mardi 26 avril 2011

« Nuremberg le procès des Nazis » de Paul Bradshaw et Nigel Paterson


La chaîne Arte diffusera, les 27 et 28 avril 2011, deux parties de « Nurembergle procès des Nazis » (Nuremberg: Nazis on Trial), docu-fiction de Paul Bradshaw et Nigel Paterson (2006). Un film associant des scènes jouées par des acteurs, des archives, des témoignages d’historiens et de témoins du procès, par un tribunal international, en 1945-1946, d’une vingtaine de criminels deguerre nazis, dont Hermann Göring et Albert Speer.

Après les suicides du Führer Adolf Hitler le 30 avril 1945, de Joseph Goebbels, ministre de l’Education du peuple et de la Propagande, et de Heinrich Himmler, chef de la SS, en mai 1945, puis celui de Robert Ley, directeur du Deutsche Arbeitsfront (Front allemand du travail qui regroupe les syndicats), dans sa prison à Nuremberg le 25 octobre 1945, les Alliés tiennent particulièrement à ce que la vingtaine de dirigeants nazis de haut rang qu’ils ont arrêtés, interrogés et emprisonnés soient en mesure de comparaître devant le futur tribunal international chargé d’établir les faits et de juger ces détenus. La surveillance de ces prisonniers nazis est donc renforcée.
Gustave M. Gilbert, psychologue Juif américain d’origine autrichienne, et agent de liaison avec les prisonniers, veille à leur santé mentale, rédige régulièrement pour le commandant de la prison, le colonel B.C. Andrus, des rapports sur leur état psychologique et « suggère des angles d’attaque » aux Alliés en vue des audiences judiciaires. Les Alliés préparent soigneusement ce procès afin que les accusés ne l’utilisent pas comme une tribune de propagande nazie.

Si la séance inaugurale de ce procès hors norme a lieu à Berlin le 18 octobre, le procès se déroule du 20 novembre 1945 au 1er octobre 1946 à Nuremberg. Et en présence d’une armada d’interprètes et de journalistes, dont Lucien Bodart, Walter Cronkite, Ilya Ehrenbourg, Joseph Kessel pour France-Soir, Evgueni Khaldei, auteur de la célèbre photo du drapeau rouge flottant sur le Reichstag, Richard Llewellyn, Erika Mann, Alexandre Vialatte, Rebecca West, Markus Wolf, et Tullia Zevi.

Des liturgies nazies au tribunal international
Nuremberg, c’est la ville où se sont déroulées les grandes manifestations publiques annuelles du Parti national-socialiste.

Le choix de cette ville est certes symbolique, mais surtout motivé par des considérations pratiques : après les bombardements, y demeurent intacts le Palais de justice relié par un tunnel à la prison, l’Hôtel de Ville et le Grand Hôtel.

Une ville donc emblématique pour un procès extra-ordinaire : le premier procès militaire international d’une vingtaine de responsables nazis poursuivis pour « plan concerté ou complot », « crimes contre la paix », « crimes de guerre » et un chef d’accusation nouvellement intégré au droit international : les « crimes contre l’humanité ».
Le Tribunal est composé de magistrats et de ministères publics représentant les Alliés - américains, britanniques, soviétiques et français. La Cour est présidée par Geoffrey Lawrence. Pour Ernst Michel, survivant d’Auschwitz, c’est une « satisfaction de voir la justice être rendue ».

Après lecture du long acte d’accusation, est projeté un film d’une heure sur la gravité, l’horreur et l’ampleur des crimes retenus contre eux : les camps de concentration et d’extermination, les modes d’assassinats des Juifs, les expériences « médicales », les vivisections, etc. Un film qui exerce un impact important sur tous les spectateurs, en particulier les accusés.

Parmi les crimes de guerre, le procès écarte le massacre au printemps 1940 de milliers d'officiers polonais dans la forêt de Katyn, près de Smolensk. Pendant le procès de Nuremberg, l’avocat de Göring demande la mise en accusation des Soviétiques pour ce crime de guerre. Le 1er juillet 1946, six témoins, de la défense et de l’accusation, présentent leur version des faits au tribunal. Il apparaît que l'auteur de ce massacre est le NKVD, dont l'URSS. Le verdict du Tribunal occulte ce massacre : celui-ci montre que des Alliés ont commis un crime de guerre, un grief reproché aux accusés.

Des stratégies divergentes
Le titre du film ne retranscrit pas l’ambition limitée, mais originale des auteurs du film.

Ceux-ci n’abordent pas l’aspect juridique. Ils évoquent sommairement les opinions opposées des Alliés à l’égard des dirigeants nazis emprisonnés : pour Churchill et les Soviétiques, leur élimination était préférable ; pour les Américains, le procès est l’occasion de rendre publics tous les faits.

Paul Bradshaw et Nigel Paterson esquissent les portraits de certains criminels nazis –Franz von Papen, vice-chancelier puis ambassadeur, Hjalmar Schacht, ministre jusqu’en 1943, Baldur von Schirach, chef des Jeunesses hitlériennes puis gouverneur de la région de Vienne - jugés à Nuremberg.
Ils concentrent leurs trois volets sur trois accusés aux stratégies divergentes : le successeur désigné d’Hitler, Reichsmarschall – grade le plus élevé – et commandant en chef de la Luftwaffe Hermann Göring (1893-1946), Albert Speer (1905-1981), ministre de l’Armement et architecte des grands travaux de Hitler, et Rudolf Hess (1894-1987), un des rédacteurs des lois antisémites de Nuremberg (1935).
Arte ne diffuse pas, sans explication, le volet sur Hess : celui-ci s’était rendu, peut-être pour négocier la fin de la guerre, le 10 mai 1941 en Ecosse, où il a été arrêté et emprisonné.

La dramaturgie du film souligne le contraste entre les personnalités et les stratégies judiciaires de deux dirigeants nazis ayant occupé des fonctions importantes jusqu’à la capitulation du IIIe Reich - Hermann Göring et Albert Speer -, et la dimension psychologique du procès. Les « dialogues des scènes de reconstitution s’inspirent des archives de l’époque ».

Göring
Göring se constitue prisonnier le lendemain de la capitulation aux Américains. Il a « créé la Gestapo, préparé les lois contre les Juifs et le réarmement ». Il avait prêté ce serment d’allégeance à Hitler : « Je n’ai aucune conscience. Adolf Hitler est ma conscience ».

Grossier, vaniteux, il demeure un fervent nazi. Sur son acte d’accusation, il écrit : « Les vainqueurs seront toujours les juges, et les vaincus les accusés ».

Malin, il use de son ascendant sur les autres accusés pour constituer et maintenir un front uni sur sa défense : la revendication fière du nazisme et le rejet de toute responsabilité dans les crimes.

Amaigri, désintoxiqué, fanfaronnant, il comparaît en revendiquant sa fidélité à Hitler, son souci du peuple allemand.

Parmi les témoins : Otto Ohlendorf, commandant de l’Einsatzgruppe D, un de ces groupes mobiles ayant exécuté les Juifs près de leurs villages en Europe centrale et de l’Est, pointe la responsabilité de Göring dans ces massacres ; le 15 avril 1946, Rudolf Höss, commandant d’Auschwitz, résume sa rencontre avec Himmler à l’été 1941 : appliquer la « solution finale » à Auschwitz où ont été exterminés plus d’un million de personnes, essentiellement Juives. Un témoignage précis et accablant.

Au procureur américain Robert H. Jackson qui dénonce le caractère secret des préparatifs allemands pour rendre libres l’accès au Rhin, Göring réplique ironiquement n’avoir pas lu « quelque part l’annonce des préparatifs de mobilisation entrepris par les Etats-Unis ». Ce qui fait rire la salle.

Göring perd de sa superbe et est déstabilisé lors de son contre-interrogatoire par le procureur britannique Sir David Maxwell-Fyfe, maîtrisant mieux son dossier, et quand Robert H. Jackson lui reproche son pillage au bénéfice du IIIe Reich et à son profit, d’œuvres d’art européennes appartenant à des collectionneurs privés, généralement Juifs, et à des musées publics.

Speer conseille à Gustave M. Gilbert de séparer Göring des autres accusés lors des repas pour réduire son emprise sur les accusés. Ce que font les Alliés : Göring prend ses repas seul dès la mi-février 1946. Les autres accusés discutent alors librement et s’émancipent de son autorité.

Condamné à mort par pendaison pour les quatre chefs d’inculpation, Göring se suicide en absorbant une dose de cyanure cachée dans sa cellule la nuit de son exécution, le 14 octobre 1946. Dans son Journal de Nuremberg (Nuremberg Diary), Gustave M. Gilbert écrit : « Göring est mort comme il a vécu, en essayant de railler toutes les valeurs humaines et de détourner l’attention de sa culpabilité par un geste spectaculaire ».

Le cadavre de Göring est envoyé dans un crématorium à Munich ; les cendres sont « dispersées dans un cours d’eau pour éviter que soit édifiée une construction à la mémoire de Göring ».

Albert Speer
Issu de la haute bourgeoisie allemande, cet architecte fait partie du cercle des intimes d’Hitler avec lequel il semble lié par une relation père/fils. Les Alliés estiment que la guerre a duré deux années de trop en raison de l’efficacité de Speer comme ministre de l’Armement et de la production de guerre.
Speer se démarque de nombre d’autres accusés : il assume sa part de responsabilité dans celle collective, condamne le nazisme, reconnaît le mal commis.

Il minore son rôle en se présentant comme un administratif soucieux de remplir sa mission, ayant ignoré les conditions d’esclavage de « cinq millions d’étrangers dont 200 000 volontaires » contraints à des travaux obligatoires dans les usines d’armements. Il allègue avoir seulement estimé le nombre de personnes nécessaires à la machine de guerre allemande et rejette toute autre responsabilité sur Fritz Sauckel, responsable du recrutement et de l’exploitation de la main d’œuvre étrangère, et qui sera condamné à mort par le Tribunal.

Il affirme s’être opposé à la politique de la terre brûlée décrétée par Hitler pour freiner la progression des Alliés, et allègue avoir tenté de tuer Hitler par gaz dans son bunker à la fin de la guerre.
Le contre-interrogatoire de Speer par Jackson est moins pugnace que celui de Göring.

Sa stratégie et sa personnalité – intelligence, sociabilité - concourent à expliquer la peinte infligée : Speer est condamné pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité à une peine de 20 ans d’emprisonnement. Après avoir purgé sa peine, il est libéré en 1966 et se consacre à l’écriture de livres.
Les historiens sont partagés sur Speer : « homme torturé » ayant admis sincèrement sa part de responsabilité ? Ou  « machiavel cynique ayant berné le monde entier » et dont l’implication dans les crimes ressort davantage à la lumière de récents travaux d’historiens ?

« Nuremberg, le procès des Nazis »
de Paul Bradshaw et Nigel Paterson
2006, GB (BBC Two et Discovery Channel)
Avec Ben Cross, Nathaniel Parker, Robert Pugh, Adam Godley, Colin Stinton.
1ère partie : 57 minutes ; 2e partie : 59 minutes
Diffusions les
- 27 avril à 20 h 40 et 21 h 40
- 28 avril 2011 à 14 h 45 et 15 h 40

Visuels de haut en bas :
Vue du Tribunal. © BBC-Iana Blajeva
Göring et Gustave M. Gilbert. © BBC-Iana Blajeva
Speer et Gustave M. Gilbert. © BBC-Iana Blajeva
 
Articles sur ce blog concernant :

dimanche 24 avril 2011

French Justice Scrutinized Jamal Al Dura’s Wounds

On September 30, 2000, France 2 TV aired a report about two Palestinians being caught in an alleged exchange of gunfire in the Gaza Strip. Charles Enderlin, Chief of the France 2 bureau in Jerusalem, commented his Palestinian cameraman Talal Abu Rahma’s images:
« Jamal [Al Dura] and his son Mohammed are the targets of gunshots that have come from the Israeli position... Mohammed is dead and his father seriously wounded ».
Major General Yom Tov Samia, commanding officer in the Southern District, asked physicist Nahum Shahaf to investigate the alleged crime.

On November 27, 2000, after having read Shahaf’s report, Maj.-Gen. Samia concluded that Mohammed Al Dura was likely killed by Palestinian gunfire.

The Al Dura’s image became the mediatic icon of Intifada II. That blood libel vilified Israel.

Shahaf was convinced that the footage was staged.
Some journalists, including Stéphane Juffa, Editor in Chief of Metula News Agency (1), and German film director Esther Shapira, raised doubts about the authenticity of the footage.

On May 21, 2008, Philippe Karsenty, founder of a media watchdog group, who had written that the controversial footage was a forgery, won its trial against France 2 and Enderlin who had sued him for « defamation ».

On September 4 and 25, 2008, the French Jewish weekly magazine Actualité juive (1) published two articles authored by Clément Weill-Raynal, including an interview of Dr. Yehuda David, surgeon at Tal ha Shomer hospital in Tel-Aviv.

Dr. David asserted that Jamal al-Dura had been attacked with axes by Palestinians in 1992. He performed in 1994 a tendon transfer surgery from Jamal Al Dura’s left foot to his paralyzed right hand. Thus, according to the surgeon, Jamal Al Dura’s wound dated back to 1992, and not to 2000.

On September 9, 2008, Professor and Surgeon Raphael Walden wrote a letter listing Jamal Al Dura’s injuries according to a Jordanian medical file.

Jamal Al Dura sued Dr. David, Weill-Raynal and Actualité juive for « defamation ».

On February 8, 2011, the hearing was held before a Parisian Tribunal for about 10 hours.

Weill-Raynal described his in-depth investigation. He also listed Enderlin’s and Abu Rahma’s contradictories allegations, as well as incoherencies and discrepancies in their footage. He noticed that Prof. Walden never examined Jamal Al Dura.

Dr. David described the surgery he performed and why Jamal Al Dura could not medically have been injured by bullets in his foot and in his hand. He added that Jamal Al Dura’s scar in a buttock was the hallmark of a Palestinian punishment inflicted on alleged « collaborators » with Israel.

Journalist Hervé Deguine, who investigated the controversial footage for Reporters Without Borders in 2005, was sure that the Al Dura incident was real, although he never met Abu Rahma and Jamal Al Dura.

The President of the French Jewish umbrella organization, CRIF, Richard Prasquier, said that he had called for the establishment of an “independent investigative commission” on the Al Dura affair on July 2, 2008.

Retired Journalist Luc Rosenzweig spoke about the French state-run TV’s refusal of that commission.

According to Professor in medicine Marcel-Francis Kahn, who based his opinion on x-rays, Jamal Al Dura had been injured by Israeli bullets in 2000. Maître Alain Jacubowicz, Dr. David’s lawyer, ironically replied: « How can you be so sure that those x-rays are Jamal Al Dura’s? They don’t mention any date, any name of patient and hospital ». Maître Gilles-William Goldnadel, Weill-Raynal’s lawyer, recalled that the doctor was also a pro-palestinian militant.

The plaintiff did not attend the trial, and he was defended by Maître Orly Rezlan who stigmatized those who questionned the authenticity of the footage.

The Public Prosecutor Dominique Lefebvre-Ligneul recommended that the three judges drop the charges against the three defendants.

The defendants’ lawyers insisted on their clients’ serious investigations, legitimate questions and reliable sources.

The judges will pronounce their judgment on April 29, 2011.

Originally published  by Ami Magazine
Published in French here

(1) I was journalist for Actualité juive and Metula News Agency


Other articles in English
The UNRWA Commissioner-General Karen Abu Zayd’s biased discourse (Le discours biaisé de Karen Abu Zayd, commissaire générale de l’UNRWA)
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An “Islamically Correct” Conference (La conférence « islamiquement correcte » de lancement du projet Aladin)
Israel and UNESCO (Echecs des diplomaties américaine et israélienne à l'UNESCO)
Nonie Darwish: “An Arab for Israel”

dimanche 17 avril 2011

Le sculpteur Lev Stern


La galerie Vallois Sculptures présente une vingtaine de sculptures en bronze, dans des patines vert et vert-gris - de la série « Arbres » et des toiles du sculpteur israélien Lev Stern. A remarquer : sa création la plus récente (2010) sur ce « thème existentiel » pour cet artiste, et ces arbres de type méditerranéen plantés dans la pierre de Jérusalem.


Ce thème récurrent des arbres est « existentiel » pour Lev Stern. Il inspirait ses expositions en 1995 et 2008 à la galerie Vallois sculptures contemporaine. L’arbre était posé sur un bloc cubique formé de couches alternées de pierres et de ciment cachant les racines.

Des arbres symboliques
Les strates géologiques de cette première série des « Arbres » sont à l’image des étapes du parcours de Lev Stern, né en 1945 en Russie.

En 1948, sa famille Juive retourne en Pologne, puis immigre en Israël en 1959.

Lev Stern étudie la peinture et la sculpture.

Diplômé en architecture et urbanisme du Technion (Haïfa) en 1971, il ouvre à Jérusalem un bureau d’architecture et de design. Deux disciplines qu’il enseigne à Bezalel et à l’Israeli Academy of Art.

Entre 1981 et 1983, il séjourne à Paris où il se consacre à la peinture et à la sculpture.

Il vit à Jérusalem et expose en Israël, France et Pologne.

En 2006, Ruth Cheshin, présidente de la Fondation de la Cité, a offert au Dalaï Lama, lors de sa visite à Jérusalem, un de ces arbres. Le chef spirituel tibétain a demandé : « Je me demande si l’arbre se tient droit car il représente la vérité ? »

On retrouvait la structure des sculptures-arbres dans certaines pièces de sa série – sculptures et dessins - Carottes (2002) : la carotte-tronc et les « tiges »-branches.

Des carottes ! Des carottes ? Des carottes. Cette exposition suscite la même réflexion, sur ces trois tons, tant elle intriguait l’être le moins rationnel. Comment et pourquoi un sculpteur s’emparait-il d’un sujet non noble, une carotte, cet aliment banal, méconnu et aux divers modes de consommation ? Pourtant moultes artistes ont peint des fruits. Charles Trénet a chanté Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une noix ? Alors, des carottes ? Lama lo (« Pourquoi pas », en hébreu) !

Aspect phallique ? Arme ? L’artiste réfutait toute intention autre que relever un défi artistique. Ses carottes étaient des œuvres symboliques certes, mais surtout une déclinaison, une étude des variétés offertes par une forme simple en V - deux lignes qui d’un côté s’éloignent et de l’autre se rejoignent, formant une carotte -, sans fin. Un défi artistique. « Le dessin offre plus de liberté que la sculpture, proche du réel, du concret. Il a un côté magique. Chaque millimètre est un choix, une décision », m’a alors confié cet artiste honoré du Prix international d’art contemporain de Monte-Carlo (1995). Lev Stern étudiait l’équilibre entre la racine/carottes et les « branches » qui en sortaient,

En ce printemps 2011, le matériau de certaines pièces a une signification biblique : la pierre de Jérusalem s’allie au bronze.

Ces petits formats – de 12 cm à 20 cm de haut - sont composés de deux parties : l’arbre sur un socle métallique, souvent mince et présentant des reliefs, ou surmontant des racines hautes, quasi-tentaculaires.

Lev Stern s’intéresse à la dualité, au caché et au visible, au feuillage et à son absence, la stabilité ancrée dans le sol et cette aspiration vers l’élévation, la puissance des racines qui, sans terre, soutiennent et nourrissent la croissance de l’arbre. Des racines qui s’épanchent, se tendent, s’incurvent, se reposent, s’élancent.

Lev Stern représente la force, la vie qui émane des cimes épanouies et de la racine et le mouvement qui semble l’animer, et la solitude de ce végétal ligneux, tel cet arbre de savane au fût gracile. Les arbres « plus anciens, parasols, cyprès longilignes, arbres-personnes aux racines-jambes entrelacées, et disproportionnées, sortent tous à la fois du ventre de la terre-mère ».

Jusqu’au 30 avril 2011
35, rue de Seine, 75006 Paris
Tél. : 01 43 25 17 34
Du mardi au samedi de 10 h à 13 h et de 14 h à 19 h


Visuels de haut en bas :
Sans titre, 2010
pierre et bronze
H 16 cm x L 26 cm
Arbre, 1995

bronze et béton
Oeuvre fondue à la fonderie Beit Nykufa
H 23 x L 9 x P 9 cm

Bronze, 2007
H 27 cm x Ø 9 cm
Œuvre unique fondue à la fonderie Beit Nykufa

Carton d'invitation de l’exposition Carottes

Bronze, 2001
H 14 x L 9 x P 9 cm
Œuvre unique fondue à la fonderie Beit Nykufa

Bronze, 1998
H 42 x L 44 x P 35 cm
Œuvre unique fondue à la fonderie Beit Nykufa

Articles sur des expositions de sculpteurs
« Origines » de Nora Herman
Alain Kleinmann, peintre et sculpteur
« Pelles de Yuri Kuper
Hommage à Chana Orloff (1888-1968)
Boris Zaborov, peintre et sculpteur
Cent lumières pour Casale Monferrato - Lampes d’artistes pour Hanouca
La Splendeur des Camondo de Constantinople à Paris (1806-1945)
Les Orientales
Paris, ville rayonnante


Cet article a été publié en une version plus concise en 2008 par L’Arche

vendredi 8 avril 2011

Interview de Laurence Sigal, directrice du MAHJ, sur l'exposition « Chagall et la Bible »


Le musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) présentera l’exposition Chagall et la Bible (2 mars-5 juin 2011). Une exposition qui souligne la « centralité de la Bible hébraïque, de l’inspiration biblique dans l’œuvre » de cet artiste « Juif qui se définit comme tel, mais pas seulement comme juif » : conjuguant sa fidélité au texte et sa liberté d’artiste, Chagall illustre la Bible pendant près d’un quart de siècle en diffusant notamment le message novateur d’un Jésus juif.


Le musée national Message biblique Marc Chagall à Nice a présenté jusqu’au 14 mars 2011 Chagall, Kupka : deux visions du Cantique des cantiques puis, jusqu’au 6 juin 2011, une quarantaine de pastels préparatoires aux tableaux du Message Biblique. Le musée de Grenoble montre jusqu'au 13 juin 2011 l’exposition Chagall et l’avant-garde russe. Y a-t-il une actualité Chagall en 2011 ? Y a-t-il un lien entre les expositions ?

C’est fortuit : il n’y a aucune actualité particulière sur Chagall en 2011.

L’exposition Chagall, Kupka : deux visions du Cantique des cantiques au musée Chagall a été réalisée sur la base d’un partenariat avec le MAHJ et de la reprise de notre exposition Kupka et le Cantique des cantiques que nous avions créée en 2005 avec beaucoup de succès.

L'approche de l'exposition Chagall, Kupka : deux visions du Cantique des cantiques est comparative. Kupka, artiste peu philosémite, a fait l’apprentissage de la calligraphie hébraïque pour illustrer le Cantique des cantiques.

Dans le cadre de sa politique hors les murs, en province, pour valoriser ses collections, le Centre Pompidou a prêté au musée de Grenoble des œuvres provenant du fonds considérable Chagall de son musée d’art moderne et datant de la période russe du peintre, jusque dans les années 1930. C’est le choix le plus prisé par les musées.

Au MAHJ, nous avons choisi une approche frontale non connue de Chagall : la place de la Bible, non les Evangiles, dans l’œuvre de Chagall. Cet artiste a réalisé un grand travail comme illustrateur de la Bible hébraïque, pendant plus de 25 ans.

Le MAHJ a conçu cette exposition avec des œuvres de son fonds, celles prêtées par le musée Chagall, le Centre Pompidou, des musées étrangers et des collectionneurs privés.

Le MAHJ avait présenté Hadassah, de l'esquisse au vitrail en 2002. Quelles sont les spécificités de cette exposition en 2011 ?

En 2002, le MAHJ avait trois ans d’existence. Il avait conçu cette exposition sur les vitraux illustrant les 12 tribus d’Israël, destinés à la synagogue de l’hôpital Hadassah, à Jérusalem. Une exposition montrée ensuite au musée Chagall, au musée de la Bible à Amsterdam (Pays-Bas), au Cape (Afrique du Sud) et à Mantes-la-Jolie.

Neuf ans après, notre ambition est plus grande : montrer le Chagall illustrateur de la Bible hébraïque avec sa liberté d’artiste. Venu à Paris, ville des avant-gardes artistiques, Chagall, qui a collaboré dans la Russie révolutionnaire au théâtre Juif, reprend la Bible dans le texte pour l’illustrer.

Notre défi est de tenir un discours artistique, non religieux, sur la Bible.

Quel est le rapport de Chagall à l’égard de la Bible hébraïque ?

Chagall se réfère au monde du shtetl (Ndlr : petite ville en yiddish) qu’il a quitté. A Vitebsk, il a eu accès très tôt au texte de la Torah via son interprétation midrashique grâce aux histoires racontées aux enfants qu’il avait entendues, par à son apprentissage au heder (Ndlr : école où les enfants apprennent le judaïsme et l'hébreu)...

Ce rapport de Chagall à la Bible hébraïque est exceptionnel parmi les artistes, notamment Juifs, et au XXe siècle. Il n’y a presque plus d’artistes à s’intéresser à la Bible.

C’est le seul peintre Juif, le seul artiste de l’Ecole de Paris qui entreprend d’illustrer la Bible hébraïque de la Genèse jusqu’au Deutéronome, dans les synagogues, jusque dans les chapelles désaffectées. Et ce, pendant plus d’un quart de siècle, de 1930 à 1956.

Chagall interprète la Bible hébraïque. L’artiste adopte la posture du commentateur. Un commentateur libre, parfois audacieux, du message biblique. En même temps, Chagall cherche des cautions en interrogeant des personnalités Juives : « Ai-je raison de peindre des fresques dans une église ? »

Quels éléments sont soulignés dans cette exposition ?

L’exposition est articulée autour de deux idées principales.

D’une part, la place de la Torah comme trésor du peuple juif dans l’œuvre de Chagall, dès les années 1910.

D’autre part, la figure récurrente d’un Jésus Juif que Chagall invente dès les années 1920-1930.

Parlez-nous de cette figure du Jésus Juif…

Chagall vient de la Russie des pogroms. La confrontation avec le monde orthodoxe est présente dans son œuvre depuis toujours.

Après la Seconde Guerre mondiale, Chagall est marqué par des intellectuels qu’il fréquente, tels Jules Isaac et Jacques Maritain, qui initient le dialogue judéo-catholique qui aboutira à Vatican II. Chagall a porté ce rêve absolu de faire cesser la haine entre Juifs et chrétiens.

Cette image étonnante, récurrente et d’un Jésus judaïsé, ce n’est pas un appel à la conversion des Juifs. C’est une image provocatrice : Chagall appelait ainsi à la prise de conscience des chrétiens qui persécutaient les Juifs alors que leur Dieu était à l’origine Juif.

Chagall, qui a travaillé pour les deux cultes, juif et chrétien - catholique et protestant -, est devenu une sorte de militant de la paix universelle entre les hommes en Occident.

Quel est le parcours de l’exposition ?

Une première partie est consacrée à Chagall, illustrateur de la Bible hébraïque : Chagall travaillait le texte à la main. Au premier niveau la gestation, les esquisses jusqu’aux œuvres abouties avec des gravures à l’eau forte aquarellées par Chagall, dont un exemplaire pour son épouse Vava. Au deuxième niveau, l’interprétation, la place de la Torah comme trésor du peuple Juif. Ce thème apparaît dès les premières œuvres. Chagall se peint en peintre-prophète, capable d’interpréter le monde. Au troisième niveau, c’est le Jésus Juif. Nous confrontons les œuvres sur papier et les vitraux pour les cultes juif, catholique et protestant.

La seconde partie est interprétative sur la place du religieux et du judaïsme.

Nous mettrons le texte de la Bible hébraïque en rapport avec chaque illustration pour expliquer le rapport entre ce texte et l’image.

Quelles œuvres avez-vous choisies ?

Nous montrons 105 gravures, une quinzaine d’états préparatoires jusqu’aux gravures, des gouaches, les peintures de Chagall sur son voyage en Palestine mandataire à l’invitation en 1930 du maire de Tel-Aviv, Meir Dizengoff. Chagall y retrouvait le cadre de l’Antiquité biblique qui l’intéressait.

Le musée Chagall à Nice nous a prêté 20 gravures qui n’ont pas été montrées depuis longtemps à Paris.

Parlez-nous du magnifique catalogue de 200 pages…

Coédité avec Flammarion/Skira, il reproduit 105 gravures de Chagall et réunit des réflexions variées.

Annette Weber, conservateur pendant vingt ans du musée juif de Francfort et professeur d'art Juif à l'Université des Etudes Juives de Heidelberg, étudie cette aventure de la Bible chez Chagall.

Zinan Chalmaizen, ancien chef du département des Humanités à Jérusalem, analyse la figure d’un Jésus judaïsé.

François Boespflug, auteur de Dieu et ses images, évoque Chagall qui a représenté la vision d’Ezéchiel.

Bernard Maroni, traducteur chez Verdier, a étudié l’être ailé chez Chagall.

Est-il prévu d'autres étapes muséales à cette exposition ?

Non, les œuvres sur papier sont fragiles. Aussi, elles ne peuvent être montrées que pendant trois mois tous les trois ans. Plus d’un musée aurait été heureux de reprendre notre exposition…

Nous observons un engouement précoce par l’afflux des réservations de groupes. Les visiteurs attendaient cette exposition qui entre pleinement dans la mission du MAHJ.


Jusqu’au 5 juin 2011
Au MAHJ
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Tél. : 01 53 01 86 60
Du dimanche au vendredi de 10 h à 18 h
Nocturnes tous les mercredis jusqu’à 21 h

Chagall et la Bible. Skira/Flammarion, 2011. 200 pages. 35 euros. ISBN : 9782081255425

Visuels de haut en bas :
Affiche et couverture du catalogue
Les Pâques
1968
Huile sur toile de lin
Paris, Centre Pompidou, MNAM / CCI, en dépôt au Musée national Marc Chagall, Nice
© ADAGP, Paris 2011 – Chagall ®

Laurence Sigal
© DR

František Kupka
Affiche de l'exposition Kupka, Le Cantique des cantiques
© Mahj, Paris

Double portrait au verre de vin (extrait)
1917-1918
Huile sur toile © ADAGP. © Collection Centre Pompidou, dist. RMN / Adam Rzepka

Maquette pour les vitraux de la synagogue de l’hôpital Hadassah de Jérusalem. La tribu de Siméon
1959-1960
Gouache, aquarelle, pastel, encre de Chine et crayon sur papier
Collection particulière
© ADAGP, Paris 2011 – Chagall ®

Bible
Eaux-fortes originales de Marc Chagall
Paris, Tériade, 1956
Pl. 77, Songe de Salomon
Eau-forte, pointe sèche et rehauts de gouache
Collection particulière
© ADAGP, Paris 2011 – Chagall ®

Abraham et les trois Anges
1940-1950
Huile sur toile
Collection particulière
© ADAGP, Paris 2011 – Chagall ®

La Crucifixion en jaune
1942-1943
Huile sur toile de lin
Paris, Centre Pompidou, MNAM / CCI
© ADAGP, Paris 2011 – Chagall ®

Dieu crée l’homme
1931
Gouache sur papier
Nice, Musée national Marc Chagall
© ADAGP, Paris 2011 – Chagall ®

Samson renverse les colonnes
1931-1939
Planche 57, 3e état : eau forte et pointe sèche
Collection particulière
© ADAGP, Paris 2011 – Chagall ®

La Chute de l’ange
1923-1934-1947
Huile sur toile
Collection particulière, en dépôt au Kunstmuseum de Bâle
© ADAGP, Paris 2011 – Chagall ®

A lire sur ce site :
Le peintre-verrier Marc Chagall : Hadassah, de l’esquisse au vitrail
L’aventure des écritures
Vente de la collection personnelle « Hébraïca-Judaïca » de Francine et d’Elie Szapiro le 23 mars 2011
« Histoire de la Bible de Moïse Arragel - Quand un rabbin interprète la Bible pour les chrétiens (Tolède 1422-1433) » de Sonia Fellous
« A corps et à Toi » du rabbin Haïm Korsia
« La femme, la république et le bon Dieu » d’Olivia Cattan et d’Isabelle Lévy


Cet article a été publié dans le n°634 de L'Arche

mercredi 6 avril 2011

Diatribe anti-israélienne sur le site Internet de l’ambassade d’Israël en France


Article mis à jour au 14 avril 2011 : cette diatribe a disparu de ce site.
Ni courageux(se) – il ou elle se cache derrière l’anonymat -, ni expert(e) en langue française – il ou elle commet des fautes d’orthographe et de grammaire -, mais violent(e) et persifleur, cet(te) Internaute a laissé une réaction choquante du 10 mars 2011 à un texte sur l’aide internationale à la bande de Gaza publié par le site Internet de l'ambassade d'Israël en France le 7 janvier 2011. Un commentaire choquant par sa virulence, ses mensonges, et ses emprunts à des stéréotypes antisémites.

Jugez par ce seul exemple. Les Israéliens y sont traités d’assassins, « de manière diabolique », de « dizaines de milliers de civils innocent » ( sic) palestiniens.

Comment expliquer que ce commentaire d’Internaute ait pu être autorisé par l'ambassade d'Israël ? Analphabétisme d'un membre de cette ambassade dirigée par S.E. Yossi Gal ? Ignorance de la langue française ? Amateurisme ? Laxisme ? Conception aberrante de la liberté d'expression ? Incompétence ? Masochisme ? Assimilation du site de l'ambassade à celui d'un media lambda ? Ou acte d'un espion ?

Et combien d’autres réactions ont été autorisées ? Par qui ?

La guerre contre l’Etat d’Israël est aussi électronique : cyberattaques de sites ciblés, campagnes de buzz avec vidéos, commentaires biaisés des Internautes aux articles sur Israël, etc.

Qu’un membre de l’ambassade d’Israël ait publié ce long message stupéfie. Dès la première ligne, les mots employés ne laissent aucun doute sur la volonté perverse de diffamer l’Etat Juif.

Que nul ne s’en soit rendu compte au sein de cette ambassade depuis près d’un mois est troublant. Qu'une fois alertée, cette ambassade n'ait pas réagi est inquiétant.

Internet est un media indispensable pour la communication de l’Etat d’Israël. Dans cette utilisation de nouvelles technologies électroniques visant à faciliter « l’interactivité » avec et entre les Internautes, des règles élémentaires de bon sens semblent avoir été oubliés.

Déléguer un travail implique aussi exercer un contrôle a posteriori. C’est le B A BA du management.

Une enquête s’impose sur ces dysfonctionnements et cette vulnérabilité de l'ambassade d'Israël en France. Peut-être pas seulement dans cette ambassade...

A noter que moins d’une heure après l'impression de la page écran de ce texte diabolisant l'Etat Juif, l’ambassade de cet Etat a publié une réaction indignée d’un Internaute pro-israélien. Est-ce suffisant, a fortiori après un mea culpa du juge Richard Goldstone, président du groupe auteur du rapport onusien si partial, mensonger et hostile à l'Etat d'Israël ? Et alors que des médias n'ont pas hésité à censurer des commentaires similaires de leurs lecteurs Internautes ou fermer leur forum ?

Ce 7 avril 2011, une quatrième réaction - celle de Terre Promise - a été postée. Il s'agit de la première phrase de mon article.

Le site de Terre Promise a illustré par un visuel de la république française la reprise de mon article. Or, il s'agit du site de l'ambassade d'Israël en France, et non du site de l'ambassade de France en Israël.

Dès le 6 avril 2011, nous avons alerté l’ambassade d’Israël en France dirigée par l’ambassadeur Yossi Gal.

Nous avons aussi signalé ces faits graves au ministère israélien des Affaires étrangères dirigé par Avigdor Lieberman. En effet, celui-ci avait prononcé le 26 décembre 2010 un discours important aux ambassadeurs et consuls israéliens réunis à Jérusalem (Israël). Il avait stigmatisé les diplomates israéliens qui « s'identifiaient avec l'autre partie » (Ndlr : les ennemis d’Israël) et ajouté :

« Le problème de la diplomatie israélienne, c'est qu’elle ne préserve pas suffisamment l'honneur d'Israël à travers le monde… Il ne faut pas être complaisant et hésitant et surtout, il ne faut pas éprouver le besoin de tendre la joue gauche et d’expliquer les positions de l’autre partie ».
L’ambassadeur d’Israël en France,Yossi Gal, a-t-il bien compris le discours de son ministre ?

Le 14 avril 2011, cette réaction d'Internaute diffamant l'Etat d'Israël avait disparu du site Internet de l'ambassade d'Israël en France.


Cet article a été modifié le 14 avril 2011 à 8 h 14

A lire sur ce site concernant Israël
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Le MAHJ collectionne... la photographie
Izis, Paris des rêves
« Pour Sacha » d’Alexandre Arcady
L’affaire Finaly (1945-1953)
Edmond Fleg (1874-1963), chantre sioniste du judaïsme
« Le rabbin de Salonique » de Michèle Kahn

Armée :
« Tsahal, au cœur de l’action » de Gilles Rivet
« Les otages d’Entebbe - Le combat d’Israël contre le terrorisme » de Thomas Ammann
Le mémorial de Caen a récompensé la diffamation d’Israël
L’ambassade d’Israël a rétabli la vérité au Mémorial de Caen
Peurs sur la ville. Photographies historiques, réelles et imaginaires
La Mairie de Paris a discriminé en faveur de deux journalistes français otages

Culture :
« Menahem Pressler, la note consolatrice » d’Emmanuelle Franc
« Let’s dance ! Israël et la danse contemporaine » de Gabriel Bibliowicz et Efrat Amit
Le peintre-verrier Marc Chagall : Hadassah, de l’esquisse au vitrail
Vente de la collection personnelle « Hébraïca-Judaïca » de Francine et d’Elie Szapiro le 23 mars 2011
« Darius Milhaud et sa musique, de la Provence au monde » de Cécile Clairval-Milhaud
« La fanfare de Bangui » de Simha Arom
Le peintre-verrier Marc Chagall : Hadassah, de l’esquisse au vitrail
« Poudre, gloire & beauté » d’Ann Carol Grossman et Arnie Reisman

mardi 5 avril 2011

« TJ 1948-2010 » de David Goldblatt


La Fondation Henri Cartier-Bresson présente une rétrospective du photographe Juif sud-africain David Goldblatt assorti d’un superbe catalogue. Des photographies épurées en noir et blanc et en couleurs, prises entre 1948 et 2010, dont la série « Ex-offenders ». Une réflexion sur l’influence durable de l’apartheid sur l’urbanisation de Johannesburg (ou Joburg).


Devenir photographe a été pour David Goldblatt une « manière d’être politiquement actif. C’était un acte politique en soi », affirme cet artiste qui récuse le statut de photojournaliste.

Un projet d’aliyah
David Goldblatt est né en 1930 à Randfontain (Afrique du Sud), dans une famille Juive originaire de Lituanie dont elle avait fui les persécutions antisémites vers 1893.

Il se définit comme « Juif, pas très observant. Les valeurs du judaïsme transmises par mes parents sont importantes pour moi ».

Il débute comme journaliste professionnel en 1948. Il se marie avec Lily en 1955, a trois enfants et projette de faire son aliyah.

La grave maladie de son père Eli bouleverse sa vie. Il étudie le commerce à l’université Witwatersrand à Johannesburg, reprend l’affaire familiale et continue, dans ses moments libres, son activité de photographe.

Après la mort de son père en 1962, il vend en 1963 le magasin familial et se consacre à 33 ans à l’activité de photographe professionnel à plein temps.

Pour des magazines prestigieux, tels Tatler et Optima, il effectue des reportages sur les Afrikaners du Transvaal, les mines et la classe moyenne en Afrique du Sud, dont certains sont publiésaussi sous forme de livres : On the Mines (1973), Some Afrikaners Photographed (1975), In Boksburg.

Un engagement de photographe
En 1972, David Goldblatt a photographié pendant six mois à Soweto et 1976-1977 la région de Joburg où vivent des habitants d’origine indienne.

Dans les années 1990, bien que refusant l’utilisation de son travail à des fins de propagande, il a participé aux expositions Staffrider d’Afrapix, qui regroupait des photographes anti-apartheid de gauche.

En 1985, la branche britannique de l’African National Congress (ANC) de son exposition en Grande-Bretagne a paradoxalement appelé au boycott d’une exposition itinérante en Grande-Bretagne de ses clichés. Puis, écoutant Gadsha et Gordimer, elle a annulé son boycott.

En 1992, David Goldblatt a rejoint South Light, une agence photographique créée par Paul Weinberg et d’autres photographes blancs après qu’ils aient quitté Afrapix, agence de photographes militant contre l’apartheid.

Pour ses photos sur la vie politique et sociale sudafricaine, il a reçu en 2006 le Hasselblad Foundation Award en photographie, une des récompenses les plus prestigieuses.

Il a été l’un des artistes sud-africains à être montrés au musée d’art moderne à New York.

Il est le « chef de file de la photographie sud-africaine ». Il est réticent à commenter ses photographies qui « disent ce que je veux dire, ce que j’aime, ce que je critique ».

De nombreuses rétrospectives lui ont été consacrées aux Etats-Unis et en Europe.

Urbanisation et apartheid
Dans « l’ancien système d’enregistrement des véhicules sud-africains, avant l’informatisation », l’acronyme « TJ » (« Transvaal, Johannesburg ») désignait « la ville et la province où ils étaient enregistrés. Ce qui, selon David Goldblatt, induisait un sentiment d’appartenance.

Johannesburg (ou Joburg), ville où vit et travaille ce photographe depuis de nombreuses années, symbolise les changements intervenus depuis la fin de l’apartheid et les permanences marquant cette ville « fragmentée, à l’histoire complexe et douloureuse » et née « en 1886, grâce à la découverte des mines d’or ».

« Dès le début, les Blancs qui dirigent les services publics et les compagnies minières mettent en place la ségrégation raciale réduisant les populations Noires à l’état de simple main d’œuvre. En 1948, l’Apartheid est proclamé, les personnes de couleur sont consignées dans des quartiers dont les noms ne laissent aucun doute sur l’intention de cette mesure, à savoir éloigner ces populations du centre-ville et donc de toute possibilité d’intégration ».

David Goldblatt déplore en particulier que l’Apartheid « a empêché d’appréhender le mode de vie de l’autre ».

En 1994, Nelson Mandela « est élu premier président noir de l’Afrique du Sud et célèbre la fin de l’Apartheid dans son discours d’investiture ». Avec la fin de l’Apartheid, les populations noires et pauvres sont retournées dans le centre de Johannesburg. « Ce sont donc aujourd’hui les populations blanches qui se déplacent vers les banlieues, se protégeant à outrance pour éviter la criminalité, omniprésente dans la ville ».

Et de déplorer des maux affligeant nombre de Sud-Africains : chômage, enseignement insuffisant et inadapté aux besoins en raison de « négligence, d’insuffisance de financements, de corruption et d’un manque de détermination » ainsi que de choix d’investissements dispendieux et « peu judicieux », etc.

Si David Goldblatt note l’amélioration de Soweto, il observe la division sociale actuelle : des centaines de milliers de Noirs souvent pauvres, venant d’Afrique du Sud ou de pays du Nord, ont afflué dans Joburg et sa périphérie où ils vivent dans des conditions misérables, tandis que, à l’intérieur ou au nord de Joburg, une « ploutocratie de gens, blancs ou noirs, de plus en plus riches » s’isole « toujours davantage, derrière de hauts murs électrifiés ».

Un projet primé
En 2009, David Goldblatt a reçu le Prix HCB pour « TJ », un projet en cours de réalisation sur Johannesburg. Une distinction qui lui permet aussi de présenter ses clichés à la Fondation Henri Cartier-Bresson (HCB).

Au 1er niveau du bâtiment de la Fondation HCB, sont montrées environ 60 tirages argentiques d’époque en noir et blanc de l’époque de « TJ » (1948-1990). Ce sont des « fragments de vie prélevés pendant ces années où les lois se multipliaient pour mettre les personnes de couleur à l’écart, réduisant leurs maisons, leurs commerces à l’état de ruines. David Goldblatt a sans cesse renouvelé son approche dans un même pays, ce qui est exceptionnel ; utilisant, tour à tour différents formats (24x36, 6x6, et la chambre grand format, couleur et noir et blanc) ».

Au 2e niveau, sont réunies les photos plus récentes, après la fin de l’apartheid. Ce sont des portraits en noir et blanc d’« ex-offenders », d’anciens prisonniers, sur les lieux de leurs délits et crimes, légendés par l’histoire de leur vie « faite de petits délits, de meurtres, de prison et d’espoir » : certains sud-africains s’en sont sortis, d’autres ont récidivé, comme pris dans un engrenage familial et social. Pourquoi n’avoir pas photographié les victimes ? « Les victimes, je les connais : ce sont des gens comme moi, comme ma famille, comme mes amis. Je voulais savoir qui sont ceux ayant commis ces actes », m’a répondu David Goldblatt, en général laconique dans ses réponses, le 11 janvier 2011. Sans ses légendes précises, ces portraits pourraient inspirer des interprétations variées.

Est exposée aussi une série en noir et blanc sur les cellules pour Noirs et des paysages urbains banals, en couleurs. David Goldblatt privilégie le noir et blanc pour exprimer sa colère, et opte par réalisme pour les couleurs, plus douces.

Il est réticent à commenter ses photographies qui « disent ce que je veux dire, ce que j’aime, ce que je critique ».

A voir cette exposition, on comprend d’autant mieux combien le terme « apartheid » est faux et insultant à l’égard de l'Etat d’Israël.

Le beau catalogue rassemble des photos, dont un grand nombre présentées dans cette exposition.


Jusqu’au 17 avril 2011
2, impasse Lebouis, 75014 Paris
Tél. : 01 56 80 27 00
Du mardi au dimanche de 13 h à 18 h 30, le samedi de 11 h à 18 h 45
Nocturne gratuite le mercredi de 18 h 30 à 20 h 30

David Goldblatt, Johannesburg Photographies 1948-2010. Contrasto, 2011. 316 pages. ISBN : 9788869652189

Visuels de haut en bas :
Couverture du catalogue
Elle lui dit : « Toi tu serais le chauffeur et moi je serais la madame », puis ils attrapèrent le pare-chocs et prirent la pose. Hillbrow, 1975

Le monument érigé par les vétérans boers de la guerre des Boers (1899-1902), en commémoration du centenaire du Great Trek (l’exode des Afrikaners du Cap vers l’intérieur des terres, entre 1834 et 1845), qui fut dévoilé le 3 décembre 1938, Vrederdorp


Yaksha Modi, la fille de Chagan Modi, dans la boutique de son père avant sa destruction conformément au Group Areas Act, 17th Street, Fietas. 1976


Les citations proviennent du dossier de presse et du catalogue.
Cet article a été publié en une version concise dans le n° 633 de février 2011 de L'Arche

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