dimanche 25 septembre 2011

Enluminures du Moyen Âge et de la Renaissance. La peinture mise en page


Le musée du Louvre présente l’exposition éponyme montrant 70 œuvres, italiennes, françaises, flamandes et germaniques, provenant de son fonds méconnu, mais raffiné de 179 enluminures de manuscrits historiques, littéraires ou liturgiques. Des créations artistiques – chefs d’œuvres de Jean Fouquet, Lorenzo Monaco, Guillaume Vrelant, Simon Bening et Giulio Clovio – parfois inspirées de la Bible, de la mythologie ou de scènes de l’histoire romaine, et nées « de la rencontre du livre et de la peinture du XIe au XVIe siècle ».

Pendant des siècles, même après l’avènement et l’essor de l’imprimerie, les « livres manuscrits sur parchemin ont été décorés de motifs ornementaux, de scènes figurées et de lettrines animées. Ces décors, souvent minutieusement peints de couleurs vives et précieuses, parfois enrichis d’or, pouvaient occuper aussi bien la page que sa marge, le cœur d’une lettre comme le folio entier, créer un cadre ou l’occuper ».

La nature des livres peints ? De petits bréviaires, des livres d’heures, des « grands graduels, les antiphonaires, textes littéraires, les ouvrages techniques ou scientifiques ».

Dès le XVIe siècle, la technique de l’enluminure « n’a plus été réservée à la peinture de livre mais a servi aussi, et de plus en plus souvent, à réaliser des compositions indépendantes ».


Des manuscrits enluminés, objets de collections
Au fil des siècles, au mépris de leur lien avec l’écrit, certaines enluminures ont été « ont été découpées dans des manuscrits souvent luxueux ou prestigieux quand la fonction liturgique, littéraire ou scientifique des ouvrages où elles se trouvaient apparaissait secondaire en regard de la valeur artistique de leur illustration. La conscience esthétique, de plus en plus forte à partir du XVIIIe siècle a ici joué contre l’intégrité des livres. Le vandalisme ordinaire et les appétits du marché ont fait le reste. Dans un mouvement inverse, cette conscience a animé la volonté des amateurs et des collectionneurs de préserver les feuillets épars des manuscrits dépecés ou découpés et nous devons à ceux-ci de posséder encore aujourd’hui des pièces incomparables de l’enluminure européenne : les miniatures peintes par le Maître du Parement pour les Très Belles Heures de Jean de Berry, les grandes pages peintes par Fouquet pour une Histoire ancienne, un feuillet des Heures noires de Charles le Téméraire et les deux pleines pages de Giulio Clovio comptent parmi ces œuvres inestimables », écrit Henri Loyrette, Président-directeur du musée du Louvre.

Paradoxalement, cet acte de vandalisme a donc permis à des feuillets enluminés arrachés d’acquérir une valeur artistique spécifique, de les inscrire dans une histoire distincte au fil d’acquisitions variées, et, parfois, de les protéger des dégradations affectant les livres dont elles avaient été séparées.

« Si dans la plupart des cas le préjudice est manifeste – il est par exemple évident que le Portement de Croix de Jacquemart de Hesdin a beaucoup souffert d’avoir été retiré des Grandes Heures de Jean de Berry et que sa présentation comme un tableau a profondément altéré son coloris –, dans quelques autres, le découpage des manuscrits n’a finalement pas nui à l’appréciation de l’art de l’enluminure. S’il est ainsi désolant que l’on ait coupé, sans doute après 1845 et sûrement avant 1854, deux feuillets du Livre de prières de Dresde, force est d’admettre qu’ils forment aujourd’hui la part la mieux conservée d’un livre qui a été lourdement endommagé lors des bombardements de Dresde en février 1945. Et personne ne pourrait souhaiter que les quatre feuillets des Très Belles Heures de Notre Dame de Jean de Berry aient disparu dans l’incendie de la Biblioteca Nazionale ed Universitaria de Turin, le 26 janvier 1904, avec le Livre de prières de Turin dont ils avaient été retirés avant 1720. Il ne s’agit pas d’excuser, par un paradoxe, le vandalisme, l’inconscience, le vol ou la cupidité qui ont conduit à dénaturer ou à amputer des manuscrits enluminés, mais de reconnaître que les collectionneurs, quand bien même leur passion a parfois poussé certains marchands à des démembrements qui n’auraient pas eu lieu sans elle, ont accompli une action salutaire en recueillant des feuillets et des enluminures découpés. Le musée du Louvre, en revanche, a tardé à prendre le relais des collectionneurs dans ce domaine », estime Dominique Cordellier, Conservateur en chef au département des Arts graphiques du musée du Louvre.

Certes, la « Bibliothèque nationale de France a pour mission de conserver les manuscrits enluminés quand ils sont restés reliés. Cependant, créé par un décret de la Convention, le 27 juillet 1793, le Muséum central des arts - musée du Louvre - « a pour vocation de recueillir les pages magistrales qui, au fil du temps, ont été retirées des ouvrages démembrés et qui ont aujourd’hui le caractère autonome de petites peintures » et qui dès sa fondation lui ont été données.

Aux côtés de catalogues « raisonnés présentant des écoles entières – l’école française, l’école florentine et bientôt l’école bolonaise – ou des corpus d’artistes – tout dernièrement Battisa Franco et Bandinelli – le département des Arts graphiques s’attache à publier ses fonds par collection – Jabach, Chennevières et prochainement Mariette – mais aussi par technique ».

En 2011 le Catalogue raisonné des enluminures occidentales du Moyen Âge et de la Renaissance vient enrichir cette liste. Les « collections d’enluminures du musée, conservées principalement au sein du département des Arts graphiques, tant au Cabinet des Dessins que dans la collection Edmond de Rothschild mais aussi au département des Peintures et au département des Objets d’Art, méritaient ce traitement particulier ».

Ce fonds « couvre six siècles d’histoire et dont les pièces les plus anciennes remontent au XIe siècle, à une époque où l’enluminure est bien, comme le disait lapidairement André Malraux, « la peinture des siècles sans peinture... Les pièces les plus anciennes, qui appartiennent à l’Allemagne ottonienne, datent des débuts du XIe siècle ; les plus récentes, italiennes et allemandes, de la fin du XVIe siècle ou des toutes premières années du XVIIe », résume Carel van Tuyll van Serooskerken, Directeur du département des Arts graphiques du musée du Louvre.

Parmi les généreux et avisés donateurs à l’origine de cette collection, citons Viel-Castel et Sauvageot sous Napoléon III, Adolphe et Edmond de Rothschild - La Conversion du proconsul romain Sergius Paulus et le châtiment d’Élymas, Les Vertus théologales, La Cène et la Messe de saint Grégoire ; Alphabet de Marie de Bourgogne : initiale T avec une figure de Victoire, plume et encre brune sur papier -, Walter Gay et la marquise Arconati Visconti entre 1900 et 1938.

En mars 1897, la Société des Amis du Louvre fédère des amateurs ayant constitué de magnifiques collections.



« La peinture des siècles sans peinture » (André Malraux)
Le vocable « enluminure » désigne « les peintures qui illustrent un texte, en particulier les livres manuscrits et les chartes du Moyen-âge et de la Renaissance. Les enluminures ont été généralement réalisées sur des feuilles de parchemin – une peau animale (mouton, veau, chevreau) traitée à la chaux, raclée, poncée et apprêtée pour l’écriture. Elles étaient faites au moyen de colorants et de pigments (poudre de lapis-lazuli, blanc de plomb, verts de cuivre, vermillon, etc.) mélangés à un liant (souvent le blanc d’œuf), et employés à la plume et surtout au pinceau fin. Elles étaient aussi enrichies d’or ou d’argent, appliqué à la feuille et bruni (poli avec une dent de loup), ou sous forme liquide comme un pigment ».

Ces miniatures révèlent une « facture minutieuse, reflétant parfois les créations de la grande peinture ». Elles ont donc été « appréciées pour leur valeur artistique intrinsèque » et collectionnées dès les XVIIe et XVIIIe siècle.

La collection du Louvre « offre des exemples d’enluminures du XIe au XVIe siècle, mais ce sont les pièces, très picturales, des XIVe, XVe et XVIe siècles qui y occupent la plus grande place » : généralement, des œuvres créées en Italie, en France ou au Pays-Bas.

Cette exposition présente pour la première fois près de la moitié du fonds d’enluminures conservé par ce musée.

Les thèmes ? Des scènes de la Bible hébraïque - Le roi David, jouant d’une cithare organistrum, et auquel apparaît Dieu, enluminure sur parchemin, or au pinceau et or bruni poinçonné et au style lombard ; Bethsabée au bain -, de la Bible chrétienne – La Nativité, Le Christ assis devant l’Arbre des Vertus, l’Ascension -, la mythologie – Hercule portant le ciel, Don d’Edmond de Rothschild, 1935 -, l’histoire de la Rome antique - Le Passage du Rubicon par César, Feuillet d’une Histoire ancienne jusqu’à César et Faits des Romains...

Parmi les peintres et enlumineurs : Jean Fouquet (vers 1420 - entre 1478 et 1481) et Lorenzo Monaco (vers 1367/1370-1423 ou 1424).

Mêlé aux milieux officiels dès le règne de Charles VII dont il peint le portrait, Jean Fouquet consacre plus tard un portrait au chancelier de France Guillaume Jouvenel des Ursins. Une miniature, Le passage du Rubicon par César, porte en haut « le titre courant en or « Selon Lucan », et la rubrique en azur annonce : « Cy commance Lucan ensuivant sa matière de César son second livre et devise comment César et ses légions partirent de Ravenne et s’en vindrent sur le fleuve de Rubicon ». Cette page est sans doute la plus spectaculaire du point de vue du traitement de l’espace... Il use de divers procédés perspectifs pour insister sur la profondeur du paysage, à la fois par le dessin et par la couleur. Suivant une pratique qui lui est chère, il aligne trois arbres au tronc élancé peints en très forte décroissance ou une série de collines dont les profils se succèdent, il traverse sa composition d’un cours d’eau dont les méandres guident l’œil jusqu’au lointain horizon, il campe sur le côté une forteresse sur un éperon rocheux pour marquer le plan moyen et aider à apprécier la distance. Il renforce l’illusion de distance par une science exceptionnelle de la perspective atmosphérique, qui estompe vers le lointain le vert de l’herbe, module de blanc l’eau du fleuve, bleuit les collines les plus éloignées ; le soleil levant éclaire le sommet du premier arbre et le ciel matinal est blanchi sur l’horizon. Cette rare notation lumineuse de l’heure (que l’on ne rencontre pas dans les Heures d’Étienne Chevalier, hors du temps) montre combien Fouquet lit attentivement le texte qu’il doit illustrer pour en tirer le sens le plus profond » (Nicole Raynaud).

Lorenzo Monaco fut « ordonné diacre en 1396, mais il quitta le monastère pour ouvrir son propre atelier. (…) L’ordre camaldule l’avait sans doute autorisé à travailler en dehors du monastère, car il ne renonça jamais à ses vœux monastiques... Sa fidélité au style giottesque (…) céda rapidement la place – contrairement à son intérêt pour sa palette vive et lumineuse – à une fascination pour le style gothique ibérique importé de Barcelone à Florence par Gherardo Starnina après 1403 et pour les expérimentations de Lorenzo Ghiberti, ce qui se traduisit par une approche lyrique de la composition et un mode de représentation des figures dénotant ces mêmes affinités. Starnina et Lorenzo Monaco devinrent incontestablement les deux peintres les plus importants et les plus demandés à Florence au cours de la première décennie du XVe siècle », précise (L. B. Kanter)



Jusqu’au 10 octobre 2011
Aile Denon, 1er étage, salles Mollien. 75058 Musée du Louvre
Tél. : 01 40 20 53 17
Tous les jours de 9 h à 18 h, sauf le mardi, nocturnes jusqu’à 21 h 45 les mercredi et vendredi

Visuels :
Philippe de Mazerolles (Maître du Froissart de Philippe de Commynes)
Bifeuillet du Livre d’heures noir de Charles le Téméraire
département des Arts graphiques, musée du Louvre, MI 1091
© RMN /Thierry Le Mage
Maître du livre d’Heures de Dresde
département des Arts graphiques, musée du Louvre, INV 20694 bis
© 2006 musée du Louvre / Martine Beck-Coppola

Giulio Clovio (Juraj Klović)
Les Vertus théologales
département des Arts graphiques, musée du Louvre, RF 3978
© RMN /Thierry Le Mage

Jean Pichore
Bethsabée au bain
département des Arts graphiques, musée du Louvre, RF 4243
© 2004. musée du Louvre / Martine Beck-Coppola
 Jean Fouquet
Le Passage du Rubicon par César
département des Arts graphiques, musée du Louvre, RF 29493
© RMN /Thierry Le Mage

Les citations sont extraites du catalogue raisonné « Enluminures au Louvre. Moyen Âge et Renaissance ».

Articles sur ce blog concernant :
France

lundi 19 septembre 2011

« Philip Roth, sans complexe » de William Karel et Livia Manera


Arte diffusera les 19 et 22 septembre ainsi que le 2 octobre 2011 « Philip Roth, sans complexe » (2011), documentaire de William Karel et Livia Manera. Un portrait de l’écrivain Juif américain septuagénaire interviewé à son domicile à New York et dans sa maison dans la forêt du Connecticut, peu avant la publication du Rabaissement (Gallimard).

  

La création littéraire – « Je ne me vois pas arrêter d'écrire. Quand je n'écris pas, je suis dépressif, anxieux. Ecrire me tient à distance de la dépression » -, sa famille, sa judéité, le sexe, l’amour, la psychanalyse, la politique, la renommée, les Etats-Unis, la mort…

Le romancier légendaire Philip Roth les évoque avec bonne volonté en révélant ses archives personnelles : photographies, lettres, manuscrits, etc. Et lit des extraits de ses œuvres.

En contre-point, ses amis, telle l’actrice Mia Farrow, une des premiers lecteurs à qui il confie ses manuscrits achevés après un à trois ans d’écriture pour solliciter des avis, s’expriment.


« Un style américain » satirique
Philip Roth est né en 1933 à Newark dans une famille Juive originaire de Galicie ayant immigré aux Etats-Unis à la charnière des XIXe-XXe siècles.

Professeur de littérature à l’université de Chicago, il s’installe dans les années 1960 à New York. Parallèlement à son activité de romancier, il enseigne notamment à Princeton, et dirige une collection chez l’éditeur Penguin. Il fait découvrir au public américain des écrivains d’Europe de l’Est, tel Bruno Schulz.

Goodbye, Columbus (1960) et surtout le best-seller Portnoy et son complexe (Portnoy's Complaint, 1969) le rendent célèbre dans le monde entier. Nombre de lecteurs identifient le héros à son auteur. Cet auteur se défend aussi de ressembler à Kepesh, « séducteur compulsif », ou à Nathan Zuckerman (Pastorale américaine, Prix Pulitzer en 1998).



« Philip Roth, sans complexe » de William Karel et Livia Manera
France, 2011, 52 minutes
Diffusions les :
-          19 septembre 2011 à 22 h 05
-          22 septembre 2011 à 16 h 05
-          2 octobre 2011 à 5 h.


Visuels : © François Reumon


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« Solal – Jazz never ends » par Michel Follin


Arte diffusa « Solal – Jazz never ends », documentaire (2008) de Michel Follin. Un portrait de Martial Solal, pianiste Juif français de jazz, arrangeur, improvisateur et compositeur de musiques, notamment celle du film A bout de souffle réalisé par Jean-Luc Godard. Un octogénaire talentueux, exigeant, rigoureux, passionné, alerte et espiègle né à Alger en 1927. Article republié en ce jour de Fête de la Musique.

  
« Je veux encore jouer de nouvelles phrases, car j'aime me surprendre », déclare Martial Solal.

Agé de 81 ans, Martial Solal ne ralentit guère son activité : concerts avec sa fille, la vocaliste Claudia, de jeunes musiciens, tels les frères Moutin qui forment avec lui un trio réputé.

Assis près de son piano, dans sa demeure de Chatou, interrogé par le contrebassiste François Moutin, il égrène ses souvenirs de 60 ans de carrière marqués par l’enregistrement de 50 disques. Décrit son enfance en Algérie, l’Occupation, les persécutions antisémites, ses débuts dans les mess des soldats américains. Evoque son départ pour Paris dans les années 1950. Joue sous le nom de Jo Jaguar. Fréquente les caves de Saint-Germain-des-Prés où se rend « tout ce que le monde du jazz pouvait contenir en Europe ». Rencontre Roy Haynes, Lucky Thompson, et Django Reinhardt avec qui il enregistre ses premiers albums.

Suite en ré bémol pour quartette (1957), puis Suite pour une frise (1960) sont remarqués par le monde du jazz Autres jazzmen avec lesquels Martial Solal a joué : Dizzy Gillespie, Chet Baker, Stan Getz, Stéphane Grappelli, Wayne Shorter, Paul Bley, Didier Lockwood…

À bout de souffle de Jean-Luc Godard, Le procès d'Orson Welles, Le testament d'Orphée de Jean Cocteau… Des films divers dont la musique est signée par Martial Solal.

Archives, entretiens et extraits de concerts illustrent ce beau portrait d’un musicien distingué par de nombreux prix.

« Solal – Jazz never ends » par Michel Follin
France, 2008, 90 minutes
Diffusion le 19 septembre 2011 à 10 h
Cet article a été publié le 19 septembre 2011.

dimanche 18 septembre 2011

Le sculpteur Edmond Uzan


A Paris, Evi Gougenheim/Artplace présente l’exposition collective Murmure dans le cadre des Journées européennes de la Culture et du patrimoine Juifs. Eminent physicien et mathématicien, Edmond Uzan y présente ses sculptures, dont l’une « illustre la suite mathématique de Fibonacci. La rigueur de sa démarche s’adoucit aux confins d’un silence habité ».

« Papa pique et maman coud », chantait Charles Trénet. Dans la famille Uzan, le père a été physicien, et la mère professeur de mathématiques. Les velléités artistiques d'Edmond Uzan se sont exprimées vraiment lors de la retraite et par la sculpture. Par contre, c’est par hasard, après avoir appris la dorure, le vitrail et la laque que Liliane Enriquez Uzan, douée pour la technique, trouve dans la sculpture son moyen d’expression idéal.

Nulle rivalité dans ce couple. Au terme de leurs travaux, chacun porte un regard légèrement critique et très bienveillant sur la création de l’autre. Une connivence : la « Tendresse » est illustrée, en petits formats aux formes adoucies, par Edmond Uzan en un être protégeant l’autre et, par Liliane Uzan, en un couple mobile immense.

Depuis plusieurs années, ce couple participe aux mêmes expositions. Edmond Uzan a gagné le Premier prix du Lions Club en novembre 2001 et son épouse a remporté en 2002 celui de la Fédération de la Mutualité.

L’ancien chercheur au CNRS est habitué à travailler directement la matière. Aussi, il maîtrise tout le processus de création d’une sculpture. Il est parfois aidé par son épouse qui, mue par un « souci minutieux des finitions », applique les feuilles d’or (« Odalisques ») ou cisèle. Tous deux proposent des pièces à deux, voire trois faces (« Le pêcheur et sa proie »).

Sensible au temps, doté d’un style « figuratif poétique », Edmond Uzan crée un bestiaire - une magnifique « Tortue », un « Scargot mutin » et des « Oiseaux de Paradis », i.e. « des coqs sans plumes comme dans le Jardin d’Eden » -, un univers animalier parfois étrange et fantastique – Hommage à Jérôme Bosch -, des « Chandeliers » mariant symbolique spirituelle et mathématiques ou soulignant l’interdépendance (« Arbre de vie » aux branches entremêlées), et un « Tsadik ». Dans la « Confusion des matières », l’Humain constitue le lien entre les mondes minéral et végétal... Ce sculpteur évolue aussi dans l’abstraction.

« Révoltée par l’injustice », Liliane Enriquez Uzan s’attache au personnage de Cervantès. Qu’elle décline Sur un cheval efflanqué, un Don Quichotte veut continuer à se battre, protégé par un sombrero ! Les premières sculptures révèlent l’influence de Giacometti. « La balançoire » fait songer à un tableau impressionniste. Aux extrêmes de la pièce à la Mairie du Ve arrondissement de Paris en 2002 : une « Vache rousse » et un merveilleux « Papillon » noir.

Jusqu’au 27 septembre 2011
14, rue Coëtlogon (angle 5, rue d’Assas), 75006 Paris
Tél. : 01 45 48 66 91
Du lundi au vendredi de 14 h à 19 h et sur rendez-vous



Visuels d’Edmond Uzan : © DR
Affiche
Oiseaux de Paradis
Hauteur : 76 cm, largeur : 45 cm, profondeur : 25cm
Tendresse
Statue en bronze patiné
Hauteur : 49,5 cm, largeur : 24 cm et profondeur : 23 cm
La vie ou rupture dans la continuité
Arbre de vie 02
Hauteur : 50 cm, largeur : 40 cm et profondeur : 25cm

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dimanche 4 septembre 2011

Boris Zaborov, peintre et sculpteur


Le musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) présente Un couple (2009), tableau - acrylique et crayon sur toile - de Boris Zaborov, dans le cadre de l'exposition collective La collection contemporaine du MAHJ : un parcours. « Face aux images d'un monde ashkénaze qui n'est plus, la peinture de la disparition » de Boris Zaborov. Une exposition inscrite dans le programme des Journées européennes de la culture et du patrimoine Juifs, avec des activités le 4 septembre 2011.



Boris Zaborov est né en 1935, dans une famille juive de Minsk (Biélorussie).

Il étudie dans les Académies des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg et de Moscou.

Membre de l’Union des Peintres de l’URSS, il peint, réalise des gravures, crée des décors et costumes pour le théâtre et illustre des livres.

Pour des raisons personnelles sur lesquelles il reste discret, il quitte l’URSS en 1980 pour la France.

Il peint, collabore à des spectacles théâtraux, et expose à Amsterdam, New-York, Montréal, Moscou, Bologne, Darmstadt, Tokyo, etc.

Les Offices de Florence ont acquis en 2007 son autoportrait Le peintre et son modèle (1998). Une œuvre qui est entrée dans la collection fameuse d’autoportraits initiés par les Médicis au XVIe siècle et montrés dans le « Corridoio Vasariano » (Corridor de Vasari).

Boris Zaborov sculpte depuis 1995.

La Galerie Vallois lui consacre en 2010 sa première exposition individuelle depuis celle de 2002, alors que Minsk lui a dédié cette année « une première rétrospective nationale ».

Dans le cadre de l’année de la Russie en France, la Galerie Vallois Sculptures présente fin 2010 une vingtaine de bronze, sculptures livres ou livres sculptures, réalisées entre 1996 et 2006 et quelques tableaux (Fille au chien, 2010) par Boris Zaborov. Des œuvres à l’hyperréalisme nostalgique célèbrent le livre, symbole de savoir et moyen d’expression, de communication, de transmission. Elles révèlent ou exhument une mémoire évanescente


En 2011, le MAHJ présente Un couple, oeuvre donnée par l'association One for All Artists. « Mon regard s’était arrêté et, traversant le plan de l’image, il était sorti par le cadre du vieux cliché, comme par une fenêtre grande ouverte, pour gagner les espaces infinis du souvenir. Avec une soudaineté comme seul en est capable un éclair de mémoire, je vis le vaste panorama des jours heureux de ma vie passée. La mémoire avait rejeté toutes les gammes des noirs pour ne garder que les seules couleurs de l’arc-en-ciel », explique Boris Zaborov. Voyant par hasard une photographie ancienne, Boris Zaborov développe « une nouvelle pratique, une vision nouvelle, le « regard vers l’intérieur ». Il aborde le monde du souvenir, ouvre une fenêtre sur le passé, emprunte, selon son expression, une « porte dérobée », indique le MAHJ.


Vestiges des temps
Odes au livre, les sculptures en bronze patiné en gris bleuté ou argenté semblent avoir été découvertes par un archéologue.

Ces sculptures symbolisent deux inventions cruciales menacées par la civilisation de l’image : l’écriture et le livre.

Grand ou petit, souvent seul, ouvert ou fermé, le livre usagé semble tiré de l’oubli, exhumé de ce qui l’avait enseveli avec des objets divers liés à lui : lunettes, poupées démembrées, besicles, ciseaux, masque ou des montres anciennes.

Ces vieux livres témoignent d’un savoir divers - histoire romaine, médecine, etc.-, parfois clos, et d’une transmission essentielle.

Hardies, les lettres escaladent le livre (« Composition avec des lettres ») ou servent aux typographes (« Composition n°1).

Incrustées dans les sculptures, des photos ont capté un moment, mais pas pour l’éternité. Car tout s’évanouit, s’estompe, est voué à la disparition, à devenir des vestiges. C’est une course contre le temps pour préserver ces témoins d’un passé touchant...

Dans « Comédie Française », à laquelle cet artiste-costumier a collaboré en concevant les costumes de pièces de Hugo et Tourgueniev, il a posé délicatement un pinceau et un masque sur un immense registre. « Un livre ouvert et un masque » cèle un visage.

Les peintures ressemblent à des films qui, trempées dans un bain spécial, laissent apparaître progressivement une image. Parfois on ne sait si le souvenir émerge ou s’évanouit (« Double portrait ») et si le visage se décompose.

Les couleurs sont discrètes, « passées », comme tamisées par une mélancolie paradoxalement brumeuse et précise. Le filtre du regard estompe, mais la mémoire témoigne (« Patriotes» américains)...

Paradoxalement forts et fragiles, ce sont des témoins ou vestiges des temps qui perdurent et symbolisent la puissance du savoir, la vulnérabilité et la sensibilité humaine…

Ces œuvres sont parties intégrantes de la « bibliothèque des vestiges » crées par Boris Zaborov au fil des années.

Jusqu'au 11 septembre 2011
Au MAHJ
Hôtel de Saint-Aignan,
71, rue du Temple, 75003 Paris
Tél. : (33) 1 53 01 86 53
Lundi, mardi, jeudi et vendredi de 11 h à 18 h, mercredi de 11 h à 19 h 30, dimanche de 10 h à 18 h. Fermé le samedi.

Jusqu’au 29 décembre 2010
A la galerie Vallois Sculptures
35, rue de Seine, 75006 Paris
Tél. : 01 43 25 17 34
Du mardi au samedi de 10 h à 13 h et de 14 h à 19 h

A lire :
Boris Zaborov. Galerie Visconti, 2002
Boris Zaborov, Le livre. Galerie Vallois, 2002

Visuels de haut en bas :
Fille au chien
2010, acrylique sur toile, 116 x 99 cm

Composition n° 1
1996, bronze, Fonderie Punto Arte, 18,5 x 12 x 11 cm

Un livre ouvert et un masque
1995, bronze, Fonderie Punto Arte, 16 x 16,5 x 13 cm

Quatre livres et une montre
1996, bronze, Fonderie Punto Arte, 15 x 15 x 10 cm

Composition avec des lettres
1995, bonze, Fonderie Punto Arte, 37 x 28 x 15 cm

Grand livre ouvert et une poupée
1995, bronze, Fonderie Punto Arte, 31,5 x 46 x 36 cm


Articles sur ce blog concernant :
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Hommage à Chana Orloff (1888-1968)
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La Splendeur des Camondo de Constantinople à Paris (1806-1945)
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Cet article a été publié pour la première fois sur ce blog le 26 décembre 2010 et modifié le 4 septembre 2011