dimanche 29 août 2010

La solidarité juive, 200 ans d’action sociale, du Comité de bienfaisance israélite de Paris à la Fondation Casip-Cojasor


A l’occasion du centenaire de la Fondation Casip-Cojasor, l'exposition qui s’achève au Musée d’Art et d’Histoire du judaïsme (MAHJ) et son catalogue, beau et intéressant, retracent « deux siècles d’action menée par la communauté juive française pour aider les plus pauvres », intégrer dans la société française les immigrés juifs d’Europe de l’Est, du Maghreb et du Moyen-Orient. Puisés dans les archives de la Fondation et du MAHJ, des documents – photographies, archives manuscrites, infographies - parfois inédits éclairent ce pan d’histoire méconnu.




« La solidarité de la communauté juive française, c’est aussi celle d’une solidarité vivante au quotidien, valeur centrale de l’existence juive », écrit Eric de Rothschild, président de la Fondation CASIP-COJASOR, dans la préface du catalogue.

Et de citer Maïmonide : « Le monde est construit sur la solidarité » (Psaumes 89, 3) et « L’un de ses piliers est la bienfaisance » (Maxime des Pères).

La tsedaka

Pour désigner l’aide à autrui, l’hébreu recours au vocable tsedaka, souvent traduit à tort par charité. La tsedaka, c’est la justice, la droiture, « l’obligation de rétablir un certain équilibre entre riches et pauvres ».

Au début du XIXe siècle, l’empereur Napoléon 1er confie au Consistoire de Paris la tache de réformer et centraliser les nombreuses sociétés juives de bienfaisance. Ainsi est fondé en 1809 le Comité de bienfaisance israélite de Paris (CBIP).

A partir des années 1830, sous l’impulsion de politiciens, entrepreneurs et financiers philanthropes juifs, diverses institutions juives sont créées : écoles, orphelinats, dispensaires, hôpitaux, maisons de retraite Moïse Léon pour femmes âgées, etc.

Nouvelle étape dans la modernisation du CBIP en 1839. Ce Comité modifie ses statuts, se dote d’outils de contrôle – statistiques, enquêtes, etc. – et de moyens additionnels afin d’augmenter ses recettes : loteries, etc.

A ses 2 000 bénéficiaires, le CBIP distribue des bons alimentaires ou des repas casher, des vêtements, des aides financières pour payer les dots, les loyers ou les dépenses liées aux services funèbres, etc.

En 1887, le Comité est reconnu d’utilité publique. En contrepartie, il abandonne des aides cultuelles qu’il accordait, notamment le don de pains azymes pour Pessah (Nda : Pâque juive) ou les subventions pour les bains rituels (mikvé).

Lors de l’Exposition universelle (1900), le CBOP est distingué par la médaille d’argent du groupe « Economie sociale, hygiène, assistance publique » en raison de son efficacité comme institution charitable.

Puis, le nombre de bénéficiaires augmente avec l’afflux de milliers de juifs ayant fui la misère et les pogroms de l’Europe centrale et orientale à la fin du XIXe siècle, puis l’immigration de coreligionnaires fuyant le nazisme dominant en Allemagne, en Autriche dans les années 1930.

A chaque nouvelle mutation dans la composition de la population aidée, des inquiétudes animent le Comité face à la recrudescence de l’antisémitisme en France.

Sous le régime de Vichy, le Comité est dissout en 1942. C’est l’UGIF (Union générale des israélites de France), créée en 1941, qui récupère les locaux et biens – un patrimoine de 15 millions de francs (près de quatre millions d'euros) - du Comité.

Le Comité est réactivé à la fin de la Seconde Guerre mondiale, pour des juifs traumatisés par les années de persécutions antisémites et par la Shoah.

Avec le soutien de l’American Joint Distribution Committee, est créé en 1945 le Cojasor (Comité juif d’action sociale et de reconstruction), né d’initiatives clandestines pendant la guerre. Son but : centraliser l’aide matérielle et morale aux survivants de la Shoah en France. Au fils des ans, le Cojasor se professionnalise – assistantes sociales, etc. – et élargit son action aux réfugiés ayant quitté dans des circonstances éprouvantes le Moyen-Orient, en particulier l’Egypte, et l’Europe de l’Est (Hongrie). Afin d’intégrer les jeunes dans la vie professionnelle, il offre des bourses d’études pour leur apprentissage, accorde des prêts à taux zéro pour les aider à créer leur entreprise, etc. Il gère aussi les maisons de retraite de Nice et d’Aix-les-Bains.

En 1963, le CBIP devient le Comité d’action sociale israélite de Paris (Casip).

Dans les années 1970, le Casip diversifie sa palette d’interventions : hôtel social pour hébergements d’urgence, foyer pour handicapés mentaux, prise en charge du Bureau du Chabbath pour aider à la recherche d’empois de juifs orthodoxes, halte-garderie, etc.

En 2000, les deux institutions fusionnent en une Fondation Casip-Cojasor, active auprès de 20 000 personnes.

Ce livre intéressant de Gabriel Vadnaï, directeur général de la Fondation Casip-Cojasor, et Laure Politis, archiviste, aurait gagné à être doté d’une chronologie.

Comme tous les livres d’associations ou d’entreprises, son esprit critique est quelque peu émoussé ou bridé. Il explique l’exode des juifs du Moyen-Orient, sans évoquer les mesures prises par les autorités politiques arabes dans certains pays, dont l’Egypte, afin de contraindre les juifs à l’exil.

Certes, il montre les résidences d’accueil aux 3e et 4e âges de la Fondation Casip-Cojasor, mais il effleure la période contemporaine, les problèmes actuels affrontés par la communauté juive française, spécifiques ou communs avec leurs concitoyens non juifs. En particulier, l’adaptation à la nouvelle carte géographique d’implantation de la communauté juive francilienne, les aides aux « aidants », etc.

Ajoutons que cette solidarité juive bénéficie aussi aux non juifs.



Gabriel Vadnaï et Laure Politis, La solidarité juive, 200 ans d’action sociale, du Comité de bienfaisance israélite de Paris à la Fondation Casip-Cojasor. Somogy éditions d’art, 2010. 120 pages, 210 illustrations. 25 €. ISBN : 9782757203804


Interview des auteurs du livre par Vincent Lemerre dans Mémoires vives, le 13 juin 2010

Les citations sont extraites du livre

vendredi 20 août 2010

Interview sur Radio Chalom Nitsan le 8 juillet 2010


J’ai aussi annoncé l’inauguration en 2012 du futur musée d’histoire des juifs de Pologne.


A lire sur mon blog :
Mon interview sur Radio Chalom Nitsan le 25 mars 2010 sur le projet Aladin, et sa conférence de lancement « islamiquement correcte », ainsi que sur des Arabes et musulmans modérés, et l’assassinat de Sébastien Selam


Cet article a été modifié le 16 novembre 2011.

dimanche 15 août 2010

La Cour d’appel de Paris demande à France 2 les rushes sur l’incident al-Dura

Depuis le printemps 2010, mes centaines d’articles publiés par Guysen de 2002 à 2009, sauf un, ont disparu de son site Internet.
Parmi ces très nombreux articles, les éditoriaux écrits avec Guy Senbel, alors rédacteur en chef de Guysen.
Interrogé, Guysen ne m’a donné aucune explication.
Je publie ces articles sur mon blog.

La Cour d’appel de Paris a examiné le 19 septembre 2007 l’appel formé par Philippe Karsenty, directeur de l’agence de notation des médias Media-Ratings (M-R), condamné pour diffamation dans l’affaire al-Dura qui l’oppose à France 2 et à son correspondant à Jérusalem, Charles Enderlin. Devant les incohérences du reportage de France 2 diffusé le 30 septembre 2000 et soulevées par l’appelant, la Cour a demandé aux intimés - la chaîne publique et son journaliste - de lui fournir les 27 minutes de rushes afin de savoir si cette chaîne a alors diffusé des images mises en scène et ne correspondant pas à la situation réelle au carrefour de Netzarim, à l’automne 2000.

Les faits sont têtus. Les juges aussi, et les rushes incontournables.
Telle pourrait être la conclusion de l’audience pleine de rebondissements devant la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris présidée, avec une autorité constante dans sa fermeté, par Laurence Trébucq.

Celle-ci s’oppose d’abord à la présentation du document composé d’extraits d’images de France 2 sur le grand écran amené par Philippe Karsenty. Elle veut voir les images présentées par France 2 à l’époque des faits. Toutes, dans leur ordre de diffusion, et non un montage.

« L’icône médiatique de l’Intifadah II »

Dès la fin du résumé de l’affaire par une conseillère de la Cour, Me Marc Lévy, avocat de Philippe Karsenty, explique les raisons pour lesquelles il demande la communication des rushes du reportage incriminé et leur expertise technique :
« Le TGI estime : « Vous ne pouvez pas inférer de ce que 90% des images des rushes sont des scènes [de guerre] jouées, que les 10% restants sont aussi des images de scènes jouées ». Pour apprécier ceux-ci, il faut une expertise euh... afin de déterminer euh... s’il s’agit euh... du même lieu, s’il y a eu des coupes, euh... des actions répétées. Déjà, 90%, c’est une forte indication... Il faut un minimum de loyauté euh... dans les débats judiciaires en matière de diffamation. Le Parquet s’était ému [du refus de France 2 de communiquer ses rushes] ».
Une argumentation qui ne convainc pas l’avocat général, Antoine Bartoli, qui susurre :
« Sont poursuivis les propos imputés à Philippe Karsenty, pas les rushes. Pour apprécier ses affirmations [notamment dans son communiqué de presse du 22 novembre 2004], il faut se placer au moment où ses propos ont été tenus, sans avoir connaissance des rushes. Qu’apporterait l’expertise technique en matière de diffamation ? »
« Cette communication n’a pas lieu d’être », assène Me Bénédicte Amblard qui campe sur cette position depuis un an. Et d’ajouter dédaigneusement : « La France n’a pas à déférer à la demande de Philippe Karsenty qui juge que c’est un élément important ! C’est sans incidence et sans fondement pratique ». Et d’alléguer une instrumentalisation par l’agence de presse Metula News Agency (MENA). Et de citer à son renfort la journaliste Elisabeth Schemla.

Me Marc Lévy précise pourtant que l’historien américain « Richard Landes a pu voir ces rushes, et euh sur la foi de ses déclarations, Philippe Karsenty a mené son enquête et tenu ses propos ».

La présidente est dubitative, et prononce une suspension d’audience.
Au bout d’une dizaine de minutes, la Cour « joint l’incident au fond et se réserve la possibilité d’y revenir lors des débats ».

Donc, sur le petit écran du poste de télévision placé près des magistrats, vont défiler les images des reportages diffusés par France 2 lors de ses JT à l’automne 2000. Certaines de ces images ont été qualifiées en novembre 2004 par Philippe Karsenty notamment de « faux reportage » et « d’imposture médiatique ». Des qualificatifs à l’origine de la plainte de France 2 et de son journaliste en décembre 2004 contre X, puis contre Philippe Karsenty.

Dès l’abord, Laurence Trébucq refuse de confier la télécommande à l’appelant qui souhaite effectuer des arrêts sur images et analyser certaines images : « M. Karsenty n’est pas maître du jeu ».

30 septembre 2000. Charles Enderlin commente ainsi un reportage de 50 secondes du cameraman palestinien Talal Abu Rahma diffusé par le JT de France 2 : « Près de l’implantation de Netzarim (bande de Gaza)… Jamal et son fils Mohamed (12 ans) sont la cible des tirs venus des positions israéliennes. Son père tente de le protéger... Une nouvelle rafale. Mohamed est mort et son père gravement blessé ».

Très vite, Philippe Karsenty, tendu, va lister avec clarté, en mots simples, les principales bizarreries et incohérences des images diffusées par les JT de France 2 à l’automne 2000.

Lesquelles ? « Une ambulance qui démarre deux secondes après qu’un Palestinien soit touché ? Les al-Dura se sont rendus à un marché de voitures d’occasion, alors que ce jour-là était décrété grève générale, donc tous les magasins étaient fermés. L’impact rond des balles qui viennent d’en face, donc de la position palestinienne. L’absence de tirs en provenance de la position israélienne, malgré les affirmations de Charles Enderlin. L’absence de sang [sur les corps] alors que Mohamed al-Dura aurait été touché par trois balles, et son père par 12. Des images floues. L’incohérence des mouvements de l’enfant présumé mort. Le cameraman de Reuters est à un mètre des al-Dura, et n’est pas touché par la pluie de balles. Y a-t-il eu 40 ou 45 minutes de tirs ? »

Me Bénédicte Amblard montre de légers signes d’agacement. Au fur et à mesure des questions pressantes, de plus en plus précises, de la présidente, son teint pâlit et ses joues s’empourprent. L’audience ne se déroule pas aussi facilement qu’à l’automne 2006.

La présidente est curieuse. On peut suivre aisément sa démarche intellectuelle dans la recherche de la vérité, dans sa volonté de distinguer les images authentiques des images jouées par les Palestiniens. On peut aussi repérer ses difficultés à trouver les mots pour désigner ces deux genres d’images par ses tâtonnements linguistiques.

« Les critères de PHILTRE ont été violés [selon Philippe Karsenty]. Les scènes diffusées le 30 septembre font parties des fameux rushes que Philippe Karsenty n’a pas pu voir. Parmi ces rushes, y a-t-il des mises en scène qui éventuellement ont été diffusées par France 2 ? », questionne la présidente de la Cour. C’est LA question au centre des débats.

« Non », répond aussitôt Me Bénédicte Amblard.

Un spectateur s’indigne à mi-voix : « La scène de l’ambulance est jouée ! »

« Le cameraman a-t-il été entendu ? », s’enquiert la présidente de la Cour.

« Non », précise Me Marc Lévy, avant d’indiquer que Talal Abu Rahma s’est rétracté le 30 septembre 2002, après avoir initialement affirmé sous serment le 3 octobre 2000 : « L’enfant a été tué intentionnellement et de sang-froid par l’armée israélienne ».

La présidente de la Cour regarde le plafond, demeure songeuse, embarrassée, silencieuse, puis décide : « La Cour va se retirer ».

De retour dans la salle d’audience, la présidente annonce à la surprise générale : « La Cour estime devoir voir ces rushes ». Laurence Trébucq demande s’il sera possible de les produire lors d’une prochaine audience, et prévoit une audience au fond, après avoir envisagé une expertise.

Me Bénédicte Amblard exprime ses réticences, tout en précisant que ces rushes sont à Paris. Voici quelques jours, Charles Enderlin a invité Ben-Dror Yéméni, rédacteur en chef de la rubrique Opinion de Maariv, à visionner chez lui (’’at home’’), en Israël, ces rushes…

La présidente réitère sa demande en usant de l’euphémisme : « C’est un souhait de la Cour ».

Nouvelle pause pour permettre à Me Bénédicte Amblard de demander à ses clients de lui indiquer un délai pour communiquer ces rushes.

Nouvelle reprise d’audience.

L’avocate des intimés déclare n’avoir pas pu joindre ses clients.

La Cour rendra un arrêt le 3 octobre 2007. Elle prévoit de visionner ces rushes le 14 novembre 2007 et entendra les parties sur le fond le 27 février 2008.

Une affaire emblématique

Curieusement, la défense de France 2 et de Charles Enderlin demeure immuable, figée dans un refus de plus en plus problématique, préjudiciable à tous : pas de communication des rushes. Sans avoir perçu que le contexte a changé et que l’affaire al-Dura ternissait l’image de la France dans le monde, et au premier rang celle de la chaîne du service public.

Le 14 août 2007, Richard Prasquier, nouveau président du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), a demandé à France 2 ces rushes.

Le 10 septembre 2007, l’armée israélienne les a demandés également. Daniel Seaman, directeur du bureau de presse du gouvernement israélien (Government Press Office), avait qualifié le ’’meurtre ’’ de Mohamed al-Dura de canular.

ZOA (Organisation sioniste d’Amérique), CAMERA (Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America) et l’association américaine StandWithUs exhortent à attirer l’attention du Président de la République Nicolas Sarkozy sur le refus de France 2 de communiquer ses rushes. Un chef d’Etat dont la lutte, en tant que ministre de l’Intérieur, contre l’antisémitisme en France est louée par les grandes associations juives outre-Atlantique.

En près de quinze jours, la pétition ''France 2: Release the Secret Muhammad al Durah Tapes! '' destinée à Patrick de Carolis, le président de France Télévisions, et lisible sur le site de Petitiononline, a recueilli déjà 4 533 signatures (Ndlr : 8 655 au 12 août 2010), et pas seulement en France.

Si aucun journaliste de grands médias français n’est présent lors de cette audience devant la Cour d’appel de Paris, TheMediaLine, FrontPageMagazine, The Jerusalem Post, Maariv, The Washington TimesA possible hoax », un canular possible)… évoquent sur un ton alarmant l’affaire al-Dura - ’’La mort de Mohamed [al-Dura] a été un évènement médiatique mis en scène visant à ternir la réputation de l’Etat d’Israël et à le diaboliser aux yeux de la communauté internationale en montrant les soldats israéliens comme des tueurs ciblant délibérément des enfants… Cette histoire a causé un dommage à l’honneur et à la dignité de l’Etat d’Israël, et a induit une violence et un terrorisme gratuits contre les Juifs en Israël et dans le monde’’. Et d’évoquer l’assassinat barbare de deux soldats réservistes israéliens, Yosef Avrahami et Vadim Norzhich, le 12 octobre 2000, celui du journaliste américain juif Daniel Pearl en janvier 2002…

Or, la seule transmission de ces rushes suffirait à mettre un terme à la polémique qui enfle dans le monde entier depuis des années, incitant certains à lister les points communs avec l’affaire Dreyfus : implication d’une institution publique nationale, accusation grave – meurtre d’un enfant - portée contre des soldats de l’Etat juif, antisémitisme attisé. Mais, dans l’affaire al-Dura, pas de Zola, ni de Clémenceau… Simplement des personnes isolées qui se battent, sur divers continents, pour faire éclater la vérité.

En persistant dans son refus, France 2 met dans une situation inconfortable Patrick de Carolis, président de France Télévisions et co-auteur avec Bernadette Chirac du livre Conversation (Plon). Un dirigeant que, selon Le Canard enchaîné, l’Elysée aimerait bien remplacer…

France 2 ne répond pas ainsi au souci de transparence des citoyens qui s’interrogent sur le rôle des médias, leur crédibilité, leurs devoirs, leur éthique et leurs responsabilités, leur impartialité ou leur implication dans des causes partisanes.

Pallywood, la propagande médiatique palestinienne
L’incident al-Dura s’est-il produit tel que Charles Enderlin et Talal Abu Rahma l’ont décrit ou est-il une des nombreuses scènes de guerre de Pallywood, cette industrie palestinienne de la propagande ?

Pallywood ? C’est un néologisme forgé à partir de Palestine et Hollywood par l’historien américain Richard Landes pour désigner la production d’images de la propagande de l’Autorité palestinienne (AP) visant à ternir l’image d’Israël. Peut-être et malheureusement la seule réussite de l’AP.

Une quasi-industrie médiatique et un secret de Polichinelle. Une fabrication ad nauseam de ces images fausses haineuses (faux-tos) qui n’a rien à envier à Hezbollywood. Mais qui ne serait rien sans ses relais et reprises éventuelles par des médias dans le monde entier. Et avec des conséquences terribles.

Pallywood produit ces saynettes filmées interprétées par des acteurs amateurs, dans des décors réels, avec des réalisateurs peu ou prou professionnels, selon des scénographies manichéennes, rôdées, pillées dans la Bible, voire répétitives (foule courant), des sons récurrents (alarmes des ambulances, tirs d’armes), des stéréotypes lassants.

Des exemples ? Une Palestinienne face à un char israélien, un gamin palestinien lançant une pierre en direction de soldats israéliens avec sa fronde...

Un raté de Pallywood : le prétendu mort palestinien qui tombe à deux reprises de son linceul, et y remonte prestement, provoquant la panique de la foule qui accompagne le faux cortège funéraire !

L’incident al-Dura est-il une de ces saynètes qui a eu le malheur d’être prise pour authentique et d’induire tant de tragédies ?

Mohamed al-Dura est-il un martyr de la Cause palestinienne ? Ou l’enfant appelé ainsi est-il un acteur amateur d’une historiette filmée et diffusée comme authentique ?

Ces questions seront au centre des prochains débats judiciaires.

Combien de ces acteurs de scènes de guerre jouées dans le macabre décompte diffusé par les Palestiniens et repris souvent sans contestation par de nombreux médias ?

Combien de cameramen palestiniens qui, comme Talal Abu Rahma, considèrent leur « métier comme un moyen de défendre la cause palestinienne » ?

Combien de médias ont présenté des saynettes de guerre jouées comme authentiques, soit involontairement, soit par ignorance, ou par crédulité, par confiance, par militantisme, par complicité, par peur de représailles, par la vanité aveuglante et imprudente de détenir un scoop ?

Si cet incident a été joué et a si bien fonctionné, cela révèlerait-il l’absence d’un contrôle efficace dans la chaîne journalistique et que les esprits étaient prêts à accepter ces images et leur commentaire ?
Si l’on enlevait toutes ces saynètes palestiniennes jouées et présentées comme faits authentiques, s’apercevrait-on du très lourd tribut humain – depuis septembre 2000, 1134 (Ndlr : 1190 au 15 août 2010) personnes assassinées, essentiellement des civils, et notamment des enfants, parfois des bébés – infligé aux habitants de l’Etat juif par le terrorisme palestinien, soutenu, financé – via notamment une manne internationale - et encouragé par l’Autorité palestinienne ?

Un tribut minoré dans les comparaisons avec des statistiques palestiniennes qui seraient désormais, comme leurs images, ô combien sujettes à caution…


Vous pouvez voir l’enquête vidéo sur l’affaire al-Dura à http://www.guysen.com/tv/?vida=1779


A lire sur le blog :
Une manifestation calme pour remettre le Prix de la Désinformation à Charles Enderlin et France 2

La justice française se prononcera sur les images controversées de « la mort de Mohamed al-Dura »

Interview de l'historien Richard Landes sur l'affaire al-Dura

Interview du psychanalyste Gérard Huber sur l’affaire al-Dura

Pas d’antisémitisme en France ?

Le sénateur Jean-Pierre Plancade a interpellé Rémy Pflimlin, futur président de France Télévisions, sur l’affaire al-Dura


Autres références :

Gérard Huber, Contre-expertise d’une mise en scène, Editions Raphaël. Paris, 2003. 252 pages. ISBN 2-87781-066-6

Qui a tué Mohamed al Dura ? Documentaire de Esther Schapira. DVD, ASIN: B000E6TYTI

Revues de presse sur l'affaire al-Dura sur Debriefing et Desinfos

Dossiers sur l'affaire al-Dura par :
CAMERA (Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America)
- HonestReporting
- Media-Ratings
- la Mena
- l'UPJF

Articles dans Causeur (France 2 fait lanterner le CRIF) et sur le site Sefarad
Sites de l'historien Richard Landes :
http://www.seconddraft.org/movies.php
http://www.theaugeanstables.com/

Photos de haut en bas :

« Mohamed al-Dura » présumé mort.

L’entrée de la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris.

Philippe Karsenty

« Mohamed al-Dura » présumé mort lève son coude.

Logo de France 2

Les grilles du jardin du Luxembourg lors de l’exposition Objectif Une : un demi-siècle vu par L’Express (2004). La légende du cliché des al-Dura, indiquait en français, anglais et espagnol : « 30 septembre 2000. Jamal al-Dura et son fils Mohamed, âgé de 12 ans, se protègent des balles israéliennes. L’enfant sera tué ». Des passants ont supprimé les mots « israéliennes, tué ». Des barrières métalliques ont été mises pour protéger le texte. L’autre photo représente l’un des assassins barbares de deux soldats réservistes israéliens, Yosef Avrahami and Vadim Norzhich, qui s'étaient égarés le 12 octobre 2000, et elle est ainsi légendée : « Un Palestinien montre ses mains trempées dans le sang de deux soldats israéliens lynchés dans un poste de police à Ramallah, en Cisjordanie ».

Pallywood, selon des sources palestiniennes…

Le journaliste juif américain Daniel Pearl égorgé en janvier 2002 par des terroristes islamistes, avec des images des "al-Dura". © DR
 
Couverture de La douleur et la colère, le terrorisme palestinien vise les enfants d’Israël (The Outrage and the Pain, Target: Israeli Children, Scores of Israeli Children Have Been Deliberately Murdered by Palestinian Terrorists), livre publié par le centre d’information du département des Affaires étrangères au sein du ministère israélien de l’Education et le KKL (janvier 2003)

mercredi 11 août 2010

La justice française se prononcera sur les images controversées de « la mort de Mohamed al-Dura »


Depuis le printemps 2010, mes centaines d'articles publiés par Guysen de 2002 à 2009, sauf un, ont disparu de son site Internet.
Parmi ceux-ci, les éditoriaux écrits avec Guy Senbel, alors rédacteur en chef.
Interrogé, Guysen n'a donné aucune explication.
Je les publie sur mon blog.


Le 30 septembre 2000, la chaîne France 2 diffusait un reportage commenté par son correspondant à Jérusalem, Charles Enderlin, et portant sur « la mort d’un enfant palestinien [Mohamed al-Dura] attribuée à des tirs israéliens ». Ces images étaient ce 15 septembre 2006 au centre des débats devant un tribunal pénal parisien. France 2 et Charles Enderlin y poursuivaient pour diffamation Philippe Karsenty, directeur de l’agence de notation des médias Media-Ratings (M-R), en raison de deux textes de novembre 2004. La défense et la procureur de la République ont souligné les interrogations suscitées par ces images devenues emblématiques de l’Intifadah II.


C’est le premier des trois procès intentés par France 2 et M. Enderlin et qui se dérouleront, en deux mois, sur ces images célèbres et controversées devant la 17e chambre corrrectionnelle du Tribunal de grande instance de Paris, une chambre spécialisée dans le droit de la presse.

C’est dire à quel point, six ans après la diffusion de ces images, cette audience était attendue et le futur jugement risque d’être déterminant sur l’issue des deux procès suivants.

Et pourtant, hormis notamment des journalistes du Figaro et de The International Herald Tribune, les médias étaient singulièrement rares.

Avant de se concentrer sur les images elles-mêmes, le tribunal a examiné la demande de nullité de la citation pour non respect d’un délai légal. Un argument qui n’a pas convaincu Sandrine Alimi-Uzan, procureur de la République.

La défense a estimé que l’infraction ne serait pas caractérisée en raison de l’absence de publicité d’un communiqué de presse de M-R du 26 novembre 2004 envoyé par mail à des journalistes et jugé diffamatoire par les demandeurs. Un argument que la procureur de la République a laissé à l’appréciation des juges présidés par Joël Boyer.

Une affaire aux multiples rebondisssements

30 septembre 2000. France 2 diffuse dans son journal télévisé de 20 heures un reportage de 50 secondes du cameraman palestinien (ou fixer) Talal Abu Rahmé commenté par Charles Enderlin : « Près de l’implantation de Netzarim (bande de Gaza)… Jamal et son fils Mohamed (12 ans) sont la cible des tirs venus des positions israéliennes. Son père tente de le protéger... Une nouvelle rafale. Mohamed est mort et son père gravement blessé ».
L’image circule dans le monde entier.

Le 3 octobre 2000, Tsahal admet qu’un soldat israélien ait pu involontairement atteindre l’enfant et présente ses excuses. Talal Abu Rahmé (ou Rahma) affirme sous serment : « L’enfant a été tué intentionnellement et de sang-froid par l’armée israélienne ».

Le Major-Général Yom Tov Samia, commandant de la région militaire sud, demande de clarifier les faits à une commission dirigée par l’ingénieur Yosseff Doriel, vite écarté, et le physicien, expert en balistique et en technologies de prises de vues, Nahum Shahaf. Celui-ci interviewe la plupart des protagonistes, tient compte de l’angle de tir des soldats israéliens, etc.

De cette enquête, le Maj-Gal Samia conclut : « Il est possible que l’enfant ait été frappé par des balles palestiniennes ».

L’image du « petit Mohamed » devient l’icône de l’Intifada II.

Ce reportage suscite des doutes, et des enquêtes dès 2000 de Nahum Shahaf, physicien israélien, de Stéphane Juffa, rédacteur en chef de l’agence de presse Mena (Metula News Agency). Au sein de la Ména, Gérard Huber, psychanalyste, et Luc Rosenzweig, journaliste, poursuivent leurs investigations. Nahum Shahaf et la Ména contestent l'authenticité des faits allégués dans ce reportage, et concluent, au terme de leurs démonstrations, à la mise en scène. Le film de la Mena, « Al-Dura : l’enquête » (2002), et le livre de Gérard Huber « Contre-expertise d’une mise en scène » (Editions Raphaël, 2003) démontrent notamment « la mise en scène de l’évènement ».

Dans son documentaire Trois balles et un enfant mort. Qui a tué Mohamed al-Dura ? diffusé en 2002 par ARD, Esther Schapira, documentariste allemande, soutient que l'enfant serait mort vraisemblablement par des balles palestiniennes. 

C'est Richard Landes, historien américain, qui parvient à interviewer Charles Enderlin, et forge le néologisme Pallywood pour désigner l'industrie audiovisuelle palestinienne de propagande

La polémique sur ce reportage controversé est alimentée par le long refus de France 2 de rendre publics les rushes du reportage, et les versions successives de Talal Abu Rahma qui, le 3 octobre 2000, affirme sous serment, au Centre palestinien des droits de l’homme : « L’enfant a été tué intentionnellement et de sang-froid par l’armée israélienne », puis se rétracte le 30 septembre 2002, soit deux ans plus tard, dans un fax adressé à France 2 Jérusalem : « Je n’ai jamais dit à l’Organisation palestinienne des droits de l’homme à Gaza que les soldats israéliens avaient tué intentionnellement et en connaissance de cause Mohamed al-Dura et blessé son père ».

2 octobre 2002. A Paris, le Prix de la désinformation est remis à France 2 et Charles Enderlin par un Collectif d’associations.

Des journaux réputés et divers sites internet – laveritemaintenant.org, seconddraft.org - se font l’écho des interrogations sur l’affaire al-Dura.

22 octobre 2004. France 2 présente les 27 minutes de rushes tournés le 30 septembre 2000 par Talal Abu Rahmé à Denis Jeambar, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire L’Express, Daniel Leconte, journaliste-producteur à la chaîne Arte, et Luc Rosenzweig, journaliste retraité et ancien critique télévisé du Monde.
18 novembre 2004. Embarrassée par l’affaire al-Dura, France 2 organise une conférence de presse pour expliquer sa position. Arlette Chabot, sa directrice de l’information, reconnaît qu’on ignore l’origine des tirs. Lors de cette conférence de presse est projeté un court film de Talal Abu Rahma.  Celui-ci a filmé en octobre 2004 des cicatrices de Jamal al-Dura, à son domicile gazaoui.

22 novembre 2004. M-R publie « France 2 : Arlette Chabot et Charles Enderlin doivent être démis de leurs fonctions immédiatement », un des deux textes jugés diffamatoires. Dans ces deux textes électroniques de novembre 2004, Philippe Karsenty, directeur de l’agence de notation des médias Media-Ratings, qualifie en particulier d’« imposture médiatique », de « faux reportage », « pure fiction » et « supercherie » ce reportage controversé et exhorte aux licenciements de Charles Enderlin et d’Arlette Chabot, alors directrice de l’information de France 2.

Ceux-ci portent plainte contre lui pour diffamation.


Le 25 janvier 2005. Dans leur tribune Al-Dura: Guet-apens dans la guerre des images publiée par le quotidien Le Figaro, Denis Jeambar et Daniel Leconte « constatent [l’inexistence de] la fameuse agonie, qu’Enderlin affirme avoir coupée au montage et [relèvent] les mises en scène avant la fusillade. Au moment où Charles Enderlin donne le gamin pour mort, tué par les Israéliens, c'est-à-dire le soir même sur le journal de France 2, rien ne lui permet d'affirmer qu'il est vraiment mort et encore moins qu'il a été tué par des soldats israéliens ».

Condamné le 19 octobre 2006 par le Tribunal de Grande instance de Paris, Philippe Karsenty interjette appel. 

 Des questions qui interpellent
« Absence d’enquête palestinienne et d’image du moment où le petit Mohamed al-Dura est mortellement touché, ignorance de Charles Enderlin de la localisation de la position militaire israélienne trois ans après l’incident ». Ces lacunes alliées aux questionnements, doutes, incohérences, ont été égrenés par Philippe Karsenty et les quatre témoins de la défense.

Ceux-ci les ont étayés d’exemples puisés notamment dans les extraits des films présentés à la justice, dont celui de la Mena.

« Il n’y a pas d’impact de balle ni de sang sur les corps de l’adulte et de l’enfant. Le comportement de l’enfant change. Le principal témoin, le cameraman palestinien Talal Abu Rahmé, s’est désavoué [en 2002] », relevait Gérard Huber.
Quant au journaliste Luc Rosenzweig, collaborateur à la Mena, il s’étonnait : « Sur les 27 minutes de rushes, il y a 23-24 minutes de scènes sans rapport avec [les al-Dura]. Pour l’essentiel, ce sont visiblement des mises en scène ».

« J’ai visionné avec Charles Enderlin ces images. J’ai évoqué avec lui les mises en scènes palestiniennes. Il m’a répondu : « Ils font toujours comme cela ». J’ai été choqué. Je lui ai demandé : « Si toutes les scènes [des rushes] sont jouées par les Palestiniens, pourquoi celle du petit Mohamed ne serait-elle pas elle aussi jouée ? ». Il m’a répondu : « Les Palestiniens ne sont pas assez fûtés pour cela », a témoigné Richard Landes, historien américain et responsable du site Seconddraft.org (Ndlr : deuxième jet).

Dans ce site, il démonte les techniques médiatiques de Pallywood, ce « secret public », cette industrie de la propagande palestinienne qui fabrique des « saynètes de guerre jouées ».

Francis Dalle, ancien membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) et universitaire spécialiste des médias, a déploré le refus de France 2 de montrer ses rushes, ce qui empêche « de dégager la vérité ». Il a exhorté à « ne pas déroger aux règles sacrées du journalisme : ne pas publier tant que toutes les preuves n’ont pas été rapportées ».

Tactique prudente ? Me Bénédicte Amblard n’a pas interrogé les témoins de la défense.

Elle a paru bien seule, sans témoin oral, et en l’absence de responsable(s) de ses clients.

Elle a appelé à « apprécier le faux allégué au 30 septembre 2000. On est là à quelques heures du drame. On réagit à chaud ».

Me Bénédicte Amblard a axé sa plaidoirie sur la thèse d’une « entreprise de déstabilisation » qui viserait « une chaîne de diffusion nationale et un journaliste reconnu » et émanerait de personnalités liées à la Mena, un média « partisan aux thèses grotesques ».

Pourquoi poursuivre Philippe Karsenty, pour ces expressions estimées diffamatoires - « scènes jouées », « diffusion de faux reportage » ou « imposture médiatique » - et non Gérard Huber, auteur du livre au titre significatif « Contre-expertise d’une mise en scène » et faisant état des mêmes éléments problématiques ? « La critique est distincte de la diffamation. On est [avec M-R] au-delà d’un débat légitime », répondait Me Bénédicte Amblard.

Curieusement, devant une « campagne de diffamation depuis des années », elle n’a demandé qu’un euro de dommages-intérêts.

« Une réflexion sur la déontologie des médias »

Puis vint le coup de théâtre ! Sandrine Alimi-Uzan, procureur de la République, demanda la relaxe du prévenu, arguant de sa bonne foi et du sérieux de son enquête.

Au « quatrième pouvoir dans nos sociétés de communication », elle a rappelé ses « responsabilités à l’égard de populations qui absorbent les informations construites par les médias », a fortiori dans un « contexte ultra sensible et de guerre des images ».

Représentant la société civile, la procureur a prononcé un réquisitoire très sévère … à l’égard de France 2 et Charles Enderlin.

Elle a reconnu des « éléments relativements troublants au soutien des déclarations du prévenu. Les éléments sur les trajectoires des balles interpellent le tribunal. L’absence de la scène d’agonie est un mystère ».

Quant au travail de Nahum Shahaf, « on ne peut le réfuter sur le simple fait que ce scientifique est israélien et ne va pas dans le sens de France Télévision ! »

Enfin, « en matière de reporter de guerre, la jurisprudence unanime [impose] un minimum de vérification, de prudence avant de fournir l’information au public. Il semble que ce [30 septembre] l’interprétation des faits ait été hardie ».

C’est le refus de transparence des demandeurs que la procureur a stigmatisé : c’est sur « les parties civiles, à l’origine de la plainte, [que pèse] la charge de la preuve des allégations avancées. J’éprouve un sentiment de déception, de frustration en raison de la non présentation des rushes. On ne comprend pas pourquoi un journaliste prestigieux ne [les] fournit pas. [Il est dans] l’intérêt légitime du public d’être informé ».

Pallywood n’était pas inconnu de la procureur : « Il y a deux-trois ans, j’ai découvert ces mises en scène dans une émission télévisée de décryptage des images. Un Palestinien tombait de sa civière et y remontait ».

Avec un tel appui, Me Pierre-Louis Dauzier, avocat de Philippe Karsenty, n’avait plus qu’à résumer ses arguments et à mettre l’accent sur le terrible impact de ces images qui ont servi à « justifier entre autres des actes terroristes ».

Philippe Karsenty a conclu : « Je ne peux pas prouver qu’un évènement qui n’a pas eu lieu ne s’est pas produit. Des faits survenus le 30 septembre 2000, ne restent que des images. Analysons-les. France 2 essaie d’instrumentaliser la justice pour faire valider des images qui posent problème ».

Le jugement sera rendu le 19 octobre 2006.

Au sortir de l’audience, un journaliste a semblé expliquer la position de la procureur de la République par sa religion supposée. Non convaincu, je lui ai fait remarquer que cette confession supposée serait alors commune à celle attribuée à Charles Enderlin…



Addendum

Le 19 octobre 2006, le Tribunal correctionnel de Paris a condamné Philippe Karsenty, directeur de la publication de l’agence de notation des médias, Média-Ratings, pour diffamation à l’égard de France 2 et de son correspondant en Israël, Charles Enderlin, au sujet de l'affaire ''al-Dura''.

Il a été condamné à une amende de 1 000 euros, à verser à chaque partie civile un euro de dommages intérêts et à la chaîne publique et à son journaliste ensemble 3 000 euros au titre de l’article 475-1 du code de procédure pénale.

Il a confié à Guysen : ’’C’est un jour sombre pour la France. La justice française a validé une information fausse. Nous allons rendre publiques nos preuves et souhaitons que ces dernières soient diffusées le plus largement possible par des médias’’.

M. Karsenty a immédiatement interjeté appel de ce jugement.


A lire sur le blog :

Pas d’antisémitisme en France ?

Autres informations :

Véronique Chemla, Media-Ratings, la Première Agence de Notation des Médias est née,
http://www.guysen.com/articles.php?sid=2459

Gérard Huber, Contre-expertise d’une mise en scène, Editions Raphaël. Paris, 2003. 252 pages. ISBN 2-87781-066-6

Qui a tué Mohamed al Dura ? Documentaire de Esther Schapira. DVD, ASIN: B000E6TYTI

Dossier de Media-Ratings sur l'affaire al-Dura

Revue de presse sur l'affaire al-Dura

Dossier sur l'affaire al-Dura par CAMERA (Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America)

Richard Landes :


Article modifié le 12 août 2010 à 21h 30

mardi 10 août 2010

Une manifestation calme pour remettre le Prix de la Désinformation à Charles Enderlin et France 2

  
Le 2 octobre 2002, en présence de milliers de manifestants, le Collectif de la Désinformation a remis le Prix de la Désinformation conjointement à Charles Enderlin et à France 2. Deux ans plus tôt, France 2 a diffusé les images de « la mort du petit Mohamed Al-Dura » commentées par Charles Enderlin qui attribuait la responsabilité de cette mort à Tsahal. Une enquête israélienne, un documentaire télévisé allemand et une agence de ré-information, la Metula News Agency (Mena), ont depuis fortement ébranlé cette thèse. Ce Collectif réclame la diffusion dudit reportage et un débat afin que soit établie la vérité.


Après Sara Daniel du Nouvel Observateur, le dessinateur Willem de Libération, l’AFP et Mouna Naïm du Monde, le prix de la Désinformation a été remis à cette chaîne de télévision publique française et à son correspondant à Jérusalem, Charles Enderlin.

Alors que les précédentes remises du Prix, alors dénommé Prix Goebbels de la désinformation et décerné par la seule Ligue de défense juive (LDJ), attiraient un public de quelques dizaines de personnes, ce Prix appelé Prix de la désinformation et conçu par un Collectif d'organisations en a mobilisé plus de mille deux cents devant l’immeuble de France 2, dès 19h30.

« On sent un parti pris anti-israélien de la télévision française dans le traitement des informations. Ce n’est pas objectif. Je suis inquiète de la montée de l’antisémitisme. Si on ne se bat pas maintenant, que va-t-il se passer dans quelques années ? », interroge une manifestante, Sylvia Platkiewicz.

Le lieu primitif du rassemblement, une rue adjacente, a été interdit par la police en raison de la proximité d’un chantier de travaux. Peur qu’on jette des pierres aux manifestants ? De fait, plusieurs cars de CRS étaient placés aux abords du siège de France 2.

Sur les banderoles, ou entonnés par les manifestants, des slogans : « Non à la désinformation », « France 2 information bidonnée, audience assurée », « Les mots tuent plus que les armes », « Attention, la désinformation pousse au crime », « Caméra au poing = arme au poing », « Informations bidonnées, synagogues brûlées », « La mort de Mohamed Al-Dura, une production de France 2 », « Enderlin, informer ou militer, il faut choisir », « Enderlin, combien de morts évitées si tu avais dit la vérité ? », etc.

Un discours bref a résumé les faits. Le 2 octobre 2000, France 2 diffusait dans ses journaux les images de « la mort de Mohamed Al-Dura » filmées par le cameraman, Talal Abou Rahma. Charles Enderlin imputait la responsabilité de la mort de l’enfant palestinien à l’Armée israélienne.

Ces images bouleversantes sont vite devenues symboliques de l’Intifadah II.

« France 2 a donné ces images aux chaînes de télévision », qui les ont diffusées dans le monde entier. Elle en a aussi conservé les droits.

Le commandant israélien de la région Sud a mené une enquête confiée à un expert Nahum Shahaf, qui a conclu que les balles mortelles provenaient vraisemblablement des Palestiniens.

Une journaliste allemande, Esther Schapira, a réalisé récemment un documentaire d’investigation qui pointe de nombreuses « contradictions et des invraisemblances : Pourquoi le cameraman sursaute-t-il comme si l’on tirait derrière lui ? Pourquoi France 2 ne passe-t-elle que 45 secondes de la scène alors que Charles Enderlin affirme qu’il y en a eu 2mn30, puis 6 min, et que le cameraman affirme qu’il y en a 23 » ?

Et les récentes révélations de M. Shahaf à la Metula News Agency (Mena) aiguisent la curiosité : l’enfant filmé est-il le petit Mohamed ? La scène a-t-elle été répétée ? etc.

Parce que le doute existe, parce que des questions restent sans réponse, parce que la vérité demeure inconnue, ce Collectif demande à dialoguer avec les responsables de l’information à France 2 et que celle-ci diffuse ce film et organise un débat d’où émergera la connaissance des faits.

Le Collectif a souligné que la diffusion desdites images, début octobre 2000, a coïncidé avec le début d’une vague exceptionnelle d’agressions antijuives en Europe, et particulièrement en France.

Ainsi, le 7 octobre 2000, de la place de la Bastille à celle de la République (Paris), une « manifestation de soutien au peuple palestinien » a été organisée notamment par le Parti Communiste, des Verts et le MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples). A cette occasion, devant le cortège de la manifestation, une centaine d’extrémistes ont défilé avec les drapeaux du Hamas et du Hezbollah et scandé « Mort aux Juifs », pour la première fois dans la capitale depuis la Seconde Guerre mondiale. Ils portaient aussi un petit cercueil en carton avec le mannequin d’un enfant.

C’est donc avec une attention soutenue que les manifestants se sont pressés devant les deux immenses écrans pour voir un court montage, puis les dix premières minutes dudit documentaire assorti de sous-titres français. Il a plu à deux reprises. Personne n’a bougé.

Un délégué du Collectif a alors confié à un membre de France 2 le Prix - un diplôme et une cassette d’or sur le Djihad pour enfants - destiné à être remis à la direction et au journaliste. Vers 21h40, à la demande du Collectif, les manifestants se sont dispersés dans le calme. L’un deux s’est avancé vers Alexandre Feigenbaum, l’un des responsables du Collectif, pour le remercier d’avoir prononcé un discours équilibré.


Que regroupe le Collectif contre la Désinformation ? Une vingtaine d’associations. Pour la plupart, elles sont juives : l’ABSI (Association pour le Bien-Etre du Soldat Israélien)-Keren Or, l’AJGE (Association des Juifs des Grandes Ecoles), l’Association France-Israël, Avocats Sans Frontières, la LDJ (Ligue de Défense Juive), Migdal, l’UPJF (union des Patrons Juifs de France), etc. Les autres étant laïques - comme le Centre Simon-Wiesenthal et Hevel (Association internationale d’Aide aux Victimes de la Violence) - ou chrétiennes, telles Sassoun (Association d’amitié du peuple arménien avec le peuple juif) ou les Amitiés Judéo-chrétiennes de Boulogne et de Toulouse. « Ce qui les unit, c'est leur souci de la déontologie de la presse, du respect des droits humains, car si la presse dérive, c'est la démocratie qui est en danger », précise ce Collectif.  De nombreux membres du B'nai B'rith France étaient présents à cette manifestation.

Non sollicité par le Collectif, le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) a indiqué qu’il « n'approuve pas cette façon de procéder qui lui paraît inappropriée. S'il y a débat, il doit rester au niveau des échanges d'idées ».

« Le bilan de la manifestation est positif. Nous avons pu mobiliser plusieurs milliers de personnes un jour de semaine, à Paris, sous la pluie. Et cela malgré les avertissements de certains qui craignaient les dérapages. Il n’y a eu ni dérapages, ni agressions verbales ou physiques. La manifestation s’est déroulée dans le calme, le civisme et la dignité », constate Hervé Giaoui, Président de l’UPJF.

Curieusement, nul ne regardait derrière les fenêtres des bureaux de France 2 les écrans qui diffusaient des images inédites en France. « Des personnes de France 2 m’ont téléphoné pour me raconter qu’on leur avait dit qu’une manifestation sioniste devait avoir lieu, que les manifestants allaient envahir France 2 et le journal télévisé. On les a prévenues qu’elles devaient partir à 17h30, car après l’immeuble serait bouclé », confie M. Feigenbaum.

« Ce Collectif souhaite la diffusion de ce documentaire suivi d’un débat d’experts afin que la vérité soit établie », rappelle Philippe Karsenty, « membre influent de la communauté Juive française ». Quoi de plus normal dans « une Europe dominée par le principe de la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux ? Si ARD, une chaîne de télévision allemande, et d’autres en Europe, a diffusé ce reportage, pourquoi une chaîne française ne le fait-elle pas » ?

Si France 2 organise un débat télévisé, pourquoi ne pas appeler cette émission « Les Dossiers de l’écran » ?

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Article modifié le 17 novembre 2011