècle et au début du XVe siècle, avant le mécénat ducal, Les manuscrits présentent des « caractéristiques stylistiques encore gothiques, des sujets souvent religieux et des formats variés ».

L’influence de « l’art parisien y est sensible même si des notes plus locales commencent à poindre : un goût pour les figures typées, des détails empruntés au quotidien, le sens de l’anecdote mais à l’intérieur d’un cadre formel très contraint. Antérieure à l’œuvre de Jan Van Eyck, cette production « pré-eyckienne » « ne recherche pas les effets illusionnistes, dont ce peintre est le plus grand initiateur » : elle précède la révolution picturale de l’ars nova des primitifs flamands et ses artistes sont anonymes.

Dans le second quart du XVe siècle, « un art plus suave » apparait « avec les Maîtres aux rinceaux d’or dont la production de livres d’heures, essentiellement brugeoise et massive, s’exporte même à l’étranger. Des ramages souples et dorés ou des motifs quadrillés occupent le fond de l’image dont l’espace reste conventionnel ».

Parallèlement, les « Maîtres de Guillebert de Mets proposent à Gand des formules plus inventives. Leurs ciels argentés, graduellement colorés, montrent une exceptionnelle maîtrise technique. Leur art, plus ambitieux, touche la cour de Bourgogne. Jean sans Peur lui-même a pour libraire Guillebert de Mets, très impliqué dans la copie et la diffusion de titres nouveaux. Une nouvelle page s’ouvre dans l’histoire de la miniature ».

Des miniatures-tableaux
Eloges du commanditaire, chroniques régionales, vies rêvées de héros antiques ou légendaires, traductions, narrations originales… Les thèmes en sont divers.

Ordre de chevalerie fondé à Bruges, en 1430, par Philippe le Bon lors de son mariage avec Isabelle de Portugal, la Toison d’or est « réservée aux nobles les plus importants de sa cour ou aux princes étrangers ». Ses « membres s’engagaient à faire vivre l’idéal de la chevalerie et à défendre la foi. Le coup de génie fut d’abandonner les vieux mythes arthuriens pour placer cet ordre nouveau sous le symbole de la Toison d’or, conquise en Colchide par Jason selon la mythologie grecque, même si dès l’année suivante, Gédéon, personnage biblique fut convoqué pour donner une couleur plus chrétienne à l’institution ».

En « plus de leur décor, les livres ont un aspect ostentatoire : très grand format, écriture gothique grande et lisible, mise en page aérée, structure des textes soulignée par un décor enluminé très normé »

Au-delà de l’aspect esthétique – magnifiques miniatures -, ces manuscrits enluminés recèlent une mine d’informations « sur leurs commanditaires et le contexte de leur production. Ils témoignent non seulement du faste de la cour de Bourgogne et des ambitions politiques des ducs, mais aussi de l’apparition d’une esthétique nouvelle, sensible et picturale, à la recherche d’effets réalistes ou expressifs ».

De « l’art chatoyant et gracieux du Maître de Guillebert de Mets au style expressionniste du Maître de la Chronique d’Angleterre ou la légère ironie des dessins aquarellés du Maître de Wavrin, la richesse et la variété des œuvres dessinent un âge d’or de la miniature flamande auquel cette exposition rend hommage ».

Après les morts de Charles le Téméraire (1477) puis de sa fille, Marie de Bourgogne (1482), la production de livres manuscrits se maintient sans baisse d’exigence sous leurs héritiers de la maison de Habsbourg : Maximilien Ier et Philippe le Beau.

La « littérature suscitée par les anciens souverains est encore prisée par l’aristocratie fidèle à la « culture bourguignonne » et à son vecteur : le livre enluminé sur parchemin ». Un art prisé aussi par la bourgeoisie enrichie, les ecclésiastiques et les marchands étrangers.

Auprès de cette importante clientèle, le manuscrit, « considéré comme un objet de prestige, souffre peu de l’essor de l’imprimerie ».

Sur un plan artistique, une révolution s’opère par l’avènement d’un nouveau style, « ganto-brugeois » : Gand et Bruges sont alors les deux plus importants centres de production. Les « encadrements, dorés ou colorés, se remplissent de fleurs coupées, d’oiseaux et d’insectes peints en trompe-l’œil ». Les miniatures sont progressivement élaborées « selon la même esthétique illusionniste que les tableaux de chevalet. La miniature s’affranchit du plan de la page et devient une fenêtre ouverte sur un espace tridimensionnel. Chez les peintres les plus doués, des couleurs plus mélangées mises au service d’une facture très fine servent, par exemple, à l’évocation de paysages réalistes. Gérard David, Simon Bening et bien d’autres se livrent à des exercices de virtuosité. Autant d’évolutions qui transforment la miniature en un véritable tableau. Une page se tourne... »

Jusqu’au 10 juin 2012
Galerie François Ier
Quai François-Mauriac. 75013 Paris
Du mardi au samedi de 10 h à 19 h, dimanche de 13 h à 19 h


Visuels :
Grand Armorial équestre de la Toison d’or : le duc de Bourgogne, vers 1435-1438.
BnF, Bibliothèque de l’Arsenal


Saint Augustin, La Cité de Dieu : Nemrod fait édifier Babylone.
Enlumineur : Maître de Guillebert de Mets, vers 1420-1435.
Bibliothèque royale de Belgique


Coudrette, Roman de Mélusine : Mélusine, transformée en dragon, survole le château de Lusignan.
Enlumineur : Maître de Guillebert de Mets, vers 1420-1430.
BnF, dpt des Manuscrits
Flavius Josèphe, Antiquités judaïques : la mort d’Absalom.
Enlumineur : Maître du Boèce flamand, 1483.
BnF, dpt des Manuscrits

René d’Anjou, Livre des tournois : revue des heaumes à l’intérieur d’un cloître.
Enlumineur : Maître du Livre de prières de Dresde, vers 1480-1488.
BnF, dpt des Manuscrits

Articles sur ce blog concernant :
Les citations proviennent du dossier de presse.
Cet article a été publié le 8 juin 2012.

dimanche 20 juillet 2014

Femmes berbères du Maroc


La Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent présente l’exposition éponyme  et peu didactique de beaux objets conservés au musée berbère du jardin Majorelle à Marrakech (Maroc). « Une occasion de partager la richesse du patrimoine amazigh (berbère), mais aussi de mettre à l’honneur les femmes berbères à qui il doit en grande partie sa survivance. Cette dernière s’explique par la transmission de la langue, mais aussi des savoir-faire – dont certains, essentiellement féminins – comme le tissage, ou encore la poterie dans le Nord du Royaume. C’est enfin l’opportunité de montrer la beauté des parures berbères, diverses selon les régions, mais toujours extraordinaires ».
En deux parties – ce que les femmes Berbères fabriquent, soit la production rurale et celle citadine, et ce qu’elles portent, cette exposition revendique la « volonté de ne pas surinformer » – panneaux succincts – qui montre vêtements, poteries, bijoux, etc. sans répondre à la curiosité des visiteurs : quelles relations commerciales expliquent la présence d’ambre dans un bijou porté par une Berbère du désert ?

Au « cœur du jardin Majorelle, propriété de la Fondation Pierre Bergé – Yves Saint Laurent, le musée berbère abrite l’une des plus importantes collections d’art berbère » : celle constituée depuis leur arrivée au Maroc en 1966 par l’homme d’affaires Pierre Bergé et le génie de la haute couture française Yves Saint Laurent. 

Tous deux achètent en 1980 le jardin Majorelle qui risquait d’être détruit. Ils le restaurent ainsi que l’atelier de peinture construit en son sein. « Commandé par Jacques Majorelle à l’architecte Paul Sinoir en 1931 », cet atelier « restera en usage jusqu’à la mort du peintre en 1962. C’est au milieu des années 1980 que Pierre Bergé et Yves Saint Laurent décident de le transformer en musée d’art islamique. Le décorateur américain Bill Willis en assurera la muséographie ».

Après la mort d’Yves Saint Laurent le 1er juin 2008, Pierre Bergé, propose aux visiteurs du jardin, en nombre croissant, un « musée de civilisation spécifiquement marocain dont il confie les aménagements intérieurs à l’architecte et scénographe français Christophe Martin ».

Le musée berbère est inauguré en 2011 dans l’atelier de Jacques Majorelle que « d’étroits liens unissaient à ce peuple dont il a largement diffusé l’imagerie à travers son œuvre ». La collection s’est considérablement enrichie. Ainsi, dans le musée, du Rif au Sahara, « plus de six-cents objets présentés au public témoignent de la diversité d’une culture berbère toujours vivante ».

Les Imazighen (au singulier Amazigh), ou Berbères, sont les autochtones, « habitants les plus anciens de l’Afrique du Nord. Ils occupent, depuis des millénaires, un vaste territoire qui s’étend depuis les côtes atlantiques du Maroc jusqu’aux confins du Maghreb oriental et de l’Égypte. De successives conquêtes (romaine, arabe, française et espagnole) ont façonné le visage du Maroc » actuel.

Les Berbères parlent une langue, ont une culture particulière et qui ont traversé les siècles. 

La « reconnaissance de cette culture s’est faite attendre, mais dans son discours du 9 mars 2011, Sa Majesté Mohammed VI, Roi du Maroc, a évoqué « la pluralité de l’identité marocaine unie et riche de la diversité de ses affluents, et au cœur de laquelle figure l’amazighité (ou «berbérité»), patrimoine commun de tous les Marocains ».

« À travers l’histoire, ce sont les femmes berbères, garantes de la pérennité des traditions et de la langue, qui ont assuré la sauvegarde de l’héritage culturel des tribus. Cette transmission passe notamment par des symboles que l’on retrouve dans le tatouage, le henné, le maquillage, les bijoux, la vannerie, la poterie et la tapisserie, cette dernière relevant du savoir exclusif de la femme berbère ».

L’exposition s’articule autour de trois thématiques : portrait de la femme berbère du Maroc, savoir-faire et artisanat - le tissage, la poterie, la vannerie, la fabrication de l’huile d’argan, la danse, les fêtes... « Dans les objets domestiques du quotidien ou de fête, comme dans les objets rituels, les décors géométriques dominants sont parfois associés à des représentations anthropomorphiques », et les parures et costumes : les bustes de bijoux, les costumes, etc. « Les écrans verticaux permettent de découvrir dans le détail les éléments constituant les costumes des femmes (capes handiras, robes haïks, ceintures) ainsi que les objets liés à l’apparat. Du Rif au Sahara, les groupes berbères, sédentaires ou nomades, manifestent un goût très affirmé pour l’apparat. Vêtements, parures et accessoires attestent de leur identité. Dans le cadre d’un système très codifié, tissages, couleurs, motifs propres à chaque groupe, les femmes berbères créent leur «habit de fête». C’est ainsi que lors de grands rassemblements – mariages, moussems – ce n’est pas l’uniformité qui s’offre au regard, mais une chaleureuse et exubérante variété de silhouettes ».

On peut admirer des bracelets à douze points, des mains de fatma. Mais la symbolique des chiffres demeure inexpliquée.

Comment distinguer la cape portée par les juifs de celle identique dont se revêtaient les musulmans ? Ceux-ci la mettaient à l’endroit, et les judéo-berbères à l’envers. 


Jusqu’au 20 juillet 2014
3, rue Léonce Reynaud. 75116 Paris
Tél. : 01 44 31 64 31
Ouvert du mardi au dimanche de 11 h à 18 h

Visuels :
Affiche
Parures de la région du Souss
Sud-ouest du Maroc
© Musée berbère / photo Nicolas Mathéus

Vallée enneigée des Aït Bou Guemez
Haut Atlas
© Jean-Michel Ruiz et Cécile Tréal

Femmes ist Yazza (Aït Hadiddou) vêtues de l’ahendir (mante)
Haute vallée du Dadès, Atlas central, 1973
© Claude Lefébure

Boîtes à khôl
Bois
Sud du Maroc
© Musée berbère / photo Nicolas Mathéus

Coussin Zaïane
Laine et soie
Moyen Atlas
© Musée berbère / photo Nicolas Mathéus

Trois bagues
Argent rehaussé d’émail jaune, vert et rose, cabochon de verre
Région du Souss
© Musée berbère / photo Nicolas Mathéus

Tapis Aït Sgougou
Laine
Moyen Atlas
© Collection Rabii Alouani / photo Nicolas Mathéus

Voile de tête, adrar
Laine, coton, application au henné
Imi n’Tatlet, Anti-Atlas
© Musée Bargoin, Clermont-Ferrand

Parures de femme juive de Tahala
Sud-ouest du Maroc
© Musée berbère / photo Nicolas Mathéus


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Les citations sont extraites du dossier de presse.

mardi 15 juillet 2014

« Les Bastilles de Vichy. Répression politique et internement administratif 1940-1944 » par Vincent Giraudier


Le gouvernement de Vichy, qui initie sa politique d’exclusion politique (communistes), xénophobe, antijuive et hostile aux francs-maçons, augmente leur nombre.

Par la loi du 3 septembre 1940, il fonde des « établissements d'internement administratifs ». L’internement administratif « concerne 600 000 personnes en France entre 1939 et 1946 ».

Historien responsable de l'Historial Charles-de-Gaulle au musée de l’Armée, Vincent Giraudier s’intéresse à ce système répressif méconnu, et plus particulièrement à 156 « embastillés » résistants, pétainistes (Wladimir Sokolovsky) « victimes de ‘révolutions de palais’ », attentistes...

Citons le château de Chazeron (Puy-de-Dôme) où sont internés notamment Léon Blum et Georges Mandel, l’établissement de Vals-les-Bains où sont détenus l’avionneur Marcel Bloch (futur Marcel Dassault), le philosophe Emmanuel Mounier, Berty Albrecht  (1893-1943).

Cet internement complète les juridictions ordinaires et d’exception, dont la Cour suprême de justice à Riom devant laquelle le gouvernement de Vichy fait comparaitre « les responsables de la défaite de la France » en juin 1940.

Mais « les contraintes liées à la guerre et à l’occupation » induisent le « délitement de ce système devenu complexe et imbriqué à d’autres sphères, que sont les systèmes français et allemand de répression et de travail forcé ».

Un index utile complète cet essai intéressant.

LCP diffusa les 18, 19, 25 et 31 juillet 2014 Où, Quand, Comment ? L’Histoire : Léon Blum, documentaire réalisé par Jean Bodon et écrit par Antoine Malamoud (2008). "Le 15 septembre 1940, la police du Maréchal Pétain arrête Léon Blum. Le gouvernement de Vichy veut juger ceux qu’il qualifie de « responsables de la guerre et de la défaite ». Au premier rang d’entre eux, Léon Blum, socialiste, chef du gouvernement du Front Populaire, juif, représente l’antithèse de Vichy. Depuis ses premiers engagements politiques durant l’Affaire Dreyfus jusqu’à la reconstruction du Parti Socialiste après la Première Guerre mondiale, depuis les victoires du Front Populaire jusqu’à la prison et la déportation, ce film retrace la vie et la carrière de Léon Blum".

Vincent Giraudier, Les Bastilles de Vichy, Répression politique et internement administratif 1940-1944. Editions Tallandier, 2009. 269 pages, 25 euros. ISBN-13: 978-2847344141

A lire sur ce blog :

Cet article a été commandé, mais non publié par L'Arche. Il a été publié sur ce blog le 22 août 2013.