lundi 28 avril 2014

« Les derniers témoins, Paroles de déportés » de Jean-Pierre Allali


Yom HaShoah, ou Jour des martyrs et des héros de la Shoah, a débuté le 27 avril 2014 au soir et s'achèvera le 28 avril 2014 en soirée. « A l’heure où le négationnisme connaît un regain d’intérêt » et sous l’égide de la Commission Shoah du Consistoire de Paris, l'écrivain et journaliste Jean-Pierre Allali a recueilli en 2003 le témoignage de dix anciens déportés : Julia Kac-Wallach, Samuel Adoner, Abraham Birnbaum, Alfred Elkoubi, Addy Fuchs, Moïse Jankielewicz, Maxi Librati, qui a ouvert un magasin de prêt-à-porter et découvert Paco Rabanne, Marcel Stourdze, rabbin, Charles Testyler, qui a fait une brillante carrière dans le prêt-à-porter, et Marcel Wallach.

L’auteur retrace la vie de ces survivants de familles originaires de Pologne, Biélorussie, de la terre d’Israël, d’Algérie et du Maroc : l’enfance généralement dans un milieu modeste, les persécutions antisémites, la déportation « avec les coups de bâton et la faim » pour les « esclaves du Reich nazi », la solitude après la guerre, le silence pudique entre parents déportés et leurs enfants, la manière dont chacun a construit sa vie après la Shoah (Holocaust), au fil des rencontres, avec persévérance et esprit d’initiatives, avec souvent un engagement associatif, communautaire, politique varié, et une solidarité avec l’Etat Juif.

Et pour certains, la découverte des pogroms dans la Pologne d’après-guerre.

Tous contribuent au devoir de mémoire : accompagnement de groupes lors de voyages à Auschwitz-Birkenau, témoignage en milieu scolaire, présence lors de remise des médailles aux Justes parmi les Nations, etc.

Un glossaire complète ce livre émouvant.


Commission Shoah du Consistoire de Paris, Les derniers témoins, Paroles de déportés, recueillis par Jean-Pierre Allali. Préface de Moïse Cohen, postface de Claude Bochurberg. Ed. Safed. 252 pages. 20 €. ISBN : 978-2914585514


Cet article a été publié par L'Arche, et sur ce blog le 1er mai 2011.

jeudi 24 avril 2014

Hiroshi Sugimoto. ACCELERATED BUDDHA


Le Palais de Tokyo présentera l'exposition d'Hiroshi Sugimoto intitulée Aujourd'hui,  le monde est mort [Lost Human Genetic Archive] (25 avril -7 septembre 2014). Dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent  a présenté sa 20e exposition intitulée ACCELERATED BUDDHA. Né en 1948, l’artiste japonais Hiroshi Sugimoto  montre les « productions du photographe en regard de chefs d’œuvres antiques issus de sa collection personnelle ». Ennuyante, ésotérique, émaillée de considérations verbeuses à prétention historique et philosophique, cette exposition oublie de mentionner le judaïsme. 


Scénographe de cette exposition, Hiroshi Sugimoto  est « un artiste majeur de la photographie moderne. Inventeur du procédé de capture de l’image à très longue exposition, son œuvre explore le temps et le rapport de l’Homme au réel ». Il a étudié la photographie aux Etats-Unis dans les années 1970. « Artiste pluridisciplinaire, il travaille avec la photographie, la sculpture, les installations et l’architecture. Son art relie les idéologies orientales et occidentales tout en examinant la nature du temps, de la perception et les origines de la conscience ».

« Pour cette exposition, j’ai réalisé des images vidéo des mille statues de Boddhisattva du Sanjûsangendô, un temple de Kyôto datant du XIIIème siècle. L’accélération progressive de 48 clichés de ces mille Bouddhas permet de les voir se multiplier jusqu’à un million en cinq minutes. Le Sanjûsangendô, édifié par l’empereur retiré Go-shirakawa, représente le Paradis de la Terre Pure. Ce modèle s’accélère sous nos yeux jusqu’à se fondre et disparaître. Parallèlement à l’œuvre vidéo sont exposés des soûtras et des reliques évoquant chaque époque », écrit Hiroshi Sugimoto.

Les commissaires de l’exposition, qui se déroule dans des espaces obscurs et sinistres – le pire est l’installation marquée par un son strident -, sont Hiroshi Sugimoto et Emmanuelle de Montgazon qui explique : « Hiroshi Sugimoto a entrepris depuis 2003 une forme d’exposition évolutive intitulée « Histoire de l’Histoire », dans laquelle il juxtapose ses propres œuvres photographiques avec des œuvres de sa collection privée. Cette exposition a été présentée aux Etats-Unis et au Canada, puis au Japon en 2008-2009. Chaque lieu est un prétexte pour la production de nouvelles œuvres de l’artiste et un choix de différentes pièces de sa collection ».

Rédigé par Hiroshi Sugimoto et traduit par Corinne Atlan, le texte introductif de l’exposition est morbide – « Il y a environ 500 000 ans… les humains passaient le bref moment de vie qui leur était accordé à préparer leur voyage vers une mort éternelle » -, pédant – « Au commencement les hommes vivaient avec les dieux » -, accumule des clichés – « Les civilisations naissent, se propagent puis déclinent inévitablement » - et problématique.

« Une fois morts, les fondateurs divinisés firent l’objet d’une idolâtrie sophistiquée qui conduisit à des conflits sectaires et des torrents de sang versé au nom de la religion », écrit Hiroshi Sugimoto qui généralise pour mieux louer le bouddhisme, « fondé en Inde par le Bouddha Sakyamuni, il y a environ 2500 ans » : « Intégré au système impérial en tant qu’élément protecteur et pacificateur, il fut promu au rang de religion officielle au VIIème siècle ».

Curieusement, Hiroshi Sugimoto, apparemment féru d’histoire, oublie le judaïsme et ses contributions majeures et bénéfiques à l'humanité : « Les innombrables divinités et esprits de l’âge de pierre se synthétisèrent sous forme de dieux à l’apparence humaine, notamment les fondateurs des trois grandes religions : bouddhisme, christianisme et islam ».

Quant j’ai exprimé mon étonnement à l’attachée de presse devant le fait que cet artiste ait rédigé ce texte et ait oublié le judaïsme, je n’ai reçu aucune réponse. Sinon, un sourire à peine embarrassé.


Jusqu’au 26 janvier 2014
A la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent
5, avenue Marceau. F-75116 Paris
Tél. :  +33 1 44 31 64 00
Ouvert tous les jours sauf le lundi de 11 h à 18 h

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Cet article a été publié le 25 janvier 2014.

dimanche 13 avril 2014

« Pour que vive Israël : de l’idéologie de la mort à la civilisation de la vie : mon histoire », par Magdi Allam


Auteur du livre Pour que vive Israël au sous-titre éloquent - De l’idéologie de la mort à la civilisation de la vie : mon histoire -, Magdi Allam  est un journaliste courageux, persévérant et admirable pour Il Corriere della Sera. Cette autobiographie est la traduction en français de Vincere la paura. La mia vita contro il terrorismo islamico e l'incoscienza dell'Occidente (Vaincre la peur : ma vie contre le terrorisme islamique et l'inconscience de l'Occident) publié en 2005.
Menacé de mort par le Hamas dont il a dénoncé le terrorisme, ce quinquagénaire poursuit son combat pour exhorter les démocraties à renoncer à la « naïveté, l’ignorance et la collusion idéologique » face aux « nazi-islamistes », ainsi que pour contribuer à un « monde arabe et musulman libre et démocratique ».
Né au Caire dans une famille musulmane, Magdi Allam  dépeint l’Egypte du panarabe Nasser, ses nantis et son peuple miséreux, sa propagande et le choc de la défaite militaire de juin 1967. Un pays marqué par des traits millénaires – apport du Nil – et d’où ont fui les Juifs autochtones, 
Scolarisé dans des institutions catholiques italiennes, ce musulman découvre le judaïsme lors d’un amour de jeunesse.
Il soutient la cause palestinienne, débite ses diatribes contre Israël, soit par ignorances, soit pour servir cette cause.
Il décille devant les « manipulations auxquelles se livrent Arafat, le chef de l'OLP, alliées aux opérations sanglantes du terrorisme mondial qu'il commandite, lui font très vite prendre conscience de la faillite morale de ce combat ».
« Grâce à sa connaissance personnelle d’Arafat [qui] développa et diffusa l’idéologie de la mort », il se défait de ses « préjugés à l’égard d’Israël et acquiert la profonde conviction du caractère sacré de la vie ».
Il démonte la propagande anti-israélienne et prouve, citations à l’appui de dirigeants arabes avant et après 1948, l’inexistence historique d’un « peuple palestinien » et sa création à des fins politiques pour détruire l’Etat d’Israël.
Magdi Allam stigmatise les leaders arabes qui ont instrumentalisé les Arabes palestiniens et refusé, dès les années 1920, de reconnaître la légitimité d’un Etat juif. Tous ces leaders incitateurs à la haine et au terrorisme, il les a côtoyés, interviewés : Arafat, Barghouti, etc.
Israël constitue « la ligne de partage entre la culture de la Vie et celle de la Mort, entre la Civilisation et la Barbarie, entre le Bien et le Mal ». Cet eurodéputé est partisan de la solution des deux Etats pour résoudre le conflit.
Ce spécialiste de l’islam a épousé une catholique italienne et est père de trois enfants. Il s’est converti  au catholicisme à l’âge de 55 ans, baptisé par le pape Benoît XVI en la basilique Saint-Pierre de Rome en mars 2008. Il se prénomme Christian.

Magdi Allam, Pour que vive Israël : de l’idéologie de la mort à la civilisation de la vie : mon histoire. Traduction de Raymond Senza. Ed. du Rocher, 2008. 209 pages, 19 €. ISBN 978 2 268 06672 1
  

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Cet article avait été commandé, mais pas publié par L'Arche.

vendredi 11 avril 2014

France 2 a accepté de remettre ses rushes de l’incident al-Dura à la Cour d’appel de Paris


Dominique Baudis, ancien journaliste, est décédé le 10 avril 2014. Alors président du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel), je l'avais interrogé à l'issue d'une réunion des autorités de contrôle des médias audiovisuels à laquelle avaient été invitées notamment des délégations de l'Etat d'Israël et de l'Autorité palestinienne sur l'affaire al-Dura et la diffusion d'émissions haineuses et incitant au terrorisme. Il m'avait répondu que le représentant israélien n'avait rien dit sur ces sujets. Ancien président de l'IMA (Institut du monde arabe), il avait ouvert le 3 décembre 2007 des Assises de la coopération décentralisée franco-palestinienne anti-israéliennes.

Le 3 octobre 2007, la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris a rendu un arrêt demandant aux intimés - France 2 et son correspondant à Jérusalem, Charles Enderlin -, de lui communiquer, avant le 31 octobre 2007, les rushes filmés par le cameraman palestinien Talal Abu Rahma le 30 septembre 2000, dans la bande de Gaza. Me Bénédicte Amblard, avocate des intimés, a transmis l’accord de ses clients. Si l’affaire al-Dura a pris une dimension politique en Israël, elle est largement occultée par les médias français.


Première ou unique inflexion de la position de France 2 et de Charles Enderlin ?

C’est en tout cas contraints par la Cour d’appel, qui a accueilli la demande de l’appelant, Philippe Karsenty, directeur de l’agence de notation des médias Media-Ratings (M-R), que les deux intimés acceptent enfin de montrer publiquement ces rushes.

Et ce, afin de permettre à la Cour de déterminer si France 2 a diffusé, lors du déclenchement de l’Intifadah II, des images mises en scène et ne correspondant pas à la situation réelle au carrefour de Netzarim (bande de Gaza), à l’automne 2000. Pas moins !


Que ne s’est-il exécuté en sept ans, et notamment à l’automne 2006 lorsque Philippe Karsenty et Charles Gouze, webmaster de Desinfos.com, ont formulé cette requête devant le tribunal correctionnel de Paris !

Confusion ou lapsus révélateur du journaliste ? C’est Tsahal, et non la Cour, qui a demandé les rushes de ces deux dates. Est-ce à dire que Charles Enderlin va accéder aussi à la requête similaire de l’armée de l’Etat juif réitérée le 10 septembre 2007 ? Rien de moins sûr car il refuse de livrer ces 27 minutes de rushes à « un organisme qui serait partie prenante dans cette affaire ».

Ces rushes seront visionnés par la Cour d’appel de Paris lors de l’audience du 14 novembre prochain. Philippe Karsenty les découvrira seulement ce jour-là. Ce qui est peu satisfaisant au regard des droits de la défense.

Le visionnage des rushes « permettra de crever l'abcès, de montrer l'authenticité des images » poursuit le correspondant de France 2 qui, comme Jamal al-Dura, maintient ses déclarations initiales.

D’une manière surprenante, Jamal al-Dura a déclaré (Ynetnews.com, 2 octobre 2007) : « Les balles était israéliennes. Les tirs venaient du côté israélien et seulement de ce côté. Les balles dans mon corps et celles de mon fils venaient de face, ce qui prouve qu’elles venaient du poste israélien ». Or, le poste israélien ne se trouvait pas en face d’eux, mais du côté opposé du carrefour de Netzarim (cf. carte où les al-Dura se trouvent derrière « the barrel »).

Aucun des deux protagonistes ne semble ébranlé par les affirmations graves de Tsahal.

Une armée dont l’avis exprimé dans un courrier du 10 septembre 2007 et adressé par le colonel Shlomi Am-Shalom, adjoint du porte-parole de Tsahal, notamment à Charles Enderlin et Patrick de Carolis, président de France Télévision, est dévastateur pour les intimés :
« L’analyse de toutes les données sur le terrain, l’emplacement de la position de Tsahal, les angles de tir, l’emplacement du père et de son fils derrière un tonneau leur servant d’abri, la fréquence des tirs, les angles de pénétration des balles dans le mur placé derrière le père et le fils ainsi que le timing de l’évènement, rendaient hautement improblable que les tirs ayant soi-disant atteint le père et son fils aient pu être tirés par les soldats de Tsahal se trouvant dans cette position… Le général Samia m’a précisé que toutes ses tentatives d’obtenir les prises de vue pour compléter l’enquête ont été vouées à l’échec… Nous sommes conscients de tentatives de mises en scène médiatisées et comme un doute s’est insinué à cet égard envers ledit reportage, nous demandons [une copie complète non montée] afin de découvrir la vérité ».
D’une « mise en scène » filmée à une affaire judiciaire et politique
Des accusations graves reprises, pour la première fois par écrit, par le responsable du service de presse du gouvernement israélien (Government Press Office, GPO), Daniel Seaman.

Fin septembre 2007, celui-ci affirme à l’association israélienne d’avocats Shurat HaDin :
« Les faits ne se sont pas produits comme Charles Enderlin les a décrits car la version de ce dernier contredit les lois de la physique. Il était impossible [aux soldats israéliens] de toucher [les al-Dura] qui se cachaient… Le cameraman Talal Abu Rahma a mis en scène tout l’incident... La création du mythe Mohamed al-Dura a causé un grand préjudice à l’Etat d’Israël et enflammé le monde arabe. [Cette] accusation contemporaine de meurtre rituel (blood libel) portée contre cet Etat a causé des dizaines de morts en Israël et dans le monde ».
Daniel Seaman estime aussi que France 2 a « manqué de professionnalisme… Aucune vérification sur [la] crédibilité [des images de l’incident al-Dura] n'a été faite avant leur diffusion ».

Peut-être par crainte de s’aliéner une chaîne importante et de susciter des réactions corporatistes, les autorités publiques israéliennes ont refusé la voie judiciaire et privilégié un « traitement médiatique ». Après consultation du conseiller juridique du gouvernement Menachem Mazuz, Daniel Seaman n’a pas accédé à la demande de Shurat HaDin : il n’a pas retiré son accréditation à l’équipe de France 2.

Sur le site Internet anglophone du Premier ministre, aucun communiqué de presse ne contredit Daniel Seaman dont les déclarations suscitent des réflexions.

En qualifiant de « mise en scène » l’incident al-Dura, Daniel Seaman vise le camaraman palestinien Talal Abu Rahma, collaborateur de France 2 et CNN.

Perverse, cynique et économe, l’Autorité palestinienne (AP) réserve donc à une oligarchie l’essentiel de la manne financière internationale et ferait payer les « mises en scène » de Pallywood, son industrie de propagande audiovisuelle, par des médias occidentaux, privés et peut-être plus grave publics. Un mécanisme qui confèrerait ainsi à ces « mises en scène » un label d’impartialité et un gage d’authenticité, accroîtrait leur crédibilité, duperait les téléspectateurs et engagerait la responsabilité de ceux qui les financent et les distribuent. A la différence de films de fiction qui se présentent comme tels – La Porte du soleil (2004) de Yousry Nasrallah, Paradise now (2005) de Hany Abu-Assad –, Pallywood produit des « actualités fictives », un oxymore qui désigne ces saynètes inventées, mises en scène et jouées par les Palestiniens et présentées aux médias comme des histoires authentiques. Via des canaux mondiaux de diffusion, ces deux genres visent à ternir l’image de l’Etat juif, et sont parfois primés.

La « mise en scène » de l’incident al-Dura date d’une époque où l’AP était dirigée, notamment dans la bande de Gaza, par le Fatah, un parti qui a créé, encouragé, soutenu et promu Pallywood. Son leader actuel, Mahmoud Abbas (alias Abou Mazen), est considéré par le gouvernement Olmert, l’administration Bush et des diplomaties européennes comme « un partenaire pour la paix ». Pour parfaire son image d’interlocuteur « modéré » luttant contre le terroriste Hamas, Mahmoud Abbas a allégué, faussement, que ses forces à Bethlehem venaient de saisir deux roquettes prêtes à être lancées contre Israël à partir de la banlieue de Beit Jala et les avaient remises à Tsahal (Washington Post, 30 septembre 2007). Ces roquettes étaient en fait des tuyaux utilisés par les enfants palestiniens. Et c’est avec les fieffés menteurs de Pallywood que le gouvernement israélien veut signer un accord de paix ?!

En judiciarisant l’affaire al-Dura, France 2 et Charles Enderlin ont enclenché un mécanisme aux effets multiples, inattendus et doté d’un effet boomerang :

- désormais, c’est le fleuron du service public audiovisuel français, son correspondant et le travail de son équipe qui intéressent, non seulement le gouvernement israélien, Tsahal, des médias étrangers, des associations française et américaines, mais aussi la justice hexagonale ;

- stigmatisant la « politique de l’autruche de la diplomatie israélienne qui a induit un préjudice important à l’Etat d’Israël, aux communautés juives du monde entier », Shurat HaDin entend s’adresser à la Haute Cour de justice israélienne afin d’obtenir le retrait des accréditifs si France 2 ne reconnaît pas publiquement avoir faussement accusé l’Etat juif d’avoir tué un enfant palestinien. Cette association songe à solliciter des dommages intérêts pour les victimes de la violence induite par l’incident al-Dura. De nombreuses audiences en perspective...

- coïncidence : le jour-même où s’ouvrait le procès sur l’incident al-Dura devant la Cour d’appel devenait définitive la condamnation de Dieudonné M’Bala M’Bala pour diffamation raciale à l’égard du comédien-animateur Arthur en raison de ses déclarations à ’’The Source’’ (janvier 2004) :
’’Beaucoup de personnes dans mon métier sont juives… Arthur avec sa société de production finance de manière très active l'armée israélienne, cette même armée qui n’hésite pas à tuer des enfants palestiniens’’.
De quoi inspirer Shurat HaDin qui représente dans « des procès – en Israël, aux Etats-Unis, au Canada et en Europe - ou dans des actions légales contre l’AP, le Hamas, l’Iran, la Syrie, le Jihad islamique et l’Union européenne les centaines de victimes israéliennes du terrorisme palestinien et les Arabes palestiniens accusés de travailler pour l’Etat d’Israël et contre l’Autorité palestinienne ».

Une double « exception française » médiatique ?
Alors que des médias, israéliens ou non – Associated Press, AFP en anglais, Cyberpresse, Columbia Journalism Review, Romandie news, De Standaard, DePers, Le Soir, L’orient le jour -, et la revue de presse israélienne éditée par l’ambassade de France en Israël ont fait part des déclarations du GPO, la presse française – hormis ClubObs, L’Express, La Tribune, Actualité juive – et la newsletter de l’ambassade d’Israël en France restent étonnament silencieuses sur les derniers rebondissements de l’affaire al-Dura.

Un mutisme étrange ou un oubli peu banal. En tout cas, un symptôme inquiétant dans un pays libre : « Un journalisme malade, c’est la démocratie en danger » rappelle la Fedération europénne des journalistes (FEJ), le 27 septembre 2007.

Occultée par des médias français, l’affaire al-Dura n’est pas seulement dans l’actualité judiciaire. Elle rassemble des interrogations sur le rôle des informations, rumeurs et propagandes dans la formation des opinions publiques, au centre notamment de la 10e édition des Rendez-vous de l’Histoire à Blois (18-21 octobre). Citons l’association Yad Layeled qui y organise, le 21 octobre, à 14 h, la projection du documentaire Décryptage Une analyse des représentations du conflit israélo-palestinien de Jacques Tarnero et Philippe Bensoussan dans la salle capitulaire du Conseil général, et, de 16 h à 17 h 30, la table-ronde « La guerre moderne et l’information » dans l’amphi 3 de l’antenne universitaire de Blois, place Jean Jaurès.

Comme si le refoulé parvenait à affleurer. Malgré tout…

Ces rebondissements dans l’affaire al-Dura surgissent alors que diverses instances insistent sur les devoirs des médias et que la singularité de l’attitude de France 2 apparaît avec plus de relief.

D’une part, le 26 septembre et le 1er octobre 2007, le Comité des Ministres du Conseil de l’Europe adoptait des Lignes directrices sur la protection de la liberté d’expression et d’information en temps de crise : ces lignes directrices soulignent les « responsabilités des professionnels des médias qu'elles invitent à respecter les plus hautes règles éthiques et professionnelles, eu égard à la responsabilité qu'ils ont, dans des situations de crise, de rendre publiques des informations factuelles et exhaustives ».

Thomas Hammarberg, commissaire aux droits de l'Homme dudit Conseil, précisait :
« Les rédacteurs en chef et autres représentants des médias devraient se montrer attentifs aux critiques formulées au sujet de la qualité de certains de leurs articles ou reportages… Les médias « officiels » doivent exercer leur activité de manière impartiale et dans l’intérêt de l’ensemble de la population. Il convient, bien entendu, que les médias de « service public » ne deviennent pas les instruments d’une propagande. Leur indépendance et leur impartialité revêtent une importance capitale ».
D’autre part, lors de la guerre d’Israël contre le Hezbollah, le 7 août 2006, Reuters a retiré 920 clichés de son photographe depuis plus de dix ans, Adnan Hajj, car celui-ci avait « modifié » numériquement deux photos. Et ce, sans attendre une décision de justice… En étant convaincu par les arguments de simples internautes, de bloggers.

Le 29 septembre 2007, The Jerusalem Post publiait l’article de Khaled Abu Toameh, journaliste réputé, sur un « scoop » confié par le Fatah basé à Ramallah : une Palestinienne de 16 ans aurait été victime en juillet 2007 dans la bande de Gaza d’un crime dit « d’honneur » filmé. Ce qui pouvait être vérifié auprès « deux témoins oculaires ». Alerté par des bloggers que ledit film avait été réalisé en Iraq en avril 2007, ce quotidien retirait dès le lendemain de son site Internet l’article incriminé, publiait les excuses de son journaliste et rétablissait la vérité : pour discréditer le Hamas et se présenter comme le seul interlocuteur « fréquentable », le Fatah avait manipulé Khaled Abu Toameh ; les faux témoins étaient d’anciens officiers de la sécurité du Fatah. Des rectificatifs tout à l’honneur de ce média israélien.

France 2 a été alertée par plusieurs personnalités, dont trois journalistes émérites – Denis Jeambar, Daniel Leconte, Luc Rozensweig - ayant visionné les rushes du 30 septembre 2000. Les deux premiers attestent :
«  Les Palestiniens « jouent » à la guerre avec les Israéliens et simulent, dans la plupart des cas, des blessures imaginaires… Au moment où Charles Enderlin donne le gamin pour mort, tué par les Israéliens, c'est-à-dire le soir même sur le journal de France 2, rien ne lui permet d'affirmer qu'il est vraiment mort et encore moins qu'il a été tué par des soldats israéliens » (Le Figaro, 25 janvier 2005).
Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2, a admis une incertitude quant à l’origine des tirs ayant « tué le petit Mohamed ».

Que fera cette chaîne-phare du service public si l’arrêt de la Cour d’appel de Paris ne conclut pas comme elle l’espère ?

Ironie de la vie, les 2 et 3 octobre 2007, veille et jour de l’arrêt de ladite Cour, France 2 diffusait le téléfilm Notable donc coupable de Francis Girod. L’histoire d’une rumeur infondée ayant diffamé en 2003 le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), Dominique Baudis. A celui-ci qui lui demandait de reconnaître publiquement son erreur, Florence Bouquillat, journaliste de France 2, répliquait : « On ne fait jamais ça à la télévision, voyons ! »


Visuels de haut en bas
L’entrée de la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris.

« Mohamed al-Dura » présumé mort.

Carte du carrefour de Netzarim, lieu de l'incident al-Dura. © Véronique Chemla, Richard Landes, IDF.

Pallywood, selon des sources palestiniennes… © Richard Landes

Logo du Fatah

Logo de France 2

Couverture de la brochure du centre d’information du département des Affaires étrangères au sein du ministère israélien de l’Education et du KKL La douleur et la colère, le terrorisme palestinien vise les enfants d’Israël (The Outrage and the Pain, Target: Israeli Children, Scores of Israeli Children Have Been Deliberately Murdered by Palestinian Terrorists) (janvier 2003)
A lire sur ce blog :
Articles in English
Cet article a été publié sur Guysen, puis sur ce blog le 19 août 2010.


Depuis le printemps 2010, mes centaines d’articles publiés par Guysen de 2002 à 2009, sauf un, ont disparu de son site Internet. Parmi ces très nombreux articles, les éditoriaux écrits avec Guy Senbel, alors rédacteur en chef de Guysen. Interrogé, Guysen ne m’a donné aucune explication. Je publie ces articles sur mon blog.


jeudi 10 avril 2014

Le monde d'Albert Kahn. La fin d'une époque


La chaîne Histoire diffusera les 10 et 13 avril 2014 l'épisode la série documentaire Le monde d'Albert Kahn (The Wonderful World of Albert Kahn) de David Okuefuna  consacré notamment aux Balkans, et intitulé La fin d’une époque. Un montage à partir des « archives de la Planète » constituées essentiellement dans le premier tiers du XXe siècle par Albert Kahn (1860-1940), financier et philanthrope français Juif. Des images souvent inédites.


Coproduite par la BBC et le musée Albert-Kahn en 2007, cette série présente par thèmes géographiques des montages d’images, fixes et animées, extraites des « archives de la Planète » constituées par Albert Kahn (1860-1940) à la fin du XIXe siècle et lors des trois premières décennies du XXe siècle.

Les «archives de la Planète »
De 1898 à 1931, Abraham, dit Albert, Kahn (1860-1940), Français Juif banquier et philanthrope, œuvre à « l’établissement de la paix universelle » et constitue les « archives de la Planète » afin de conserver les traces visuelles – en autochromes couleurs et en films noir et blanc – des vies quotidiennes des hommes sur tous les continents. Ces autochromes constituent le premier procédé de films photographique en couleurs breveté par les frères Lumière en 1903.

Pour ce faire, Albert Kahn constitue une équipe d’une douzaine d’opérateurs – photographes ou/et cinéastes - qui arpentent des contrées lointaines.

Balkans, Suède, Norvège… Né à Bordeaux, Auguste Abraham Isaac Leon (1857-1942) voyage pour constituer les « Archives de la planète ». Puis, à Boulogne, il gère le laboratoire de ces Archives, conseille les opérateurs et photographie les invités de ce visionnaire.

Le krach boursier de 1929 ruine Albert Kahn, sexagénaire, et met un terme à cette collection.

Les « archives de la Planète », témoignages visuels exceptionnels, sont déposées au musée Albert-Kahn, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Elles font l’objet d’expositions et sont publiées dans de beaux livres.

Coproduite par la BBC et le musée Albert-Kahn en 2007, réalisée par David Okuefuna, la série Le monde d’Albert Kahn est régulièrement diffusée par Arte (2009) et Histoire. L’occasion de (re)découvrir des images rares de mondes disparus.

En 2003, le musée Albert-Kahn a présenté l’exposition La Macédoine en 1913. Autochromes de la collection du musée Albert-Kahn.

Guerres balkaniques
Voulant s’extraire de l’Empire ottoman et acquérir leur indépendance, la Bulgarie, la Grèce et la Serbie, déclarent la guerre à cet Empire en 1912.

Ce conflit s’achève par la victoire sur l’armée turque.

Les vainqueurs se partagent la Macédoine.

Or la Serbie occupe la partie destinée aux Bulgares, dont Bitola, ancienne métropole de l’Empire ottoman qui récupère son nom slave.

Mécontente de ce partage qui lui concède des territoires jugés exigus, la Bulgarie déclare en 1913 la guerre à la Grèce et à la Serbie. Celles-ci remportent une victoire et obtiennent la reconnaissance des frontières du premier conflit.

La Macédoine se retrouve divisée en quatre : la Grèce obtient le sud, la Serbie le territoire de la république macédonienne contemporaine, la Bulgarie une région aux confins orientaux et l’Albanie de petits territoires situés à l'ouest. Chaque État va assimiler les populations locales, parfois par la contrainte, et souvent en interdisant l'usage public des langues macédoniennes.

En mai 1913, Albert Kahn envoie le géographe Jean Brunhes et le photographe Auguste Léon pour montrer la vie quotidienne en Macédoine - artisans spécialisés dans le travail de la peausserie, paysannes, commerçants, militaires de l’armée serbe, etc. - et des églises transformées en mosquées.

A Bitola (Monastir ou Manastır, au sud-ouest de la Macédoine), nous découvrons une famille du « Jaudihanata (« quartier Juif » en turc), des femmes séfarades et un Juif, un chef de la confrérie Heva Nadich qui assure l’enterrement des défunts pauvres ou dépourvus de famille, tous deux en costumes traditionnels, l’intérieur de la synagogue II Kar Aragon, construite vers la seconde moitié du XVIe siècle et détruite pendant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que les cimetières Juifs.

Tout un monde bouleversé par la Première Guerre mondiale.

« La Macédoine en 1913 ». Ed. Musée départemental Albert Kahn et Musée de la Ville de Skopje, 2001

Sur Histoire : 9, 14, 20 et 27 février 2013 ; 31 janvier et 6 février 2014


Visuels :
Albert Kahn sur le balcon de son bureau. Paris, 102 rue de Richelieu, vers 1928.
Photographe Paul Ducelier (Inv I 135 X). 

Un juif sépharade, chef de la confrérie Heva Nadich, 17 mai 1913
© Musée Albert Kahn - Département des Hauts de Seine

 
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Cet article a été publié les 7 février 2013, puis 29 janvier 2014.

jeudi 3 avril 2014

Interview de Mohammed S. Dajani Daoudi, président fondateur de Wasatia


Mohammed S. Dajani Daoudi est professeur de Sciences politiques et directeur de l’Institut d’études américaines à l’université al-Qods à Jérusalem. Il a fondé Wasatia, un mouvement-parti en mars 2007. Au nom de l’islam, il récuse la haine et la violence, prône la paix négociée avec l’Etat d’Israël et une « Palestine » démocratique. En mars 2014, il a amené, dans une perspective doloriste, 30 étudiants Arabes palestiniens des universités de Al-Quds et  Bir Zeit à Auschwitz. Ce qui a suscité une polémique. Ces étudiants de l'université Al-Quds participent à un programme commun avec l'université Friedrich Schiller de Jena (Allemagne) et l'université Ben-Gourion dans le Néguev, et dont le thème est la réconciliation et la résolution de conflits. La "semaine dernière, un groupe d'étudiants israéliens a visité le camp de réfugiés de Dheisheh, situé au sud de Bethlehem afin d'apprendre sur la souffrance palestinienne lors de la fondation de l'Etat d'Israël en 1948 ­(Nakba, “catastrophe”)". Selon Dajani, la Shoah et la Nakba ont été choisis comme des "évènements symboliques qui ont profondément affectés la psyché des deux parties au conflit".


Quel a été votre parcours ?
Je suis né dans une famille musulmane de la haute bourgeoisie hiérosolymite.

A l’école des Quakers à Ramallah, on m’a enseigné la tolérance et la coexistence.

En juin 1967, étudiant à l’université américaine à Beyrouth, j’étais guidé par l’idée « C’est nous ou eux ». J’ai rejoint des mouvements radicaux ; je soutenais la lutte armée et la résistance militaire.

En 1972, j’ai obtenu un BA en Communication de masse.

Vivre pendant dix ans dans la société démocratique américaine m’a aidé à développer ma pensée. J’ai une maîtrise de l’Université Eastern Michigan à Ypsilanti (Michigan, 1976), et deux doctorats des universités de South Carolina (1981) et du Texas à Austin (1983).

Quels évènements vont ont fait évoluer ?
Ce sont deux expériences personnelles.

En 1993, mon père a eu un cancer. De retour à Jérusalem - pour la première fois depuis 1967 - grâce à une autorisation de réunion familiale, j’ai vu les médecins de l’hôpital israélien Ein Karem le traiter comme un patient, et non comme un Arabe. Ceci m’a aidé à voir le visage humain de mon ennemi et devenir un militant de la paix partisan du « Nous et eux ».

Après une soirée familiale à Tel-Aviv, sur le chemin du retour, ma mère a eu une crise d’asthme et a perdu connaissance. Je m’attendais à ce que la sécurité de l’aéroport Ben Gourion nous repoussât car nous étions Arabes. Après plus de deux heures d’efforts, une équipe médicale israélienne a ranimé ma mère qui est morte dans l’ambulance la menant à l’hôpital.

Pourquoi avoir créé Wasatia ?
Lors du Ramadan 2006, j’ai vu des centaines de Palestiniens tenter de passer le poste-frontière de Ram pour prier à Jérusalem, au Haram esh Sherif (Nda : en arabe, le noble sanctuaire, et en hébreu Har Habayit, mont du Temple). L’armée israélienne a fourni des bus pour les y mener et pris leur carte d’identité. Elle leur a rendu ces cartes à leur retour. Cela m’a fait réfléchir : « Ces gens religieux auraient pu utiliser la violence, et ont opté pour un compromis pacifique en autorisant le passage ».

Nous sommes inquiets par les effets sur la communauté palestinienne de décennies d’occupation, de mauvaise gouvernance, de corruption. La situation s’est détériorée, les gens sont de plus en plus désespérés, et cela risque de pousser certains vers la radicalisation.

Des politiques instrumentalisent la religion. Les gens ont été exposés au radicalisme religieux. Les masses ignorent ce qu’est un hadith.

Wasatia a été lancé le 21 mars 2007 car il appelle à régénérer la graine de la paix qui dort encodée dans l’esprit.

Wasatia est un terme du Coran qui signifie la « voie médiane, modérée, modération ». Nous mettons en avant que ces trois religions ont des valeurs communes - tolérance, paix, charité, réconciliation - et la modération. Et ce, pour montrer aux musulmans que le judaïsme n’est pas l’ennemi. L’ennemi, c’est l’extrémisme. Il y a des extrémistes des deux côtés.

Wasatia fait partie du dialogue historique qui a débuté il y a longtemps pour combler le fossé entre la civilisation fondée sur la Bible et la Torah et celle fondée sur le Coran.

Wasatia vise à construire une société démocratique et tolérante, l’Etat de droit, une gouvernance réformée, l’éducation à la paix, l’octroi de droits aux femmes, la modération religieuse et politique, la prise d’initiatives pour créer des opportunités économiques. La charité et le volontarisme, c’est l’islam. En se fondant sur le Coran, Wasatia prône la liberté de religion et d’expression, la justice, l’égalité des droits, le pluralisme, la tolérance, le dialogue, le respect des droits civils et humains, l’acceptation de l’autre.

Quelles actions avez-vous menées ?
Nous encourageons la publication d’articles insistant sur ces valeurs. Nous organisons aussi des conférences et ateliers d’éducation culturelle à la tolérance pour des leaders religieux et des juges islamiques. Nous avons publié deux livres en anglais et quatre en arabe que nous avons distribués gratuitement pour promouvoir la culture de Wasatia dans et hors de la communauté palestinienne.

Nous travaillons en partenariat avec la fondation Konrad Adenauer.

Nous voyons comment on peut aider les Palestiniens à mieux connaître l’islam et appliquer ses bonnes valeurs dans leur vie quotidienne. Historiquement, il y a beaucoup de nuances d’islam. La majorité des musulmans adhèrent à la modération, au centrisme.

Nous avons organisé en novembre 2009 une conférence interreligieuse à Jérusalem sur les récits judéo-christiano-musulmans concernant Jérusalem.

En 2010, Wasatia a participé à des conférences internationales religieuses et a organisé des réunions avec des dirigeants juifs et chrétiens pour expliquer le concept de Wasatia en islam.

Etes-vous satisfait du développement de Wasatia ?
Oui. Wasatia a été agréée officiellement par l’Autorité palestinienne en tant qu’initiative musulmane modérée promouvant la coexistence, la paix et la tolérance.

Wasatia touche des leaders religieux, (ex-)prisonniers, femmes, jeunes, etc. En général, les gens l’accueillent bien. Cependant, certains la critiquent en disant : « C’est un message américain ».

Nous avons eu également une bonne couverture locale médiatique.

Cependant, les hackers, qui visent nos deux sites Internet, représentent un problème.

Quid du Coran ?
Le Coran est un texte sacré et immuable. Mais on peut l’interpréter. L’interprétation d’un verset varie selon les individus. Le jihad a deux significations : la guerre et le jihad intérieur pour réaliser la paix.

Le message du Coran est la paix. L’islam véhicule un message de tolérance, prône la coexistence avec les autres religions. Nous montrons que le Coran n’attaque pas le judaïsme, mais le comportement de certains juifs. Et nous critiquons aussi des musulmans.

Il y a beaucoup de liberté dans l’islam.

Un hadith dit que pour hâter la venue du Jugement dernier, les musulmans doivent tuer les Juifs, même ceux se cachant derrière une pierre ou un arbre (1)…
Il n’y a pas de versets antisémites dans le Coran. Comment les Arabes peuvent-ils être antisémites alors qu’ils sont sémites ?

L’islam révère et respecte tous les prophètes bibliques d’Abraham au Christ.

Le Coran estime que le musulman complète sa foi en croyant en toutes les religions célestes (judaïsme et chrétienté), leurs prophètes et leurs saints Livres. [Mohammed S. Dajani Daoudi cite des versets] Il mentionne favorablement le judaïsme : « Enfants de Jérusalem, souvenez-vous de la bénédiction que Je vous ai accordée » (sourate de la vache, verse 122).

Le dilemme essentiel entre la communauté occidentale et l’oumma se trouve dans la communication. Par exemple, l’Occident s’adresse au monde islamique en utilisant ses termes et concepts : démocratie, parlementarisme, etc.

Quelle est votre position sur le conflit au Proche-Orient ?
Wasatia adhère à une plate-forme morale qui place la justice, les droits et la paix parmi les premières priorités. Chaque partie au conflit a des torts et mérite la reconnaissance mutuelle, la légitimité et des compromis. La créativité et l’imagination jouent un grand rôle en amenant les belligérants au pardon et à la réconciliation.

J’appelle à un règlement négocié du conflit israélo-palestinien et rejette la violence et le terrorisme. Wasatia est le premier parti religieux islamique à prôner ce règlement pacifique.

Wasatia fait une différence entre les « droits des réfugiés » sacrés et le « droit au retour » à négocier avec Israël dans l’accord final.

A Jérusalem, les lieux sacrés des musulmans, chrétiens et juifs sont situés à l’intérieur des murs de la Vieille ville divisée en quatre quartiers : chrétien, musulman, juif et arménien. Jérusalem serait déclarée une ville sainte ouverte sous la souveraineté de D. et chaque religion aurait le contrôle de son quartier.

Quels sont vos projets ?
Nous allons organiser la 5e conférence annuelle de Wasatia à Ramallah, Palestine, le 21 mars 2010, mener des ateliers et séminaires pour promouvoir le concept de Wasatia parmi les Palestiniens, publier des livres sur Wasatia en arabe et en anglais, et continuer nos ateliers éducatifs en Palestine.

Le problème, c’est que la jeunesse palestinienne grandit en croyant que seule la formule gagnant-perdant résout conflit ou différends, et que musulmans, chrétiens et juifs ne peuvent coexister. Aussi, les manuels scolaires et l’enseignement palestiniens doivent être révisés pour promouvoir la modération religieuse, l’acceptation de l’autre, la tolérance et la coexistence.

Enfin, nous allons collecter des fonds pour couvrir nos dépenses, ouvrir des bureaux dans différentes villes palestiniennes et recruter du personnel.


(1) Sahih Muslim, Livre 40, n° 6985

Wasatia sur Internet :
http://www.wasatia.info/
http://www.bigdreamsmallhope.com/
Wasatia group sur Facebook
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Cet article a été publié dans le n° 633 de février 2011 de L'Arche, et sur ce blog le 23 février 2011.