lundi 26 août 2013

"A corps et à traits" à Mont-de-Marsan

 

Le Centre d'art contemporain Raymond Farbos présente l’exposition collective éponyme dédiée au dessin, à travers les œuvres de six artistes remarquables, dont celles du peintre et dessinateur Ben-Ami Koller (1948-2008). Né en Roumanie, Ben-Ami Koller fait son aliyah en 1974. Il se distingue par la qualité de sa ligne, explore l'expressionnisme abstrait coloré, revient vers le figuratif pour des œuvres bouleversantes sur la Shoah
 
 
Ben Ami (fils de mon peuple en hébreu) Koller était né à Oradea (Transylvanie, Roumanie) le 14 mai 1948. Sa mère avait été déportée à Auschwitz et sa famille juive décimée par la Shoah.


Ben-Ami Koller avait été distingué, « à l'âge de 7 ans, par un premier prix d'aquarelle dans un concours international ».

Diplômé de l’Académie des Beaux-arts à Bucarest, il avait fait son aliyah en 1974.

Ses grands dessins sur papier de nus expressionnistes « avec sa façon si particulière de mettre en scène le moindre pli, la plus infime torsion physique ou mentale », au crayon ou à la pierre noire lui ont apporté une célébrité internationale.

Haïssant la routine et l’ennui, conscient des valeurs (rigueur, pureté, essence) du trait, lucide quant à l'attractivité des couleurs, Ben-Ami Koller avait abordé la peinture abstraite, colorée, expressionniste, lyrique, avec de hauts reliefs. Puis, il était revenu à la figuration.

Vivant en France depuis 1981, ce maître du trait illustrait des livres et enseignait.

Il a montré ses œuvres dans environ 200 expositions, en Europe, en Amérique, et au Japon. Ses œuvres ont été acquises par des institutions publiques et des collectionneurs privés. Des films lui ont été consacrés.

« A tous les miens que je n’ai pas connus »
« Depuis plus de deux ans déjà, j’ai orienté ma démarche vers le corps en souffrance… Je suis revenu vers le corps et le visage exclusivement. Cette orientation a été en grande partie déterminée par l’histoire de ma famille ; le déclencheur fut le drame de la Shoah et de la déportation, puis mes recherches se sont étendues à un questionnement plus général sur la souffrance infligée au corps et à l’esprit. Cette préoccupation était déjà inscrite en filigranes dans mon travail depuis longtemps sans que je l’aie appréhendée clairement et sans que j’en aie fait la charnière de mon travail au point où je l’amène actuellement. Je pense que mon âge et mon vécu ont une importance énorme dans cette prise de conscience », expliquait Ben Ami Koller en 2008.

Sa dernière série « Auschwitz » avait été présentée début 2008 dans la galerie Pierre Marie Vitoux (Paris) sous le titre « A tous les miens que je n’ai pas connus ». « Tous les dessins sont réalisés à la pierre noire sur papier. Certains sont rehaussés de lavis d'encre et de pastel sec », nous précisait en 2009 Annick Dollo-Koller, sa veuve.

Ben Ami Koller y exprimait la souffrance avec force, réalisme, empathie et douleur. Dans ces visages émaciés, on est happé par de grands yeux tristes, graves, suppliants. Des corps courbés, squelettiques, déformés, suppliciés sont dessinés en noir et blanc, sur des fonds parfois adoucis de gris, rose et beige qui soulignent la violence infligée. L’artiste affirmait son souci de la dignité de l’homme, et exerçait sa « liberté de témoigner de ce dont il était dépositaire depuis trop d’années et dont il devait se défaire. Liberté d’aller chercher la vie sous les cendres » selon le communiqué de presse.

C’est autour de la liberté, chère à Ben-Ami Koller, que l’association Artcité et la famille de cet artiste, ont organisé une exposition sur ce peintre à Fontenay-sous-Bois en 2010.

La liberté de se renouveler en explorant de nouvelles voies artistiques, en usant de divers matériaux et techniques, hors des modes, avec sincérité, humilité et exigence et générosité.

En témoignent ses tableaux couvrant toutes ses périodes de création : des Beaux-arts de Bucarest jusqu’à l’ultime œuvre inachevée.

En 2011, l'association Traverse a présenté une rétrospective du peintre Ben-Ami Koller au Centre culturel Jacques Prévert de Mers-les-Bains.

A l'été 2013, l’association « Les amis de Charles Despiau et de Robert Wlérick » montre au Centre d'art contemporain de Mont-de-Marsan des dessins dans lesquels le trait, d'encre, de fusain, de pierre noire ou de pastels secs est riche en sens. Ces « œuvres, bien au-delà de la représentation, sans jamais verser dan le narratif, s'ouvrent sur l'humanité dans ses dimensions sociales, historiques, imaginaires et sur le Réel. Elles livrent l'intimité de la chair avec ses meurtrissures de la naissance à la mort, pénètrent à l'intérieur du corps autant qu'elles délivrent leurs messages sur la condition humaine ».

"Depuis toujours le corps humain est un des plus grands thèmes de l'art particulièrement dans l'art occidental et il reste un sujet de prédilection dans l'art contemporain. Au fil du temps, le sens de ces représentations a évolué en fonction des croyances et des religions et leur diktat. En Grèce, de l'utilité incantatoire ou rituelle avec ses conventions formelles, la représentation humaine cherche à rendre compte de la réalité précise du corps jusqu'à l'idéalisation. A partir du XXe siècle, à ce corps idéalisé succèdent de nouvelles images qui tendent à annihiler l'intégralité, l'unité de la figure en lui conférant une dimension tragique, dramatique, illusoire ou dérisoire".

Ben Ami Koller, « démultipliant son trait à la pierre noire prolongé dans de larges mouvements d'éponge, parfois effacé et repris en forme de palimpseste, explore avec une puissante sensualité le corps et plus précisément le corps et le sexe de la femme. La mort qui ne s'y manifeste que par quelques signes, devient de plus e en plus prégnante dans les œuvres sur la Shoah et ses corps décharnés ».

Le Centre d'art contemporain Raymond Farbos a  présenté l’exposition collective A corps et à traits dédiée au dessin, à travers les œuvres de six artistes remarquables, dont celles du peintre et dessinateur Ben-Ami Koller (1948-2008).
 

Jusqu’au 14 septembre 2013
Au Centre d'art contemporain de Mont de Marsan
1bis-3, rue Saint-Vincent de Paul. 40000 Mont de Marsan
Tél. : 05 58 75 55 84
Du lundi au vendredi de 10 h à 13 h et de 14 h à 18 h, le samedi de 14 h à 18 h

Jusqu'au 7 août 2011
Au Centre culturel Jacques Prévert (rez-de-chaussée)
3, rue Paul Doumer. 80350 Mers-Les-Bains
Tél. : 02 35 86 11 85
Du mercredi au dimanche de 15 h à 19 h. Entrée libre
Vernissage le 25 juin 2011 à 19 h
 
Jusqu’au 2 juillet 2010
A la Maison du Citoyen et de la Vie Associative
16, rue du Révérend-Père Lucien Aubry, 94120 Fontenay-sous-Bois
Du lundi au vendredi, de 9 h à 20 h, samedi de 9 h à 12 h et de 14 h à 18 h
Vernissage le mardi 15 juin 2010 de 18 h à 21 h

Photos de haut en bas :
Première oeuvre : acrylique sur toile faisant partie de la série du "Corps en souffrance"
© Gregor Podgorski

Ben-Ami Koller
© Lysiane Koller

A lire sur le blog :
Affaire al-Dura/Israël
Culture
France
Judaïsme/Juifs
Shoah (Holocaust)


Cet article a été publié en une version plus concise dans le numéro 625 de juin 2010 de L'Arche, et sur ce blog le 13 juin 2010, puis le 7 juillet 2011.

vendredi 23 août 2013

Karel Ančerl (1908-1973), chef d’orchestre tchèque


A l’occasion de la « Gold Edition Ancerl » de Supraphon, en clôture du festival Culture tchèque des années 1960 et sous le Haut patronage de S.E.M. Pavel Fischer, Ambassadeur de la république tchèque en France, le Centre tchèque  a organisé, en partenariat avec la saison de concerts Prima la Musica !, une soirée en hommage au chef d’orchestre  tchèque Karel Ančerl, le 11 janvier 2006, à 19 h, à l’Auditorium de Cœur de Ville (Vincennes).



Karel Ančerl est né en 1908 dans une famille cultivée de Tučapy, un village de Bohême, dans le sud de l’Empire austro-hongrois.

Après des études de violon, direction et composition au Conservatoire de Prague, il débute auprès de Vaclav Talich et Hermann Scherchen. C’est lui qui crée en Tchécoslovaquie le « Pierrot lunaire » de Schoenberg.

"L’activité d’Ančerl au Théâtre Libéré commence en 1931, et se termine en 1933", rappelle Antoine Servetti, responsable du site dédié à Karel Ančerl.

De 1933 à 1939, il dirige l’Orchestre de la radio de Prague, un orchestre de jazz et à plusieurs reprises la Philharmonie tchèque.

Bien que son père soit Juif, "il a continué son activité jusqu’en 1939, où l’on a pu recenser de nombreuses sessions radio", précise Antoine Servetti.

Arrêté, cet artiste est interné dans des camps de concentration.

Dans le film réalisé à Terezin (Theresienstad), camp édifié à fins de propagande par les Nazis, on peut le voir diriger le 23 juin 1944 l’orchestre du camp interprétant une Etude pour cordes de Pavel Haas. Karel Ančerl est déporté ensuite à Auschwitz. Il survit très affaibli, mais ses parents, son épouse et son fils périssent dans les camps de la mort.

Lors de la saison 1946-47, Karel Ančerl "dirige l’Orchestre de l’Opéra du 5 Mai (production de 5 opéras)", a observé Antoine Servetti.


En 1947, il dirige l’Orchestre de la radio tchèque, puis devient le chef de l’Orchestre philharmonique tchèque de 1950 à 1968, période où Vaclav Talich dirige la Philharmonie slovaque. Les mélomanes se souviennent de son perfectionnisme, son sens du détail, son éloquence gestuelle et sa sensibilité pour restituer les émotions des œuvres dirigées et du niveau d’excellence atteint par l’Orchestre philharmonique tchèque sous sa direction.

« Chaque chef d'orchestre, chaque artiste-interprète, est un médium. Un médium qui réalise, ou doit réaliser, la vision du compositeur. Pour le faire bien sûr, il lui faut un instrument : un violon ou un piano pour l'instrumentiste, un orchestre pour le chef d'orchestre. Son instrument est beaucoup plus complexe qu'un instrument individuel. L'orchestre est une collectivité. Il est composé de nombreuses individualités. Le premier travail du chef d'orchestre, à mon avis, consiste à souder cette collectivité, de façon à ce que tous ressentent, tous vivent de la même manière l’œuvre qu'ils interprètent… Je veux juste souligner l'importance de la personnalité du chef d'orchestre : elle peut et doit avoir une influence telle qu'elle amène toute cette collectivité à une manière de jouer très précise », a confié Karel Ančerl à Hans Krut dans le film  Qui est Karel Ančerl ? (1969).
La Guerre froide restreint le nombre des pays où il peut se produire. En 1959, il part en tournée en Australie, Chine, Japon, Union soviétique et Inde, puis dans les années 1960, en Amérique du Nord. Il est primé au niveau international.

Le 21 août 1968, sur ordre de l’URSS, les troupes du Pacte de Varsovie envahissent la Tchécoslovaquie. Karel Ančerl se trouve alors à l’étranger. Favorable au Printemps de Prague, il choisit l’exil et subit la répression : ses biens sont mis sous séquestre, ses disques ne sont plus réédités, son nom est enlevé des pochettes de disques, etc.

Au moment de nommer un successeur au directeur musical Charles Munch à la tête de l’Orchestre de Paris, deux noms sont proposés : Karel Ančerl et Herbert Karajan. C’est ce dernier qui est choisi. Karel Ančerl s’installe à la rentrée 1968 à Toronto (Canada) dont il dirige l’Orchestre philharmonique. Il décède le 3 juillet 1973.
Pour rappeler cette figure talentueuse, une soirée  a présenté un extrait d’un film documentaire, puis une table-ronde dirigée par Stéphane Friedrich avec Jana Gonda, Directrice de Supraphon, les musicologues Guy Erismann, Marcel Marnat et Stéphane Friédérich, l’historien Antoine Marès et le journaliste A. J. Liehm.

Puis, l’Ensemble Calliopée placé sous la direction du compositeur Krystof Maratka a interprété des œuvres de Antonin Dvorak, Erwin Schulhoff, Krystof Maratcka, ainsi que le Kol Nidre pour violoncelle solo et ensemble à cordes de Max Bruch.

Alain Fantapié, président de l’Académie Charles Cros, a remis à la maison Supraphon le Prix « Hommage spécial à Karel Ančerl ». Lors du 30e anniversaire da la mort de Karel Ančerl, cette maison  a commencé à rééditer  les enregistrements  de Karel Ančerl réalisés avec l’Orchestre philharmonique tchèque interprétant  des œuvres de Beethoven, Brahms, Dvorak, Janacek, Prokofiev, Stravinsky. Soit 42 disques en sept séries…

Vers 22 h, a été inaugurée l’exposition photographique de Jiri Vsetecka « Prague musicale ».


CITATIONS  SUR/DE KAREL ANCERL

A l’issue de la création d’Etude pour orchestre à cordes de Pavel Haas par l’orchestre du camp dirigé par Karel Ančerl, le 23 juin 1944, au camp de Terezín (Theresienstadt) près de Prague, Viktor Ullmann, co-auteur avec Peter Kien de L'Empereur de l'Atlantide (Der Kaiser von Atlantis) a écrit : « Karel Ančerl est un chef d’envergure, possédant un savoir-faire impressionnant. Je tiens pour preuves de ses qualités et de sa patience surhumaine, le fait qu’il ait accompli un travail héroïque pour réunir et développer cet ensemble Comme chef, il me rappelle Václav Talich ou Hermann Scherchen. Comme ce dernier il a toujours été un pionnier de la musique contemporaine ».
On peut voir des images de ce concert dans Der Führer schenkt der Juden eine Stadt (Le Führer offre une ville aux Juifs), film de propagande nazie. Dans ce camp « considéré comme vorübergehendes Sammellager [camp de rassemblement et de transit] et vitrine exemplaire aux yeux du monde, Ančerl y a aussi "joué second alto dans le sextuor n°2 de Brahms" et dirigé Haendel, Beethoven, Bach et Mozart tout en travaillant dans les cuisines de ce camp. Parmi les artistes internés dans ce camp : Pavel Hass, Viktor Ullmann, Hans Krasá et Gideon Klein. Dès 1944 cet orchestre – formé en 1942 de 16 premiers et 12 seconds violons, huit altos, six violoncelles et une contrebasse – disparaît au fil des déportations vers Auschwitz de la plupart de ses artistes.

Le 16 octobre 1944, Karel Ančerl, son épouse Valy et leur fils Jan né à Terezín, ainsi que Pavel Haas, sont déportés au camp d’Auschwitz. « Lorsque j’ai connu ces abîmes profonds de ce qu’un homme peut faire à un autre, je n’ai pas perdu la foi en l’Humanité, et plus tard après la guerre, je suis retourné plein d’élan dans la trajectoire que j’avais entamée en 1930  ». (Karel Ančerl)

Extraits de Kdo je Karel Ančerl  ? (Qui est Karel Ančerl ?) réalisé par Hans Krut pour la télévision tchèque (1968) :
« On me demande souvent : « Qu'est-ce que le travail d'un chef d'orchestre ? » On a écrit beaucoup de livre sur ce sujet, beaucoup de littérature. Moi, je me contenterai de dire ceci... Je voudrais dire que chaque chef d'orchestre, chaque artiste-interprète, est un médium. Un médium qui réalise, ou doit réaliser, la vision du compositeur. Pour le faire bien sûr, il lui faut un instrument : un violon ou un piano pour l'instrumentiste, un orchestre pour le chef d'orchestre. Son instrument est beaucoup plus complexe qu'un instrument individuel. L'orchestre est une collectivité. Il est composé de nombreuses individualités.
Le premier travail du chef d'orchestre, à mon avis, consiste à souder cette collectivité, de façon à ce que tous ressentent, tous vivent de la même manière l'œuvre qu'ils interprètent. C'est la première étape de la véritable interprétation. De même que pour l'instrumentiste, la qualité de son instrument importe beaucoup, le travail du chef dépend de la qualité de l'orchestre.
A ce propos, il est utile de se rappeler la différence qui existe entre les orchestres de jadis et ceux d'aujourd'hui. Aujourd'hui dans les orchestres de haut niveau, on exige une perfection technique totale de chaque instrumentiste. Les générations précédentes n'ont pas eu cette chance. Les chefs d'orchestre formaient leurs musiciens.
Je me souviens d'une petite histoire que j'ai vécu avec Talich. Quelques années avant sa mort, il était revenu à la Philharmonie tchèque pour diriger des concerts. Il avait invité notre premier cor, Monsieur Stefek, à jouer un passage d'une manière bien précise. Talich lui a chanté ce passage. Stefek a pris son instrument et l'a joué sur le champ, comme Talich le désirait. Talich abandonna la répétition et vint me voir en larmes. Il me dit : « Je n'ai plus rien à leur expliquer. Ils jouent comme je l'imagine avant même que je dise comment je l'imagine ! »
Je veux dire par là que la technique orchestrale a énormément évolué. De nos jours, le niveau des musiciens de l'orchestre facilite la tâche du chef. Il est sûr que les performances d'un bon orchestre se répercutent sur les exigences du chef. Bien sûr les exigences de chaque chef d'orchestre envers la collectivité de cessent d'augmenter. C'est seulement ainsi que l'on peut atteindre, aujourd'hui, des performances extraordinaires dans un orchestre moyen. Celui-là même qui, jadis, représentait le sommet de l'art de l'interprétation. Bien sûr, la personnalité du chef d'orchestre influence le style et l'interprétation. J'ai parlé avec un membre du célèbre orchestre de Boston. Je l'ai interrogé sur divers chefs d'orchestre comme Koussevitsky, Munch... Il me dit : « Sous Koussevitsky, nous jouions comme un orchestre russe et Munch nous a transformés en un orchestre français. » Je veux juste souligner l'importance de la personnalité du chef d'orchestre : elle peut et doit avoir une influence telle qu'elle amène toute cette collectivité à une manière de jouer très précise. Cela exige une très longue série de répétitions et une longue expérience commune. Si je dirige la Philharmonie tchèque, je n'ai pas besoin de leur expliquer longuement ce que je souhaite obtenir, car nous nous connaissons depuis 18 ans ».

Karel Ančerl  sur le cycle de poèmes symphoniques « Ma patrie » de Bedřich Smetana : « Evidemment, « Ma patrie » est pour notre public l’œuvre fondamentale de la musique tchèque. C’est ainsi que notre public le sent car il y voit une des plus grandes créations de l’esprit national. Je crois que c’est juste, mais je pense aussi que « Ma Patrie » n’a pas qu’une importance locale. Je m’en suis convaincu lors de l’Exposition universelle de Montréal en 1967 où nous l’avons exécutée. J’ai été surpris par le succès immense que l’œuvre a remporté. Mais là, l’aspect national de l’œuvre a été naturellement éliminé et les gens n’écoutaient que la musique ».

A lire sur ce blog :

Mon article a été publié sous le pseudonyme de Ray Harsheld par Guysen Israël News le 10 janvier 2006. Il a été modifié en 2014

mercredi 14 août 2013

« Mon joli canari » de Roy Sher


Arte diffusera le 16 août 2013 « Mon joli canari » (My Sweet Canary), documentaire musical de Roy Sher. Un « portrait musical de Róza Eskenázy (vers 1895 ou 1897-1980), la diva du rebétiko, une des plus célèbre chanteuses des années 1930 ». Née dans une famille Juive sépharade à Constantinople, cette artiste débute sa carrière en Grèce, et la poursuit sur les rives méditerranéennes et aux Etats-Unis.

Róza Eskenázy "était une femme dynamique, et au caractère bien trempé", se souvient sa petite-fille Rose-Marie Linodopourlou.

Róza Eskenázy est née en 1895, 1897 ou 1898 dans une famille Juive sépharade - sa première langue est le ladino -, pauvre - son père travaille dans la brocante -  vivant dans le quartier Juif d'Istanbul (Constantinople) sous le nom de Sarah Skinazi. Elle a dissimulé son année de naissance, et donc son âge réel.

Agée de 7 ans, elle arrive avec sa famille à Thessalonique - Salonique est surnommée la "Jérusalem des Balkans"-. Elle est repérée à Komotini par des cabaretiers.

Là, puis à Athènes, la jeune fille au caractère bien trempé fréquente les théâtres et les cabarets, malgré les réticences de ses parents. Elle débute comme danseuse.

Elle s’éprend de Yiannis Zardinidis, issu d’une famille chrétienne et aisée de Cappadoce et qui la surnomme "la Juive". Le jeune couple fuit en 1913, et Sarah transforme son prénom en Roza. Le couple se sépare, et le père garde leur enfant. Au décès de Zardinidis en 1917, Róza confie leur fils Paraschos à la crèche d’une église - ce fils renoue avec sa mère qu'il croyait morte en 1935 à Athènes -, pour emménager à Athènes et reprendre sa carrière.

Le rebétiko, "blues grec"
Après avoir débuté avec deux artistes arméniens, Seramous et Zabel, Róza Eskenázy est découverte à la fin des années 1920 par Panagiotis Toundas, compositeur et producteur réputé. Grâce à lui, elle rencontre Vassilis Toumbakaris, de la firme Columbia Records.

Elle enregistre son premier disque en 1929. Le début d’une longue série d’enregistrements discographiques et de succès jusque vers les années 1960.

Róza Eskenázy signe avec cette firme un contrat d'exclusivité vers 1931-1932. Elle est l'une des rares vedettes à percevoir des droits sur ses chansons.

Dotée d’une incroyable voix et d’un regard de braise, elle « popularise le rebétiko, impose des instruments alors peu connus comme le bouzouki, chante tour à tour en grec et en turc, et fait revivre la musique judéo-espagnole qu'elle interprète en ladino ». Elle aborde aussi des sujets délicats, tels la prostitution, la drogue, les pauvres ou le déracinement. Ce sujet-ci est particulièrement sensible au 1,2 million de Grecs contraints de quitter l'Asie mineure, et aux 500 000 Turcs obligés de fuir la Grèce après la guerre entre la Grèce et la Turquie. Le rebétiko est fait de rythmes orientaux, composé de leitmotivs. C'est une musique urbaine, populaire, née entre la Grèce et l'Anatolie. Et qui critique la société.

Comme Ríta Abatzí, Róza Eskenázy attire un large public lors de ses tournées en Grèce, en Turquie, en Égypte et dans les Balkans (Serbie) venus l’écouter chanter des chansons folkloriques. D’origine grecque ou turque, le public l’accueille avec ferveur. L’un de ses succès : Mon petit canari (1934)

L’arrivée au pouvoir du général Ioannis Metaxas en 1936 influe sur la culture musicale grecque.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Róza Eskenázy poursuite sa carrière artistique, notamment dans sa boite de nuit, Krystal, qu’elle dirige avec son fils. Elle connait un officier allemand, Hans, qui cache chez lui des membres de sa famille. Elle obtient un faux acte de baptême. Et soutient activement la résistance grecque, sauve des Juifs à Athènes et à Thessalonique. Arrêtée en 1943, elle demeure en prison pendant trois mois, puis libérée, elle se réfugie dans la clandestinité.

Après ce conflit, Róza Eskenázy reprend sa carrière avec enthousiasme, et se lie avec Christos Philipakopoulos.

Les temps, les goûts ont changé. Róza Eskenázy élargit son répertoire. Elle collabore avec Vassílis Tsitsánis (1915-1984), un des auteurs talentueux du rebétiko et joueur de bouzouki.

En 1952 et 1958, elle chante dans diverses villes des États-Unis, où « elle est accueillie avec ferveur par la diaspora gréco-turque ».

Après une relative désaffection du public grec dans les années 1960, sa carrière rebondit à la fin des années 1970. Róza Eskenázy est l’invitée d’émissions télévisées, et influe sur la nouvelle génération de chanteuses.

En 1976, elle se convertit au christianisme orthodoxe en 1976 sous le nom de Rozalia Eskenazi.

Son dernier concert a lieu à Patras en 1977.

Le réalisateur a filmé trois artistes interprétant les plus grands succès de l'immense répertoire de Róza Eskenázy : Martha Demetri Lewis, Chypriote grecque née en Grande-Bretagne, compositrice et chanteuse, Tomer Katz, artiste israélien jouant de l’oud et du bouzouki, et Mehtap Demir, chanteuse et musicienne d’origine turque.

Le MAHJ a diffusé ce documentaire dans le cadre de Mémoire familiale, le 17 février 2013,  à 10 h. 


Le 17 février 2013, à 10 h
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Téléphone : (33) 1 53 01 86 60

« Mon joli canari » de Roy Sher
Grèce-Israël, Arte/ERT, 2012, 90 minutes
Diffusions les :
-          28 octobre 2012 à 22 h 20 ;
-          5 novembre 2012 à 11 h 10 ;
-         16 août 2013 à 2 h 35.

Visuels : © DR




Cet article a été publié le 28 octobre 2012 et le 14 février 2013.

jeudi 1 août 2013

La Commission israélienne pour les générations futures

 
Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate UMP à la Mairie de Paris, séjourne en Israël où elle s'intéresse aux nouvelles technologies et aux réponses de municipalités israéliennes à des problèmes urbains.
 
En mars 2001, la Knesset  (Parlement israélien) a créé une Commission pour les générations futures  présidée par le juge Shlomo Shoham. Cette institution consultative et propositionnelle unique au monde est dotée de pouvoirs larges afin de préserver l’avenir. La France et le Conseil de l’Europe songent en 2002 à se doter d’un tel organisme.
 
 
C’est en son sein que la Knesset  a placé une institution « ayant une vue d’ensemble des questions législatives pour en évaluer l’éventuel impact négatif sur les besoins et les droits des générations futures et trouver le moyen de contourner le problème ».

A l’origine : une proposition de loi de Joseph Lapid, présentée en octobre 2000, et promulguée en mars 2001.

Israël, « phare des Nations »
Cette Commission pour les générations futures  donne son avis sur les projets et propositions de loi ainsi que les règlements intéressant les générations futures.


Le but : « évaluer l’éventuel impact négatif sur les besoins et les droits des générations futures et trouver le moyen de contourner le problème ».

Cette Commission fait « occasionnellement des recommandations au Parlement et conseille les membres du Parlement sur des questions présentant un intérêt particulier pour les générations futures ».
Les domaines où elle a autorité ? « L’environnement, les ressources naturelles, la science, le développement, l’éducation, la santé, l’économie publique, la démographie, la planification et la construction, la qualité de vie, la technologie et le domaine juridique ».

Et ce champs d’action déjà large peut être augmenté par l’action de la Commission constitutionnelle des lois.

La Commission est dirigée par un Commissaire, « choisi par une commission parlementaire ad hoc et nommé par le président du Parlement ».

Le Commissaire constitue un Conseil public composé de scientifiques et d’intellectuels experts dans plusieurs domaines et dans l’analyse prospective, ainsi que de responsables religieux et de diverses personnalités publiques.

Il est aussi chargé de mener des actions de sensibilisation à la prospective auprès du public.

Premier Commissaire pour les générations futures, le juge Shlomo Shoham  est un expert de la procédure législative au parlement comme conseiller juridique de la Commission constitutionnelle, des lois et de la justice.

Le Commissaire peut demander toute information jugée pertinente à la Knesset et aux institutions ou organes soumis à l’inspection du Contrôleur d’Etat, et est aidé par un Conseil public composé des meilleurs experts.

Il a notamment favorisé des projets de loi sur la sauvegarde de l’environnement, privilégiant la construction de tunnels à celle de routes, préservant la côte méditerranéenne, mieux gérer le problème de l’eau, suggéré une réforme des « mécanismes de planification et construction nationale ».

C’est lors du Sommet Mondial pour le Développement Durable à Johannesburg (26 août-4 septembre 2002) que Shlomo Shoham a rencontré des parlementaires français qui ont été enthousiasmés.

Les 16-17 décembre 2002, M. Shoham et Martti Tiuri, Président de la Commission des générations futures au sein du Parlement de Finlande ont été auditionné par la Commission de l'environnement, de l'agriculture et des questions territoriales de l'Assemblée du Conseil de l’Europe. Il a aussi dialogué avec Nathalie Kosciusko-Morizet député (UMP) de l’Essonne, et le sénateur de l’Orne et membre du Conseil de l’Europe, Daniel Goulet  (UMP). Nathalie Milszpein, suppléante de M. Goulet, précise que cette institution est bienvenue car les politiciens sont souvent sollicités ou intéressés par des objectifs à court terme. Avant d’ajouter que l’on ne peut guère soupçonner M. Goulet de manquer d’objectivité : ce parlementaire est président du groupe sénatorial d’amitié France-Palestine.
 
Un modèle pour l’Europe
Cela suppose une réflexion sur les modalités d’intégrations d’une telle Commission dans le système institutionnel français. Au Conseil de l’Europe, cette institution serait vraisemblablement « transversale », non rattachée à une direction spécifique. Plusieurs voies s’offrent aux Parlementaires, dont la proposition de loi.

C’est tout à l’honneur d’Israël, malgré l’Intifada II, malgré la crise économique, malgré les scandales politiques, d’avoir su concevoir une telle Commission. « Alors imaginez ce qu’Israël pourrait faire sans tous ces graves problèmes qui l’assaillent... », Yitzhak Eldan, ambassadeur de ce pays auprès du Conseil de l’Europe.

Cette institution a été supprimée par l'Etat d'Israël.
 

 
Articles sur ce blog :
Shoah (Holocaust)
Articles in English


Cet article a été publié le 22 février 2013 après l'annonce de la candidature deNathalie Kosciusko-Morizet à la Mairie de Paris.