lundi 27 janvier 2014

Le Centre de documentation juive contemporaine, 1943-2013 : documenter la Shoah

Après le Mémorial de la Shoah, l'Espace Hillel  présente l’exposition éponyme. Photographies, lettres, journaux, livres, films et autres archives retracent l’histoire du Centre de documentation juive contemporaine  (CDJC) fondé en 1943, dans la clandestinité, à Grenoble, à l’initiative du rabbin Isaac Schneersohn (1879 ou 1881-1969), en insistant sur les premières décennies.
C’est lors de la Seconde Guerre mondiale, en avril 1943, que le Centre de documentation juive contemporaine  (CDJC) a été créé, dans la clandestinité, à Grenoble, dans une France occupée par les Nazis.

Zakhor (Souviens-toi, en hébreu)
Promoteur du projet : Isaac Schneersohn, cousin du rabbin Schneour Zalman Schneersohn. Né à Kamenetz-Podolsk (actuelle Ukraine) dans une famille de rabbins, formé et officiant comme rabbin, Isaac Schneersohn s’installe en 1920 en France dont il acquiert la nationalité. A Paris, ce proche du rabbin David Feuerwerker accueille à son domicile des dirigeants Juifs, souvent sionistes - Vladimir Jabotinsky, Chaim Weizmann -, et embrasse une carrière d’industriel comme administrateur délégué de la Société anonyme de travaux métalliques (SATM). En 1939, trois de ses fils sont mobilisés comme officiers de réserve de l’armée française. Isaac Schneersohn et sa famille se réfugient à Bordeaux, puis dès 1941 à Mussidan (Dordogne). Mandaté par l'Union générale des Israélites de France (UGIF), il se rend souvent à Grenoble.
En 1943, il voulait « écrire le Grand livre du martyrologe du judaïsme de France » et « organiser la collecte des documents disponibles sur les persécutions antisémites perpétrées par l’occupant allemand et le régime de Vichy ».
De « ses premières années à la mort de son fondateur en 1969, le CDJC écrit l’histoire, constitue un fonds d’archives pour que justice soit rendue aux victimes. Parallèlement, de nombreuses initiatives et études sont menées en Europe par des survivants de la Shoah et des historiens ».
« Fondateur d’une historiographie, premier centre d’archives accessible aux chercheurs sur le sort des Juifs de France pendant la guerre, le CDJC, intégré dans ce qui est devenu depuis janvier 2005 le Mémorial de la Shoah, se confond aujourd’hui avec la mémoire de la Shoah des Juifs de France dont il est devenu le dépositaire ». A nuancer, tant le Mémorial de la Shoah tend à restreindre, dans de nombreuses expositions, la France de la Seconde Guerre mondiale à la Métropole, et n’a pas entrepris, en temps utile, le recueil des témoignages des Juifs ayant vécu en Afrique du Nord les persécutions antisémites : rafle, racket, vols, horribles camps de travail forcé, etc.
Des preuves historiques
Le 28 avril 1943, quarante militants et dirigeants représentant les divers courants de la communauté juive se réunissent à l’initiative d’Isaac Schneersohn dans l’appartement qu’il loue dans la rue Bizanet, à Grenoble. Dans la clandestinité, ils créent le Centre de documentation juive contemporaine, afin « de rassembler des preuves de la persécution des Juifs afin de témoigner et demander justice dès la fin de la guerre ».
Les fondateurs du CDJC commencent à collecter des documents, à éditer le Bulletin du CDJC qui se transformera après-guerre en revue, mais ils doivent suspendre leur travail en septembre 1943 car les Allemands envahissent la zone occupée par les Italiens et où se trouvait Grenoble.
Ils plongent dans la clandestinité. « Mon obstination et ma persévérance, ma conviction ferme de la nécessité de recueillir cette documentation se renforçaient toujours davantage. [...] Je ne savais pas si je survivrais, aucun de nous ne croyait qu'il sortirait vivant de l'enfer. Mais je n'avais qu'un seul désir, aussi longtemps que je le pourrais, consigner ce qui se passait », se souvenait Isaac Schneersohn qui rejoint alors la résistance en Dordogne et y noue des contacts avec la Résistance française qui s'avéreront précieux.
Le comité de direction du CDJC « est composé de 7 membres : 2 représentants du Consistoire (Consistoire central), 2 représentants de la Fédération des Sociétés juives de France, 1 représentant de l'ORT  (Organisation Reconstruction Travail), 1 représentant du rabbinat et Schneersohn lui-même qui le préside. L'objectif est de rassembler les documents qui permettront, un jour, d'écrire l'histoire des Juifs de France pendant la guerre » (André Kaspi).
Alors que les combats pour la libération de la France ont débuté, Isaac Schneersohn et son équipe se pressent de rejoindre Paris pour « sauver de la destruction et de la mise sous séquestre les fonds d'archives émanant de Vichy et de l'occupant nazi ».
Grâce à l’aide des résistants et « au flair d'Isaac Schneersohn et de Léon Poliakov en charge du Service de recherches des archives, le CDJC met la main sur des archives précieuses dans des conditions souvent rocambolesques, telles que celles du Commissariat général aux questions juives (CGQJ), de l'ambassade d'Allemagne à Paris, de l'Etat-major, de la délégation générale du Gouvernement de Vichy et surtout sur celles du service anti-juif de la Gestapo, l'une des rares récupérées en Europe ».
Dès la Libération de Paris, le CDJC « entreprend de classer ses archives afin d'étudier le processus qui avait conduit à la destruction des Juifs de France ».
« Avec ses compagnons, Joseph Billig, Georges Wellers, Léon Poliakov, avec son ami Claude Kelman, ils ont fait une œuvre extraordinaire à une époque extrêmement difficile où le silence, la gêne étaient le lot des déportés survivants », a déclaré Éric de Rothschild, président du Mémorial de la Shoah, le 27 janvier 1945.
Le CDJC crée sa propre maison d'édition, publie ses premiers travaux sur les camps d'internement (Joseph Weill, Contribution à l'histoire des camps d'internement dans l'anti-France, Paris, CDJC). « Dès 1945 trois ouvrages importants sont publiés par le CDJC, suivis par 5 autres en 1946, 5 autres encore en 1947, au total 20 jusqu'à la fin de l'année 1951. Le CDJC est ainsi devenu la mémoire de la communauté juive, de toute la communauté ». (André Kaspi)
En 1946, le CDJC transforme son Bulletin en Le Monde Juif, première revue d'histoire de la Shoah.
Isaac Schneersohn devient alors président du Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) et directeur de la Revue publiée par ce centre, jusqu'en 1969.
Le CDJC et le jugement des criminels de guerre
Le gouvernement français, par l'entremise d'Edgar Faure, demande au CDJC « d'étayer la plaidoirie française aux procès de Nuremberg  ».
Le CDJC amène « sa documentation à Nuremberg et bénéficie d'une représentation permanente pendant les procès internationaux et américains, devenant l'un des destinataires officiels de tous les documents alors en circulation ».
Son travail est si remarquable que le Procureur général Telford Taylor « autorise Léon Poliakov et Joseph Billig à puiser dans les archives de ce premier grand procès international ».
Inauguré lors des procès de Nuremberg , ce « rôle d'aide à la justice s'est poursuivi durant les procès des responsables et complices de la solution finale en Allemagne, en France et en Israël où Georges Wellers, le responsable scientifique du CDJC est appelé à déposer au procès Eichmann  ».
Dans les années 1980, le CDJC « fournit à la justice française une pièce d'archive, le télex d'Izieu, qui lui a permis de procéder à l'inculpation de Klaus Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon, pour crimes contre l'humanité ».
Un « tombeau-mémorial »
Dans les années 1950, Isaac Schneersohn parvient « à imposer l’idée de la construction d’un tombeau-mémorial dédié aux victimes de la Shoah ».
Cette « idée suscite l'opposition d'une partie de la communauté juive qui ne voulait pas « d'une institution tournée vers le passé ».
Isaac Schneersohn constitue un comité de parrainage réunissant des personnalités. Quand David Ben Gourion, alors Premier ministre de l’Etat d'Israël renaissant, est sollicité, il se rend compte que le premier Mémorial en hommage aux victimes juives du nazisme serait édifié à Paris. Rapidement, l'Etat d'Israël fonde Yad Vashem, à Jérusalem, avec qui le CDJC noue des relations privilégiées.
Le 17 mai 1953, la première pierre du Mémorial est posée sur un terrain donné par la Ville de Paris. Par des donations d’œuvres d’art, la France, la Belgique, le Luxembourg, la Yougoslavie participent à la construction du Mémorial.
Inauguré le 30 octobre 1956 en présence de 50 délégations des communautés Juives du monde entier, de personnalités politiques et religieuses venues de toute l'Europe, le Mémorial du martyr juif inconnu « accueille naturellement dans ses murs le CDJC ».
Le 24 février 1957, des « cendres provenant des camps d'extermination et du ghetto de Varsovie sont solennellement déposées dans la crypte du Mémorial par le grand rabbin Jacob Kaplan ».
Le 8 octobre 1958, l’éminent juriste français Juif René Cassin, futur prix Nobel de la paix, remet à Isaac Schneersohn la Croix de Chevalier de la Légion d'honneur dans les salons du prestigieux hôtel Plaza Athénée à Paris.
Classé monument historique depuis 1991, le Mémorial du Martyr Juif Inconnu accueille chaque année les principales cérémonies liées à la Shoah – soulèvement du ghetto de Varsovie, découverte du camp d'Auschwitz, Hazkarah  (dédié aux victimes de la Shoah mortes sans sépulture), Journée nationale de la Déportation - organisées par l'Etat ou/et par la communauté Juive française.
Le « développement du centre de recherche sur la Shoah, devenu l'un des tout premiers en Europe, comme celui des activités du Mémorial, notamment en direction des publics scolaires, ont amené le conseil d'administration du Mémorial-CDJC à proposer une nouvelle étape : la création du Mémorial de la Shoah ».
Avec le soutien de l'Etat, de la Ville de Paris et de la Région Ile-de-France, le Mémorial a élaboré un projet en vue de l’agrandissement de son bâtiment. Les travaux sont terminés à la fin 2004.
Initié en 1997, ce « plan d’agrandissement et de regroupement de ces deux institutions d’histoire et de mémoire - le CDJC et le Mémorial du martyr juif inconnu - en une seule entité se met en place et aboutit à l’ouverture du Mémorial de la Shoah le 27 janvier 2005 ».
Cet agrandissement a « permis notamment d'offrir davantage de place aux chercheurs dans les salles de lecture, de déployer l'exposition permanente sur l'histoire de la Shoah, de créer un espace multimédia, un auditorium et d'ériger à l'extérieur du bâtiment « le Mur des noms » où ont été gravés les noms de tous les Juifs déportés de France ».
Formé de trois départements - les archives, la photothèque et la bibliothèque -, le Mémorial de la Shoah/CDJC « se positionne aujourd’hui comme le plus grand centre de documentation en Europe consacré à l’histoire de la Shoah et au sort des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale ». Son fonds documentaire s’accroît régulièrement grâce à des dépôts, dons ou achats. Ce Mémorial de la Shoah gère aussi les archives d’organisations et de particuliers, célèbres et anonymes.
Sara Halperyn (1920-2002)
C’est une mémoire du CDJC qui a disparu en 2002. Responsable de la bibliothèque du CDJC, Sara Halperyn, octogénaire, est décédée le 13 février 2002. Regrettée de tous...
Sara Halperyn est née Neuman, en 1920 à Francfort, « dans une famille d’Ostjuden, des Juifs polonais installés en Allemagne », précisait Maurice Rajsfus. La famille Neuman, surtout la mère, est pratiquante. Sara et ses deux frères bénéficient donc d’une éducation religieuse.
C’est en 1936 que la famille quitte l’Allemagne nazie pour la Palestine. Seule y reste une grand-mère paternelle adorée, qui sera internée à Therezienstadt, puis mourra à Auschwitz. La famille Neuman s’installe à Jérusalem, et le père ouvre une épicerie à Herzliya.
La jeune Sara devient infirmière. Difficile de connaître sa vie en Palestine, puis en Israël, tant la femme était discrète. A peine sait-on que Sara Halperyn ne pratiquait plus vers la fin de sa vie et bien sûr s’inquiétait de la guerre en Israël.
C’est en 1950 que Sara Neuman arrive en France. Elle épouse Jacob Halperyn, un journaliste et interprète d’origine polonaise. Le couple a deux enfants. Vers 1970, Sara Halperyn entre au CDJC comme assistante de la bibliothécaire, Olga Imbert. « Le centre est alors une structure encore petite, qui accueillait peu de chercheurs. Les archives et la bibliothèque se trouvaient au même niveau », précisait Maurice Rajsfus en 2002.
Sara Halperyn est nommée responsable de la bibliothèque en 1980, lorsque Mme Imbert prend sa retraite. Une fonction qu’elle exerce jusqu’au 8 février 2002.
Sara Halperyn a participé à la mise à jour de fichiers aux classements pertinents et aux résumés clairs en français. Maîtrisant l’allemand, le yiddish et l’hébreu, Sara Halperyn a traduit moultes documents pour les chercheurs. « C’était un puits de compétence et d’érudition. Elle guidait les gens pour éviter des études superficielles ou inexactes », expliquait Serge Klarsfeld en 2002.
Veuve depuis 1987, cette septuagénaire obtient une licence d’hébreu. Et elle est affectée par les décès récents d’un de ses frères en Israël et de sa meilleure amie.
« On riait toujours avec Sara. Elle avait un sourire, un dynamisme, une modestie... Elle était ouverte sur les autres et discrète sur sa vie. Elle disait toujours : « Tout va très bien ». Elle avait une parfaite connaissance du fonds. Elle maternait les chercheurs, les encourageant et les orientant dans leurs recherches. Sara n’aura pas vu le retour du Centre dans ses locaux agrandis en 2004. Elle laisse un grand vide... », se souvenait avec émotion Sarah Mimoun, une collègue et amie.
Affaiblie par une bronchite, Sara Halperyn meurt le 13 février 2002. A son enterrement au Père Lachaise le 19 février 2002, se sont retrouvés collègues, amis, chercheurs, journalistes, historiens, étudiants, etc. Le 21 mars 2002, Eric de Rothschild, président du CDJC, le conseil d’administration et l’ensemble du personnel du Centre, ont rappelé le souvenir de la responsable de sa bibliothèque, Sara Halperyn. Chercheurs et amis décrivent une dame dévouée, discrète, drôle, chaleureuse, polyglotte, très active et particulièrement compétente. Le Monde juif, la revue d’histoire de la Shoah du CDJC, a publié un numéro spécial en son honneur.


Du 27 janvier au 6 février 2014
A l'Espace Hillel
113, boulevard Marius Vivier Merle. 63003 Lyon
Tél. : 04 37 43 15 15/04 37 57 05 70
Du lundi au jeudi de 9 h à 22 h. Le vendredi de 9 h à 14 h. le reste de la semaine en fonction des activités. Vernissage le lundi 27 janvier 2014  à 17 h. Accès Entrée libre


Jusqu’au 17 novembre 2013
17, rue Geoffroy-l’Asnier. 75004 Paris
Tous les jours sauf le samedi, de 10 h à 18 h, et le jeudi jusqu’à 22 h
Tél. : 01 42 77 44 72
Visuel :
Le CDJC en 1953 à Paris, le service des archives.
© Daniel Franck
A lire sur ce blog :
Les citations proviennent du communiqué de presse. La partie du Sara Halperyn a été publiée par Actualité juive hebdo.
Cet article a été publié le 15 novembre 2013.

jeudi 23 janvier 2014

Interview de Bat Ye'or sur son livre « L’Europe et le spectre du califat »

  
Le 14 octobre 2010, « L’Europe et le spectre du califat » de Bat Ye’or a été publié aux éditions Les Provinciales. Dans cet essai très argumenté, son auteur y évoque les réseaux par lesquels l’Organisation de la conférence islamique (OCI) parvient à atteindre ses buts. Bat Ye'or donne aussi des clés pour comprendre les enjeux du monde contemporain.

Interview de Bat Ye'or sur la dhimmitude
Interview de Bat Ye’or sur Eurabia (1/2)
Interview de Bat Ye’or sur Eurabia (2/2)
Interview de Bat Ye'or sur Geert Wilders et l'OCI
Interview of Bat Ye'or about the OIC, Eurabia, Geert Wilders' Fight, President Obama's diplomacy
Interview de Bat Ye'or sur Eurabia, l'OCI et l'Alliance des civilisations
Interview de Bat Ye'or sur son livre « L’Europe et le spectre du califat »
« L’Europe et le spectre du califat » de Bat Ye’or
Le directeur du CAPE a interdit une conférence de presse de Bat Ye'or
Interview de Bat Ye'or sur le califat et l'Etat islamique/ISIS
Interview de Bat Ye’or sur les « migrants », l’Union européenne et Eurabia

Pourquoi la dhimmitude est-elle la clé pour comprendre notre époque ?

La dhimmitude permet d’entrer dans l’univers conceptuel de l’islam concernant sa mission religieuse obligatoire d’islamisation au niveau mondial – non encore remise en question – et la stratégie, régie par des règles religieuses, que cette mission induit à l’égard du monde non-musulman.

Cette stratégie englobe les champs politique, militaire, juridique, religieux et social.

La dhimmitude entérine la condition dévolue au monde non-musulman par l’idéologie jihadiste. Elle établit leurs relations avec l’oumma, la communauté musulmane, conformément à l’ordre religieux irrévocable prescrit par Allah à son intermédiaire Mahomet.

Le jihad est mené dans le but d’imposer la dhimmitude, une étape provisoire avant la conversion. Jihad et mission sont corrélés, le premier n’étant que la stratégie militaire matérialisant la mission.

Aujourd’hui, il importe de connaître et de comprendre les buts et la stratégie de cette mission et de son modus operandi compte tenu de l’actualité d’un jihadisme planétaire et du renouveau religieux des pays majoritairement musulmans, unifiés dans un corps constitué représentatif, l’Organisation de la conférence islamique (OCI), qui a proclamé sa fidélité à la mission universelle de l’islam.

Pourquoi le jihad est-il, selon l’islam, religion universaliste, une « guerre musulmane défensive, juste et légitime » ?

Cette assertion se comprend par la promesse d’Allah de conférer à sa communauté la gouvernance du monde.

Le jihad consiste à reprendre aux non-musulmans les pays qui doivent revenir à la communauté islamique mais qu’ils occupent indûment. Quand les non-musulmans défendent leurs pays, ils agressent les musulmans qui, selon la promesse d’Allah, ne font que reprendre leurs biens.

Le jihad, entreprise défensive de réappropriation islamique, est juste et légitime car selon l’islam, il établit sur terre les volontés d’Allah. Ceux qui s’y opposent, mettent des obstacles à l’expansion de l’islam et à l’instauration de la sharîa dans leur pays, sont les agresseurs.

Certains présentent l’islam comme une religion abrahamique. Comment y sont présentés les personnages bibliques, tels Abraham, Moïse ou Jésus ?

Le Coran présente Abraham comme un prophète musulman.

D’autres personnages de la Bible sont aussi islamisés et ressemblent peu aux originaux, d’où les conflits de Mahomet avec les Juifs de Médine qui étaient des lettrés connaissant bien la Bible. Conflits qui se terminèrent par l’expropriation, l’esclavage, les massacres et finalement l’expulsion des Juifs d’Arabie.

Ces personnages aux noms bibliques sont respectés uniquement dans leur version coranique qui diverge de celle de la Bible.

Celle-ci, considérée comme une falsification de la vérité coranique, n’est nullement respectée.

La vision islamique du monde diffère du droit international public. Quels sont les sens de « paix », « sécurité » ou « terrorisme » dans l’islam ?

Le droit international public se situe dans un contexte laïc, nullement religieux. Il considère l’homme sur le plan universel et se construit sur l’axiome irrévocable de l’égalité des êtres humains et de leurs droits naturels inaliénables.

La vision islamique refuse la laïcité et demeure ancrée dans les principes religieux de l’islam fondés sur le Coran et la Sunna.

Dans le contexte islamique, les mots « paix » et « sécurité » représentent la soumission à l’ordre de la sharîa qui ordonne la suprématie islamique sur les non-musulmans refoulés dans la dhimmitude. Seules l’obéissance et la soumission protègent les dhimmis contre la reprise du jihad contre eux, et leur ménagent la paix et la sécurité relative de l’ordre islamique.

C’est le programme du Hamas pour les juifs et les chrétiens, exposé dans sa charte à l’idéologie génocidaire.

L’OCI parvient via des organisations internationales, transnationales ou régionales, des entités sans légitimité – Alliance des civilisations -, et des réseaux à appliquer son agenda visant la restauration du califat, c’est-à-dire de la gouvernance islamique mondiale, aboli en 1922 par Atatürk, président de la république turque. Pourriez-vous en donner un exemple ?

Créée en 1969, à Rabat (Maroc) pour combattre Israël, l’OCI est à l’origine de la guerre de diffamation d’Israël sur le plan mondial. C’est elle qui exigea le retrait de toutes les ambassades de Jérusalem en septembre 1980-janvier 1981.

L’Alliance des Civilisations (ADC) diffuse l’équivalence entre la Shoah et la nakba ainsi que l’interprétation islamique du jihad. Elle réclame en Europe et aux Etats-Unis l’application du programme de l’OCI concernant l’immigration musulmane et sa promotion politique et culturelle ainsi que les mesures sanctionnant l’islamophobie.

La négation du terrorisme et, par conséquent, la critique des mesures sécuritaires exprimées dans les Rapports sur l’islamophobie de l’OCI sont diffusées par les réseaux occidentaux liés à cette organisation.

N’y a-t-il pas des rivalités entre l’Iran, la Turquie et d’autres pays pour diriger l’oumma universelle, la communauté des musulmans ?

Oui bien sûr. Mais pour l’instant c’est la Turquie qui, semble-t-il, séduit le monde sunnite, d’où l’arrogance de Recep Tayyip Erdoğan, Premier ministre de la Turquie, et sa volonté d’humilier l’Etat d’Israël.

Vous célébrez les bienfaits de l’unité européenne, tout en dénonçant Eurabia. Quels sont les intérêts et les motivations des décideurs européens engagés dans ce processus pacifique, unilatéral, sans réciprocité aux concessions, et d’apaisement à l’égard du monde musulman ?

Les intérêts sont bien sûr économiques, énergétiques mais aussi géostratégiques.

Les motivations sont nombreuses. L’Europe s’est construite sur le désir de la paix et le refus de toute guerre. C’est le terrorisme palestinien qui, frappant l’Europe très durement dans les années 1960-1980, l’amena à s’aligner sur les positions de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) en politique étrangère.

Ceci amorça la collaboration – plutôt que la confrontation – avec la Ligue Arabe et l’OCI qui soutenaient l’OLP.

En quoi l’Etat d’Israël cristallise-t-il la haine de l’OCI et l’hostilité de politiques étrangères européennes ?

Avec l’OCI nous évoluons dans un domaine éminemment religieux qui ressuscite les conflits de Mahomet avec les Juifs de Médine, au VIIe siècle.

Comme le Coran déclare que toute l’humanité depuis Adam qui était musulman, est musulmane, il s’ensuit que toute l’histoire biblique est une histoire musulmane, et que l’histoire occidentale des juifs et des chrétiens précédant l’islam est une falsification.

L’Etat d’Israël qui s’appuie sur l’historicité de la Bible, confirmée par l’archéologie et d’autres sources, contredit le Coran considéré parole d’Allah. Israël est le symbole du droit des juifs et des chrétiens à une identité historique extérieure et antérieure au Coran. Il entérine aussi la libération des juifs du joug infâmant de la dhimmitude, la réappropriation de leur patrie colonisée par le dar al-islam, l’abolition de la sharîa sur ce territoire.

En somme, un processus semblable aux guerres de libération et d’indépendance des populations chrétiennes européennes qui se déroulèrent au cours des quatre derniers siècles. Durant cette longue période des pays européens conquis et colonisés par des armées jihadistes d’abord arabes, puis turques, parvinrent à se libérer : la botte italienne, la Sicile, l’Espagne, le sud de la Pologne, la Hongrie, toute la région balkanique de Belgrade (Serbie) à Athènes (Grèce) et Chypre ottomane jusqu’en 1914, l’Arménie…

L’hostilité des Européens s’inscrit dans un autre contexte. La dénazification de l’Europe ne s’est faite qu’en Allemagne… et encore ! D’anciens nazis reconvertis dans le socialisme peuplaient les administrations et même les instances internationales, parvenant comme l’autrichien Kurt Waldheim (1918-2007) à la fonction de secrétaire général des Nations unies.

La propagande nazie en arabe, qui notamment présentait la Seconde Guerre mondiale comme étant focalisée sur la Palestine mandataire, a eu un impact considérable dans le monde arabe. La présence d’importants contingents musulmans dans les forces SS et la collaboration arabe dans la propagande de guerre ont scellé l’alliance des nazis avec des dirigeants arabes. La contribution du grand mufti de Jérusalem, hadj Amin al-Husseini dans la guerre nazie contre les juifs et dans la Shoah, n’a pas été négligeable.

A cela s’ajoutent les communistes, ralliés aux ordres de Moscou et aux théologies tiers-mondistes de la libération, leur haine des religions de la Bible et des nationalismes.

Ce contexte a conduit l’Union européenne (UE) à combattre Israël pour deux raisons principales. Premièrement, reprochant à Israël d’être un obstacle à sa lune de miel avec les musulmans, l’UE s’efforce de saper la légitimité et la sécurité de l’Etat hébreu pour le remplacer par la Palestine. Deuxièmement, le poids du passé l’oblige à dissimuler sa stratégie derrière des affabulations, et ses échecs, non seulement provoquent une frustration rageuse, mais l’exposent au terrorisme palestinien.

C’est dans le contexte des représailles terroristes contre l’Europe, qu’il faut comprendre l’affirmation que l’existence d’Israël menace sa sécurité.

Quel est le bilan du « palestinisme » de l’Union européenne ?

Le « palestinisme » a été le cheval de Troie de la reddition de l’Europe, de son islamisation, de sa flagellation, de sa négation d’une identité chrétienne car elle est enracinée dans le judaïsme et dans l’histoire d’Israël que l’islam nie et que l’Europe nazie a abhorrés.

Le palestinisme a fondé le multiculturalisme, l’inversion de la vérité dans les concepts de paix (paix = soumission) et d’agresseurs (les résistants au jihad présentés comme les agresseurs). Il a induit la négation de l’histoire du jihad et de la dhimmitude et consacré la version d’un Occident agresseur et injuste. Incidemment, cette vision est celle de l’Alliance des Civilisations (ADC).

Le palestinisme a surtout libéré la mauvaise conscience de l’Europe qui a déguisé les promoteurs des idéologies de haine en victimes de l’Etat d’Israël, inversion morale jihadiste. Il a inculqué à l’échelle européenne une culture antisémite, fondée sur l’interprétation islamique de l’histoire, à savoir : la négation de l’histoire et des droits d’Israël à l’existence, principes qui ont un impact direct sur l’identité, la culture et le destin politique de l’Europe.

En faisant d’Israël la source des conflits, l’Europe s’est condamnée à la paralysie face à ses ennemis et n’a pu combattre une idéologie qui la condamne à disparaître.

Vous parlez peu des opinions publiques européennes dans votre livre…

Maintenant elles s’expriment davantage, mais quand je terminais le manuscrit voici deux ans, l’opinion publique était inexistante. De plus, un tel travail, si considérable puisqu’il consisterait à étudier les opinions publiques dans toute l’Europe, n’était pas mon sujet.

Mais aujourd’hui s’élèvent de partout en Europe et en Amérique l’appel à la fronde, le dégoût des politiques antisémites et du mensonge, le désir de démocratie, le respect des droits et des libertés érodés par le droit coranique du blasphème.

L’initiateur de ce réveil est assurément le député néerlandais, Geert Wilders qui a fondé en juillet 2010 l’International Freedom Alliance. Son discours historique à Berlin (2 octobre 2010) sonne le ralliement d’un mouvement trans-occidental des démocrates contre la nomenclature de l’UE active à contourner les opinions publiques par les réseaux de réseaux.

Que répondez-vous à ceux qui contestent vos analyses en y voyant une déclinaison de la théorie du complot ?

Je leur réponds que si complot il y a, c’est au sein du Quai d’Orsay, de la Commission européenne et d’autres organismes respectables qu’il faut le chercher, car je n’ai fait que reproduire leurs documents.

De plus, un nombre considérable d’auteurs – hommes politiques, historiens, universitaires, journalistes, etc. -, de différentes nationalités, s’y réfèrent dans des ouvrages ou des études spécialisées catalogués dans des bibliothèques sur divers continents. Le plus détaillé et le plus enthousiaste est le livre du chrétien palestinien Bichara Khader L’Europe et le Monde Arabe, Cousins, Voisins (Publisud, Paris, 1992).

Une transformation d’une telle envergure à l’échelle de tout un continent a suscité une énorme littérature en plusieurs langues. Rien qu’en 1979, Jacques Bourrinet en donne une impressionnante bibliographie dans son ouvrage Le Dialogue Euro-Arabe, Centre d’études et de recherches internationales et communautaires, Université d’Aix-Marseille III (Economica, Paris, 1979), qui fut publié avec le concours de la Commission pour l’étude des Communautés européennes (C.E.D.E.C.E.) et de l’U.E.R. Recherches juridiques de l’Université de Droit, d’Economie et des Sciences d’Aix-Marseille.

Alors tous des comploteurs ? Ces accusations émanent de l’ignorance et utilisent des insultes au lieu d’arguments.

Aux Etats-Unis, près d’un million d’Américains ont récemment manifesté leur attachement aux valeurs fondatrices de leur pays. Ce rassemblement augure-t-il un frein au multiculturalisme, à la politique du président Barack Hussein Obama à l’égard du monde musulman ?

Certainement, à moins que les ennemis de ce rassemblement réussissent à le torpiller.

Le président Obama, qui a remporté les suffrages de toute l’Europe, s’est soumis au cartel de l’OCI de façon encore plus radicale que l’UE.

Pourquoi les musulmans modérés (Ayaan Hirsi Ali, Wafa Sultan) ou les Arabes modérés (Nonie Darwish) -, qui alertent l’Occident, sont-ils si peu écoutés, notamment par les médias ?

Des médias craignent des représailles terroristes.

Ne présentant aucun danger, les musulmans modérés sont négligés par une Europe qui courtise ses ennemis et leur achète un répit provisoire par le paiement de milliards d’euros et la diffusion de leur propagande.

Charles Martel a arrêté les Arabes à Poitiers (732). Les souverains catholiques espagnols ont finalement reconquis tout leur territoire (1492). Vienne a résisté victorieusement aux Turcs (1683)… Quelles seraient les solutions pour éviter ce califat, cette gouvernance mondiale islamique ?

Si les peuples musulmans désirent restaurer le califat, autorité suprême unissant la législature, la politique et la religion, créée pour assurer la poursuite de la mission universelle de l’islam, l’Europe ne pourra pas les en empêcher.

Par contre, elle devra prendre des mesures urgentes pour sa sécurité et sa survie.

Mais tout laisse croire que les dirigeants qui nous ont mis dans ce pétrin, se réfugieront sous la protection du califat, et imposeront à leur peuple l’ordre islamique de la dhimmitude.

Aujourd’hui, le secrétaire-général de l’OTAN (Organisation du traité de l'Atlantique Nord), le danois Anders Fogh Rasmussen, suggère que l’Union européenne confère à la Turquie un statut spécial dans l’Agence de défense européenne (EDA) et l’associe davantage dans les décisions concernant la sécurité des missions européennes. Anders Fogh Rasmussen tient ainsi sa parole, n’ayant obtenu ce poste que par sa promesse à la Turquie de se réconcilier avec le monde musulman. A quel prix ?

C’est la négation de la victoire de 1683, mais l’Europe, depuis longtemps, a jeté l’histoire aux orties.

Bat Ye’or, L’Europe et le spectre du califat. Editions Les Provinciales, 2010. 215 pages. 18 euros. ISBN : 978-2-912833-22-8

A la demande de la New York Public Library, Bat Ye'or et David Littman ont confié à cette prestigieuse bibliothèque tous les manuscrits de leurs livres (de la première ébauche à l'édition originale et rééditée, via les épreuves), leurs articles, leurs correspondances - avec André Chouraqui, Jacques Ellul, Oriana Fallaci, Sir Martin Gilbert, Archduke Otto von Habsburg, Yehoshafat Harkabi, H.Z. Hirschberg, Teddy Kollek, John Laffin, Albert Memmi, Gershom Scholem, Robert Wistrich, etc. - et leurs photocopies d'archives, souvent traduites et dactylographiées, des pays d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient.
AGENDA

Bat Ye'or a dédicacéa son livre lors du XVe Salon des écrivains du B'nai B'rith le dimanche 14 novembre 2010 de 14 h à 19 h à la Mairie du XVIe arr. de Paris, 71, avenue Henri Martin, 75116 Paris. Renseignements : 01-55-07-85-45.
Elle donnera trois conférences :
- le 14 novembre 2010 à 19 h, invitée par le B'nai B'rith, elle est l'une des orateurs, avec Ivan Rioufol, chroniqueur, et Shmuel Trigano, écrivain,  de la conférence sur le thème La loi du pays est la loi ;
- le 16 novembre 2010 à 14 h, invitée par la WIZO, 10 rue Saint Augustin, 75002 Paris. Tél. : 01 48 01 97 70 ;
- le 18 novembre 2010, à 20 h 30 précises, lors du dîner-débat de l'UPJF. Inscriptions au 01 47 63 07 10 ou par mail au contact@upjf.org

Photo
Le président Obama lors de son discours au monde musulman prononcé à l'université al-Azhar au Caire (Egypte) le 4 juin 2009. © Chuck Kennedy/Maison-Blanche

Cet article a été publié pour la première fois le 10 octobre 2010 et modifié le 26 juillet 2012.
Il a été republié :
- à l'occasion de la déclaration d'Hamadi Jebali, un des principaux dirigeants du parti islamiste tunisien Ennahdha, espérant le 13 novembre 2011 un 6e califat ;
- le 26 juillet 2012 à l'occasion de la désignation le 23 juillet 2012, au quai d'Orsay, par Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, d'un envoyé spécial auprès de l'OCI, Louis Blin, consul général de France à Djeddah (Arabie saoudite), où siègle l'OCI. M. Fabius a déclaré : « Ce qui portera notre représentation au niveau de celle de nos partenaires proches. La France souhaite en effet suivre vos travaux assidûment et accompagner le développement d’une organisation qui a su trouver sa place par le dialogue avec le reste du monde ». Cette décision a été annoncée lors de l'« Iftar [Nda : diner rompant le jeûne lors du mois du Ramadan] en l’honneur des ambassadeurs des États membres de l’Organisation de la coopération islamique ». Seule la Syrie n'était pas invitée à ce diner initié par Bernard Kouchner, alors ministre français des Affaires étrangères et interrompu quelques années. Pour Laurent Fabius, ce diner « permet à la France de marquer, en ce début de Ramadan, notre intérêt et notre estime pour le monde musulman». Dalil Boubakeur, recteur de la grande mosquée de Paris, a décliné l'invitation à cette soirée. Les responsables du CFCM (Conseil français du culte musulman) étaient présents à ce diner ;
- le 11 septembre 2012 car Avi Dichter, ministre israélien de la Sécurité intérieure, a alerté le 10 septembre 2012, lors de la XIIe conférence de l'Institut international de contre-terrorisme (ICT) à Herzliya (10-13 septembre 2012), sur le risque d'avènement d'un Moyen-Orient constitué d'Etats dominés par les Frères musulmans, voire d'un califat ;
- le 9 janvier 2013 car sur Azhari TV le 31 décembre 2012 TayseerAl-Tamimi, haut juge islamique de l´Autorité palestinienne, a appelé à restaurer le califat. Il songe aussi, avec "l´Union des avocats arabes et des experts en droit international", à "déposer plainte contre la Grande-Bretagne auprès des tribunaux internationaux" à propos de la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917 ;
- 23 juin 2013 après le deuxième congrès annuel intitulé Le califat, le changement et la libération/Chute des empires et retour de l’Islam, organisé par le parti Hizb Ettahrir  le 22 juin 2013 à Tunis et diffusé en direct par al-Jazeera. « La récupération de l’Etat islamique qui nous a été volé est politiquement possible. Il s’agit là d’un devoir religieux », a alors déclaré  le Ridha Belhaj, porte-parole officiel de ce parti salafiste. Membre du bureau central de Hezb Ettahrir, Hichem Bakhach a qualifié la démocratie de « système antireligieux et capitaliste basé sur le fait de donner le pouvoir au peuple », ce qui est contraire à la loi divine selon lui. « Ne pas poursuivre le califat, depuis l'époque des Ottomans, n'est qu'un simple manquement des musulmans d'accomplir leurs devoirs… Par définition, il s'agit d'un Etat islamiste où seules les normes divines sont appliquées. Le califat est aussi l'union d'un maximum d'Etats musulmans, en une seule et unique nation "Oumma" et c'est le seul système capable de faire face aux injustices du système mondial. Ce système est en train de se réaliser avec des gens qui se convertissent de plus en plus à l'islam, de partout dans le monde », a déclaré Ridha Belhaj, leader de ce parti salafiste le 21 juin 2013 ;
- 23 janvier 2014. Bat Ye'or a été l'une des oratrices du colloque L'Union européenne et les nouvelles formes de la "question juive", organisé par l'Université populaire du judaïsme, le 26 janvier 2014 à Paris.


dimanche 19 janvier 2014

Jordaens (1593-1678), la gloire d'Anvers


Le Petit Palais présente la première rétrospective  consacrée à Jacques Jordaens  (1593-1678) en France, et retraçant la carrière de ce maitre flamand raffiné, converti au calvinisme, et son évolution stylistique. Coloriste éblouissant jusque dans ses dessins, Jordaens a excellé dans la variété - scènes du quotidien, tableaux aux références mythologiques, peinture religieuse – et le monumental. 

Les œuvres de trois grands maîtres de la peinture flamande du XVIIe siècle, Rubens-Van Dyck-Jordaens, rayonnent dans les cours princières, dans les églises de la Contre-réforme et auprès d’une large clientèle aristocratique et bourgeoise ».
En 2012-2013, le musée Marmottan  avait présenté l’exposition Rubens, Van Dyck, Jordaens et les autres. Peintures baroques flamandes aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.
L’exposition « Jordaens et l’Antiquité  » à Cassel après Bruxelles a brossé le portrait inattendu d’un grand bourgeois anversois, épris d’histoire ancienne et de mythologie.
Toiles d’autel, sujets mythologiques, « proverbes » (« Comme les vieux ont chanté, ainsi les jeunes jouent de la flûte »), esquisses, dessins, tapisseries : l’exposition  au Petit Palais invite à redécouvrir toutes les facettes de l’immense talent de Jacques Jordaens  (1593-1678). Cent vingt œuvres , dont des chefs d’œuvres prêtés par les plus grands musées français et internationaux, évoquent la richesse et la variété de l’inspiration de cet artiste majeur du XVIIe siècle, « des portraits de famille aux grandes compositions religieuses, des fameux Proverbes et scènes de banquet (Le Roi boit !) aux cartons de tapisseries. Mais les autres facettes de son art brillent ici tout autant, du portraitiste au décorateur de fêtes, du grand peintre religieux des églises de la Contre-réforme au cartonnier pour les manufactures de tapisseries de Bruxelles, sans oublier son rôle de chef d’atelier quand, pour répondre aux commandes qui affluent, il doit s’entourer de collaborateurs ».
Ce bourgeois anversois qui n’a quasiment pas quitté sa ville natale, « a su puiser à des sources multiples où Rubens voisine avec le Caravage et les maîtres vénitiens de la Renaissance avec l’héritage antique, et comment il conquit une réputation internationale en les combinant à une verve toute personnelle. »
« Alors qu’Anvers perdait son statut de capitale économique du continent, Jordaens en maintint le prestige artistique grâce à ses productions placées sous le signe de l’abondance et de la splendeur du coloris. Sa longue carrière et la facilité de l’artiste à brosser de vastes toiles aux couleurs étincelantes lui permettront, avec le renfort d’un atelier en ordre de bataille, de fournir une partie de l’Europe entière en tableaux d’autel et en grandes compositions mythologiques ».
« Profondément marqué par l’art baroque de Rubens (1577-1640), Jordaens trouve sa propre voie, plus truculente, plus authentiquement flamande peut-être que celle de son illustre confrère. Après la mort de Rubens, en 1640, et celle de Van Dyck en 1641, Jacques Jordaens, avec la verve qui lui est propre, domine la scène artistique flamande durant plus de quarante ans ».
Jordaens « sait mieux qu’aucun autre rendre compte d’un esprit flamand truculent, poussant parfois à l’excès - pour notre œil moderne - la grâce plantureuse de ses modèles ». Monumentale, dans les formats et dans les compositions, l’œuvre de Jordaens révèle l’humanité de l’artiste dans son traitement des sujets représentés.
A Paris, le plafond de la galerie Est du Palais du Luxembourg abritant le Sénat est décoré depuis 1803, douze peintures de Jordaens représentant les signes du Zodiaque  réalisées en 1641 pour sa demeure anversoise.

Anvers, capitale artistique européenne au XVIIe siècle
Anvers était au XVIe siècle une place économique, commerciale et financière majeure. Son port abondait en marchandises importées du monde. Les guerres de religion et la sécession des Provinces-Unies du Nord induisent le déclin économique de la cité délaissée par une grande partie de sa population active.
Au début du XVIIe siècle, Isabelle, fille de Philippe II d’Espagne, et Albert d’Autriche, gouverneurs des Pays-Bas méridionaux, s’efforcent « de rétablir la paix et la prospérité dans ce bastion avancé du catholicisme à la frontière des provinces-unies protestantes. La production locale de produits de luxe demeure parmi les plus florissante, surtout dans le domaine textile et dans celui des œuvres d’art ». Des centaines de peintres et sculpteurs, ébénistes, verriers et imprimeurs vivent et travaillent à Anvers.

Jordaens Pictor Antverpiae : l’artiste, sa famille, et les peintres d’Anvers
Hormis le traditionnel voyage en Italie, c’est à Anvers que Jordaens vit et réussit.
« L’accès à une profession qui comptait de véritables dynasties d’artistes et de marchands d’art présupposait des appuis familiaux qui ne lui firent pas défaut. Bien que son père ait pratiqué le commerce du drap, la famille de Jordaens avait compté des encadreurs et des artistes dès la fin du XVe siècle. Dirck de Moy, son parrain, appartenait à une lignée d’amateurs d’art, et son maître Adam van Noort (1561-1641), qui deviendra son beau-père, est aussi un parent éloigné. La solidité des alliances familiales croisées et le parrainage sont le lot du milieu des artistes du temps : Jordaens avait un lien de parenté avec Rubens par sa première femme, Isabella Brant ».

La Bible et la vie des saints
De 1560 à 1580, les « édifices religieux d’Anvers ont beaucoup souffert de la diffusion de la Réforme, les protestants s’ingéniant à faire disparaître les symboles de « l’idolâtrie catholique ».
Reconquise par les armées espagnoles en 1585, la ville située « sur la ligne de front entre les Flandres du sud et les provinces protestantes du nord devient le fer de lance du catholicisme ».
Soutenues par les archiducs Isabelle et Albert qui gouvernent les Pays-Bas du sud avec l’Espagne, les congrégations religieuses, notamment les Augustins et les Jésuites, se réinstallent à Anvers.
A la faveur de la Trêve des douze ans (1609-1621) conclue avec les Pays-Bas septentrionaux, Anvers cherche à retrouver son lustre d’antan : architectes, menuisiers, ornemanistes, sculpteurs et peintres sont invités à « restituer sa splendeur passée à la vieille cathédrale gothique », édifier de nouvelles églises, fabriquer mobiliers liturgiques et tableaux d’autel.
Dans l’esprit de la Contre-réforme, les aménagements sont à l’origine sobres. En 1620, les Jésuites confient à Rubens la décoration de l’intérieur de leur nouvelle église, Saint-Ignace (actuelle Saint-Charles-Borromée). L’artiste imagine un programme luxueux pour illustrer la puissance de l’Eglise triomphante. Débute l’époque des grands décors baroques.
« Les sympathies du maître pour la Réforme, sa conversion au calvinisme (avérée au milieu du siècle), ont, en outre, obscurci notre appréhension de cette partie cruciale de son œuvre. Traversée par des accents naturalistes, elle fait notamment de Jordaens l’un des plus profonds émules du Caravage au nord des Alpes. Jordaens donna longtemps tous les signes extérieurs de catholicité au même titre que ses parents, ses beaux-parents, frères et sœurs, parmi lesquels un moine et trois religieuses… Empreinte de pragmatisme, l’attitude de Jordaens et des siens était d’abord le gage d’une vie paisible dans ce bastion du catholicisme qu’était Anvers. Ses choix confessionnels ne l’empêchèrent pas de travailler constamment pour l’Église, grande pourvoyeuse de commandes, et pour une clientèle catholique dont il eut été impensable de se priver pour un peintre d’histoire ».

Les décors profanes
Pour les artistes, les « commandes de décors pour l’organisation des festivités urbaines et l’ornement des demeures princières » permettaient de déployer leur culture et d’acquérir de la « réputation ». Jordaens « fut à bonne école puisqu’il œuvra largement à la réalisation des décors éphémères conçus par Rubens pour l’entrée solennelle à Anvers du nouveau gouverneur des Pays-Bas espagnol, le cardinal infant Ferdinand, en avril 1635. »
Au début des années 1660, il réalise des compositions pour l’Hôtel de Ville d’Amsterdam. « Deux compositions marquent l’apogée de sa carrière : Le Temps fauchant la Calomnie et le Vice et la Mort étranglant la Jalousie et l’immense Triomphe du prince Frédéric-Henri d’Orange-Nassau (1652) réalisées pour la salle d’apparat de la « Maison au Bois » (Huis ten Bosch), résidence princière aux environs de La Haye (in situ). Jordaens y pratique avec aisance ce langage allégorique « baroque » que Rubens contribua largement à définir dans toute l’Europe ».

L’Atelier
« Ecole et manufacture, lieu d’exposition et « boutique », l’atelier constitue le cœur de la production artistique des grands peintres d’histoire anversois ». Jordaens dirige un des ateliers les plus rentables d’Anver des années 1620 aux années 1660, accueillant de nombreux apprentis parmi lesquels aucune personnalité forte n’émergea pourtant ».
Habitués au travail en équipe, ses élèves l’aidaient à réaliser des compositions religieuses ou profanes monumentales et exécuter de grands cartons de tapisserie. Ils pouvaient aussi décliner les « compositions à succès du maître. Véritable « collaboration verticale », plusieurs mains concouraient, de manière anonyme, à produire « un Jordaens » dont la qualité pouvait être fort variable. L’examen de son œuvre dans la durée trahit une organisation du travail qui atteint une forme de standardisation devenue manifeste dans la production tardive. L’ensemble substantiel de dessins et d’esquisses jalousement conservés au sein de l’atelier constituait une ressource fondamentale pour le fonctionnement de cette véritable entreprise ».

« Quotidien » et proverbes
La célébrité de Jordaens est liée aux « scènes de festivités souvent débridées que sont les diverses déclinaisons du Roi boit ! et de « Comme les vieux ont chanté, ainsi les jeunes jouent de la flûte ». Ces deux thèmes sont issus de la riche culture littéraire et proverbiale des Pays-Bas, du Moyen Âge et de la période moderne ».
Espace de rencontre entre la culture des élites et celle du peuple, les proverbes répondent à un souci pédagogique.
« Loin d’être prosaïque, immédiate, la représentation du quotidien chez l’artiste recèle presque toujours un arrière-plan moral ».

Portraits et figures
Jordaens a réalisé peu de portraits, vraisemblablement parce que les commanditaires les plus aisés lui ont préféré ses collègues ; les clients bourgeois . Au l’orée de sa carrière, il contribue avec Rubens et Van Dyck de manière déterminante à faire changer les formules traditionnelles du portrait bourgeois flamand. Les bourgeois privilégiaient leurs portraitistes attitrés, tel Cornelis de Vos.
Les modèles de Jordaens ? Souvent ses amis et sa parentèle.
La « plupart des effigies de la maturité se signalent avant tout par leur vacuité psychologique, l’artiste se contentant d’enregistrer l’individu « extérieur », discrètement flatté, sans questionner sa substance, même s’il existe quelques heureuses exceptions, dont le portrait d’Elisabeth Jordaens montrant un bijou que l’on peut admirer dans l’exposition ».

Histoire profane et mythologie
Jordaens « excelle dans la représentation des tribulations des créatures et des dieux de « la fable », mais aussi dans la représentation de l’histoire de l’Antiquité ». « Interprète de l’héritage antique, il n’a pas toujours bénéficié d’un jugement équilibré, la comparaison avec son mentor Rubens qui paraissait toujours le surpasser par l’ampleur de son érudition et par la hauteur de son inspiration, jouant immanquablement en sa défaveur.
Évoluant dans une cité où les attentes d’une clientèle érudite, pétrie de culture humaniste, exerçaient un effet stimulant sur les peintres d’histoire, Jordaens sut pourtant trouver, dans son rapport à l’héritage antique, une voie personnelle et parfois étonnamment subversive. Maîtrisant les sources grecques et latines par le biais de traductions et par un corpus visuel hétérogène, il emprunte autant à la statuaire classique ou à la numismatique qu’à Rubens et à l’art vénitien de la Renaissance ».

Modèles, cartons de tapisserie et tentures
Les historiens ont souligné « l’importance à la fois qualitative et quantitative de la contribution de Jordaens à l’histoire de la tapisserie dans les Pays-Bas espagnols au XVIIe siècle où il n’est guère surpassé que par Rubens. Remarquablement actif dans ce domaine dès la fin des années 1620 jusqu’aux années 1660, Jordaens conçut des modèles dans des registres fort divers : littérature proverbiale, thèmes équestres, mythologie, histoire antique ou médiévale. Les liens étroits de sa famille avec le commerce du tissu et la spécialisation initiale de l’artiste qui fut reçu franc-maître à la guilde de Saint-Luc (1615-1616) comme peintre à la détrempe, l’avaient probablement préparé à œuvrer dans la réalisation de cartons de tapisserie historiés. « Cartonnier » de premier ordre, Jordaens illustre la convergence croissante entre l’art des lissiers et celui des peintres, rapprochement qui marquera de manière fondamentale l’évolution de la tapisserie au XVIIe siècle ».

Le Cabinet de curiosités (espace pédagogique)
Un grand meuble s’inspirant des « cabinets de curiosités », véritable « chambres des merveilles » très en vogue au XVIIe siècle dans toute l’Europe, présente un ensemble d’objets qui évoquent l’œuvre de Jordaens. Ce « cabinet de curiosités » est décoré d’après des gravures d’Erik Desmazières.

QUELQUES OEUVRES COMMENTÉES
par Alexis Merle du Bourg, commissaire scientifique de l’exposition

Autoportrait de l’artiste avec sa femme Catharina van Noort, leur fille Elisabeth et une servante dans un jardin (1621-1622), huile sur toile, 181 x 187 cm
Madrid, Musée national du Prado
Le « tableau de Madrid, au-delà de sa qualité de chef-d’œuvre, constitue un témoignage fascinant de la haute idée que pouvait se faire Jordaens de sa dignité, au seuil de la trentaine. Par le faste du dispositif, l’accumulation de motifs signifiants, Jordaens transgresse, en effet, les codes du portrait bourgeois qui prescrivaient pour les roturiers, même fortunés, une forme de modestie austère et, en particulier, une représentation à mi-corps plutôt qu’en pied. Alors que sa carrière prenait son essor et qu’il venait, à son corps défendant, d’être désigné doyen de la guilde de Saint-Luc (1621), il dédaigna de se représenter comme un peintre, accaparant les signes caractéristiques du portrait noble : portrait en pied, utilisation d’un domestique « faire-valoir », cadre architecturé, etc.
S’il est entendu que le luth que Jordaens place entre ses mains ici comme dans les deux autres portraits familiaux qu’il exécuta vers 1615-16 (Saint-Pétersbourg, Ermitage et Cassel, Staatliche Museen) souligne le climat d’harmonie familiale, il renvoie aussi à l’homme parfaitement accompli qu’est le virtuoso. Or nul n’illustrait mieux cet idéal alors à Anvers que Rubens dont l’ombre plane sur ce tableau ».
Adam et Ève (La Chute de l’Homme), vers 1640, huile sur toile, 203 x 183 cm
Toledo, Museum of Art
« Au début des années 1640 Jordaens s’intéressa à plusieurs reprise à ce thème biblique (Genèse, 3 ; 16). Ici Adam a pitoyablement glissé sur le sol et tend, à son tour, la main vers un fruit défendu. Sa dégradation physique, statutaire (il est à tous égards subordonné à une Ève d’une radieuse sensualité), anticipe sa déchéance morale et la corruption de sa nature même provoquées par le péché originel. L’aspect radieux de la peinture éclairée par une lumière dorée qui renvoie à la grande tradition picturale vénitienne contraste avec la manière grinçante avec laquelle est représentée la Chute. L’ambigüité de l’attitude d’Adam contribue à rendre le tableau particulièrement fascinant, Jordaens parvenant à combiner sur son visage une convoitise quasi animale – anticipation de son altération – avec une appréhension dont on sait si elle procède d’un (dernier) élan de vertu ou dans la crainte du châtiment pressenti. Au-delà de leur intérêt plastique, la présence des perroquets et notamment du majestueux ara placé en contrepoint de l’accomplissement du péché originel introduit certainement un accent d’optimisme dans la composition.
Un autre aspect remarquable du tableau réside en effet dans la présence de la faune, récurrente chez ce grand peintre animalier que fut Jordaens. Le couple antinomique du chien et du renard peut être interprété sans mal. Placés en opposition, ils expriment respectivement la fidélité à la parole de Dieu, et la tromperie ainsi que la fraude (plutôt que la luxure ou même le mal). L’origine de la présence du renard est à chercher chez Titien dont la composition fut copiée par Rubens, copie dont on a dit qu’elle avait incité Jordaens à traiter le thème dans une veine néo-vénitienne. En revanche, Jordaens persiste ici à représenter le Tentateur sous sa forme reptilienne ».

REPÈRES CHRONOLOGIQUES

20 mai 1593
Baptême de Jacques Jordaens à Notre-Dame d’Anvers.
1607-1608
Jordaens entre dans l’atelier d’Adam van Noort (1561-1641) comme apprenti.
1615-1616
Il est reçu franc-maître à la guilde de Saint-Luc comme peintre à la détrempe.
15 mai 1616
Mariage avec Catharina van Noort, la fille aînée de son maître, à Notre-Dame d’Anvers. Le couple aura trois enfants : Elisabeth en 1617, Jacob en 1625 et Anna Catharina en 1629.
Vers 1617-1620
Jordaens travaille probablement dans l’atelier de Rubens (1577-1640), en même temps qu’Antoon van Dyck (1599-1641).
28 septembre 1621
L’artiste est nommé doyen de la guilde de Saint-Luc, fonction qu’il abandonne dès l’année suivante.
1628
Exécution du grand Martyre de sainte Apolline pour l’église des Augustins d’Anvers. Rubens qui avait sans doute reçu la commande des trois toiles du maître-autel se réserva celle du centre et confia les autres à Jordaens et Van Dyck.
1634-1635
Large participation de Jordaens à la réalisation des décors éphémères conçus par Rubens pour la « Joyeuse entrée » à Anvers du cardinal-infant Ferdinand, nouveau gouverneur des Pays-Bas espagnols (17 avril 1735).
1637-1638
Nouvelle collaboration avec Rubens pour une série de peintures mythologiques destinées à la Torre de la Parada, pavillon de chasse de Philippe IV d’Espagne.
11 octobre 1639
Acquisition par le couple Jordaens d’une maison dans la Hoogstraat à Anvers. Reconstruite autour d’une cour intérieure, elle est achevée en 1641. Il y demeura jusqu’à sa mort.
1639-1641
Commande de vingt-deux peintures sur le thème de L’Histoire de Cupidon et de Psyché pour un cabinet de la reine d’Angleterre Henriette-Marie (Greenwich). L’identité du commanditaire sera cachée à l’artiste. La série demeurera achevée.
30 mai 1640
Mort de Rubens. Jordaens est considéré comme le premier peintre des Pays-Bas méridionaux, position affermie par la disparition de Van Dyck, l’année suivante.
1640-1641
Les héritiers de Rubens confient à Jordaens l’achèvement de deux peintures qui avaient été commandées par Philippe IV d’Espagne.
22 septembre 1644
Jordaens s’engage à livrer à des lissiers bruxellois des cartons de tapisserie illustrant le thème des Proverbes.
21 avril 1648
Christine de Suède commande à Jordaens, pour un plafond du château d’Uppsala, trente-cinq peintures (disparues) qu’il est libre de faire exécuter par des collaborateurs à condition de les retoucher et de les signer.
Automne 1649
Collaboration à la décoration de la Salle d’Orange dans la résidence princière dite « Huis ten Bosch » à La Haye, pour célébrer la mémoire du Stadhouder Fréderic-Henri († 1647).
Entre 1651 et 1658
Jordaens est condamné à payer une forte amende à cause « d’écrits scandaleux » (hérétiques).
17 avril 1659
Décès de son épouse, Catharina van Noort ; elle est enterrée de l’autre côté de la frontière hollandaise dans le cimetière (ou l’église) calviniste de Putte.
1659
La recension des foyers anversois pour la dîme révèle que Jordaens compte parmi les habitants les plus prospères de la ville.
1661
Jordaens réalise trois peintures pour le nouvel Hôtel de Ville d’Amsterdam (in situ). Une autre toile lui est commandée en 1664.
1669
Le peintre hambourgeois Matthias Scheits rend visite à l’artiste qu’il trouve « peignant encore diligemment ». Le maître lui fait les honneurs de sa collection de peintures.
24 février 1674
Pour la première fois, une Cène calviniste est célébrée dans la maison de Jordaens qui accueillera ce type de célébration plusieurs fois jusqu’en 1678.
5 juin 1677
Visite de Guillaume III d’Orange. Son secrétaire, Constantijn II Huygens, décrit un Jordaens diminué, impotent et radotant.
18 octobre 1678
Mort de Jordaens et de sa fille Elisabeth à Anvers, probablement victimes d’une épidémie. Ils sont inhumés dans le cimetière calviniste (ou dans l’église) de Putte.

Rubens-Van Dyck, gravuresJusqu’au 26 janvier 2014
Jordaens (1593-1678), la gloire d'Anvers
Jusqu’au 19 janvier 2014
Au Petit Palais, musée des Beaux-arts de la Ville de Paris
Avenue Winston Churchill - 75008 Paris
Tel : 01 53 43 40 00
Du mardi au dimanche de 10h à 18h


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Les citations proviennent du dossier de presse.