mercredi 7 décembre 2022

Simone Signoret (1921-1985)

Simone Signoret (1921-1985), née Simone Kaminker et dont le père était juif, était une actrice talentueuse, oscarisée, célèbre et engagée longtemps parmi les "compagnons de route du Parti communiste", femme de lettres. Elle a notamment incarné Casque d'or dans le film de Jacques Becker. Arte diffusera le 7 février 2022 à 15 h 20 "Le Jour et l'heure" de René Clément avec Simone Signoret, Stuart Whitman, Geneviève Page, Michel Piccoli, Marcel Bozzuffi. 


« Mémoire des lieux. Une salle de projection dans la grande maison d'Auteuil, département de l'Eure : des bobines, des cassettes, des photos, des placards. Ce que l'on vous propose ici, ce n'est pas la vie de Simone, elle l'a racontée mieux que personne dans La nostalgie n’est plus ce qu’elle était, ce n'est pas sa carrière, d'excellentes émissions de télévision y ont pourvu, c'est le contenu d'un placard, des petits bouts de mémoire en vrac, un voyage à travers les images qu'elle gardait », avertit Chris Marker dans un texte lu par François Périer dans « Mémoires pour Simone  ».

Traces de Simone

Alors que le Centre Pompidou et la Bibliothèque publique d’information (Bpi) ont présenté la rétrospective inédite Planète Marker  (16 octobre-16 décembre 2013), Arte a diffusé « Mémoires pour Simone  », dont le texte est lu en voix off par François Périer. Un « superbe hommage d’un grand cinéaste », essayiste, producteur et photographe engagé, Chris Marker (1921-2012), « à une grande actrice, deux personnalités engagées reliées par le fil d'une mémoire à partager ». Un acte d’amitié, d’admiration.

Composé d’extraits de films souvent méconnus, de films de 16 mm tournés par Yves Montand, d’émission de télévisions - la remise de l'Oscar - et d’interviews en particulier de Mayo, créateur des costumes de Casque d'or de Jacques Becker et rappelant l'extrême beauté de Simone Signoret et de son regard, ainsi que d’une promenade de la caméra dans la maison, les affaires et objets familiers de Simone Signoret, ce documentaire de Chris Marker est ponctué par des extraits du premier livre, récit autobiographique, de Simone Signoret, La nostalgie n'est plus ce qu'elle était, lus par un autre ami de l’actrice, le comédien François Périer. des objets, des images qui lui permettent de faire un portrait de l'actrice et du paradoxe de la comédienne.

Ami, ancien condisciple au lycée Pasteur à Neuilly-sur-Seine, et témoin privilégié de la vie de Simone Signoret, Chris Marker réalise, à la demande du 39e Festival de Cannes, ce bel hommage à « celle qui disait avoir la nostalgie de la mémoire non partagée. Réalisé dans l'urgence en dehors de tout cadre juridique » présenté hors compétition au Festival de Cannes 1986, moins d’un an après le décès de la comédienne, Mémoires pour Simone est resté inexploité depuis près de trente ans ».

Un documentaire qui n'entame pas les parts d'ombres de la comédienne et de la femme : vingtenaire, elle pleure en découvrant une ride sur son visage. Quadragénaire, elle accélère le phénomène du vieillissement, allant jusqu'à détruire son physique avantageux.

Arte rediffusa le 13 septembre 2015 « Mémoires pour Simone  » de Chris Marker. Le documentaire a été précédé par Les Diaboliques d'Henri-Georges Clouzot, avec Paul Meurisse, Simone Signoret et Véra Clouzot.


Racines juives
Simone Kaminker nait en 1921 à Wiesbaden (Allemagne) dans le foyer d’André Kaminker (1888-1961) et de Georgette Signoret. Deux garçons, Alain et Jean-Pierre, naissent plusieurs années après.

Juif d’origine polonaise, André Kaminker gagne sa vie comme journaliste au Poste parisien. Polyglotte, il crée la traduction simultanée, et formera après-guerre des générations de traducteurs, et traduit en 1934 le discours d’Hitler à Nuremberg. Il sera chef interprète du Conseil de l'Europe, puis cofondera l'Association internationale des interprètes de conférence dont il assurera la présidence.


Simone Signoret grandit à Neuilly-sur-Seine. Au lycée, elle a pour professeur d'histoire Lucie Aubrac.


Sous l’Occupation, André Kaminker se rend à Londres dès 1940 pour rejoindre la France libre, et devient speaker à Radio Brazzaville.


La famille Kaminker se réfugie brièvement en Bretagne.


En 1941, Simone Signoret est recrutée comme secrétaire par Jean Luchaire, dont la fille est l’actrice Corinne Luchaire, jeune actrice et amie.


Elle quitte Les Nouveaux Temps, journal compromis dans la collaboration fondé par Jean Luchaire. A sa demande, son père témoignera à la Libération en faveur de ce collaborationniste, pacifiste dans l'entre-temps.


Actrice oscarisée

Elle débute au cinéma comme figurante – Les visiteurs du soir de Marcel Carné - en choisissant comme nom d'artiste celui de sa mère afin d'éviter les persécutions antisémites, et fréquente les cafés et milieux artistiques de Saint-Germain-des-Prés. Elle noue alors des amitiés qui perdureront avec Danièle Delorme, Gérard Philipe, Jacques Prévert, etc.

Elle partage la vie de l’acteur Daniel Gélin, de Marcel Duhamel (1900-1977), traducteur, dialoguiste de films et futur créateur de la Série noire chez Gallimard, puis du réalisateur Yves Allégret avec lequel elle a deux enfants  : un fils mort en 1945 à la suite d’une négligence de l’hôpital, puis Catherine née en 1946 et future actrice. Fille-mère (mère célibataire) en butte aux quolibets d’une société prude, Simone Signoret épouse Yves Allégret en 1948.


Elle joue des premiers rôles dans des films dramatiques et en incarnant souvent des rôles de prostituée ou de garce : Macadam de Marcel Blistène et Jacques Feyder (1946), Dédée d’Anvers (1947) et Manèges (1950) d'Yves Allégret. Elle se distingue par son autorité parfois gouailleuse, par un léger chuintement de sa voix grave, ses yeux de chat, et sa beauté harmonieuse.

En 1949, elle rencontre Yves Montand à Saint-Paul-de-Vence, quitte son foyer pour le suivre, divorce et l’épouse en 1951 dans ce village provençal.

Le couple s’installe place Dauphine, à Paris, dans une ancienne librairie que leurs amis appelleront "la roulotte".


Dans sa maison d’Autheuil-Authouillet (Eure), le couple reçoit ses amis artistes : Pierre Brasseur, Serge Reggiani, Bernard Blier, Jacques Prévert, Jacques Becker, Jorge Semprun...


Oscar

Casque d'or de Jacques Becker (1951), Thérèse Raquin de Marcel Carné (1953), Les Diaboliques d'Henri-Georges Clouzot (1954), Les Chemins de la haute ville de Jack Clayton – rôle qui lui vaut l’Oscar de la Meilleure actrice en 1960 -, Le Jour et l’heure de René Clément (1962), L’Aveu de Costa-Gavras (1970), L’Armée des ombres de Jean-Pierre Melville (1969), Le Chat avec Jean Gabin et La Veuve Couderc de Pierre Granier-Deferre (1971), La Chair de l’Orchidée de Patrice Chéreau (1975), Le fond de l’air est rouge de Chris Marker, La vie devant soi de Moshé Mizrahi (1977) d'après l'œuvre de Romain Gary – César de la Meilleure actrice en 1978 -… A cette remarquable filmographie, ajoutons les pièces de théâtre - Dieu est innocent de Lucien Fabre, mise en scène Marcel Herrand (1942), Les Sorcières de Salem dans une mise en scène de Raymond Rouleau (1954), Les Petits Renards de Lillian Hellman, mis en scène par Pierre Mondy (1962)...

"Thérèse Raquin"
Arte diffusa le 8 mars 2021 "Thérèse Raquin", film franco-italien de Marcel Carné, d'après le roman d'Émile Zola "Thérèse Raquin" (1867), avec Simone Signoret, Raf Vallone, Sylvie, Jacques Duby, Roland Lesaffre

"Lyon, 1953. Mariée à son cousin de santé fragile, Thérèse étouffe entre son époux et sa belle-mère, dans un quotidien terne. Un jour, elle rencontre un camionneur italien. Ils tombent immédiatement amoureux l'un de l'autre. Quand Thérèse avoue sa liaison à Camille, celui-ci refuse de divorcer… La tragédie d'un amour adultère condamné par la fatalité. Avec Simone Signoret, inoubliable, Marcel Carné adapte magnifiquement le roman de Zola."
  
"Marcel Carné s'inspire très librement du roman de Zola. L'époque, les faits, l'ambiance, la personnalité des protagonistes sont différents, et le fait divers devient tragédie. Dernier grand film expressionniste du cinéma français, Thérèse Raquin marque la fin d'une époque mythique. Certaines images ne quittent plus nos mémoires : on ne peut oublier Signoret, magnifique en amoureuse endeuillée, ni Raf Vallone, irrésistible dans sa veste de cuir."

Pour Le Monde, le journaliste Jean de Baroncelli a écrit le 5 septembre 1953 : "Marcel Carné a remporté hier soir, avec " Thérèse Raquin " une importante victoire. Il a prouvé qu'avec des moyens non pas modestes, mais raisonnables, il savait encore faire un beau film, donnant ainsi raison à tous ceux qui déploraient, depuis l'échec de " Juliette ", qu'on le tint dans l'oisiveté. Car " Thérèce Raquin " est un beau film. J'ajouterai, puisque nous sommes à Venise et que " Thérèse Raquin " participe à une compétition internationale, que c'est un film éminemment français et dont l'extraordinaire agencement dramatique porte la marque de notre classicisme."

Et le critique cinématographique d'analyser : "Empêché de jouer les nababs, Carné a pratiqué en maître ce principe d'économie qui est un des secrets de l'art. Je ne dirai pas que le purgatoire financier qu'il a traversé lui a fait découvrir les vertus éternelles de la simplicité, de la mesure, de l'ellipse ou de la suggestion (son œuvre entière témoigne de cette connaissance), mais il lui en a, par force, redonné le goût. Pour l'artiste véritable la crainte - qu'elle soit volontaire ou non - est toujours féconde. L'admirable pureté de lignes de " Thérèse Raquin " en est une nouvelle preuve.

Et le journaliste et fils de réalisateur poursuit : "Il y avait pour nous deux solutions, explique Camé en parlant de son ouvrage : ou bien situer le drame à l'époque où il fut écrit par Zola, ou bien respecter l'idée de l'auteur, qui était de peindre les détours d'une passion violente et la transposer dans notre époque pour lui donner un caractère plus direct. Nous avons adopté la seconde solution."

Et Jean de Baroncelli conclut : "En fait, Carné et Charles Spaak ont été amenés à modifier assez considérablement le roman de Zola non seulement dans sa forme, mais dans son esprit. La principale de leurs initiatives est d'avoir enlevé au crime des deux amants son caractère de préméditation. J'ajoute n'avoir pas été absolument convaincu par les raisons qui ont poussé les auteurs à cette décision. Non seulement la préméditation était un ressort dramatique valable, mais surtout elle expliquait mieux qu'il n'est fait dans le film, cette horreur qui, le crime accompli, sépare la femme de l'homme..."

"Thérèse Raquin est une libre adaptation du roman de Zola, transposé à Lyon dans les années 50. Marcel Carné et son scénariste Charles Spaak font de Thérèse un personnage moderne, aliénée par sa condition d’épouse bourgeoise. Sa vie conjugale s’écoule de manière lugubre, entre un mari maladif et une belle-mère acariâtre. Elle devient la maîtresse de Laurent, un camionneur italien qui tombe amoureux d’elle. Les amants tuent le mari lors d’une violente altercation dans un train. Le destin les rattrape sous la forme d’un jeune marin qui a assisté à la scène malgré lui et s’improvise maître-chanteur", a écrit Oliver Père

Et de poursuivre : "Thérèse Raquin compte parmi les films les plus réussis de Marcel Carné, dans la période de l’après-guerre. On a coutume de traiter avec condescendance l’œuvre de Carné après 1945. Il est vrai que le cinéaste a rencontré de nombreux revers dans la seconde moitié de sa carrière, où des œuvres ambitieuses comme Juliette ou la clé des songes ou La Merveilleuse Visite peuvent légitimement inspirer le rejet et l’embarras. Mais La Marie du port, L’Air de Paris ou Les Assassins de l’ordre sont loin d’être des films honteux". 

Et de conclure : "En ce qui concerne Thérèse Raquin, il s’agit d’une commande prestigieuse, produite par Raymond et Robert Hakim, qui permet à Carné de renouer avec le succès – il recevra le Lion d’argent de la meilleure réalisation à la Mostra de Venise. Carné y reste fidèle à l’expressionnisme de ses débuts, et illustre une nouvelle fois le thème de la fatalité. Il signe une mise en scène extrêmement maîtrisée, avec un noir et blanc splendide. Thérèse Raquin est un film à l’atmosphère étouffante, qui bénéficie d’une interprétation exceptionnelle. Simone Signoret se révèle inoubliable en femme tragique, avec à ses côtés l’émouvant Raf Vallone, dans son premier rôle en français."


"Les diaboliques"
"Les diaboliques" (Die Teuflischen) est un film, mêlant les genres thriller, fantastique et horreur, réalisé par Henri-Georges Clouzot (1955) et inspiré du roman Celle qui n'était plus de Pierre Boileau et Thomas Narcejac. "Un film noir comme un tableau d'école, un suspense habile et une brochette de monstres sacrés : Simone Signoret, Paul Meurisse, Charles Vanel… Présenté en version restaurée, un des chefs-d’oeuvre d'Henri Georges Clouzot, à voir et à revoir." La brève musique du film a été composée par r Georges Van Parys. Au début du film, a été inséré un panneau avertissant les spectateurs de garder secrets les deux rebondissements de l'intrigue : « Ne soyez pas diaboliques. Ne détruisez pas l’intérêt que pourraient prendre vos amis à ce film. Ne leur racontez pas ce que vous avez vu ». Avec 3 674 380 entrées en France, ce long métrage a été le 10e plus grand succès commercial de 1955.

"Michel Delasalle dirige un pensionnat de garçons à Saint-Cloud. Homme tyrannique et odieux, il martyrise sa femme, Christina, et terrorise sa maîtresse, Nicole, professeure dans l'établissement. Les deux femmes s'unissent pour le tuer. Après l'avoir attiré dans un piège, elles lui font boire un soporifique, le noient dans une baignoire, puis jettent son corps dans la piscine de l'institution. Mais le cadavre disparaît et plusieurs faits étranges laissent croire à la survivance de Michel. Un inspecteur retraité, Fichet, s'intéresse à l'affaire…"

"Un message inhabituel s'affiche sur l'écran après le générique de fin : les spectateurs sont priés de ne pas raconter l'histoire à ceux qui n'auraient pas encore vu la pellicule. Et pour cause : Les diaboliques est l'un de ces films à suspense dont le dénouement n'apparaît que dans les toutes dernières images. Il serait dommage de se priver de la montée d'adrénaline ! Car c'est dans une atmosphère d'angoisse parfaitement maîtrisée que l'intrigue nous happe pour ne plus nous lâcher. Si le climat est noir, les personnages, eux, sont plus proches d'un Maigret que d'un Sam Spade – c'était l'époque où le Français en béret, la cigarette au bec, pouvait traiter une femme de "fille de garce" et où l'on mettait dix heures pour se rendre en 2 CV de Paris à Niort. À noter parmi les jeunes pensionnaires de l'institution, un figurant du nom de Jean-Philippe Smet… le futur Johnny".

"Avec Les Diaboliques, très librement inspiré d’un roman de Boileau-Narcejac, Henri-Georges Clouzot tente de rivaliser avec Hitchcock et signe un thriller d’une parfaite noirceur, qui lui permet d’étaler sa misanthropie. L’action se situe dans un pensionnat de province sinistre, dirigé par un tyran domestique. Clouzot choisit de ne mettre en scène que des personnages pervers, veules ou ignobles, à l’exception de la pauvre Véra Clouzot, la propre femme du cinéaste, épouse persécutée et victime désignée d’un terrible complot criminel. Ce qui n’aurait pu être qu’un simple film à suspense entre les mains d’un autre réalisateur devient avec Clouzot le tableau d’une humanité malade et méchante, reflet des propres pathologies du cinéaste et de sa propension à la cruauté mentale et physique. Le trait est parfois épais mais Clouzot excelle à créer une atmosphère putride, avec des images extrêmement marquantes comme cette piscine aux eaux sales qui engloutit un cadavre où cette baignoire qui accueille le corps de Paul Meurisse aux yeux révulsés", a observé Olivier Père.

Et de poursuivre : "Gros succès international au moment de sa sortie en 1955, ce classique du cinéma français va engendrer une mode pour les histoires de machinations adultérines, avec des retournements de situations et des scènes chocs dignes des films d’horreur. Hitchcock lui-même, impressionné par le travail de Clouzot, va demander à Boileau-Narcejac de lui écrire un roman dans le style des Diaboliques, qu’il puisse adapter à son tour pour le grand écran : ce sera D’entre les morts, qui deviendra Vertigo."

"Les Sorcières de Salem"

"Les sorcières de Salem" (Die Hexen von Salem) est un film réalisé par Raymond Rouleau (1957), avec Yves Montand, Simone Signoret, Mylène Demongeot, Alfred Adam, Raymond Rouleau, Pierre Larquey, Jean Debucourt, Jean Gaven, Jeanne Fusier-Gir, Françoise Lugagne, Pascale Petit, Yves Brainville, Michel Piccoli. 

Le film est adapté de la pièce de théâtre d'Arthur Miller par le philosophe Jean-Paul Sartre. 

Il a été tourné dans les studios de Babelsberg à Berlin et à Paris.

"Initié par le couple Yves Montand et Simone Signoret, porté par des dialogues de Jean-Paul Sartre, le film s’inspire d’une chasse aux sorcières du XVIe siècle pour dénoncer la croisade anticommuniste du sénateur McCarthy."

"1692. Salem, petite bourgade du Massachusetts, un dimanche matin. En ce jour de repos et de prières, les enfants ont l’interdiction de jouer et la petite Fancy éclate en sanglots lorsque sa mère, Elisabeth, lui confisque sa poupée. Après l’avoir consolée, son père, John, refusant le repos, se rend à l’étable où l’attend la jeune et ravissante servante Abigail. Se sentant coupable, il refuse ses avances. Mais son épouse le repoussant depuis des mois, John finit par retrouver Abigail dans sa chambre. Elisabeth surprend les deux amants, et décide de renvoyer la servante, qui, pour se venger, commence à se livrer à la sorcellerie. Dans cette communauté très puritaine, elle est vite pourchassée puis arrêtée."

"Pendant près de soixante ans, le film fut invisible en salles car Arthur Miller – auteur de la pièce dont il s’inspire –, qui en détenait une partie des droits, s’était opposé à son exploitation jusqu’à sa mort en 2005. Raison officieuse : il était toujours ulcéré de la brève idylle qu’Yves Montand avait entretenue avec son épouse Marilyn Monroe. En 2017, Pathé obtint enfin les droits du film et procéda à sa restauration. Sous l’apparente reconstitution d’un fait historique se cache une virulente charge contre la chasse aux sorcières du sénateur McCarthy à Hollywood. Signoret et Montand sont à l’origine de cette adaptation où les deux acteurs livrent une bouleversante interprétation face à une Mylène Demongeot émouvante en amoureuse éconduite".

"Après avoir proposé une adaptation théâtrale réussie, jouée au théâtre Sarah-Bernard pendant deux ans, Raymond Rouleau décide de la porter à l’écran. Deux changements majeurs : l’adaptation de Marcel Aymé pour le théâtre laisse la place à celle de Jean-Paul Sartre qui écrit scénario et dialogues du film. La nouvelle recrue, Mylène Demongeot, est une révélation, et l’Académie du Cinéma lui remet l’étoile de cristal pour le Grand prix de l’interprétation française féminine. La presse de l’époque dénonce un certain intellectualisme qui tient le spectateur à distance, indifférent au sort de personnages auxquels il ne peut s’attacher ; mais elle reste unanime au sujet des comédiens, talentueux, et de la photographie, majestueuse, signée Claude Renoir. André Bazin saluera l’audace du film qu’il estime être l’un « des plus « sérieux » de la production mondiale d’après-guerre ; des plus audacieux aussi », a analysé Florence Fourn.

Le film "Les sorcières de Salema été distingué au "Festival international du film de Karlovy Vary 1957 -  Prix collectif meilleurs acteur et actrices à Yves Montand, Simone Signoret et Mylène Demongeot - et par le BAFTA 1958 : Prix de la meilleure actrice étrangère à Simone Signoret."

"Les chemins de la haute ville"

"Les chemins de la haute ville" (Der Weg nach oben ; Room at the Topest le premier long métrage réalisé par Jack Clayton (1959). 

"Dans l’Angleterre de la fin des années 1940, un jeune arriviste se débat entre un projet de riche mariage et une relation adultère passionnée... Jack Clayton ("Les innocents") signe en 1959 ce bouleversant mélodrame social, marqué par la performance oscarisée de Simone Signoret."

"Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, un fils d’ouvrier, Joe Lampton, s’installe dans une cité industrielle du Yorkshire dont il rêve de conquérir les hauteurs, chasse gardée des familles fortunées. Par le biais d’un club de théâtre amateur, il fait la connaissance de Susan Brown, fille unique de l’homme le plus prospère de la ville, sur laquelle il jette son dévolu. Mais ses projets sont bouleversés par sa liaison avec Alice Aisgill, une Française de dix ans son aînée, mariée à un notable du cru. Pris en étau entre ses sentiments et ses désirs d’ascension sociale, Joe se heurte à l’hostilité des parents de Susan et à la colère de l’époux trompé d’Alice…"

"Adaptant un roman de John Braine, figure du mouvement littéraire des "Angry Young Men" (les "Jeunes gens en colère", qui ont secoué l’Angleterre des années 1950 avec leurs œuvres réalistes et contestataires), Jack Clayton tisse un mélodrame social aux puissants accents naturalistes. Autour du thème classique de l’amour sacrifié sur l’autel de la fortune, le réalisateur (Les innocents, Gatsby le magnifique) capte avec une remarquable finesse psychologique l’évolution du jeune Joe (Laurence Harvey), arriviste sans scrupules dont la carapace se fendille sous le tendre regard de Simone Signoret. La composition de la Française, aussi vibrante que vulnérable, a été couronnée par un Oscar et un prix d’interprétation à Cannes."

"Dans l’immédiat après-guerre, un fils d’ouvrier (Laurence Harvey) débarque dans une ville de province où il entend bien gravir rapidement les échelons de la société. Adapté d’un roman de John Braine, Les Chemins de la haute ville possède de nombreux points communs avec le classique de George Stevens Une place au soleil, d’après Une tragédie américaine de Theodore Dreiser, réalisé huit ans plus tôt. Dans les deux films il est question d’arrivisme, de passion et de catastrophe. Braine appartenait à la génération des jeunes hommes en colère de la littérature britannique, aux côtés de John Osborne ou Harold Pinter. Les Chemins de la haute ville a pour antihéros un jeune ambitieux qui courtise la fille d’un riche entrepreneur, tout en vivant un amour sensuel avec une femme mariée plus âgée (Simone Signoret). Déchiré entre ses sentiments et ses plans de carrière, il va déclencher un drame malgré lui", a analysé Olivier Père.

Et de poursuivre : "L’œuvre du réalisateur anglais Jack Clayton, spécialisé dans les adaptations littéraires (Harold Pinter, Henry James, Fitzgerald, Ray Bradbury) est à redécouvrir. Seulement sept longs métrages, mais plusieurs grandes réussites comme Les Innocents ou Chaque soir à neuf heures. Les chemins de la haute ville, superbement mis en scène et photographié, décrit la cruauté des rapports de classes et la discrimination sociale. Il offre à Simone Signoret son plus beau rôle en langue anglaise, récompensé par le prix d’interprétation féminine à Cannes et l’oscar de la meilleure actrice. Le personnage d’Alice, française mal mariée et exilée dans la province anglaise, évoque à la fois Madame Bovary et Lady Chatterley."

"Le Jour et l'heure"
Arte diffusera le 7 février 2022 à 15 h 20 "Le Jour et l'heure" (Nacht der Erfüllung ; 
The Day and the Hour), film dramatique réalisé par René Clément (1963) avec Simone Signoret, Stuart Whitman, Geneviève Page, Michel Piccoli, Marcel Bozzuffi. 

"Pendant l'Occupation, une femme bourgeoise aide un aviateur américain à échapper à la Gestapo... Entre romantisme et suspense, un drame de René Clément qui restitue l'atmosphère ambiguë de la France d'avant la Libération, avec l'impériale Simone Signoret, entourée de Stuart Whitman, Geneviève Page, Michel Piccoli et Marcel Bozzuffi.

"Mai 1944. La Gestapo recherche un groupe de soldats alliés dont l'avion a été abattu. Venue se ravitailler dans une ferme des Ardennes, Thérèse Dutheil, une bourgeoise parisienne dont le mari est détenu en Allemagne, se retrouve mêlée contre son gré au convoyage secret des aviateurs vers la capitale. Consentant à héberger l'un d'eux, un capitaine américain, en attendant son exfiltration en Espagne, elle va prendre part au voyage, découvrir la Résistance et le grand amour…"

"Après La bataille du rail, Le père tranquille, Jeux interdits, et quelques années avant sa fresque Paris brûle-t-il ?, René Clément revient ici à un sujet récurrent de sa filmographie : la période de l'Occupation. Ce sera cette fois une histoire d’amour, celle de Thérèse et Allan, couple impossible réuni par les aléas de la grande histoire. Leur échappée vers la zone libre n’est pas sans évoquer une version romantique de La grande vadrouille…"

"L’argument est cependant magnifié par la présence de Simone Signoret, admirable dans ce personnage de grande bourgeoise éteinte qui entre en résistance malgré elle, et trouve la possibilité d’un éveil à travers les sentiments et l’action. René Clément dépeint brillamment l'atmosphère particulière de ce printemps 1944 où les Français de tous bords, sentant le vent tourner, cherchent à sauver leurs intérêts. En témoignent ces plans saisissants, à la fin de la mémorable scène du voyage en train, qui dévoilent les visages des passagers indifférents au drame qui se joue sous leurs yeux."


"La veuve Couderc"

Arte diffusa "La veuve Couderc" (Der Sträfling und die Witwe ; L'Evasode Pierre Granier-Deferre avec Alain Delon, Simone Signoret et Ottavia Piccolo"Dans la campagne française des années 1930, une paysanne vieillissante recueille un jeune voyou en cavale... Avec Simone Signoret et Alain Delon, un mélodrame rural brillamment adapté du roman de Georges Simenon."

"Jean, un vagabond, trouve refuge dans la ferme de la veuve Couderc, dite "Tati". Depuis la mort de son mari, cette robuste et infatigable fermière se bat contre sa belle-famille pour conserver sa maison de l’autre côté de l’écluse. Après avoir embauché Jean pour travailler dans les champs, elle comprend rapidement que son hôte est un bagnard en cavale. Le garçon devient son amant. Mais ce dernier séduit aussi Félicie, la fille de la belle-sœur de Tati. Ses échappées auprès de la jolie voisine provoquent la jalousie de la veuve et la colère de la belle-famille. Bientôt, Jean est rattrapé par son passé…"


"Dans cette adaptation libre du roman éponyme de Georges Simenon, Pierre Granier-Deferre orchestre la rencontre de deux monstres sacrés du cinéma français, Simone Signoret et Alain Delon. L'actrice compose avec force et intensité cette veuve paria face au jeune Alain Delon, tout en sobriété en voyou un brin rêveur. Tortueuse et œdipienne, méfiante et touchante, leur relation intrigue et dérange dans une France rurale des années 1930 pleine de préjugés et de ressentiments. Implacable étude de mœurs, le film donne à voir une fine peinture d’époque avec quelques références à la montée du fascisme. Un drame intimiste porté par deux comédiens époustouflants."

"Pierre Granier-Deferre était un cinéaste français apparu dans les années 60, attaché à une certaine tradition du cinéma hexagonal, populaire mais avec des ambitions artistiques, et qui signa ses plus grands succès la décennie suivante. Il réalisait des films comme si la Nouvelle Vague n’avait jamais existé. Granier-Deferre s’inscrivait de manière délibérée dans une généalogie patrimoniale, en choisissant de mettre en scène deux fois Jean Gabin et d’adapter à plusieurs reprises des romans de Georges Simenon",  a analysé Olivier Père

Et de poursuivre : "Cet écrivain lui offrit la matière de quelques-uns de ses meilleurs films : Le Chat, La Veuve Couderc et Le Train. La Veuve Couderc raconte la relation, hors de toutes les conventions sociales et morales, entre un ancien bagnard qui se fait engager comme ouvrier dans une ferme, et une propriétaire vieillissante, dans la France rurale des années 30. Cette histoire se déroule dans une atmosphère viciée, marquée par l’avarice paysanne et la montée du fascisme. Delon y trouve un nouveau rôle d’homme solitaire et blessé à la destinée tragique, qui enrichit sa mythologie personnelle. Signoret, qui porte désormais le masque d’une vieillesse précoce, apporte au personnage de la veuve Couderc une intensité puissamment dramatique. Le film, co-écrit par Granier-Deferre et son scénariste Pascal Jardin, est infidèle au roman dont il édulcore la violence et la sexualité. Il y a chez Simenon une crudité dans les descriptions qui a souvent effrayé les cinéastes, à l’exception de Mathieu Amalric dans La Chambre bleue. C’est regrettable, mais il reste dans La Veuve Couderc, comme dans Le Chat et Le Train, une tristesse poisseuse caractéristique des romans de Simenon".

Télévision
Au début des années 1980, Simone Signoret joue dans la série télévisée Madame le Juge et les téléfilms réalisés par Marcel Bluwal Thérèse Humbert (1983) et Music-Hall (1985).

Catherine Deneuve a déclaré qu'Yves Montand avait "tatoué" son infidélité avec la star Marilyn Monroe, lors du tournage à Hollywood de  Let's Make Love (Le Milliardaire, 1960) de George Cukor, sur le visage de Simone Signoret. A partir de cette époque, Simone Signoret "anticipe", et même semble accentuer sa vieillesse.


Engagements politiques

Simone Signoret incarne ces artistes engagés, compagnons de route du Parti communiste français (PCF) durant la Guerre froide et la Détente, signataires de pétitions – Simone Signoret soutient l’Etat d’Israël, signe l’Appel de Stockholm et le Manifeste des 121 -, arpentant les rues de Paris lors de manifestations, défendant des prévenus tel Pierre Goldman. Un symbole d’un engagement militant aveugle sur la nature du régime communiste ou de la guerre d’Algérie. L’intervention de l’Union soviétique en Hongrie et la tournée en Europe de l’Est décille le couple mythique Signoret/Montand. La rupture survient définitivement avec le printemps de Prague en 1968. Une époque qui semble lointaine en ce début du XXIe siècle marqué par la guerre contre le terrorisme islamiste, la politique de la parole et de la pensée dans des Etats au régime démocratique, le délitement de l’attachement de l’intelligentsia, des médias et des dirigeants politiques aux libertés…

C’est tardivement que la judéité de Simone Signoret affleure publiquement, jusqu’à occuper un rôle important dans sa vie artistique. Dans les années 1950, accompagnant Yves Montand lors de sa tournée dans les pays de l’Est et en Russie, Simone Signoret refuse de rencontrer une de ses cousines juives polonaises qui souhaite solliciter son aide pour sauver son mari victime d’un procès politique. Sa cousine le lui reprochera plus tard vivement. Et Simone Signoret gardera un profond remord de son indifférence initiale.

Simone Signoret effleure sa judéité dans ses deux premiers livres : La nostalgie n'est plus ce qu'elle était (1975) puis Le lendemain, elle était souriante... (1979)


En 1977, elle joue le rôle de Madame Rosa, ancienne prostituée, Juive âgée et malade ayant été déportée à Auschwitz, dans La vie devant soi, film réalisé par Moshé Mizrahi d'après l'œuvre du romancier Romain Gary et publiée sous le pseudonyme d'Emile Ajar et distinguée par le Prix Goncourt. Elle est maquillée par la fidèle Maud Begon, résistante déportée. Le 9 février 2017, à 19 h, la Cinémathèque de Tel-Aviv (Israël) a projeté "Madame Rosa", de Moshe Mizrahi avec Simone Signoret, Genevieve Fontanel, Abder El Kebir. "Le film raconte l'histoire de Madame Rosa, une ex-prostituée juive, vieille habitante de Belleville qui élève les enfants d'autres prostituées moyennant le versement d'une pension, dans un quartier où se côtoient arabes, noirs et juifs. Un lien affectif particulier la lie au plus âgé de ses pensionnaires, un petit garçon berbère. Celui-ci va l'aider à demeurer chez elle alors qu'elle devient malade et dépendante".

En 1983, Simone Signoret assure la voix off de Des terroristes à la retraite, documentaire bouleversant et au large écho de Mosco Lévi Boucault sur ces résistants courageux, généralement Juifs d’origine souvent polonaise et communistes, du groupe Manouchian luttant, armes à la main, contre les Occupants allemands nazis et le régime de Vichy, à Paris. En butte avec le Parti communiste français (PCF), ces résistants représentent ce que Simone Signoret n’a pas été : une combattante.

Simone Signoret rencontre alors ces personnes modestes et courageuses, aux familles décimées par la Shoah. Ce qui inspire Adieu Volodia (1985), son roman historique sur ces immigrés Juifs fuyant l’antisémitisme en Pologne et Ukraine pour la France de l’entre-deux guerres, vivant dans un Paris populaire, ouvrier, politisé.

Devenue quasi-aveugle, Simone Signoret décède d’un cancer en 1985 dans sa maison d'Autheuil, en Normandie. Un décès qui bouleverse tous ceux qui l'aimaient et l'admiraient.


"Personne ne bouge ! Simone Signoret
Les 16 février à 22 h 25 et 18 février 2018 à 6 h, Arte diffusa "Personne ne bouge ! Simone Signoret" ("Abgedreht! Simone Signoret"), documentaire français de 2017. "Actrice star, activiste, sentimentale éperdue, Simone Signoret (1921-1985) n'a jamais rien fait comme les autres, mais n'en est pas moins devenue une icône du XXe siècle. Retour sur quelques aspects marquants de la vie et de l'œuvre de Simone Signoret : le scandale suscité par la liaison de Montand avec Marilyn à Los Angeles, sur le plateau du "Milliardaire", en 1960 ; "Les diaboliques", l’un des films les plus célèbres d'Henri-Georges Clouzot, que Signoret a tourné cinq ans plus tôt, alors qu'elle était l'une des cinq actrices les plus en vue du cinéma français ; la méthode très Simone de "la star qui s’assume" ; et son apparition remarquée dans la série documentaire "Les femmes aussi", en intervieweuse filmée par William Klein dans les rayons du Printemps".

"Simone Signoret. Figure libre"

Arte diffusa "Simone Signoret. Figure libre", documentaire réalisé par Michèle Dominici.

"Trente-cinq ans après sa disparition, en 1985, Michèle Dominici retrace dans un émouvant documentaire la carrière d'une actrice dont la vie fut marquée par l'engagement."

"Née en 1921 à Wiesbaden, en Allemagne, où son père officier, juif français d'origine polonaise, est alors en poste, la jeune Simone Kaminker grandit à Neuilly-sur-Seine. Lorsqu'en 1940 son père rejoint Charles de Gaulle à Londres, elle abandonne ses études pour aider sa mère à subvenir aux besoins de la famille". 

"Après un peu de secrétariat, Simone se fait des copains au Café de Flore, le repaire de la bohème parisienne. Grâce à eux, elle devient figurante, en 1942, dans Les visiteurs du soir de Marcel Carné. Les petits rôles s'enchaînent jusqu'à ce que le réalisateur Yves Allégret – qu'elle épousera en 1948 – la dirige dans Les démons de l'aube

"De Casque d'or aux Chemins de la haute ville, pour lequel elle reçoit un Oscar en 1960, de Thérèse Raquin à La vie devant soi, qui lui vaut un César en 1978, en passant par La ronde, Les diaboliques, La veuve Couderc ou L'armée des ombres, Simone Signoret a toujours refusé de se laisser enfermer dans le cliché de l'idéal féminin. Sur le plan privé, son coup de foudre à Saint-Paul-de-Vence pour l'artiste de music-hall Ivo Livi, dit Yves Montand, lui ouvre de nouveaux horizons. Pour lui, Simone divorce d'Allégret. Compagnon de route du parti communiste dans les années d'après-guerre, le couple Signoret-Montand sera de tous les combats de l'intelligentsia de gauche : contre l'arme nucléaire, la chasse aux sorcières aux États-Unis, pour l'indépendance de l'Algérie…"

"Actrice intransigeante – "une façon polie de dire que je suis une emmerdeuse" –, multirécompensée, Simone Signoret s'est racontée en 1976 dans un livre (La nostalgie n'est plus ce qu'elle était). Elle a aussi répondu avec un franc-parler rafraîchissant aux mille questions des journalistes sur des sujets aussi variés que le métier d'acteur, ses rôles au cinéma, sa conception de l'engagement politique, du couple ou du temps qui passe. Trente-cinq ans après sa disparition, en 1985, Michèle Dominici compose à partir d'archives, d'interviews et d'extraits de ses films l'émouvant portrait d'une actrice qui refusa toute sa vie d’être une star, d'une militante qui ne fut jamais encartée, d'une artiste qui a fait le choix de l'amour et de la liberté."

"Signé Simone", par Christine Guillemeau
Ses débuts dans Paris occupé
"Au Café de Flore, j'ai vu des gens qui disaient qu’ils étaient acteurs, et cela ne veut pas dire qu’ils jouaient. Qui se disaient écrivains, et cela ne veut pas dire qu’ils étaient publiés. Qui rêvaient de faire des films, et cela ne signifiait pas qu’ils en faisaient. Des gens qui étaient complètement débarrassés des complexes bourgeois que j’avais dans mon enfance et mon adolescence par rapport aux artistes. […] Nous appartenons à une génération de Français qui avaient 19 ans quand l'Occupation a commencé dans notre pays. Les nazis frappaient à notre porte à 5 heures du matin. On a vu des amis disparaître soudainement. Ils ne revenaient jamais, n'écrivaient pas. Ils avaient été envoyés dans des camps on ne sait où. Tout ça nous a forgés."

Le voyage à Moscou

"C’est Montand qui a eu le courage, parce que moi j’essayais plutôt de dire 'On ne part pas'. Et puis, on est partis, et Montand a bien fait. Parce que, finalement, on a vu des choses et on a pu en dire aussi. Au cours d'un souper, ils étaient là tous les cinq : Khrouchtchev, Mikoïan, Boulganine, Malenkov et Molotov. On a pu tout leur dire de ce qui s’était passé à Paris en novembre. Tout de l’extraordinaire indignation des gens quand ils ont su qu’il y avait des tanks qui tiraient dans Budapest, et cela a été une conversation qu'on n'aurait pas pu avoir ailleurs. Faire de l’antisoviétisme à Moscou avec le présidium, c’est quand même plus intéressant que d’en faire à Paris chez Lipp."

L'idylle entre Montand et Marilyn

"En vingt ans, tous les êtres humains ont plein d’occasions de se décevoir, de se faire du mal, de se réconcilier, de se disputer, de cesser de s’aimer, ce qui ne veut pas dire qu’on se hait. Dans le fond, je trouverais très embêtant d’être avec un monsieur qui ne plaise à personne."

Une vie de combats

"Si on était complètement conséquents avec nous-mêmes, on serait tous les jours devant une ambassade, tous les jours au chevet de grévistes de la faim. Si vous voyiez notre boîte aux lettres le matin… On reçoit quinze appels par jour pour des choses différentes, cela va des pauvres bêtes qu’on tue mal dans les abattoirs au poète qu’on emprisonne au Maroc. Bon, quand ils viennent vous voir, tous ces gens-là, vous n'allez pas me dire que l'on peut aller se coucher tranquille le soir si on leur dit : 'Avenue Kléber, jeudi à midi ? Ah, je ne peux pas parce que je vais chez le coiffeur.' On ne peut pas dire cela quand même, surtout quand on a une vie aussi bonne, aussi douce que la nôtre."

Son apparence

"Je pourrais être mieux conservée comme on dit si je faisais plus attention. Mais je ne sais pas dans quelle mesure cela me mènerait à jouer des choses aussi intéressantes que celles que l'on m’offre. Et en tout cas, c’est avec ça que je m’arrange avec moi-même et ma conscience. Mais je n’ai aucune amertume de ne plus être celle que j’ai été physiquement."

Sa carrière

"Moi, je veux faire que ce qui me plaît, ce qui m’amuse – c’est un grand luxe –, et surtout ne pas faire ce qui m’embête. Mais ce n'est pas une façon de ce qui s’appelle mener sa carrière, c’est juste mener sa vie. […] Il y a eu des moments où je n'ai pas travaillé parce que je préférais me balader en tournée avec Montand, les musiciens et les fous rires qui allaient avec plutôt que de faire un film médiocre. J’ai choisi la vie, ce qui a fait dire aux gens qui ne comprennent jamais rien que je sacrifiais quelque chose. Mais non, je n'ai jamais rien sacrifié."

Films rediffusés
France 5 a diffusé le 18 mai 2014 Elle s'appelait Simone Signoret de Christian Lamet.

Arte a diffusé Casque d'or les 12, 20 et 28 janvier 2014.


France 3 diffusa L'Armée des ombres, adapté et réalisé en 1969 par Jean-Pierre Melville d'après le livre de Joseph Kessel.


"Je vous ai tant aimés..."
En févier 2021, les Editions du Rocher ont publié "Je vous ai tant aimés..." Montand et Signoret, un couple dans l’Histoire" de Benjamin Castaldi, avec la contribution de Frédéric Massot. 
Figure incontournable du paysage audiovisuel, Benjamin Castaldi a débuté auprès de Michel Drucker comme chroniqueur cinéma. Il est aujourd'hui quotidiennement à l'antenne sur C8 dans Touche pas à mon poste."

"Benjamin Castaldi se souvient de sa grand-mère Simone Signoret et d'Yves Montand, le père adoptif de sa mère Catherine Allégret, dont il fut proche jusqu'à la fin de leur vie, dans leur maison d'Autheuil. Il imagine avec tendresse leur rencontre, et fait le récit de cet amour extraordinaire. À travers ce couple mythique, toute l'histoire du cinéma français, mais aussi celle de la gauche, du communisme et de la fin des certitudes sont contées. Une vie jalonnée de succès – Casque d'or, Les Diaboliques, Les Chemins de la haute ville, La Veuve Couderc, La Vie devant soi ; Les Feuilles mortes, Le Salaire de la peur, La Folie des grandeurs, César et Rosalie, Jean de Florette… – et de combats pour la paix, pour tous ceux qui souffrent, tous ceux que l'on persécute". 

"De Marseille à Hollywood, de Moscou à Paris, côtoyer ces deux monstres sacrés, c'est écrire une chronique du XXe siècle : depuis l'Occupation jusqu'à la chute du mur de Berlin, sur les plateaux de cinéma, les scènes de music-hall, dans la rue ou au bistrot. Enfin, ce livre nous fait entrer dans l'intimité d'une famille, celle de Benjamin Castaldi pour qui Montand et Signoret furent des modèles inoubliables trop tôt disparus".


"
Thérèse Raquin" de Marcel Carné
France, Italie, 1953
Scénario : Marcel Carné, Charles Spaak
Production : Paris Film Productions, Lux Film
Producteurs : Robert Hakim, Raymond Hakim
Image : Roger Hubert
Montage : Henri Rust
Musique : Maurice Thiriet
Auteur : Emile Zola
Sur Arte les 8 mars 2021 à 20 h 55, 11 mars 2021 à 23 h 05, 18 mars 2021 à 13 h 35
Disponible du 08/03/2021 au 14/03/2021
Visuels :
Raf Vallone est Laurent et Simone Signoret est Thérèse Raquin dans le film de Marcel Carné
Jacques Duby est Camille Raquin et Simone Signoret est Thérèse Raquin dans le film de Marcel Carné
Raf Vallone est Laurent et Simone Signoret est Thérèse Raquin dans le film de Marcel Carné
Simone Signoret est Thérèse Raquin dans le film de Marcel Carné
© Paris Film Productions - Lux

"Les diaboliques" par Henri-Georges Clouzot
France, 1955
Auteur : Pierre Boileau, Thomas Narcejac
Scénario : Henri-Georges Clouzot, Jérôme Géronimi, René Masson, Frédéric Grendel
Production : Filmsonor, Vera Films
Producteur/-trice : Henri-Georges Clouzot
Image : Armand Thirard
Montage : Madeleine Gug
Musique : Georges van Parys
Avec Simone Signoret (Nicole Horner), Charles Vanel (commissaire à la retraite Alfred Fichet), Michel Serrault (M. Raymond), Véra Clouzot (Christina Delassalle), Paul Meurisse (Michel Delassalle), Pierre Larquey (M. Drain), Noël Roquevert (M. Herboux)
Sur Arte le 2 mars 2020 à 20 h 55
Visuels :
Simone Signoret (Nicole) et Véra Clouzot (Christina), sur le tournage du film de Henri-Geoirges Clouzot " Les diaboliques" (1954)
Véra Clouzot (Christina), Simone Signoret (Nicole) jouant dans le film de Henri-Geoirges Clouzot " Les diaboliques" (1954)
Christina(Véra Clouzot) et Nicole (Simone Signoret) s' apprêtent à noyer Michel (Paul Meurisse) dans la baignoire après l' avoir empoisonné, " Les diaboliques" de Henri-Georges Clouzot (1954)
Véra Clouzot (Christina), Simone Signoret (Nicole) et Paul Meurisse (Michel) jouant dans le film de Henri-Geoirges Clouzot " Les diaboliques" (1954)
© 1954 - TF1 DROITS AUDIOVISUELS

"Les sorcières de Salem" (Die Hexen von Salem), de Raymond Rouleau
France, Allemagne, 1957
Image : Claude Renoir, Louis Stein
Montage : Marguerite Renoir, Ruth Moegelin
Musique : Hanns Eissler
Production : Films Borderie, Compagnie Industrielle et Commerciale Cinématographique, Pathé Consortium Cinéma, DEFA
Producteur/-trice : Raymond Borderie
Scénario : Jean-Paul Sartre
Acteurs : Simone Signoret, Yves Montand, Mylène Demongeot, Jean Debucourt, Raymond Rouleau, Pascale Petit
Auteur : Arthur Miller
Sur Arte le 4 juin 2018 à 22 h 25
Visuels : © 1957 Pathé Production/DEFA

"Les chemins de la haute ville" de Jack Clayton
Royaume-Uni, 1959, 113 min
Auteur : John Braine
Scénario : Neil Paterson
Production : Romulus Films Remus
Producteus : James Woolf, John Woolf
Image : Freddie Francis
Montage : Ralph Kemplen
Musique : Mario Nascimbene
Avec Simone Signoret (Alice Aisgill), Laurence Harvey (Joe Lampton), Heather Sears (Susan Brown), Allan Cuthbertson (George Aisgill), Donald Wolfit (Mister Brown), Hermione Baddeley (Elspeth)
Sur Arte le 2 mars 2020 à 22 h 50
Disponible du 02/03/2020 au 31/03/2020
Visuels Simone Signoret (Alice) et Lawrence Harvey (Joe Lampton) dans le film " Les chemins de la haute ville" de Jack Clayton (1959)

"Le Jour et l'heure" de René Clément
France/Italie, 1963, 1 h 49 mn, noir et blanc
Production : Cipra Films, Compania Cinematografica Mondiale, Terra Films, Monica Films
Scénario : André Barret, Roger Vailland, René Clément
Avec : Simone Signoret, Stuart Whitman, Geneviève Page, Michel Piccoli, Marcel Bozzuffi
Visuels :
Simone Signoret (Thérèse Dutheil) et Stuart Whitman (le capitaine Allan Morley) dans le film " Le jour et l' heure" de René Clément
Marcel Bozzuffi et Stuart Whitman (le capitaine Allan Morley) 
© Gaumont

"La veuve Couderc" de Pierre Granier-Deferre
France, 1971
Auteur : Georges Simenon
Scénario : Pierre Granier-Deferre et Pascal Jardin
Production : Lira Films et Pegaso Cinematografica
Producteur/-trice : Raymond Danon
Image : Walter Wottitz
Montage : Jean Ravel
Musique : Philippe Sarde
Avec : Alain Delon, Simone Signoret, Ottavia Piccolo, Jean Tissier, Monique Chaumette, Boby Lapointe, André Rouyer
Sur Arte les 5 avril 2020 à 20 h 55 et 25 avril 2020 à 7 h 15
Visuels :
 Alain Delon (Jean Lavigne) et Simone Signoret (la veuve Couderc) dans le film de Pierre Granier-Deferre " La veuve Couderc" (1971)
© VictorI Rodrigue /1971 STUDIO
Simone Signoret (la veuve Couderc) dans le film de Pierre Granier-Deferre " La veuve Couderc" (1971)
Credit
© VictorI Rodrigue /1971 STUDIO

« Mémoires pour Simone  » de Chris Marker
Les Films Du Jeudi (France), 1986, 1 h 03 mn
Voix : François Périer
Diffusion les 14 octobre 2013 à 22 h 15, 13 septembre 2015 à 22 40.

"Simone Signoret. Figure libre" de Michèle Dominici
France, Coproduction : ARTE France, Quark Productions, INA, 2019, 52 mn
Sur Arte les 5 avril 2020 à 22.20 et 25 avril 2020 à 7 h 15, 8 mars 2021 à 22 h 40, 27 mars 2021 à 2 h 55, 28 mars 2021 à 6 h 55
Disponible sur arte.tv du 29/03/2020 au 30/04/2020
Visuels :
Simone Signoret dans les années 50
© Lido – Sipa Press
Simone Signoret dans " Dédée d’Anvers" d’Yves Allégret, 1948
© Films Sacha Gordine / Collect
Simone Signoret dans " Casque d’or" de Jacques Becker, 1952
© StudioCanal
Simone Signoret en 1966

© Jane Bown / TopFoto / Roger-V

A lire sur ce blog :
Shoah (Holocaust)
Cet article a été publié les 14 octobre 2013, 12 janvier, 16 mai et 10 juillet 2014, 12 septembre 2015, 9 février 2017, 14 février et 4 juin 2018, 6 décembre 2019 et 5 avril 2020, 9 mars 2021.
Les citations sur les films sont d'Arte.

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