lundi 30 juin 2014

« L’Europe et le spectre du califat » de Bat Ye’or


Le 29 juin 2014, l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) ou en anglais Islamic State of Iraq and al-Sham (ISIS) - al-Sham désignait la province de Syrie dans les précédents califats - a annoncé le rétablissement du  califat aboli en 1924, et sera désormais dénommé « Etat islamique » (EI). Ce  califat sunnite sera dirigé par le chef de cet Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, qui devient donc le nouveau calife, "successeur du prophète dans l’exercice du pouvoir politique". Il s'étend "d'Alep, au nord de la Syrie, à Dyiala, dans l'est de l'Irak". Il est le plus riche mouvement djihadiste : sa fortune d'environ 2,3 milliards de dollars lui permet notamment de rémunérer 60 000 terroristes pendant un an et provient d'aides financières de l'Arabie saoudite, des butins de guerre - pétrole -, des pillages en particulier des banques dans les régions contrôlées, de l'"impôt révolutionnaire", des rançons versées notamment par des Etats occidentaux pour récupérer leurs ressortissants, de la jizya, impôt infligé aux chrétiens à Mosul (deuxième ville d'Iraq), etc.
Le 5 juillet 2014, Abou Bakr Al-Baghdadi est apparu pour la première fois dans une vidéo non identifiée et postée sur des sites djihadistes, réclamant, lors d'un prêche dans une mosquée importante de Mossoul, ville située au nord de l'Iraq, l’allégeance de tous les musulmans. "Portant une longue barbe, une abaya et un turban noirs, Bagdhadi affirme aux fidèles être « le wali (leader) désigné pour [les] diriger ». « Obéissez-moi tant que vous obéissez à Dieu en vous », a-t-il martelé".

Sous domination islamique, les indigènes non-musulmans - juifs, chrétiens, hindous, bouddistes, zoroastriens, etc. - vaincus à la suite du jihad se trouvent confrontés à cette douloureuse alternative : soit la conversion à l’islam, soit la reprise du jihad, soit la dhimmitude, un statut cruel et inégalitaire réservé aux non-musulmans (cf. lexique infra).
Universaliste, l’islam vise à appliquer la sharîa et à établir le califat, la gouvernance islamique mondiale à la fois politique, religieuse et législative.

Tel est le dessein de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), une organisation transnationale faîtière qui regroupe 56 pays et entité musulmans ou à majorité musulmane et 1,3 milliard de musulmans.

Un but avoué par les islamistes et dont ont pris conscience des responsables de l'administration Bush comme Dick Cheney, alors vice-président, et Donald Rumsfeld, alors Secrétaire à la Défense.

Dès les années 1970, l’OCI bénéficie d’une conjoncture favorable (cf. chronologie infra).

Forte d’avoir su unifier un continent européen en paix, l’Union européenne a cependant réduit la souveraineté de ses Etats membres et imposé les décisions de sa bureaucratie.

Après le double choc pétrolier et l’afflux des pétrodollars, en croyant assurer sa sécurité menacée par le terrorisme islamiste, marquée par l'alliance entre les dirigeants nazis et leurs homologues du monde arabe ou/et musulman ainsi que de l'adhésion enthousiaste de foules arabes pour le Führer et l'idéologie antisémite du IIIe Reich, elle s’est rapprochée du monde arabe, dont elle partage nombre d’idées, pour former Eurabia.

Ce faisant, elle sacrifie l’Etat d’Israël et les chrétiens d’Orient persécutés sur l’autel de ses intérêts et de ses faiblesses. Occulte son histoire. Néglige son identité. Impose une terminologie « politiquement correcte » qui imprègne aussi des médias...

Dialogue euro-méditerranéen, multilatéralisme, multiculturalisme, Alliance des civilisations (UNAOC), dialogue des cultures… Tels sont les instruments promus par une Europe négligeant son passé ou par une ONU (Organisation des Nations unies) influencée par une majorité automatique incluant les Etats et entité membres de l’OCI.

Les buts ? Affaiblir les Etats-Unis, superpuissance leader du monde occidental ; imposer des concessions unilatérales et sans réciprocité à un Occident culpabilisé par son passé colonial ; instiller la sharîa (finance islamique, interdiction du blasphème), etc.

Ainsi, à l’insu des populations européennes, et à des siècles de distance, des mécanismes institutionnels et des réseaux œuvrent au rétablissement du califat universel aboli par Atatürk en 1924. Un califat dont le siège serait à Jérusalem, ville définie comme la capitale de la « Palestine ». Ce qui révèle la volonté de détruire l'Etat Juif.

Par cet essai documenté, au style clair, synthèse augmentée et mise à jour de ses précédents travaux, déjà publié en italien (2009) et prochainement édité aux Etats-Unis, Bat Ye’or, essayiste qui a forgé le terme dhimmitude, offre des clés pour comprendre le monde contemporain et ses enjeux.

Un livre passionnant dont les analyses ont été involontairement validées par le refus de François Descoueyte, directeur du CAPE (Centre d’accueil de la presse étrangère) d'une conférence de presse de Bat Ye'or et le silence de média sur les faits analysés.


AddendumAhmet Davutoglu, ministre turc des Affaires étrangères, a déclaré les 3 et 4 mars 2013 : "Le Yémen et Skopje ont fait partie du même pays voici 110 ans... Les peuples qui ont historiquement vécu ensemble dans cette région ont été séparés au siècle dernier... Le siècle dernier a été seulement pour nous une parenthèse [que] nous allons fermer. Nous le ferons sans guerre, sans appeler quiconque ennemi, sans être irrespectueux des frontières. Nous allons de nouveau relier Sarajevo à Damas, Benghazi à Erzurum à Batumi. C'est le cœur de notre puissance... Quand nous disons ceci, c'est appelé le "nouvel Ottomanisme".

Bat Ye'or, L'Europe et le spectre du califat. Editions Les Provinciales, 2010. 215 pages.  ISBN : 978-2-912833-22-8

QUELQUES REPERES CHRONOLOGIQUES

587 avant l'ère commune. Le roi Nabuchodonosor II détruit le Premier Temple qui avait été construit à Jérusalem par le roi juif Salomon, au Xe siècle, pour abriter l’Arche d’Alliance.

70. Reconstruit (19 av. JC-63) par Hérode 1er, roi de Judée, le Deuxième Temple est détruit par les Romains.

380. L’édit des empereurs Théodose et Gratien (édit de Thessalonique) impose le christianisme comme seule religion officielle et obligatoire de l’empire romain

628.  Le traité signé à Hudaybiya par Mahomet et la tribu de Quraysh, qui contrôle la Mecque, établit une trêve de dix ans.

630. Alléguant une infraction des Hudaybiya, Mahomet brise ce traité et s'empare de La Mecque.

632. A la mort de Mahomet, Abou Bakr est nommé calife.

661. Califat des Omeyyades, dont la capitale est Damas, jusqu’en 750.

717. Le Pacte d'Omar fixe la dhimmitude, statut des non-musulmans (juifs, chrétiens) sous domination islamique.

732. Bataille de Poitiers au cours de laquelle Charles Martel, maire du Palais du royaume franc, victorieux, met un terme à l’expansion musulmane en France.

750. Califat des Abbassides, dont la capitale est Bagdad, jusqu’en 1258.

1095. La première des neuf Croisades permet l’accès des pèlerins à Jérusalem.
Création des Etats latins d’Orient qui disparaissent en 1291.

1261. Califat des Fatimides, dont la capitale est Le Caire.

1453, 29 mai. Constantinople est prise par les troupes ottomanes menées par le sultan Mehmet II. C'est la fin de l'empire byzantin.

1492. Les rois catholiques espagnols achèvent la Reconquista de l’Espagne sous domination maure depuis 718.
         
1492-1492. al-Maghîlî, docteur tlemcénien, fixe le système de la dhimma "dont l'autorité est encore invoquée par le ulémas marocains au XIXe siècle".

1517. Califat ottoman qui s’étend sur une partie de l’Asie, de l’Afrique et une partie de  l’Europe de l’Est, et sera aboli en 1924 par Atatürk, président turc.

1529. Soliman II le Magnifique échoue à s’emparer de Vienne.

1571. Bataille victorieuse à Lépante de la flotte de la Sainte-Ligue contre celle ottomane.

1683. Vienne résiste victorieusement aux Turcs qui lèvent leur siège de la ville.

1801-1805. Première des deux guerres barbaresques gagnées par les Etats-Unis contre les Etats barbaresques en Méditerranée afin de n’avoir plus à payer de tribut pour la sécurité de leurs navires. La seconde guerre barbaresque se déroule en 1815. En mars 1794, le Congrès américain a adopté l'Act to provide a Naval Armament pour se doter de l'US Navy.

1924. Mustafa Kemal Atatürk, président turc, abolit le califat ottoman institué en 1517.

1933. Mohammad Amin al-Husseini, grand mufti de Jérusalem, exprime son soutien au nazisme triomphant en Allemagne. Il devient un collaborateur efficace et rémunéré des nazis.

1945. 8 mai. La capitulation de l'Allemagne nazie marque la fin en Europe de la Seconde Guerre mondiale pendant laquelle six millions de juifs ont été exterminés (Shoah ou Holocaust). Des nazis fuient vers l’Amérique latine et vers des pays arabes dont l'Egypte et la Syrie.

1948. 14 mai. Restauration de l’Etat d’Israël.
Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée par les Nations unies dont le principal rédacteur est René Cassin.

1973. Guerre du Kippour : alors que l’Etat d’Israël est attaqué par des armées arabes, l’Europe ferme son espace aérien aux avions américains le ravitaillant.
Premier choc pétrolier : en quelques mois, le prix du baril de pétrole triple. Boycott arabe (OPEC ou OPEP, Organisation des pays exportateurs de pétrole) contre les pays amis de l’Etat juif.

1975. Publication de l’opuscule Eurabia.

1979. Deuxième choc pétrolier qui se traduit par une hausse considérable du prix du pétrole.

1989. Auteur des Versets sataniques (1988), Salman Rushdie est visé par la fatwa de l’ayatollah iranien Khomeiny l’accusant de « propos blasphématoires » envers l’islam.

1990. Déclaration du Caire des droits de l’homme en islam fondée sur la sharîa.

2001. 11 septembre. Attentats terroristes islamistes perpétrés par al-Qaïda aux Etats-Unis.

2004. Un islamiste tue le réalisateur néerlandais Théo van Gogh, co-auteur avec Ayaan Hirsi Ali, du film Soumission, dénonçant la condition des femmes sous l’islam.

2005. Le journal danois Jyllands-Posten publie 12 dessins sur Mahomet. Ce qui suscite l'ire de musulmans et des menaces de mort pour les auteurs de ces oeuvres, notamment Kurt Westergaard.

2006. Le Figaro publie Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? du philosophe Robert Redeker, qui est alors menacé de mort.

2008. Le politicien néerlandais Geert Wilders réalise Fitna, film critique sur l’islam. Menacé de mort, il vit sous protection policière.
Le Conseil onusien des droits de l’homme adopte une résolution sur La lutte contre la diffamation des religions.

2009. 29 novembre. Vote majoritaire en Suisse contre la construction de nouveaux minarets. Réactions négatives de la communauté internationale.

2010. 21 octobre. Le Conseil exécutif de l'UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture) adopte cinq résolutions dont l’une islamise et palestinise deux sites juifs - le Tombeau des Patriarches à Hébron et la Tombe de Rachel à Bethléem - et demande à Israël de les retirer de sa liste des sites du patrimoine national.

2013. 25 juin. Inauguration de la Mission de l'OCI auprès de l'Union européenne. De nombreux dirigeants ont participé à la cérémonie officielle à Bruxelles (Belgique).

2014. 29 juin. L'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) ou en anglais Islamic State of Iraq and al-Sham (ISIS) - al-Sham désignait la province de Syrie dans les précédents califats - a annoncé le rétablissement du  califat et sera désormais dénommé « Etat islamique ». S'étirant "d'Alep, au nord de la Syrie, à Dyiala, dans l'est de l'Irak", ce  califat sunnite sera dirigé par le chef de cet Etat islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, qui devient donc "le successeur du prophète dans l’exercice du pouvoir politique".

LEXIQUE

Blasphème : en islam, il détermine la condamnation des « infidèles » et des musulmans qui, accusés de ce délit, peuvent être condamnés à mort et même assassinés.

Califat : territoire gouverné par le calife conformément à la sharîa.

Coran : parole incréée d’Allah, révélée à Mahomet par l’ange Gabriel.

Da’wa : appel de l’islam ; prédication, propagation universelle de l’islam.

Dar al-islam : territoire sous gouvernance musulmane. Il se différencie du dar al-harb (domaine de la guerre), territoire visé par le jihad afin de le soumettre à l’islam et y appliquer la sharîa.

Dhimmi : non musulman soumis par les armées du jihad, il cède au calife sa terre et sa souveraineté en échange d’une protection contre le jihad. Cette protection lui assure une sécurité relative et conditionnée à des prescriptions et des discriminations avilissantes.

Eurabia : titre d’une revue et nom donné à un nouveau continent unissant l’Europe et le monde arabe par les tenants de cette idéologie.

Fiqh : jurisprudence islamique.

Frères musulmans : mouvement islamiste fondé par Hassan al Banna, en 1928, en Egypte.

Hadith : relation des actes et propos du prophète Mahomet. Un des deux fondements de l’islam avec la Coran.

Jihad : guerre obligatoire non abrogeable contre les infidèles.

Jizya : taxe coranique obligatoire pour les non musulmans dhimmis et qui doit être perçue avec humiliation (Cor. 9, 29).

Sharîa : gouvernance fondée sur le Coran et la Sunna.

Sunna : compilations des hadiths et traditions se rapportant à Mahomet. Source avec le Coran de la juridiction islamique.

Théologie de la libération palestinienne : elle vise à extraire le christianisme de sa matrice juive.

Wakf : bien appartenant à Allah ou de mainmorte et géré au bénéfice de la communauté islamique ou d’œuvres charitables.


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Cet article a été publié le 14 décembre 2010, puis le 23 mars 2013,
- le 22 mai 2013 à l'approche de la diffusion sur France 3, à 21 h 55, de La Confrérie de Michaël Prazan ;
- le 28 juin 2013 et le 26 juillet 2013 alors que Rached Ghannouchi, chef du mouvement islamiste Ennahdah,  a annoncé l'avènement du califat et d'une "constitution islamique", et alors que  "Le long de la route du Califat des Omeyyades" est un projet qui "conçoit des itinéraires culturels à travers sept pays. Ce programme financé par l'UE de coopération transfrontalière méditerranéenne (CTMED) vient de lancer un nouveau projet visant à promouvoir l'héritage culturel des Omeyyades". Cette "première dynastie islamique a laissé dans les différents pays méditerranéens un patrimoine culturel et architectural extraordinaire, qui, malheureusement, a souvent été sous-estimé d'un point de vue touristique". Le "projet UMAYYAD (Amélioration de la cohésion territoriale méditerranéenne à travers la mise en place d’un itinéraire touristico-culturel) concevra et lancera un circuit touristique couvrant, à travers" sept pays - Egypte, Espagne, Italie, Jordanie, Liban, Portugal, Tunisie -, "l'extension initiale de l’empire allant de l'Atlantique au Proche Orient". La réunion de lancement a eu lieu à Grenade (Espagne), du 25 au 27 juin 2013, et "a rassemblé tous les partenaires du projet" ;
- 25 janvier 2014. Bat Ye'or est l'une des oratrices du colloque L'Union européenne et les nouvelles formes de la "question juive", organisé par l'Université populaire du judaïsme, le 26 janvier 2014 à Paris.

samedi 28 juin 2014

Orna Ben-Ami : « La douceur du fer »


La Galerie Claude Samuel a présenté en 2006 une trentaine de sculptures en fer soudé de Orna Ben-Ami. Cette artiste israélienne sculpte des objets de la vie quotidienne, suggérant des êtres humains et leurs traits de caractères dans une réflexion sur les paradoxes. Légèreté, souplesse, expressivité, ludisme, ironie et mystère se conjuguent dans ces objets si familiers et métalliques. Une œuvre qui laisse la place à l’imaginaire du spectateur…


Dans son atelier à Rishpon, Orna Ben-Ami découpe les plaques métalliques, les plie, les perfore, les assemble, les soude, les polit, les patine. Mieux, elle anime d’expressivité ce matériau rigide, dur, parfois froid, à l’aspect souvent granuleux. 

Ironiquement, elle a nommé une œuvre « I can’t paint » (Je ne sais pas peindre). Elle ne dessine pas. Puisant dans son imagination ou dans ses observations, elle crée directement en travaillant le fer : elle lutte contre le fer, ou coopère avec lui. 

Quel parcours mène à la sculpture en fer soudé ? Pour Orna Ben-Ami, c’est un peu le hasard.

Dans sa famille nomade, seule une de ses grands-mères créait des sculptures figuratives – des êtres humains - en terre cuite. De sa prime jeunesse, Orna Ben-Ami se souvient avoir écrit des poèmes et composé la musique les accompagnant. Elle sentait que l’art lui permettrait d’exprimer ses sentiments.

Cependant, elle s’oriente vers des études en histoire et science politique à l’université hébraïque de Jérusalem. Elle débute comme journaliste sur une radio israélienne. Un métier où elle a du aiguiser son sens de l’observation.

Voici près de vingt ans, elle suit à Jérusalem des cours de design en bijouterie et se forme au département artistique de l’université de Tel-Aviv, puis de sculpture à la Corcoran School of Art de Washington (Etats-Unis). En créant ces bijoux fantaisie, elle découvre son « attrait pour les métaux. C’est un grand défi de créer des sculptures douces, féminines, à partir du fer. Mettre des émotions dans ce matériau incroyablement dur est un défi qui me séduit », reconnaît Orna Ben-Ami.

Les artistes qu’elle admire ? « Le sculpteur espagnol Julio Gonzales qui, le premier, a créé des œuvres en fer soudé. Son contact du fer était empreint d’une grande sensibilité. Il savait comment sculpter des œuvres petites et délicates à partir d’un métal lourd », m'a indiqué Orna Ben-Ami.

La force de l’évocation suggérée
Elle expose ses œuvres aux Etats-Unis, en Italie, en France et en Israël. Pour Jérusalem, elle a conçu « le mur immense de sculptures de la gare centrale des bus. J’ai choisi de montrer la diversité des gens dans cette ville unique en sculptant 11 énormes chapeaux de personnes différentes, notamment par leur religion. Par un objet usuel, je montre une personne et j’apprends sur sa personnalité, plus qu’en créant son visage », précisait Orna Ben-Ami. 

Nul buste, nul corps n’est représenté dans son œuvre. Mais une profusion d’objets anodins qui renvoient à nos souvenirs intimes. « Je raconte une histoire et j’exprime des sentiments en sculptant des objets simples. Une valise avec des racines peut évoquer toute l’histoire de ma famille, de mon peuple et d’autrui, sans besoin d’explication. La simplicité peut tout exprimer, bien mieux que de nombreux détails. La relation est plus aisée avec des objets de la vie quotidienne. Ceux-ci nous rappellent des situations et des gens qui nous manquent. Certains trouveront un sens de l’humour dans mes sculptures, d’autres beaucoup de douleur », m'a expliqué Orna Ben-Ami.

Ces objets faits par et pour l’homme symbolisent un monde, notre vie. Autant de témoignages de notre société ou de vestiges d’une société représentée dans un loisir ou dans un instant de la sphère privée. 

Cette exposition s’apparente à une promenade allusive dans notre enfance et évocatrice de souvenirs personnels ou familiaux, mais partagés par un grand nombre. La « Poupée de chiffon » porte une robe à l’ourlet festonné et ajouré. Assise, comme fatiguée, presque démantibulée, sans main, elle révèle l’attachement de la petite fille à ce jouet qu’elle s’est appropriée, puis son abandon par l’enfant qui a grandi. 

Soulignant une allure, une pose, une ondulation, Orna Ben-Ami table sur la force de la suggestion et l’imaginaire du visiteur. Elle lui laisse la liberté d’investir ses œuvres de son vécu. 

Par la subtilité de la suggestion, la finesse du regard, la puissance de l’évocation, elle offre une réflexion sur le temps qui passe. Carnet et feuilles sont empilés et empalés par une pique pointe vers le haut (« Souvenirs »). Comme si l’intégrité était impossible, le temps les altérant, l’homme les déchirant.

Une incongruité dérange l’ordre apparent. Un élément bizarre vient dénaturer ou connoter différemment l’objet initial, et à s’interroger. Ainsi, la « Broderie » inachevée aux larges points réguliers, mais lâches, surprend par ce fil sans aiguille sur la toile tendue par le tambour à broder. On cherche du regard l’aiguille, le dé, les échevettes colorées, la paire de ciseaux. On subodore la méticulosité et l’attention de la brodeuse. 

Orna Ben-Ami nous invite à une méditation sur les contraires : absence/présence (« L’album photos »), enfermement/libération (« Liberté de l’individu »), découvert/caché (« L’Orange » partiellement pelée qui orne le Jardin de la résidence du président d’Israël).
Cette valise fermée du fond duquel sortent de multiples racines symbolise le voyage et l’enracinement, deux besoins ou deux contraintes contradictoires. Ce bagage est-il posé avant un départ ou après l’arrivée ? C’est peut-être aussi la vie qui continue dans sa complexité.

Du sac à dos d’un élève (« Seize heures quinze »), Orna Ben-Ami donne l’’impression qu’il vient d’être suspendu et que le temps passe. « Ce sac suspendu seul comme si quelqu’un avait oublié de venir le chercher au jardin d’enfant conte l’histoire de la solitude et mon enfance. Je suis ravie qu’on se souvienne de sa propre histoire en regardant cet objet simple », m'a confié l’artiste.

Un joli catalogue accompagne cette exposition intrigante.

Orna Ben-Ami, « Sculptures en fer ». Galerie Claude Samuel, 2006. 38 pages

Visuels :
« Deux tables, deux verres », « Poupée de chiffon » et « Broderie »
© Orna Ben-Ami

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Cet article a été publié par Guysen.

jeudi 26 juin 2014

« Un devoir de mémoire » de Michel Gurfinkiel


Juriste polonais Juif, Raphael Lemkin est né le 24 juin 1940. Il a forgé en 1943 le vocable "génocide" et a été l'artisan de l'adoption par l'Assemblée générale de l'ONU de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (CPRCG), le 9 décembre 1948.
L’annonce par le Président de la République Nicolas Sarkozy lors du dîner du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) le 13 février 2008 de charger chaque enfant de CM2 de la mémoire d’un des 11 000 enfants juifs déportés de France a profondément troublé Michel Gurfinkiel, historien, journaliste et président de l'Institut Jean-Jacques Rousseau.

L'enfance de... Boris Cyrulnik
Le destin d’Anne Frank : Une histoire d’aujourd’hui
« Destins d’enfants juifs et de leurs sauveurs » de Kirsten Esch
« Une enfance volée : l’affaire Finaly » de Fabrice Génestal
Au cœur du génocide. Les enfants dans la Shoah 1933-1945
C’étaient des enfants. Déportation et sauvetage des enfants juifs à Paris
« Les larmes de la rue des Rosiers » d'Alain Vincenot
« Carnets de mémoire Enfances cachées 39-45 », par Michèle Rotman

Michel Gurfinkiel écrivit alors un article émouvant exprimant ses réserves - l’un de ces enfants est son frère Charles, assassiné à Auschwitz en 1942, à l’âge de neuf ans - et son loyalisme républicain. Encouragé par des lecteurs, il approfondit sa réflexion sur la Shoah dans ce livre, à la fois autobiographie émouvante et essai étayé d’arguments convaincants.

Il y brosse avec amour et pudeur le récit des histoires familiales, paternelle et maternelle, marquées par la Shoah. Emergent la figure admirée du père Szyja (Josué), tailleur et modèle de rigueur dans la vie professionnelle et personnelle du fils, et le souvenir de Charles, dont l’une des trois photos, longtemps présente sur l’atelier du père, est posée sur le bureau du journaliste-écrivain.

Celui-ci détaille aussi les actions menées par des Juifs, lors de la tentative d’annihilation les visant, pour informer sur la Shoah des dirigeants Alliés, et « la loi du silence » qui s’instaura « pour des motivations entremêlées : raison d’Etat, impératifs stratégiques, antisémitisme ».

Il décrit aussi l’occultation puis l’émergence de la Shoah dans les consciences collective et politique et les histoires nationales, ainsi que la lente progression du devoir de mémoire. Il analyse enfin les « fluctuations sémantiques » - génocide (vocable forgé par Raphael Lemkin), Shoah, Holocauste, démocide - et les évolutions jurisprudentielles, tout en soulignant la singularité de la Shoah.

Tout au plus, pourra-t-on regretter un bref jugement négatif à l’égard du président Truman, car celui-ci a révélé sa stature face aux défis de l’Histoire, et une allusion trop elliptique à l’affaire du timbre sur les Justes parmi les nations en 2007.

En annexes, le discours du Président Nicolas Sarkozy et l’article Silence et conscience du professeur Israël Goldberg.

Michel Gurfinkiel, Un devoir de mémoire. Ed. Alphée Jean-Paul Bertrand. 187 pages. 18,90 €. ISBN : 978-2753803534


Conférence de Michel Gurfinkiel et Danielle Guerrier intitulée Juifs et Chrétiens. Connaissance de l’autre, similitude et contenu spirituel des fêtes
Le 20 novembre 2012, à 20 h 30
Organisée par l’Amitié judéo-chrétienne de France (AJCF)-Groupe de Boulogne.
Au Carré Bellefeuille
Salle 406, 60 rue de la Belle feuille, 92100 Boulogne-Billancourt.
Buffet convivial dès 19 h 30
P.A. F. : 5 €

Cet article a été publié en une version plus concise par L’Arche dans son numéro de décembre 2008-janvier 2009, et sur ce blog le 25 octobre 2009 et 20 novembre 2012, et 28 avril 2013 en cette Journée nationale du souvenir des victimes de la déportation..

mercredi 25 juin 2014

« Du Panthéon à Buenos Aires » de René Goscinny


A l'occasion des trente ans de la disparition de René Goscinny (1926-1977), IMAV éditions ont publié Du Panthéon à Buenos Aires, chroniques illustrées. Un recueil de 16 chroniques de l’humoriste génial, publiées entre 1964 et 1976 dans divers magazines, et illustrées par des dessinateurs amis, d’hier et d’aujourd’hui. Préfacé par sa fille, Anne Goscinny, ce livre réunit des nouvelles savoureuses croquant avec finesse nos travers. La Mairie du IVe arrondissement de Paris présente l'exposition Les vacances du petit Nicolas consacrée au travail de Jean-Jacques Sempé et Goscinny sur ce personnage enfantin.


On ouvre ce livre avec la joie et l’émotion de retrouver une figure familière, un ami d’enfance qui n’aurait pas changé, mieux se serait bonifié, et que l’on retrouve à l’âge adulte. Et la certitude de passer un bon moment. Et on n’est pas déçu.

Voici donc 16 textes parus entre 1964 et 1976 dans « le magazine culte de la bande dessinée », Pilote, dans Le Figaro littéraire ou Paris Match, et lus publiquement lors de l’hommage rendu à René Goscinny par la ville de Cannes (29 juin-1er juillet 2007).

Pour illustrer ces nouvelles, les éditions IMAV ont fait appel à des dessinateurs d’horizons variés : de Cabu à Zep, via la génération Pilote - Gotlib, Druillet, Lauzier, Mézières, Giraud, Juillard - les amis de toujours, comme Tibet, et ceux d'aujourd'hui comme Margerin, Barral, Mourier, Cestac, Tebo, Bertrand, Achdé ou Boucq ».

Avec talent et humilité, ces dessinateurs demeurent fidèles au texte, sans généralement rajouter du sens, tout en gardant leur originalité.

Vis Comica (Le pouvoir de faire rire)

Le titre de ce recueil aux accents autobiographiques reprend celui de la première nouvelle.

René Goscinny naît en 1926 dans le Ve arrondissement de Paris, près du Panthéon, dans une famille d’immigrés juifs ukraino-polonais qui s’installe en Argentine en 1928.

Après une scolarité brillante, âgé de 19 ans, René Goscinny va à New-York où il se lie d’amitié avec Harvey Kurtzman, premier rédacteur du magazine de bandes dessinées Mad.

Au début des années 1950, Goscinny retourne en France.

De son imagination féconde, de son immense culture, de sa vive curiosité, de ses collaborations avec des dessinateurs doués – Uderzo, Morris, Sempé, Tabary, Gotlib -, naissent la revue légendaire Pilote, des personnages et des albums qui font le délice de générations d’enfants - le public le plus difficile -, d’adolescents et d’adultes : Astérix, Lucky Luke, le petit Nicolas, Iznogoud, les Dingodossiers... Et fusent aussi des expressions entrées dans le langage courant, comme autant de clins d’œil d’aficionados : « être calife à la place du calife », etc.

Cet humoriste génial décède à 51 ans d’un malaise cardiaque, le 5 novembre 1977, à Paris. Par un cruel et absurde concours de circonstances.

« Avec 500 millions de livres et d’albums vendus, traduits dans plus de 130 langues et dialectes, René Goscinny est l’un des auteurs les plus lus dans le monde ».

« Des pépites d’humour »

Ces récits sont malheureusement et heureusement non datés : si leur année de publication ne figure pas, force est de constater que ces chroniques pourraient être écrites de nos jours, sans rien biffer, tant elles ne sont pas anachroniques.

Tout inspire Goscinny doué pour tous les genres, dont la science fiction comique (Suivez le guide) : les success stories des self made men, les best-sellers historicisants dont il démonte les stéréotypes, la prétention des auteurs abscons et de leurs louangeurs, la French way of life urbaine, la vacuité de longs déjeuners d’affaires, l’hypocrisie des gourmands abonnés aux régimes amaigrissants…

Ce fin observateur et psychologue s’inspire surtout des travers humains (Tous des méchants), de nos défauts, pour nous tendre un miroir de nos âmes. Il dépeint nos comportements avec une ironie qui ne l’épargne pas. Il croque les situations de la vie quotidienne et souligne une caractéristique comme un caricaturiste exagère un trait de visage.

Il loue le professionnalisme (Je suis prêt), pousse une situation jusqu’à l’absurde (Les feux de la rampe), et laisse deviner le gastronome derrière l’écrivain, et la souffrance des auteurs comiques populaires et à succès ignorés ou méprisés par l’intelligentsia (Je suis un compris).

La politique ? Elle n’intéresse Goscinny qu’au prisme d’un caractère, d’un type à portraiturer dont il décrit la vie de faux-semblants, souligne l’écart entre son apparence conservatrice et ses convictions révolutionnaires, entre sa réussite professionnelle et l’échec de sa vie affective, et finalement l’extrême solitude d’un homme psychologiquement malade (Le PDG dans le fruit). Perce alors la gravité de Goscinny.

L’une des nouvelles, Rumeurs, fait songer aux dessins Gossip du peintre et illustrateur américain Norman Rockwell.

« Quand on n’aime pas le rire, il n’y a pas de guérison possible »

En lisant ces 16 chroniques brèves, on entend la voix de Goscinny nous conter ces historiettes et on sourit bien souvent.

Agrémenté d’une courte biographie et d’une bibliographie, ce recueil se lit vite, et se savoure. On reconnaît autrui et soi dans cette galerie de personnages, de choses vues et entendues.

Goscinny, c’est l’esprit parisien fait de finesse et de légèreté, un regard empreint d’humanité, une douce et tendre ironie, une psychologie subtile, la justesse du trait, le refus de la vulgarité, un humour dénué de méchanceté, l’élégance de la simplicité, une sensibilité pudique, un soin de concision, l’art de l’accroche et de la chute. Le goût du calembour affleure rarement (Je suis un compris).

Comment caractériser brièvement le nouvelliste ? Un style simple, une inspiration puisée dans la nature humaine, une expression limpide, une complicité avec le lecteur. Bref, les secrets de l’éternité littéraire.

Pour ceux qui lisent l’hébreu, signalons la parution en Israël du tome 1 des Histoires inédites du petit Nicolas, dont le co-auteur est un autre humoriste, Jean-Jacques Sempé.


René Goscinny, Du Panthéon à Buenos Aires, chroniques illustrées. Préface d’Anne Goscinny. IMAV Editions. Paris, 2007. 110 pages. ISBN : 2 915732 11 6

Site officiel consacré à l’œuvre de René Goscinny :

Cet article a été publié sur Guysen, et sur ce blog le 25 mars 2010.

Lisa Seror « Sud-Nord » / Peintures


Dans le cadre du Festival de culture Juive de Cracovie (27 juin-6 juillet 2014) en Pologne, le Palac Sztuki-Palais des Arts invite Lisa Seror à exposer ses toiles « Les Chaises vides », "travaux porteurs du questionnement"  « Où est notre place ? ».  Les toiles de Lisa Seror sont marquées par l’exode familial de la Tunisie natale et la nostalgie d’une convivialité idéalisée et révolue. Vernissage le 26 Juin 2014 à 17 h.

« Le monde choisit notre destin, puis nous reproche notre destinée… »

Celui de la peintre Lisa Seror est marqué par l’exode, le départ de sa Tunisie natale, de La Goulette, port et agréable cité balnéaire près de Tunis, et dont une large part de la population était Juive. L’été, les Tunisois y passaient leur villégiature, déjeunaient sur les plages de sable fin… Lien ferroviaire : le Tunis-Goulette-Marsa (TGM). Ya Hasra ! (Il fut un temps, jadis, en arabe)

C’est la nostalgie qui guide les pinceaux de la blonde Lisa Seror, primée par la Médaille de la Ville de Paris, et imprègne ses soirées musicales mensuelles à son domicile parisien.

De ses premières œuvres, on remarque des scènes fleurant bon l’orientalisme par la représentation théâtralisée de silhouettes aux costumes bariolés dans un patio vers lequel convergent les regards de spectateurs à leurs balustrades.

Les paysages sont rares, mais imprégnés d’une atmosphère quasi-onirique, émergeant ou se fondant dans le ciel azur ou la mer étale.

L’artiste a évolué vers u

n style accordant une place essentielle, quasi-exclusive aux chaises. Des sièges en déséquilibre, bancals, sur des fonds sombres ou ternes. Signes et témoins d’une absence douloureuse, d’un vide perdurant, d’un départ soudain. Vestiges d’un monde disparu.

Ces tableaux, Lisa Seror les griffe comme pour s’agripper dans un passé figé, conférer l’éternité artistique au temps révolu, écrire par la peinture des bribes d’une histoire révolue, parfois idéalisée.

Elle surprend par des rehauts surgissant de couches fines comme des souvenirs tourmentés affleurent soudainement la conscience, et parfois émaillés de lettres hébraïques surgissant d’un fond sombre, semblant brise un voile grège pour avancer, poursuivre leur chemin en faisant entendre leurs mots sur une histoire occultée (Prière).

En 2012, la Galerie Daniel Besseiche a présenté l’exposition « En quête de place… » de la peintre Lisa Seror.

Dans le cadre du Festival des cultures Juives, le Cercle Bernard Lazare a présenté en juin 2013 l’exposition-installation "Oeuvres picturales Tunis-Paris" de la peintre Lisa Seror.

Dans le cadre du Festival de la culture juive de Cracovie (27 juin-6 juillet 2014), le Palac Sztuki- Palais des Arts invite Lisa Seror à exposer ses toiles « Les Chaises vides », "travaux porteurs du questionnement"  « Où est notre place ? ».  


Du 27 juin au 27 juillet 2014
Au Palac Sztuki
Plac Szczepanski 4.  Krakow 31-011. Poland
Tel.: (0-12) 422-66-16, 423-12-55
Vernissage le 26 Juin 2014 à 17 h 

Du 9 au 24 juin 2013
Au Cercle Bernard Lazare
10, rue Saint-Claude. 75003 Paris
Tél. : 01 42 71 68 19
Vernissage le 9 juin 2013 à 16 h 30 avec un intermède musical.

Jusqu’au 24 novembre 2012
33, rue Guénégaud. 75006 Paris
Tél. : +33 (0) 1 40 46 08 08
Du mardi au samedi de 11 h à 19 h

 Visuels :
El Ghriba
Chevauchée ou le pourquoi pas
Egalité des chances (97 x 195)
Technique mixte acrylique-pigments-papiers-de-soie marouflés

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié le 21 novembre 2012, puis le 6 juin 2013. Il a été actualisé le 24 juin 2014.

dimanche 22 juin 2014

Les Juifs dans l’orientalisme


Le musée des Beaux-Arts de Bordeaux présente l'exposition Orientalismes. Collections du musée des Beaux-Arts (26 avril-23 juin 2014). Le musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) a présenté l’exposition éponyme assortie d’une catalogue magnifique et passionnant. Un parcours dans la peinture orientaliste montrant la « représentation et l'imaginaire du Juif comme « oriental » dans l'art, de 1832 à 1929 ». Eclairée par des quêtes spirituelles, identitaires et artistiques ainsi que par les découvertes archéologiques et les périples en Orient, une présence picturale complexe où se mêlent fascination, curiosité, sensualité, essentialisation, stéréotypes, sensibilité, fantasmes, etc.


L’orientalisme vise les œuvres artistiques ayant pour thématique commune l’Orient, vaste espace allant de l’Afrique à l’Asie. Un courant mêlant politique et culture : littérature, peinture, sculpture, photographie, etc. et qui connaît un plein épanouissement au XIXe siècle.

Eugène Delacroix, Théodore Chassériau, Alfred Dehodencq, Jean Lecomte du Nouÿ, Wilhelm Gentz, Charles Cordier, Lucien Lévy-Dhurmer, David Roberts, Thomas Seddon, Jean-Léon Gérôme Gustav Bauernfeind, Alexandre Bida, Gustave Moreau, Alexandre Cabanel, Horace Vernet, Lawrence Alma-Tadema, William Holman Hunt, James Tissot, Maurycy Gottlieb, Lesser Ury, Zeev Raban, E.M. Lilien, Abel Pann, Reuven Rubin, Nahum Gutman… Au MAHJ, les œuvres de ces artistes, nourris aussi parfois de leurs lectures des Mille et une nuits – traduction au XVIIIe siècle - et d’auteurs, romantiques ou non, ayant visité l’Orient, de Chateaubriand à Victor Hugo et Pierre Loti.


La représentation du Juif comme Oriental
Ces oeuvres illustrent la curiosité, l’attrait, l’influence, les recherches spirituelles, identitaires et artistiques, les inquiétudes ou les enthousiasmes face à cet Orient - « monde arabe et empire Ottoman ») – que ces artistes explorent.

Et la « présence picturale des Juifs au sein de l’orientalisme du XIXe siècle, au miroir des voyages, de la littérature et de la critique d’art ». Un orientalisme revisité par  Joann Sfar dans les cinq volumes du Chat du rabbin par son évocation de l’Algérie des années 1920, comme le relève avec pertinence Christine Peltre.

L’orientalisme désigne une discipline scientifique dans laquelle les Juifs ont tenu un rôle majeur de pionniers. Puis, après la publication du livre Orientalism d’Edward Saïd (1978, Vintage Books), ce terme est devenu polémique. Les thèses « de l’universitaire américain Edward Saïd… glorifiaient la supériorité et la tolérance de la civilisation islamique et infligeaient un sentiment de culpabilité aux Européens qui s’en délectaient » (Bat Ye’or). Le livre d’Edward Saïd a suscité de vives critiques.

Du début du XIXe siècle à l’aube du XXIe siècle, les Juifs « se sont distingués par le regard à la fois novateur et dépourvu de préjugés qu’ils portaient sur les différents aspects d’une culture avec laquelle ils surent entrer en dialogue intime. Dans cet Orient qu’ils découvrent, parcourent, dont ils exhument les textes et les coutumes, les Juifs jouent au jeu des ressemblances et des différences ».

« Les traits de cet Orient singulier qui fut celui des savants, explorateurs et historiens juifs, aussi éloigné de l’image fantasmée de l’Orient rêvé ou diabolisé du XIXe siècle que de la conception d’un Orient dominé politiquement, comme dans les représentations produites par le XXe siècle ».

Une présentation à nuancer. Certes, des Juifs pro-islamiques ont forgé au XIXe, avec une finalité précise, siècle le mythe de la « coexistence interreligieuse pacifique sous domination musulmane », mais la dhimmitude, avec ses séries de persécutions antisémites, a limité ce dialogue.

Cette belle exposition suscite des critiques sur son absence de rigueur lexical et des interrogations.

Il conviendrait de mettre entre guillemets l’expression « terre d’islam » et, mieux respecter les règles de typographie françaises : « islam » est dépourvu, comme les autres religions de majuscule, alors que les noms de peuples débutent par une lettre capitale.

De plus, l’exposition évoque « le monde arabe » comme s’il était homogène et uniforme, en omettant les Berbères, indigènes distincts des conquérants arabes.

Curieusement, la bibliographie de l’exposition élude le livre incontournable L’exil au Maghreb, la condition juive sous l’islam (1148-1912) de David G.Littman et Paul B. Fenton.

La découverte des Juifs en « terre d’islam »
Au début du XIXe siècle, les artistes européens parcourant l’Orient découvrent les diverses communautés Juives des contrées du pourtour méditerranéen.

Une rencontre surprenante qui « offre un visage pittoresque à cet Orient souvent rêvé avant d'être visité ». Un choc devant le chatoiement et la profusion des couleurs, les costumes – turban, toge, keffieh, etc. - la lumière si éblouissante.

« Eugène Delacroix au Maroc, Theodore Chassériau en Algérie, emplissent leurs carnets d'esquisses de figures Juives, qui nourriront de grandes toiles, en particulier la Noce juive de Delacroix (1841) ». En 1834, Zulayka Hajwal (Solika Hatchuel), belle Juive de Tanger enlevée pour être convertie à l’islam, mais restée fidèle à sa foi, est exécutée à Fès (Maroc) pour apostasie. Cette tragédie inspire au peintre français orientaliste Alfred Dehodencq (1822-1882), qui séjourna au Maroc, son tableau L’exécution de la Juive (1861).

Ignorés en France et en Europe, ces Juifs constituent un « groupe identifiable, car ségrégué » en Afrique du Nord. Ils sont généralement soumis au statut humiliant et cruel de la dhimmitude. Les conquêtes française ou italienne les émanciperont.

« Sans doute sont-ils plus accessibles aux voyageurs, en raison des liens familiaux, ou des réseaux, qu'ils peuvent entretenir avec l'Occident. Peut-être sont-ils moins rétifs au portrait. Ils sont des intercesseurs privilégiés du monde arabe ». Par leurs activités commerciales, artisanales ou financières, ils s’avèrent des intermédiaires privilégiés.

La « synagogue, le cimetière, le Shabbat se prêtent à la mise en scène d’une dévotion traditionnelle, mais c’est sans doute la noce qui cristallise le plus l’attention. Le faste de la célébration, les danses, la richesse des costumes fascinent ». Alfred Dehodencq se caractérise par la « variété des peintures que lui inspirent les Juifs du Maroc, notamment ceux de Tanger et Tétouan dont il livre une vision passionnée et vibrante ». Ces peintres du XIXe siècle, restituent dans leurs tableaux les somptueux costumes ou habits d’apparat de velours tramés de fils d’or produits par les artisans Juifs du Maroc, d’Algérie et de Tunisie.

« L’arrière-plan militaire de cette présence française en Afrique du Nord favorise cependant les considérations radiologiques » qui se développent au XIXe siècle ; si « le sculpteur Charles Cordier contredit avec ses portraits algériens une ethnologie hiérarchisante des peuples, l’antisémitisme de quelques artistes prolonge des schémas européens anciens ».

Le voyage en Terre sainte
« L’affaiblissement de l’Empire ottoman, les intrusions militaires françaises et anglaises sur le pourtour de la Méditerranée ouvrent les portes de l’Orient à l’Europe. Dans ce « Grand Tour » des voyageurs occidentaux, célébré par les écrivains autant que par les peintres, qui les mène de l’Egypte à la Turquie, la Terre sainte occupe une place à part ».

Le retour sur les sites du récit biblique répond fréquemment à des « aspirations religieuses. Cependant, un nouveau désir de connaissance guide les études philologiques et les fouilles archéologiques entreprises du pays des Pharaons jusqu’à la Mésopotamie. L’Occident poursuit là une quête de ses origines ».

La Jérusalem « révélée par les artistes est empreinte d’une grande charge symbolique. Les visions romantiques et théâtrales de Louis de Forbin ou de David Roberts traduisent l’éclat mythique de la ville et la mélancolie qu’inspire son long abandon. Si les commentaires des voyageurs sont parfois peu amènes sur le quartier Juif, le spectacle du Mur des lamentations suscite plus d’empathie ».

Alexandre Bida ou Vassily Vereshchagin « livrent des descriptions attentives et sensibles avant tout à la spiritualité du lieu. C’est une même vision spirituelle qui hante les paysages » de Thomas Seddon, et un même souci d’exactitude chez Gustav Bauernfeind dans ses portraits des Juifs de Jérusalem.


La Bible est née en Orient
Une "meilleure connaissance des pays d’Orient et de leurs populations conduit à une évolution remarquable de l’iconographie biblique, où se mêlent étrangement les empreintes des mondes juif, musulman et chrétien, tout en prétendant à davantage d’authenticité".

Cette « quête de vérité ne s’embarrasse pas toujours de perspective historique et semble postuler que les coutumes et les costumes orientaux seraient demeurés figés dans le temps. En particulier, la difficulté à identifier des vestiges liés aux Hébreux et des royaumes d’Israël et de Judée génère d’improbables synthèses ».

Ainsi, Horace Vernet, « imaginant Abraham tel un Bédouin contemporain, ouvre un nouveau chapitre de la représentation du monde de la Bible en opérant une « arabisation » pittoresque, mais discutée ».

Grâce aux découvertes de l’archéologie en Egypte et en Mésopotamie des peintres, tels Lawrence Alma-Tadema ou Edward Armitage, illustrent les épisodes de la vie de Joseph ou l’histoire d’Esther à la cour du grand roi des Perses et des Mèdes dans de talentueuses mises en scène; William Holman Hunt, qui « place Jésus dans une synagogue au milieu de Juifs dont il a fait le portrait lors d’un voyage à Jérusalem, témoigne d’une autre manière de ces télescopages temporels propres à perpétuer des visions imaginaires ».

Les éditions illustrées de la Bible suscitent un engouement notable ; dans le sillage de Gustave Dore, James Tissot « donne chair aux récits bibliques à travers un très large ensemble d’aquarelles nées d’une observation rigoureuse de la Terre sainte autant que du savoir le plus récent sur l’Orient antique ».

La « confrontation avec la réalité de l’Orient ne parvient cependant pas à effacer les fantasmes s’exprimant à travers la figure récurrente de la belle Juive, héroïne guerrière ou femme fatale. Salomé, qui hante les artistes à la fin du siècle, résume à elle seule toute la dangereuse séduction de l’Orient faite femme ».

Une vision érotisée de l’Orient illustrée par ces héroïnes bibliques – pécheresse primitive (Eve), vierges bafouées (Suzanne, Bethsabée, la Sulamite du Cantique des Cantiques, Thamar), séductrice castratrices (Salomé, Hérodiade, Judith, Dalila) - qui fascinent les peintres français du XIXe siècle, quels que soient les mouvements artistiques : orientalisme romantique, symbolisme, etc. Des figures bibliques qui incarnent un amour parfois mortifère, et l’éternel féminin.

Au-delà de l'Afrique du Nord, le « périple en Terre sainte est porteur d'enjeux plus symboliques. Mus par des aspirations religieuses et une nouvelle curiosité archéologique, qui s'applique de l'Egypte à la Mésopotamie, l'Occident poursuit au Proche-Orient une quête de ses origines ». En témoignent les vues de Jérusalem de peintres comme David Roberts ou Thomas Seddon.

Les « empreintes des mondes Juif, arabe et chrétien se fondent alors dans une peinture biblique renouvelée. Un Bédouin devant sa tente incarne une belle figure d'Abraham chez Horace Vernet, tandis qu'une synagogue de Jérusalem abrite un Jésus prêchant chez Tissot ou Hunt ».

L'« orientalisation » de la Bible est « particulièrement sensible dans l'illustration d'épisodes ayant pour cadre l'Egypte (Joseph) ou la Perse (Esther), et tire parti des connaissances acquises sur l'Antiquité ».


À la recherche d’une histoire juive ?
Dans un contexte où « est échue à la peinture la mission d'écrire l'histoire nationale, l'œuvre de quelques artistes Juifs européens s'inscrit aussi dans une problématique identitaire ».

Quelques artistes juifs européens « célèbrent les grandes heures et les tragédies de leur histoire ». Exemple : réinterprété, le thème de l’exil à Babylone devient emblématique de la dispersion Juive et inspire des compositions académiques à Henri-Léopold Levy et à Eduard Bendemann ; celui-ci « réalise un tableau inspiré qui devient rapidement une référence incontournable de l’imagerie juive ». Edouard Moyse « aborde plus directement les scansions d’une histoire plus proche – Inquisition, Révolution, Empire – et s’attache à leur donner une hauteur classique, dans un espace intemporel mêlant Orient et Occident ».

Les peintres Juifs, qui « jouent leur intégration dans la sphère artistique » au XIXe siècle, sont soucieux de reconnaissance générale et préoccupés par leur histoire dans une période de fort activisme des nationalismes.

L’émancipation politique induit aussi un questionnement sur « l’articulation entre judaïsme et christianisme », et se décline en peinture, en raison du poids des thématiques religieuses dans les diverses traditions européennes.

L’œuvre du Polonais Maurycy Gottlieb « constitue le plus fascinant exemple de relecture de la douloureuse relation entre judaïsme et christianisme, et se nourrit des avatars littéraires de cette concurrence ou de cette détestation pour inverser la perspective et mettre en évidence l’histoire partagée des Juifs et des chrétiens, dans une vision universaliste. Maurycy Gottlieb, interroge l'histoire Juive à travers sa représentation littéraire, ou issue du christianisme, en peignant » un Jésus affrontant ses juges ».

Les « nouveaux Hébreux »
Conséquence de l’affaire Dreyfus et de l’antisémitisme vivace en Europe, le sionisme prôné par Theodor Herzl revendique la création d’un « Etat des Juifs » susceptible de mettre un terme à un exil de plus en plus dramatique.

Le mouvement politique se conjugue rapidement d’une dimension culturelle et artistique : élaborer un art national.

Des 1906, s’ouvre à Jérusalem, sous la direction d’artistes européens (Boris Schatz, Abel Pann, Zeev Raban et Ephraim Moses Lilien), une école d’art et d’artisanat « portant le nom de Bezalel – celui-là même qui dans la Bible fut désigné pour construire le sanctuaire du désert –, ayant pour mission d’établir une continuité entre l’Israël antique, l’antiquité biblique, et sa résurrection dans l’Orient contemporain avec une « identité Juive orientale ».

Le projet national et le retour aux sources, conjugués à l’influence des mouvements artistiques alors à la mode – mouvement esthétique, Jugendstil et symbolisme parmi d’autres –, confèrent aux productions artistiques et artisanales de l’école un style qui se veut authentiquement « hébreu ».

Ce style original trouve un nouvel élan avec l’esprit pionnier animant les artistes du « foyer national Juif » dans les années 1920. Ainsi nait « une peinture volontiers teintée de primitivisme, célébrant l’harmonie avec la terre et le paysage, et une paix rêvée entre les hommes, tous attachés à un nouvel Orient ».

Un « art sioniste nait en quête d’une identité hébraïque » (Ygal Zalmona) ou un « sionisme culturel » (Chaïm Weizmann et Martin Buber).


Artistes présentés dans l’exposition


Lawrence ALMA-TADEMA (Dronrijp, Pays-Bas, 1836 – Wiesbaden, 1912)

Edward ARMITAGE (Londres, 1817 – Tunbridge Wells, Kent, 1896)

Gustav BAUERNFEIND (Sulz am Neckar, 1848 – Jerusalem, 1904)

Eduard Julius Friedrich BENDEMANN (Berlin, 1811 – Dusseldorf, 1889)

Ateliers de BEZALEL, École d’art et d’artisanat, Jérusalem

Alexandre BIDA (Toulouse, 1823 – Buhl, Haut-Rhin, 1895)

Félix BONFILS (Saint-Hippolyte-du-Fort, 1831 – Ales, 1885)

Alexandre CABANEL (Montpellier, 1823 – Paris, 1889)

Théodore CHASSERIAU (Sainte-Barbe-de-Samana, Saint-Domingue, 1819 – Paris, 1856)

Charles CORDIER (Cambrai, 1827 – Alger, 1905)

Alfred DEHODENCQ (Paris, 1822 – 1882)

Eugène DELACROIX (Charenton-Saint-Maurice, 1798 – Paris, 1863)

Louis Nicolas Philippe Auguste DE FORBIN (La Roque d’Antheron, 1777 – Paris, 1841)

Arieh EL-HANANI (Poltava, Russie, 1898 – Tel-Aviv, 1985)

J. GARRIGUES

Wilhelm GENTZ (Neurippen, 1822 – Berlin, 1890)

Jean-Léon GÉRÔME (Vesoul, 1824 – Paris, 1904)

Marcin GOTTLIEB (Drohobycz, Empire austro-hongrois, actuelle Ukraine, 1867 – Etats-Unis, 1936)

Nahum GUTMAN (Teleneşti, Russie, 1898 – Tel-Aviv, 1980)

John Evan HODGSON (Londres, 1831 – Coleshill, 1895)

William Holman HUNT (Londres, 1827 – 1910)

Jean-Pierre-Marie JAZET (Paris, 1788 – 1871)

Frantisek KUPKA (Opocno, Boheme, 1871 – Puteaux, 1957)

Charles LALLEMAND (?, 1826 – ?, 1904)

Charles LANDELLE (Laval, 1821 – Chennevieres-sur-Marne, 1908)

Jean Jules Antoine LECOMTE DU NOUŸ (Paris, 1842 – 1923)

Henri LEHMANN (Kiel, 1814 – Paris, 1882)

Jean-Baptiste Auguste LELOIR (Paris, 1809 – 1892)

Alexandre LEROUX (Beziers, 1836 – Alger, 1912)

Henri-Léopold LÉVY (Nancy, 1840 – Paris, 1904)

Lucien LEVY-DHURMER (Alger, 1865 – Le Vesinet, 1953)

Ephraïm Moses LILIEN (Drohobycz, Pologne, 1874 – Badenweiler, 1925)

Pinchas LITVINOVSKY (Novo Georgievsk, Russie, 1894 – Jerusalem, 1985)

James MCDONALD (?, 1822 – ?, 1885)

Princesse MATHILDE (Mathilde Letizia Wilhelmine Bonaparte) (Trieste, 1820 – Paris, 1904)

Émile MARQUETTE (Douai, 1839 – ?, apres 1889)

Gustave MOREAU (Paris, 1826 – 1898)

Aimé-Nicolas MOROT (Nancy, 1850 – Dinard, 1913)

Félix-Jacques MOULIN (Paris, 1802 – 1875)

Édouard MOYSE (Nancy, 1827 – Paris, 1908)

Israel PALDI (Berdiansk, Russie, 1892 – Tel-Aviv, 1979)

Abel PANN (Kreslawka, Russie, 1883 – Jerusalem, 1963)

Zeev RABAN (Lodz, 1890 – Jerusalem, 1970)

David ROBERTS (Stockbridge, 1796 – Londres, 1864)

James ROBERTSON (?, 1813 – ?, 1888)

Reuven RUBIN (Galaţi, Roumanie, 1893 – Tel-Aviv, 1974)

Auguste SALZMANN (Ribeauville, 1824 – Paris, 1872)

Boris SCHATZ (Varniai, Lituanie, 1867 – Denver, Etats-Unis, 1932)

Thomas SEDDON (Londres, 1821 – Le Caire, 1856)

Jacques Joseph, dit James, TISSOT (Nantes, 1836 – Chenecey-Buillon, 1902)

Lesser URY (Birnbaum, aujourd’hui Międzychod, province de Poznan, 1861 – Berlin, 1931)

Vassily VERESHCHAGIN (Tcherepovets, Russie, 1842 – pres de Port-Arthur, 1904)

Horace VERNET (Paris, 1789 – 1863)

George Washington WILSON (Aberdeen, 1823 – ?, 1893)


Les Juifs dans l’orientalisme. Musée d’art et d’histoire du Judaïsme et Skira-Flammarion, 2011. 200 pages. ISBN : 978-2081277120. 35,50 €


Jusqu’au 8 juillet 2012
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Du dimanche au vendredi de 10 h à 18 h, nocturnes les mercredis jusqu’à 21 h
Les citations sont extraites du dossier de presse.

Visuels :
Affiche
Théodore Chassériau, Juives d’Alger au balcon
1849
Musee du Louvre
c Daniel Arnaudet, RMN, Paris

Félix-Jacques Moulin, Juif et Juive de Constantine
Algerie, 1856
Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie
Eugène Delacroix, Mariée juive au Maroc
1852 [?]
Collection Ethel LeFrak et la famille LeFrak
c Adam Reich / Collection Ethel LeFrak et famille LeFrak

Jean-Léon Gérôme, Vieux marchand juif et Arabes
Avant 1883
Amsterdam, Stedelijk Museum, depot de longue duree au Amsterdams Historisch Museum

Lesser Ury, Moïse regarde la Terre Promise avant sa mort
1828
Judisches Museum Berlinc Jens Ziehe / Judisches Museum Berlin

Lawrence Alma-Tadema, Joseph gardien des greniers de Pharaon
1874
New York, Dahesh Museum of Art

Gustave Moreau, Salomé
Vers 1874-76
Musee national Gustave-Moreau, Paris
c Christian Jean / Réunion des musées nationaux, Paris

Maurycy Gottlieb, Le Christ devant ses juges
1877-79
The Israel Museum, Jerusalem
c Elie Posner / The Israel Museum, Jerusalem

Reuven Rubin, Les Vendeurs de légumes
1923
Tel-Aviv, Phoenix Collection



Articles sur ce blog concernant :


Monde arabe/Islam 
Cet article a été publié le 5 juillet 2012, puis le 24 avril 2014.