lundi 13 juillet 2020

« Chagall à l’Opéra, le plafond de la discorde » de Laurence Thiriat



Le 23 septembre 1964 est inauguré le nouveau plafond de l’Opéra Garnier. Une création sur plus de 200 m² du peintre Marc Chagall (1887-1985) sur une commande d’André Malraux, écrivain et alors ministre des Affaires culturelles. En cinq éléments aux couleurs vives, un hommage lyrique aux compositeurs et œuvres majeurs de l’opéra et de la danse, un « hymne à la musique, sa deuxième passion », et une prouesse technique. Une œuvre qui a ranimé le débat éternel entre les Classiques et les Modernes, et révélé un certain dédain pour l’art du Second Empire ("style pompier"). Un cadeau de l'artiste génial à la France, son pays d'adoption. « Chagall à l’Opéra, le plafond de la discorde » (Chagalls Deckengemälde, Kontroverse in der Pariser Oper) est un documentaire intéressant de Laurence Thiriat. Arte diffuse sur son site Internet "350 ans de l'Opéra de Paris - Soirée de Gala" (350 Jahre Pariser Oper), documentaire de François-René Martin.


2014 a marqué un double anniversaire : les 40 ans du Musée national Marc Chagall à Nice et les 50 ans du nouveau plafond  de l’Opéra Garnier peint par Chagall (1887-1985).

« J’ai voulu, en haut, tel dans un miroir, refléter en un bouquet les rêves, les créations des acteurs, des musiciens ; me souvenir qu’en bas s’agitent les couleurs des habits des spectateurs. Chanter comme un oiseau, sans théorie ni méthode. Rendre hommage aux grands compositeurs, d’opéras et de ballets », a alors déclaré Marc Chagall. Un univers céleste, aérien. Un "manifeste pour le mouvement". Le reflet de ses réflexions sur le théâtre, notamment Juif.

Polémique
En 1960, André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles, décide de confier au peintre Juif né à Vitebsk (Biélorussie) Marc Chagall le soin de décorer le plafond du prestigieux l’Opéra Garnier. Une idée qui aurait germé dans son esprit lors d'une soirée en l'honneur du chef d'Etat du Pérou à l'Opéra qui représentait Daphnis et Chloé, ballet créé à l'Opéra de Paris en 1959 sur une chorégraphie de Georges Skibine et avec des décors et  costumes signés Chagall, un ami admiré de trente ans de Malraux. Il est aberrant qu'aucun des visuels disponibles pour la presse ne représente Chagall et Malraux devant le plafond de l'Opéra, ni l'ancien plafond de Lenepveu.

Les deux artistes se connaissent depuis trente ans. Malraux vise à "faire aimer", et non à apprendre. Il veut créer une politique culturelle dynamique et démocratiser la culture, favoriser les échanges d’œuvres - La Joconde de Vinci -  entre musées.

Le majestueux Opéra est alors "boudé par la critique et son public, car sont répertoire est jugé moribond, poussiéreux. Il coûte cher (quatre milliards), et est affecté de mouvements sociaux".

Un « geste spectaculaire, hardi à l’époque... Il y avait certes un précédent récent – qui n’était pas une réussite : le plafond peint par George Braque en 1952 dans la salle Henri II du Louvre à la place d’une peinture « officielle » d’antan. Ce ne fut pas un geste unique de la part de Malraux puisque, l’année suivante, il commanda aussi à André Masson un plafond pour le théâtre de l’Odéon ».

Passionné de spectacles (cirque, théâtre), le célèbre peintre Chagall avait décoré en 1949 le foyer du Winter Gate Theatre de Londres et en 1959, le foyer du Frankfort Theatre. Il créera aussi pour le foyer du Lincoln Art Center-Metropolitan Opera House à New York en 1966. A Paris et à New York, ses fresques sont dédiées à la musique.

« Opération « coup de poing », courant d’air frais dans le monde clos et ordonné de Charles Garnier ? Opération médiatique au moment où les médias s’emparaient du monde ? Un sacrilège aussi, puisque le plafond de Chagall (200 m²) recouvrait l’œuvre d’un autre artiste, en défaveur à ce moment-là (comme tous les « pompiers »), mais plus pour longtemps : moins de deux décennies plus tard, la maquette du plafond de Lenepveu sera installée avec honneur au Musée d’Orsay. Un sacrilège surtout à l’égard du principe d’harmonie de Garnier, un principe que tous les artistes de son équipe avaient respecté, même, dans une certaine mesure, Carpeaux. Il est vrai que Garnier n’était plus là pour veiller sur l’unité de son palais des songes ». 

« J’ai été bouleversé par la proposition… énorme de notre ministre Malraux… J’ai été étonné. Je ne pouvais pas dire « Non ». J’ai été ébloui. Je ne savais pas quoi faire. J’ai été tourmenté », confie avec humilité et franchise Chagall au journaliste Adam Saulnier qu’il reçoit dans son atelier parisien près de la Seine le 23 septembre 1964. 

« Troublé, touché, ému », Chagall doute « jour et nuit ». Sur les conseils de son épouse, il débute une esquisse, puis des dizaines de maquettes, parfois en noir et blanc, et parvient à cette composition lyrique.

Le secret qui entoure la réalisation de ce projet artistique ne perdure pas longtemps.

« Réalisée dans un lieu construit à la fin du XIXe siècle, cette œuvre contemporaine encore en chantier s’attire aussitôt les foudres des critiques du monde de l’art et relance le conflit entre les classiques et les modernes ».

"Querelle des Anciens et des Modernes"
Les termes de cette polémique internationale ? « Les défenseurs du Palais Garnier soulignaient l’unité formelle et structurelle du projet conçu par l’architecte qui en avait prévu le moindre détail et qui avait sélectionné avec soin les peintres chargés du décor. Introduire l’œuvre d’un peintre étranger, singulier, dont l’univers apparaissait très éloigné de la culture française, changer le plafond » de Jules Eugène Lenepveu (1819-1898), Grand Prix de Rome (1847) inauguré en 1875, relevait d’un « sacrilège », écrit Sylvie Forestier, conservateur général du Patrimoine. Pour épaissir la matière, Chagall ajoute du sable.

Ajoutons deux thèmes dans cette controverse : la judéité et la nationalité russe de Chagall. Parmi les plus rétifs : l'association des architectes britanniques, qui défend un patrimoine classique, et Roland Bierge (1922-1991), peintre autodidacte lié à la Nouvelle École de Paris et décorateur de théâtre réalisant ce plafond circulaire, une coupole, d’après la maquette de Chagall.

Hugues Gall, ancien l’adjoint de Rolf Liebermann au théâtre national de l’Opéra (1973-1980) et directeur de cet Opéra (1995-2004), évoque aussi et avec pertinence le problème des droits moraux de l'artiste Lenepveu dont l'oeuvre originelle a été cachée par une autre.

Comme cet artiste l'a dit à un autre propos : "Pour ceux qui aiment tout est clair, pour ceux qui n'aiment pas, que dire ? "

Chagall  « est en effet un peintre qui dérange : n’avait-il pas déjà souffert des critiques acerbes qui lui furent adressées à la fin des années 20, quand Ambroise Vollard lui demanda d’illustrer les Fables de La Fontaine. Les gouaches exposées en 1930 à Paris, Bruxelles et Berlin et la parution de l’ouvrage en 1952 par l’éditeur Tériade, successeur de Vollard, apportent la preuve éclatante d’une réussite exemplaire ». 

Marc Chagall « ne sous-estimait pas cependant la difficulté de l’entreprise. En accord avec André Malraux et avec Georges Auric, alors directeur de l’Opéra, l’œuvre de Jules Lenepveu ne fut pas déposée, mais simplement masquée ».  Jules Lenepveu, un peintre académique, élève des Beaux-arts,spécialisé dans la peinture d'histoire, décorative, et habile dans les grands formats. Il crée des scènes antiques allégoriques pour illustrer ce plafond.

Cinq éléments aux couleurs vives
La « conception technique » du plafond de l’Opéra « fut complexe ». 

L’œuvre de Chagall devait couvrir une surface de 220 m². 

Cette « difficulté liée à l’architecture de la salle se complétait des problèmes spécifiques à la perception visuelle du futur plafond. L’artiste y était particulièrement sensible. Dès 1920 à Moscou il fait l’expérience de l’espace scénique lors de la décoration des nouveaux locaux du Théâtre d’art juif de chambre (GOSE(K)T), dirigé par le metteur en scène Granovski ». Chagall crée alors neuf peintures pour « orner les quatre murs de la salle, le rideau de scène et le plafond ». Une « spectaculaire fresque défiant les lois de la pesanteur, en hommage au folklore et aux traditions de tout un peuple ». Le public découvre en 1995 ces panneaux de Chagall, sous la mention « Introduction au Théâtre d’art juif » dans l’exposition Chagall, les années russes 1907-1922  au Musée d’art moderne (MAM) de la Ville de Paris. « S’y révèle une conception des rapports entre expression picturale et volume architectural, mais aussi une réflexion plus particulière des rapports entre espace scénique et espace » de la salle. « Lénine avait fait peindre par Chagall les fresques du théâtre Juif de Moscou. Aujourd'hui, le stalinisme honnit Chagall », écrivait André Malraux dans Les Conquérants (1949). Car ces œuvres de Chagall avaient été « démontées sous Staline et mises dans les réserves de la galerie Tretiakov jusqu'en 1973, date à laquelle Chagall, de retour en Russie demanda à les signer ».

« Cette attention à la perception que le spectateur aurait de son œuvre est au centre de sa proposition. Elle lui dicte la solution figurative qui se développe à l’Opéra et signe une réalisation dont le chatoiement chromatique peut rivaliser avec toutes les mises en scène à venir. Chagall tourne en effet le dos à l’œuvre de Lenepveu. Alors que ce dernier, soucieux de s’inscrire dans la conception générale de Charles Garnier propose, avec Les Muses et les Heures du jour et de la nuit - l'esquisse définitive datée de 1872 est conservée au Musée d'Orsay à Paris -, une œuvre empruntant le langage symbolique de la tradition classique, Chagall fait le choix de la modernité en évoquant compositeurs et ouvrages présentés à l’Opéra de Paris », analyse  Sylvie Forestier, conservateur général du Patrimoine. 

Et de poursuivre : Chagall « organise l’espace du plafond en cinq compartiments, chacun porté par une tonalité différente. Ainsi accorde-t-il au bleu Moussorgski et Boris Goudounov, Mozart, dont il loue la technique et l'angélisme, et La Flûte enchantée ; au vert Wagner et Tristan et Isolde, Berlioz et Roméo et Juliette ; au blanc, Rameau associé au Palais Garnier et Debussy à Pelléas et Mélisande ; le rouge correspond à Ravel et à Stravinski dont Chagall avait réalisé les décors et les costumes de Daphnis et Chloé (Ballet créé à l'Opéra de Paris en 1959, chorégraphie de Georges Skibine) et de L’Oiseau de feu (Ballet créé à New York en 1945, chorégraphie d'Adolphe Bolm, repris en 1949 dans une chorégraphie de Georges Balanchine en en 1970 dans une chorégraphie de Georges Balanchine et Jérôme Robbins). Enfin, le jaune fait référence à Tchaikovski et Alfred Adam et aux ballets Le Lac des Cygnes et Giselle ». Orphée est l'emblème de la musique, et David l'emblème royal.

De manière inédite, la réalisatrice Laurence Thiriat a recouru à un mini-drone de la société Freeway Drone pour filmer en contre-plongée et de nuit ce plafond ainsi que le grand escalier de l'Opéra parisien.

En « une ronde joyeuse se mêlent les figures tendres des couples légendaires, des personnages ailés, des toits de Vitebsk et des monuments parisiens. Chagall se livre avec éclat et amour à une véritable célébration du spectacle où s’unissent dans l’écrin prestigieux de Charles Garnier la vitalité sans cesse renaissante de la musique et de la danse ».

Âgé de 77 ans, cet artiste a réussi brillamment son pari : « J’ai voulu, en haut, tel dans un miroir, refléter en un bouquet les rêves, les créations des acteurs, des musiciens ; me souvenir qu’en bas s’agitent les couleurs des habits des spectateurs. Chanter comme un oiseau, sans théorie ni méthode. Rendre hommage aux grands compositeurs d’opéras et de ballets », explique Chagall lors de l'inauguration du nouveau plafond de la salle de l’Opéra. « Comme une déclaration d’amour au couple et à l’art, un plafond de couleurs tournoyantes au ciel de Paris », résume Sylvie Forestier conservateur général du Patrimoine. Chagall était arrivé dans la capitale française en 1910, avait habité à La Ruche où il rencontre Apollinaire, Cendrars et Amadéo Modigliani, et admiré le Paris historique - Tour Eiffel, etc.  - qu'il a peint. Les monuments parisiens, dont l'Opéra et l'Arc de Triomphe, sont d'ailleurs présents dans son plafond pour l'Opéra. Cet inclassable a refusé l’impressionnisme comme le cubisme, le surréalisme ou  le constructivisme.

Ce plafond peint par Marc Chagall représente  certes une « une rupture dans l’harmonie de la salle de l’Opéra », mais il s’inscrit aussi dans la continuité de l’œuvre de Garnier, dont Chagall avait lu avec attention Le Nouvel Opéra de Paris. En effet, cet artiste « reprend et achève en teintes acides et fraîches – ses « admirables couleurs de prisme » (André Breton) – la réintroduction des couleurs si chères à Garnier. Marc Chagall lui-même avait pris conscience de son génie de la couleur grâce à Paris : « En Russie, tout est sombre, brun, gris. En arrivant en France, je fus frappé par le chatoiement de la couleur, le jeu des lumières et j’ai trouvé ce que je cherchais aveuglément, ce raffinement de la matière et de la couleur folle. » À Paris, « choses, nature, gens, éclairés de cette “lumière-liberté” baignaient, aurait-on dit, dans un bain coloré ». A son arrivée à Paris, Chagall a découvert le "fauvisme, la couleur poussée au maximum de son intensité", avec Matisse, Derain.

De plus, ce plafond « complète  le « panthéon » des compositeurs illustres de tous les temps du Palais Garnier, en introduisant notamment quelques contemporains de l’architecte, « oubliés » dans son programme iconographique (Verdi fut le seul statufié vivant au moment de l’inauguration en 1875), tels Wagner ou Berlioz ; il ajoute aussi quelques compositeurs majeurs de la fin du XIXe siècle, dont trois Russes – l’école russe, relativement récente, resta inconnue des Français jusqu’à Diaghilev. Plus encore, il évoque ces compositeurs par un « Olympe » peuplé des personnages de leurs œuvres ; « Olympe » était, on s’en souvient, le terme générique que Garnier utilisait pour désigner les plafonds des salles ».

Chagall « est un lyrique, et il y a, dans son plafond, une correspondance, une sympathie plus profonde qu’il n’y paraît avec l’œuvre de Garnier. La peinture de Chagall est, pour reprendre le mot d’Apollinaire visitant son atelier de la Ruche pour la première fois en 1912, « sur-naturelle » (ce terme laissera place plus tard à celui de « surréaliste »), comme le palais enchanté de Garnier. Pour l’esprit religieux voire mystique de Marc Chagall, tout dans l’univers se tient et est mû par l’amour ; êtres et choses sont entraînés dans une circulation totale où il n’y a ni haut ni bas, ni pesanteur ni résistance – l’idéal pour peindre un plafond d’opéra ! »

On perçoit aussi dans ce nouveau plafond, l’ambition ancienne de Chagall pour le « spectacle total ». A Vitebsk, « alors qu’il dirigeait – brièvement – l’Académie des beaux-arts de sa ville natale, il scandalisait les chefs communistes locaux en enrôlant tous les peintres en bâtiment de la ville, afin de la décorer de vaches vertes et de chevaux volants à l’occasion du premier anniversaire de la révolution d’Octobre. Lorsqu’il participa à la rénovation du Théâtre juif à Moscou, entre 1919 et 1921, il engloba dans sa vision la salle entière : des panneaux entouraient les spectateurs de toutes parts et reprenaient les décors et les costumes du spectacle – un spectacle total, comme chez Garnier. Comme lui, Chagall rêvait d’un spectacle qui ne sépare par le cadre et l’action ».

Pour le plafond de l’Opéra, Marc Chagall a "travaillé sans relâche, accroupi, assis, avec une rapidité de travail vertigineuse" pour un homme de 77 ans. Il refusa toute rémunération ; seuls les frais de la réalisation matérielle incombèrent à l’État. « L’œuvre fut exécutée entre janvier et août 1963, le peintre travaillant d’abord au musée des Gobelins - le photographe Izis était l'un des rares visiteurs autorisés ; sur les murs, des photographies des dessins de Chagall, et sur le sol les œuvres peintes.

Conçu aux Gobelins, le plafond est assemblé à Meudon., dans l’atelier qu’avait construit Gustave Eiffel ("et qui devait devenir un musée de l’Aviation), à Vence enfin ».  

Inauguration
Grâce à la détermination de Malraux”, qui avait concédé un plafond amovible, marouflé, pour convaincre les opposants de sa commande, et à la persévérance de Chagall, la fresque est inaugurée le 23 septembre 1964, malgré les polémiques.

L’Opéra de Paris « fête en grande pompe l'inauguration du nouveau plafond  peint de sa grande salle, désormais décorée d'une toile monumentale de 220 mètres carrés signée Marc Chagall, le plus français des peintres russes ». Une "geste joyeuse" selon Brigitte Lefèvre, alors petit rat à l'Opéra Garnier, puis directrice du ballet à l'Opéra pendant 19 ans.

« Je suis fier et heureux pour les futurs spectateurs », affirme Georges Auric, administrateur de l’Opéra Garnier, lors d’une conférence de presse. « Ce plafond introduit dans l’Opéra la couleur et la lumière », renchérit Georges Pompidou, alors Premier ministre et passionné d'art contemporain.

« Indéniablement, le plafond de Chagall a remis le Palais Garnier à la mode. Tout comme, vingt ans plus tard, les colonnes de Buren ont fait redécouvrir un Palais-Royal totalement oublié des Parisiens. opérations de communication » couronnées de succès. Et tel semble avoir été le but principal » d’André Malraux. Un parallèle peu convaincant.


"350 ans de l'Opéra de Paris - Soirée de Gala"
Arte diffuse sur son site Internet "350 ans de l'Opéra de Paris - Soirée de Gala" (350 Jahre Pariser Oper), documentaire de François-René Martin. "Le 31 décembre 2018, l'Opéra national de Paris célébrait son 350e anniversaire à Bastille et à Garnier. Au menu : des chorégraphies de John Neumeier et Antonin Preljocaj ; des extraits d'oeuvres de Georges Bizet, Jules Massenet, Charles Gounod et Giuseppe Verdi ; la soprano bulgare Sonya Yoncheva, le ténor américain Bryan Hymel et le baryton français Ludovic Tézier."

"Depuis sa création sous Louis XIV, l'Opéra national de Paris a su bénéficier d'un rayonnement unique au monde, auquel le gala du 31 décembre 2018 choisit de rendre hommage avec un programme festif faisant la part belle aux écoles lyrique et chorégraphique nationales : spectacle feu d'artifice réglé par le metteur en scène Vincent Huguet et dirigé par Dan Ettinger à la tête de l'orchestre de la maison. C'est un florilège du style hexagonal que l'institution a choisi de présenter ce soir : ce dont témoignent les pièces chorégraphiques, extraites de La Dame aux Camélias de John Neumeier et du Parc d'Antonin Preljocaj tous deux créés pour le Ballet de l'Opéra, et ici interprétées par ses plus grandes Étoiles. Côté lyrique, se succéderont les grandes pages de l'opéra français, de Georges Bizet, avec sa Carmen ou ses Pêcheurs de perles, à Jules Massenet et de sa Thaïs ou de son Werther, en passant par le moins connu Jules Lecocq et ses Cent vierges, pour conclure avec le  Faust de Charles Gounod.Mais l'Opéra de Paris a toujours su se positionner comme le point focal de l'art lyrique international : ce n'est pas un hasard si l'institution a réussi à mobiliser pour l'occasion les plus grands chanteurs lyriques du monde, la soprano bulgare Sonya Yoncheva, le ténor américain Bryan Hymel et le baryton français Ludovic Tézier. Clin d'oeil à ce prestige multicentenaire, la soirée fera également un détour par les plus grandes pages d'un compositeur comme Giuseppe Verdi, qui composa son Don Carlos pour l'institution et qui signait dans sa Traviata une déclaration d'amour enflammée au charme pétillant de Paris - capitale de l'amour, capitale des arts, et ce pour encore longtemps."

  

« Il est constitué de douze panneaux et un panneau circulaire central de toile montés sur une armature de plastique (deux cent quarante mètres carrés environ), et signé par l’artiste sur le panneau central et sur le panneau principal : « Chagall Marc 1964 ».

En partant de la gauche de la scène (côté « jardin ») et en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre, le disque central présente les quatre thèmes suivants :

- Bizet, Carmen. Dominante rouge. Carmen devant les arènes est en compagnie d’un taureau à la guitare.

- Verdi, sujet non précisé (La Traviata ?). Dominante jaune. Derrière le jeune couple, un homme barbu (Germont père ?) tient un rouleau à demi déroulé.

- Beethoven, Fidelio. Dominantes bleue et verte. L’élan de Léonore vers le cavalier bleu brandissant son épée.

- Gluck, Orphée et Eurydice. Dominante verte. Eurydice joue de la lyre (l’instrument d’Orphée) et l’ange lui offre des fleurs ».

- Moussorgski, Boris Godounov. Dominante bleue. En bas, au centre, le tsar sur son trône porte les insignes du pouvoir ; au-dessus de lui vole une Renommée à tête monstrueuse et, en vers, la ville de Moscou ; à droite, de l’autre côté de la tête d’Hébé de Walter et Bourgeois, le peuple, en plein centre de la scène. (« Je considère le peuple comme l’élément le plus sensible de la société », déclara Marc Chagall.)

- Mozart, La Flûte enchantée. Dominante bleu clair. Comme dans L’Apparition (1917, coll. Gordeev, Moscou), un grand ange emplit l’air bleu ; un oiseau (un coq, selon certaines sources) joue de la flûte, aimable liberté avec l’ouvrage de Mozart, puisque c’est Tamino et non Papageno, l’homme-oiseau, qui reçoit cet instrument. En 1965-1966, Chagall peignit les décors et costumes d’une Flûte enchantée représentée en février 1967 au Metropolitan Opera de New York.

- Wagner, Tristan et Isolde. Dominante verte. Le couple est langoureusement appuyé à la Daphné de Walter Bourgeois ; au-dessus de lui, l’arc de triomphe de l’Étoile, illuminé du rouge de la passion, et la place de la Concorde ; des thèmes chers à Chagall, qui fit souvent figurer les monuments de Paris dans ses tableaux. (« Mon art a besoin de Paris comme un arbre a besoin d’eau », a-t-il écrit.)

- Berlioz, Roméo et Juliette. Dominante verte. Le couple enlacé est environné d’une tête de cheval et d’un « signe de personnage » qui fait songer à celui de sa toile de 1911, Le Saint voiturier au-dessus de Vitebsk (coll. Part., Krefeld), et se terminent par une Gloire (?) sur laquelle leurs deux visages s’inscrivent.

- Rameau, sujet non identifié. Dominante blanche. Sur la façade du Palais Garnier illuminée, elle aussi, du rouge de la passion, La Danse de Carpeaux, toute dorée, prend des proportions monumentales.

- Debussy, Pelléas et Mélisande. Dominante bleue. Allongée contre la tête de la Clytie modelée par Walter et Bourgeois, Mélisande est observée par Pelléas depuis une fenêtre, encore facétieuse inversion des rôles (selon Jacques Lasseigne, Chagall aurait donné à Pelléas la physionomie de Malraux) ; au-dessus d’eux, la tête d’un roi (Arkel ?).

- Ravel, Daphnis et Chloé. Dominante rouge. Des mourons bleus et le temple du premier acte ; l’extraordinaire figure du temple et le couple siamois uni par les pieds (« Il fut un temps où j’avais deux têtes / Il fut un temps où ces deux visages / Se couvraient d’une rosée amoureuse / Et fondaient comme le parfum d’une rose… », poème de Chagall) que l’on trouve déjà dans le rideau d’ouverture que l’artiste avait composé pour l’Opéra en 1958 et qui achève peut-être l’osmose du couple de La Promenade (1929) figurant deux être cheminant tête-bêche dans les rues ; et, naturellement, une grande tout Eiffel – thème récurrent chez le peintre, qui est présent dans nombre de ses tableaux. Chagall avait réalisé en 1958, pour l’Opéra, les décors et costumes de Daphnis et Chloé dans une chorégraphie revue par Georges Skibine d’après celle de Fokine. En 1961, il illustra pour Tériade le conte originel attribué à Longus.

- Stravinski, L’Oiseau de feu. Dominante rouge, verte et bleue. Dans la partie supérieure, à gauche, le peintre (Marc Chagall) avec sa palette et l’oiseau, paradoxalement vert ; à droite, un ange musicien dont le corps est constitué de son violoncelle, près de l’arbre magique dans lequel se retrouve l’oiseau ; plus bas, des dômes des toits, sans doute ceux du château magique, et un oiseau, rouge cette fois, descendant vers le couple couronné sous un dais ; à côté, deux jeunes mariés, une paysanne portant une large corbeille de fruits sur la tête, un orchestre… Ils sont proches de la tour Eiffel (dans l’espace Ravel du Plafond) ; faut-il y voir une citation des Mariés de la tour Eiffel (1928) ? À droite, au-dessus de la tête de la Pomone de Walter et Bourgeois, un violoniste amoureusement penché sur son instrument. En 1945, Chagall avait peint les décors et costumes du ballet L’Oiseau de feu au Metropolitan Opera de New York (chorégraphie de Léonide Massine).

- Tchaïkovski, Le Lac des cygnes. Dominante jaune d’or. En bas, une femme-cygne sur un lac bleu, renversée et tenant un bouquet à la main ; au-dessus, un surprenant ange musicien, dont la tête et le corps sont constitués par son instrument.

- Adam, Giselle. Dominante jaune d’or. La danse des paysans sous les arbres du village, au premier acte ».


"350 ans de l'Opéra de Paris - Soirée de Gala" de François-René Martin
France, 2018, 90 min
Disponible du 06/07/2020 au 12/07/2020 

Coécrit par Anne Hirsch
Arte France, Opéra national de Paris, Anaprod, 2014, 53 minutes
Diffusions les 14 septembre à 17 h 35 et 18 septembre 2014 à 3 h 45, 2 août 2015 à 17 h 35 et 24 août à 3 h 40, 2 août 2015 à 17 h 35 et 24 août à 3 h 40 

Visuels
© Opéra, Arte, Anaprod

Maquette définitive pour le plafond de l'Opéra - Gouache sur papier entoilé, 1963
© Archives Marc et Ida Chagall, Paris

Articles sur ce blog concernant :
Shoah (Holocaust)

Les citations proviennent essentiellement des sites d'Arte, du ministère de la Culture et de l'Opéra.
L'article a été publié le 14 septembre 2014, puis le 3 août 2015.

4 commentaires:

  1. GRAND Merci pour cet article qui informe ENORMEMENT et qui donne surtout envie de ....retourner à l'OPERA...G...

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  2. Dans cet article, je voudrais relever deux paragraphes pour le moins contradictoires....
    "Ajoutons deux thèmes dans cette controverse : la judéité et la nationalité russe de Chagall. Parmi les plus rétifs : l'association des architectes britanniques, qui défend un patrimoine classique, et Roland Bierge (1922-1991), peintre autodidacte lié à la Nouvelle École de Paris et décorateur de théâtre réalisant ce plafond circulaire, une coupole, d’après la maquette de Chagall."

    Un certain Roland Bierge aurait réalisé le plafond d'après la maquette de Chagall !
    Cette mention mériterait un développement d'autant que dans le paragraphe suivant, Chagall, peintre de 77 ans, semble, aux dires de Laurence Thiriat, avoir réalisé un exploit en peignant en un temps record les 220 m2 du plafond !!!
    "Pour le plafond de l’Opéra, Marc Chagall a travaillé sans relâche, accroupi, assis, avec une rapidité de travail vertigineuse" pour un homme de 77 ans. Il refusa toute rémunération ; seuls les frais de la réalisation matérielle incombèrent à l’État. « L’œuvre fut exécutée entre janvier et août 1963, le peintre travaillant d’abord au musée des Gobelins - le photographe Izis était l'un des rares visiteurs autorisés ; sur les murs, des photographies des dessins de Chagall, et sur le sol les œuvres peintes."

    Et si l'histoire de cette réalisation avait été quelque peu tronquée, arrangée ?

    Maurice Monge

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    1. Chagall a conçu sa maquette, et avait trois assistants : Roland Bierge, Jules Paschal et Paul Versteeg.
      "Chagall n'a pas réalisé ce plafond tout seul, couché sur des échafaudages comme Michel Ange dans la chapelle Sixtine. Il a réalisé une maquette d'un mètre carré et demi qui a ensuite été agrandie à sa taille finale de 220m². Ce travail a été réalisé en grande partie par trois peintres assistants auxquels il faut rendre justice en citant leurs noms : Roland Bierge, Jules Paschal et Paul Versteeg. Ils ont travaillé d'abord dans une salle du musée des Gobelins puis dans un hangar de Gustave Eiffel à Meudon. Lorsque les 24 panneaux ont été installés à l’Opéra, Chagall est tout de même monté sur les échafaudages pour des touches finales et notamment pour dissimuler les jointures entre les différents morceaux"
      https://culturebox.francetvinfo.fr/arts/peinture/les-secrets-du-plafond-chagall-a-l-opera-garnier-233305
      https://www.francemusique.fr/emissions/balade-dans-l-art/les-50-ans-du-plafond-chagall-l-opera-de-paris-18875

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  3. La finalité reste que cette croute n’a pas sa place au sein de ce si bel édifice … heureusement que l’œuvre original est tjs présente au dessous. À planquer au centre pompidou pour que se gargarisent les « artistes » modernes.

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