dimanche 31 mars 2013

Faible mobilisation à Paris pour soutenir Israël et demander la libération de Guilad Shalit


Cet article est republié alors que les circonstances de la capture  du soldat franco-israélien Guilad Shalit sont révélées par Ben Caspit dans le Jerusalem Post : une capture par des terroristes palestiniens sans les avoir combattus. Sont soulignés aussi l'importance de la vie par les Juifs, notamment Israéliens, l'urgence pour Tsahal de tirer les leçons de ce rapt et le recours avec plus de parcimonie au terme "héros".

Quelques milliers de personnes, essentiellement juives, ont répondu à l’appel des organisations juives françaises à se rassembler sur le parvis des droits de l’homme du Trocadéro (Paris) le 22 juin 2010, pour soutenir l’Etat juif et exhorter à la libération de l’otage franco-israélien Guilad Shalit, kidnappé par les terroristes islamistes en Israël, le 25 juin 2006, à l’âge de 20 ans. Un échec ni reconnu ni analysé par les organisateurs. L’essentiel de cet article sera évoqué lors de mon interview par Radio Chalom Nitsan le 8 juillet 2010, vers 17 h 30.
« Nous ne sommes pas 5 000, nous sommes 10 000 ! », s’exclamait un responsable juif français ce 22 juin 2010, sur le parvis du Trocadéro, en début de soirée.

« Nous ne sommes pas 10 000, mais nous sommes 15 000 ! », renchérissait un de ses homologues, peu après.

Difficile à les croire. La foule n’occupait au mieux qu'une moitié de la place du Trocadéro. La police estimait à environ 3 200 le nombre de personnes ayant participé à ce rassemblement. Un nombre vraisemblable.

A Nice, un rassemblement similaire avait réuni environ 340 personnes selon la police et 500 selon le CRIF Sud-Est.

Guilad Shalit, captif sans aucun droit
Le ton de la soirée ? Paradoxal. Quelques chansons israéliennes joyeuses ; des discours sur une réalité dramatique : un jeune otage franco-israélien, Guilad Shalit, dénué de tout droit par ses geôliers islamistes dans la bande de Gaza ; des médias occultant les jihadistes à bord du Marmara de la prétendue « flottille de la paix » ; des « rues arabes » haineuses (« Hamas-sur-Seine » de Jean-Paul Ney). Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), a rappelé le sort d’un aviateur israélien Ron Arad dont on est sans nouvelle depuis sa capture par les milices chiites Amal du Liban en 1986. Et d’ajouter :
« Un otage est par définition déshumanisé. Il devient une marchandise avec une valeur vénale aussi élevée que possible. La valeur vénale de Gilad Shalit est élevée, très élevée, tout simplement parce que en Israël, la valeur d’un homme est infinie. « Qui sauve un homme sauve le monde…. ». Cela permet au Hamas tous les chantages, toutes les exigences, comme cela était déjà le cas avec le Hezbollah, qui a rendu l’an dernier deux cercueils en échange d’un assassin particulièrement répugnant. Et le monde ne s’étonne plus, accepte cette confusion des valeurs comme si elle allait de soi, comme si c’était normal d’échanger un innocent contre des centaines de coupables avec du sang sur leurs mains ».
Les politiciens ? Sauf exceptions, pas des personnalités politiques de premier plan. Des discours convenus sur la libération espérée du jeune Guilad Shalit. Et l’annonce que plus d’une dizaine de mairies vont afficher son portrait sur le fronton de leur hôtel de ville. Anne Hidalgo, première adjointe socialiste du Maire de Paris Bertrand Delanoë, rappelait que Guilad Shalit avait été fait citoyen d’honneur de Paris. Mais la foule voulait que lui fût réservé le même traitement que celui dont a bénéficié la colombo-française Ingrid Betancourt. En vain.

Quant aux intellectuels français juifs - Claude Lanzmann, Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut - leurs discours ont été largement applaudis. « Gaza n’est pas affamée ! Détracteurs d’Israël, vous mentez ! Les soldats de Tsahal ont le droit de tirer si leur vie est en danger », a rappelé Claude Lanzmann, qui a égratigné les soutiens de JCall. Dénonçant les slogans des manifestants anti-israéliens - «  Israël, casse-toi ! La Palestine n'est pas à toi ! La Palesitne vivra ! Israël s'en ira ! », Alain Finkielkraut était brièvement chahuté en raison de ses digressions critiques sur la politique israélienne. Comme pour s’excuser, un responsable d’association juive française expliquait l’absence d’autres intellectuels soutenant la pétition Raison garderShmuel Trigano – en raison de leur séjour en Israël. Le 28 juin 2010, Shmuel Trigano déclarait avoir été invité la veille du rassemblement.

Le tout rythmé par des vidéos, dont des images de ces défilés anti-israéliens, un message du père de l’otage, Noam Shalit, et de journaux télévisés de chaines publiques aux discours partiaux. Et conclu par S.E. Daniel Shek, ambassadeur d'Israël en France, qui affirmait ne pas craindre les boycotts contre son pays.

« Un grand succès » ?
Dès le lendemain, les organisateurs du rassemblement se félicitaient du « grand succès » : « 15 000 personnes » rassemblées ! Mais ne pourrait-on pas plutôt parler d’un échec à motiver et faire venir plus de quelques milliers de personnes dans un pays où vit la première communauté juive en Europe (environ 500 000 âmes sur une population totale en France de 64,3 millions d'habitants) ? Pourquoi gonfler les chiffres ? N’y a-t-il pas là un risque de se décrédibiliser et de décourager nombre de juifs ? N'est-il pas préférable de dire la vérité à ses coreligionnaires ?

Indigné par le silence médiatique général sur ce rassemblement, Gil Taieb, « grand ordonnateur de la soirée » et président de l’ABSI (Association pour le bien-être du soldat israélien), invitait à écrire aux rédactions de journaux pour qu’ils « remplissent leur rôle : celui d'informer ». Pourquoi ne pas saisir le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) à propos des extraits de ces journaux de France Télévisions contestés devant une audience essentiellement juive ? Faut-il regretter ce silence journalistique ? Que gagne cette communauté juive institutionnalisée à révéler à tous sa faiblesse ? Pourquoi a-t-elle repris unanimement l’appel au rassemblement initié primitivement par la radio juive parisienne de gauche, Radio Shalom, et s’est-elle opposée à tout rassemblement juste après l’arraisonnement du Marmara le 31 mai 2010 ? Par crainte d’agressions commises par des « Palestinistes » (expression de Sammy Ghozlan) ? Mais c’est à la police française d’assurer la sécurité des manifestants. L'explication avancée par les organisateurs du rassemblement était que ces défilés anti-israéliens ont mobilisé un nombre moindre que prévu de manifestants et que les Français dits de souche n'y ont pas massivement participé.

Le 13 février 2012, sur Radio Chalom, Bernard Abouaf, directeur de la rédaction de Radio Chalom, a déclaré avoir eu l'initiative, avec Gil Taieb et Raphaël Haddad, de ce rassemblement que tous trois ont suggéré au CRIF.

Pourquoi cette communauté juive française institutionnalisée - CRIF, Consistoire Central de France-Union des communautés juives de France, Consistoire de Paris Ile-de-France, etc. - ne voit-elle pas, ne dit-elle pas et n’analyse-t-elle pas cette réalité triste et dérangeante : son unité actuelle ne dégage aucune synergie, aucune efficacité ; certaines actions s’effectuent dans un mauvais timing, en décalage par rapport aux souhaits de nombre de juifs français et en l'absence généralisée de concitoyens non-juifs ? Ce qui réduit la portée de sa voix et grève son avenir. D’autant que les enjeux sont graves et que la France tend à se structurer autour de communautés. Et ce n’est pas le premier rassemblement que cette communauté juive française institutionnalisée organise et qui attire une assistance réduite. Rappelons que le rassemblement à Paris, le 13 juillet 2009 pour exhorter le Parquet à interjeter appel de condamnations de membres du gang des Barbares a été maintenu même après l’annonce, par la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie, d’un appel partiel du jugement controversé et qu'il avait attiré quelques centaines de personnes, essentiellement juives.

S’agit-il d’un échec de la communication ou de la stratégie de la communauté juive française institutionnalisée ? Du côté pêle-mêle des mots d’ordre : « Rassemblement pour la vérité, la justice, la liberté et pour la paix » (14 juin 2010), puis « Pour dire à Gilad et à Israël qu’on est à leurs côtés » (18 juin 2010) ? Pourtant, ceux-ci relevaient d’un consensus au sein des juifs français.

Pourquoi cette absence des ténors de la classe politique, des journalistes qui assistent au dîner du CRIF, quitte à s’éclipser après les deux discours - celui du président du CRIF et celui du Premier ministre ou du Président de la République -, et après avoir été photographiés ou filmés ?

Pourquoi un rassemblement si tard ? Ce qui donnait un air de session de rattrapage estivale. Le 6 juin 2010, peu après l’arraisonnement du navire turc Mavi Marmara par la marine israélienne, la Ligue de défense juive (LDJ) avait organisé un rassemblement près de l’ambassade d’Israël en France, réunissant plusieurs centaines de jeunes à Paris. Par ce rassemblement tardif dans un lieu symbolique et de tourisme, les organisations juives françaises ont laissé des artères de quartiers, populaires ou huppés, à une « rue arabe » hurlant sa haine et son refus d’Israël et à la violence destructrice aussi pour la république française. Ce qui habitue les passants à cette propagande alléguant une prétendue et fausse crise humanitaire dans la bande de Gaza.

Certes, ce 22 juin 2010, à Paris,  une banderole signalait la présence d’Arméniens à ce rassemblement. Certes, Lynda Asmani, conseillère de Paris (UMP) d'origine berbère, manifestait son soutien à Israël. Mais, la communauté juive française demeurait isolée, sans présence massive de chrétiens et musulmans à ses côtés. Sont-ce là les heureuses retombées des dialogues judéo-chrétien – nombre d’associations judéo-chrétiennes sont dominées par des Palestinistes ou peuplées de personnes âgées - ou judéo-musulman ? A titre de comparaison, une manifestation de soutien à Israël réunissait 2 500 Finlandais, majoritairement chrétiens, à Helsinki, le 10 juin 2010. Rappelons le nombre de juifs finlandais - entre 1 000 et 2 000 fidèles - et la population totale en Finlande : 5,3 millions d'habitants.

Souhaiter la libération de Guilad Shalit ? Oui.

La demander à qui ? Au mouvement islamiste Hamas dont la charte vise la disparition de l’Etat juif et qui instrumentalise les opinions publiques ?

Ou exercer des pressions sur le gouvernement d’un Etat démocratique israélien, celui de Benjamin Netanyahu, pour une libération à n’importe quel prix ?

Ce débat divise les Israéliens. Pourquoi ne pas s’en faire l’écho en France, au lieu et place du seul slogan réitéré depuis quatre ans ? Pourquoi suivre Noam Shalit en occultant les refus d’associations israéliennes de victimes du terrorisme palestinien d’un échange entre Guilad Shalit et des terroristes palestiniens dont on sait qu’un grand nombre fomentera des attentats contre les Israéliens sitôt libérés ?

La mobilisation médiatique sert-elle les intérêts des otages et des démocraties ?

Que nous enseignent l’histoire et le judaïsme en matière de juifs captifs ?

Quel est le bilan de quatre ans de ces actions pour libérer Guilad Shalit ? Certaines municipalités le mettent en parallèle avec le terroriste Salah Hamouri !!

Quid des autres soldats israéliens kidnappés ou portés disparus ? Quid de Jonathan Pollard, condamné au terme d'un procès inique et emprisonné depuis 20 ans ? Ne méritent-ils pas eux aussi un minimum d'intérêt ?

La communauté juive française, institutionnalisée ou non, est-elle mûre pour entendre ces questions essentielles et apte à y répondre vite et de manière adéquate ?

Le 9 juillet 2010, le CRIF a posté les vidéos du rassemblement sur Youtube.


Articles sur ce blog concernant :
Affaire al-Dura/Israël
Chrétiens
Culture
France
Il ou elle a dit...
Judaïsme/Juifs
Monde arabe/Islam
Shoah (Holocaust)

Cet article a été publié le 8 juillet 2010 et modifié le 12 décembre 2012.


dimanche 24 mars 2013

Les affinités du Conseil régional Ile de France pour la "Palestine" et l’Iran

 
Dans son article Ile-de-France : luxe, voyages et notes de frais  (Le Figaro, 14 décembre 2012), la journaliste Sophie Roquelle livre des informations passionnantes sur la gabegie et le népotisme  de la région Ile-de-France, région la plus riche de France – budget  d’environ 4,7 milliards d’euros -, et s’attarde sur sa coopération internationale  qui absorbe neuf  millions d’euros, selon l’entourage de Valérie Pécresse, conseillère régionale UMP.

Ainsi la région Ile-de-France a développé 14 accords de coopération avec différentes parties du monde dont la « Palestine » et l’Iran.

Le contribuable francilien paie chaque année 500 000 € pour la coopération de cette région avec « Jérusalem-Est (Territoires palestiniens)  ». A comparer aux 300 000 € finançant une piste cyclable à Santiago du Chili.

Rappelons la mobilisation  du Conseil régional francilien du 16 décembre 2009 pour Salah Hamouri, terroriste franco-palestinien non repenti qui a été invité à la signature de cet accord de coopération décentralisée au consulat de France à Jérusalem, le 10 novembre 2012.

La Région d'Ile-de-France va allouer 210 000 € pour « financer l'ouverture à Machhad, deuxième ville d'Iran, d'un bureau du FMDV [Fonds mondial pour le développement des villes présidé par Jean-Paul Huchon, président socialiste du Conseil régional francilien, Nda]. Hasard ? « Dans l'islam chiite, c'est dans cette ville sainte que doit apparaître « l'imam caché ».
 
Le mahdaviat
Dans son remarquable article Waiting for the rapture in Iran  (Christian Science Monitor, 21 décembre 2005), Scott Peterson explique l’importance du mahdaviat, foi dans la venue du mahdi (bien guidé) et actions pour préparer son retour.

« Personnage central de l'eschatologie islamique  », le mahdi est « le restaurateur de la religion et de la justice, celui qui régnera avant la fin des temps » selon l’Encyclopedia of Islam. Pour les chiites, le 12e imam s’est occulté en 874. L'ère de la Grande Occultation se terminera quand l’imam caché « réapparaîtra sur terre pour y instaurer la justice et la paix ».

Ce que Peterson appelle l'« obsession présidentielle » du mahdaviat inspire au président iranien Mahmoud Ahmadinejad « une certitude qui ne laisse que peu de place au compromis. Le comblement du fossé entre riches et pauvres en Iran, le défi lancé à l'Amérique et à Israël et la création d'un programme d'armement nucléaire – toutes ses initiatives s'inscrivent dans la préparation du retour du mahdi ».

Et l’UMP de s’interroger sur cet accord de coopération décentralisée : « Est-ce vraiment indispensable alors que la Région n'a même pas dépensé la totalité du budget voté pour la rénovation des lycées faute d'être capable de mener à bien les travaux ? »


A lire sur ce blog :
 

jeudi 14 mars 2013

« Ton image me regarde !? » d’Esther Shalev-Gerz


Cet article est republié car l'exposition Menschen Dinge.The Human Aspect of Objects, 2004-2006 d'Esther Shalev-Gerz, est présentée à la Kazerne Dossin-Mémorial Musée Centre de documentation sur l'Holocauste et les droits de l'Homme (Belgique).
 
Le musée du Jeu de Paume consacre une exposition à la vidéaste et installatrice israélienne Esther Shalev-Gerz, « reconnue sur la scène internationale pour sa contribution active et conceptuelle au domaine de l’art en lien avec la sphère publique, et pour son travail régulier sur la nature de la démocratie, la mémoire collective et individuelle et les politiques de l’espace public ». C’est la première exposition monographique importante en France de cette artiste.

Esther Shalev-Gerz est née à Vilnius (Lituanie). Elle a grandi en Israël et s’est installée à Paris en 1984.

« L’élaboration de ses projets artistiques est intimement liée aux éléments extérieurs qui en deviennent partie intégrante. Ainsi, l’espace (institutionnel, politique, historique, géographique) est à la fois occupé par l’œuvre et reflété ou détourné par elle. Pendant plus de 20 ans », Esther Shalev-Gerz a travaillé « sur des interventions et des projets ancrés dans l’histoire des lieux et des villes » ayant montré ses oeuvres.

Parfois un peu déroutante, l’exposition présente 11 vidéos et installations, des photographies et sculptures de l’artiste. Ces réalisations interrogent la mémoire individuelle, celle de groupes, l’interaction avec l’histoire individuelle et le souvenir (Monument contre le fascisme, 1986-1993).

Esther Shalev-Gerz est intéressée par les gens dont elles filment les paroles, les silences, les visages, la manière dont ils disent leur histoire. Ainsi, elle montre sur trois grands écrans le même film, décalé de sept secondes et composé de témoignages en gros plans de 60 survivants (« Entre l’écoute et la parole : derniers témoins, Auschwitz 1945-2005 », 2005). Ce qui renforce le caractère dramatique des souvenirs.

Dans « Sound Machine » (2008), Esther Shalev-Gerz cherche les souvenirs d’une Suède ouvrière : le couple mère/fille est filmé devant un décor virtuel d’usines reconstitué en 3D, sur un fonds sonore de machines retravaillé par la vidéaste et un musicien.
 
La conférence Art contemporain : musées, mémoriaux et monuments a eu lieu  en présence notamment de Michal Rovner et Esther Shalev-Gerz le 24 janvier 2013, au Mémorial de la Shoah (Paris).
 

Jusqu'au 31 mars 2013
Goswin de Stassartstraat 153. B-2800 Mechelen (België)
Tél. : + 32 (0) 15 29 06 60
Du jeudi au mardi de 10 h à 17 h

 
Jusqu’au 6 juin 2010
1, place de la Concorde, 75008 Paris
Tél. : 01 47 03 12 50.
Le mardi de 12 h à 21 h, du mercredi au vendredi de 12 h à 19 h, le samedi et le dimanche de 10 h à 19 h.


Visuels de haut en bas :
Les Inséparables
2000-2010
Esther Shalev-Gerz
Vue de l’installation au Jeu de Paume :
Horloge, 67 x120 x 15 cm
Œuvre produite par La Manufacture Jaeger-LeCoultre, partenaire privilégié de l’exposition
© Esther Shalev-Gerz, ADAGP, Paris 2010
Photo Arno Gisinger © Jeu de Paume, Paris

Entre l’écoute et la parole : derniers témoins, Auschwitz 1945-2005
2004-2005
Esther Shalev-Gerz
Vue de l’installation au Jeu de Paume, composée de : une triple projection vidéo synchronisée, couleur, muette, 40 minutes
© Esther Shalev-Gerz, ADAGP, Paris 2010
Photo Arno Gisinger © Jeu de Paume

Sound Machine
2008
Esther Shalev-Gerz
Capture d’écran extraite de l’installation composée de : 1 double projection vidéo synchronisée, couleur, muette, 6 minutes, en boucle ; 1 bande sonore, 36 minutes, en boucle, 6 textes sur toile, 94 x 60 cm chaque
Courtesy galerie Baudoin Lebon, Paris
© Esther Shalev-Gerz, ADAGP, Paris 2010


Articles sur ce blog concernant :


Cet article a été publié en une version plus concise dans le n° 624 de mai 2010 de L'Arche, et sur ce blog le 26 mai 2010 et le 20 janvier 2013.
 

vendredi 8 mars 2013

Elles de Montparnasse


Cet article est publié en cette Journée des femmes.
Artistes et modèles, inspirées et inspiratrices… En 2002, le Musée du Montparnasse  a montré l’exposition éponyme  sur l’émancipation et la créativité artistique féminines dans ce « carrefour des avant-gardes » où est née l’Ecole de Paris. Une centaine de peintures, dessins, sculptures, photographies et documents divers révèlent muses, modèles, artistes et galeristes. Des talents souvent cosmopolites et audacieux, et parfois méconnus.


De la fin du XIXème siècle aux années folles, de la Belle Epoque à l’entre-deux guerres, sur Elles, cette exposition a offert un double regard, féminin et masculin. Ou plutôt une pluralité de regards d’artistes français (Domergue), russes (Alexandre Iacovleff, Moïse Kisling, Pinchus Krémègne, Abraham Mintchine), japonais (Foujita), etc. Des regards aimants de Robert, Domergue, Van Dongen, Iacovleff, etc.

Montparnasse et Montmartre ont été ces deux centres artistiques qui ont contribué au rayonnement artistique de la capitale française. Montparnasse a été ce lieu d’accueil d’artistes provinciaux ou étrangers, de travail, de vie, de rivalité, d’amitié et d’amour.

Cette exposition a aussi rappelé « l’importance de la présence à Montparnasse des femmes artistes, des épouses ou compagnes d’artistes, égéries et modèles ».

Oubliées injustement, leur mérite est d’autant plus grand qu’elles ont affronté des préjugés tenaces et des interdits. Des femmes qui, à la fin du XIXe siècle, sont autorisées à étudier d’après le modèle nu et à exposer dans les salons. La première exposition avec des œuvres féminines a lieu au Salon d’Amsterdam en 1884.

Émancipation féminine financière, artistique, par la guerre ou des circonstances familiales.

L’élève des Cours de dessin et la bourgeoise Dans le tramway de Mary Cassatt portent chignon épais et habits longs et lourds.

Leur succède la garçonne, fumant à la Coupole tout en jouant de long collier de fausses perles, vêtues des robes fluides de Jeanne Lanvin ou de jupes cachant à peine le genou.

On découvre la galeriste Berthe Weill qui promut Picasso, Matisse, Levitska...

Le Nu au trait délicat de Jeanne Bergson, fille du philosophe Henry Bergson  et cousine de Marcel Proust.

Les Etudes de tissus et le costume pour Le Cœur à gaz (pièce de Tzara) de Sonia Delaunay, membre du groupe Abstraction-Création.

La « Vue du ghetto de Varsovie, sa ville natale » de Alice Halicka, « qui participe à l’aventure cubiste, mais revient à la figuration, prouvant son grand talent de dessinatrice, son mari, le peintre Marcoussis, considérant qu’il y avait assez d’un peintre cubiste à la maison ! »

Les peintures pointillistes de Marevna, compagne de Diego Rivera, peintre cubiste, pointilliste et créatrice de châles et chapeaux pour Poiret.

La douceur (Maternité) et la force sensuelle (Danseurs) des sculptures de Chana Orloff.

L’altière Femme à la robe jaune de Tamara de Lempicka.

Kiki magnifiée en violon par Man Ray.

Les Fleurs de Valentine Prax, épouse de Zadkine.

Le Paris pittoresque de Hermine David, mariée à Pascin.

Les styles proches de Modigliani  et de Jeanne Hébuterne, sa femme.

Le Nu assis du « cow-boy » de Montparnasse, Sam Granovsky (Pologne 1889-Auschwitz 1942)…

Montparnasse renaît ainsi comme lieu de formation, de recherches plastiques, d’échanges d’idées, d’amitiés admiratives, d’amours, de passions - celle dévastatrice de Camille Claudel pour Rodin -, et de fêtes.

Le tout avec comme fonds sonore les goualantes de Marie Lebas, Edith Piaf, la mélancolie de Django Reinhardt ou de Ravel, dans le cadre magique de ce Musée-atelier, lieu ce mémoire dans une cour verdoyante d’artistes.

Dans l’ex-atelier de Marie Vassilieff, deux documentaires - La chanteuse réaliste Marie Dubas et La fureur de vivre des années 20 – ont complété cette riche évocation.