mardi 18 décembre 2012

Ci-contre. 110 photos de Moï Wer


Dans le cadre du Mois de la photo 2012, la Fondation Henri Cartier-Bresson présente l’expositionéponyme consacrée au photographe lituanien Moses Vorobeichic dit Moï Wer puis Moshé Raviv (1904-1995). Un « artiste brillant à la croisée de la Nouvelle Vision et des recherches cinématographiques les plus avancées de l'époque ».
  

Pour la première fois en France, les 110 tirages originaux du livre Ci-contre. tirages originaux de Moï Wer, extrêmement rares dans les collections des musées ou galeries.

Cet « ensemble important de tirages d'époque permet de découvrir le génie artistique de ce photographe à l'itinéraire insolite ».

 De Pologne à Eretz Israël
Moses Vorobeichic nait le 5 décembre 1904 à Lebedevo, près de Vilna (Vilnius en russe ; la ville est située alors dans l'Empire russe)

Dès 1924, il étudie la peinture au département des Beaux-arts de l'université Stefan-Batory de Wilno (Vilnius en polonais. La ville devient polonaise à la fin de la Première Guerre mondiale. Elle redeviendra la capitale de la Lituanie en 1940).

En 1927, Moses Vorobeichic est admis dans la classe préparatoire de Joseph Albers au Bauhaus (Dessau). Les thèmes : la construction et les matériaux, leur apparence et leur représentation. I

Moses Vorobeichic suit également les cours de Paul Klee, Wassily Kandinsky et Hinnerk Scheper jusqu'à la fin de l'été 1928.

Ils s’intéresse à El Lissitzky, aux films de Sergej Eisenstein et aux photomontages de John Heartfield, et se dirige vers la photographie plutôt que la peinture.

Il admire aussi le travail de László Mohaoly-Nagy, professeur au Bauhaus et auteur de Malerei, Fotografie, Film (Peinture, Photographie, Film).

À l'automne 1928, Moses Vorobeichic s’installe à Paris, en pleine effervescence artistique. Il écrit à son père en lui disant qu'il en apprendra plus en un jour à Paris qu'en un an à Dessau. Au Louvre, il copie les peintures des grands maîtres. Il suit les cours de l'Ecole technique de photographie et de cinématographie rue de Vaugirard ainsi que ceux de Fernand Léger à l'Académie Moderne.

Photographe indépendant, Vorobeichic « retourne à Vilnius en mars 1929 pour réaliser un reportage sur le quartier Juif de sa ville d'origine ».

« Exposées lors du Congrès sioniste de l'été 1929 à Zurich, les photographies attirent l'attention d'Emil Schaeffers, alors directeur de la collection « Das Schaubuch » aux Editions Orell-Füssli, qui propose de les publier ».

Ce livre, Ein Ghetto im Osten, Wilna (Un ghetto à l'Est, Vilnius) parait en 1931, et sera réédité par Hentrich – Frölich & Kaufmann en 1984. Il raconte en photos le mode de vie de la communauté juive. « J'ai tout simplement laissé aller mon Leica, c'est comme ça que j'ai conçu le livre sur Vilnius. La mise en page et les montages sont bien évidemment inspirés du cinéma ». Publié en plusieurs langues (hébreu/allemand et hébreu/anglais), cet ouvrage est destiné au grand public. Vorobeichic « montre la misère du ghetto, mélange les vues des rues étroites avec les portraits. Cette vision du quartier juif est contrastée par la mise en page, traitée avec une pensée moderne et novatrice héritée des cours d'Albers au Bauhaus. Vorobeichic superpose, colle et agrandit les images ».

Une fois la maquette du livre sur Vilnius achevée, Vorobeichic se consacre au deuxième projet photographique majeur de sa carrière : Paris. « Sa vision avant-gardiste reste la même, mais le rendu est différent car le sujet a changé. Les rues figées de Vilnius ont fait place au rythme effréné de la capitale française. Les mouvements, les foules, les automobiles s'agitent au fil des pages, et Vorobeichic, devenu Moï Ver nous renvoie à la vision qu'il a de la métropole : encombrée, fourmillante, vivante ».

Publié en 1931 à 1000 exemplaires numérotés par les éditions Jeanne Walter (1), le livre connaît le succès ; il est salué par la critique, notamment par Florent Fels qui, dans un numéro de L'Art Vivant de 1931 qualifie le livre de « simple mais précieux document de l'art d'aujourd'hui ».

Moï Ver devient un photographe très prisé. A Berlin, il remet à Moholy-Nagy un exemplaire de l'album préfacé par Fernand Léger.

Paris attire alors des artistes étrangers, dont beaucoup se fixent dans le quartier de Montparnasse. La Ville Lumière « fascine et les publications se multiplient. En 1929, Germaine Krull publie 100 x Paris, un panorama complet de la ville. En 1932, Brassaï met en avant la vie nocturne avec son Paris de nuit. En 1934, parait Paris vu par André Kertesz.

Moï Ver travaille comme photographe de presse à l'agence Globe-Photo, spécialisée dans le reportage international. Il collabore aussi à Vu, Paris Soir, Arts et Métiers graphiques (n°22 et 23) et Bifur (n°8).

En 1931, Ci-Contre est le troisième grand projet de Moï Ver qui, de nouveau, modifie son nom pour Moï Wer. Après trois mois de travail, il adresse « la maquette définitive du projet, composée de 110 tirages en vis-à-vis, à Franz Roh. Professeur d'histoire de l'art à Munich, directeur de la collection Fotothek, Roh est également l'auteur du livre Foto-auge qui accompagnait l'exposition Film und Foto présentée à Stuttgart en 1929 ». Roh cherche un éditeur pour le projet qui ne sera pas publié en raison des bouleversements politiques. Franz Roh garde la maquette.

En 1933, Moï Wer perd le contact avec Roh. Vers 1940-1945, pensant la maquette perdue, il « tente de reconstituer la série de mémoire. Alors que la première maquette se concentre sur la nature et l'architecture, ces 30 doubles-pages mettent l'accent sur les personnages ». Moï Wer note que « la première version porte encore l'empreinte du Bauhaus et d'Albers. L'aspect nature morte domine. La deuxième, quant à elle, est pleine de vie ».

En 1932, Moï Wer est envoyé à Tel Aviv, alors en Palestine mandataire, pour couvrir la Maccabiah, l'Olympiade juive. Les photographies sur cet évènement sportif sont montrées dans l’exposition Palestine d'hier et d'aujourd'hui à la Galerie d'art contemporain (Paris).

Moï Wer s'installe en Palestine mandataire en 1934. Il devient Moshe Raviv. Il travaille comme graphiste publicitaire et photographe indépendant.

En 1937, il retourne en Europe centrale réaliser un reportage sur les fermes collectives juives. Il photographie les communautés juives, leurs activités (agricoles et manuelles), leurs habitations et leurs loisirs. En 1950, un portfolio intitulé Polen (Pologne) d'une douzaine de portraits extraits de ce reportage est publié à Tel Aviv.

En 1948, lors de la recréation de l'Etat d'Israël, Moshe Raviv « effectue son service militaire et met sa photographie au service du mouvement sioniste en réalisant des affiches. Son travail est également utilisé pour illustrer des livres destinés à la jeunesse ».

Dans ces livres, la « vision avant-gardiste des années 1930 a laissé place à un académisme marqué ».

Au début des années 1950, Moshe Raviv abandonne la photographie pour la peinture, notamment religieuse et cofonde une colonie d'artistes à Safed, au nord d'Israël.

Au fil des ans, il perd en notoriété.

En 1968, Ann et Jürgen Wilde, collectionneurs allemands, achètent la maquette originale de Ci-Contre. Ils recherchent son auteur. Après plusieurs années d'enquête, ils adressent une première lettre à Moshe Raviv en 1972.

Lors « de leurs échanges, le photographe exprime son plaisir de savoir la maquette de Ci-Contre conservée ».

Dans les années 1980, le travail de Moshe Raviv est montré dans des expositions sur le Bauhaus.

Moshe Raviv meurt en 1995 à Safed.

En 2004, après en avoir acquis les droits, qu'Ann et Jürgen Wilde publient l'ouvrage Ci-Contre en fac-similé.

(1) Jeanne Walter "fut l'épouse de l'architecte Jean Walter. Grâce au financement de son mari, elle crée la revue mensuelle Plans en 1930 et en assure la direction jusqu'au dernier numéro en 1933. Cette revue reflétait la culture des années 1930".

Jusqu’au 23 décembre 2012
2, impasse Lebouis. 75014 Paris
Tél. : +33 1 56 80 27 00
Du mardi au dimanche de 13 h à 18 h 30, le samedi de 11 h à 18 h4 5, nocturne le mercredi jusqu’à 20 h 30.

Visuels :
Légendes : Moï Wer (Moshe Raviv-Vorobeichic)
© Archives Ann et Jürgen Wilde, Zülpich/Cologne, 2012
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mercredi 5 décembre 2012

Deux Prix 2009 porteurs d’avenir de la Fondation France-Israël


A lire ou/et écouter : les discours de Nicole Guedj, présidente de la Fondation France-Israël, et de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères lors du diner de cette Fondation dans une salle, composée essentiellement de convives Français Juifs, de l'ambassadeur d'Israël Yossi Gal et de hauts diplomates, du Quai d'Orsay, le 29 novembre 2012.
La nuit où la France vote pour le statut d'Etat observateur non membre à la Palestine à l'ONU, Nicole Guedj évoque "65 ans d'amitiés entre la France et Israël" (!?), "le soutien et l'amitié" du président François Hollande pour Israël (il ne l'a jamais visité, Nda), mais omet le vote annoncé de la France pour  une Palestine ayant statut d'Etat observateur non-membre de l'ONU.
Laurent Fabius tente de justifier ce vote scandaleux.
Les convives applaudissent souvent...
 
Le 11 juin 2009, l’Ecole normale supérieure (Paris) a accueilli la cérémonie de remise du 2e Prix de l’excellence de la recherche scientifique de la Fondation France-Israël.

« Ce prix est remis chaque année, à un jeune chercheur israélien et un jeune chercheur français ayant excellé dans leurs domaines de compétences respectives ».

Le « prix a pour but de mettre en valeur et de rapprocher des scientifiques ayant œuvré dans les mêmes sphères de recherche et ayant été reconnus pour la qualité de leurs travaux respectifs. Il a également pour vocation de promouvoir au développement des échanges scientifiques entre les deux pays ».

Partenaires du Prix : ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, CNRS (Centre national de la recherche scientifique), INRA (Institut national de la recherche agronomique), CEA (Commissariat à l'énergie atomique) et ADEME (Agence de l'Environnement et de la maitrise de l'énergie). 

Coopération scientifique comme vecteur d’amitié et de paix
Monique Canto-Sperber, sa directrice, a affirmé que « les obstacles rencontrés par l’Etat d’Israël dans ses ambitions n’arriveront pas à éloigner la communauté scientifique israélienne » de son homologue française.

Placée sous le haut patronage de Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, représentée par François Decoster, son conseiller diplomatique, et sous la présidence d'honneur de Claude Cohen-Tannoudji, Prix Nobel de Physique 1997, cette cérémonie a eu lieu en présence de nombreuses personnalités dont Daniel Shek, ambassadeur d'Israël en France, et Nicole Guedj, présidente de la Fondation.

Le thème du Prix 2009 ? Les énergies renouvelables. Un sujet qui répond aux aspirations croissantes des individus, des entreprises et des pouvoirs publics.

Les récipiendaires : le Dr Michael Bendikov (Institut Weizmann), pour ses recherches sur les « polyselenophènes, nouvelles piles organiques solaires », et le professeur Yves Delannoy (Institut national Polytechnique de Grenoble), pour ses travaux sur la « purification du silicium pour la conversion photovoltaïque de l'énergie solaire en électricité ». Des recherches aux enjeux économiques considérables…

Quant à François Decoster, conseiller diplomatique de Mme Pécresse, il a souligné combien « les 11 grands programmes de recherche en réseaux financés depuis 2004 dans le cadre de la coopération scientifique franco-israélienne, avaient permis à plus de 80 équipes conjointes, de mener leur travail et des effets de levier, notamment auprès des programmes européens de recherche ».

Edith Cresson, présidente de la commission scientifique de la Fondation et ancienne Premier ministre, a rappelé son rôle déterminant afin que « les chercheurs israéliens fassent bénéficier les chercheurs européens de leurs réflexions et inversement. Je trouvais surprenant que les Israéliens ne travaillent qu’avec les Américains ».

Et nombre d’orateurs, dont Claude Cohen-Tannoudji, ont souligné le rôle de cette coopération scientifique comme vecteur d’amitié et de paix.

 
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Cet article a été publié en une version plus concise par L'Arche en 2009.