dimanche 27 février 2011

Graves incompréhensions et hiatus au dîner du CRIF du 9 février 2011

Lors du dîner prestigieux du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) du 9 février 2011, son président a tenu un discours peu « politiquement correct ». Invité d’honneur, le Président de la République Nicolas Sarkozy a souligné le rôle des Juifs dans l’identité de la France, a déroulé le discours d’une « politique arabe » française sclérosée et prétendant imposer les conditions de la paix à l’Etat d’Israël. Il a éludé la demande d’une réunion pour combattre l’antisémitisme et l’affaire al-Dura.

Entre vérités et faux semblants, un diner du CRIF « islamiquement correct »
Graves incompréhensions et hiatus au dîner du CRIF du 9 février 2011

Institué par Me Théo Klein, alors président du CRIF, le dîner du CRIF revêt une importance particulière, en particulier par son audience : près de 800 convives, dont presque tout le gouvernement, les responsables des partis républicains, des dignitaires juifs, chrétiens et musulmans, des chefs de grandes entreprises, des ambassadeurs, notamment de pays arabes, des journalistes, de rares intellectuels… Mais curieusement avec peu de représentants de la blogosphère.

Tout ce beau monde papillonne.

Diffusé sur la chaîne, un peu confidentielle, Public Sénat, c’est l’un des rares rendez-vous politiques incontournables.

Ni le dîner du CFCM (Conseil Français du Culte Musulman), ni le dîner d'iftar (rupture du jeûne lors du ramadan), rupture du jeûne lors du ramadan), ni celui CRAN (Conseil représentatif des associations noires de France) n’ont l’audience du dîner du CRIF qui, depuis quelques années, est décliné en province.

Les membres du gouvernement s’éclipsent rapidement, après le prononcé des deux discours, celui du président du CRIF, puis généralement celui du Premier ministre ou, de manière exceptionnelle, du Président de la République.

Un « politiquement correct » fustigé par Richard Prasquier
Richard Prasquier, président du CRIF, a évoqué des thèmes récurrents : l’attachement des Juifs français, légalistes, à la république, à la démocratie, à la loi de 1905 sur la laïcité et à l’Etat d’Israël, leur inquiétude face l’antisémitisme et leur hostilité au racisme, et a déclaré : « Nous ne voulons pas que le mot islam remplace le mot juif dans les fantasmes de diabolisation ».

Richard Prasquier a appelé fermement les Juifs à ne pas soutenir les populismes.

L’enseignement « exemplaire » de la Shoah ? Il « reste à défendre : …ce qui le menace, c’est le relativisme » qui « affaiblit le sens des mots » et « permet tous les amalgames ».

Ayant constaté que le « fondement antisémite » du meurtre d’Ilan Halimi avait été établi par le procès en appel, Richard Prasquier a rappelé le nombre d’actes antisémites en 2010 : 466. En janvier 2009, du fait de l’opération Plomb Durci à Gaza, on recensait 354 actes antisémites. « On bute sur un socle structurel où l’action ferme de la police et celle de la justice ne suffisent pas. Pour coordonner les diverses initiatives contre les comportements et la propagande antisémites », le président du CRIF a donc demandé une « nouvelle impulsion pour un comité interministériel regroupant l’ensemble des services et des associations concernées dans la lutte contre le racisme et l’antisémitisme. ».

Sur Israël, Etat « où tous ont des droits égaux et la liberté d’expression absolue », Richard Prasquier a souligné le lien spécifique entre le peuple Juif et Jérusalem et a déploré l’image « injuste » que l’on donne de ce « seul Etat démocratique de la région, seul Etat au monde publiquement menacé dans son existence » et qui « affronte une nouvelle guerre, qui distord le droit, s’appuie sur des rapports biaisés et manipule les opinions publiques. Le boycott commercial est un élément de cette guerre ; c’est une méthode discriminatoire, illégale et stupide… [dont l’objectif] est politique : diffuser peu à peu l’idée qu’Israël est illégitime, ou… lui interdire les moyens d’assurer sa sécurité ».

Partisan de la « solution à deux Etats », Richard Prasquier a souligné que pour les fanatiques islamistes « il ne peut pas y avoir d’Etat juif en terre d’islam » et qu’« Ahmadinedjad, Nasrallah et Khaled Mechaal » refusent « l’existence d’un Etat où les Juifs ne se retrouvent pas dans un statut de minorité ». Si Richard Prasquier admiratif d’une « révolution sans précédent » dans divers pays arabes et « portée par une aspiration démocratique », il demeure vigilant, attirant l’attention sur ceux qui, tels les Frères musulmans, se camouflant sous « l’étendard de la démocratie et de la liberté », visent à détruire ces dernières. Il a exhorté à combattre le fanatisme islamiste « sans faiblesse ».

Il a stigmatisé les « idiots utiles, c’est-à-dire de bonnes âmes promptes à s’indigner et faciles à manœuvrer » soutenant le Hamas, « mouvement islamiste, totalitariste et terroriste qui impose une Charia impitoyable… et dont la charte prône l’extermination des Juifs ». Nommant les neuf otages français de mouvements terroristes islamistes, le président du CRIF a inclus dans sa liste Guilad Shalit « détenu par le Hamas depuis près de cinq ans » en remerciant ses auditeurs de ne pas l’oublier.

Contre l’Iran se préparant « au chantage à l’apocalypse nucléaire qui annoncerait pour certains la venue du Mahdi », la fermeté s’avère indispensable.

Richard Prasquier a fustigé « la focalisation sur la question palestinienne au détriment de toutes les détresses du monde, les mensonges qui font croire que Gaza est un camp de concentration, le prêt à penser qui fait du conflit israélo-palestinien la source des malheurs de cette planète ».

Il a stigmatisé « l’idéologie des bons sentiments » manichéenne et réticente à affronter la « complexité du réel », dans une « ambiance politiquement correcte » qui interdit un « théâtre de la confrontation d’idées neutre » et qui occulte certains faits, tel l’antisionisme camouflant souvent une nouvelle judéophobie.

Pour la première fois, un président du CRIF a évoqué l’affaire al-Dura « qui a entrainé une vague de haine contre Israël et de violences contre les Juifs ». Richard Prasquier a réitéré sa « demande de constitution d’une commission d’enquête pluraliste et impartiale » pour « rechercher la vérité » sur le reportage diffusé par France 2 le 30 septembre 2000 et alléguant la mort du jeune Palestinien « Mohamed al-Dura ».

Dans ce contexte difficile, le CRIF se veut l’institution « ouverte à tous les Juifs » et fédératrice.

Un discours souvent décevant du Président Nicolas Sarkozy
Honorant de sa présence pour la deuxième fois cette soirée, le Président de la République a annoncé qu’il ne répondra pas « point par point » au discours « si dense » précédent.

Après avoir repris des extraits de son discours prononcé « il y a trois ans devant la Knesset », il a affirmé qu’« Israël et sa sécurité sont pour la France non-négociables » et qu’il « n’oublie pas notre compatriote Guilad Shalit ».

Convaincu de l’urgence de « relancer le processus de paix », il est persuadé que « la paix entre les Israéliens et les Palestiniens, une nécessité pour la paix du monde, est un problème pour chacune de nos démocraties, parce que sur ce conflit qui n'en finit pas se nourrit le terreau du terrorisme et de l'extrémisme dont nous souffrons aussi ».

Le Président Nicolas Sarkozy croit possible la paix entre Israël et la Syrie, moyennant la « restitution du Golan » à cet allié de l’Iran.

Prudent à l’égard de l’avenir, prônant l’aide sans ingérence, il a qualifié ce « début d'un printemps des Peuples » en Tunisie et en Egypte de « positif parce qu'il est authentique » et se réclame de « nos valeurs », sans prôner « un retour vers le passé d'un âge d'or islamique mythifié », sans attaquer « aucune minorité ».

Avec fermeté, il a insisté de nouveau sur son refus d’un « Iran doté de l'arme nucléaire et de missiles dont la portée s'allonge d'année en année, en violation complète de la loi internationale. Un Iran qui, il est vrai, chaque jour alimente l'extrémisme… Jamais je n'accepterai que des dirigeants iraniens menacent de rayer Israël de la carte ».

Il a affirmé que le « conflit du Proche-Orient ne doit pas avoir d'impact sur les relations que des Français entretiennent avec d'autres Français. Nous devons donc à tous les niveaux de la société et de l'État faire œuvre de pédagogie. J'en appelle à la responsabilité de chacun, individuellement, et à la responsabilité de tous ».

Un « travail de pédagogie » qui passe par les décisions de justice – tel le jugement « en appel exemplaire des tortionnaires et des assassins d’Ilan Halimi » -, l’école, les médias, et « plus particulièrement ce média fédérateur qu'est la télévision ».

Le Président Nicolas Sarkozy a félicité « le groupe France Télévisions pour le travail de mémoire que le service public accomplit » et a annoncé la diffusion de Shoah de Claude Lanzmann « dans sa version intégrale ».

Et d’ajouter : la France est « le pays dont toutes les valeurs s'opposent irréductiblement au racisme et à l'antisémitisme ». Reconnaissant son « douloureux souvenir » et son « échec » qu’ait été découvert Ilan Halimi trop tardivement, « quelques minutes avant sa mort… malgré tous les moyens et toutes les forces que nous avions engagés » alors qu’il était ministre de l’Intérieur, le Président Nicolas Sarkozy a rappelé sa lutte contre l’antisémitisme alors qu’il était chargé de ce portefeuille, en évoquant le « programme de sécurisation de bâtiments appartenant à la communauté juive » qu’il avait alors lancé, puis complété en 2010.

Enfin, il a souligné combien les Juifs contribuent « à l'identité et au rayonnement de la République Française » et « depuis bientôt deux mille ans, participent à la vie et à l'histoire d'un pays qui est le leur ». Et d’ajouter : « Le judaïsme a contribué à forger l'identité de la France… [Il] fait partie des racines de la France et chaque Français… peut en être fier ».

Des silences regrettables
C’est un discours prudent dans son vocable qui dénonçait le « fanatisme islamistes », et non l’islam, et émaillé d’analyses pertinentes qu’a prononcé Richard Prasquier.

Celui-ci a clairement expliqué que le seul problème empêchant la résolution du conflit au Proche-Orient était le refus par des dirigeants arabes et iraniens d’un Etat juif. Certes, il n’a pas prononcé le mot dhimmitude, mais il était implicite dans sa formulation visant le « statut de minorité ». Et le Président de la République a aussi brièvement écorné le mythe d’un « âge d’or islamique ».

Il semble surprenant que le président du CRIF, un homme fin et cultivé, esquisse un spectre peu probable, à savoir que « le mot islam remplace le mot juif dans les fantasmes de diabolisation ». Un islam qui dispose d’institutions représentatives pour le défendre, et dont des sourates ou des hadiths expriment la haine des Juifs. Pour avoir critiqué l’islam, Robert Redeker, Geert Wilders, Ayaan Hirsi Ali et tant d’autres ont été dénigrés, ont reçu des menaces de mort et vivent sous protection policière.

Des faits apparaissent inquiétants : l’incapacité du CRIF à utiliser son dîner pour renforcer son action – par exemple, les médias persistent à oublier Guilad Shalit dans leur décompte des otages français –, nouer des alliances dans la blogosphère, et convaincre l’Elysée à établir un plan d’actions, du court au long termes, contre l’antisémitisme, à surmonter ses divisions minant cette fédération fragilisée par JCall et objet de critiques notamment dans la communauté juive française : en particulier, la rencontre de Richard Prasquier avec le président Mahmoud Abbas le 27 septembre 2010.

Certains ont regretté que le président du CRIF n’ait pas évoqué, de nouveau, la fourniture par la France de 100 missiles antitanks au Liban. Des armes destinées à être utilisées contre les seuls tanks d’Israël honni du Hezbollah acteur déterminant de la vie politique libanaise.

Comment interpréter le silence du Président Nicolas Sarkozy sur deux demandes importantes – réunion d’un comité interministériel chargé de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme et d’une commission d’enquête dans l’affaire al-Dura ? Et ce, alors que le discours du président du CRIF est envoyé à l’Elysée bien avant la date du dîner.

Méconnaissance ou sous-estimation du caractère structurel d’un antisémitisme aux formes nouvelles ? Oubli du lien entre l’antisémitisme et la diffamation de l’Etat d’Israël souligné dans le rapport de Jean-Christophe Rufin Chantier sur la lute contre le racisme et l’antisémitisme (2004) ? Acceptation tacite d’un niveau permanent élevé d’agressions antisémites qui bondira à des acmés inédites à chaque nouvel évènement majeur au Proche-Orient ? Ce qui pénalise aussi le vivre ensemble en France. Ou signal que le CRIF, porte-parole de la première communauté juive en Europe, n’est plus écouté au plus haut sommet de l’Etat sur un sujet national aussi grave ? Et ce, à plus d’un an d’élections politiques décisives ?

Quand, pour donner une nouvelle « impulsion » à la lutte contre l’antisémitisme, le CRIF demande l’aide de la République, celle-ci, par la voix de son plus haut magistrat, peut-elle demeurer indifférente ?

D’autant que si ce « printemps arabe » est une révolte de l’oumma comme l’analyse le professeur Shmuel Trigano, et non une révolution comme le prétendent les médias ou un « coup d’Etat » selon l’expert en géopolitique Daniel Pipes, alors il risque de survenir aussi en France avec ses « émeutes urbaines », des manifestations de la « rue arabe » hurlant des slogans haineux, des violences antisémites, des exactions contre des lieux publics, etc.

Ce silence présidentiel laisse perplexe car il ne correspond ni à l’image d’un Nicolas Sarkozy qui ne baisse pas les bras, ni au reste de son discours.

De même, dans l’affaire al-Dura, l’Elysée ne semble pas avoir perçu l’importance et la gravité de cette forme de blood libel (accusation diffamatoire portée contre les Juifs accusés à tort d’avoir tué un enfant pour un motif rituel).

Dans un pays aussi centralisé, où les nominations aux plus hautes fonctions publiques émanent de l’Elysée, le silence présidentiel a signifié à France Télévisions et à ses autorités de tutelle que leur inaction peut perdurer. Philippe Karsenty, directeur de Media-Ratings et vainqueur d’un procès pour diffamation intenté par France 2 et Charles Enderlin, a attribué ce silence à Camille Pascal, conseiller en charge des médias à l’Elysée et deuxième « plume » du Président Nicolas Sarkozy.

Quant à la promesse d’une énième diffusion, intégrale, de Shoah de Claude Lanzmann, elle révèle peut-être la prudence du Président Nicolas Sarkozy échaudé après la controverse autour de sa proposition, émise lors du dîner du CRIF en 2008, de confier à un élève du CM2 la mémoire d’un enfant Juif assassiné lors de la Shoah (Holocaust).

Il semble pour le moins étonnant ou maladroit qu’un homme politique si intelligent ait débuté son discours d’une part en répétant une partie d’un ancien discours et, d’autre part, en dévidant le fil de la « politique arabe » archaïque de la France dans un silence glacial.

Une diplomatie ou « politique arabe » française déséquilibrée, déconnectée de la réalité actuelle, sclérosée, préjudiciable aux intérêts de la France, refusant de faire son mea culpa ou son aggiornamento. Une « politique arabe » qui ne veut pas s’ingérer dans un « printemps arabe » dont elle occulte les slogans antisémites ou anti-israéliens (1), mais qui s’arroge le droit de dicter les conditions de la paix à l’Etat juif. Qui se cramponne à sa doxa - « La paix pour Israël et pour la Palestine est une nécessité pour la paix du monde » - tout en affirmant que ce conflit était absent des slogans proférés en Tunisie et en Egypte. Qui aspire à l’avènement de cette « Palestine » dont le président Abbas a annoncé qu’elle en exclurait tout Israélien sans que la France ne s’en indigne. Et qui ne s’est pas opposée à l’adoption par l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, les sciences et la culture) de résolutions « islamisant » et « palestinisant » des sites Juifs.

Pourtant, après avoir en 2008 loué « la contribution du judaïsme à l’histoire de l’humanité » jugée « majeure », le Président Nicolas Sarkozy a souligné lors de ce dîner du CRIF la contribution du judaïsme et des Juifs à l’identité et à l’histoire de la France.

Cet éloge revêt une importance particulière si on la compare à l'allégation de Jacques Chirac, alors Président de la République - « Les racines de l'Europe sont autant musulmanes que chrétiennes » - et si on l’insère dans une chronologie récente. Le « grand débat sur l’identité nationale » ouvert le 2 novembre 2009. Le 10 février 2011, sur TF1, le Président Nicolas Sarkozy a reconnu l’échec du multiculturalisme. Le 15 février, était annoncé un débat organisé par l’UMP (Union pour un mouvement populaire), parti présidentiel, en avril 2011 sur la laïcité et la place des religions, notamment l’islam.

En outre, ce dîner récent a révélé des incompréhensions entre les deux orateurs.

Il permet aussi de mesurer les limites d’une action de la communauté juive institutionnalisée centrée essentiellement sur une Shoah « islamiquement ou arabiquement correcte », au détriment d’autres actions majeures à définir et à mener de manière urgente en faveur des Juifs français actuels.

Des Juifs français éprouvés
Car les grands absents des deux discours sont les Juifs français de ce début de XXIe siècle, qui sont aussi occultés par un certain consensus « politiquement correct » consistant à honorer les Juifs assassinés lors de la Shoah, pour pouvoir exsuder une haine des Juifs, en particulier ceux israéliens maîtres de leur destin.

Des Juifs français, et non des Juifs de France, très éprouvés par la vague d’agressions antisémites consécutives au déclenchement par des dirigeants palestiniens de l’Intifada II.

Et que disent de Juifs français certaines institutions publiques ?

Une future sitcom commandée par France Télévisions, montrera une famille juive qui « va exploser » après que les « très nombreuses femmes » du « père de la tribu » vont « toutes se battre pour l'héritage du défunt ». Un acte manqué ?

Quant au théâtre du Rond-Point dirigé par Jean-Michel Ribes (2), il a présenté Harper Regan du britannique Simon Stephens (19 janvier-19 février 2011) dans une mise en scène de Lukas Hemleb. Une étape dans la tournée de cette pièce sur le « voyage initiatique d’une quarantenaire déphasée, Harper Regan ». Dans un pub britannique, Harper Regan dialogue avec Micky Nestor, journaliste (scène 6). Puis, celui-ci lui dit, sans réaction de Harper Regan :
« Je déteste les Juifs… Avec tout leur pognon. Avec leurs barbes. A se cogner la tête contre le Mur des Lamentations… Si j’étais là-bas, je leur arracherais leurs kippas de merde et je leur écraserais la tête dans le mur, tiens… Ils se lavent jamais, putain… Rien à foutre d’Auschwitz. Franchement. Ça fait trop longtemps qu’on vit à l’ombre de ce truc-là putain, et je vais vous dire — il y a eu des atrocités pires que ça. Des trucs bien pires sont arrivés à plein d’autres gens. Simplement ils possédaient pas tout à fait autant de groupes de presse ».
Harper Regan dit alors : « Je ne suis pas juive », puis tous deux parlent du blouson de Micky Nestor.

Curieusement, alors que des médias anglophones ont signalé ces propos anti-Juifs, aucun journaliste de la presse française ne l’a fait. Pourquoi ? Article rédigé sans avoir ni vu ni lu la pièce, et sur la seule lecture d’un dossier de presse qui ne mentionne ni ne se distancie pas du passage ? Gêne que l’antisémite soit un journaliste ? Accoutumance à l’antisémitisme ? Approbation implicite ? C’est Europe-Israël qui a révélé ce fait et a réagi avec le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA).

Aucun dramaturge contemporain, aucun directeur de théâtre, aucun metteur en scène, aucun acteur n’oseraient écrire, présenter ou prononcer une diatribe, que dis-je, une phrase similaire contre un autre peuple ou des fidèles d’une autre confession.

Mais contre les Juifs, c’est autorisé au nom de la liberté d’expression et de la créativité de l’artiste. Et cette pièce de théâtre (3) a été créée à la Maison de la Culture d’Amiens grâce à de l’argent public…

Un Molière récompensera-t-il ce spectacle, lors d’une cérémonie diffusée en direct par France Télévisions et en présence du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand ?

Et sous les applaudissements du public ?


(1) Le 23 février 2011, au CAPE (Paris), Jean-David Lévitte, conseiller diplomatique du Président de la République, a évoqué ces manifestations en répétant certaines phrases du Président Nicolas Sarkozy. Le journaliste Gidéon Kouts l’a interrogé en évoquant les slogans anti-israéliens lors des manifestations au Caire (Egypte), etc. M. Lévitte n’a pas répondu.
Interviewé par Michel Zerbib sur Radio J le 25 février 2011, François Zimeray, ambassadeur de France pour les droits de l'Homme a allégué l’absence de slogans anti-américains et anti-israéliens.

(2) Sur Judaïques FM, Jean-Michel Ribes a jugé « grotesque » les critiques d’antisémitisme formulées contre la pièce. Il a aussi évoqué des dramaturges Juifs et la troupe israélienne qui se sont produits dans « son théâtre ».
(3) Je n’ai pas pu voir la pièce. J’en ai lu le texte.

Extraits du discours de Richard Prasquier, président du CRIF

« Selon un adage juif, la loi du pays est notre loi. L’accepter est le critère d’intégration. Certains territoires échappent à la loi républicaine. Il y a urgence…

Aujourd’hui, les Juifs sont agressés pour leur soutien à Israël, car Israël est devenu le Juif des Nations. A Sumatra après le tsunami, devant des morsures de requins à Charm el Cheikh ou les décombres d’une église à Alexandrie, les Juifs, pardon, les « sionistes » sont accusés…

L’extrémisme islamiste a beaucoup tué, mais pas autant qu’il le désirait, grâce aux hommes qui dans l’ombre nous protègent. Je voudrais les remercier…

Le fanatisme islamiste est responsable des crimes récents contre les communautés chrétiennes en Irak, au Pakistan ou contre les coptes en Egypte. Son message est clair : l’autre doit partir. Il n’a pas place en terre d’Islam, même si son installation remonte au fond des âges…

Est-il aujourd’hui possible de dire que l’antisionisme est souvent le camouflage d’une nouvelle judéophobie ? On peut en douter quand le livre de Pierre André Taguieff « Nouvelle propagande anti-juive », a rencontré un silence total dans le monde médiatique et universitaire. Son tort est-il de ne pas dire assez de mal du sionisme et d‘Israël ?...

La Shoah n’est pas qu’un fait d’histoire, elle illumine de sa lueur blafarde le territoire de nos interdits. (…) La SNCF, qui s’est engagée fortement à dévoiler toute son histoire, est un exemple de ces ombres et lumières entrelacées. Nous soutenons sa démarche…

Plus que l’éloignement des survivants, plus que la lassitude ou le négationnisme, ce qui menace [l’enseignement de la Shoah] c’est le relativisme. « Puisqu’on parle de la Shoah, pourquoi ne pas parler aussi du génocide de Gaza ? ». Ce mensonge anéantit le travail de mémoire et fait germer la haine…

Qu’on lise Céline oui, qu’on l’étudie oui, mais qu’on le donne en exemple, non ! …

L’Iran exerce sa suzeraineté sur la Syrie et le Liban, où le Hezbollah vient de mettre la population sous sa coupe. L’Iran cherche à s’imposer en Irak, avant de menacer les monarchies du Golfe. L’Iran domine le Hamas, crée des ponts avec les Frères Musulmans en Egypte ou au Qatar et s’ouvre des espaces en Amérique du Sud…

Il se prépare au chantage à l’apocalypse nucléaire qui annoncerait pour certains la venue du Mahdi...

Ce que les ennemis d’Israël ne voulaient pas admettre en 1967, à savoir l’existence d’un Etat où les Juifs ne se retrouvent pas dans un statut de minorité, est-ce qu’aujourd’hui Ahmadinedjad, Nasrallah et Khaled Mechaal seraient prêts à l’accepter ? La réponse est non...

[La paix] ne dépend pas de l’arrêt des constructions, du nombre de check points ou du tracé des frontières. Cette réponse est métaphysique: pour eux il ne peut pas y avoir d’Etat juif en terre d’Islam. La modération de tel ou tel dirigeant palestinien ne pourra pas s’exprimer avant que ne se relâche l’emprise des islamistes qui le dénonceront à la moindre de ses concessions. Entre-temps, nul n’a le droit d’exiger d’Israël qu’il se suicide…

Le Sud Soudan accède à l’indépendance : il a subi une guerre de 22 ans avec 2 millions de morts et 4 millions de déplacés. Qui avait protesté? Et qui s’est indigné pour le Darfour voisin, 400 000 morts ? Pas l’ONU en tout cas…

Depuis près de 3000 ans, les Juifs, où qu’ils fussent, ont cherché Jérusalem dans leurs prières quotidiennes... Aucune ville n’a de lien aussi fort avec un peuple que Jérusalem n’en a avec le peuple Juif… Nous espérons qu’elle restera [unifiée], car seule la souveraineté israélienne a permis le libre exercice des trois religions monothéistes ».

Extraits du discours de Nicolas Sarkozy, Président de la République

« L'amitié franco-israélienne est une profonde et sincère amitié. La paix pour Israël et pour la Palestine est une nécessité pour la paix du monde.(…)

Les vrais amis d'Israël doivent convaincre Israël que la meilleure des sécurités pour elle, c'est l'existence d'un État palestinien moderne et démocratique, en paix et viable. (…)

Les manifestants de Tunisie ou d'Égypte n'ont pas crié « à bas l'Occident », ils n'ont pas crié « à bas l'Amérique », ils n'ont pas crié « à bas Israël ». Ils n'ont pas prôné un retour vers le passé d'un âge d'or islamique mythifié. Et ces manifestants ne se sont attaqués à aucune minorité.

Je me garderai bien de conclure trop vite ; qui peut dire quelles seront les étapes à venir ? Nous avons eu déjà tant de mal à distinguer les étapes récentes. Et qui peut exclure des dérives brutales ou totalitaires ? Personne.

Mais c'est donc notre devoir d'aider ces mouvements ; ce qui ne veut pas dire nous ingérer, avec parfois un certain manque de dignité.

C'est notre devoir car ce sont nos valeurs dont ces peuples se réclament. Et je veux poser cette question : pourquoi ce qui est bon pour nous leur serait interdit ? Et au nom de quelle fatalité le monde arabe serait-il exclu de cette marche inexorable des peuples vers la liberté ? (…)

Les paramètres d'un accord de paix sont connus depuis longtemps... le risque de paix est bien moins dangereux que les risques de l'immobilisme. (…)

Vous le savez je plaide également pour une reprise des discussions entre Israël et la Syrie. Malgré le mur de méfiance accumulée, je suis convaincu que cette paix-là aussi est possible.

Et quelle transformation stratégique pour Israël si une normalisation accompagnait une restitution du Golan ! Elle conduirait à un changement radical de la situation des mouvements qui chaque jour, depuis le Liban ou depuis Gaza, menacent Israël ! (…)

Guilad Shalit « vit aujourd’hui son 1690e jour de captivité et d’isolement à Gaza. Je l’ai dit à ses parents Noam et Aviva, jamais nous n’abandonnerons leur fils, à son sort. Un sort que rien, je dis bien rien, ne saurait justifier ! (...)

A travers des sanctions croissantes il ne s'agit pas de punir le peuple iranien mais de faire comprendre à ses dirigeants que le coût de leur politique irresponsable se fera tous les jours plus lourd, pour eux et pour leur régime… Jamais je n'accepterai que des dirigeants iraniens menacent de rayer Israël de la carte. (…)

Je veux dire en tant que chef de l'Etat, que le judaïsme a contribué à forger l'identité de la France et chacun d'entre vous, continue à participer à cette alchimie subtile qui fait de nous des Français.

Si la France a des racines chrétiennes, je l'ai rappelé et pourquoi le nier puisque c'est la vérité, la France a aussi des racines juives. La présence du judaïsme est attestée en France avant même que la France ne soit la France, avant même qu'elle ne soit christianisée. (…) Cette longue histoire deux fois millénaire est bien une histoire commune même si personne n'oublie qu'elle a été tachée, déchirée, par la haine et la persécution. (…)

Devant l’Histoire de notre pays, il n'existe pas de communautés ou de minorités. Il existe une seule et même communauté de destin, une communauté qui s'est voulue, un jour de 1789, communauté nationale. (…)

Je sais et je comprends la place particulière que l'Etat d'Israël occupe dans le cœur des juifs du monde entier. Pour la France, l’existence de l’Etat d’Israël est une exigence de la conscience universelle et jamais les Juifs de France n’auront à choisir entre leur conscience et leur Patrie.(..)

La France fidèle à elle-même est le pays de la liberté de conscience, le pays dont toutes les valeurs s'opposent irréductiblement au racisme et à l'antisémitisme.(…)

Ceux qui croient, ceux qui prient dans le respect des lois de la République ont le droit au respect et à la protection de la République. C'est cela la laïcité. (…)

Toute atteinte contre un lieu de culte ou une sépulture doit être regardée comme une atteinte à la République et à ses valeurs fondamentales...

Dans le cas des synagogues et des cimetières juifs, ces violences prennent un écho très particulier. Car ces violences font le même bruit que celui des vitrines brisées pendant la nuit de cristal et comment ne pas penser à ce qui a suivi...

C'est pour cette raison que la République s'est mobilisée, j'étais alors ministre de l'Intérieur, et l'on m'indiquait que quand une synagogue brûlait, c'était un acte de vandalisme d'un lieu public. Non, je n'ai pas accepté cette classification, cette banalisation, car la banalisation n'est rien d'autre que la complicité. Et à cette date, nous avons, vous et nous, engagé un programme de sécurisation de bâtiments appartenant à la communauté juive.

Une nouvelle convention signée en 2010 avec le ministre de l'Intérieur a permis de compléter et de terminer l'immense travail déjà accompli.

Cette détermination n'est peut-être pas étrangère à la baisse de 43% des violences antisémites en 2010 et cela après la hausse enregistrée au moment de la crise de Gaza ».


A lire sur ce site concernant les Juifs français

A lire sur le site concernant le terrorisme palestinien

Sur l'Etat d'Israël
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Reportage sur la Shoah


mardi 15 février 2011

L’ambassade d’Israël a rétabli la vérité au Mémorial de Caen (2/2)


Lors d’une cérémonie au Mémorial de Caen, le 13 février 2011, de remise de la médaille des Justes parmi les Nations, Ziv Nevo-Kulman, conseiller culturel à l’ambassade d’Israël en France, s'est indigné de la diffamation de son Etat par la plaidoirie de Mahmoud Arqan, de « Hébron (Palestine) », récompensée par le 1er Prix du Mémorial et de la Ville de Caen, véritable tribune internationale, le 30 janvier 2011. Il a rappelé l’aide médicale israélienne aux Palestiniens et souligné le danger des allégations mensongères antisémites ayant généré des persécutions des Juifs. Mise à jour avec l'annonce du 3e concours de plaidoirie à l'université al-Qods le 17 avril 2011.

C’est donc au Mémorial de Caen, lieu ayant accueilli le concours de plaidoirie controversé, que l’ambassade d’Israël a décidé de répondre officiellement à la plaidoirie « L’exécution du fœtus dans les entrailles de sa mère » en arabe – et traduite en français - diffamant l’Etat juif et récompensée par ce Prix d’une valeur de 8 000 €. « C’est extraordinaire d’être ému par une plaidoirie prononcée dans une langue qu’on ne comprend pas », a dit un membre du jury présidé par le romancier espagnol Jorge Semprun, cité par Ouest-France.


Mais pour cette cérémonie de remise de la médaille et du diplôme des Justes du 13 février 2011, le Mémorial avait refusé, dans un premier temps, la présence d’un drapeau israélien et que la Hatikvah (L’espoir), hymne israélien, résonne dans son auditorium !

L’ambassade d’Israël a alors expliqué qu’il s’agissait de déposer un petit drapeau sur la table aux côtés des diplômes et médailles de Justes parmi les nations. Elle a justifié la présence de son drapeau et de son hymne, deux symboles de l’Etat d’Israël qui délivre ce titre éminent.

Dirigé par Stéphane Grimaldi, le Mémorial de Caen a été convaincu par ces arguments et a accepté le drapeau discret. L’hymne israélien a été interprété avec talent et émotion par un remarquable violoniste.

Ce 13 février 2011, Ziv Nevo-Kulman a rappelé que la médaille des Justes parmi les Nations est « la plus haute distinction » civile en Israël. Une médaille accompagnée d’un diplôme qui constituent « un témoignage de gratitude et de reconnaissance éternelles » à l’égard des non-Juifs ayant sauvé des Juifs, souvent au péril de leur vie, lors de la Seconde Guerre mondiale.

Cette médaille a alors été remise, à titre posthume, avec « une immense émotion » et « au nom du peuple juif et de l’État d’Israël », à Andrée et Emile Prestavoine pour avoir sauvé la vie de Raymond Ganopolski.

Etaient notamment présents Philippe Duron, député-maire socialiste de Caen et président du Mémorial de Caen, Catherine Sarlandie de La Robertie, recteur de l'Académie de Caen, Paul Schaffer, président du Comité français pour Yad Vashem, et M. Levin, délégué de Yad Vashem (Jérusalem).

« N’avons-nous tiré aucune leçon du passé ? »
« La Shoah ne s’est pas produite par hasard. Avant les nazis, les populations Juives ont subi des siècles de pogroms et d’humiliations. Il est étonnant que moins de 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, réapparaissent des propos à l’encontre des Juifs, qu’on croyait oubliés, propos qui peuvent avoir des conséquences. Le ministère français de l’Intérieur a recensé 466 actes antisémites sur le sol français en 2010 », a déclaré Ziv Nevo-Kulman, conseiller culturel à l’ambassade d’Israël en France.

Et Ziv Nevo-Kulman a poursuivi sur un ton ferme :
« Ici-même, il y a exactement 15 jours, à l’occasion du concours des avocats, le Prix du Mémorial et de la ville de Caen a récompensé une plaidoirie intitulée : « L’exécution du fœtus dans les entrailles de sa mère » qui accuse des soldats israéliens d’avoir exécuté un enfant dans le ventre de sa mère palestinienne.
Et je voudrais dire ici une chose grave, que je vais dire en tant que citoyen d’un pays démocratique s’adressant à des citoyens de la patrie des droits de l’homme : la liberté d’expression n’est pas la liberté de diffamation ! (1)

Chaque année, 180 000 Palestiniens sont soignés dans les hôpitaux de mon pays. L’an dernier, Israël a même pris en charge l’hospitalisation de la fille du ministre de l’Intérieur du Hamas, organisation qui appelle à la destruction de l’Etat d’Israël.

Je vous parlais de mémoire. N’oublions pas que tout le Moyen-âge a persécuté les Juifs à partir d’accusations aussi obscurantistes.
 
N’avons-nous tiré aucune leçon du passé ? Avons-nous oublié les Justes ? » (1)
Stéphane Grimaldi, directeur du Mémorial, a invité Yossi Gal, ambassadeur d’Israël en France, à visiter ce Mémorial très fréquenté : 400 000 visiteurs/an, dont la moitié de lycéens. Ce nouvel ambassadeur a accepté son invitation. Après que l’Etat d’Israël ait réagi, ait refusé d'être diffamé et condamné pour un prétendu assassinat ni commis ni prouvé, et se soit insurgé contre une plaidoirie déshumanisant ses citoyens et couronnée par un prix richement doté.

A lire les réactions de la presse locale, il semble que la propagande palestinienne diffamant l'Etat d'Israël  et visant à délégitimer l'Etat juif n'ait pas été perçue.

Le 30 janvier 2011, Stéphane Grimaldi a annoncé que le 3e concours de plaidoirie hors Caen se déroulera à l'université al-Qods le 17 avril 2011 et sera retransmis en direct dans un des amphis du Mémorial de Caen.

Il a indiqué aussi que 50 journalistes-dessinateurs du monde entier seront réunis au Mémorial de Caen les 22 et 23 avril 2011 dans le cadre de Cartooning for Peace, organisation initiée par Plantu. Deux jours de débats, avec notamment Emmanuel Chaunu. Les dessins de celui-ci sur la plaidoirie de Me Mahmoud Arqan, partiaux et inspirés par la théologie chrétienne de la libération de la Palestine, ont été mis sur le site Internet du Mémorial de Caen.

A suivre...


(1) Ziv Nevo-Kulman a particulièrement insisté en prononçant cette phrase.


 

Article modifié pour la dernière fois le 18 février 2011 à 6 h 54

jeudi 3 février 2011

La Mairie de Paris a discriminé en faveur de deux journalistes français otages


Le 28 janvier 2011, la Mairie de Paris a inauguré place de la République les deux immenses portraits de deux journalistes français de la chaîne publique France 3, Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, otages en Afghanistan depuis 2009. Signe d’une solidarité affichée partiale, qui oublie notamment l’otage franco-israélien Juif Guilad Shalit, détenu par le mouvement terroriste Hamas dans la bande de Gaza. Article mis à jour au 10 février 2011.


Ce 28 janvier 2011, les journalistes du service public audiovisuel français France Télévisions se réjouissaient en annonçant l’évènement : les grands portraits de leurs deux collègues otages « dans les geôles talibanes » avaient été accrochés lors d’une cérémonie en présence d’une cinquantaine de personnes, dont Anne Hidalgo, 1ère adjointe au Maire de Paris Bertrand Delanoë, Pierre Aidenbaum, maire du IIIe arrondissement de Paris, Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters Sans Frontières, et Jean-Louis Normandin, président d’Otages du Monde.

Neuf otages français
Une initiative du Comité de soutien Hervé et Stéphane ainsi que de la Mairie de Paris, peut-être soucieuse de se ménager les médias à l’approche des élections présidentielles et législatives (2012) et municipales (2014).

Et sur une place hautement symbolique : celle de la République située à la limite des IIIe, Xe et XIe arrondissements de Paris, et dont le « monument central fait de cette place parisienne le symbole incontournable de la liberté et de la paix » (dixit la Mairie de Paris).

Cette « initiative forte rappelle une nouvelle fois l’engagement de Paris pour la défense des Droits de l’Homme et de la liberté de la presse et s’inscrit dans la continuité de la mobilisation soutenue de 2010 » en faveur de ces otages.

Au centre d’artères animées de Paris, trônent désormais, et jusqu’à la libération de ces otages, de grandes photographies de ces deux journalistes avec cette mention : « Paris solidaire des journalistes - Stéphane Taponier, Hervé Ghesquière - et leurs trois accompagnateurs afghans, Mohamed, Gulam et Satar, enlevés depuis le 29 décembre 2009 en Afghanistan ».

Finalement, le « 4e pouvoir » avait eu raison de changer de stratégie.

Après avoir respecté pendant plusieurs mois une discrétion supposée favoriser l’issue positive de négociations en vue de la libération des deux journalistes, il avait décidé vers la mi-avril 2010 de rendre publiques les photos des otages. Ce qui les humanisait.

Puis, en juillet 2010, les journaux de France Télévisions avaient renoué avec la tactique rôdée depuis la prise en otages de journalistes français au Liban de 1985 à 1988 : rappeler à chaque édition du journal sur les chaînes publiques le décompte des jours de captivité de leurs confrères et accompagnateurs, car on n’est pas raciste.

Sur un ton grave, le ou la journaliste du JT déclare : « Cela fait x jours que nos confrères Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier, ainsi que leurs accompagnateurs sont retenus en otages en Afghanistan. Nous ne les oublions pas, ainsi que les six autres otages français retenus dans le monde ». Et certains de préciser les lieux où sont détenus les six autres otages : « au Sahel et au Soudan.

Deux otages français plus six otages français font huit otages français.

Huit otages français dans le monde ? Y’aurait pas comme une erreur de calcul ?

Voyons : deux journalistes otages en Afghanistan, plus cinq otages au Sahel, plus un otage en Somalie, plus l'otage franco-israélien Guilad Shalit enlevé en Israël en juin 2006 et détenu depuis dans la bande de Gaza par des islamistes palestiniens, cela fait neuf otages, et non huit otages (1).

Michèle Alliot-Marie, ministre des Affaires étrangères et européennes, a rappelé ce chiffre de neuf otages dans une interview au Figaro magazine, le 8 janvier 2011.

Et le 10 janvier 2011, Bernard Valéro, porte-parole du quai d’Orsay, affirmait la détermination de la France pour obtenir la libération des neuf otages.

Ce qui signifie que ces « belles âmes » omettent un Franco-israélien Juif. Pourquoi ?

Pourquoi la direction de France Télévisions, le CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) et la HALDE (Haute autorité contre les discriminations et pour l’égalité) n’ont-ils pas réagi ?

La franco-colombienne Ingrid Betancourt avait été prise en otage en février 2002 par les terroristes des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) alors qu’elle menait comme citoyenne colombienne sa campagne électorale, en se rendant, malgré les avertissements, dans une région contrôlée par les FARC pratiquant les enlèvements contre rançons, en particulier d’hommes politiques. Et nombre de médias français ont soutenu la campagne de sa famille jusqu’à la libération de cette politicienne en juillet 2008.

Le 9 février 2011, lors du dîner du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives françaises, Richard Prasquier, président du CRIF, a donné les noms des neuf otages français - en répétant le mot « neuf » - en finissant sa liste par Guilad Shalit, « ce dernier détenu par le Hamas depuis près de cinq ans, sans contact avec l’extérieur ». Il avait ajouté en parlant de celui-ci : « Merci de ne pas l’oublier, merci de ne pas les oublier ».

Ce 10 février 2011, au JT de 20 h de la chaîne privée TFI, la journaliste Laurence Ferrari a déclaré en fin de journal :
« Comme tous les jeudis, ce rappel : cela fait 408 jours que nos deux confrères de France 3, Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, sont retenus prisonniers en Afghanistan. Nous ne les oublions pas, comme les six autres Français retenus en otages à l'étranger ».
Parallèlement, en France, de nombreuses actions ont visé à rappeler la captivité des deux journalistes français, à exercer des pressions sur les autorités politiques et du groupe audiovisuel public, à mobiliser l’opinion publique. Et l’affichage de ces portraits par la Mairie de Paris illustre l’efficacité du 4e pouvoir français.

Une efficacité mesurable aussi à son silence généralisé sur les incohérences et invraisemblances émaillant l’affaire al-Dura, dans laquelle sont impliqués Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem, et son cameraman palestinien Talal Abu Rahma.

« Races »
Nombreux sont ceux qui ont réclamé que la photo du franco-israélien Guilad Shalit, alors seul otage français, soit affichée sur le fronton de l’Hôtel de Ville de Paris comme celle de la franco-colombienne Ingrid Betancourt.

La Mairie de Paris a refusé, puis a apposé un panneau contre la façade de l’Hôtel de Paris soulignant son engagement « pour la liberté de tous les otages dans le monde » sous le rappel de l’article 1er de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits… »

Le 22 juin 2010, lors d’un rassemblement à Paris en solidarité avec le soldat franco-israélien Guilad Shalit et l’Etat d’Israël, si Anne Hidalgo avait été applaudie pour ses paroles de soutien à Israël, elle avait été interpellée par ceux réclamant un traitement égal pour leur compatriote otage dans la bande de Gaza.

Ce 28 janvier 2011, la Mairie de Paris a donc affiché une solidarité sélective. Car les droits de l’homme qui la motivent devraient aussi la conduire à accrocher les photos des autres otages aux côtés de celles de ces deux journalistes. D’autant qu’il y a de la place…

Ce fait est-il passé inaperçu des instances communautaires juives françaises ayant gardé le souvenir du vœu adopté en décembre 2008 par le Conseil de Paris et faisant de Guilad Shalit citoyen d'honneur de cette capitale (2) ? Peut-être. En tout cas, aucune n’a réagi officiellement à ce jour.

La date de cette inauguration est-elle fortuite ? Peut-être pas. En effet, cet évènement s’est déroulé trois jours avant la conférence de presse de presse à l’Hôtel de Ville de Paris destinée à annoncer le « rendez-vous historique à Auschwitz » organisé par le Projet Aladin, le mardi 1er février 2011.

Ce 31 janvier 2011, sous les ors de cette municipalité, Bertrand Delanoë, maire socialiste, a accueilli avec faste des responsables onusiens et africains liés à cet évènement en Pologne.

Présidente du Projet Aladin, Anne-Marie Revcolevschi a évoqué les « crises de la Côte d’Ivoire, de la Tunisie et de l’Egypte », mais s’est abstenue de prononcer le moindre mot sur son compatriote et coreligionnaire Guilad Shalit, otage dans la bande de Gaza, limitrophe de l’Egypte.

Bertrand Delanoë s’est réjoui de cette prochaine réunion à Auschwitz, avec des « femmes et hommes de tous les continents, de toutes les races… »

Pendant une infime fraction de seconde, Bertrand Delanoë, tout surpris, s’est rendu compte qu’il avait émis un mot non « politiquement correct » : « races ». Mais, nul ne s’en étant offusqué, et notamment pas Abdoulaye Wade, président du Sénégal et de l’OCI (Organisation de la conférence islamique), Bertrand Delanoë a enchaîné comme si de rien n’était.

Que risquait-il ? Il était l’hôte, et le Projet Aladin, soutenu par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, souhaitait sa présence le lendemain au camp d’Auschwitz pour ce « rendez-vous historique ».

Et il a poursuivi : « Nous sommes unis pour refuser l’antisémitisme, le racisme, l’islamophobie, toutes les discriminations de quelque nature qu’elle soit ».

Oubli ? Manque de place dans le journal ? Magnanimité à l’égard d’un maire de gauche ayant fait afficher les photos de deux confrères otages ? Aucun journal n’a relaté le prononcé du vocable « races » qui, exprimé par le journaliste Eric Zemmour, le 13 novembre 2008, sur Arte, avait suscité l’ire de médias, d'associations et de « bien-pensants ».

Cette discrimination par des médias, notamment les chaînes du service public audiovisuel français, et la Mairie de Paris à l’égard de l’otage franco-israélien Guilad Shalit révèle les limites de la stratégie du comité de soutien à Guilad Shalit et d'organisations Juives françaises visant à assurer un égal traitement à l’égard de cet otage Juif franco-israélien.

Une discrimination en contradiction avec la devise républicaine française : « Liberté, égalité, fraternité ».

(1) Voici les noms des otages français dans le monde :
Gilad Shalit a été capturé en Israël le 25 juin 2006 et est détenu dans la bande de Gaza ;
- Denis Allex, conseiller à la sécurité, membre de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE - service de renseignement), a été enlevé par des islamistes (« Shebabs ») en Somalie le 14 juillet 2009 ;
- Hervé Guesquières et Stéphane Taponnier, journalistes de France Télévisions, ont été capturés le 30 décembre 2009, en Afghanistan ;
Thierry Dol, Marc Ferret, Daniel et Françoise Larribe, Pierre Legrand ont été kidnappées au Niger en septembre 2010. Le 24 février 2011, Françoise Larribe a été libérée par Aqmi (Al-Qaida au Maghreb islamique).

(2) Le Conseil de Paris a aussi adopté alors un vœu de l'exécutif « annonçant une nouvelle intervention du maire de Paris auprès du président israélien Shimon Peres pour demander un aménagement de la peine de Salah Hamouri », condamné et emprisonné en Israël depuis 2005 pour complicité dans l’assassinat d’un responsable israélien et appartenance à une cellule du mouvement terroriste palestinien FPLP (Front populaire de libération de la Palestine).

Photo du panneau place de la République : © Henri Garat/Mairie de Paris


Sur ce site concernant le projet Aladin (Shoah, Holocaust) :
La conférence « islamiquement correcte » de lancement du projet Aladin
Mon interview par Radio Chalom Nitsan le 25 mars 2010

Sur ce site concernant les Juifs français
Quel avenir pour les Juifs en France ?
Faible mobilisation à Paris pour soutenir Israël et demander la libération de Guilad Shalit
Une cérémonie des vœux pour le nouvel an juif 5771 à Paris
Interview de Guershon Nduwa, président de la Fraternité judéo-noire, sur le dîner-débat du 9 janvier 2011
Actualités de l’attentat contre la synagogue de la rue Copernic en 1980
La chambre aux étoiles
Edmond Fleg (1874-1963), chantre sioniste du judaïsme
La Splendeur des Camondo de Constantinople à Paris (1806-1945)
Darius Milhaud et sa musique, de la Provence au monde
Paris, ville rayonnante
Les Juifs dans la Grande Guerre, 1914-1918 (5675-5679)
1940-1945 une « chevalerie exceptionnelle », Romain Gary présente les Compagnons de la Libération