mardi 25 février 2014

Interview de Guershon Nduwa, président de la Fraternité judéo-noire, sur le dîner-débat du 9 janvier 2011

 
Le documentaire Etre Juif et Noir en France de Annick N'Guessan sera diffusé ce 25 février 2014 à Paris.

Présentez-nous la Fraternité judéo-noire (FJN)…

Créée en 2007, la FJN regroupe des Juifs, Blancs et Noirs. Ensemble, nous agissons contre l’antisémitisme et pour la défense d’Israël. Nous avons ainsi organisé un rassemblement à Paris en soutien à l’otage franco-israélien Guilad Shalit.

Les Juifs Noirs sont généralement évalués à moins de 5% de l’ensemble des Juifs de France soit 250 familles en région parisienne selon la journaliste Olivia Cattan.

Ce sont des Juifs par filiation ou par conversion.
Cette population juive est composée essentiellement de Français, dont ceux d’Outre-mer, et de Juifs étrangers de souche non européenne, dont les migrants sub-sahariens ainsi que leurs descendants nés dans l’hexagone et des Juifs israéliens.

Elle révèle des Juifs venant d’autres univers, qui ne sont ni Ashkénazes, ni Sépharades (1).

Elle est très hétérogène, mais unie par son Judaïsme, par son souci de l’unité du peuple Juif et son attachement à l’Etat d’Israël.

Elle aspire à une plus grande reconnaissance en France.

La FJN est aussi représentée dans les continents européen, américain et africain.

Nous venons d’établir un partenariat avec une communauté juive de Kampala (Ouganda). Celle-ci fabrique des modèles de kippot qui peuvent être customisées, personnalisées soit par le logo de la FJN, soit par le prénom et le nom d’un bar-mitsva (Nda : âgé de 13 ans, le bar-mitsva atteint sa majorité religieuse), d’une bat-mitsva (Nda : âgée de 12 ans, la bat-mitsva atteint sa majorité religieuse) ou d’un marié. Nous les vendons au prix de 5 euros par kippa. Une partie du produit de la vente va à nos coreligionnaires ougandais, et l’autre finance nos activités.

Comment les Juifs Noirs sont-ils perçus en France, par les communautés Juives et Noires ?

Nous sommes en quelque sorte un pont entre les communautés Juive et Noire en France.

Une des contributions majeures de FJN est de rendre possible une meilleure articulation des luttes contre l’antisémitisme et contre le racisme.

La FJN instaure aussi un lien de discussions, concertations sur des préoccupations qui demandent à être partagées ou sur des points de vue relatifs à des questions d’intérêt public. Ce qui fait que nos deux peuples comprennent notre message.

Vous avez organisé un dîner-débat cacher le 9 janvier 2011 à Paris…

Cette manifestation s’inscrit dans la mission et les objectifs de notre association.

En effet, nous entendons ainsi inaugurer une forme d’activité à vocation éducative, plus conviviale, à l’instar d’autres activités que nous avons organisées depuis la création de FJN, tel notre premier colloque le 6 juillet 2008.

Nous avons choisi comme thème de cette première soirée à l’aube de cette nouvelle année : la contribution exemplaire des Juifs et du judaïsme à la promotion de la diversité aux États-Unis.

Nous avons l'honneur que des experts éminents aient accepté notre invitation : le professeur Edward Kaplan, notre premier invité d’honneur, introduira le sujet. Sont conviés comme intervenants : le professeur Laurence Mordekhai Thomas (Université Syracuse, États-Unis), le professeur Elikia M’Bokolo (École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris) et le professeur Shmuel Trigano (Paris X-Nanterre).

Nos orateurs et nos convives dialogueront sur la manière dont les Juifs américains ont fait avancer une cause d’intérêt public nationale, primordiale dans ce pays, celle des droits civiques pour les Noirs américains (civil rights movement).


Comment s'est déroulée l'année 2011 pour la FJN ?

Depuis un an, la FJN est passée à une étape superieure. Après les phases d'information et d'installation aux niveaux national et international, nous sommes dans la phase d'actions qui légitiment notre présence avec la venue du député israélien Shlomo Molla comme président honoraire de la FJN et aussi de LizBen Agha (coordinatrice de la communauté juive nigériane) comme vice-présidente honoraire.

Notre lien avec l'Etat d'Israël s'est renforcé par des actions concertées.

Nous sommes des interlocuteurs valables pour la question juive noire. Nous prévoyons des voyages pour rencontrer des personnalités réligieuses et politiques en Israël dans les prochains mois





Dans une ambiance conviviable, nous organisons notre 2e diner-débat, à vocation aussi éducative, en partenariat avec la Maison de la diaspora haïtienne, sur le thème : L’identité Juive, l’identité d’un peuple

L'invité d’honneur en est le professeur Ephraim Isaac, doyen de l’université de Harvard, chef du Département d’études africaines et afro-américaines et chef du Département des langues sémites dans cette prestigieuse université américaine.

Sont aussi conviés comme principaux intervenants Georges Loinger, doyen des résistants Juifs de France, le professeur Elikia M’Bokolo, le grand-rabbin de Johannesbourg (Afrique du Sud), et Angie Brooks, conférencière et Education conseillère en éducation à la Kana Foundation.(Londres).




Addendum :
Laurence Mordekhai Thomas n'a pu assister à ce dîner-débat en 2011.
Extraits vidéo et photos de ce diner en 2011 sur le site de la FJN
Lors du diner du 8 janvier 2012, Guershon Nduwa s'est vu remettre un exemplaire de la nouvelle édition du Siddour Kol Hanechama. La prédédente édition de ce livre en 2003, qui n'est plus commercialisée, "présentait ainsi la bénédiction méchané habriot que l’on doit réciter soi-disant  : "En voyant un Noir, une personne dont le physique est anormal de naissance ou bien en voyant un éléphant ou un singe". La nouvelle édition ne contient pas cette phrase blessante.


(1) Lors de la conférence du 9 janvier 2011, le professeur Shmuel Trigano a indiqué que les Juifs Noirs étaient des Juifs sépharades : la distinction Ashkénazes/Sépharades est liée à une application de la Halakha (loi juive) généralement plus rigoureuse par les Juifs Ashkénazes.

Vidéo de la FJN lors du rassemblement à la mémoire de Sébastien Selam en novembre 2012.


Diner de la FJN
Le 8 janvier 2012 à 18 h
4, rue Lamartine, 75009 Paris
Menu cacher beth din de Paris (20 euros)
Inscription et pré-paiement obligatoires : contact@fjn-123.fr, 0977612899 (ligne fixe) ou 0667699267

Le 9 janvier 2011
8, rue Georges Bernard Shaw, 75015 Paris. Entrée rue Dessaix, côté de la Poste
De 19 h à 22 h
Inscription obligatoire : contact@fjn-123.fr
Buffet dinatoire cacher Beth Din de Paris
Entrée, payable sur place : 5 € ou plus

Articles sur ce blog concernant :


Article publié le 3 janvier 2011, puis le 29 janvier 2013 à l'approche de la conférence de Guershon Nduwa sur les Juifs africains au sud Sahara, le 30 janvier 2013, à 16 h 15, au 19, rue du Pont-aux-Choux 75003 Paris. Il a été modifié le 16 janvier 2012.

jeudi 6 février 2014

Thomas Gleb (1912-1991), peintre et sculpteur



Le Musée d'art moderne de la Ville de Paris (MAM) présente l'exposition Decorum avec des œuvres notamment de Thomas Gleb. Pour le centenaire de sa naissance, trois hommages ont été rendus au peintre et sculpteur Juif Yehouda Chaïm Kalman, dit Thomas Gleb (1912-1991) par le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme - Autour des douze tribus d’Israël –, par le Musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contemporaine à Angers Sacré blanc ! et par le musée du Hiéron En signe de vie : Georges Jeanclos, Thomas Gleb et Max Wechsler. Peintre, sculpteur, il s’intéresse à la tapisserie vers 1960, innove par l’usage du blanc dans une œuvre marquée par la spiritualité, le sacré.
 

« J'appris la Torah- J'appris les Dix Commandements qui devinrent, après cinquante ans de gestation, une source d'inspiration : Tu y trouveras des traces de mes sentiers qui mènent à la source, à un commencement », se souvenait Thomas Gleb. 

Œuvre tissée
Yehouda Chaïm Kalman est né en 1912 à Lodz, en Pologne, dans une famille de tisserands.

Dès 1917, il fréquente le heder (חדר, « chambre »), école élémentaire où il apprend l’hébreu et le judaïsme.

Après avoir été graveur de tampons, vendeur d’eau et de pains, il exerce dès 1927 le métier de tisserand. Il se passionne pour la peinture, et devient l’élève du peintre Jozef Mitler.

En 1929, à l’atelier Start à Łódź, il dessine des modèles d’après nature, se familiarise avec la peinture à l’huile.

En 1932, il s’installe à Paris, gagne sa vie en retouchant des portraits photographiques, décorant des soldats de plomb, etc. Il adopte comme nom d’artiste, Thomas Gleb.

En 1935, il organise sa première exposition, avec le photographe Wladyslaw Sławny, dans son atelier parisien. Il part à Amsterdam voir une exposition sur Rembrandt, réalise des décors et costumes de théâtre après sa rencontre avec le metteur en scène Fernand Piette à Bruxelles.

A Paris, il réalise 17 décors pour le théâtre, et participe au Salon d’Automne en 1938.

En 1939, il épouse à Paris Malka Tetelbaum, dite Maria, rencontrée en 1935. lors de la Seconde Guerre mondiale, et s’engage dans l’armée française parmi les volontaires étrangers. Son atelier est pillé par les Allemands.

Démobilisé en 1940, Thomas Gleb poursuit son combat dans le groupe de résistance Juive « Solidarité » et illustre des tracts.

En 1943, il se réfugie à Grenoble avec son épouse et leur fille Yolanda née en 1941. Il expose à la galerie Répellin sous son nom de résistant, Raymond Thomas. Il fait la connaissance de Farcy, conservateur de musée, et d’Emile Gilioli, sculptuer.

En 1944, arrêté par la Gestapo, il est déporté en Allemagne. Il s’échappe du train le menant en Allemagne et se cache dans les Vosges jusqu’à la Libération. Son atelier à Grenoble est pillé. Restée en Pologne, sa famille meurt dans le ghetto de Łódź.

En 1945, nait Jean, fils de Thomas Gleb. Primé, celui-ci rencontre Fernand Léger en 1949, le poète François Dodat, Jean Cassou.

En 1950, Thomas Gleb se fixe à Varsovie. Là, il se distingue comme une figure majeure de la scène artistique polonaise. Sa fille Yolanda décède accidentellement. Thomas Gleb crée en une veine artistique réaliste : Cycle du Coq (1950-1955), Cycle du cirque jusqu’en 1957.

En 1957, fuyant le raidissement du régime communiste, Thomas Gleb retourne en France, et participe à l’exposition Dessins des artistes juifs contemporains au Musée d’Art juif de Paris. Il rencontre Chagall, et se lie d’amitié avec Waldemar Georges et Kahnweiler. Il expose à la Biennale de Paris.

Il s’intéresse alors aux douze tribus d’Israël, réunit la documentation sur ce thème et débute, de 1958 à 1959, des peintures sur ce sujet biblique.

Fondateur du Musée national d’art moderne, Jean Cassou remarque ces œuvres picturales exposées en 1959, et y « voit des cartons pour des tapisseries. Avant d’exécuter une tapisserie, l’artiste crée un carton, qui est l'ébauche en dimensions réelles de la future tapisserie. Ce support donne des indications précises aux liciers qui réalisent la tapisserie ».

Jean Cassou s’active pour que Thomas Gleb obtienne une bourse et un séjour au centre culturel de l’abbaye de Royaumont. Ainsi débute l’œuvre tissée de cet artiste.

L’État lui « commande alors un carton de tapisserie sur le thème des douze tribus d’Israël ». Thomas Gleb « réalisera plusieurs cartons par tribu mais seuls quatre seront tissés : Joseph ou la résistance du roc, Lévi, Tribu Benjamin et une autre version de Benjamin (tissée par l’atelier d’Yvette Cauquil Prince, atelier du Marais à Paris en 1967) ».

En 1963, il expose à Tel Aviv (Israël), aux Pays-Bas, en Suède, aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, en Yougoslavie…

En 1965 Pierre Carton, qui dirige l’atelier de tapisseries de l’école des Beaux-Arts, propose à ses élèves de tisser d’après des maquettes de Gleb.

Thomas Gleb « fréquente les ateliers de tissage des manufactures nationales où il rencontre le lissier Pierre Daquin avec lequel il engage une collaboration et une réflexion sur un nouveau langage pour la tapisserie (ce qui deviendra le mouvement international de la « Nouvelle tapisserie ») ». Il collabore avec l’atelier de Saint-Cyr : Pierre Daquin et Thomas Gleb crée les tapisseries Blanc sur Blanc. Ils collaborent aussi pour le cycle sur Les Tables de la Loi, qui associe papiers déchirés, toiles et dessins. Pierre Daquin « va consacrer son talent de licier interprète au service de l’œuvre de Gleb et mettre au point un véritable langage technique et plastique. On peut admirer le magnifique rythme des points simples, doubles ou triples qui traduisent l’épaisseur de la matière peinte, mais aussi augmentent l’impression de « révélation » des grandes fentes noires verticales ».

L’artiste continue son travail sur les douze tribus d’Israël pendant les années 1960 et réalise plusieurs œuvres sur papier dont le MAHJ montre une sélection.

Dès 1966, Thomas Gleb « entame un travail d’interprétation tissée de son œuvre avec l’atelier de l’école des Beaux-arts d’Angers, puis avec l’Atelier de Tapisseries d’Angers (ATA). Les liens se renouent avec cette ville, lorsqu’en 1987 une grande exposition monographique lui est consacrée au musée Jean Lurçat ».

En 1970, l’architecte Jean Willerval lui commande La Joie, tapisserie pour le siège social de la société Pernod Ricard (Créteil).

« Autour des années 70 Thomas Gleb développe le tissage de ses tapisseries blanches, la première connue est Shabatt (1969) et présente déjà toute la dynamique de ses futurs tissages avec une matière et une technique assurée qui le place au premier rang des artistes qui produisent des tapisseries sans les tisser… Jusqu’à aujourd’hui, dans la tapisserie, il est l’un des très rares artistes où ses tissages, en chaîne apparente ou en double contexture, sont d’une justesse incontestable, ce n’est pas qu’un procédé c’est une nécessité, la fonction vitale du plasticien qui unie le sens et la forme », écrit Yves Sabourin, commissaire de l’exposition au musée d’Anger, inspecteur de la création artistique au ministère de la Culture.

Thomas Gleb participe aux expositions organisées par le ministère des Affaires étrangères en Afrique, au Moyen-Orient – Arabie saoudite, Surie, Jordanie, Koweit, Emirats arabes unis, Turquie – et au Pakistan. Il est distingué par le Grand Prix national de tapisserie.

En 1989, Thomas Gleb s’installe avec sa femme Maria à Angers, invités par la municipalité à laquelle il donne en 1990 une trentaine de ses œuvres tissées et sculptées. Il y meurt en 1991.

Le Musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contemporaine consacre plusieurs salles d’expositions permanentes à une rétrospective de cet artiste, à la suite des dons de Jean Kalman, fils de l’artiste, d’archives, de dessins, peintures, sculptures, carton de tapisserie, céramique, etc. de son père.

En 2012, ce musée lui rend hommage en exposant ses œuvres et celle d’une cinquantaine d’artistes sur le thème du blanc et du sacré. Une partie de ce dialogue entre œuvres passées et contemporaines a aussi été présenté au Passage de Retz (21 mars-29 avril 2012).

Le « blanc comme moyen d’expression dans le textile, est la « matière colorée » qui permet de donner à l’œuvre tissée de Thomas Gleb cette forme d’intemporalité qui s’unit dans la tradition mais aussi dans la modernité avec beaucoup d’aisance. Le sacré et l’Homme s’unissent au blanc pour exprimer non pas la neutralité ou le vide, mais au contraire, l’autonomie et la liberté. Le questionnement des plasticiens invités s’inscrit dans le même espace de création, celui d’une forme de pureté où le blanc n’est pas monochrome. Certaines pièces de l’exposition nous rappellent cependant que le blanc se tâche parfois du rouge de la violence humaine…  Modernité par la couleur mais aussi par la variété des supports utilisés : la broderie, la céramique, la dentelle, le dessin, l’installation, l’ornement, la photo, la peinture, la sculpture, la tapisserie, le tissage et le vêtement ».

Le musée du Hiéron montre, « dans la salle Sous le signe de la croix, Le Signe de Thomas Gleb. Cette œuvre monumentale – une grande croix incisée dans le mur en forme de Y –, fut réalisée en 1979 pour l’ancien Carmel de Niort… Dans ce lieu de prière datant du XIXe siècle, Gleb propose d’intervenir sur l’autel, de placer entre la sacristie et la chapelle une porte transparente destinée à recevoir le tabernacle dans laquelle il insère des éléments sculptés formant les lettres du nom de Yahvé. Il pose, à proximité, une croix d'une hauteur de 3,70 mètres en forme de Y – de l’initiale du nom de Dieu, Yahvé, et du nom du Christ, Yeshoua, Jésus – incisée dans le mur et badigeonnée de couleur rouge sang comme une blessure. Cette œuvre fut perçue par l’une des moniales comme une “œuvre de réconciliation“ ouvrant un espace de dialogue entre judaïsme et christianisme ». En 2010, à l’initiative de sa conservatrice Dominique Dendraël, le musée du Hiéron et la Ville de Paray-le-Monial ont sauvegardé cette œuvre menacée par un programme immobilier, et l’ont présentée au public dans les collections permanentes du musée. éSont également présentés, donnés au musée par la famille de l’artiste : un diptyque daté de 1968 qui présente déjà à gauche une incision, sorte de cicatrice, et à droite, le yod, au nom de Dieu, les deux parties de l’œuvre formant une fraction de pain, ainsi qu’un livre d'artiste, Le Mystérieux, comprenant des signes hébraïques qui présentent les différents noms de Dieu ».

En 2012, la famille de Yehouda Chaïm Kalman, dit Thomas Gleb, ses amis, le musée Jean Lurçat et de la tapisserie contemporaine d’Angers et le centre de recherche Thomas Gleb, le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) présentent un choix d’œuvres graphiques autour du cycle des douze tribus d’Israël.
 

Decorum
Du 11 octobre 2013 au 9 février 2014
Au Musée d'art moderne de la Ville de Paris
Tél. : 01 53 67 40 00
Du mardi au dimanche de 10 h à 18 h. Le jeudi jusqu'à 22


Jusqu’au 7 octobre 2012
Hôtel de Saint-Aignan
Chambre du Duc, dans le parcours des collections permanentes
71, rue du Temple. 75003 Paris
Téléphone : (33) 1 53 01 86 60

 
Jusqu’au 18 novembre 2012
4, boulevard Arago. 49100 Angers
Tél. : 00 33 (0)2 41 24 18 48
Du mardi au dimanche de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h
 

Jusqu’au 30 décembre 2012
13, rue de la Paix. 71600 Paray-le-Monial
Tél. : 03 85 81 79 72
Tous les jours (sauf lundi) de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h
 

Visuels :

Thomas Gleb

Années 1970,

cliché Jean Dieuzaide,
Fonds archives Gleb, Angers  

 
Thomas Gleb
Issakar, 1964
© DR 
 
Thomas Gleb
Trace orange
167 x 200 1968 Acrylique et enduit sur toile
Coll.musées d’Angers
© Musées d’Angers, photo. Pierre David
 
Thomas Gleb
Aménagement dans la chapelle des Carmélites de Niort (dont Le Signe), milieu des années 1980


Les extraits proviennent des dossiers de presse.
 
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Cet article a été publié le 7 octobre 2012.

dimanche 2 février 2014

« Noces Végétales » de Tzuri Gueta


La Fondation Ateliers d’Art de France et le Muséum national d’Histoire naturelle  présentent Noces Végétales, première exposition à Paris du créateur israélien Tzuri Gueta, dans les Grandes Serres  restaurées du Jardin des Plantes. Des œuvres organiques, oniriques, gracieuses, légères, douces dans un espace exotique aquatique et verdoyant. Comme des vestiges envahis par la Nature, enserrés par des végétaux décoratifs. 

« Quand j’étais petit, mon frère ainé pratiquait la plongée sous-marine. Je l’attendais au bord de la plage. Puis, j’ai appris la plongée et j’ai découvert un monde fascinant », a déclaré lors du vernissage presse Tzuri Gueta qui a grandi à Givat Olga, près de Hadera, sur la côte méditerranéenne d’Israël. Nul doute que son enfance a inspiré ses créations à mi-chemin entre l'artisanat et l'art, un "art appliqué" lié au monde sous-marin.


« Inventeur d’une technique unique et brevetée de « dentelle siliconée », Tzuri Gueta révèle depuis plus de quinze ans à travers ses textiles, ses parures et ses mises en scène un univers résolument organique, végétal ou géologique qui ne demandait qu’à s’épanouir dans un lieu dédié à la nature. Tzuri Gueta a choisi de présenter son exposition Noces Végétales à Paris, dans les Grandes Serres du Jardin des Plantes, et plus particulièrement dans la serre des forêts tropicales humides » qui « offre un dépaysement immédiat avec une immersion dans l’atmosphère chaude et humide d’une forêt tropicale imaginaire. S’y côtoient grands arbres, comme les ficus et le palmier des Bermudes, arbustes et arbrisseaux, grandes herbacées comme les bananiers, petites herbes du sous-bois, lianes, fougères, orchidées... Ses allées mènent à un imposant rocher recouvert d’un superbe Monstera deliciosa, sorte de philodendron, d’où l’on peut découvrir tout le panorama de la serre ».
A l’entrée, les œuvres de Tzuri Gueta sont difficilement discernables tant elles ressemblent aux lianes pendantes.

Prix Le créateur
À travers sa Fondation visant à « valoriser l’inventivité des métiers d’art et encourager leur modernité », Ateliers d’Art de France se joint au Muséum national d’Histoire naturelle pour présenter Noces Végétales dans les Serres du Jardin des Plantes, lieu emblématique dédié à l’univers végétal et accueillant la réalisation du projet désigné lauréat du Prix Le Créateur 2012 de la Fondation Ateliers d’Art de France.
Avec ce Prix, cette Fondation « récompense un professionnel des métiers d’art en lui offrant la possibilité de présenter son travail sous une forme à la fois exceptionnelle et singulière. À lui de proposer un concept et un lieu inhabituels, permettant de porter un regard différent sur les métiers d’art et de toucher un nouveau public ».
Au « carrefour des sciences de la Terre, de la Vie et de l’Homme, le Muséum d’histoire naturelle se consacre quotidiennement – et ce depuis près de 400 ans – à la nature. Créé en 1635, à l’origine jardin royal à vocation médicinale et lieu d’enseignement, devenu Muséum d’histoire naturelle en 1793, il est à la source de découvertes scientifiques majeures en sciences naturelles », et un lieu d’« enseignement hors pair ».
En juin 2012, le créateur textile Tzuri Gueta est le « premier lauréat du Prix pour son projet d’exposition qu’il rêvait au cœur d’un écrin dédié à la nature, où ses créations s’uniraient à la végétation : les Grandes Serres du Jardin des Plantes. Ainsi est né le projet Noces Végétales ». Source d’inspiration pour de nombreux artistes – peintres, hommes de lettres, sculpteurs ou musiciens – le Jardin des Plantes entretient depuis sa création au XVIIe siècle une relation féconde entre les sciences naturalistes et l’art.
Les créations de Tzuri Gueta investissent « la serre des forêts tropicales humides, bâtiment classé monument historique où l’on accède par un majestueux péristyle Art déco. Ferronniers, verriers, mosaïstes… cet écrin de verre et d’acier dédié à la botanique est né des gestes d’artisans d’art qui ont sublimé la matière ». Un « lieu choisi pour sa singularité et les résonances » avec ces créations.

Unions oniriques
Titulaire en 1996 du diplôme d’un master d’ingénieur textile du Shenkar College of Engineering and Design  de Ramat Gan, près de Tel Aviv (Israël) où il a effectué des recherches sur les polymères, Tzuri Gueta associe les compétences d’ingénieur, de créateur, de designer et d’explorateur.
Il s’installe à Paris en 1996. Il travaille pour l’agence Trend Union de Li Edelkoort, puis les ateliers du couturier Thierry Mugler. La Haute Couture est séduite par l’avant-gardisme du travail et les qualités créatives de Tzuri Gueta.
L’originalité du travail de cet artiste réside aussi dans sa technique de travail : l’injection de silicone. Tzuri Gueta recourt au silicone comme « colle » pour « maintenir des morceaux de textile, là où d’autres les assemblent à la machine à coudre. Les qualités artistiques du silicone, sa souplesse, sa capacité à se mélanger aux pigments et aux paillettes » ont ensuite incité Tzuri Gueta à le valoriser. Tzuri Gueta évalue à 20-25% la part d’aléatoire dans le processus du travail du silicone destiné à ses créations.
En 2005, Tzuri Gueta dépose son brevet de « dentelle siliconée ». Dans son atelier-laboratoire, grâce à cette technique qu’il garde secrète, il crée « sur le textile des volumes et des effets de perles, des « paysages » au toucher presque dérangeant, tant la texture est douce et onctueuse, d’une sensualité de peau humaine ».
Tzuri Gueta fabrique « des textiles troublants aux effets de matière, imprimés, gaufrés, découpés au laser et capables d’imiter les textures organiques ou végétales comme le cactus, le galuchat ou la peau de serpent ».
Il produit désormais régulièrement des gammes de textiles inédits pour Chanel, Issey Miyake, Jean-Paul Gaultier, Armani, Dior ou Givenchy. En 2013, ses « corolles en gel sablé associées à la dernière collection de la maison de Haute Couture Stéphane Rolland ont inauguré une nouvelle et prestigieuse collaboration ».
Si Tzuri Gueta « s’est d’abord fait connaître par son travail textile, le grand public le découvre à travers ses bijoux : ses bagues de la collection emblématique Boule, réalisées en maille hérissée de picots de silicone, mais aussi ses colliers au profil de corail ou d’ossements blanchis, et ses modèles exubérants qui se répandent en grappes, en pétales ou en perles de rosée. Les lustres et les paravents qu’il conçoit ne sont parfois que des bijoux qui changent d’échelle, extrapolant leurs formes de gouttes ou de cocons ».
Le monde de l’art découvre « l’emblématique Récif, un vélo abandonné que les algues semblent prendre d’assaut ».
En 2010, le Musée d’Art contemporain de Tel Aviv consacre à Tzuri Gueta une exposition individuelle sur son travail textile.
Les cinéphiles se souviennent de la robe en silicone désormais iconique, aussi romantique qu’ultra-futuriste, portée par l’actrice Milla Jovovich dans Les trois mousquetaires » de Paul William Scott Anderson (2011).
Sous le Viaduc des Arts, Tzuri Gueta a installé son atelier-showroom-galerie parisien ouvert en 2011. Là, il y travaille avec une dizaine de collaborateurs bénéficiant de formation textile ou bijou pour produire des pièces uniques dans « une approche transversale de tous les domaines de la création ».
« Utilisant une matière naturelle issue du silicium associée au textile pour créer des œuvres d’inspiration organique, Tzuri Gueta sublime une nature protégée et contrôlée en proposant un parcours dans les Grandes Serres à la fois réel et rêvé, empreint de symboles ».
Le « monde végétal se découvre autrement, à travers l’œil du créateur, passé sous le spectre de la modernité, de l’imaginaire, de l’engouement créatif ».
Noces Végétales « déroule pour le visiteur un parcours initiatique dans les rites et les symboles du mariage ». Les noces célébrées sont celles qui « associent dans un troublant mimétisme la dentelle siliconée et les végétaux abrités par la serre. Un rideau de gouttes déployé comme un dais, des fourreaux de dentelle épousant des troncs d’arbre au plus près de l’écorce ou des extensions de silicone prolongeant une branche mêlent leurs silhouettes organiques à la flore exubérante de la serre. Où se situe la limite entre le végétal et sa prothèse de silicone ? Entre le vrai et le faux ? Les créations simili-végétales de Tzuri Gueta collaborent avec le lieu, créent un dialogue avec les plantes. Elles prennent vie au sein de la serre et évoluent au fil des jours, suivant le rythme de la végétation. La serre devient un terrain de jeu pour un créateur qui sait entretenir la confusion entre les matières ».
Né « sur le rivage d’Israël, Tzuri Gueta a gardé en mémoire les formes organiques des éléments brassés par les fonds sous-marins dont il aime reproduire dans son travail les lignes de coraux, les coloris, mais aussi l’impression de mouvement généré par le courant. C’est cette impression de vie que l’on retrouve ici. Car si ces organismes en dentelle siliconée relèvent d’une nature imaginaire et fantasmée, ils sont pourtant parfaitement vraisemblables. A contrario, la nature ne produit-elle pas elle-même des éléments d’une telle perfection, vernissés et luisants, qu’ils semblent artificiels ? La consistance du silicone, matériau naturel issu du silicium et proche du verre, permet d’autant mieux la mise en œuvre du leurre. Dans Noces Végétales, le créateur n’imite pas la végétation, il la réinvente, en manipulant les codes d’une nature protégée et ultra-contrôlée par le lieu emblématique de la serre ».
Pour Tzuri Gueta, la « serre devient un laboratoire, une couveuse expérimentale dont les parois vitrées n’imposent qu’une frontière fragile entre l’intérieur et l’extérieur. Ses pièces hybrides, minutieusement réalisées à la seringue dans son atelier, sont surdimensionnées pour habiller un lieu si monumental ».
Noces Végétales est « une expérience visuelle et sensorielle propre à perturber le visiteur qui imaginait admirer une multitude de plantes. En s’immergeant dans le silence d’une végétation en trompe-l’œil qui bouscule ses perceptions, il est invité à découvrir la nature autrement, à travers le regard d’un artiste qui s’approprie à loisir le rôle » de « Créateur ».
Le visiteur a l’impression d’observer l’effet du temps sur les objets soumis à un processus de création-destruction silencieux, embellissant. Le temps semble suspendu par la fascination du visiteur admiratif d’une nature exubérante, mêlant ou confondant l’élément aquatique avec celui terrien ou aérien, métamorphosant des objets d’un temps révolu - calèche - en créations raffinées semblant issues de contes et renvoyant à l’imaginaire du visiteur.
OEUVRES
LA CALÈCHE
« En début de parcours, cette calèche monumentale, posée sur un bassin et visible de loin par son envergure, annonce le début d’un voyage immersif dans un autre univers.
Avec sa structure en métal habillée d’une dentelle de coquillages de silicone, elle entretient la confusion sur son origine. Vient-elle d’un monde sous-marin ou bien d’une jungle épaisse qui se serait approprié la structure jusqu’à la coloniser ? Le travail plastique du moulage et de l’injection de silicone accentue la mélancolie de cette calèche que l’on a visiblement longtemps négligée. Seule l’extravagante assise de bois flotté, habillée de la même dentelle, relie la sculpture à une dimension festive ».
TRAVERSÉE VÉGÉTALE
« Ce rideau monumental, qu’il faut franchir comme pour pénétrer dans un autre monde, est un leurre. Ou un demi-leurre puisque c’est le seul endroit de la serre où Tzuri Gueta mêle de longues lianes de silicone à de véritables branchages. Ces fils où la silicone reproduit des formes végétales imitent si bien la nature qu’ils ne peuvent que susciter le trouble chez le visiteur, et poser la question du vrai et du faux. D’autant plus qu’au milieu de cette floraison métissée se cachent, en intrus, des éléments copiés sur le monde sous-marin, tel le corail.
Pour Tzuri Gueta, si ce portique de vraie-fausse végétation cultive le doute, c’est bien en réponse aux plantes parfaites que l’on produit aujourd’hui et dont les couleurs et les textures sont trop extraordinaires pour ne pas être utopiques et génétiquement modifiées ».
PORTIQUE DE DENTELLE
« Pour ce portique plongeant fait de lianes en dentelle Tzuri Gueta utilise une dentelle aux motifs floraux très réalistes, quasi botaniques. Suspendue au-dessus du vide, l’installation en dentelle et silicone s’immerge dans la végétation toujours changeante de la serre ».
BLACK AND WHITE
« Tzuri Gueta, dont l’une des activités essentielles reste la création de vêtements, n’hésite pas à accorder ici des caractéristiques humaines aux végétaux. Aujourd’hui, les artistes tricotent pour les arbres, les parent de colliers surdimensionnés… Peut-on pour autant habiller un tronc comme on habille un corps ?
Le créateur a choisi de vêtir deux arbres : la « robe » blanche qui épouse le haut du tronc puis s’évase autour du pied est chargée de broderies qui donnent du relief à la texture.
La seconde silhouette se détache quant à elle par des éléments décoratifs noirs. Les « peaux » de dentelle empreintes de silicone moulent les arbres comme des fourreaux, au point que l’écorce traverse la trame de la dentelle ; elles symbolisent encore plus qu’ailleurs la fusion qui s’opère entre les végétaux naturels et une nature artificielle. Pour cette oeuvre, Tzuri Gueta a choisi d’introduire dans la serre deux arbres coupés et démontables dont il prolonge les branches par des « prothèses » en silicone ».
PONCTUATION DISCRÈTE
« Des grappes, des nids d’oiseau, des nénuphars qui nagent sur le bassin… Tzuri Gueta inscrit dans la végétation exubérante de la serre des éléments blancs artificiels qui ponctuent le parcours du visiteur. L’intimité des arbres que l’on scarifie pour en prélever la sève ou le latex lui a inspiré des éléments qui « dégoulinent » avec la fluidité d’une liane ou d’une cascade ».
ILOTS ET CASCADE
« Dans la moiteur de la serre, l’eau joue un rôle essentiel, notamment dans l’espace du bassin qui s’impose comme la clef de voûte du parcours.
Le voilà investi par de multiples îlots sculptés et recouverts de maille de silicone, qui se déplacent de façon aléatoire.
Au-dessus du bassin, une cascade de gouttes en silicone, reliée aux arrivées d’eau de la serre, ruisselle. Imposante par sa blancheur et son ampleur, cette installation vibrante conclut le parcours de Noces Végétales ».




Jusqu’au 2 février 2014
Dans les Grandes Serres du Jardin des Plantes
57, rue Cuvier. 75005 Paris
Tous les jours sauf le mardi de 10 h à 17 h




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