samedi 18 août 2018

Photos ensevelies du ghetto de Łódź – Henryk Ross

  
Le Museum of Jewish Heritage présente l’exposition Memory Unearthed. The Lodz Ghetto Photographs of Henryk Ross (Souvenirs déterrés : les photographies du ghetto de Łódź de Henryk Ross) réunissant des photographies d’Henryk Ross (1910-1991), « miraculeusement conservées », et qui « dévoilent la vie » du ghetto de Łódź (Pologne) « dans ses moments les plus intimes et les plus dramatiques ». Environ 95% des Juifs du ghetto seront assassinés lors de la Shoah (Holocaust), dans les camps d’Auschwitz et de Chelmno. Un site Internet montre ces témoignages bouleversants.

En 1939, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, Łódź est « la plus grande ville industrielle de Pologne ». Une activité qui se concentre essentiellement sur le textile.

160 000 Juifs dans le ghetto de Łódź
« Comme dans de nombreuses villes d’Europe centrale » occupée par le IIIe Reich allemand, les nazis créent un ghetto à Łódź dès février 1940 : c’est « le premier dans l’ordre chronologique et le second, après celui de Varsovie, par l’importance numérique », a rappelé Primo Levi (1919-1987), chimiste et écrivain italien survivant d’Auschwitz.

Dans le ghetto de Łódź, sont alors enfermés 160 000 Juifs.

Dissous à l’automne 1944 – 75 000 Juifs y survivaient alors -, ce ghetto a duré plus de quatre ans, soit « la plus longue existence ».

Cette longévité s’explique par « l’importance économique du lieu organisé en camp de travail - un réseau de 117 ateliers employaient 95% des adultes - et la personnalité de son président, le doyen Haïm Rumkovski », chef du Judenrat, et personnage critiqué, controversé, placé sous l’autorité du dirigeant nazi Hans Biebow.

Le 19 janvier 1945, le ghetto a été libéré par l'Armée Rouge. Moins de 800 Juifs y survivaient alors, en se cachant parmi les ruines.

Cette exceptionnelle durée a permis que nombre de Juifs témoignent, par des écrits - Chroniques quotidiennes du ghetto de Łódź (environ 6 000 pages) rédigées par des membres du Département des archives - ou par des photographies – « troublantes images » d’Henryk Ross, rare survivant du ghetto - de leur vie quotidienne difficile.

La quasi-totalité des Juifs du ghetto sera déportée vers les camps de Chelmno et d’Auschwitz. Rumkovski sera gazé à son arrivé au complexe concentrationnaire nazi d’Auschwitz (Pologne).

Témoignages d'Henryk Ross
Juif polonais, Henryk Ross est, avec Mendel Grossman, « à partir de 1940 le photographe officiel du ghetto, chargé de faire des photographies d’identité et de propagande pour le département des statistiques ».

Parallèlement, pendant quatre ans et de manière clandestine, il réalise aussi des milliers de photographies sur la vie quotidienne dans le ghetto.

Scènes saisies à la hâte ou posées. Photos « terribles des pendaisons », de la famine et des déportations, ainsi que moments de « joie ou de bonheur : couple d’amoureux, famille unie, mère embrassant son enfant, jeunes gens se jouant de la perspective pour le plaisir du photographe ».

La quarantaine de photographies présentées au CHRD « vibrent de stupeur et d’enseignement : elles nous dévoilent la géographie du ghetto, le fonctionnement d’une société recomposée au travail et sous contrôle ; elles nous renseignent sur les mécanismes de l’extermination et nous transmettent enfin une part de cet espoir, de ce souffle vital qui « malgré tout » permet d’entretenir l’idée que la lutte pour la survie peut avoir un sens ».

Ce sont des témoignages exceptionnels, surprenant – épouvantail portant l’étoile juive -, parfois troublants – des enfants Juifs jouent aux gardiens du ghetto, transposant les relations dures infligées par les Nazis -,

Une publication intégrale tardive
Apprenant la liquidation du ghetto de Łódź ordonnée par le Reichsführer et ministre de l’Intérieur Himmler, Henryk Ross enterre tous ses tirages, négatifs et documents.

Après la libération de Łódź par les troupes de l’Armée rouge, Henryk Ross « déterre ses images » et choisit « de n’en publier que quelques-unes parmi les plus dramatiques ».

Il fait son aliyah en Israël en 1950.

Certains de ses témoignages photographiques seront publiés et montrés, notamment lors du procès d’Adolf Eichmann ». Henryk Ross « redoutait en effet de livrer une vision inattendue de ce qui fut le « mouroir de l’Europe », selon l’expression d’Oskar Rosenfeld ».

Il meurt en 1991.

En 1997, son fils donne ces photographies à une fondation privée britannique, The Archive of Modern Conflict (Londres), afin que soient diffusées toutes les photographies d’Henryk Ross, soit 6 000 clichés et négatifs.

Cent vingt de ces photographies ont été publiées par l'éditeur Chris Boot avec un commentaire de Thomas Weber et Robert Jan van Pelt, et montrées en 2005 au Centre régional d’action culturelle (CRAC) de Valence lors de l’exposition Documents inédits du ghetto de Łódź.

Actuellement, ces tirages, notamment les plus heureux des habitants Juifs du ghetto avant leur assassinat lors de la Shoah, subissent l’érosion du temps. « Comme si l’état de conservation de ces clichés faisait partie intégrante de leur histoire »…

En 2011, le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation (CHRD) a présenté l'exposition Photos ensevelies du ghetto de Łódź – Henryk Ross conçue par l’agence Vu : 41 photographies d’Henryk Ross (1910-1991), « miraculeusement conservées », et qui « dévoilent la vie » du ghetto de Łódź (Pologne) « dans ses moments les plus intimes et les plus dramatiques ».

En 2017, le Museum of Fine Arts, Boston a présenté l’exposition Memory Unearthed. The Lodz Ghetto Photographs of Henryk Ross (Souvenirs déterrés : les photographies du ghetto de Łódź de Henryk Ross) réunissant des photographies d’Henryk Ross (1910-1991).

Un site Internet montre ces témoignages bouleversants.

En 2018, le Museum of Jewish Heritage présente l’exposition Memory Unearthed. The Lodz Ghetto Photographs of Henryk Ross (Souvenirs déterrés : les photographies du ghetto de Łódź de Henryk Ross). "A living Memorial to the Holocaust".

"When Henryk Ross (1910–1991) was confined to the Lodz Ghetto in Poland in 1940, he was put to work by the Nazi regime as a bureaucratic photographer for the Jewish Administration’s Statistics department. For nearly four years, Ross used his official position as cover, endangering his own life to covertly document the lives of others. More than 160,000 Jewish people were trapped in the Lodz Ghetto—comprising the second largest Jewish ghetto population in German-occupied Europe—and thousands would be deported and murdered at Chelmno and Auschwitz. Sometimes forced to conceal his camera in his overcoat, Ross took photographs to record the horrors and complexities of life in the Lodz Ghetto and to preserve evidence of Nazi crimes. As liquidation began, Ross buried an astonishing 6,000 negatives near his home—committing to the ground, and perhaps to future generations, “some record of our tragedy.”

"Henryk Ross survived, and in March of 1945, he unearthed his work with his own hands. Almost 3,000 negatives had survived the Polish winter. Memory Unearthed: The Lodz Ghetto Photographs of Henryk Ross reveals more than 200 of Ross’s photographs, supplemented by artifacts and testimony and presented in the context of Lodz Ghetto history. The exhibition offers a rare learning experience that is also an opportunity to remember and honor the victims of Nazi atrocities.

"Like the survivor testimonies and artifacts in the Museum’s own collection, Ross’s photographs represent personal experiences of global significance. They ask us to acknowledge the complexity of life in the Lodz Ghetto—the suffering, the birthday parties and wedding celebrations, the violence written onto bodies, the shrinking of life to fit a constricted zone, the pain of separation from family members, and the human insistence on building relationships and maintaining a sense of “normal” life. Henryk Ross fought the Nazis’ vision. He committed acts of resistance to create a photographic record of a range of human experiences—from the perspective of a Jewish person deciding where to point his camera."

"Memory Unearthed: The Lodz Ghetto Photographs of Henryk Ross is made possible with lead support by R. David Sudarsky Charitable Trust. Major support has been provided by Charina Endowment Fund; Phillip Leonian and Edith Rosenbaum Leonian Charitable Trust; Salo W. and Jeannette M. Baron Foundation; and The Knapp Family Foundation. Memory Unearthed is organized by the Art Gallery of Ontario."


Du 25 février au 19 août 2018
Au Museum of Jewish Heritage — A Living Memorial to the Holocaust
Edmond J. Safra Plaza
36 Battery Place
New York, NY 10280
Phone: 646.437.4202
Du dimanche au mardi de 10 h à 18 h. Mercredi et jeudi de 10 h à 20 h. Fermé le dimanche.
Visuels :
Ghetto police escorting residents for deportation
1942-1944
35 mm cellulose nitrate negative
"Radogoszcz station from which ghetto Jews were transported to concentration camps, was situated outside the boundaries of the Lodz ghetto. The right to entry was only for workers at the station. I stole into the station with a group of railway workers. I was locked in a store from where I was able to, through a hole in the wood, photograph this deportation." -Henryk Ross

Excavating Henryk Ross’s buried box of negatives and documents in the ghetto March 1945
Positive halftone on polyester film sheet.
[This print]shows the excavation of the box containing documents and photographs of life in the Lodz Ghetto from 1940 to 1944. The excavation was attended by my wife, Stefania Ross, Zenon Goldreich with his wife, and Jacob Urbach, all of whom were in the Lodz Ghetto. We buried the box with documents and photographs in the ghetto at 12 Jagielonska Street during the final liquidation.
--Henryk Ross

The pedestrian bridge crossing Zgierska Street, the “Aryan” street that divided the ghetto into
two areas
May 1940
Gelatin silver print

Man walking in winter in the remains of the synagogue on Wolborska Street, destroyed in 1939
by the Germans 1940
Gelatin silver prints

Falling on the street from hunger
1940–44
Gelatin silver print

Du 25 mars au 30 juillet 2017
Au Museum of Fine Arts, Boston
Sites : Jeanne and Stokley Towles Gallery (Gallery 261), Catherine and Paul Buttenwieser Gallery (Gallery 262), Ives Family Gallery (Gallery 263), and Lizbeth and George Krupp Gallery (Gallery 264)
Avenue of the Arts
465 Huntington Avenue
Boston, Massachusetts 02115
Tel.: 617-267-9300
De samedi à mardi de 10 h à 17 h, de mercredi à vendredi de 10 h à 20 h

Jusqu’au 13 février 2011
Espace Berthelot
14, avenue Berthelot. 69007 Lyon
Tél. : 04 78 72 23 11
Du mercredi au vendredi de 9 h à 17 h 30
Du samedi au dimanche de 9 h 30 à 18 h
Visite commentée le 13 février 2011

Visuels de haut en bas © Exhibition Henryk Ross/ Courtesy Archive of Modern Conflict/Chris Boot Ltd/ Agence VU
Affiche : Mère embrassant son enfant, ghetto de Łódź (Pologne)
La ghettoïsation, dès le mois de mai 1940, s’accompagne de la mise au travail forcée, Łódź (Pologne)
Enfants du ghetto réunis à l’occasion d’une réception organisée par les parents des plus riches d’entre eux, Łódź (Pologne)
Scène de déportation, le « quota de Juifs du jour » est conduit à la voie de garage du chemin de fer de Marysin, ghetto de Łódź (Pologne)

A lire sur ce blog :

Les citations de l'article sont extraites du communiqué de presse.
Cet article a été publié le 11 février 2011, et republié le :
- 17 mai 2013 à l'approche de la diffusion, le 21 mai 2013, sur la chaine Histoire, d'un documentaire sur le ghetto de Łódź ;
- 17 janvier 2014. Le Mémorial de la Shoah évoqua, le 19 janvier 2014 à 124 h, deux photographes Juifs du ghetto de Łódź  : Henryk Ross et Mendel Grossmann ;
- 24 mars et 26 juillet 2017. 

2 commentaires:

  1. bonjour avez vous une liste des noms des personnes qui étaient à Lodz merci

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  2. Bonjour,

    Je l'ignore. Peut-être Yad Vashem - http://www.yadvashem.org/ - pourra-t-il vous renseigner, ou du moins vous orienter vers une source qui disposerait de ces informations ?

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